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Alter et ego (Carnet)
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12 janvier 2008

Écriture de soi, blogs, et durabilité

À l'occasion du lancement des blogs de France culture, une émission à été consacrée à « La planète des blogs entre intime et extime ». Le sujet n'est pas nouveau, mais on ne peut que constater qu'il prend de plus en plus une place "institutionnelle". Étaient notamment invités Philippe Lejeune, co-fondateur de l'apa,et quelques autres voix bien connues des membres de cette association.

Autant le dire tout de suite : pour peu que l'on soit déjà un peu porté à l'exploration des questions soulevées par la mise en mots et en scène de soi en public, on restera sur sa faim. En effet les interrogations soulevées furent nombreuses, fort intéressantes, mais le temps accordé au réponses au cours d'une heure d'émission est forcément très réduit. Le nombre d'intervenants et "d'illustrations sonores", l'amalgame fait entre blogs thématiques et blogs intimistes, tendaient aussi à disperser le sujet. Il n'empêche que le panel d'idées-clé était large... et donne envie d'aller plus loin.

En préambule Philippe Lejeune à rappellé que, depuis Pascal, « le moi est haïssable ». La méfiance vis à vis de l'expression de soi reste tenace. D'ailleurs, on sait que nombre de blogs s'en tiennent à la périphérie et rejettent l'idée de "journal intime". Cependant il est indéniable que ce mode d'expression peut aider à surmonter des crises.

Par rapport au journal intime la spécificité de l'expression du soi intime en ligne est double. D'une part il y a une quasi-simultanéité de l'écriture et de la lecture, et d'autre part le nombre des destinataires est d'emblée envisagé comme élargi. Danielle Rappoport, sociologue, a fait part des questions qui lui apparaissent avec l'explosion de l'expression de soi sur internet : « pourquoi ce besoin de mettre en scène sa vie, ou son morceau de vie ? ». Besoin de reconnaissance, de visibilité ? Mais aussi : « quel rôle donne t-on au destinataire ». S'agirait-il d'un besoin de valoriser sa vie en l'exposant ? Pour elle il est intéressant d'explorer ce nouveau rapport au temps et à soi. Comprendre aussi « ce qui se passe dans une société où [se modifie] la frontière entre l'intime et le privé, le public intime et non-intime ». Pour moi il y a là une interrogation essentielle car apparaît sous nos yeux un nouveau modèle de relations sociales.

Un des grands avantages d'internet, et en particulier des blogs, c'est que cela permet à n'importe qui de créer un réseau de relation et de solidarité. Avec un bémol, toutefois : si pour beaucoup cela débouche sur des rencontres "terrestres", d'autres en restent à du relationnel à distance, symbole de rapports virtuel qui ne se confrontent pas à la réalisation. Ce comportement serait fréquent chez les adolescents. C'est précisément dans cet enjeu que se situe le risque de dérive : conduites addictives et perte de contact avec le réel. Là encore des questions se posent.

Nouvelle pratique culturelle, la démocratisation de l'expression personnelle permet aussi à des gens de commencer à écrire. Et cela peut les emmener très loin... En quelque sorte cela répond à la question d'un auditeur qui se demandait si ces pratiques n'étaient pas « une fuite du questionnement de soi à soi ». Philippe Lejeune s'interroge néanmoins sur les vertus thérapeutiques de l'absence de destinataire. En effet, la communication avec les autres, un des aspects primordiaux de l'écriture en ligne, fausse la sincérité avec soi. On le sait, le blogueur est en représentation. Cependant cette spécificité n'est pas totalement nouvelle : forme hybride entre journal et correspondance, dialogue avec soi et avec les autres, le blog ne fait que réactualiser une pratique qui existait déjà au 19eme siècle avec des lettres destinées à circuler.

Quant à la relecture, ce regard que l'on peut porter sur un soi disparu dans le passé, si pour Philippe Lejeune elle peut être « exercice de méditation grave, douloureux », pour un autre elle était considérée comme « très instructive » pour constater un parcours évolutif. La question de la (re)lecture en différé ne se limite toutefois pas à ça. Car en marge de la problématique intime/extime a été abordée la question de la conservation de ces mots répandus sur la toile. L'apa étant spécialisée dans la conservation des écrits autobiographiques, elle a su saisir l'importance du changement en cours : le support papier n'est plus adapté aux formes d'expression actuelles. En particulier pour ce qui se passe sur l'internet mouvant. Vous apprendrez donc qu'un partenariat a été mis en place avec la Bibliothèque Nationale de France pour archiver ce qui est publié sur la toile selon un ciblage "expression personnelle". Pour ce qui concerne les blogueurs, cela implique que leurs écrits sont régulièrement archivés, au titre du dépot légal obligatoire pour toute publication. Archivage pour les siècles à venir, garantie plus efficace que le simple hébergement sur une plateforme de blogs dont rien ne garantit la pérénnité. Mais... avec comme corollaire un élément pas toujours connu de tous : une fois archivés les écrits virtuels demeurent indéfiniment conservés. Qu'ils soient encore en ligne ou pas.

