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Alter et ego (Carnet)
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17 octobre 2008

S'éloigner des relations compliquées

Puisqu'elle ne me lit pas... je m'autorise à parler d'elle sans vergogne. Sans malveillance non plus.

Ma collègue Artémis, puisqu'il s'agit d'elle, est revenue au travail pour trois jours. Elle s'était mise en congé immédiatement après que je lui ai manifesté, sans ménagement et devant notre responsable commun, qu'elle devenait insupportable. En fait elle était épuisée, s'efforçant de tenir au détriment de son attitude professionnelle et je crois qu'il était devenu nécessaire de lui montrer qu'elle dépassait des limites. Celles de ma patiente conciliance, en l'occurence. Au moins ma réaction lui aura permis de réagir...

Je redoutais son retour, n'ayant aucune envie d'être confronté à celle qui, depuis quelques mois, me fait payer cher le fait de n'avoir pas répondu à ses avances. Normalement le registre professionnel aurait dû rester distinct du relationnel, mais je crois que pour elle comme pour moi il y a eu une cassure qui rend difficile le partenariat que nous avions noué initialement.

« Quand on veut se mettre à distance de quelqu'un on cherche à le détruire, et comme on ne peut pas y parvenir, on se détruit soi-même ». Voilà à peu près les mots qu'elle m'a aimablement confié, de façon assez inattendue, juste avant de repartir pour deux semaines. Reconnaissant qu'avec moi elle avait eu une attitude inacceptable, elle a ainsi rompu le mur de silence qu'elle avait installé et que je me serais bien gardé de franchir sans y être autorisé. Me parlant de double personnalité, à la fois dure et s'en voulant de l'être, elle m'a dit qu'il lui était très compliqué d'être en relation avec moi. Sa lucidité et son humilité m'ont touché, effaçant les griefs que j'avais à son égard. L'écoutant sans rien dire, mais avec une attention manifeste, je l'ai finalement remerciée pour ces mots qui confirmaient bien ce que je ressentais : une grande froideur volontaire à mon encontre.

Pendant les jours qui avaient précédé je n'avais absolument pas cherché à parler avec elle. Les rares moments ou nous étions en présence, quelques mots échangés, sans conséquence, masquaient un silence qui, sans cela, aurait été trop apparent. Mais dans la mesure du possible je quittais systématiquement l'espace ou nous aurions pu nous trouver ensemble. Aussi froid qu'elle. Oui, je sais faire !

Ce n'est pas ma façon d'être mais j'ai appris à me protéger de qui pourrait me nuire. Il m'est déjà suffisamment difficile d'accepter que quelqu'un mette ostensiblement de la distance...

Je ne reconnais plus celle avec qui je discutais longuement l'hiver dernier. Celle qui, par deux fois, s'est blottie dans mes bras et qui disait sentir que nous avions « de grandes choses à vivre ensemble ». Celle qui se montrait tentée de... vivre avec moi ! Nos échanges se sont taris, de même que les signes de connivence. C'est une sorte de guerre froide qui s'est installée, silencieuse, entretenue par des remarques acides et désobligeantes.

Je me suis éloigné, de plus en plus. Jusqu'à ne plus du tout communiquer avec elle. Au début j'ai souffert de cette distance, que j'espérais voir ne pas durer. Et puis à la longue je m'y suis habitué. Pour moi Artémis n'est plus la même. Elle n'est plus vraiment là. Déjà partie, anticipant sur ce qui devrait se concrétiser dans quelques mois.

J'appréciais Artémis, tant pour ses compétences professionnelles que pour sa "différence" d'avec moi. Vive et attentive, tranchante et écoutante, excessive et sensible, ses contrastes me plaisaient. Il y avait entre nous une certaine fascination tant nous pouvions être différents et semblables à la fois. Contraires et complémentaires. Je pensais qu'on pouvait mutuellement continuer à s'enrichir.

Mais depuis plusieurs mois je vois que notre relation d'amitié, à peine née, n'existe plus. Je l'ai ressentie comme une séparation, bien que mon investissement sentimental n'aie pas eu le temps de s'ancrer trop profondément. Affecté et déstabilisé par cette impasse et les manifestations hostiles qui en ont découlé, je finis par accepter cet éloignement. Je le sais nécessaire pour elle, et probablement pour moi qui ne désire plus me situer plus dans un registre de "gentil" [faut plus me faire chier !]. En fait c'est avec elle que j'aurais pris davantage d'assurance avec cette nouvelle posture qui consiste à être particulièrement attentif à mes ressentis. Je connais mieux les limites de territoire que je dois préserver pour rester à peu près confortable.

Je crois qu'elle aura été ma première nouvelle expérience d'attachement, après... une notoire catastrophe relationnelle. Femme trop dure, au coeur trop tendre. Trop rigide pour être solide. Trop carapacée pour être accessible sans dommages. Trop compliquée pour moi, finalement. Je conserve néanmoins une affection et une tendresse à son égard, réconfortée par ces quelques mots qu'elle m'aura confié. Mots essentiels, reconnaissant le trouble que son attitude peut causer.

