Rationnalisme ou empirisme ?
Une question m'a été posée: « Faut-il être rationnaliste ou empiriste lorsqu'on aborde les sujets comme l'amour ? »
Je reformulerai la question ainsi: « serait-il préférable d'être... etc.», évitant ainsi l'injonction. Et je m'empresse de dire qu'à mon avis les deux sont nécessaires. Se servir uniquement de l'expérience serait prendre le risque de passer par un interminable chemin d'erreurs et fausses pistes, tandis que se fier uniquement à la raison manquerait furieusement d'expérience pratique ! Chaque expérience permet d'aller plus loin dans le raisonnement en lui donnant un corps, un ressenti fondé sur le vécu et les émotions. Inversement le raisonnement permet de cerner dans quelles limites on laisse les émotions se développer. Je dirais volontiers que, pris isolément, empirisme et rationnalisme ne permettent pas le développement de l'amour. C'est la conjonction des deux, et leur dosage variable, qui l'autorisent.
L'amour est ancré dans le registre émotionnel (voire pulsionnel) et on sait à quel point raison et émotions peuvent être contradictoires. Écouter exclusivement la raison bride les pulsions et le désir. Mais se fier exclusivement à l'expérience peut tout aussi être inhibant, par peur de la répétition d'erreurs passées, ou d'échecs, et des émotions douloureuses qui les ont accompagnés. Il est nécessaire, pour donner du sens aux erreurs, d'introduire une part de raisonnemement. Comprendre l'erreur pour en éviter la répétition.
Le raisonnement peut permettre, en ne s'arrêtant pas à l'erreur, de persévérer là ou l'empirisme pourrait déduire qu'une erreur est une impasse, sans laisser de chance à son décorticage... Mais, inversement, le raisonnement pourrait conduire à ne pas perséverer dans l'erreur, tandis que l'empirisme saurait que l'erreur est dépassable. En fait tout dépend de la personnalité de chacun et de la volonté de faire durer l'amour. Cette volonté n'est ni de l'ordre du rationnel, ni de celui de l'empirisme, bien qu'elle puisse prendre sa source des deux côtés. Tout comme le renoncement y trouvera ses justifications...
Je ne parviens pas à imaginer un fonctionnement qui privilégierait rationalisme ou empirisme. Je ne crois pas non plus que ce soient des éléments déterminants. Les émotions, les désirs, me semblent infiniment plus créateurs, innovants, à la recherche de solution. Si le désir est là, quelle que soit la méthode selon laquelle on aborde l'amour... on ne se pose pas de questions.
En fait, j'ai l'impression que la question ne se pose que lorsque l'amour devient problématique...