Transgénérationnel
Discussion très intéressante ce matin, autour d'un petit déjeuner pris en commun dans la maison de ma future-ex avec les enfants. Une fois les deux plus jeunes partis, notre fils aîné nous a demandé si nous avions des souvenirs d'évènements qui auraient pu être marquants dans son enfance. Il nous a rapidement dit qu'il était allé voir une psychologue, percevant qu'il ne se sentait pas tout à fait à sa place dans sa vie. Il a l'impression de passer un peu à côté de l'existence parce que trop dans l'analyse, la réflexion, l'observation de lui-même. Il ne sait pas suffisamment vivre l'instant présent dans l'insouciance...
Bigre... voila qui évoque beaucoup de choses pour moi...
Tel père, tel fils ! Il en arrive au même constat que moi, heureusement bien plus précocement. Je lui ai rappellé son hérédité chargée: moi-même qui suis très "cérébral", fils d'un père qui l'était infiniment plus. Futurex étant aussi en questionnement, fille d'un père qui refusait de se poser des questions en simplifiant à l'excès. Reproduction transgénérationnelle d'un système de pensée qui nie la part émotionnelle, bride le rêve et la spontanéité au profit du rationnel et du raisonnable. Pensée créatrice inhibée, refoulée, repoussée. Avec une idée maîtresse: la vie c'est pas fait pour rêver, c'est dur, il faut travailler. Je caricature un peu parce que ce n'est pas énoncé aussi clairement, mais le sens général est bien celui-là.
J'ai parlé de ma tendance à refuser le côté "rêveur" qui était si souvent critiqué dans ma jeunesse et que je tentais de refouler ou vivais dans la culpabilité. Et je constate que j'ai toujours tendance à empêcher mes enfants de laisser épanouir cette part d'eux-même. C'est ce qui fait que je "casse", malgré moi, les élans contestataires de ma fille...
Je me sais avoir un double langage, encourageant par les mots à vivre et s'épanouir, mais à brider toute manifestation de cette liberté dans le concret. C'est comme si je refusais de voir mes enfants oser ce que je ne m'autorise pas : ils me renvoient en miroir ma propre incapacité à m'émanciper des usages et conventions. Je vois en eux ce que je n'ai pas su être. Peut-être une forme de jalousie... de ce que pourtant je les encourage à être. Dieu que l'inconscient est retors !!!
Alors je leur ai exprimé ce paradoxe, et les ai encouragés à ne pas se laisser démonter par cette tendance dont je n'ai pas conscience dans l'instant. Je ne peux avoir ce regard critique sur moi-même qu'en différé. Je comprends que ce puisse être déstabilisant, comme me le disait récemment ma fille désapointée: « tu ne fais pas ce que tu nous dis de faire ! » Ben oui... ce que j'énonce reste parfois théorique, et je n'ai pas la capacité de l'appliquer. Parce que ma pensée agit à froid et mes émotions à chaud. Cette fameuse part émotionnelle que je ne sais pas encore très bien capter et que la rationnalisation abusive rend incohérente. Je suis incohérent. Cérébral et émotions insuffisamment connectés. Ou du moins avec un temps de décalage. Il se réduit constamment, mais ne permet pas encore le "direct".
Je suis heureux que mes enfants captent cela en moi, en eux, et que nous puissions en parler en toute sérénité. Je crois que c'est important pour eux que je reconnaise cette faille importante, validant ainsi ce qu'ils découvrent tout seuls. J'aime beaucoup ces échanges très sincères que nous avons, et ne crains absolument pas de leur montrer ma faillibilité. C'est pour moi une question d'honnêteté que de pouvoir dire les choses franchement. Il est important pour cela que la parole soit libre, et que je ne cherche pas à imposer mon mode de pensée ou d'improbables certitudes.
Hum... tout cela est tellement en décalage avec ce que j'ai vécu récemment au sein d'une relation interrompue... Les résonnances sont constantes. Comment l'homme que je suis a t'il pu s'oublier, s'effacer et perdre sa personnalité ? Quels mécanismes secrets et inconscients ont-ils pu se conjuguer pour dissocier les deux partenaires tellement liés que nous étions ? Je trouve peu à peu les élements de réponses, mais ressens aussi une inévitable frustration. L'échec de la communication me laisse... sans voix.