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Alter et ego (Carnet)
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10 mars 2007

Violence ordinaire

J'ai lu chez Samantdi, ici et , ce qui se dit autour de la violence faite aux femmes. Il y a des commentaires et des ricochets qui témoignent. Et je reste hébété. L'idée de violence me tord le ventre d'angoisse et me trouble l'esprit. Cette peur me happe et aspire mes pensées, les projetant dans des souvenirs lointains.

Pourtant je n'ai pas connu la vraie violence, celle qui brutalise physiquement, qui belle [lapsus!???] blesse ou tue. Non, juste de la simple violence ordinaire, autorisée (autrefois) et "normale" : la violence "éducative".

D'ailleurs on n'appellait pas ça violence, mais "éducation". Il m'a fallu quelques décennies pour que j'ose employer ce terme innommable de "violence".

Parce que... en fait... il y avait bien brutalité physique, même s'il n'y avait pas de traces visibles. Il y avait bien blessure... mais morale, là encore invisible. Quant à tuer... non, il n'y a pas eu de mort, mais est-ce que pour autant rien n'a été "tué" ?

Ce qui est certain, c'est qu'il y avait bien de la terreur. C'est elle qui se réveille et me tord le ventre. Mais... non, je ne parviens pas à en parler. Trop d'idées qui se bousculent.

Comme par hasard, ce thème survient alors que mes mots marquent le pas devant les prochains ricochets...

