Intimité publique
Je ne me fais pas d'illusions: le flot constant de visiteurs qui arrive sur ce site depuis deux jours n'est aucunement le signe de la découverte tardive d'un talent ignoré. Bien malgré lui c'est Garfieldd qui en aura été l'indirect pourvoyeur, via Embruns. Il y a aussi eu quelques requêtes aussi inattendues que «fantasmes sur les super queues de blacks et bites de beurs », mais je crois que là encore ce sacré Garfieldd y est pour quelque chose, avec la complicité de Libération.fr...
Dommage, j'aurais presque pu croire à l'internationalisation de mon lectorat puisque j'ai été lu depuis les USA (harvard.edu, rien que ça...), le Japon, le Danemark, la Suède, l'Allemagne...
Je ne suis pas habitué à une telle audience (que je sais éphémère) et cela modifie forcément la tonalité de mon écriture. Je me sens obligé de rester "sérieux" et généraliste. Or je n'ai guère de compétences pour sauver le soldat Garfieldd, hormis ma capacité à me passionner pour une cause. Mais pas question d'entrer dans un registre personnel tant que cet afflux persiste.
Bon, d'ici quelques jours tout rentrera dans l'ordre et il serait surprenant que j'ai conquis quelques uns de ceux et celles qui seront passés par ici. Je procède de la même façon chez les autres, me contenant généralement de lire le billet qui m'intéresse. C'est une communication évenementielle et conjoncturelle.
D'ailleurs, vu le nombre *hallucinant* de commentaires que mes propos suscitent (hum...), cela relativise toute propension à enfler de la tête. Arhhh, je ne serai jamais une star des blogs, avec 150 commentaires, comme j'ai pu le voir chez certains (eux aussi dans la même vague évenementielle...). Mais bon, je constate dèjà à quel point ce surcroît d'activité modifie mes propos. Ce n'est pas ce que je cherche en écrivant en ligne.
Au delà de ces élucubrations quelque peu nombrilistes, l'affaire Garfieldd relance évidemment la question de l'intimité divulguée en public. Si je me suis souvent interrogé sur ce paradoxe, c'était à ma toute petite échelle: comment assumer le risque d'un regard potentiellement critique lorsque je dévoile mes pensées intimes et fragiles ? Avec une écriture introspective sur un autre site que celui-ci, où je me montrais bien plus vulnérable, je me faisais parfois quelques frayeurs. A la longue le malaise entravait mon écriture et je me suis rendu une liberté en ouvrant ce blog en parallèle. Je ne crois pas que j'aurais pu adopter la posture de Garfieldd, entre boulot et intimité. Et j'avoue que sa... naïveté... me suprend un peu. Pour ma part je me suis toujours gardé de citer ma profession ou mon lieu d'habitation.
Dès mes débuts d'écriture en ligne, il y a près de six ans, et alors que ni les blogs ni ce sacré fouineur de Google (par ailleurs fort pratique...) n'étaient répandus, j'ai été prudent avec mon anonymat. Plus tard je me suis même interrogé sur mon pseudonymat puisqu'à la longue il s'agit bien d'une autre identité, spécifique au net...
Par contre, indépendant de toute structure professionnelle, je ne suis tenu à aucun devoir de réserve. Ce qui est bien différent du cas Garfieldd puisque sa fonction le lui imposait. C'est d'ailleurs ce dernier point qui semble être mis en avant maintenant, au reléguant en seconde zone l'argument "pornographique" qui avait été avancé au départ. Il y avait une délicate juxtaposition, dans le blog de Garfieldd, d'éléments personnels et de considérations professionnelles, notamment à l'égard de son "gentil intendant" dont il décrivait l'incompétence notoire. Je comprends l'inquiétude des blogueurs qui sont aussi personnels de l'éducation nationale ou de toute autre administration. Samantdi a écrit un intéressant billet sur le sujet, ainsi que Valclair. Le blog, pas plus que dans la vie courante, ne permet le mélange des genres sans risques. L'immatérialité ne doit pas faire oublier certaines barrières, et l'indispensable compartimentation de certaines "sphères" relationnelles. Garfieldd l'apprend à ses dépens, quoique d'une façon tout à fait disproportionnée. Et c'est bien ça qui suscite le tollé.
Ainsi s'établissent peu à peu certaines règles d'usage du blog. Espace de liberté d'expression, certes, mais pas totale. Pas sans certaines contraintes qu'il nous faut accepter. Ces limites se construisent et évolueront puisque il semble assez certain que ce mode d'expression personnelle et publique va continuer à se développer. Et sans doute largement modifier un certain nombre de comportements sociaux.
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Toute cette affaire aura quand même eu un effet appréciable en permettant la découverte de quantité de blogs les plus divers. Les angles de vue vont du lien social à l'évolution du journalisme, en passant par le vécu de ceux qui ont travaillé avec lui. J'en cite trois... il y en a des dizaines et c'est passionnant.
Une explication à l'affluence record sur mon site: j'ai été toute la journée le dernier de la liste des 142 blogs parlant de l'affaire, sur le site Embruns. Une nouvelle mise à jour de Laurent, qui prolonge la liste jusqu'à 172 185, a subitement tari l'afflux. Splendeur et décadence...
Moralité: pour être vu, soyez le premier ou le dernier.