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Commentaires
P
C'est vrai Cabrita, je reste à distance prudente des femmes que je trouve "dures", parce que je sais que je peux souffrir de leur attitude. Cette distance peut-être assimilée à du désintérêt.<br /> <br /> Je crois que je ne me laisse approcher que lentement, parce que "trop" sensible. Cependant je crois avoir la capacité de rester ouvert et réceptif, même si je me suis senti blessé par maladresse ou "dureté". Cela fait partie de ma façon d'entrer en relation. Femmes pressées, passez votre chemin ;o)<br /> <br /> Pour ce qui est du comportement de ma collègue, certes il est nocif pour quelqu'un comme moi (mais je sais aussi m'en protéger), mais je sais que c'est une réaction destinée à masquer des failles. Je suis donc indulgent, et prompt à pardonner. <br /> J'aime bien l'image de ta dernière phrase.
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C
oups, j'étais en train d'écrire, pas vu ton deuxième post. <br /> Pardon, effectivement son comportement est nocif. Je m'identifiais à elle, mais je n'ai jamais eu ce comportement qui cherche à rabaisser. En cela je suis différente. <br /> Je la comprends pourtant. Elle se sent rejetée et toi tu dis ne pas la rejeté et ne souhaite pas qu'elle prenne de la distance. Elle est dans la situation où elle se brule la main et où elle doit garder la main sur feu.
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C
Justement tout est dans cette "sensation" de rejet. Toi tu la perçois comme " dure" donc tu te protèges Elle ressent cette protection comme du rejet. La relation peux difficilement se maintenir.<br /> <br /> Quand je dis des "hommes comme toi", je veux dire sensible, que l'on peut facilement blesser et parfois sans s'en apercevoir. Le genre d'homme que j'apprécie mais avec qui je ne sais communiquer car trop maladroite.
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P
Je poursuis...<br /> <br /> Cette histoire de « faire descendre l'homme de son piédestal » me semble intéressante. Culturellement le masculin est placé en position "dominante" et une femme qui veut "détruire" un homme cherchera à le rabaisser. C'est ce que j'ai senti de la part de ma collègue, qui critiquait ma façon de travailler et remettait en question mes compétences, ma personnalité. Jusqu'à dévaloriser certains éléments physiques que, assez unanimement, nombre de femmes apprécient chez moi. Cette discordance, unique, a attiré mon attention.<br /> <br /> Je me demande si un homme, se sentant rejeté, cherche à "détruire" une femme de la même façon. Je n'en ai pas l'impression, mais je manque de recul dans ce domaine. <br /> Un jour une femme a repoussé mes avances. Passé le moment de la blessure narcissique et de l'orgeuil atteint... nous sommes devenus amis ! Il en a été de même avec mon épouse, devenue amie après 23 ans de vie commune et un épisode douloureux de fort rejet de sa part.<br /> <br /> Les hommes deviendraient-ils plus aisément "amis" que les femmes ?
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P
Cette phrase, Charlotte, a été prononcée par ma collègue. Je l'ai intérprétée dans le même sens que toi. A ceci près que je n'ai pas été dans la mise à distance ni le rejet... même si je comprends parfaitement la *sensation* du rejet. Au contraire, j'aurais aimé que l'on consolide ce qui était possible entre nous : une amitié (voire davantage, si le temps était laissé à une évolution).<br /> <br /> Une fois de plus c'est une réaction en "tout ou rien, tout de suite", que je ne juge pas, qui fait capoter une relation qui aurait pu, selon moi, exister autrement. Ne peut-on voir amour et amitié autrement qu'exclusifs l'un de l'autre ?
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C
" Quand on veut se mettre à distance de quelqu'un on cherche à le détruire, et comme on ne peut pas y parvenir, on se détruit soi-même ».<br /> Cette phrase mise entre guillemets est de qui? d'elle ou de toi,<br /> Moi je vais la traduire pour moi:Quand un homme (à qui on tient) veut vous mettre à distance, on cherche, nous les femmes ,(enfin je parle pour moi) à le détruire ,au moins à le descendre de son piedestal( pour moins souffrir) et comme (ou plutôt "quand") on ne peut pas y parvenir on cherche à se détruire soi même ,ou plus justement on se détruit soi même.<br /> Une femme a autant de problème d'orgueil qu'un homme: elle ne supporte pas d'être rejetée.
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P
