Masques d'écriture
« Sur ce site, je me suis extériorisé.
J'ai cherché à plaire, avec le travestissement inhérent à l'exercice.
Mais ça m'apauvrit plus que je ne le réalise.
On se fait toujours un tort personnel lorsque l'on vit le désir de plaire. »
Quelques mots d'Alainx, exprimant un désir de changement.
Oui, on s'appauvrit en cherchant à plaire. On y perd son "âme", son esprit, sa singularité. Et probablement sa richesse. Et pourtant... cette richesse n'apparaît-elle pas à soi dans l'expression vers autrui ?
Très régulièrement je me dis que je me perds dans l'écriture. Á l'autre je "donne" de moi quelque chose que je ne suis pas, tout en ne donnant pas ce que je suis vraiment. Mais c'est à moi que je donne: je connais mieux ma pensée.
En même temps j'ai l'impression que plus je cherche à être moi-même, plus je comprends que je ne peux l'être. Il y a quelque chose d'absurde dans tout ça. En pensée on est vraiment soi, mais sans échange. Et dans l'échange on n'est plus vraiment soi... parce que l'échange fausse la personnalité et met les pensées en mouvement. Qui suis-je vraiment ? Celui qui est solitaire ou celui qui échange ?
Peut-on prétendre à être soi dès qu'on entre en interaction avec l'altérité ? Quand j'écris devant un public, qui suis-je ? Moi, ou celui que je voudrais être ? N'est pas une vaine quête que celle de l'authenticité ? Peut-elle exister dès qu'on s'expose au regard d'autrui ?
Ce que j'aime trouver dans les mots des autres, c'est une différence ou une ressemblance. Mais ce ne sont que des fragments de l'autre, tout aussi faux que les fragments de moi laissés ici. Des fragments d'éphémère, des instants de partage supposé.
J'aimerai pouvoir donner le meilleur de moi, mais ce serait aussi une illusion. Une idéalisation. Car le je qui tente la vérité de soi n'est pas beau. Il est inconfortable, parce que faux. Il est plein de faiblesses, pas attirant. Le je est certainement laid... et pas montrable.
N'est-ce pas le piège de l'écriture: une façade, un apparat ?
Ne jamais oublier que ce n'est que cela. Un masque. En écrivant j'arbore un masque que je me choisis, et d'autres y reconnaissent quelque chose qui leur plaît. Derrière, il y a quelqu'un d'autre. Inconnu. Solitaire quels que soient ses efforts de rencontre de l'altérité.
Mais quand l'autre met en mots sa pensée, c'est aussi ce qui fait naître en moi ma propre pensée. Dans le masque de l'autre, c'est une part de moi que je vois, et que parfois j'ignorais. Si on ne cherchait pas à montrer ce masque, si on gardait tout en nous, personne n'apporterait rien à la communauté humaine.
Ce qui me semble certain, c'est que ce ne sont pas des gens qui ont cherché à plaire qui ont enrichi l'humanité.