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Alter et ego (Carnet)
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5 février 2006

Réussir sa séparation

Je reviens sur la séparation et la rupture suite aux commentaires à mon précédent billet, plus cérébral qu'émotionnel. Je ne suis plus dans l'émotionnel, mais j'y suis passé... (pour ça que ce sujet n'est pas forcément simple à aborder d'ailleurs)

Oui, une séparation ça fait souffrir. Beaucoup souffrir. C'est destructurant et déstabilisant. C'est un arrachement d'une part de soi. Cette part de moi dans laquelle j'avais laissé l'autre plonger ses racines, que j'avais accueilli jusqu'au plus intime de mon être. Et c'est aussi cette part de lui/elle dans laquelle je plongeais mes racines qui se trouvent mises à nu, se désséchant dans un vide froid et sec. C'est un coeur commun qui s'arrête de battre, ou qui va battre différemment.

C'est l'incompréhension abasourdie. La sidération. Les questions sans fin... et parfois sans réponse.

Pour ma part je crois que l'on peut adoucir cette souffrance par un sevrage progressif, si les deux partenaires le désirent. Comprendre que les chemins divergent et que chacun va devoir retirer de l'autre, délicatement, amoureusement, ce qui est nécessaire. Pas tout d'un coup, parce qu'il reste des parts de l'autre qui peuvent continuer à me nourrir. Parce que j'ai envie de partager encore, même si c'est moins entièrement qu'auparavant. Evidemment il faut pour cela que la séparation se fasse avant que la haine se soit installée...
Ma façon personnelle de vivre les choses, c'est de préférer avoir moins que de n'avoir rien. Ceci parce que je ne désire pas investir la totalité de mes sentiments et de mon existence dans un seul alter ego, dans une supposée "moitié" de bulle fusionnelle. Je ne ressens donc pas le besoin de "tout couper" pour me libérer entièrement de l'autre en vue de construire un autre lien unique et exclusif. Je n'ai pas besoin de tirer un trait pour repartir ailleurs. Je n'ai pas besoin de remplacer un amour par un autre. Ce n'est pas l'amour-amoureux que je privilégie, mais le lien (amour-confiance). Je sais que la séparation douce est une voie plus exigeante en temps et en remise en question personnelle, et qu'elle va demander un délai d'adaptation, de flou, d'incertitude. Ce qui est douloureux ce n'est pas le temps d'évolution, c'est la période d'indécision durant laquelle on ne sait pas dans quelle direction on va aller. Mais une fois que la décision est prise, que la séparation est inéluctable, alors je crois qu'on peut s'accompagner et se respecter pour que celle-ci se fasse au mieux des désirs et besoins de chacun. Une sorte de dernier projet commun: réussir sa séparation. Un tel projet demande du temps, mais il vaut la peine si on veut poursuivre sa route dans de bonnes conditions...

Une fois la décision prise, voir ensemble jusqu'où on désire désinvestir ce lien: totalement ou partiellement. Ainsi on peut garder le lien d'amitié et de confiance, tout en désinvestissant la part la plus intime, devenue impartageable.

Il semble pourtant que la blessure soit telle qu'il faut accepter de passer par un temps de "rupture". Un temps qui marque nettement une inflexion, un changement des habitudes, la fin de certains gestes qui ne sont plus acceptés. Mais il n'y a aucune recette: chaque relation vit sa séparation au mieux des possibilités, dans la posture de "survie" dont chacun aura besoin. Je crois que c'est aussi dans la séparation qu'apparaît la nature de l'amour prééxistant. Car à ce moment là ressortent toutes les rancunes accumulées, tous les compromis mal acceptés, tous les non-dits et faux "dons". Et plus il y en avait... plus ça fait mal. Il va falloir solder les comptes là où la situation s'est arrêtée. La séparation est un moment de vérité dans un couple...

Paradoxalement je crois qu'il faut vraiment s'aimer pour bien se séparer... Je parle évidemment de l'amour de l'autre pour lui-même, pas de l'amour du bien qu'il m'apportait et dont je vais être privé. Si j'aime vraiment l'autre, et même si je souffre de la séparation d'avec cet autre, je respecte ses besoins. Même celui de se séparer...
Aimer l'autre c'est vouloir son bien-être. Si son bonheur est sans moi... alors je laisse l'autre. Et si l'autre m'aime pour ce que je suis... il ne me sortira pas de sa vie. Je crois que les ruptures son vraiment significatives de la façon donc le lien avait été investi.

