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Alter et ego (Carnet)
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24 juin 2006

Ignare

Hier Samantdi a évoqué son immersion dans quelques textes littéraires, revisités avec des élèves qui passent l'épreuve de français du bac (comme le fera mon dernier fiston dans quelques jours...).

Elle se réjouissait, avec raison, de constater qu'ils ne sont pas aussi ignares que ce qui est parfois colporté.

Le terme "ignare" m'a ramené à mon adolescence. Au temps où, étant trop inadapté au système scolaire classique (j'étais absolument nul en maths...), j'ai été catapulté vers l'enseignement technique. Ce qui était passablement absurde puisque les maths, dans la filière "mécanique générale", demandaient quand même un bon niveau.

Il avait été question que je suive un bac littéraire, mais c'était jugé comme sans aucun débouché... Y repenser évoque pour moi un beau gâchis. Mais bon, mon parcours aura suivi d'autres intinéraires.

Bref, je me suis retrouvé à préparer un bac technique. Certains aspects me plaisaient. Travailler sur un tour ou une fraiseuse est resté dans mes bon souvenirs. Et surtout je me suis régalé en dessin industriel. Mon goût pour la précision et le perfectionnisme me permettaient d'avoir un tracé impeccable. Je me souviens encore du dessin que le prof avait affiché au tableau en demandant à tous les élèves de venir voir ce qu'était un travail parfait. J'en étais à la fois fier et très gêné...

Plus tard j'ai appris des tas de trucs sur la fabrication de l'acier, sur les degrés de précision dans l'ajustement des pièces métalliques, sur la résistance des matériaux, le laminage ou le tréfilage, comment calculer et réaliser un filetage. J'ai appris à calculer des structures métalliques, avec des tas de mesures dont j'ai tout oublié aujourd'hui. Tout au plus me reste t-il des notions de forces et d'équilibre isostatique...

Par contre, et c'est sur ce point que le billet de Samantdi m'a fait gamberger, je n'ai pas bénéficié du socle commun de connaissances d'un élève "normal". C'est à dire que, pour je ne sais quelle raison tenant aux programmes, il ne nous était pas donné la possibilité d'étudier ce qui fait une base de culture et de réflexion. Si la plupart des élèves "normaux" se souviennent d'avoir étudié des textes de Rousseau, Baudelaire ou Mallarmé, moi je n'en ai pas vu la trace. Ainsi lorsque j'entends parler de la lecture de ces oeuvres comme étant des évidences... je me sens frustré, exclu, et un peu honteux de ma condition. Non, je ne connais rien de tout ça. Je ne connais pas ce que les autres ont appris "normalement". Je ne sais pas si le manque de cette culture est vraiment un handicap, ou si c'est moi qui l'imagine ainsi, mais c'est comme si j'avais été dépossédé de quelque chose. Comme si je portais à vie cette tare.

Je fais partie de ceux qui ont été exclus de ce savoir.

Pourtant j'avais bien des cours de Français. Deux heures par semaine, si mes souvenirs sont exacts. J'aimais beaucoup, alors que la plupart de mes camarades y allaient en maugréant. J'étais fasciné par ce savoir et ces pensées élargies, et lisais toujours plus loin que ce qui était à faire. J'aimais cette ouverture à la pensée que nous prodiguaient les profs... souvent découragés par le peu d'enthousiasme de ces classes "techniques".

Ce qui m'aura le plus manqué est la philosophie. J'ai bien tenté de me rattraper un peu en lisant les cours de mon fils aîné (qui, comme par hasard, a fait un bac littéraire), mais il me manquait cette transmission orale que délivre un prof.

Peut-être est-ce pour cette raison que je développe toujours beaucoup mes écrits ? Comme si je devais tout découvrir par moi-même et l'étayer. Disserter en autodidacte, sans ce savoir de base. M'expliquer ce que je découvre, pour mieux le faire entrer en moi.

Je garde cette vilaine impression d'être "ignare", parce que je ne connais rien de ce que les autres ont appris. J'en ai un peu honte. Même si, depuis, j'ai acquis un savoir personnel dans d'autres domaines de la pensée humaine.

Par ailleurs, vu ma propension à l'écriture, il ne semble pas que ce manque de culture littéraire ait beaucoup joué sur ma capacité et vitalité d'expression...

