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Alter et ego (Carnet)
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9 février 2007

L'universalité du soi

Un commentaire sur la phrase introductive de mon précédent texte a attiré mon attention. En effet, comme je le fais à l'instant, j'initie souvent mon propos en précisant le contexte dans lequel il s'insère. Or je pourrais fort bien entrer directement dans mon sujet en me passant de ce détour. Alors, pourquoi cette  phrase introductive rituelle, quand ce n'est pas tout un paragraphe ?

Probablement pour "poser le personnage" et situer un peu le contexte. Cette démarche serait surtout à l'usage de ceux qui me suivent avec régularité et avec qui je me sens "en relation". Si j'écrivais pour un public anonyme et non identifié je n'aurais pas besoin de cette introduction. Il s'agit donc d'une forme de convivialité, dont je ne gère pas toujours très bien les interférences lorsque j'essaie d'avoir une réflexion élargie. Par rapport aux lecteurs qui aboutissent ici suite à une recherche bien ciblée, via des mots-clé, j'ignore les effets excluants que peut avoir cette convivialité affichée. Ça ne me laisse pas indifférent...

Il y a bien longtemps que je me dis que je pourrais avoir un site "sérieux", avec prise de distance marquée, sur lequel je n'emploierais le "je" qu'au minimum. Pourtant il me semble que j'aurais l'impression de tricher en ne donnant qu'une version détachée de ce que je suis. Comme on me l'a déjà signalé, c'est aussi parce que j'écris mon quotidien et mes pensées, mes doutes et hésitations, que mes textes plaisent.


Mais pour aller plus en profondeur [grattons, grattons...], je suppose que si je me livre à une présentation contextuelle c'est dans un souci de légitimer mes intervention, tout autant que pour les relativiser. Je donne la raison qui me pousse à écrire tout en montrant les limites de mes compétences. En fait, malgré les années, je ne suis toujours pas très à l'aise avec cette prise de parole [dit ont "prise d'écriture" ?] publique et je cherche à la justifier. Écrire et mettre en ligne (car la publication est toujours prévue lorsque je m'installe devant mon clavier) n'a probablement jamais été pour moi un acte anodin ou futile. Lorsque j'écris j'affiche mes pensées. Je m'affiche. Je suis en représentation. Ça tient du spectacle, de la conférence, de la confession, mais aussi de la correspondance et de l'amitié. Un mélange des genres dont l'alternance ne se fait pas sans hiatus. En dévoilant quelque chose qui transite par la présentation que j'en fais, j'imprègne mes propos de quelque chose de moi. Je donne de moi. Que ce soit directement issu de ma pensée, ou que je transcrive les idées d'autres, c'est bien à travers moi que cela s'écoule.

J'ai alors deux craintes plus ou moins conjuguées. L'une est liée à ma fiabilité, l'autre à mon estime de moi.
Fiabilité : est-ce que ce que j'évoque est sensé, cohérent, pertinent, argumenté, étayé ? Ai-je suffisamment d'expérience, de recul, de capacité d'analyse ?
Estime de moi: ai-je les compétences suffisantes pour avancer ce que je dis. Puis-je m'autoriser à le faire ? Est-ce utile ? Et surtout : aurais-je le courage de l'affirmer et de prêter ainsi le flanc à une éventuelle critique ?

Les deux problématiques sont liées puisque ne pas trop douter de ma fiabilité me donne de l'assurance, tandis que l'estime de moi me permet d'exprimer clairement un propos sans chercher à le justifier pour chaque idée émise.

Dans mes textes je me livre fréquemment à une l'analyse de comportements que je crois courants, et je m'efforce d'y apporter une part personnelle imprégnée de mon vécu. Le résultat donne quelque chose d'à la fois singulier et banal. Mais je n'y invente rien ! Tout ce que je "découvre" à déjà été ausculté, décortiqué, analysé, exprimé, par des personnes qui ont été reconnues pour cela. Et ce parfois depuis l'antiquité. Ça appelle à la modestie... Me livrant à une sorte de philosophie d'amateur, mâtinée de psychologie de comptoir, sur fond de sociologie de bar, je redécouvre le monde en le parcourant par moi-même. Posture de candide, mélange d'humilité et de prétention. Qui suis-je pour oser le faire ? Et en même temps, pourquoi ne le ferais-je pas, tout aussi inabouti et imparfait que ce puisse être ?
Un des intérêts de ce processus d'acquisition-restitution, assez long, répétitif, laborieux, réside dans le fait que c'est un récit vivant, inscrit dans une temporalité, et sans en effacer les tâtonnements. Évoluer n'est pas une courbe lisse en perpétuelle ascendance... Tout comme je trouve dans les écrits en ligne des témoignages qui m'aident à construire ma pensée ou comprendre mon fonctionnement, je propose mes écrits à titre de simple témoignage d'une réflexion en mouvement. Une proposition identificatoire, pour ceux et celles que ça peut aider. Je fais cela depuis que j'ai commencé à écrire en ligne. C'est même une des deux raisons qui m'ont poussé à le faire, l'autre étant de découvrir ce qui était en moi.