Ce qui compte avant tout à mes yeux c'est le lien de confiance. Lien que j'ai investi comme étant sacré. La vie en commun, la tendresse, la sexualité... ce sont des améliorants du lien. Améliorants essentiels et qui précisément rendent ce lien unique et magnifique. Mais à la base c'est bien le lien de confiance qui permet à ces suppléments magiques de se greffer. Alors s'il faut se passer de tout ou partie des améliorants... et bien soit. Mais sans détruire l'essentiel. Sans toucher au sacré.
Oui, je sais bien que pour d'autres c'est le lien intime, la sexualité, qui est considérée comme "sacrée". Tiens oui... et si avant de se lier on demandait à l'autre ce qui, à ses yeux, rend le lien sacré ? Peut-être qu'on éviterait pas mal de désillusions...

J'ai parlé plus haut de questions sans réponse. Pour ma part je crois que c'est un élément capital dans une séparation: avoir des réponses à ses interrogations. Pouvoir donner un sens à ce qui se passe. Pouvoir "comprendre" de façon à utiliser ce passage douloureux de l'existence pour en sortir grandi. Pouvoir exprimer, aussi, de façon à se vider de toute cette frustration accumulée. Une séparation demande énormément de dialogue si on la veut réussie. Aller jusqu'au bout des choses, purger la relation. Sortir des blessures narcissiques et tenter de comprendre ce que l'autre ressent. Qu'il n'agit pas "contre moi", mais "pour lui". Que ce n'est pas moi qui n'ai pas été à la hauteur, mais que l'autre a besoin de quelque chose que je ne peux pas lui apporter.
Et ainsi pouvoir repartir dans la vie avec une expérience, des souvenirs, plutôt que désarticulé et plein de rancoeurs, estime de soi cassée. C'est vachement important tout ça. Vachement important...

On pourrait croire que le tableau que je brosse est "idéal". Il est aussi réalité. Des couples se séparent de cette façon et conservent le lien de confiance. Tant d'autres se déchirent indéfiniment, ou définitivement...

