L'économie sentimentale
Je sens que je tourne autour d'un truc, là, depuis quelques temps. Il y a des mots-clé récurrents...
- D'un coté les mots attirants, qui "brillent": confiance, fidélité, amour et/ou amitié. Ça, c'est que je suis prêt à donner et que j'ai envie de recevoir.
-De l'autre côté il y a les mots "sombres": abandon, voire trahison. Ce sont ceux que je crains de recevoir en échange.
Tous ces mots orientent mon existence pour toute sa part relationnelle. Ils ont toujours été des piliers très "forts" dans ma conception du lien. Dans mon dernier texte aussi j'ai parlé d'investissement dans une relation. Après coup ce mot m'a semblé être important. Il pourrait bien être une des clés de compréhension de ma problématique. C'est un des avantages que je vois dans cette écriture que je qualifie de "thérapeutique": ce mot est venu s'écrire devant mes yeux, je le regarde et en cherche le sens (allusion à des échanges sur un autre blog).
Constat: j'investis une part de moi dans toute relation, et d'autant plus qu'elle me plaît, me devient précieuse, voire essentielle. J'investis alors beaucoup. J'investis mon âme, mon être, mon essence. J'investis abondamment. Je "donne" temps, confiance, sentiments. Généreusement. Mais je donne parfois trop de moi. Avec le risque flottant de me trouver un jour dépouillé de ce "trop investi". Le risque est grand, et suscite donc une crainte diffuse, qui n'a de cesse d'être rassurée. Toute ma fragilité se situe là... Ma tranquillité dépend de cette réassurance.
Alors...il m'apparaît évident qu'il y a un problème d'adéquation entre ce que je donne et les besoins qu'il y a en face. Ou plus trivialement: il y a un décalage entre l'offre et la demande. Simple problème économique en quelque sorte...
Y'a t-il un économiste sur ce blog ?
Puisque je n'y connais rien en investissements et en stock-options, je vais prendre les principes économiques de base, bien terre à terre, pour expliquer ma petite logique perso.
Je donne trop... et qui dit "trop" d'un côté dit "pas assez" à échanger de l'autre. Trop de marchandises à écouler font baisser les cours, donc pas assez d'argent pour le producteur. Si un agriculteur propose gentiment 30 kg de pommes contre le prix de 2 kg... il court à la ruine. Il se dépossède. Sans compter que 30 kg de pomme ça fait beaucoup pour le client... Il y en a pour longtemps avant que le besoin de pommes de fasse de nouveau sentir. Entretemps le brave vendeur de pommes aura crevé de faim...
Dans le domaine des sentiments, c'est pareil: si je donne "trop" je gave l'autre qui, n'en ayant pas besoin d'autant, étouffe. Et qui ne me nourrit pas suffisamment en échange.
Pour ce qui est de la confiance, il faudrait plutôt comparer avec euh.. la joaillerie? Car c'est très précieux la confiance... et en même temps ça ne vaut que par la valeur qu'on lui attribue. C'est précieux parce que c'est rare, pas donné à tous, et pas surabondant. Si le bijoutier déversait une brouette de bijoux devant une cliente, elle ne saurait que faire de ce fatras...
Et si la cliente n'a besoin que de petites boucles d'oreille fantaisie, mais que pour le même prix le bijoutier lui en laisse des serties de diamants avec des émeraudes (c'est d'un kitsch..), plus la bague assortie en prime... ben faut pas qu'il se dise qu'il s'est fait avoir si la cliente ne revient pas ! Faut pas qu'il se dise "trahi" par sa cliente qui n'a pas su voir la valeur des bijoux. Pour simplifier, il est peut-être bien gentil ce bijoutier... mais très con !
Doooonc, ce que je veux dire par là, c'est que c'est à moi de me responsabiliser et de ne pas confier quelque chose de précieux dont je pourrais me trouver démuni. Faire preuve de prudence dans le "don" que je fais. Et n'investir qu'en m'assurant que c'est un choix judicieux, correspondant à un investissement comparable de l'autre côté de la relation. Ou qui, en tous cas, ne me démunit pas si je peux donner en abondance. Maintenir un équilibre, en fait. Tout simplement...
Euh... c'est évidemment bien plus compliqué que ça, parce que la logique économique est fluctuante, et que parfois le client ne veut plus de pommes, mais des bananes, puis des cerises, puis plus rien. Mais que peut-être il revoudra des pommes. Ou des boucles d'oreille...
Moralité: n'investissez pas tous vos oeufs dans la même poule.
[qui a dit de préférer une basse-cour ???]