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Alter et ego (Carnet)
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12 octobre 2006

Le sens de l'écriture

Une des plus anciennes écrivante en ligne, Eva, se pose des questions sur le "vieux couple" qu'elle se sent former avec son journal depuis sept ans.

« Oui, ce journal m'ennuie profondément. Il ne me surprend plus. Il ne m'amuse plus. En lui écrivant, je n'ai plus cette excitation des premiers mois. Lorsque je pense à lui je n'ai plus non plus cette effervescence créative des débuts. Lui écrire n'est-il pas devenu une routine ? Ou bien est-ce en réalité ma vie qui est devenu routinière ? »

Cette réflexion m'intéresse puisque je constate moi aussi une modification dans mon approche de l'écriture intimiste. Avec ceci de particulier: pour ma part c'est mon écriture en ligne qui a changé ma vie. Et qui continue à le faire. Mes deux sites d'expression personnelle ne m'ont jamais ennuyé, parce que cette écriture est le fondement même de mon avancement actuel. C'est une part prépondérante de ma vie, en tant qu'outil d'évolution personnelle. Si je cessais d'écrire et m'impliquer, donc d'être ainsi en contact avec d'autres modes de pensée, je crois que je figerais quelque chose. Je me priverais d'un moteur stimulant. Or il semble que je ne suis pas parvenu a destination...

Tout comme Eva, je ne suis plus du tout dans l'excitation de la découverte, ayant largement apprivoisé cette forme d'expression et nombre de ses conséquences. Et pourtant, du fait de certaines particularités de mon histoire et de son lien avec le média internet, je suis encore en recherche des limites de l'intimité  publiquement dicible. Au point que... c'est peut-être là que se situe le sens de toute ma démarche introspective. Là, dans cette exploration de l'ego et la rencontre de l'altérité dans ce qu'elle a de plus personnel. Ma quête est peut-être dans cette approche de l'essentiel des êtres, dans cette palpitation qui anime chacun. Ce serait mon "axe structurant", tel que l'évoque Valclair. Communiquer au plus près, établir un climat de confiance propice à l'ouverture. Oser se dire, et ainsi permettre à l'échange de se développer. Et ceci tant pour "l'autre" que pour moi, puisque je ne suis qu'un autre avec qui j'entretiens un rapport tout à fait singulier. L'autre c'est moi, pour tout autre que moi. Et l'autre m'intéresse autant que moi, parce qu'en tout autre il y a une part de moi, et inversement. Sans oublier que le moi varie, selon que je suis seul ou avec un autre, et différent avec chaque autre. Aller à la rencontre de l'altérité, c'est aller à ma rencontre, et d'autant plus que cela se situe dans l'intime...


« J'ai lu toutes ces vies en continuant d'écrire la mienne. Et aujourd'hui, plus encore qu'hier, je me pose cette question : ai-je encore quelque chose à dire ? Y a-t-il encore un sens à continuer à écrire ? »

Comme Eva il m'arrive de m'interroger, mais dans un autre registre, sur mon écriture. Notamment celle que j'ai sur ce blog, que je considère toujours comme étant à l'essai. Je le vois comme une expérience, alors que mon autre site est inscrit dans la durée. Ici, le semblant de communication permise par les commentaires modifie profondément le rapport avec le lectorat. Là-bas le silence offre une autre dimension, plus propice à une introspection poussée. Je n'ai pas encore trouvé la formule unique qui conviendrait à tous mes registres d'écriture. J'ai souvent été tenté par une multiplicité de mes espaces d'expression, mais quelques tentatives m'ont montré que je ne parvenais pas à y trouver une place. En fait j'aurais envie d'avoir différents sites pour différents degrés d'intimité. Le paradoxe de l'intimité mise en public ne me dérange plus: ce qui peut être gênant c'est d'être vu sous toutes ses faces. Il suffit qu'elles soient distinctes pour que ça simplifie beaucoup de choses. En poussant un peu, lorsqu'on s'exprime de façon très personnelle, l'intime devient ce qui ailleurs est public. Mon intimité, ici, c'est mon métier, par exemple. Quoique avec le temps j'aie fait tomber bien des barrières protectrices que j'érigeais initialement. Je n'écris déjà plus sous pseudonyme. Et comme Forestine en fait mention dans un commentaire, c'est bien une part de mon intimité que j'expose en montrant ma chambre. Même si cette part "intime" n'apprend pas grand chose de moi. En fait la notion d'intimité est très subjective. Pour certains je pourrais être considéré comme impudique. La question ne se pose plus vis à vis des blogs, maintenant, mais il en était tout autrement il y a quelques années, lorsque des personnes comme Eva et bien d'autres se livraient à ce qui était parfois qualifié d'exhibitionnisme !

Les limites de l'intime changent un peu partout. Blogs, romans autobiographiques, photographies, ou certaines émissions de télévision. Moyennant quelques règles d'éthique personnelle, et une réflexion éclairée sur les conséquences à prévoir de cette ouverture de soi, je considère que cette expression libère la parole et les pensées. De voir que d'autres vivent des situations similaires permet de mieux accepter ou mieux comprendre un vécu personnel. Ce peut être pour des aspect tout à fait "normaux" de la vie comme pour des situations insupportables. Je suis un adepte convaincu et opiniâtre de l'expression des ressentis et des émotions. Je crois en leur pouvoir liant, apaisant, pacifiant. Et à lire tout ce que "les gens" ont à écrire et à échanger sur les blogs comme dans la vie, la soif de communiquer et de partager semble loin de l'image du repli sur soi tel qu'on l'entend dire parfois. Je crois que trop de choses sont considérées comme étant "intimes", alors qu'au contraire en parler pourrait soulager bien des souffrances. Mais encore faut-il avoir la capacité, et le désir, de regarder ses souffrances en face...

Ceci dit... l'expression écrite a ses limites et la lassitude peut apparaître. Rien ne me dit que je ne cesserai pas d'écrire. D'ailleurs l'idée m'en est venue bien souvent. Davantage parce que je me méfiais de ses conséquences, ou que je ne m'y sentais plus à l'aise, que par lassitude. Et puis il me faut bien reconnaitre que la remise en question sur le long terme est usante. Il m'arrive d'être tenté de m'interdire d'écrire, pour me retrouver seul avec moi-même. Sans vos regards et l'influence que cela exerce sur mes réflexions...

En fait, je crois que ma problématique est à l'inverse d'Eva: il y a beaucoup de choses sur lesquelles j'aurais envie d'écrire...


Sur ce, je vous laisse jusqu'à lundi. Je pars loin de ma campagne tranquille pour m'immerger dans une foule trois jours durant.

Commentaires
C
et le digérer ... ;-)
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P
Christine, il semble que parfois il y aurait tellement à dire que ça en devient impossible au présent. Il y a d'abord le temps pour le vivre...
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C
"il y a beaucoup de choses sur lesquelles j'aurais envie d'écrire..."<br /> Alors lance toi ... ;-)
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