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Alter et ego (Carnet)
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13 février 2006

Les silences qui tuent

Dans un des commentaires de mon billet précédent, il est écrit ceci: « étant adepte forcenée du dialogue, les trop longs silences me tuent. D'ailleurs, la communication n'est-elle pas indispensable dans toute relation? ».



Pour ma part j'ai toujours considéré que le silence était l'ennemi d'une relation et qu'à la longue il pouvait la tuer. Dans la phrase que je cite il y a une nuance: « les trop longs silence me tuent ». Elle me semble plus juste. Ce n'est pas seulement le silence en lui-même, ou sa durée, qui tue la relation, mais le fait qu'un des partenaires vive mal ce silence. C'est le décalage du ressenti de chacun par rapport au silence.
S'il convient aux deux, il n'y a pas de problème...

 

La communication est-elle indispensable dans toute relation ?
J'ai tendance à penser que la relation est communication. Sans communication il n'y aura pas de relation. Encore faut-il savoir ce que désigne le terme "communication", en terme de nature et de fréquence. Dire bonjour au marchand de journaux chaque matin, c'est dèjà de la communication. Envoyer ses voeux une fois par an c'est aussi de la communication. Ce sont des formes de relation. Certes assez minimalistes...

 

A l'évidence, quand je dis que le silence me tue, je pense à des relations plus proches. La perception de ce silence correspond alors à une frustration, un manque de communication. Mes besoins ne sont pas comblés par mon partenaire relationnel. Peut-être parce que nous n'avons pas les mêmes besoins, ou pas les mêmes canaux de communication, ou encore parce que le silence exprime des non-dits, ces faux-silences bavards.

 

Ce n'est ni que j'aurais trop de besoins, ni que l'autre s'exprimerait insuffisamment. Il n'y a pas de norme en la matière, juste une nécessité d'adéquation.

 

Je parle là de communication et de silence au sens large: cela ne passe pas que par les mots, mais aussi par le toucher, les regards, la sexualité... Toute forme de communication a ses formes de silence. Et il est heureux que le silence d'une ou plusieurs formes se produise lorsqu'un mode de communication est en action. Lorsque tous les modes sont silencieux durablement, ça peut devenir inquiétant...

 

Pour ma part je sais que le besoin de communication correspond à la fois à un désir de partage et à celui d'être rassuré sur la qualité de la relation. Si le silence dure trop, je peux me trouver frustré de partage et/ou en manque de réassurance. Lorsque la relation me convient cet état n'existe pas puisque je peux communiquer sans me poser de questions. Plus elle est installée et plus j'ai de réserves d'autonomie sans communication.
Là où ça devient problématique c'est lorsque mes besoins ne correspondent pas à ceux de l'autre. Quand l'un des deux veut "plus" et que l'autre donne "moins" (selon une vision tout à fait subjective). Il y a alors processus évolutif, l'un tendant à se "rapprocher" et l'autre à "s'éloigner". Si les besoins de l'un et l'autre ne sont pas réciproquement pris en compte, la crise ne tardera pas. Dans une relation proche, syndrôme d'abandon et syndrôme d'étouffement s'opposeront.

 

C'est une phase particulièrement délicate, parce qu'elle ne peut se résoudre que par là où elle pose problème: la communication. On ne résoud rien sans communiquer, sans s'écouter, sans prendre en compte les besoins de l'autre. Or c'est précisément la différence dans les modes de communication qui est au coeur de la problématique...

 

J'ai vécu différentes relations dans lesquelles il y avait des problèmes de communication. Toutes celles qui se sont résolues sont passées par la communication. Toutes celles qui sont devenues ou restées problématiques ont été confrontées à une forme de silence. Que ce soit par le non-dit, le déni, la fuite, ou le refus de dialogue pour quelque raison que ce soit.

 

Voila pourquoi je ne serai jamais adepte du silence.

 

Ceci dit je conçois qu'il puisse être utile, en certaines circonstances, afin d'éviter une surenchère dans la crise. A condition qu'il ne devienne pas prétexte systématique pour éviter le dialogue nécessaire. Combien de relations se sont-elles ainsi disloquées à cause d'un déficit de communication ouverte et sincère...

 

 

Commentaires
I
François, lorsque le silence et celui de la paix, il est très doux. C'est lorsqu'il est inquiétant, ou forcé, qu'il devient lourd...
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F
Je suis, pour ma part, un adepte du silence... Que dis-je, un adepte... un forcené du silence...!<br /> Jamais de musique ou si rarement, peu de paroles. Mais la complicité, oui. Il y a mille autres moyens de communiquer que la parole orale, plus sensibles. Un geste ou un regard disent (peuvent dire) beaucoup plus que cent mots...<br /> Et c'est moins bruyant... :))
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I
Tout à fait juste, Chat Fou, un "engagement" qui ne vient que d'un seul côté ne peut rester que latent, ou sans avenir.<br /> <br /> Quand le silence s'installe il montre un désengagement. Le tout est de savoir jusqu'où, et si c'est définitif. Mais ça, parfois celui qui se désengage ne le sait pas. Et c'est pas évident à vivre pour celui qui est en face, ne sachant s'il doit rester patient ou désinvestir la relation.<br /> <br /> Entre engagement individuel et engagement dans une relation, la distinction n'est pas évidente.
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C
Oué.<br /> Je crois que l'engagement, c'est aussi quelque chose qui va dans le temps, qui vient des deux côté.<br /> Ressentir beaucoup, parler beaucoup, ça ne crée pas l'engagement de la relation, juste celle de l'individu.
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R
Je ne pensais pas donner matière à une telle réflexion... Cela me laisse coîte.
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C
Je te rejoins tout à fait, l'Idéaliste<br /> Celui qui se tait, rompt la relation, cela me paraît évident<br /> Mais son silence est peut-être une façon (que je trouve un peu lâche)de signifier que pour lui (elle) il n'y avait pas relation, ou une relation pas aussi "engagée"<br /> A celui (ou celle) qui souhaite la communication et que se trouve confronté(e) au silence de tirer les conclusions...<br /> Même si c'est dur
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