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Alter et ego (Carnet)
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16 août 2011

Question de regard

Six heures, ce matin. Le radio-réveil me sort de mon sommeil. Sans écouter les infos je me lève, tranquillement. Par la fenêtre je vois un épais brouillard, surprenant en cette saison. Dans la cuisine, pendant que je me prépare je ne mets pas la radio. L'esprit frais et serein je n'ai pas envie d'entendre la litanie matinale des nouvelles, trop souvent anxiogènes ou ineptes.

De temps en temps j'ai des périodes où je me coupe de la sinistrose médiatique, préférant ajuster mon état intérieur à ce que mon environnement me propose plutôt qu'aux pulsations névrotiques du monde.

Durant mon trajet vers le travail je ne mets pas l'auto-radio, mais de la musique qui me plaît. En arrivant dans la vallée le brouillard s'effiloche, puis se déchire, laissant apparaître un soleil radieux. La journée s'annonce belle. Circulation fluide, c'est parfait.

Après le week-end prolongé j'arrive au boulot en pleine forme. Je passe la porte et retrouve ma collègue qui est en train de préparer deux cafés. Jusque là tout va bien.

- Je ne te demande pas comment ça va, gromelle t-elle en me tendant une tasse, je connais la réponse.

J'éclate de rire, en lui disant que j'étais presque sûr qu'elle me dirait quelque chose dans ce genre. Pratiquement chaque matin c'est la même chose : j'arrive en souriant et je la trouve en train de grogner. Et à chaque fois qu'elle me pose la question je lui réponds invariablement que je vais très bien.

Ça l'agace. D'autant plus qu'elle est dans un état opposé. Pour ça qu'elle ne me demande pas. Elle, elle ne va jamais bien. Son travail l'énerve, le trajet pour venir est trop long, les gens l'insupportent, elle est seule chez elle et la solitude lui fait broyer du noir... et elle s'en veut de ne rien changer à tout ça. Les symptômes se sont aggravés depuis que j'ai pris de nouvelles fonctions : cette évolution lui renvoie son immobilisme à la figure...

Après avoir rouspété contre d'infimes changements de dernière minute elle est partie travailler en maugréant. Mes autres collègues la laissent s'agiter, se contentant d'un regard en coin ou d'un haussement de sourcils.

Cette râleuse notoire peut être assez pénible quand elle est mal lunée. Si je ne connaissais pas son mal-être intérieur, si je n'avais pas de l'affection pour elle, je la trouverais même vraiment chiante ! Pendant longtemps j'ai tenté d'adoucir son mécontentement en lui montrant des aspects positifs à son travail, mais ça ne servait à rien. Elle finissait par retourner sa hargne contre moi, jusqu'à devenir agressive. Ça me pourrissait ma journée. Maintenant je la laisse gesticuler dans ses colères dérisoires, me mets de côté, et garde mon énergie pour des actions plus utiles.

Elle sait qu'elle pourra revenir vers l'écoute que je lui offre, une fois calmée. À cette condition.

Je prends garde à ne pas me laisser contaminer par la morosité de ma collègue, tout comme j'essaie de me préserver de la rumeur triste d'un monde qui ne l'est que si on le voit comme ça. La joie de vivre est souvent une question de regard.