Commentaires
V
Je vais te dire un truc, Idéaliste, depuis que je te lis j'avais perçu que tu n'avais pas eu forcément un parcours scolaire très classique mais pourtant, pas une seconde, je n'ai pensé que tu n'avais pas néanmoins une solide culture littéraire et philosophique...<br /> Comme quoi...<br /> Tu n'as vraiment aucun, mais alors aucun complexe à avoir même si je comprends que tu puisses avoir des regrets et une appréciation négative d'un système qui clive à ce point entre le manuel et l'intellectuel (d'ailleurs moi aussi qui suis incapable de planter correctement un clou et de bricoler un tant soit peu)
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I
Ça fait plaisir de lire ces remarques sur les métiers manuels, qui n'ont pas lieu d'être dévalorisés et sont bien souvent absolument nécessaires et tout à fait passionnants !<br /> <br /> Merci à vous...
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P
Il faut maintenant redonner toute son importance aux métiers manuels qu'on a tant dédaignés voici quelques années (et ça n'est pas facile)... Des classes et sections entières ont été supprimées, fermées, les jeunes sont allés galérer là où ils n'avaient pas leur place. Quel gâchis mais surtout quelle petite vue ! on n'a pas pensé qu'on aurait toujours besoin de pain donc de boulangers, qu'on construirait toujours des maisons donc de charpentiers etc !?
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U
J'ai eu le même parcours. Bac technique puis, par chance, une petite école d'inginieurs.<br /> J'ai le même sentiment de ne pas avoir eu la culture générale que j'adore aujourd'hui faire progresser.<br /> J'étais un peu complexé au début de ma vie professionnelle par les niveaux de certaines personnes que j'étais ammené à cotoyer. Puis à force de voir les gaffes, bévues et la médiocrité de tout ordre de la part de gens de toutes les conditions, j'ai perdu mes complexes pour me dire que chacun à son domaine d'excellence. <br /> Je n'ai pas la culture générale que j'aimerais avoir, alors je l'admire chez ceux qui savent m'en donner un morceau. Et j'adore expliquer et former dans les domaines que je maîtrise.<br /> Et après quelques 20 ans de travail, on constate que, indépendamment des études, beaucoup de personnes se retrouve là ou leur gout les a guidé. Un ingénieur éleveur de chèvres, un littéraire chef d'entreprise, un chef comptable entraineur sportif ...<br /> Si la passion y est, on devient tout simplement ce que l'on est. <br /> Ce sont justement les parcours atypiques qui sont les plus remarquables. Ils montrent les gens qui suivent leurs passion, malgré le système scolaire ou les traditions familiales.<br /> <br /> Amicalement<br /> <br /> PS: Moi aussi j'adorais le dessin industriel.
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H
ça fait mainteant 25 ans que je me bats, là où je suis , c'est à dire dans ma profession, mais surtout dans les associations dont je fais partie, dans lesquelles j'esssaie d'agir, pour la valorisation des métiers manuels, des études techniques et professionnelles<br /> c'est dur, très dur<br /> parce que non seulement les enseignants, qui sont souvent des personnes ayant "réussi" à l'école, tellement bien qu'ils ne se sont jamais résolus à la quitter<br /> mais aussi parce que peu de parents voient d'un oeil positif l"orientation" de leur enfant hors les sections scientifiques du lycée d'enseignement général<br /> tout le monde convient qu'on ne peut avoir un monde fait de notaires de médecins et d'avocats, mais tout le monde souhaite que ce soit les enfants des autres qui y renoncent<br /> <br /> si je raconte ça, c'est parce que je viens de remettre des prix du rotary pour l'enseignement professionnel à 5 jeunes fabuleux,(mécanique auto, mécanique armurerie, constructions maisons ecologiques bois) passsionnés et passionnants, et promis j'en suis sûre à un avenir oh combien plus magnifique que bien des étudiants de psycho ou même mathématiques sciences de mon entourage<br /> devant un jury de chefs d'entreprises (et de chefs d'établisssments scolaires ) ils nous ont fait partagé leur passion, nous étions tous époustouflés<br /> j'ai fait venir la presse pour que même si ce n'est que dans notre journal local, ça se sache, parce que je crois à la pédagogie de l'exemple, et pas aux circulaires ministérielles<br /> <br /> je crois aux gens qui mettent leur tripes dans ce qu'ils font, quoiqu'ils fassent d'ailleurs<br /> hozho/isis
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C
Quand on regarde un beau jardin, on se dit, quelle chance de savoir faire cela<br /> Quand on regarde un beau tableau, on se dit, j'aimerais savoir peindre comme lui <br /> Quand on lit un beau poême on se dit qu'on aurait aimé être capable de trouver ces mots là<br /> Quand on regarde un bel intérieur on se dit qu'on aurait aimé savoir décorer<br /> Quand on lit un beau livre, on se dit qu'on aurait aimé savoir écrire comme cela ... <br /> Mais on ne peut pas tout savoir faire, et il faut du temps pour pallier à tous nos actes manqués...ou à ceux que l'on croit avoir manqués. Quand à l'élitisme, tout dépend où tu te places, dans ma profession c'est l'esprit d'analyse qui prône, loin du littéraire.
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I
Loin de moi l'idée de dévaloriser le manuel, bien au contraire ! C'est assurément un autre savoir, tout autant utile (si ce n'est plus...) que celui d'utiliser ses dix doigts avec habilité.<br /> <br /> Certes on ne peut prétendre à l'omniscience et avoir eu quelques bases de philo ou de littérature ne confère pas pour autant un "savoir" digne d'être vanté.<br /> <br /> C'est peut-être ça qui me gêne, en fait: que certains savoirs soient "valorisés". Ce qui, par effet contraire, tend à "dévaloriser" les autres. Finalement c'est peut-être moins le manque de savoir qui me gêne, que les disciplines dans lesquelles il me fait défaut...<br /> <br /> Être ignare (façon de parler...) en littérature peut passer comme plus préjudiciable qu'être ignare en botanique. Mais il y a certainement une question d'élitisme là derrière...
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C
Le savoir ne s'arrête pas à la philo. Nous avons tous des acquis dans diverses branches. Ce que tu connais, d'autres ne le connaissent pas. Ne dévalorise pas le manuel que tu as appris. C'est peut-être une force en toi que tu ignores. On ne peut pas tout savoir et être partout à la fois. Tu sais comment tourner une pièce de chirurgie ou de dentiste ou autre...certains grands philosophes ne savent pas faire cuir un oeuf, ou planter un clou...ils sont alors démunis, eux aussi ;-).
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P
...mieux fait...
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P
N'aie pas honte mon cher Idéaliste, ni de regrets... il y a tellement de philosophes de pacotille qu'ils auraient mieux de ne jamais avoir côtoyé la philo. Moi j'aime parler avec toi, voilà tout ;-)
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