La certitude du doute
Il y a depuis quelques semaines une sorte d'onde spirituelle sur les blogs que je lis. Non, non, je ne parle pas d'humour (quoique...), mais de spiritualité. Entre les "je crois" et "je ne crois pas", chacun développe sa réflexion personnelle.
Dernier en date, le jeu lancé par Sensorie, que j'ai découvert via Samantdi: trouver, parmi 18 croyances annoncées, lesquelles sont authentiquement celles de l'auteur. Ça peut être assez amusant. D'abord d'écrire une liste de croyances en y insérant des leurres, ensuite de voir comment les lecteurs perçoivent le blogueur. Sauf que, en pratique, il est assez malaisé de vérifier sur la liste. En fait il faudrait avoir les réponses, et parfois les explications. Car bien que "croire" ne demande aucune justification ni argument (c'est un acte de foi), je trouve intéressant de savoir pourquoi on croit ou ne croit pas en quelque chose, et de quelle façon ça influe sur l'existence. Bon, il est certain que de dire « je crois en l'horoscope » serait assez difficile à expliquer sans entrainer un risque de polémique musclée. Ben oui, parce que croire (ou pas), par définition, ne souffre pas la contradiction.
Les croyances, c'est un peu ce qui fonde et structure notre personnalité et notre rapport au monde. Et les croyances des autres peuvent être menaçantes pour les miennes. C'est quelque chose qui est parfois très personnel, voire profondément intime.
Quand on y réfléchit, c'est incroyable la quantité de croyance qu'on peut avoir. Parfois appelées "opinions", quand il s'agit de politique, de comportements sociaux, d'économie, par exemple. Nombre de croyances et opinions sont fausses, démontrées par des expériences, il n'empêche qu'elles demeurent. Ainsi nous véhiculons tous des fausses croyances, ou tronquées, par manque de connaissances.
Mais il existe des croyances improbables (au vrai sens du terme: sans preuve possible)... et vous me voyez venir avec la plus... urticante d'entre elles: ce qui concerne l'existence, ou non, de... Dieu. Skrchhkk !!!! [bruit d'étincelles]. Mais il en va de même avec toute autre forme d'irrationnalité superstitieuse, telle que la chance, le hasard, le destin, etc...
En fait j'aime beaucoup tout ce qui se dit autour des croyances. C'est très intéressant. Il y en a toujours qui essaient de convaincre l'autre, ou de lui démontrer qu'il se trompe. Peine perdue: généralement on est beaucoup plus sensible à ce qui nous conforte dans nos croyances que ce qui les infirme. Normal, puisque c'est ce qui structure notre mode de pensée et organise l'ensemble de nos réflexions. Bousculer l'édifice est particulièrement insécurisant... Et ce d'autant plus qu'on croit fort en quelque chose. Les certitudes sont comme autant de piliers sur lesquels on peut s'appuyer. Le doute, au contraire, donne quelque chose de mouvant, souvent inconfortable. Mais... le doute est indispensable pour la remise en question. Les certitudes sont figées, statiques, et peuvent vite devenir limites infranchissables, ou rails sans aiguillage.
Alors chacun fait sa petite cuisine entre de nécessaires certitudes et une part de doute. Si on n'était que doute on n'avancerait pas (où aller ?). Tout comme si on n'était que certitudes. Comme toujours les extrêmes ne sont pas tenables.
Mais... qu'est-ce qui me permet d'affirmer cela avec certitude ? Suis-je vraiment certain de ce que j'énonce ? N'est-ce pas encore le signe d'une croyance ? Hé hé... on n'en sort pas.
Avoir la certitude de douter (ou l'inverse) est un petit paradoxe qui me plaît...
Je crois (!) que si on veut parler de croyances, si on veut s'ouvrir à celles de l'autre, il faut décortiquer dans le détail. Parler avec un langage commun, en se basant sur les mêmes références. C'est assez difficile parce que nos références sont parfois déjà des croyances. Pour ce qui est de "Dieu" ou assimilé, puisque c'est d'actualité récente sur plusieurs blogs, la plupart du temps chacun en parle selon sa représentation personnelle. Comme si "Dieu" était la même chose pour chacun. Or très vite on constate que chacun y associe, ou pas, quelques religions emblématiques, des dérives fanatiques, l'Histoire, et en fait une infinité de croyances différentes. Des vérités partielles sont établies en de soi-disant vérités absolues, qui sont autant de croyances. Même des athées énoncent leurs croyances, qui, pour d'autres, ne sont aucunement en contradiction avec leur idée du divin. Sauf que c'est différent du Dieu des religions monothéistes...
On retrouve la même chose en politique, ou dans la façon de voir le monde. Parce qu'il est difficile de se mettre à l'écoute des référentiels de l'autre, parfois radicalement différents des notres. Avant de discuter, il faudrait repartir sur les bases. Or nous n'avons ni les mêmes, ni ne les avons développé dans les mêmes domaines. Et pas forcément l'envie de tout remettre à plat. Autant dire que l'échange fructueux est quasi-impossible...
Ainsi on ira préférentiellement vers les personnes qui partagent suffisamment de points communs, et un degré de réflexion équivalent dans le domaine qui nous concerne. Avec l'inconvénient majeur que cela conduit à une sorte d'endogamie: on s'assemble par ressemblances, et ainsi on conforte nos croyances dans cette non-contradiction. La différence est féconde... mais à condition qu'on ne soit pas trop différents. Qu'on se ressemble quand même un peu. Les extrêmes ne peuvent strictement rien s'apporter.
D'ici à dire que seuls ceux qui font entrer une part de doute dans leurs croyances s'apportent mutuellement quelque chose... ce serait nier le pouvoir de la différence comme émulateur de changement. Car finalement ce sont les extrêmismes qui nous font réagir le plus fortement, en nous permettant d'affirmer et d'affermir nos propres convictions. Les extrêmes créent de la certitude chez ceux qui doutent (je ne suis pas sûr que la réciproque soit vraie...). Le radicalisme pousse à se positionner en face. Les certitudes impulsent d'autres certitudes, opposées.
Un exercice salutaire serait de toujours chercher ce qui, dans ce que j'affirme et crois, pourrait se trouver infirmé. Faire soi-même une constante auto-critique en cherchant la faille de son propre raisonnement. Et toujours se demander si ce qu'on affirme est prouvé et vérifiable, ou bien issu d'une croyance.
Euh... j'avoue que je ne le fais pas suffisamment.
Mais je me dis que je devrais. En citant les ouvrages sur lesquels je me suis basé pour élaborer ma pensée. Et bien spécifier à chaque fois que « je crois que... » ou « je pense que... ». Quoique je crois (!) le faire assez souvent, au risque d'alourdir mes propos.
Bon allez, je crois que j'ai assez parlé du sujet...
- Croyance, sur Wikipédia:
