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Alter et ego (Carnet)
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6 août 2006

La poussière dans les traces de pas

Un déménagement est une excellente occasion de se débarasser de morceaux d'un passé sans avenir. Tout comme le relate Samantdi pour les entassements et accumulations de sa mère, je suis en train de bazarder avec mon amie future-ex un tas de vieilleries accumulées depuis des années et stockées « en attendant »... d'en faire le tri fastidieux. Les circonstances ont fait que nous avons toujours disposé de davantage de place à chaque déménagement. Trois lieux de vie, de l'appartement de centre ville à la maison à la campagne avec garage et grenier, puis à une nouvelle maison sans garage ni grenier mais avec de très grandes dépendances. De la place à profusion ! Idéal pour tout garder, ou presque. Mais le jour où il faut réduire le volume parce qu'on vend le lieu... il faut se retrousser les manches et faire quelques visites à la déchetterie du coin !

On à trouvé de tout, des jeux d'enfants au vieux meubles de guingois, des piolets de montagne aux collections de revues, des planches-qui peuvent-servir aux souvenirs de jeunesse ! Vraiment de tout. Parfois encore utile, mais souvent inutilisé depuis la mise en carton. Il y aurait de quoi faire un inventaire à la Prévert, dont je vous ferai grâce.



Le plus bizarre, c'est d'avoir gardé des centaines de pages de cours. Comme si il aurait été sacrilège de jeter ces années d'assiduité pour se former à un métier. Comme si, dans un excès de zèle, il aurait pu être nécessaire de replonger dans ce savoir théorique. Or jamais je ne l'ai fait...
Ce qui m'a le plus surpris, en feuilletant au hasard quelques pages, c'est que de tout ce que j'ai été censé apprendre il ne me reste quasiment rien. Ces mots, ces signes cabalistiques, ces formules mathématiques, sont aussi parlants que si j'étais devant des idéogrammes chinois. Ou alors je retrouve bien le souvenir de ce que j'ai écrit, mais ça n'a plus de sens au milieu de l'immensité des lacunes que l'oubli à creusé. Que me reste t-il de ces années ? Parfois un vague savoir un peu plus consistant que la moyenne, sans plus. Rien de vraiment exploitable. C'est hallucinant de voit tout ce que j'ai tenté d'ingurgiter pour en arriver aux scories qu'il m'en reste. Une fraction infinitésimale. Quelques traces. Cours de résistance des matériaux, de phytotechnie, d'automatismes... il faut avouer qu'il n'y a aucun lien entre ces filières totalement disctinctes. Mon parcours scolaire et supérieur a été assez éclectique. Du béton à l'Acier, de l'accoustique aux engrais, de l'organisation cellulaire à celle d'un chantier, du russe à la charpente, de la physique statique à la géotechnique. Tout cela est très loin de ce qui fait ma vie maintenant. C'est presque une vie antérieure.

Alors à quoi bon garder ? En fait le seul intérêt est de prendre conscience de toute cette matière perdue, ce savoir translucide, cet éphémère apprentissage évanoui. Ah si : j'ai quand même un petit plaisir à retrouver tous les petits dessins qui parsemaient mes pages, signes de mon profond désintérêt pour les matières enseignées. J'aimais beaucoup plus dessiner qu'écouter...




Bizarre aussi de trouver, en compagnie de Futurex, un dossier contenant les documents préparant notre mariage. Liste de mariage, liste des invités, esquisses du dessin de faire-part. Et puis la pile de lettres de félicitations, nous souhaitant tout le bonheur possible. Et le pire, si je puis dire: des trucs de préparation (religieuse) au mariage. On a retrouvé aussi des bouquins sur le couple plein de bons conseils pour que ça dure. Tu parles...

Bon, je suis un peu mauvais joueur là. Disons que j'ai actuellement une certaine réticence envers le mariage. Ou plutôt une immense perplexité. J'y ai tellement cru, j'ai tellement défendu cette idée d'engagement, que je suis un peu circonspect vu ce qu'est devenue notre situation conjugale. Et quand je relis ces bouquins et tous les bons conseils qu'ils donnaient, je comprends à quel point les lire ne garantit rien. Tout était peut-être marqué, lu attentivement, mais il manquait l'expérience. Quoique... qu'en aurait-il été si nous n'avions pas consacré attention, énergie, et persévérance durant toutes ces années de vie commune ? Finalement, nous avons fait un long bout de chemin côte à côte, et dans de bonnes conditions.

Le plus rigolo c'est que c'est maintenant que nous nous dé-marions que nous appliquons certainement le mieux ce qui fait qu'un couple fonctionne. Peut-être parce que nous ne sommes plus en couple et que les enjeux ont changé ? Allez savoir...



