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Alter et ego (Carnet)
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19 août 2006

Aliéné au lien

En lisant dans un des commentaires le mot "aliéner", en parlant du lien, je me suis demandé si les deux termes avaient une origine commune. Aliéné, comme dans "asile d'aliénés", où des fous sont privés de liberté, et autrefois maintenu liés...

Sachant qu'il faut se méfier des similitudes apparentes, j'ai consulté mon dictionnaire étymologique. J'aime bien faire ce petit détour pour mieux cerner certains mots dont je pressens qu'ils peuvent être porteurs de sens.

Là, je n'ai pas été déçu, car si ce mot n'a aucun rapport avec "lien", il est par contre en... lien direct avec le titre de ce blog.

Aliéner vient d'une racine indo-européenne, *al, signifiant "autre". En grec allos, en latin alius (que l'on retrouve dans l'alias du pseudonymat).
Alienus, "qui appartient à un autre". Alienare, "faire passer sous la domination d'un autre". On voit bien qu'aliéner à un sens de soumission à autrui. C'est effectivement une forme de lien, mais dans un rapport inégalitaire, de dépendance. Parfois je me sens encore aliéné à l'écriture sur internet... Dédoublement de personnalité entre celui qui se voit dépendant du regard et celui qui voudrait en être libéré.
Aliénation à mon passé aussi, dont un autre moi est tenté de s'affranchir.

Mais Alien c'est aussi cet "étranger", en langue anglo-saxonne, rendu célèbre par un film angoissant. La peur de l'alien, l'autre menaçant et insaisissable, étant là portée à son paroxysme.

Alter c'est "l'autre" de deux, opposé à "l'un"... Alter ego c'est "un autre moi-même". Quand au titre de ce blog, en intercalant un "et" décalé, joue sur le double sens : l'autre et moi...

Alterare
, c'est falsifier, dénaturer, choses qui peuvent fort bien se produire dans un lien. Adulterare c'est corrompre. D'ou adultère, où le lien conjugal est mis à mal. Tandis qu'altercari donne altercation, souvent présente dans l'adultère, mais aussi dans de nombreux rapport à l'altérité. Et si dans une relation l'alternance peut être souhaitable (Alternus "un sur deux"), les rapports subalternes sont à proscrire (subalternus "à la disposition de l'un ou de l'autre").

Le mot altruisme n'a été crée qu'au 19eme siècle par Auguste Comte, ce qui ne signifie aucunement que le souci de l'autre n'existait pas auparavant...

De la racine grecque allos on retrouve notamment la trace dans allégorie, "langage différent", et allergie, "réaction différente". Et si on n'emploie pas le premier terme pour dire qu'on ne se comprend pas, le second est fréquent pour signifier qu'on ne supporte pas un autre... Dommage qu'on ne fasse pas plus souvent de paralellos: placer en regard d'un autre.

Être lié sans être aliéné, toute une aventure d'émancipation.




