Internet, en chair et en os
La plupart d'entre vous le savent : il y a une vie derrière les écrans. Les liens qui s'établissent par internet finissent souvent par se concrétiser sensoriellement, au delà des échanges d'octets. Tôt ou tard, lorsque des affinités naissent, il y a rencontre en face à face.
Pour moi la première rencontre a toujours été un moment fort. Mettre un visage, un regard, une voix, une présence sur l'auteur de pensées connues, donne une dimension nouvelle extrêmement riche. Pour reprendre une discussion récente, cela donne une cohésion à ces milliers de touches impressionnistes laissées par les mots écrits.
Et franchement, c'est fantastique !
A chaque fois que j'ai fait de telles rencontres je me suis senti nourri d'humanité à satiété. Là, dans le face à face, qu'il soit duo ou groupe, il "passe" quelque chose qui me remplit et continue de se diffuser longtemps après la rencontre.
Je me rends compte que sur le moment la profusion d'éléments que captent mes sens provoquent un effet de saturation : je suis présent, je vis et ressens totalement, mais l'abondance fait que je ne peux tout vivre. Par contre tout s'enregistre. Ce n'est que lorsque le temps de la séparation est venu que reviennent ces souvenirs stockés dans la mémoire tampon. La restitution se diffuse alors avec lenteur et je peux sentir de façon beaucoup plus nuancée la richesse de ce qui s'est exprimé par ces présences. Je me nourris longtemps de ce que j'ai engrangé...
Est-ce dû à une hypersensibilité particulière ? Tout le monde fonctionne t-il ainsi ? Je l'ignore puisque c'est la première fois que je réalise vraiment ce phénomène de décalage. Je l'ai toujours vécu, mais sans le conceptualiser.
En même temps je me rends compte que cette hypercaptation contribue certainement à me maintenir plus réceptif qu'émetteur. J'écoute beaucoup, j'observe, je sens... et de ce fait participe de façon en apparence plus passive que d'autres. Mais finalement cette retenue est-elle aussi regrettable que je le pensais ? Je me suis souvent senti mal de rester peu bavard, ayant l'impression de peu participer, d'être perçu comme timide et mutique (autrefois, car sur ce point j'ai changé)... mais n'est-ce pas simplement une façon différente de participer ?
On m'a dit hier que j'étais très "présent". Oui, c'est tout à fait ça ! Présent et attentif, ressentant par tous mes sens. Absorbant plutôt que diffusant. Ou absorbant pour restituer dans le temps...
Je pense être quelqu'un qui a besoin de temps. Pour agir, pour penser, pour vibrer, pour restituer, pour donner.
Le média internet, parce qu'il fonctionne essentiellement par l'écriture, méthode d'échange de pensées au ralenti, me convient tout particulièrement. En revanche il y manque tout ce qui se produit dans l'échange sensoriel. Voila pourquoi j'apprécie énormément la mise en présence réelle... bien que la mienne, de présence, puisse être relativement discrète à ces moments là. L'alliance des deux modes de communication n'est-elle pas ce qui permet la profondeur des échanges ?
Je garde le souvenir précis, et précieux, de chacune des rencontres d'internautes auxquelles j'ai participé. Toujours placées sous le signe de la richesse de l'échange humain. Je n'ai jamais été déçu, et bien au contraire très souvent agréablement surpris. Car au delà de nos mots écrits, aussi aboutis et travaillés soient-ils, j'ai toujours rencontrés des personnalités généreuses de coeur et d'esprit.
Merci à ceux et celles que j'ai rencontré, hier ou bien avant...
PS: que personne ne se sente "exclu" de ce genre de rencontre, ni ne ressente aucune jalousie sur le fait qu'il en soit fait mention. Elles sont possibles pour tous, dès lors que les circonstances et le désir réciproque le permettent.