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Alter et ego (Carnet)
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8 février 2006

Séparations illégitimes

Toujours dans le chapitre des séparations, il y a un aspect qui n'est généralement pas pris en compte dans la douleur ressentie. Je veux parler des séparations qui n'ont pas davantage le droit d'existence que les relations qui les ont engendrées: relations illégitimes, non-officielles, non reconnues, ou à jamais secrètes.

Avec qui partager sa douleur lorsqu'il y a séparation dans une relation qui est censée ne pas exister ? Relation cachée qui doit le demeurer même quand elle se meurt et disparaît. Personne à qui en parler...

Avec qui partager sa douleur lorsque celui qui a aimé hors de son couple voit celui-ci éclater à cause de ça ? Comme s'il y avait une sorte de conséquence naturelle à un acte réprouvé, dans le genre « tu l'as bien cherché ! ». Qui va se soucier de la douleur de cette perte ? Qui va comprendre qu'on peut aimer en double, et souffrir tout autant de la perte d'un côté que de l'autre ?

Avec qui partager sa douleur lorsque c'est une relation ouvertement "illégitime" qui cesse, mais que ni les amis, ni la famille ne connaissent cet "autre" ? Qui va s'en préoccuper, qui viendra soutenir celui qui se retrouve désespéré dans sa solitude et son chagrin ?

Et je n'évoque même pas le décès de l'être aimé, quand il n'y a aucune place pour celui ou celle qui fût si proche...


Y aurait-il des chagrins plus légitimes que d'autres ?
Certes, il n'est sans doute pas facile pour l'entourage de voir changer ce qui a toujours été. Lorsque des repères qui étaient considérés comme résolument stables se mettent à vaciller, il peut apparaitre une forme de déni. Ou même une réprobation plus ou moins ouvertement formulée à l'encontre de celui ou celle qui bouleverse les conventions...

C'est à ce moment-là que de nouveaux liens peuvent apparaitre. Soutien de la part de ceux qui ne jugent pas la légitimité de la douleur, ou bien solidarité d'autres qui ont déjà vécu cette situation, empathie de ceux qui n'ont pas de lien avec les convenances familiales. Un cercle relationnel se crée autour de ceux qui vivent ou ont vécu des problématiques similaires, avec des affinités inattendues qui ne se seraient pas révélées sans cela.

L'écriture peut aussi devenir confidente providentielle, seule oreille à pouvoir écouter sans fin l'expression d'une douleur inexprimable...

foret_givre

Forêt givrée, hier matin...

Commentaires
S
Une fois de plus très juste; pardonnez mes commentaires un peu trop succints, mais je ne sais commenter les textes des autres; ils me plongent en réflexion, font parfois écho à un ressenti, mais je peine à évoquer les pensées qu'ils m'inspirent... Ce commentaire n'en est pas un, juste la marque de mon passage et de mon plaisir à vous lire.
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E
Non ce n'est pas rare ! J'ai vu l'année dernière chez mes parents, le renoncement de mon père. A 70 ans, il a pensé quitter ma mère pour une autre femme. Il a abandonné l'idée pour de tristes histoires d'argent ! Et aujourd'hui quelques mois après, je me demande comment il vit cela auprès de celle qu'il côtoie depuis presque 50 ans et qui prend maintenant sa revanche ... J'aimerais lui en parler dans quelque temps ...
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I
Merci pour vos commentaires, à travers lesquels je sens à quel point cette situation n'est pas rare.<br /> <br /> Samantdi... oui, grande tristesse ne pas avoir pu, malgré l'énergie et la foi investies, sortir des chemins conventionnels.<br /> <br /> LaVitaNuda, oh non, surtout pas le poids du silence, avec tout ce qu'il véhicule de non dit et ses effets délétères. Surtout pas le silence!
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L
Parler aux amis, parler aux murs, arrêter quelqu'un, n'importe qui, dans la rue, dans un café. Quelqu'un avec une bonne tête, qui va vous écouter en échange d'un café ou d'une bière.<br /> <br /> Parler à n'importe qui, plutôt que de faire porter sur les épaules de sa famille légitime le poids d'un silence buté.
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S
Ce billet, c'est comme si tu me prêtais tes mots pour le dire.<br /> Merci.<br /> <br /> Je suis une sorte de championne du chagrin illégitime : chagrin d'enfant illégitime puis chagrin de femme illégitime. <br /> <br /> Ce qui me rend tellement triste, c'est d'avoir cru qu'on pouvait tracer d'autres chemins, inventer d'autres relations. Et que nous n'y soyons pas arrivés
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C
J'ajouterai encore ceci: <br /> comme tu l'évoques, il y a des chagrins qu'on "console" en étant proche de la personne qui souffre, en la soutenant, en lui donnant du réconfort<br /> Il y a aussi des chagrins qu'on condamne, qu'on juge, parfois violemment, dont on ne reconnaît pas l'existence, qu'on nie, qu'on ne veut pas entendre<br /> Ta question prend tout son sens: y a -t-il des chagrins légitimes et d'autres pas?
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C
Tes mots rejoignent bien des souffrances que nul ne soupçonne puisque justement indicibles...<br /> Continuer à faire bonne figure alors que justement on est démoli par une souffrance qui ne peut se dire...<br /> De ce genre de souffrance, on met beaucoup plus de temps à s'en remettre. Le deuil ne peut se faire par l'extériorisation des larmes. Elle reste moisir quelque part profond d'où elle continue ses ravages, son travail de sape.<br /> J'admire les gens qui s'en sortent, ils sont courageux, car ils s'en sortent seuls la plupart du temps<br /> Merci l'Idéaliste une fois de plus, pour ta note pleine d'humanité
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S
Je lis ces phrases comme une réparation Idéaliste.Envers toutes ces souffrances muettes, otages de l'illégitimité, givrées comme ta forêt.
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L
Un souvenir qui me revient:<br /> <br /> Quand un certain oiseau m'a annoncé il y a déjà plus de six ans, qu'il désirait prendre un recul dans notre "relation", un moment de réflexion, mon premier réflexe fut d'aller frapper chez ma meilleure amie (qui était aussi ma voisine à l'époque). Je me souviens, quand elle a ouvert la porte, de lui avoir dit une seule phrase : "Il m'a quittée." J'étais effondrée. Sa réponse que je n'oublierai jamais même si on en a reparlé souvent par la suite et que je lui ai pardonné, résonne encore dans ma tête : "C'est normal Lou, il est marié."<br /> <br /> Douleur intolérable, déchirure, solitude extrême. Mon chagrin était "illégitime". Merci encore une fois cher Idéaliste, de dire si bien ce qui nous semble souvent indicible.<br /> <br /> Bises et je m'envole vers Montréal pour mieux revenir... :)
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G
Cette photo, c'est féerique, magique, la nature m'étonne toujours. merci de ce cliché.
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