Lien_Clou

Planches aliénées l'une à l'autre par le lien durable de clous

Commentaires
P
Merci Hydro, je suivais déjà ce qu'en disait samantdi ici: http://www.samantdi.net/dotclear/index.php?2006/08/22/707-l-adultere-aldo-naouri-et-moi-1 ;o)
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H
Bonsoir Pierre,<br /> Je viens de lire cette entrée:<br /> http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3260,36-805364@51-794072,0.html<br /> J'ai trouvé la corrélation amusante.<br /> Amitiés
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P
Merci Christine, c'est bien intéressant ces différents sens et domaines d'utilisation du mot "aliéné" !
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C
B. [En parlant d'une pers., d'une partie de la pers.]<br /> 1. [En parlant d'une pers. considérée dans ses rapports avec elle-même] Devenu étranger à soi-même.<br /> a) PSYCH. Devenu fou :<br /> 3. Sans doute la plupart des maladies mentales s'aggravent par l'opinion du spectateur. Car le plus grand mal chez un fou, c'est qu'il se croit fou, j'entends isolé, étranger, « aliéné », qui veut dire étranger, différent des autres. <br /> ALAIN, Propos, 1913, p. 159.<br /> <br /> b) PSYCHOL. [Sans idée de folie] Devenu autre, privé de sa personnalité :<br /> <br /> 4. Je suis aliéné, altéré, autre, et à côté de moi-même. <br /> P. VALÉRY, A. GIDE, Correspondance, lettre de P. V. à A. G., nov. 1922, p. 494.<br /> <br /> 5. J'étais comme aliéné de mon propre destin. Ce qui pouvait m'arriver ne me concernait plus.<br /> J. ROMAINS, Les Hommes de bonne volonté, Verdun, 1938, p. 227.<br /> <br /> 2. [En parlant d'une pers. considérée dans ses rapports avec la nature ou avec autrui]<br /> a) Vieilli. Devenu moralement étranger, hostile. Cœur(s), esprit(s) aliéné(s).<br /> Rem. Attesté ds Ac. 1798-1878, BESCH. 1845, LITTRÉ, QUILLET 1965.<br /> b) PHILOS., SOCIOL. [Surtout dans la philos. marxiste] Devenu esclave des choses ou d'autrui :<br /> <br /> 6. Tel est l'homme marxiste, toujours pensant et agissant, participant librement à une dialectique de la nécessité. S'il a tellement d'action c'est que sa mentalité est celle même de l'ouvrier qui, quelles que soient ses idées philosophiques et religieuses, se sent aliéné, exploité et aspire à la libération et à la délivrance; ce ne sont pas les masses qui ont compris le marxisme, c'est le génie de Marx qui les a devinées. Le monde gris, mécanique, déterminé du marxisme, le prolétaire le vit tous les jours, en vit tous les jours dans les usines et les quartiers miséreux où la concentration urbaine l'exile.<br /> J. LACROIX, Marxisme, existentialisme, personnalisme, 1949, p. 41.<br /> <br /> Rem. S'emploie aussi dans un cont. non politique :<br /> <br /> 7. Sans réciprocité, il n'y a pas d'alter ego, puisque le monde de l'un enveloppe alors celui de l'autre et que l'un se sent aliéné au profit de l'autre. C'est ce qui arrive dans un couple où l'amour n'est pas égal des deux côtés : l'un s'engage dans cet amour et y met en jeu sa vie, l'autre demeure libre, cet amour n'est pour lui qu'une manière contingente de vivre. Le premier sent fuir son être et sa substance dans cette liberté qui demeure entière en face de lui.<br /> M. MERLEAU-PONTY, Phénoménologie de la perception, 1945, p. 410.<br /> <br /> J'ai moi aussi mon petit dico ;-). On est aliéné par un lien d'inégalité mais on est aussi aliéné lorsqu'un lien est coupé avec la société et l'autre. C'est complexe finalement ;-)
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P
Le dico utilisé, Voix funambule, est un tout simple "Dictionnaire étymologique du français", dans la catégorie "Les usuels du Robert". Format livre de poche.<br /> <br /> Pour le nouveau "pseudonyme", je ne crois pas avoir écrit à ce sujet. C'est la majuscule de Pierre qui donne tout son sens. Et comme j'aime bien jouer sur les ambiguités et paradoxes...<br /> <br /> Marie, pour ce volet que j'ai photographié (en l'occurence celui de ma chambre-bureau) il n'y a ni tenon ni mortaise. Seulement de simples planches liées par de gros clous fixés dans les ferrures, recourbés de l'autre côté. C'est du très rustique ! Et superbement travaillé en relief par un siècle d'intempéries.
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M
C'est aussi comme ça que je cherche ...<br /> Liées durablement par des clous ? moins que par tenons et mortaises.
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V
Bonjour,<br /> Ce voyage étymologique est intéressant. (Et une référence au dico utilisé pourrait l'être aussi, si tu n'y vois pas d'inconvénient!)<br /> Mais c'est au sujet du (nouveau?) pseudonyme que je voulais glisser un mot. Peut-être en parles-tu dans une autre entrée que je n'ai pas vue? D'une part, j'y comprends que c'est écrit (ou signé) avec un coeur, le tien. Mais "coeur de pierre" évoque (dans le langage de tous les jours) un insensible, ce qu'il est impossible que tu sois! Peut-être veux-tu cependant signifier une force du coeur, une solidité, autre chose, donc, que l'image ordinaire habituelle. Libre à toi! Je vais chercher si tu en parles ailleurs!
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