Cabrita, je ne sais pas ce que dans ton esprit signifie « des hommes comme toi », mais il se peut que tu puisses faire des analogies.<br /> <br /> Qu'attendais-je de cette femme ? Un esprit suffisamment ouvert pour poursuivre le partage de réflexions.<br /> <br /> Ce que j'appelle "dureté" c'est une exigence telle qu'elle finisse par rendre impossible la communication et aboutisse à un rejet. Cela dit la sensibilité que dissimule cette dureté équivaut à celle des "tendres" qui ne peuvent communiquer avec les "durs". Je ne critique pas les "durs", bien qu'ils me donnent du fil à retordre avec ma sensibilité.<br /> <br /> Je n'ai pas "rejeté" Artémis : je ne suis simplement pas allé dans le registre amoureux. Mais il n'était pas dans mon intention de couper notre relation d'amitié. C'est elle qui s'est mise à l'écart, cessant de me parler alors que nous nous cotoyons au quotidien. Elle m'avait d'ailleurs prévenu de cette distance qu'elle allait installer. Sauf que c'est devenu de plus en plus "dur", avec des attaques, de l'agressivité, et une fuite même pour les échanges les plus anodins. Artémis m'a "cherché", pour me faire réagir violemment, mais comme je ne l'ai pas suivi elle s'est désintéressée. Ce n'était pas mon registre. Je me suis adapté comme j'ai pu à cet éloignement. Peut-être aurais-je pu réagir autrement, mais je ne sais pas comment.<br /> <br /> Bien sûr que cette relation est importante et utile. Comme toute relation "forte". Elle m'a permis de mieux comprendre ce qui se joue dans certains liens. Mais effectivement elle était "impossible"... du simple fait qu'elle n'a pas duré. Je n'ai pas vraiment de regret : il s'est fait ce qui devait se faire entre nous. Il n'empêche que ça touche quelque chose de sensible.
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C
Je ne connais pas cette Artémis, je me trompe surement, je ne me fie qu'à mes propres relations avec des hommes comme toi. C'est curieux, qu'attendais tu d'Artémis? Tu dis qu'elle est dure, (tu la ressens comme dure, était ce vraiment de la dureté ou,ce que ton histoire à toi te fais ressentir, comme de la dureté) et pour cette raison tu l'a rejetée. Elle devait bien sentir ce rejet et en souffrir (d'ailleurs elle est devenue encore plus "dure" avec toi ). La distance, qui vous sépare, vient autant de toi que d'elle. <br /> Je crois hélas qu'une telle relation est importante car elle fait apparaitre à chacun ces manques, ces failles mais impossible car trop inconfortable et douloureuse. <br /> Merci pour tes écrit, j'aime bien te lire.
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P
En quelques lignes, Gicerilla, tu met en évidence plusieurs points qui me tiennent à coeur.<br /> D'abord il y a la réduction de ces postures dites "masculines" et "féminines", qui fait partie de ce que je signale à chaque fois que le systématisme est trop flagrant. Je suis homme, certes, mais je cherche aussi à donner place à ma part féminine. C'est pourquoi je bondis lorsque j'entends dire "les hommes" et que je ne m'y reconnais pas.<br /> <br /> Ensuite, pour ce qui est de verbaliser mes ressentis et émotions... hum... ça se complique. J'ai une certaine facilité à verbaliser (part "féminine", donc), mais je reste bien homme, et mes ressentis sont imprégnés de cette mâle part. Je m'entends donc régulièrement dire (par des femmes) que je suis "froid", "distant", "cérébral", "trop analytique". Mes analyses sont celles d'un homme, mes émotions aussi, donc pas forcément comprises par des femmes. Ma part féminine assumée attire des femmes ayant une part masculine assumée. En amitié ça se passe très bien, mais dès que des sentiments apparaissent ça devient un peu compliqué pour les deux. Enrichissants humainement, mais complexe sentimentalement.<br /> <br /> Bon... voir se répéter des situations, m'entendre dire les mêmes choses par différentes personnes a quand même quelque chose de perturbant : en étant attentif à mes ressentis, et les exprimant, il m'est parfois difficile de les voir... refusés (parce que pas compris). A la longue ça m'épuise. Ça m'atteint, ça m'affecte en profondeur. J'ai l'impression de ne pas trouver ma place, ni vraiment homme, ni, évidemment, femme. Je continue néanmoins ma quête, mais dans une certaine solitude affective. Non que je ne reçoive pas d'affection ni n'en donne, mais parce que l'inversion partielle des rôles culturels fait qu'il est difficile d'être en adéquation. J'invente donc mon chemin, un peu dans l'entre-deux. Ça me plaît, mais parfois c'est dur à vivre.<br /> <br /> Dur, surtout, de voir que j'entraîne dans ma recherche des femmes qui semblent souffrir en ne pouvant/voulant pas me me suivre. Je suis épuisé de voir que ma façon d'être fait souffrir, alors qu'elle correspond à une recherche de moindre sensibilité affective de ma part.<br /> <br /> Ouais, les encouragements sont nécessaires ;o)
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G
Texte d'une nudité et d'une lucidité étonnantes de la part d'un homme. Non pas qu'un homme n'en soit habituellement pas capable, non. Simplement l'homme "verbalise" rarement avec cette clarté car l'homme souvent aussi ne cherche pas à s'analyser, ni lui et ses réactions et ses sentiments et la mesure dans laquelle ils peuvent l'affecter. Juste envie de dire : c'est encourageant !
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