Libre escapade
Je n'ai pas pour habitude de programmer mes activités longtemps à l'avance, sauf lorsque c'est nécessaire. C'est à dire lorsque je dois m'organiser avec les autres. Mais pour une petite escapade impromptue avec mes enfants, nous pouvons nous décider au dernier moment. Il avait seulement été question d'une date et d'une direction : cap au sud !
Jeudi matin rien n'avait été organisé, mais le temps radieux et le désir de partir étaient amplement suffisants... Les deux plus jeunes se sont rapidement préparés, tandis que l'aîné, rentré la veille d'un périple en auto-stop était suffisamment rassassié de voyage pour ne pas se joindre à nous.
Une fois dans la voiture, à part de tourner à gauche au bas du chemin, il n'y avait rien de plus précis. Ce n'est qu'au fil de la route que le tracé s'est dessiné. Première étape, le Trièves, entre les massifs du Vercors et du Dévoluy. Le temps d'admirer ensemble le paysage, tenter de nommer quelques sommets, et prendre des photos.
Ensuite c'est par les chemins touristiques, c'est à dire à l'écart des autoroutes, que nous avons poursuivi notre parcours d'étapes. Détour par la petite ville de Sisteron, adossée à un escarpement rocheux qui barre la vallé de la Durance. Promenade dans les rues sous un ciel bleu intense, accent méridional des commerçants... ça sentait déjà bon les vacances.
En approchant des Mées, nous avons pris le temps d'admirer cette curieuse formation rocheuse, connue sous le nom de "pénitents".
C'est à ce moment que, vu la saison propice, nous avons décidé de nous diriger vers le plateau de Valensole, bien connu pour ses grands champs de lavande. Fin juin, ce devait être l'époque de pleine floraison. Le soleil déclinait déjà sur l'horizon et la lumière était belle...
Nous nous sommes longuement attardés, admirant et photographiant sans limites ces étendues violettes sous un ciel immense.
Grignotant une salade préparée sur le toit de la voiture, dans le silence de ce plateau inhabité, nous avons profité des derniers rayons du soleil...
Jusque tard dans la soirée...
Sous la pleine lune nous avons alors fait quelques kilomètres pour trouver un espace abrité au bout d'un petit chemin à l'écart. Nous n'avions pas prévu de tente et les nuits sont fraîches, à la belle étoile...
D'autant plus que dans l'impréparation du départ j'avais oublié de prendre mon duvet...
Le lendemain matin le temps était splendide au bord du Lac de Sainte-Croix, où nous avons pris notre petit déjeuner en trempant les pieds dans l'eau.
Direction les Gorges du Verdon, le bien nommé
Route sinueuse, étroite et escarpée, vue plongeante sur la profondeur du sillon tracé dans la roche. Nous avons fait des haltes nombreuses, profitant des panoramas et de la faible fréquentation touristique. Les enfants étaient ravis, moi aussi. Je n'étais pas revenu ici depuis une vingtaine d'années, alors que n'étais pas encore marié avec ma future à qui je faisais découvrir une région que j'affectionne particulièrement.
Mais là ce n'est pas à elle que je pensais, devant ces paysages grandioses et ces vertigineuses verticales que j'aurais bien aimé faire découvrir à une autre...
Léger sentiment de nostalgie, qui m'a accompagné pour la suite du voyage.
Ce qui ne m'a pas empêché de profiter du spectacle. Vu d'en haut ou vu d'en bas.
Nous avons passé une bonne partie de la journée dans ces gorges, nous hasardant même à parcourir de longs tunnels creusés dans la roche, pieds-nus (à cause de l'eau) et dans le noir (faute de lampes). Sensation étrange et plutôt fraîche...
Monter et descendre, panoramas et points de vue, lacets et routes en corniche, nous avons largement exploré le secteur.
Direction la mer, puisque c'était notre objectif premier. L'Estérel aux roches rouges et aux forêts sauvages, pour être plus précis, où nous espérions pouvoir trouver un lieu tranquille pour une nouvelle nuit de pleine lune. Détour par Cannes, juste pour voir la croisette. Ville de riches, incontestablement. Beaucoup de femmes très élégantes. Parfois jolies...
Je gare notre veille voiture décatie entre une Porsche et une gigantesque Mercedes...
Dans les vitrines, des bijoux sans prix affichés. Une robe à plus de 5.000 euros.
Drôle d'ambiance quand, passant devant un hotel de luxe notre attention est attirée par une foule. Devant il y a des limousines surallongées "comme dans les films", avec vitres noires. Tout d'un coup des silhouettes sortent, la foule s'agite. Gardes du corps qui bloquent la circulation dans un énorme 4x4. Des visages indéterminés qui manifestement sont connus par les badauds qui les attendent. Pas par nous. Démarrage en trombe de voitures décapotables, cheveux au vent et grand signes de la main. Impression d'assister à un évènement aussi important que l'épaisseur d'un papier à cigarettes... Contraste total avec la densité des falaises du Verdon et leur silence sauvage.
Nous observons encore un peu ce défilé de voitures de luxes, de déambulations surfaites, ces terrasses de restaurant sur la plage, un cocktail de happy-few tous de blanc vêtus... et filons vers l'Estérel sauvage. Ouf !!
Hélas les routes sont fermées durant la nuit et je sais qu'il est impossible de prendre le moindre chemin, aux accès interdits par crainte des incendies. Un peu dépités nous regardons les montagnes rouges depuis la route du bord de mer, puis retournons vers l'intérieur des terres pour trouver un lieu où passer la nuit. À proximité de la mer ça semble impossible : tout n'est que barrières, résidences privées, chemins fermés par des chaînes. Drôle de monde d'isolement barricadé...
Finalement nous dormirons sur les hauteurs, dans un coin sauvage. Le lendemain matin visite impromptue chez ma soeur, installée avec sa famille dans un lieu très reculé de ces montagnes. Nous y restons jusqu'en fin d'après-midi. Retour à la maison hier soir...
Au total moins de 72 heures de voyage, un millier de kilomètres parcourus [hum... bilan écologique déplorable...], mais l'impression d'être partis depuis des jours ! Coupure totale. C'est fou ce que les voyages sont dépaysants !
Et la satisfaction pour nous trois d'avoir vécu quelque chose de bon ensemble, en prenant le temps, sans contraintes d'horaires ni de lieu. Liberté choisie. Quelque chose proche de l'idéal qui nous convient...










