De quoi as-tu peur ?
J'ai reçu hier le mail d'un anonyme. J'entends par là quelqu'un qui balance ce qu'il a envie de dire sans un seul mot de présentation de sa part. Et en plus, sous un faux-pseudo, qui est celui d'un personnage de roman. Déjà... j'aime pô trop. Un pseudo c'est une identité.
Bref, cet abruti anonyme se permet d'entrer dans ma boite à mail pour me dire ce qu'il estime que je devrais faire de ma vie. Comme ça, en trois ligne. Ça lui prend comme une envie de pisser, et il me pisse dessus sans vergogne. C'est même pas « Tu devrais faire ça », mais « Fais ça ! ». Ben tiens... et puis quoi encore ? Pour qui il se prend, ce gland monsieur pour se donner le droit de donner un avis à la con péremptoire ?
J'ai commencé par lui répondre dans la même tonalité, aussi sèchement... puis je me suis dit « à quoi bon ? ». Je ne le connais pas, je me fous de son opinion sur moi, et je ne vais pas tenter de lui rappeller un minimum de règles relationnelles. Alors je l'ai "flushé" (québéquisme éloquent, que je traduis par "tirer la chasse d'eau"). Hop, disparu le mail de ce sinistre connard personnage.
Ça m'a fait du bien...
Bon, ce lourdaud était caricatural, mais cette attidude de "donneur de conseil" n'est pas rare. Pas trop de la part de ceux qui me lisent ici avec empathie, mais bien plus fréquent sur des forums, par exemple. Ou dans la vie sensorielle. Conseils donnés, bien sûr « pour mon bien ». Et je ne doute pas un instant que les personnes qui les prodiguent croient vraiment que c'est la meilleure chose à faire. Sauf que c'est la meilleure chose par projection. C'est ce qu'ils feraient s'ils étaient à ma place. Sauf qu'il ne sont ni à ma place, ni dans ma tête, ni ne connaissent le détail des situations que je décris.
En donnant des conseils "on" (car, honte sur moi, il m'arrive aussi de le faire...) ne fait que projeter ses propres peurs, limites, ou envies, sur l'interlocuteur. C'est d'ailleurs assez révélateur pour qui sait observer à distance...
C'est en osant m'aventurer hors des chemins les plus fréquentés que j'ai pris conscience de l'importance de ce phénomène. Parce que tout à coup j'ai eu des wagons de conseils et avis, désapprobations les plus diverses. Y compris de la part de mes proches. Ce n'est pas moi que ces gens écoutaient, mais les craintes que cela suscitaient en eux s'ils s'étaient trouvé dans ma situation. Je leur renvoyais l'image de leur propre peur, et ils ne pouvaient être rassurés qu'en exorcisant cette peur, c'est à dire en repoussant ce que je leur envoyais comme image. Je me voyais ainsi dans leurs yeux affublé de je ne sais quel comportement malsain, pervers, égoïste, rêveur... Tout y est passé, et avec d'autant plus de virulence que ces gens-là n'avaient pas fait de travail sur eux-même. C'était assez flagrant par la pauvreté des idées émises, ainsi que dans leur brieveté. En deux phrases le tour de la question était fait et j'étais catalogué pour rentrer dans une petite case dûment étiquetée.
Par chance j'ai rencontré bien des personnes qui ont su avoir l'approche empathique. C'est à dire qui on vraiment écouté ce que je disais et ressentais. Et même s'il pouvait y avoir des désaccord, il n'y avait ni rejet ni projection. Ces personnes développaient leurs idées, et souvent un dialogue s'amorçait. Il y avait des questions plutôt que des affirmations. Questions qui m'ont aidé à cheminer et à aller toujours plus en profondeur dans mes réflexions. Ils m'aidaient à avancer, à étayer mes idées, à leur donner un sens. Ils ne projetaient pas leur peur sur moi. Ils ne réveillaient pas mes peurs avec les leurs...
Mais la projection de désirs est toute aussi dérangeante... me retrouver vecteur des rêves des autres ne me plaît pas davantage.
Il faudrait savoir répondre avec tout le recul nécessaire aux gens qui sont agressifs, en colère, dénigrants: « de quoi as-tu peur ? ». Un bloggueur qui se reconnaîtra citait récemment des paroles de sagesse, plus subtiles que ce que je viens de formuler. Face à toute affirmation, il semblerait que la meilleure "réponse" est: « qu'est-ce qui te fait dire cela ? ». Non pas réagir face à des propos qui peuvent paraître incohérents, mais chercher à en comprendre le sens. Sans jugement d'aucune sorte. Seulement s'ouvrir à l'autre et à sa différence, et voir s'il a vraiment réfléchi à ce qu'il dit... ou s'il serait bon qu'il approfondisse un peu. C'est une façon élégante et constructive de mettre l'autre face à lui-même... ou de s'ouvrir à un mode de pensée ou des idées que l'on ignore encore.
C'est d'ailleurs exactement ce que j'ai appris de certaines méthodes pédagogiques...