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Alter et ego (Carnet)
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25 avril 2007

Solitaire temporaire

Je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous les très beaux mots de Chantorelle, apportant ses réflexions à un de mes récents billets:

« Je crois qu'on peut employer souvent la solitude comme une arme contre les autres..
Et contre des proches.
On peut mettre de plus en plus la distance physique et émotionelle entre soi-même et les autres..
Surtout ceux qui vous aiment le plus.
Tu parles de cette solitude comme une source d'eau qui renouvelle...
Ou comme une nourriture requise..
Un nutriment pour le cœur et pour l'âme...
Pour un esprit rassis de ce cloisonnement.
Mais je crois que c'est véritablement un régime d'alienation..
C'est un désert (et pas dessert) infini créé pour se renfermer dans un univers solitaire.
C'est l'antithèse de l'étendue de l'esprit humain.
Trop rationaliser et intellectualiser l'amour-propre...
Ça tue...
Et ça chasse l'amour et les traces d'affection à chaque tour. »

A plus d'un titre ces mots me touchent au coeur.

Pour ma part, lorsque je m'isole, cela correspond à un besoin de me recentrer. Me remettre en connexion avec mes ressentis profonds, ou laisser décanter des acquis nouveaux, ou encore prendre le temps de sentir ce qui se passe en moi. Parfois c'est pour digérer des émotions fortes ou des sentiments blessés. Ce ne peut être que temporaire, bien sûr. Le rapport avec autrui m'étant indispensable pour avancer dans la vie, autant vers "moi" que vers ces autres.

Trop longtemps je l'ai ignoré, trouvant un certain confort dans une relative solitude, complétée par un élargissement au couple et aux enfants. Mais je perçois désormais la solitude comme déssséchante lorsqu'elle devient un style de vie.

Actuellement je me sens être en pleine recomposition [m'étais-je donc décomposé ?]. Je me suis mis un peu entre parenthèse de la blogosphère et de mon cercle de connaissances. Je lis irrégulièrement, écris peu, n'ai pas envie de cogiter. Je n'en ai pas vraiment le temps, surcharge de travail oblige... arrivée fort opportunément.
Du coup j'ai différé mes réponses dans quelques correspondances pourtant fort intéressantes J'ai la tête un peu "vide" et écrire longuement me demande une concentration qui n'est que peu disponible. Peut-être ne puis-je pas "donner", en ce moment, hormis à moi-même ?


Pour autant je ne suis pas dans la solitude puisque j'ai beaucoup été en contact d'humains ces derniers temps.  J'observe, un peu en retrait, le comportement et les réflexions de mes semblables. J'apprécie cette différence, mais il me faut ensuite me ressourcer dans le calme et la liberté d'être. Car avec les autres je ne suis pas encore vraiment moi-même. Je ne suis pas vraiment habitué aux groupes. Je n'ose pas être ce que je suis.

J'observais les jeunes avec qui j'étais, qui ont des rapports évidents de simplicité, de détente, de rigolade. Qui semblent prendre la vie comme elle vient sans se poser trop de questions sur leurs rapports entre eux.

Je crois n'avoir jamais connu ça...
Ai-je vraiment eu une jeunesse ? N'est-ce pas cette expérience manquante que je cherche à vivre coûte que coûte en réorganisant mon existence de quadragénaire ?

Les autres m'inspirent, mais me renvoient aussi souvent l'image de ce que je suis : peu à l'aise en groupe. Je suis préférentiellement un adepte de l'intériorité, pour ne pas dire de l'intimité. C'est à la fois une chance et un handicap. Je ne peux pas "donner" de moi en groupe, sauf dans un rôle professionnel défini. Et si j'ai pu beaucoup le faire librement sur internet, ça ne remplace pas la présence réelle. Ce décalage entre ce que je suis par écrit et dans la réalité morphologique me dérange notablement.

Difficile conquête que celle d'être soi...

Commentaires
P
Je m'interroge sur cette capacité à s'esclaffer en groupe... Je la lie à un esprit de confiance, c'est à dire ne pas craindre un "jugement" de ceux qui sont présents. C'est le signe évident, il me semble, d'un manque de confiance en soi...<br /> <br /> Ouais, à accepter comme tel, sans pour autant baisser les bras face à cette conquète perpétuelle.
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P
Ce que tu écris me frappe - je réagis au moins sur une chose. Les questions que tu te poses face aux jeunes entre eux. Je me suis souvent posé les mêmes questions face à des petits groupes de filles, qui riaient parfois entre elles, comme ça, des fous-rires, pour Dieu sait quelle raison (peut-être pas de raison). Je me suis souvent demandé si j'ai jamais été cette fille qui pouvait rire d'un rien. Je riais, oui, mais timidement, je riais plus intérieurement... <br /> <br /> Et je ressens à peu près les mêmes choses que toi, quand je suis dans un groupe. Sauf quand j'enseigne (à des adultes). Je n'ai donc pas de réponse toute prête si ce n'est d'apprendre à s'accepter comme on est. Facile à dire, oui, mais pas facile à faire, je sais.
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P
Voui mais de la bonne glu, genre colle Cléopâtre qui donne envie d'en manger ;o)
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S
Attachants comme de la glu :-D
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P
Samantdi, en te lisant je réalise qu'internet, finalement, empêche cette solitude. Je ressens ce besoin de retrait, et en même temps il est si facile de rester en contact...<br /> <br /> Je pense qu'on a beaucoup à gagner de l'isolement temporaire. J'y songe, mais je ne m'y suis jamais résolu durablement...<br /> <br /> Bah oui, c'est de votre faute aussi, vous tous qui êtes aussi attachants avec vos écrits ;o)
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S
Souvent c'est à posteriori, après coup, que l'on prend la mesure de ce que nous ont apporté les moments de solitude et de retrait du monde, comme si on avait besoin d'un temps particulier pour laisser mûrir des choses en soi, laisser "reposer" la pâte dont nous sommes faits. On porte quelque chose et l'on ne sait pas encore quoi...
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