Huit femmes
Le métier auquel je me destine est presque exclusivement féminin. J'étais avec huit femmes durant mon stage, succédant à la douzaine de femmes qui étaient en formation avec moi. Et toujours la même heureuse et unanime surprise de voir enfin un homme choisir ce métier ! Il faut dire que 85% des personnes reçues sont des femmes... La contraception semble rester majoritairement "une affaire de femmes".
Parmi celles avec qui j'ai travaillé cette semaine certaines sont féministe. Voire très féministes. Militantes. L'une d'elle m'a dit que ça faisait du bien d'avoir un homme, parce qu'elles avaient tendance à oublier qu'ils avaient une place dans la profession. Pourtant elles sont les premières à dire que l'homme est autant impliqué que la femme... bien que la femme reste seule responsable de son corps.
Il y a quelques années je pense que j'aurais redouté de me retrouver seul homme parmi des femmes, à cause de je ne sais quel crainte de séduction fantasmatique... Aujourd'hui c'est à peine si je m'en rends compte [j'exagère un peu...]. Certes, il est question de sexualité et de féminité, voire de désir, mais de façon assez désincarnée: il y est davantage question de pilule, de stérilet, de cycle menstruel et d'utérus que de la femme telle que s'y intéresse généralement un homme.
Justement, ça m'intéresse beaucoup ! Parce que nombre d'éléments restaient abstraits pour moi. Tout était un peu théorique. Là je le vis plus "de l'intérieur", en écoutant ces femmes qui s'entretiennent avec la gynécologue et évoquent leurs sensations durant la grossesse ou leurs règles, bien plus diverses et variables selon les femmes que je ne l'imaginais.
Bon... 15% des personnes accueillies sont quand même des hommes ! Curieusement c'est avec eux que je me sens un peu mal à l'aise. Peut-être en imaginant leur réaction face à ma présence dans cet univers féminin ? Il semble que j'ai encore quelques détails à régler avec ma masculinité...
J'aime bien travailler avec des femmes. En elles j'aime trouver cette différence d'avec l'homme que je suis.
Je me verrais mal dans un milieu masculin. Ou alors avec des hommes ayant cette part considérée comme "féminine". Le mieux serait sans doute un environnement mixte...
Tout cela étant énoncé avec la distance professionnelle...
Qu'en est-il de l'homme ? Oui, moi en tant qu'individu au milieu de ces femmes.
Double regard, qui n'est pas systématiquement différencié.
Quand j'accompagne une "collègue" en entretien avec ces mignonnes jeunes filles, parfois fort jolies et dotées de corps nettement sexualisé par leur habillement estival... il arrive que mon œil oublie quelques instants le professionnalisme que je suis censé incarner. Et c'est peut-être le décalage qui existe entre leurs décolletés outrageux et l'oubli du corps quand elles évoquent leurs tourments qui est le plus touchant. Nulle provocation dans leur posture, elles semblent oublier les présences qui sont en face d'elles, notamment la mienne. Je me sens un peu Tartuffe « cachez ce sein que je ne saurais voir... ». Bon ben oui... je ne sais pas toujours "ne pas voir". J'essaie de ne pas regarder. En tous cas je ne me fais pas voir !
Mais il n'y a pas que l'animal, dans l'homme. Il y a aussi un regard plus... porteur de sens. Voir une petite jeunette de 18 ans est peut-être un ravissement pour l'œil, mais sans grand avenir à l'âge pré-canonique qui est le mien. C'est trop tard depuis quelques décennies. L'esprit a besoin de nourritures plus substantielles et c'est dans la même tranche d'âge que moi que mon regard se porte plus volontiers. Et l'indécrottable analyseur que je suis s'observe en train d'observer: qu'est-ce qui fait que, parmi huit femmes, connues au même moment, dans le même lieu, exerçant la même profession, je ressente des attractions différentes. Certes elles ont toutes une personnalité différente, qui transparait dans leur façon d'être. L'âge est aussi un élément de distinction. Mais est-ce un hasard si celle avec qui je ressens le plus d'affinités mentales et aussi celle que je trouve la plus séduisante physiquement ? Serait-ce mon regard sur un physique et un visage plaisants qui ouvrirait mon esprit à la dimension émotionnelle ? Franchement, serait-ce... bêtement suffisant pour éveiller une attention particulière ? Ou bien est-ce une certaine forme de sollicitude à mon égard ? Ou encore, condition sine qua non, parce que son regard me "parle" ? Pourquoi est-ce que je me sens "attiré" ? Quelle est, dans cette attirance, la part du regard qu'elle porte sur moi ? Y aurait-il une forme d'échange imperceptiblement subtil ? Je crois que ce qui m'attire gardera toujours sa part de mystère...
Quoi qu'il en soit il ne me faut pas longtemps pour apprécier certaines compagnies d'avantage que d'autres. Même si je me sens bien avec tout le monde... en tant que professionnel.
Ah oui... un truc assez nouveau: je constate que je regarde discrètement l'annulaire gauche des femmes qui me plaisent...