C'est ce qu'à brièvement exposé ce cher ami qu'est le webmestre du site de l'apa, lui-même spécialiste de l'observation des blogs depuis de nombreuses années.

> écouter l'émission


Commentaires
P
Ce qui me vient en te lisant, Coumarine, c'est que les blogs sont devenus trop "visibles" pour rester dans l'intime. Du temps des premiers journaux en ligne internet restait relativement confidentiel (ou du moins donnait cette impression). Aujourd'hui les blogs sont partout, et même dans les média. On trouve encore de l'intime dans des blogs discrets et peu commentés. Je crois aussi que les commentaires compliquent l'expression de l'intime davantage qu'ils ne l'encouragent. Et c'est bien normal, d'ailleurs. Ainsi le paradoxe de l'intimité exposée en public se résoud tout seul en disparaissant ou en ne pouvant se développer.<br /> <br /> Il y a aussi, probablement, le fait que l'expression de l'intime n'est pas une source régulière : c'est sur la durée que peut se créer le lien de confiance nécessaire. Il faut aussi une discrétion du lecteur, une patience. Quelque chose qui correspond peu à l'immédiateté du net et à ses exigences de régularité.<br /> <br /> On ne fait pas des confidences sous la "pression" du regard public (parfois on sent que le silence inquiète les lecteurs...). Les confidences demandent du temps.<br /> <br /> En outre, le fait d'être identifié (même par un pseudo) complique encore la nécessaire protection de soi propice à l'expression intime.<br /> <br /> Bref : l'intime doit rester "confidentiel", et disposer d'un "cadre" rassurant, même s'il supporte une relative exposition aux regards.<br /> <br /> Merci pour tes commentaires qui me permettent de préciser tout ça :o)
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C
actuellement beaucoup de blogs (dont le mien par exemple) sont des ESPACES PERSONNELS dans lesquels on parle de tout ce qui tient à coeur...y compris des ressentis<br /> Mais pas uniquement. Loin de là...<br /> Les sujets abordés dans ces espaces perso, parfois ne sont plus du tout de type journel intime...
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C
Je ne pense pas que je parlais de "secrets" mais de l'aspect typiquement intime des tout premiers blogs<br /> Ces blogs-là, s'ils se sont installés dans la durée ne sont plus strictement "intimistes"<br /> (Je te dirais que ce qu'on appelle les journaux intimes des écrivains qui le publient de leur vivant, ne sont pas non plus des écrits purement intimes ou intimistes)<br /> Il sont rares encore les blogs aujourd'hui qui ne sont que du type "journaux intimes"<br /> Dès qu'on parle d'un livre, d'un film, de l'actualité...on a quitté la sphère intimiste<br /> C'est là l'évolution des blogs actuels
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P
C'est vrai Coumarine : à la longue le côté intimiste finit souvent par s'atténuer. Mais pour moi l'intime n'est pas forcément secret. Je peux écrire un journal intime publiquement sans dévoiler la part d'intimité que je souhaite garder secrète. D'ailleurs, je ne ressens même pas le besoin d'écrire des secrets...<br /> En revanche je ne trouve pas vraiment une tonalité qui conviendrait à tous mes écrits. D'où une écriture spécifique pour différents espaces d'expression. Mais n'est-ce pas la perpétuation de l'intimité, qui consiste à ne montrer de soi que ce que l'on choisit ?
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C
Pierre<br /> Il y a de moins en moins de blogs de type vraiment "journal intime"<br /> Beaucoup de blogs sur le long terme ont commencé à parler de trente six choses qui n'ont plus rien à voir avec l'intime: actualité, débats de société, etc<br /> Finalement le VRAI journal intime, celui qu'on écrit pour mettre à jour ses ressentis du jour, s'écrit dans le secret d'un cahier caché dans un tiroir, ou sur un fichier secret du PC<br /> Tu es un des seuls que je connaisse qui soit resté quasi toujours dans la démarche de l'introspection<br /> Tous autant que nous sommes, surtout si le blog s'est installé dans la durée, avons perdu cet aspect intime dont tu parles<br /> (Moi je ne parle que de peu de moi...il y a mon cahier pour cela)<br /> Est-ce un bien, est-ce un mal...il n'y a pas de cote à donner à cette évolution...simplement la constater<br /> Un blog strictement intime ne s'ouvre que dans l'anonymat le plus absolu et ne dure que le temps nécessaire pour vider un abcès ou éclairer un bout de route<br /> dans ce cas...on ne cherche pas le lecteur...le but est d'écrire avant tout!
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P
Tu as raison de corriger, Samantdi. C'est très probablement moi qui ai mal retenu le propos radiophonique, car si ma culture littéraire est très lacunaire, je ne pense pas que ce soit le cas de ceux qui étaient interrogés ;o)
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S
"une pratique qui existait déjà au 19eme siècle avec des lettres destinées à circuler" : sans vouloir étaler ma science, je préciserai que bien avant le XIXème certaines lettres étaient destinées à circuler. Ainsi les célèbres Lettres de Madame de Sévigné étaient lues à la cour et dans les salons, on s'en régalait.<br /> <br /> (merci pour cet intéressant billet, Pierre!)
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