Insomnies
L'aube pointe à peine son nez, la pleine lune se couche... et moi je me suis levé après avoir tourné et retourné dans mon lit: insomnie. C'est de plus en plus fréquent, alors que j'ai toujours eu un sommeil de plomb. Parfois je reste dans un semi-sommeil agité, mais là, depuis 5h ce matin c'était la vraie insomnie, avec les pensées qui défilent dans la tête. Alors en comprenant que le sommeil ne viendrait plus, je n'ai pas insisté.
A quoi je pense ?
A ma vie qui est dans un sacré bordel. A cet homme qui ne parvient pas à le devenir. Crise existentielle tardive, profonde, d'un rêveur qui se cogne aux limites de la réalité. J'ai voulu "vivre libre", "exister par moi-même", "voler de mes propres ailes", et... ben voila, j'y suis ! Autant d'aspirations salutaires, pour quitter un reliquat de post-adolescence mal émancipée, mais qui m'ont mis face à moi-même. Je suis bien un adulte qui ne l'est pas vraiment. Il me faut grandir et trouver le sens de ma vie, au moment où beaucoup de mes repères ne sont plus valables. Désorienté, en recherche, ne pouvant plus m'appuyer sur les personnes dont je dois me détacher, je ne peux (et ne dois) compter que sur moi-même. C'est l'évidence, mais je crois que je n'en avais pas vraiment conscience...
Je me perds en tergiversations, qui pourtant me permettent de trouver ma route dans ce brouillard qu'est devenu mon avenir. Je cogite, je décortique, j'analyse... et je ne vis pas vraiment dans cette soupe constamment agitée. J'avance, j'avance... mais vers quoi ?
Je m'étais lancé dans le vide, aspiré par l'appel d'un élan de vie... et je me retrouve dans le vide sans élan. C'est un peu con comme posture. J'ai compté sur des solidarités qui ne pouvaient plus exister: quand on veut vivre sa vie, on s'assume tout seul. Euh... je crois que j'avais mal préparé cette deuxième condition. Mais peut-être que tout cela n'était qu'une façon de me faire bouger. Cet élan de vie était "vital" et j'ai bien fait de le suivre. Ne pas le faire aurait été me résigner à "mourir vivant". Peut-être que le vide dans lequel je suis est la meilleure façon de trouver qui je suis et ce que je veux faire de ma vie. Seul, sans entraves... ni filet de protection. La vraie vie quoi. Celle où on est seul face à soi-même.
En écrivant tout cela je pense à ces autres hommes qui, comme moi, se retrouvent à peu près au même âge face à une réalité qu'ils n'avaient pas envisagée sous cet angle. J'ai voulu vivre libre... je le suis. Et maintenant démerde-toi ! Plus possible de revenir en arrière, on ne grandit qu'à sens unique. J'étais en couple et j'ai voulu grandir "seul". C'était très bien d'oser faire ce pas, s'il était nécessaire, mais il faut le faire jusqu'au bout.
Mes anciens soutiens me poussent unanimement, plus ou moins gentiment, vers où je dois aller... seul. Moi seul peut faire mon chemin, et en solitaire. En homme qui s'assume, quoi.
C'est pas facile, mais le résultat en vaudra la peine.
En attendant... c'est un peu inquiétant.
Parce que j'suis pas encore un homme...