Commentaires
P
Merci Laurent, pour ce texte très fort, qui produit en moi un choc salutaire. « Violence faite aux autres comme à soi-même »... oui, il y a beaucoup à comprendre de soi dans le langage de la violence. Celle que l'on accepte, celle que l'on inflige. Et elle fait partie de nous tous, indubitablement.<br /> <br /> Pivoine... il m'est arrivé plusieurs fois de m'effondrer en quittant le cabinet de la psy... C'est impressionnant de constater comme on peut garder en soi en état de dormance des souvenirs traumatisants et douloureux.<br /> <br /> Oh oui, ces ricochets sont redoutables, mais tellement utiles !<br /> <br /> Pour ce qui est de la censure de ton travail, c'est assez sidérant. Oui, tu avais certainement touché un domaine très sensible. C'est probablement un tabou assez fort dans la société, parce que la violence ordinaire se rencontre partout (couple, travail, éducation, enseignement...). Plutôt que de se voiler la face, mieux vaut ouvrir les yeux, en parler, la nommer. C'est la seule façon de se donner les moyens d'en sortir.
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P
Il y a quelques années, on m'a demandé d'écrire un dossier pédagogique sur "la citoyenneté au féminin". Il y avait un chapitre sur la violence. Un autre sur la pauvreté. J'avais fait un chapitre très fouillé, sur la violence, sur les étapes de la violence, ses différentes formes (verbale, psychologique, financière, sexuelle, physique - et l'aboutissement, le meurtre), sur la prévention. Avec des exercices à l'intention des jeunes et des écoles. En mentionnant les autres formes de violence (sur les hommes, entre hommes ou entre femmes dans les couples homo). <br /> <br /> Lors de la relecture finale (par un groupe de jeunes coordinateurs et leur copain directeur), la majeure partie du chapitre sur la violence a été censurée. Il est resté deux à quatre pages, assez anodines, avec une ou deux adresses ressources - alors que j'en avais mis plusieurs... <br /> <br /> Que penser d'une telle censure ? Cette violence inter-personnelle traverse tous les milieux (favorisés et y compris intellectuels). Cette censure était la preuve même que j'avais raison. J'ai défendu mon dossier pied à pied (tant pis pour moi me suis-je dit, mais quand je fais un bon boulot, je le défends jusqu'au bout)... Ce fut peine perdue. <br /> <br /> Il reste énormément de résistance face à la violence, parce qu'il est difficile d'admettre ce mécanisme dans lequel chacun de nous peut tomber (comme le signale Laurent), et... Et... Eh bien je vais en rester là pour ce soir ;-)
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P
Je viens de lire ton récit, Pierre. Il m'a bouleversée. Tes mots rendent tout à fait ce souvenir, ces explications a posteriori, et surtout ce moment où la souffrance de l'enfant sort en thérapie. (J'espère pour toi que ça s'est passé assez de temps avant de sortir, sinon, on a une tête pas possible à chaque sortie d'entretien ;-) <br /> <br /> C'est tellement ça, ce que tu écris que je n'ai pas pu m'empêcher de recevoir ces mots comme des boulets en plein coeur. J'en suis arrivée à ce point où j'absorbe la souffrance/le récit d'actes violents qu'on me raconte (vais devoir trouver une parade). <br /> <br /> Mais je crois qu'on est mieux après.<br /> <br /> Terribles hein, ces ricochets ?!?
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L
C'est à la racine de la violence qu'il faut s'attaquer. <br /> La violence faite aux autres comme à soi-même provient d'une seule et unique racine. La non-compréhension de nos peurs, de nos espoirs secrets, de nos phantasmes, de nos envies et multiples petites satisfactions, de nos petits mensonges face à nous et aux autres, bref, tout ce qui fait la bizzarerie de ce bipède mammifère.<br /> Il y'a douze années de cela, je me suis retrouvé face à la violence suprême, la mort d'un autre être humain, provoquée par ma négligence personnelle, un homicide. Les années qui ont suivi cet accident n'ont fait que rajouter de la violence à cet instant fatidique où cette jeune femme perdit la vie. Culpabiltité à l'extrême m'a amené au fond du gouffre béant de la dépression, violence extrême faite à soi. Non-compréhension de mes schémas mentaux, de l'espoir qui amène le deséspoir, du plaisir qui amène la souffrance, bref, tout ce qui nous imprègne en tant que dernier maillon d'une immense chaîne de comportements humains violents. Nous sommes des êtres violents hier comme aujourd'hui.<br /> Alors, ouvrez grands vos yeux, vos oreilles, vos sens non pas pour juger ou qualifier qui est une forme répandue de violence, mais pour comprendre, comprendre que la violence c'est nous-mêmes qui en sommes la source.<br /> Voilà en quelques mots, mots qui sont bien dérisoires face à la complexité des noeuds de violence ancrés au plus profond de nos fibres psychiques et physiques, une vision de la violence.
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P