Commentaires
D
Bonjour Couleur Pierre, j'ai lu avec un grand intérêt votre texte. Vous dites en substance que vous préférez "avoir moins plutôt que rien". J'ai expérimenté cela pendant des années dans une amitié qui au départ était fusionnelle mais dans laquelle je ne ressentais que frustrations. Et finalement pour être brève, je pense qu'il faut être assez fort pour rompre définitivement car en restant en contact, on a toujours l'espoir de revenir à cet antérieur qui a existé, mais c'est un leurre et Catherine Bensaïd dans son ouvrage La musique des Anges écrit " on reste avec lui pour ce qu'il ne nous donne pas." Pour moi, c'était une amitié qui n'en avait plus que l'apparence. Et encore C. Bensaïd : "c'est pour maintenir en vie une union qui se meurt, un lien qui est, le croit-on, mieux que rien, mais qui en réalité n'est plus rien et nous entraîne dans une mort certaine : la mort de l'âme." En somme pour maintenir ce rien, soi-même on ne vit plus. Et pourquoi cette intention de se contenter de moins plutôt que rien ? Parce que l'on a peur de la solitude, de se retrouver seul (e).
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P
Le chemin est parfois difficile, kcyli, mais il est aussi une expérience de vie irremplacable tant une séparation peut être marquante et déstabilisante. Je crois qu'on peut, par cette perte, trouver quelque chose d'insoupçonné. Pour ma part je n'ai jamais regretté mes choix, bien que j'ai pu être désolé de leurs conséquences.<br /> Je te souhaite sincèrement une bonne continuation.
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K
ton texte m'a touchée particulièrement puisque je vis en ce moment cette expérience si douloureuse. La rupture a été décidé a deux, nous vivons encore sous le même toit. Je n'ai jamais réussi à le laisser libre, cause d'une grande part de l'échec de notre couple et aujourd'hui je n'arrive pas à accepter de le voir partir, se détacher de moi. Ton texte me montre le chemin à suivre.
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P
Bonjour PirateRousse<br /> <br /> La situation que j'ai vécue a fait que la séparation était conjointe : en décidant de ne pas réinvestir totalement mon couple, ma conjointe a décidé de la séparation. Elle était dans un "tout ou rien", que j'ai mis longtemps à accepter, parce que je ne voulais pas le "rien". Et de fait nous avons trouvé le compromis d'une séparation conjointement acceptée, en essayant d'être attentifs aux besoins de l'autre. Parfois ses besoins sont un crêve-coeur pour soi... mais pour ne pas tout perdre on les accepte. Une séparation c'est une rédéfinition totale de la relation, si on veut en garder quelque chose.<br /> <br /> C'est important d'être à l'écoute de l'autre, d'accepter qu'il/elle ait pu changer, évoluer, changer de désirs. Donner un sens à ce qui se passe et comprendre que c'est un choix qui lui est personnel. Dans l'idéal, si on l'aime... on ne peut que le laisser aller où il veut. C'est là qu'on réalise qu'on aimait aussi beaucoup ce qu'il nous apportait...<br /> <br /> Parfois la séparation passe par la verbalisation, et d'autres fois c'est impossible. Il faut alors trouver le sens "tout seul". Je comprends donc que ton conjoint ait été sensible à ta tentative de le comprendre.<br /> <br /> J'ai mis longtemps à comprendre mon épouse, et accepter son choix. Tout comme elle à mon égard. A la longue je pense que nous y sommes suffisamment parvenus pour vivre un lien apaisé. Nous nous entendons bien, ayant ajusté peu à peu la distance à laquelle nous pouvions nous situer l'un de l'autre. <br /> <br /> Je te souhaite bonne route sur ce chemin de connaissance...
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P
Ça fait un bon bout de temps que je viens lire et relire ce que tu as écrit sur ta séparation.<br /> Je suis dans ce processus, mais je suis celle qui doit subir la décision de l'autre. C'était l'homme de ma vie, mais il en est autrement pour lui.<br /> Je viens à maintes reprises lire ton texte, depuis plusieurs semaines, pour m'aider à passer au travers cette étape très souffrante, comme tu le mentionnes si bien au début de ton texte.<br /> Mais j'étais incapable de répondre, vu cette blessure toute fraîche que je dois soigner jour après jour.<br /> C'est ce soir, que j'ai décidé de te dire ; "MERCI !" de partager tes émotions vis à vis une rupture, et d'envisager que deux personnes qui se sont aimés, peuvent continuer a avoir du respect l'un pour l'autre, étant donné que j'ai fait lire ton texte à mon ex-conjoint (depuis 24 ans) et qu'il a beaucoup apprécié en voyant que je cherche réellement à comprendre sa décision et l'accepter également !<br /> Merci pour ton partage !<br /> PirateRousse
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V
je relis quelques un de tes messages et m'aperçois que tu es un homme....<br /> un homme pas "tout ou rien", c'est fou. Je fais suivre ton message avec encore plus de conviction !!!!!!
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V
merci de cette analyse. C'est exactement ce que je ressens mais les hommes sont plus tournés vers le tout ou rien. "je ne veux pas de ton amitié" me suis je souvent fait dire...<br /> Je fais suivre ton message, on verra si tu es plus convaincante que moi !!!!<br /> merci encore!
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B
Je découvre tes écrits au hasard d'une ballade sur le web.....Surprise et ravissement devant une écriture si belle et tant d'intelligence!...<br /> Oui on peut continuer d'aimer dans la séparation!...Il y a quelque chose de définitif quand on dit "Je t'aime"..<br /> Je reviendrai!! c'est promis!<br /> Bonne continuation...<br /> Brigitte!....
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G
Oui une séparation c'est tellement douloureux, et avoir des réponses à nos questions est important pour pouvoir vivre son deuil. Ensuite si l'amitié ou simplement le respect de l'autre vient prendre la place de l'amour alors c'est bien. <br /> Je crois qu'il ne faut jamais oublier qu'on a aimé cet autre, qu'à un moment il nous comblait.
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S
Voilà là une analyse pertinente de la séparation telle qu'elle pourrait/devrait être envisagée: à diffuser sans compter (à commencer par moi)afin de gérer ce type de situation (déjà fort destabilisante par nature) de la manière la moins douloureuse qui soit; En sentiments, le coeur prend hélas, le pas sur la raison. Aussi il est parfois bon de se référer à des textes comme le tien, afin de prendre le recul nécessaire face à nos élans.
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