Paroles d'élèves
Mes élèves de CAP, ce matin:
« - Dites monsieur, vous serez encore là quand on va revenir de stage ?
- Ah non, j'aurai terminé mon contrat dans une semaine et c'est Mr L. qui sera de retour. »
- Oooh, c'est dommage, c'est bien avec vous ».
[J'avoue que ça m'a fait un petit velours d'entendre ça...]
Bon, ça n'empêche pas qu'un peu plus tard, en travaux pratiques à l'extérieur, ils dépensaient une énergie folle à se bousculer, se sauter dessus, et à être absorbés par tout autre chose que le cours. Et moi de tenter de les recentrer, de capter leur attention, de surveiller le plus perturbateur... pendant que d'autres se mettent à s'exciter. Toute cette énergie débordante qu'il faut sans cesse canaliser... C'est mon énergie qu'ils pompent !
Parmi ces élèves certains ont de très gros problèmes de mémorisation. Un peu comme s'ils ne savaient pas quoi faire de l'information que je leur donne. Ils écoutent, essaient de répondre et de comprendre, semblent s'intéresser dans l'instant, mais dans la minute qui suit c'est comme si tout était effacé ! J'avoue ne pas savoir comment faire.
Il y en a un qui est en limite d'analphabétisme. Il sait écrire... mais dans une langue mi-phonétique, mi-inventée. Incompréhensible. A tel point que, lui demandant ce qu'il avait écrit, et comptant sur une clé qui allait me permettre de saisir son mode d'expression, il n'a même pas su se relire ! Ses notes sont catastrophiques, mais là encore je ne sais pas ce que je peux faire face à un tel handicap. Et d'ailleurs je n'en aurais pas le temps puisque le reste de la classe demande à être nourrie... sous peine de disperser son attention et de s'exciter.
Par contre, avec les BTS au regard affuté, et alors que les premiers contacts me stressaient, il s'est établi un climat assez sympathique. J'adore quand quatre des jeunes filles de la classe viennent vers moi en souriant, pendant la pause, pour me demander ce qui est prévu le lendemain, ou si telle visite est maintenue. Ces jeunes viennent vers moi sans crainte, dans un climat de confiance. Hier, les voyant s'approcher, je leur ai ouvert les bras avec un grand sourire...
Je pense avoir "brisé la vitre" le jour où j'ai dit franchement à cette classe que pour certaines des choses que je leur enseignais j'étais en limite de mon savoir. J'ai joué franc-jeu. La suspicion, que j'avais sentie s'installer face à mes réponses évasives, est tombée. Je me sentais faux à tenter d'avoir une place que je n'étais pas capable de tenir. Maintenant les cours sont actifs, avec un intérêt attentif. J'avoue que cette participation est motivante et rend le travail d'enseignement tout à fait agréable et gratifiant.
Hélas, plus qu'une semaine de cours...
Bah... je commençais à trouver ça plutôt intéressant !
Et dire que je connaissais enfin la plupart des prénoms...