Alors, à quoi ça sert de garder des fragments du passé ?
Peut-être à mesurer le temps. Arpenter le chemin parcouru et se dire qu'on a bien changé. Constater que le passé est mort, lointain, aussi poussiéreux que ces quelques traces matérielles. Ce ne sont que des supports au voyage de la pensée dans le temps. Leur seule valeur se rattache à un vécu et c'est pour cela que des personnes extérieures n'y voient aucun sens. Dans le bric à brac ce sont autant de madeleines de Proust qui attendent leur réveil. Quelques instants d'éclat après des années de sommeil et d'oubli. Un peu comme des photos, mais en trois dimensions, avec une texture, une odeur (souvent un peu moisie, il est vrai...). Le capharnaüm du fond d'un grenier, c'est un peu comme un album photo. Et c'est pas étonant qu'il faille tant de temps pour jeter ces fragments de vie, soupesant pour chacun leur poids de souvenir. Et prendre ce temps n'est pas aussi vain qu'on pourrait le croire.

Ces brefs moments de nostalgie et de plaisir retrouvé, il est bon de les partager avec qui ce passé a été vécu. Il est important aussi pour les enfants (même devenus grands), qui peuvent trouver quelques preuves tangibles d'un temps où ils n'existaient pas encore. A condition que ces objets aient un sens transmis par la mémoire familiale. A condition qu'un tri soit fait régulièrement pour que ce musée encartonné ne conserve que quelques pièces signifiantes.

Finalement, c'est un peu comme l'accumulation du savoir: on n'en conserve que l'essentiel, l'utile pointe, celle qui permet d'avancer et se transmettre dans un présent vivant. Une très grosse proportion n'aura été utile que comme objet de transition pour aller plus loin vers d'autres savoirs, d'autres chemins. Vivre c'est consacrer beaucoup d'énergie à laisser entrer dans l'ombre ce qui aura été porteur de futur. Comme chaque pas dans l'existence n'a de sens que par les pas qui l'ont précédé. Comme chaque bourgeon hérite du bois formé antérieurement pour l'avoir hissé au sommet.




