Séparations illégitimes
Toujours dans le chapitre des séparations, il y a un aspect qui n'est généralement pas pris en compte dans la douleur ressentie. Je veux parler des séparations qui n'ont pas davantage le droit d'existence que les relations qui les ont engendrées: relations illégitimes, non-officielles, non reconnues, ou à jamais secrètes.
Avec qui partager sa douleur lorsqu'il y a séparation dans une relation qui est censée ne pas exister ? Relation cachée qui doit le demeurer même quand elle se meurt et disparaît. Personne à qui en parler...
Avec qui partager sa douleur lorsque celui qui a aimé hors de son couple voit celui-ci éclater à cause de ça ? Comme s'il y avait une sorte de conséquence naturelle à un acte réprouvé, dans le genre « tu l'as bien cherché ! ». Qui va se soucier de la douleur de cette perte ? Qui va comprendre qu'on peut aimer en double, et souffrir tout autant de la perte d'un côté que de l'autre ?
Avec qui partager sa douleur lorsque c'est une relation ouvertement "illégitime" qui cesse, mais que ni les amis, ni la famille ne connaissent cet "autre" ? Qui va s'en préoccuper, qui viendra soutenir celui qui se retrouve désespéré dans sa solitude et son chagrin ?
Et je n'évoque même pas le décès de l'être aimé, quand il n'y a aucune place pour celui ou celle qui fût si proche...
Y aurait-il des chagrins plus légitimes que d'autres ?
Certes, il n'est sans doute pas facile pour l'entourage de voir changer ce qui a toujours été. Lorsque des repères qui étaient considérés comme résolument stables se mettent à vaciller, il peut apparaitre une forme de déni. Ou même une réprobation plus ou moins ouvertement formulée à l'encontre de celui ou celle qui bouleverse les conventions...
C'est à ce moment-là que de nouveaux liens peuvent apparaitre. Soutien de la part de ceux qui ne jugent pas la légitimité de la douleur, ou bien solidarité d'autres qui ont déjà vécu cette situation, empathie de ceux qui n'ont pas de lien avec les convenances familiales. Un cercle relationnel se crée autour de ceux qui vivent ou ont vécu des problématiques similaires, avec des affinités inattendues qui ne se seraient pas révélées sans cela.
L'écriture peut aussi devenir confidente providentielle, seule oreille à pouvoir écouter sans fin l'expression d'une douleur inexprimable...
Forêt givrée, hier matin...