D'une certaine façon il y a dans ces écrits croisés entre internautes une banalité confondante: chacun vit un parcours qui ressemble à celui des autres. Ou du moins de ceux qui en sont au même stade de réflexion. Et pourtant aucun parcours n'est identique. Chaque expérience est teintée par quelque chose qui la rend unique. C'est de l'échange de ces expériences universellement singulières que naissent des affinités. On reconnaît en l'autre un morceau de soi et il peut en découler un plaisir à partager un peu plus que ce qui est offert de façon indifférenciée. Je considère qu'on avance "ensemble", par petits groupes informels ou complicités particulières. J'avoue que j'aime beaucoup cet état d'esprit.


Alors où est le problème ?
Il se situe dans un manque congénital d'estime de moi. C'est d'ailleurs, je crois, ce que je (re)construis en affichant publiquement mes pensées sur internet. Si j'avais la belle assurance de ceux qui sont sûrs de connaître leur parcours, ou la certitude d'avoir tout compris à la vie, je ne m'exprimerais pas ainsi. Je vivrais, tout simplement. Mais ma vie à moi est une sorte de lutte. Une conquête permanente. Conquérir une assurance défaillante pour pouvoir vivre avec les autres. J'ai un handicap social et je dois faire avec. Je ne m'en plains pas d'ailleurs, quoique il ne rende pas ma vie tout-à-fait simple...

Je crois avoir trouvé pas mal de stratégies pour vivre bien, mais elles consistent souvent en une mise à l'écart du monde. Je choisis dans quel environnement j'ai envie d'évoluer. Je m'extrais de toute une part de la société telle qu'elle est communément présentée et vis un peu en marge. Il y a des avantages à cela, mais aussi quelques inconvénients notables. Le principal étant que je me prive d'échanges interpersonnels très différenciés, donc enrichissants. Mais qui dit échange dit possibilité de confrontation d'opinions, prise de parti, et cela nécessite un minimum de confiance en ses compétences. A défaut c'est la discrétion, voire le mutisme, ce qui n'est pas une posture particulièrement exaltante. Quant à l'écoute passive, c'est un sport que j'exerce depuis suffisamment longtemps pour savoir que ce n'est pas gratifiant. Je reste donc confiné dans une sorte de cocon relationnel constitué de personnes avec qui je me sens en harmonie. Ou du moins avec qui je ne ressens pas de désaccord majeur.

Par facilité je me réfugie souvent dans l'expression écrite en ligne, en me maintenant à distance des affrontements d'idées. Mais une des particularité de l'écrit c'est qu'il maintient à distance émotionnelle des sensations interactives, tout en exacerbant le ressenti intime. Avantages et inconvénients. J'ai longtemps profité des avantages, mais les inconvénients me deviennent de plus en plus apparents. Tant dans une gêne à dévoiler des pensées un peu trop intimes que dans celle de rester trop à distance dans l'analyse. Le mélange analyse/intimité ne m'est pas très facile à gérer. Je pourrais me maintenir à distance sans m'impliquer ni parler au "je", ou alors évoquer des faits personnels et les ressentis y afférant sans trop prendre de recul. Mais faire les deux à la fois est parfois assez inconfortable.

Je ne cacherai cependant pas que cette dichotomie me fascine depuis que j'écris en ligne...