fenetre
Une fenêtre du passé, à l'avenir compromis

Commentaires
P
Voix funambule, ta perception des choses confirme la grande disparité dans le rapport au passé et aux objets. Entre les "jetteurs" et les "gardeurs", les commentaires auront apporté un panel assez complet des motivations de chacun :o)
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V
Tous ces commentaires me font travailler! Je suis de mon côté une "gardeuse" invétérée et cette attitude est un besoin, presque une dépendance. Je sais très bien que l'essentiel est ce qu'on vit, et non les traces que cela peut laisser, mais mon rapport à ces traces est tellement fort que c'est un plaisir intense pour moi de relire de vieux papiers, regarder de vieilles photos (même les récentes, je les regarde en me plongeant dans le futur imaginaire et je ressens quelque chose comme ce que je ressentirai dans ce futur lointain en les regardant, alors qu'elles évoqueront une période ancienne. D'une manière générale, cette façon sentimentale de partager vaguement la vie en "périodes" (dates, lieux, personnes fréquentées et activités pratiquées) me fait du bien et, curieusement, me réaligne plutôt que de m'éparpiller)... Même les photos ratées, je les aime, parfois pour la contingence, le hasard des éléments qui s'y trouvent coupés ou flous (parfois elles sont carrément belles, mais alors elles ne sont pas réellement ratées), mais aussi, et c'est là que c'est "trop", je sais bien: pour le souvenir de la tentative de photo que cela fut (on a voulu photographier cela, à ce moment, en ce lieu, on a appuyé sur le bouton...). Lors du décès d'une grande-tante à laquelle j'étais attachée, toutes les photos ont été jetées comme "trop personnelles". Cela m'a mise dans tous mes états: si on fait des photos, n'est-ce pas justement pour les conserver, les transmettre, pour qu'une image reste? Quant <br /> à mes notes de cours (celles d'université du moins), j'aime m'y replonger, les réviser, les réapprendre et décider d'explorer plus à fond telle voie évoquée... elles me servent donc encore dans le présent (mais cela ne fait pas vingt ans, il est vrai, et il faut dire aussi que les matières que j'ai étudiées me passionnnent encore!)
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C
Tu as raison lorsque tu parles du saut des générations. En fait je me sens loin de mon grand-père et de son vécu et ce journal me rapproche un peu de lui mais en même temps il a vécu des aventures que je ne crois pas possible aujourd'hui sauf dans certains pays, mais pas en Europe. Cela me rapproche de mes racines et je l'en remercie. Je suis fière de lui en fait et ça me fait du bien. Ma mère a également écrit un journal, je ne l'ai pas lu mais je le sais. Je prendrais soin de lui car il est un complément à celui de mon grand-père dont elle parle également. Un beau cadeau de famille ;-) Nous n'avons pas la fortune, loin de là, mais ce cadeau compte énormément.
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P
C'est très juste Samantdi, et dans ton histoire ce contraste entre l'inutile préservé alors que l'essentiel a disparu en est d'autant plus difficile à comprendre.<br /> <br /> C'est intéressant ce que tu dis sur cette possibilité de trafiquer le passé... Je me dis que j'aurais tendance à tout garder (écrits et photos), et peut-être même un peu trop, dans ce souci de transmettre de moi quelque chose qui soit le plus authentique possible. Je m'interroge d'ailleurs sur cette volonté de ne pas tricher. Ou le moins possible.<br /> Car de toutes façons, puisqu'il faut bien trier, que ce soit les mots ou les objets, on séléctionne forcément. Et de préférence dans un sens qui soit plutôt favorable...<br /> Et ce n'est peut-être pas plus mal ?<br /> <br /> Concernant un journal, comme tu en parles Christine, si la transmission peut poser problème d'une génération à l'autre (lien parent-enfant), en revanche je crois que le saut d'une génération change radicalement la donne. Et on peut trouver quelques éclairements sur des "secrets" de famille plus ou moins bien gardés. Je serais peut-être gêné de connaître les pensées intimes de mes parents, mais pas celles de leurs parents que je n'ai pas connus.
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S
Madame Proprette et Pierre : il n'y a malheureusement pas d'incompatibilité entre le fait d'entasser des babioles sans importance qui envahissent un espace et la non-transmission de certains éléments du passé. Ma mère a pu garder de vieux magazines ou marmites, assiettes... elle a cependant brûlé avant ma naissance toutes les photos où elle était avec mon père, ainsi que toute leur correspondance. Politique de la terre brûlée que même aujourd'hui j'ai du mal à "avaler"... Il y a des gens qui découpent la tête des gens qu'ils ont cessé d'aimer sur les photos, par exemple... On trafique tous un peu notre passé, je suppose, en choisissant ce que l'on transmettra et ce que l'on vouera à l'oubli.<br /> Et dans l'écriture de nos blogs, nous "retravaillons" encore cela, avec des mots cette fois.
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C
Ca me parait impossible de détruire un journal sauf s'il s'agissait du mien ... peut-être...
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P
Christine, tu parles là de la personnalité attachée à un objet, et un journal en est particulièrement chargé. Un fer à repasser est peu porteur de sens et c'est ce qui fait sa faible valeur patrimoniale. XCe qui compte c'est ce qui a été investi dans un objet du vivant de son propriétaire.<br /> <br /> Oui, ce journal est un cadeau pour toi. Mais pour d'autres personnes un journal sera détruit, parce que trop personnel...
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C
Il ne me reste rien de mes grands parents sauf...le journal que mon grand père, le père de ma mère, a écrit dans sa dernière année de vie. Cela remplace tous les objets que j'aurais pu avoir de lui et de ma grand-mère. Certains objets aurait pu m'être précieux aujourd'hui mais j'étais trop jeune lors du partage des meubles et nous nous sommes retrouvés plumés involontairement par ma famille, ma mère étant trop gentille et ne voulant pas d'histoire surtout sur certains objets sans grande valeur. <br /> Je préfère ce journal qu'il nous a laissé à tous en cadeau plutôt que le vieux fer à repasser au charbon et les casseroles de cuivre récupérés par mes tantes... Merci grand-père ;-)
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P
Madame Proprette, ton message me touche, comme à chaque fois que je découvre que quelqu'un me lisait "en silence". Toute mon ambiguité par rapport aux commentaires se révèle là, puisque ce qui m'importe est de me savoir lu, pas forcément de recevoir de commentaires. Mais comment savoir si ce que je dis intéresse sans ces quelques traces ?<br /> <br /> Moi aussi je cogite en ayant lu le texte de Samantdi. Entre le trop et le pas assez, où se situe le juste milieu ? Conserver des souvenirs est-il un cadeau empoisonné ou un respect de la mémoire ? Ma future-ex épouse se désole de la manie de jeter de son père, qui l'a privée de ses souvenirs d'enfance, privé de photos aussi. Elle ressent ce manque de racines.<br /> <br /> A l'inverse, les boites de "vieux clous à détordre" dont ma mère à hérité au décès de son père, n'étaient peut-être pas particulièrement utiles... Quoique, c'est devenu aussi une légende familiale, indicatrice d'une époque où la richesse était bien moindre. N'oublions pas que dans les pays pauvres les poubelles n'existent pas... Jeter, c'est aussi un signe de richesse.
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M
Pierre,<br /> J'ai découvert ton site grâce aux liens de Valclair, il y a déjà longtemps. Je savoure en silence chacun de tes messages, et si je ne laisse pas de commentaires, c'est parce que la plupart du temps les réactions de tes lecteurs expriment très bien ce que j'aurais envie de t'écrire. Mais aujourd'hui ce n'est pas le cas. <br /> Parce que j'appartiens à une famille où l'on ne garde, d'une génération à l'autre, aucun de ces petits objets "signifiants", où la mémoire individuelle doit seule recréer un passé qui échappe à la transmission matérielle, voire même orale, et surtout parce que je reproduis ce schéma, je prends conscience à la lecture de ton texte, tout comme je le pressentais en lisant celui de Samantdi, qu'involontairement je subtilise à mes enfants des bribes de leur histoire. En te lisant, je me dis que ce doit être un vrai moment d'émotion de replonger dans les souvenirs. <br /> Peut-être que désormais je vais me mettre à conserver les témoins de notre vie ...du moins quelques uns!
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