Potentialités en veille
Si j'écris moins ici, ce n'est pas qu'une question de manque de temps. Je crois qu'il y a aussi un certain désinvestissement de ce monde d'internet. Peut-être provisoire, peut-être appelé à se renforcer. Je ne sais pas encore.
Peut-être qu'il s'agit d'une évolution vers quelque chose de moins impliquant. Moins dévoreur de temps. Retrouver la matérialité de l'existence, sa lenteur, mais aussi sa densité. Car l'inconvénient de l'immédiateté du virtuel est le peu d'imprégnation que cela permet. Malgré la "profondeur" des échanges, il demeure une superficialité intrinsèque à ce mode de communication: il n'est que mental. Abstrait. Distant. Il y manquera toujours la sensorialité.
A moins de rester volontairement dans une expression destinée à un public élargi ? Internet comme une tribune. Un porte-voix.
Peut-être est-ce encore cette limite fluctuante entre intime et public que je cherche à accomoder à mon individualité en mouvement...
Un jour j'ai lu une approche du terme "virtuel" selon l'origine même du mot: Virtus, dans le sens de "en puissance". Une relation virtuelle est une relation qui peut potentiellement devenir réelle: palpable, tactile, visible. Le réel est au présent, le virtuel n'est qu'un possible futur...
Mais qu'importe que le futur soit possible si la relation avec le lectorat reste dans une expression générale, distante, invérifiable dans la réalité ? Les mots n'engagent à rien. Peut-être est-ce ce risque d'illusion [ou d'auto-illusion] qui perturbe mon expression...
Seuls les actes comptent.
Si je peux maintenant aller loin dans des échanges en face à face, c'est bien parce que j'ai pu me rôder via internet. Et je sens bien l'indubitable richesse que permet la présence corporelle, la voix, le regard. Même si cela peut créer une légère distance de pudeur et d'intimité protégée...
Lorsque la rencontre est difficile, à cause de la distance, c'est le téléphone qui a ma préférence comme moyen de communication. Je délaisse de plus en plus les longs mails. Et les longs textes mis en ligne...
Je laisse aussi le temps s'écouler. Il est rare que je réponde immédiatement à un courrier. Même lorsqu'il s'agit de connaissances de longue date, ou d'amitiés. Je n'ai plus le même empressement à communiquer. Je ne suis plus "en manque", avec cette soif d'échange qui m'a longtemps caractérisé.
Je ne cherche pas davantage à élargir mon cercle relationnel, me contentant de "laisser venir". Parfois un contact nouveau s'amorce. Je ne l'empêche pas, bien sûr, mais ne le soutiens pas particulièrement. Je prends ce qui vient. Je n'attends rien. Peut-être suis-je même peu répondant ?
Tout cela pourrait avoir un côté un peu terne. Fataliste, ou résigné. Je n'ai plus mon enthousiasme des débuts vis à vis des relations virtuelles; je ne cherche pas à créer de nouvelles amitiés dans le monde réel. Mais je me sens pourtant très bien. Je sais désormais qu'il ne dépend que de moi, et de mes désirs, que certains liens se vivent de façon plus soutenue. Si je "donne" davantage, je reçois aussi davantage, selon un principe de réciprocité.
En fait je suis en phase de neutralité. J'observe ce qui évolue en moi après quelques années assez marquantes d'exploration des relations internautiques dans toutes les dimensions. Je prends du recul. Je laisse décanter. Je suis un peu en veille...