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Alter et ego (Carnet)
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19 juin 2007

Vie privée, vie publique

L'annonce de la séparation du couple Royal-Hollande, invitant la vie privée dans la sphère politico-médiatique, présente le même genre de problématique que ce que je ressens : une collusion d'intérêts entre l'intime et le public. C'est, je suppose, ce que vit toute personne qui évoque sa vie privée sur internet.

Sans pouvoir faire une analyse sociologique élaborée qui corroborerait mes dires, j'ai l'impression tenace qu'il est difficile de demeurer durablement dans l'expression intime devant un public. Si j'observe les "écrivants de soi" sur internet, et notamment mes favoris, je constate l'existence de deux pôles d'expression. D'un côté un registre factuel, anecdotique, relativement détaché d'une grande implication personnelle : on raconte, on partage des impressions, on évoque des atmosphères. De l'autre côté c'est l'inverse : on extirpe des profondeurs de soi, parfois péniblement, un vécu intime, des émotions, des doutes.
La première tendance a une tonalité souvent légère, parfois grave, mais à une certaine distance de l'intimité de l'écrivant : si cela fait appel aux émotions, c'est dans un registre universellement partagé, généralement assez consensuel. La seconde tendance est souvent grave, parfois légère, et complètement attachée à l'écrivant. Consubsantiellement. Les émotions lui sont propres, même si elles peuvent trouver une résonnance forte chez le lecteur.

Cette distinction est évidemment taillée à la hache et demanderait à être précisée.

Lorsque je lis la prose actuelle des plus anciens écrivants en ligne, qui ont parfois commencé au siècle dernier, selon l'expression de l'une d'entre eux, j'observe que soit l'intime y est peu invité, soit il est retracé au passé, soit le contact avec le lectorat est maintenu à distance. A contrario, depuis que je lis ce genre de récits de vie j'ai vu apparaître et disparaître énormément de blogs (ou journaux, auparavant), entrant très profondément dans une intimité douloureuse vécue au présent. Ces sites ont eu une fonction d'exutoire, puis ont disparu une fois leur mission terminée. Ou bien ont "explosé en vol" tant le dévoilement public devenait insupportable. D'autres se sont transformés en lieux discrets, voire secrets, accessibles seulement sur invitation.

L'intime et le public, ce n'est pas surprenant, font difficilement bon ménage.

A cela s'ajoute la question de l'anonymat : dévoiler son intimité en public, tant qu'on reste complètement anonyme, ne pose pas forcément de problème existentiel. Il en va tout autrement lorsqu'on entre en relation avec ses lecteurs. Le problème n'étant alors pas d'être connu sous sa véritable identité, mais d'être identifié par rapport aux écrits et reconnu sous cette signature, fut-elle celle d'un pseudonyme. Faudrait-il, pour ne pas perdre la liberté d'écrire, ne pas entrer en correspondance avec les lecteurs ? Ou se donner des limites, comme celle de ne pas dépasser le stade des échanges épistolaires ?

Lorsque je sens monter en moi un malaise par rapport à ce que je dévoile de mes pensées, c'est toujours par rapport à des personnes que j'ai rencontré "en vrai". Ou parfois, dans une bien moindre mesure, par rapport à des personnes avec qui j'ai une correspondance relativement active. Bref, des personnes que je "connais" et qui me "connaissent", même si ces dans des proportions réduites.

Dès qu'il y a relation apparaît le risque de perturbations dans l'expression intime. Pourtant, je me sais lu depuis l'origine par des personnes que j'ai rencontrées, sans que ça ne me dérange. Peut-être parce que nous avons fiinalement très peu d'échanges. Je connais leur grande discrétion, leur total respect de ce que je suis, et je me sens en confiance. Je crois que la réciproque est vraie.

Inversement, si des échanges deviennnent fréquents, donc interfèrent dans ma vie d'une façon ou d'une autre, je me trouve pris dans un truc qui se mord la queue : parler de ce que je vis avec des gens qui me lisent, sous des regards extérieurs. Le blog est l'instrument idéal pour obtenir ce genre de situation ! Je pense que le trouble vient du fait que la subjectivité affronte l'objectivité. Ma vérité risque de se trouver en décalage avec la vérité de l'autre, ou des autres. Mon ressenti intime, que je vis comme "vrai", risque d'être différent de celui de l'autre. D'où un grand trouble intérieur sur la réalité des choses. Si je raconte une histoire vraie, que l'autre raconte la même histoire vraie, et qu'elle sont différentes, où est la réalité ? Tant qu'aucune contradiction n'apparaît, le plaisir ressenti à "partager" le même vécu à quelque chose de très agréable, qui tient de la communion de pensée. D'où une certaine exaltation après des rencontres de blogueurs. Mais, sans que je ne sache vraiment pourquoi, peut suivre une forme de "dépression" post-euphorie. Je pense qu'elle est d'autant plus marquée que le temps de partage à été fort, et à touché à quelque chose de profond, d'intime.

Ce trouble, cette dichotomie entre deux aspects de la vie, apparaît d'autant plus qu'il s'exprime publiquement. Il y a alors une sorte de déchirement intérieur entre deux "moi". Celui de la convivialité et du partage, et celui de l'intériorité intime.

Je pense aussi que nombre d'écrivants de l'intime sont des personnes qui n'ont pas une grande confiance en elles. S'exprimer dans ce registre particulier indique que quelque chose a besoin de sortir parce que ça ne sort pas ailleurs. L'écriture intime permet de mieux se connaître, mieux s'apprivoiser soi-même, mais simultanément expose et rend vulnérable. D'où le besoin de garder une distance de protection, absolument nécessaire. Distance et intimité, le paradoxe est là.

L'intime n'a pas à être commenté. Il ne peut qu'être accueilli, entendu, partagé. Le silence est souvent la meilleure façon d'y parvenir. C'est donc contradictoire avec les fonctionnalités conviviales du blog. Et si l'entraide peut y être efficace, et un très bon soutien moral, vient peut-être un moment où le besoin de se débrouiller seul se manifeste.



NB : Ma décision de rendre les commentaires "off", accessibles à ma seule connaissance, a surpris. Je reviendrai sur ce qui m'a été dit et sur les effets de cette mise à distance qui m'est tout à fait appréciable.

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