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Alter et ego (Carnet)
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29 décembre 2005

Masques d'écriture

« Sur ce site, je me suis extériorisé.
J'ai cherché à plaire, avec le travestissement inhérent à l'exercice.
Mais ça m'apauvrit plus que je ne le réalise.
On se fait toujours un tort personnel lorsque l'on vit le désir de plaire. »

Quelques mots d'Alainx, exprimant un désir de changement.


Oui, on s'appauvrit en cherchant à plaire. On y perd son "âme", son esprit, sa singularité. Et probablement sa richesse. Et pourtant... cette richesse n'apparaît-elle pas à soi dans l'expression vers autrui ?

Très régulièrement je me dis que je me perds dans l'écriture. Á l'autre je "donne" de moi quelque chose que je ne suis pas, tout en ne donnant pas ce que je suis vraiment. Mais c'est à moi que je donne: je connais mieux ma pensée.

En même temps j'ai l'impression que plus je cherche à être moi-même, plus je comprends que je ne peux l'être. Il y a quelque chose d'absurde dans tout ça. En pensée on est vraiment soi, mais sans échange. Et dans l'échange on n'est plus vraiment soi... parce que l'échange fausse la personnalité et met les pensées en mouvement. Qui suis-je vraiment ? Celui qui est solitaire ou celui qui échange ?

Peut-on prétendre à être soi dès qu'on entre en interaction avec l'altérité ? Quand j'écris devant un public, qui suis-je ? Moi, ou celui que je voudrais être ? N'est pas une vaine quête que celle de l'authenticité ? Peut-elle exister dès qu'on s'expose au regard d'autrui ?

Ce que j'aime trouver dans les mots des autres, c'est une différence ou une ressemblance. Mais ce ne sont que des fragments de l'autre, tout aussi faux que les fragments de moi laissés ici. Des fragments d'éphémère, des instants de partage supposé.

J'aimerai pouvoir donner le meilleur de moi, mais ce serait aussi une illusion. Une idéalisation. Car le je qui tente la vérité de soi n'est pas beau. Il est inconfortable, parce que faux. Il est plein de faiblesses, pas attirant. Le je est certainement laid... et pas montrable.

N'est-ce pas le piège de l'écriture: une façade, un apparat ?
Ne jamais oublier que ce n'est que cela. Un masque. En écrivant j'arbore un masque que je me choisis, et d'autres y reconnaissent quelque chose qui leur plaît. Derrière, il y a quelqu'un d'autre. Inconnu. Solitaire quels que soient ses efforts de rencontre de l'altérité.

Mais quand l'autre met en mots sa pensée, c'est aussi ce qui fait naître en moi ma propre pensée. Dans le masque de l'autre, c'est une part de moi que je vois, et que parfois j'ignorais. Si on ne cherchait pas à montrer ce masque, si on gardait tout en nous, personne n'apporterait rien à la communauté humaine.


Ce qui me semble certain, c'est que ce ne sont pas des gens qui ont cherché à plaire qui ont enrichi l'humanité.

Commentaires
I
Ce que tu dis sur la mort d'un être "pluriel" est tout à fait juste. Non, je ne l'avais pas fait le lien avec ce que je découvre de cette unité fragmentaire. Ou pas avec la même acuité.<br /> <br /> C'est même assez bizarre que je ne prenne conscience de tout ça que maintenant. Probablement parce que je n'explore ce lien entre soi et l'autre que depuis peu, et que j'ai tout un défrichement à effectuer.<br /> Je n'ignorais pas que ces regards différents existent, mais je n'avais jamais songé au fait qu'ils créaient une unité. La pluralité crée l'unité...
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S
Cette idée apparaît quand les gens meurent. N'as-tu pas remarqué, toi aussi, cet étrange puzzle que constitue un homme mort pour ceux qui lui survivent... L'un a perdu son fils, l'autre son frère, l'autre son mari, une autre son amant, un autre son ami. Aucun n'a la même perception de ce qu'il fut, sauf bien sûr en ce qui concerne des traits de caractère généraux, comme sa gentillesse ou sa générosité. Mais qui a goûté sa peau, qui a partagé sa couche, qui l'a nourri et fait grandir... ? Et pourtant, c'est la même personne.<br /> <br /> Cette idée m'habite depuis longtemps, et elle est d'ailleurs souvent utilisée par les romanciers ou les cinéastes de façon un peu "grossière" : la vie du défunt devient alors un sujet d'enquêtes palpitantes.
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I
Bienvenue ici Samantdi...<br /> <br /> <br /> Effectivement l'image du masque est certainement trop "entière", trop opaque et recouvrante. Ou alors masque fragmentaire...<br /> <br /> J'aime bien l'idée que c'est dans le regard de l'autre, des autres, que se révèle l'illusion de mon unité. Parce que je m'y vois différent pour chacun d'eux, et différent de ce que je me sens être.
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S
Je crois que ce qu'il faut éviter, c'est la tentation de montrer une vie toute belle et lisse et de sommer les autres de suivre un tel modèle. C'est là à mon avis qu'il y a tromperie, mise en scène. Mais qui trompe-t-on à part soi-même?<br /> <br /> Tu emploies à plusieurs reprises le mot "masque", je préfère l'idée du "fragment" ou du "puzzle" : notre unité est une illusion, c'est le regard de l'autre qui nous l'offre. Sachons alors rester lucide et accepter que les autres ne nous voient pas tels que nous nous rêvons ou tels que nous croyons, dans une grande naïveté, nous présenter.
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