Commentaires
J
Ton manque de confiance est bien masqué, heureusement, j'espère que ce n'est pas profond.<br /> <br /> Ecrire en ligne permet les réponse rapides, mais aussi, comme je viens le faire ici, des réponses plus tard. Sur le sujet, ou à côté du sujet.<br /> <br /> Chez moi, ils complètent souvent ce que j'écris, et c'est une des grandes avantages de l'écriture en ligne, dans un blog, relative à publication pur est simple. Bien sûr, en plus, c'est aussi qu'on le décide sans intermédiaire.<br /> <br /> Je ne suis pas sûr qu'un intermédiare entre l'auteur (ou celui qui publie) et le public est nécessaire, comme on le crois dans l'édition.<br /> <br /> Ainsi le journal de Sidonie, ma grand-mère, écrit en Bergen Belsen en grand partie, a été déjà lu environ deux mille fois. Mon journal de jeunesse, n'est pas lu 'que' par environ 36 personnes, mais depuis deux ans ils reviennent (et d'autres apparaissent) chaque jour pour un nouveau épisode. J'ai des lecteurs qui, davantage que dans mon blog jour à jour, approfonissent sérieusement ce que j'avais écris jadis.<br /> <br /> Le blog peut donc servir à plus de dialog, plus de reflexion qu'un publication et nous donne des idées pour les futurs écritures.
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P
Alors là, Pati, voila un commentaire qui me plaît ! Je souscris entièrement à ce que tu dis dans la première partie (en "réponse" à Forestine), mais aussi à celle que tu m'adresses. Oui, je suis persuadé d'être dans une démarche très positive, même si (et parce que...), elle me fait passer à travers un regard critique envers moi-même. La lucidité m'y oblige.
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P
forestine dit :<br /> "Quand tu écris "Si j'avais la belle assurance de ceux qui sont sûrs de connaître leur parcours, ou la certitude d'avoir tout compris à la vie, je ne m'exprimerais pas ainsi. Je vivrais, tout simplement.", tu parais te dénigrer, comme si toi, tu ne vivais pas. Mais on pourrait se demander si c'est "vivre" (et quelle vie?) que d'avoir tout compris d'avance..."<br /> <br /> eh bien, je peux te répondre, forestine :)<br /> <br /> oui. c'est bien "vivre". et surtout c'est "vivre bien".<br /> mais tu fais une très légère erreur, à mon sens.<br /> ceux dont tu parles, qui connaissent bien leur parcours, connaissent surtout le parcours qui les a mené où ils en sont, à l'instant T.et bien connaitre son passé amène à fortement relativiser son présent. à l'équilibrer, à lui donner sa place exacte. ni trop importante, ni trop dévalorisée. un juste équilibre, donc.<br /> et c'est cet équilibre qui génère un bien-être.<br /> j'en parle en connaissance de cause, si je puis dire. <br /> <br /> si je prend mon "cas" en exemple, je pourrais dire que j'ai acquis une connaissance de moi certaine et poussée. je connais ma valeur, et je connais (hélas!) mes défauts. je sais ce qui importe dans ma vie. ce qui compte, ce qui me fait progresser. et oui, aujourd'hui je me pose beaucoup moins de questions qu'avant. et je "vis" plus. je me laisse vivre, j'apprécie ce qui m'est donné de vivre. j'ai compris, dans mes tripes en premier et ensuite dans ma tête, que la vie est courte, précieuse et facétieuse. rien de ce que tu t'attends à voir arriver ne se pointe quand tu le pensais possible, t'as remarqué ? ;))<br /> <br /> mais entendons-nous bien. je ne connais QUE ça. ma connaissance de la vie s'arrête à moi. et cette connaissance ne fonctionne vraiment QUE pour moi.<br /> bien sûr, elle éclaire certains récits, lus ici et là. parce que j'y reconnais certains trucs que j'ai moi-même dû traverser. et donc, par exemple, j'ai une tendance à commenter, en expliquant ce qui, pour MOI, a été d'une aide précieuse, dans ces moments-là. comme d'ailleurs, pas mal de personnes qui ont fait un travail analytique.<br /> <br /> mais ça ne reste qu'un point de vue. le mien, éclairé par ma propre histoire, mon propre vécu. à prendre avec des pincettes, donc ! :)) à réorienter dans son axe... <br /> c'est pourquoi je ne me considère pas comme ces personnes qui se targuent "d'avoir tout compris d'avance..." et je ne pense pas non plus que les gens qui se connaissent bien, suite à un travail sur soi, pensent tout savoir d'avance.