Public et privé
Finalement je peux profiter de l'impossibilité d'aborder directement certains sujets pour en aborder d'autres...
A la fin de mon texte précédent j'ai demandé que les éventuels commentaires n'interfèrent pas avec ce qui tient de la vie privée. Je sais que cette conjonction public/privé intéresse plusieurs d'entre nous, écrivants du net.
J'ai répondu à une réaction de la façon suivante: « je demande aux lecteurs d'entrer dans l'abstention en ce qui concerne leur avis sur mon amie (et uniquement ça). Parce qu'elle n'est pas là pour se "défendre" et qu'il n'est pas tolérable de s'exprimer publiquement sur une personne identifiable. J'ai commis l'erreur de le faire, lourde de conséquences, et ne recommencerai pas. Je ne me sens pas le droit d'avancer dans ma connaissance personnelle en portant atteinte à quelqu'un d'autre...
Il y a des limites entre le public et le privé, qu'il convient de ne pas franchir. Question de respect dû à autrui.
Je pense qu'on ne peut s'autoriser à écrire sur les autres que tant que personne ne sait de qui il s'agit. »
Je vais expliquer un peu plus précisément ma position, après avoir longtemps moi-même surfé sur la limite.
Dans la vie courante beaucoup d'entre nous se permettent d'exprimer une opinion sur leur entourage, généralement à leur insu. Sans évoquer l'aspect "franchise", qui voudrait qu'il soit préférable de dire en face aux gens ce qu'on pense de leur attitude, on peut considérer que parler avec un tiers peut apaiser des tensions, apporter un éclairage, voire favoriser ultérieurement un dialogue direct moins chargé d'affect avec la personne concernée. Pour le tiers cela est sans conséquence tant que la personne de qui l'on parle n'est pas identifiable. Ça devient plus discutable dans le cas contraire...
Je pense qu'il est assez malsain de biaiser les rapports directs. Il ne devrait pas y avoir de triangulation dans les relations. Un lien unit deux personnes, et seulement deux. Il n'est pas souhaitable que x, qui connaît y, sache ce qui peut me poser des problèmes avec ce dernier. Il y a risque d'intérférence. Le comportement de y avec moi peut être très différent de celui qu'il a avec x et je pourrais générer une suspicion injuste.
Dans le monde d'internet c'est la même chose: il est délicat [voire indélicat...] de parler de relations communes dès lors que celle-ci sont problématiques. De plus, dans les microcosmes virtuels, on ne sait pas forcément qui est en relation avec qui. Les gaffes sont toujours possibles...
Pourtant, dans ce monde tellement marqué par l'absence de contact, la tentation peut être grande de confronter des points de vue sur autrui. C'est parfois le seul moyen de croiser des impression afin de mieux saisir une personnalité, car il peut exister une différence notable entre les écrits publics et ceux du privé, et seul un regard extérieur peut aider à y voir plus clair. Les amitiés virtuelles sont aussi faites pour ça. Il convient alors de le faire de façon respectueuse, avec des personnes dignes de confiance. La médisance ou les commérages peuvent vite être atteints.
Sur un blog ou un journal en ligne la problématique est encore accentuée: évoquer une relation privée, publiquement, est un exercice très risqué. Ça peut sembler évident, et nombreux sont ceux qui évitent ce mélange. Mais parfois, par simple désir de partager des affinités communes, on peut être tenté d'en faire part à des "amis de blog", ne serait-ce que pour dévirtualiser ce monde de l'écrit. C'est ce que j'ai fait depuis très longtemps...
Or l'audience d'un blog multiplie les regards. Je ne sais pas forcément qui me lit, encore moins qui lit qui, et il m'est difficile de m'en faire une représentation (tendance à "oublier" les regards silencieux). Le nombre de commentaires, les affinités connues, ne sont pas du tout représentatives du lectorat.
Il y a quelques temps, suite à un sentiment d'injustice accompagné d'une grande colère, je me suis laissé aller à évoquer ici les turpitudes d'une relation personnelle, sans nommer personne. Or, pour diverses raisons dont j'assume la responsabilité, une partie de mon lectorat n'a eu aucune peine à identifier à qui je faisais allusion et a réagi en conséquence. Je n'avais pas pensé à ce genre d'interférence, assez regrettable. Je n'aurais pas dû en parler sur ce blog, quel que puisse être mon sentiment de révolte, puisque par empathie avec moi un certain nombre de commentaires ont mis en cause celle que je ne nommais pas. C'était inélégant de ma part et ma colère ne justifiait pas que j'évoque publiquement cette affaire privée en un lieu ou le lectorat pouvait surenchérir. Grosse maladresse, qui me servira évidemment de leçon: l'effet multiplicateur des commentaires peut en effet s'assimiler à un "lynchage public". Certes mon amie aurait pu aussi réagir dans les commentaires, comme dans une sorte de "droit de réponse", et ça aurait été tout à fait légitime. C'était aussi prendre le risque de virer au reality-show... [beuaark !]
Tout cela n'est pas très reluisant, mais sera peut-être utile à vous qui venez de me lire. Les limites entre public et privé sont encore assez floues sur internet, et j'avoue les avoir mal cernées au sein de ma démarche de sincérité. Comme il m'a été dit dans des commentaires, je peux écrire ailleurs, de façon non-identifiable. Trop de gens me "connaissent" sous mon pseudonyme, ainsi que mon amie et l'histoire qui nous a liés. Nombre de développements me sont donc désormais interdits [je me les interdis...].
Je précise quand même qu'à l'origine j'évoquais cette relation en accord avec ma partenaire, tant pour le contenu que pour son identité. J'avais plaisir a raconter une relation "virtuelle" qui prenait corps dans la réalité. Il existe de plus en plus de cas de couples qui se forment sur internet, parfois dans des conditions surréalistes (par delà les océans). C'était notre cas et c'est ce que j'avais entrepris de raconter...
[gnnnnii... pas évident d'en parler sans outrepasser les limites public/privé que je me fixe]