Agapè
Ma question d'hier était faussement naïve: je sais bien le sens que je donne au mot Amour avec son grand A... Par contre j'ai l'impression que ce grand A est parfois utilisé pour décrire des sentiments. Ce qui me semble minimiser la dimension de l'Amour.
Le mot Agapé m'a été proposé et je suis allé un peu enquêter. J'ai trouvé un texte qui m'a intéressé, présentant une vision des différentes formes d'amour. En voici quelques extraits:
«Tout commence par la pornéia, l’amour du bébé, qui “dévore” le sein de sa mère. Puis l’amour nourriture s’allège en amour érotique, qui donne des ailes à la gourmandise infantile, lui évitant de s’alourdir en voracité. Mais éros, malgré ses ailes, vit encore dans le manque. Alors vient l’amour philanthropique, philia, qui est plein, apaisé, et relie les vrais amis dans un partage égal. Mais cela ne s’arrête pas là : philia elle-même quitte le plan de la simple amitié pour s’élèver encore plus haut, là où règne l’amour inconditionnel, l’agapé…»
« L’agapé, c’est quand on ne cherche plus l’amour, mais qu’on est capable de le donner, pour rien, gratuitement. »
Mais ce texte aborde bien d'autres sujets, comme la fidélité:
« L’amour, c’est être fidèle à ses préférences. Mais cela n’exclut pas les autres. (...) Quand on aime vraiment quelqu’un, c’est toujours d’une manière unique, irremplaçable. “Parce que c’était toi, parce que c’était moi.” Cela ne signifie pas qu’on n’aimera plus jamais personne, mais qu’on n’aimera plus jamais personne de cette façon-là. »
« On peut rencontrer beaucoup de femmes, beaucoup d’hommes, mais on risque tellement de se disperser ! Alors que le fait d’en choisir une (ou un) et d’approfondir cette relation, le plus loin possible, va me faire déboucher sur l’universel. C’est étrange et naturel : on découvre l’universel au cœur du particulier. Dans une femme, je peux découvrir toutes les autres femmes. »
La différence entre Eros et Agapé
« Éros est toujours dans le manque. C’est toujours la soif qui cherche son eau vive, le vase qui voudrait être rempli, comblé. Un Éros bien orienté est quelque chose de magnifique, mais lui-même n’est pas source. C’est la différence avec l’agapé. Dans nos amours il y a souvent beaucoup de soif, mais pas beaucoup de fontaines qui débordent ! L’agapé, c’est quand on ne cherche plus l’amour, mais qu’on est capable de le donner, pour rien, gratuitement. »
L'équilibre à trouver entre l'amour durable et l'amour qui laisse libre:
« Comment choisir un préférentiel qui n’enferme pas ? On rêve : ça supposerait d’être libre de la jalousie, de la possessivité, de toutes nos peurs d’enfant, de savoir vraiment se situer au niveau de l’alliance. »
La sexualité, dans sa simension sacrée:
« Le tout est de savoir de quelle sexualité nous parlons : celle qui reste pulsionnelle et animale ? ou celle d’un être qui a transformé sa libido en amour, et cet amour en capacité d’alliance ? (...) C’est une des occasions que la réflexion philosophique a peut-être manqué : celle d’évangéliser la sexualité, de la transfigurer, d’y introduire le sacré. »
Je remarque que de nombreux textes qui abordent l'amour dans sa dimension spirituelle font référence à Dieu, ou aux textes fondateurs du christianisme, sans pour autant en être dépendants. Je sais que cela peut éveiller quelques réticences, comme ce fût le cas pour moi pendant longtemps. Je crois cependant qu'il est important de ne pas se limiter à ce genre de barrières mentales: la spiritualité n'est, heureusement, pas forcément religieuse...
A lire:
- Amour, sexe, et spiritualité - Les métamorphoses de l'échelle amoureuse
- L'encyclopédie de l'Agora - Agapé