Je suis seul !
La requète Google du jour:
"Pourquoi je souffre tant de cette rupture"
Le Larousse donne cette définition, pour "rupture": « séparation brutale entre des personnes qui étaient liées ». Brutal ayant deux sens: celui de violence ou celui d'inattendu.
Au contraire le terme de "séparation", qui signifie « cesser d'être en relation » n'a pas cette connotation violente. C'est une évolution plus ou moins consentie mutuellement. Moins difficile donc, parce que vécue "à deux" et non pas unilatéralement imposée.
De ce fait, il y a, à mes yeux, une grande différence entre rupture et séparation.
Une séparation, c'est quitter un état connu pour aller vers un autre état, inconnu. Je sais ce que j'avais, je ne sais pas vers quoi je vais. Ça peut faire peur...
Plus c'est brutal et moins j'ai le temps de m'adapter au changement. En prenant le temps je peux trouver de nouveaux repères sans quitter immédiatement les anciens. C'est moins inquiétant. Moins stressant.
L'inconnu fait peur, mais il peut tout autant être pris pour une chance de découvrir quelque chose de nouveau, peut-être mieux. La nouveauté apporte de la différence, ce qui me permet d'évoluer. C'est le sens même de la vie. Toute séparation offre la chance d'une prise de maturité et d'autonomie. De moindre dépendance.
Face à l'inconnu j'imagine le pire, alors qu'il y a très peu de chances qu'il arrive. Le pire, ce sont toutes les angoisses que je n'ai pas surmontées, qui se bousculent dans une horde de fantasmes effrayants. Au lieu de regarder le présent, je me projette dans l'inconnu de l'avenir tout en me souvenant du passé mort. C'est ça qui crée la souffrance: je me souviens du meilleur et je vois que je ne l'aurai plus. Une rupture initie un temps de deuil de ce qui n'est plus. C'est forcément douloureux. Même si le passé était déjà mort depuis longtemps...
Ce qui fait aussi souffrir dans la séparation, c'est la peur du manque. Mais ce n'est pas le manque en lui-même. A chaque instant, avant la rupture, je n'étais pas avec l'autre et pourtant je n'en souffrais pas. Je n'avais pas besoin de l'autre. Si après la séparation je souffre de l'instant, c'est parce que je sais que le manque sera là pour longtemps. Je me projette dans l'avenir. Et pourtant, avant le lien, je vivais sans cet autre... et il/elle ne me manquait pas.
Avoir établi un lien, c'est avoir intégré dans mon équilibre de vie la présence d'une autre personne. C'est avoir aménagé mon existence en tenant compte de celle d'une autre. C'est prendre soin de l'autre comme il prend soin de moi. C'est savoir que je peux compter sur cet autre que moi, avec un certain degré de confiance. Solidarité. Ainsi est temporairement résolue une angoisse existentielle, plus ou moins consciente, celle de l'absolue solitude de ce que je vis intérieurement. Le partage amoureux, en m'unissant à l'autre, fait oublier cette solitude. Mais c'est un leurre. La rupture c'est l'inversion de la tentation fusionnelle. Autant l'élan amoureux est attirant, autant la rupture est douloureuse. Plus je m'imagine avoir trouvé en l'autre un alter ego, plus douloureuse est la fin de cette illusion.
Ainsi, pour ne pas craindre la séparation, il faut savoir se lier sans fusionner. Et accepter la temporalité du lien. Deux individus bien distincts qui lient temporairement leur solitude fondamentale. D'autant plus temporairement que l'évolution du lien serait refusée...
Une relation c'est vivant, ça évolue. A deux... ou bien ça romp. Évoluer à deux, tout en restant indépendants, ne va pas de soi. Cela nécessite beaucoup de communication authentique. Mais c'est là un autre sujet...
Après la rupture, pourquoi je souffre ? Pourquoi la raison ne me permet-elle pas de prendre le dessus ? Pourquoi les émotions me submergent-elles ?
D'abord parce que c'est brutal, violent, traumatisant. Ensuite parce que le mécanisme qui opère échappe à ma conscience. Ce n'est pas seulement cette séparation que je vis, mais je revis aussi d'autres séparations très antérieures, mémorisées mais inaccessibles à mes souvenirs. Angoisses terribles, angoisses de mort, lorsque ma survie dépendait de l'autre, en la personne de ma mère ou de son substitut. Privé de cette autre part de moi, qui m'apportait la nourriture vitale et ce regard qui me faisait exister, je serais mort. Quand j'étais un bébé, cet autre faisait partie de moi. Je n'avais pas conscience qu'elle était autre. Quand elle n'était pas là pour m'apporter ce qui comblait mes besoins, quand je ne pouvais satisfaire mon plaisir de me nourrir et de vivre, c'est comme si une part de moi manquait. C'était comme si je manquais à moi-même.
Pour grandir j'ai du apprendre à me séparer. Ma vie entière n'a été que séparations, qui m'ont donné davantage d'autonomie et d'assurance. Naissance, enfance, adolescence, de séparations en séparations je suis devenu adulte. Mais loin dans ma mémoire reste cette angoisse de ne pouvoir subvenir seul à mes besoins, et de me retrouver seul face à la mort. Parce que, quelle que soit l'amour de l'autre, je serai bien seul à quitter le monde.
Ainsi aimer, me réchauffer auprés d'un autre, le toucher, le goûter, qu'il comble mes besoins et me donne du plaisir, me rassure quant à cette présence protectrice. Je retrouve un peu de la fusion maternelle, ce temps immémorial ou je flottais dans une bulle protectrice, béatitude enveloppante de sensations douces et chaudes.
Que l'autre me quitte et c'est toute une angoisse qui me revient en pleine figure: je suis seul !
De le savoir aide à moins rêver de l'impossible...