Erin... je pense que parfois il est nécessaire de prendre de la distance par rapport aux gens qui blessent. J'ignore tout de ta situation et du contexte, mais parfois on peut aussi se demander pourquoi on continue à subir de la violence. Généralement rien ne nous y oblige, et pourtant...<br /> <br /> C'est ça qui est terrible dans les violences d'enfance, transmise en même temps que l'amour : on ne sait pas les dissocier. On intègre que l'amour fait mal et on recherche inconsciemment cet amour douloureux, seul amour que l'on connaisse. Peut-être même qu'on recherche la douleur dans l'amour...<br /> <br /> Je comprends bien cette difficulté à remonter les petits cailloux...<br /> <br /> Pour ma part je m'interroge sur la tonalité dont je colore mon enfance, et peut-être mon existence : n'est-ce pas moi qui entretiens un regard douloureux ? Par habitude, ou que sais-je...<br /> <br /> Car après le rejet de l'autre, inévitable, il est nécessaire de s'interroger sur soi.<br /> <br /> Je crois qu'on a vraiment énormément à gagner de l'expression de nos ressentis. Il faut que ça sorte un jour ou l'autre (pas forcément face aux personnes qui ont fait souffrir...), il faut se purger de cette peine, de cette entrave à une existence pleinement heureuse. C'est un travail difficile, parfois très long (je n'oserai dire depuis combien d'années je me livre à ce travail...), mais qui vraiment vaut la peine. Au bout, et jour après jour, c'est la libération.<br /> <br /> Merci de ta présence Erin :o)
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E
J'ai moi aussi connu ça... à la fois la violence physique et la morale (qui elle continue à chaque fois qu'elle le peut)... Mais je n'ai jamais pu en parler, elle, ma mère, n'a jamais rien admis... Elle est dans le dénie total... Je ne sais pas si j'ai pardonné... parfois je le crois, mais mon compagnon, me dit le contraire, et tente de me le prouver, mais je ne suis pas réceptive... Tout ça est trop difficile pour moi, en parler, réfléchir et déduire... analyser...<br /> <br /> Ma mère et moi, c'est un mélange inextricable d'amour et de haine, de tendresse et de ressentiment... Elle m'a rogné les ailes avant mes 6 ans... Et à chaque fois qu'il lui semble que je prends quelques indépendances... Elle tente de remettre sur ma tête toute cette autorité, cette omniprésence...<br /> <br /> Quand à la violence conjugale... jai connu aussi...<br /> <br /> En tout cas, je n'arrive pas à remonter le temps de mes petits cailloux... ni à le descendre vraiment d'ailleurs... même si j'en ai écrit 2 (descendants), à la plume, et que je n'arrive pas à mettre en ligne...<br /> <br /> Une dernière chose... qui n'a rien à voir... Depuis quelques temps, je tiens ma colère dans ses limites (face à une situation que je vis); grâce à tes mots, ici et sur ton carnet intime... Alors... Merci Pierre...
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P
Hélène, il y a effectivement ce désir de protéger mes parents. Mon père, ce colosse aux pieds d'argile. Je dois me reconstruire sans le détruire. Donc sans lui dire ce que je porte de lui. Je l'ai fait en partie il y a une quinzaine d'années, au sujet de mon adolescene, et c'est suffisant. Il n'a pas nié et je sais qu'il a pris conscience de ses mots. Mais comment changer le passé ? Cette "reconnaissance" m'aura été suffisante pour connaître son état d'esprit et "sentir" ses regrets. <br /> <br /> Coumarine, j'ai moi aussi pardonné à mon père. Mais les années passent et je mesure l'ampleur des dégats, bien supérieurs à ce que je croyais. Ça ne change rien au pardon, il est maintenant acquis. Alors je ne crois pas que je dirai à mes parents l'importance de ces dégats. Ça ne servirait à rien. Je crois qu'ils sentent bien qu'ils ont fait des erreurs, ils les reconnaissent en ne les contestant pas. Par contre je ne sais pas si je saurai un jour me "relier" avec mon père, avant sa mort. Ma peur de lui, pourtant très différent maintenant, reste au fond de moi. Ma méfiance à son égard est devenue viscérale.<br /> <br /> Rosalie, oui, la violence est multiforme. Et celle qui ne se voit pas est peut-être encore plus marquante parce qu'elle "n'existe pas". Elle n'est que dans la tête de celui qui la subit, imperceptible par autrui. On peut même en arriver à se culpabiliser de ressentir une souffrance puisque, d'une certain façon, on "choisit" d'accepter cette violence. C'est très insidieux.<br /> <br /> « Toute cette violence était-elle nécessaire ? » Alors là... c'est vraiment LA question ! Nécessaire pour qui ? Pour celui qui l'exerce, évidemment. Cette violence ne fait que trahir un trouble de l'esprit, une incapacité à gérer et contenir des ressentis eux mêmes violents. Généralement la violence n'est pas gratuite, mais une réponse simple (!) qui permet d'évacuer une tension intérieure. Ainsi le bourreau est avant tout victime de lui-même, de son psychisme qui le dépasse. Il ne fait que transférer sur l'autre le mal-être qu'il ne sait pas gérer.<br /> <br /> Cette violence faite à l'autre est très fréquente, à dose plus ou moins forte...
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R
La violence qui se manifeste par des mots, des paroles... La violence peut être intellectuelle. Le mépris, l'indifférence sont également violence faite aux autres, aux siens.<br /> Et le silence. Le silence qui répond au cri, à l'appel au secours... il est aussi violence.<br /> Et en fin de compte, cette question : toute cette violence était-elle nécessaire ?
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C
Pierre, cette "violence" là, qui ne dit pas son nom, je l'ai connue aussi<br /> Et tu vois il m'a fallu du temps pour le reconnaître et la nommer<br /> Mais c'est cette "reconnaissance" qui me permet maintenant de pardonner<br /> Même si mes parents sont morts
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H
Il est très difficile de soulever la chape de plomb, que l'on a construit pour protéger des parents, ou proches qui nous ont fait subir des violences. On sait inconsciemment que tout l'édifice va se trouver fragilisé, toute la lecture de notre vie sera à refaire. Il faut être prêt pour ça, on ne le fait pas à la légère.
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