<br /> <br /> au mieux, ils savent tout sur eux-même, là, maintenant. mais question avance, je dirais plutot qu'ils ont rattrapé leur retard ;)<br /> <br /> maintenant, si ceux dont tu parles sont de ces gens qui savent tout, sur tout et tout le temps.... bah que veux-tu, des c*** yen a partout. et finalement, c'est assez marrant d'en voir pérorer deux trois, de temps en temps ;)))<br /> <br /> pierre, c'est toujours un vrai plaisir de voir à quel point tu cernes ce que tu vis. j'ai l'impression d'assister à une de ces emissions où tu regardes vivre des fourmis dans leur fourmilière... (euh... attend.. n'y vois rien de péjoratif, hein, lis la suite, d'abord ;op )<br /> comme un objectif de caméra qui surplombe les canaux de la fourmilière, ton regard sur toi-même, fouille, détaille, analyse, dissèque la moindre de tes pensées.<br /> quand tu te décides à nous la donner en lecture, elle a été passée au crible de ton regard scrutateur, terriblement critique.<br /> j'aime beaucoup ça, chez toi. cette force de volonté d'être le plus vrai possible, dans ce que tu décides de nous confier. c'est franchement tout à ton honneur.<br /> <br /> mais c'est quand même vrai que tu n'es pas tendre avec toi. mais je crois déceler quelquechose de très positif, dans tes mots. oui, tu es du genre à ne pas trop te valoriser, du genre à ne pas évoluer dans une totale confiance en toi.<br /> mais tu le sais tellement mieux que la plupart des gens, que je ne vois pas comment la confiance ne pourrait pas s'installer :))
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P
Oui Forestine, je crois que ce secret dont tu parles est important pour se "retrouver" avec soi. Il y a des temps d'échange et de parole et des temps d'isolement nécessaire pour s'écouter soi-même. Je le redécouvre après avoir abondamment exposé mes pensées intimes.<br /> <br /> Et savoir se tenir à l'écart du monde permet aussi de rester en accord avec soi sans se laisser envahir par tant de voix qui se contredisent ou se renforcent, créant le brouhaha de la vie. Il y a une autre vie hors de la société...<br /> <br /> J'aime bien ta remarque sur un possible dénigrement de ma part. Si si, je vis... mais sans doute pas tout à fait comme "on" considère la vie. J'ai une vie intellectuelle, une vie en harmonie avec la nature, mais assez peu de relations directes ET approfondies. Alors oui, sans doute suis-je influencé par ce que "on" dit et me dénigre un peu pour cela :o)<br /> <br /> Peut-être que c'est aussi ce qui me pousse à me justifier...<br /> <br /> > Plume, plus j'avance et plus je me sens fidèle à moi-même. C'est même assez extraordinaire lorsque je regarde le chemin parcouru en quelques années.<br /> Le lien que tu indiques me semble particulièrement riche en réflexions ! Wouff... il y a de la matière là-bas ! Merci, je vais aller explorer ça.<br /> <br /> « Qu'est-ce qu'on attend ? » Hé hé... il n'y a rien à attendre. C'est maintenant ! La vie est là, à saisir.<br /> Vie intellectuelle, relationnelle, affective, collective ou individuelle, luttes, partages, voyages, harmonie avec la nature... tout est à prendre là, maintenant, lorsque ça se présente. Jouissons ;o)
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P
Tant que tu es "toi", fidèle à toi même... : tu es et restera libre !...<br /> Voilà longtemps que je ne suis venue pour milles et milles raisons que je garderai intimes !!! mais en lisant ce cours là : <br /> <br /> http://sergecar.club.fr/cours/temps4.htm<br /> <br /> Qui me "correspond" tellement aujourd'hui, comme un "sésame" offert au chemin pris de ma quête intérieure en tous cas, comme une belle étape atteinte aussi... en attendant les suivantes !... je me suis dit qu'il me fallait le partager... avec quelques proches d'abord...et puis avec toi, Pierre et vous... qui m'avez aussi guidé mine de rien... au moment ou j'en avais besoin...<br /> Et voilà que je tombe sur ton texte qui s'intitule "l'universalité du soi" !!! excellent....<br /> <br /> Je crois qu'au fond de nous...nos "peurs", nos "doutes" de nous-même... ne sont pas nôtres... <br /> <br /> Qu'est-ce qu'on attend alors ?!<br /> <br /> Bonne lecture à tous...<br /> <br /> Bon weekend...
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F
"Mise à l'écart du monde"...<br /> Continuant à réfléchir sur le "secret" (tu te souviens peut-être de mes billets), je suis allée l'autre jour en regarder l'étymologie. Secretus: à l'écart, séparé.<br /> Ce qui m'a amenée à raisonner qu'il faut parfois se mettre à l'écart pour trouver le secret de soi, ce que l'on sait mais que l'on a oublié.(Je fais court)<br /> Quand tu écris "Si j'avais la belle assurance de ceux qui sont sûrs de connaître leur parcours, ou la certitude d'avoir tout compris à la vie, je ne m'exprimerais pas ainsi. Je vivrais, tout simplement.", tu parais te dénigrer, comme si toi, tu ne vivais pas. Mais on pourrait se demander si c'est "vivre" (et quelle vie?) que d'avoir tout compris d'avance...
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