Commentaires
C
Mais dans ce cas agir pour leur bien n'est-ce pas de les aider à vouloir ce sentir bien?
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Y
Encore faut-il que la personne en question se sente le droit d'être "bien" avant même de pouvoir viser cet objectif, et ce n'est pas le cas de tout le monde me semble-t-il.
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C
Bien sûr, quand je parle de bien, c'est dans le respect de la liberté individuelle de chacun, et loin de moi l'idée d'endosser le rôle de l'inquisiteur qui inculque son idée du bien sur les bûchers... De toute évidence, je ne m'en sens pas le droit puisque je ne pense pas connaître le "bien universel".<br /> Par contre, comme dit Lukéria, il me semble effectivement que pour respecter le droit de chacun, il est impératif de s'attacher en premier lieu à connaître ce droit. Et ce sans apposer sur les autres ce que l'on estime être leur droit parce que c'est ce que l'on veut pour nous (mauvaise interprétation selon moi de "agir envers les autres comme l'on aimerait que l'on agisse envers soi"). <br /> Je pense d'ailleurs que connaître et respecter le droit d'autrui c'est le fond du travail...
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J
Un vrai bonheur de lire vos échanges qui à mes yeux sont remplis de bon sens et de tolérance. Rien à rajouter mais sachez tout simplement que ça me fait du bien de vous lire (peut-être parce que vous savez mieux que moi exprimer ce que vous ressentez et que j'adhère entièrement à vos propos sur le bien-être de soi et celui de l'autre,sur le bien et le mal...)MERCI!et bonne journée à vous tous.
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P
> Cantabile, « tendre vers » est une notion que j'affectionne. Tenter d'atteindre un objectif, tout en sachant qu'on pourra s'en approcher sans forcément l'atteindre.<br /> <br /> Pour ce qui est du « bien universel » on peut effectivement se dire que quelques grand principes sont quasi universellement admis. Les humains s'emploient à les préciser, plus ou moins librement, depuis qu'ils ont commencé à se socialiser. Mais comme le dit Lukéria, la notion de "bien" quand elle touche à l'individu, par rapport à sa propre existence, ses choix... alors là il devient extrêmement hasardeux de s'y immiscer. Par contre chercher à accompagner l'autre dans la recherche de ce qui est bien pour lui (selon lui) est un exercice passionnant, qui demande beaucoup d'humilité.<br /> <br /> Il me revient là une phrase entendue sur France Culture il y a quelques jours, à propos de l'intervention étasunienne en Afghanistan (« pour le bien des Afghans »). Un des intervenants, afghan, citait un proverbe de son pays : « De quel droit viens-tu m'aider ? ». Oui, qui sait ce qui est "bon" (bien) pour l'autre ?<br /> <br /> > Lukéria, je n'ai rien à ajouter :-)<br /> <br /> Ta dernière phrase correspond à ce qui est devenu ma ligne de conduite.
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L
Je crois que l'on ne peut pas juger de ce qui est bien pour une personne, déjà parce que c'est une atteinte à sa liberté, qui est quand même fondamentale. <br /> <br /> Ce qui est bien pour l'un ne le sera pas pour l'autre, chaque individu fonctionne différemment. Ce qui me semble le plus important, c'est d'apprendre à se connaître pour savoir ce qui est bien pour soi. Certains se sentent bien dans un excès de travail, en étant satisfaits d'avoir une vie bien remplie. D'autres vont se sentir bien, au contraire, dans ce que certains appelleront l'oisiveté, mais qui n'est qu'une recherche de sérénité.<br /> <br /> Le bien, pour moi, est très personnel et ne peut venir que de la connaissance de soi, que l'on acquiert avec le temps à travers toutes nos expériences de vie. Cela nécessite de se poser ces questions : est-ce que je me sens bien ou pourquoi je ne me sens pas bien et que puis-je changer dans ma vie pour enfin me sentir bien.
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C
Tu as raison, je caricature quand je parle de pure humanité: je pense en effet que dans ce cas-là, l'égo est absent, mais je pense aussi que la perfection n'est pas de ce monde, donc que je n'en suis pas capable. J'essaie de tendre vers cela...<br /> Quant au bien ou au bien-être, je pense que je parlais plutôt du bien. En effet, parfois ce n'et pas rendre service à quelqu'un de le laisser s'enfoncer dans une erreur, même si c'est inconfortable pour lui de se le voir faire remarquer! Donc le bien-être... plutôt un critère secondaire.<br /> Mais effectivement, tu poses la bonne question: qui est-ce qui décide ce qui est bien? Eh bien moi, toi, chacun... Il y a autant de définitions du bien qu'il y a de gens. Mais de même que des travaux cherchent à trouver des règles de droit universelles (cf Mireille Delmas-Marty) j'ai l'intime conviction qu'il existe une notion de bien universelle... Et que le sens de notre vie ne doit pas être très éloigné de tendre vers ce bien et pour cela, tenter de le définir (pour ma part par une méthode scientifique d'essais-erreurs, hypothèses-expériences)...<br /> Une fois encore, cela me paraît compliqué, de part notre faiblesse devant nos besoins, pulsions, envies... Mais outre l'intention comme je le disais plus haut, l'effort compte également!
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P
Cantabile, effectivement la question de l'aide est assez délicate. Pas toujours simple de savoir pour qui on le fait...<br /> <br /> Pas sûr du tout que l'égo soit absent des actes de « pure humanité » (ça existe, ça ?) ! Quand à vouloir « le bien » de l'autre... qui décide de ce qui est bien ? Mais je suppose que tu voulais parler de leur bien-être (sensation).<br /> <br /> Cela dit tu as raison : c'est bien l'autre qui doit être au sens de la démarche, et pas soi. Mais il importe d'avoir quand même une attention à soi, pour savoir si on se sent suffisamment solide pour "accompagner" l'autre pendant qu'il se débat avec ses difficultés.
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C
Pour être régulièrement en rapport avec ce genre de personnes, au demeurant, comme tout le monde, je me suis posé la question suivante: parfois, elles réagissent bien à mes tentatives de les dérider, parfois mal, parfois pas... Pourquoi?<br /> La première réponse qui m'est venue et qui n'est certainement pas tout à fait fausse est que ça dépend de ce qu'elles attendent de moi: si elles ne cherchent pas de réconfort, mais juste une confirmation de leur plainte, il est difficile de les aider à sortir de la spirale.<br /> Mais j'ai remarqué également que cela dépendait de moi, de mon état intérieur, de mon intention (c'est l'intention qui compte!): en gros, mes tentatives de dérider les gens se soldent par des échecs quand derrière cette action, il y a une flatterie de mon propre égo : "moi je suis capable de changer l'humeur des gens". Par contre, j'ai le sentiment d'être beaucoup plus utile quand je les aide par pure humanité, par compassion...<br /> Et j'ai vu assez clairement changer mon effet sur certaines personnes après m'être autosuggestionné à ne vouloir que leur bien...
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P
Nicole, j'aime bien ta représentation imagée de ce que pourrait être l'amitié, surtout en faisant des analogies avec les arbres ;-)<br /> <br /> Tout cela demande du discernement : quand "soutenir", et jusqu'où ? Quand "laisser vivre " ? Tout est bien sûr question de feeling, d'observation, d'écoute... et ça n'empêche pas de se tromper.
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