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Alter et ego (Carnet)
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9 février 2014

Solide et sensible

Ces derniers temps j'ai exposé ici, à travers différents billets, les postures professionnelles auxquelles je suis confronté : d'une part je suis celui qui conduit une activité en tant que "chef", d'autre part celui qui se trouve en difficulté pour tenir cette position. Je suis à la fois celui sur lequel on s'appuie, devant donc faire preuve d'une certaine assurance, capable de faire respecter un cadre de travail... et celui qui se sent démuni et vient demander de l'aide.

Dans les deux cas il est préférable que je montre ma solidité, gage de fiabilité. Sauf qu'à l'intérieur les doutes me traversent, des craintes peuvent intérférer, et mes névroses personnelles me déstabiliser. Me retrouver devant une personne détentrice d'autorité, par exemple, me renvoie directement vers des traumatismes d'enfance. Je sais qu'à ces moments-là c'est une figure paternelle qui s'incarne : extrêmement exigeante, dure, prête à me punir d'avoir mal agi ou mal compris. J'ai beau savoir que tout cela ne correspond plus à ma réalité d'adulte, il n'y a rien à faire, les souvenirs traumatiques sont là, à peine dissimulés sous la surface. Aller au devant d'une personne que je perçois comme "supérieure" (dominante) me demande de rassembler mes forces et beaucoup d'énergie, de l'audace, voire une certaine colère pour pouvoir exposer ce qui m'est vraiment insupportable. Voilà pourquoi il m'a fallu deux ans pour oser dire franchement le fond de ma pensée à "Mr n+2" : je n'en pouvais plus.

Dans un tout autre domaine je viens d'être confronté au même contraste solide/sensible.
Mon ex-épouse m'a récemment déclaré qu'elle apprécierait que je lui téléphone de temps en temps, histoire d'échanger des nouvelles. Elle-même ne le faisant presque plus, face à mon absence d'initiatives, nos contacts sont devenus très espacés et essentiellement fonctionnels. Sa demande m'a travaillé, parce qu'elle allait dans le même sens que celle de mes enfants, il y a quelques mois. Et d'autres personnes m'ont déjà formulé ce grief. Effectivement je ne suis pas quelqu'un qui manifeste mon intérêt ou mon attachement. J'ai déjà écrit sur ce sujet à plusieurs reprises.

Hier, alors qu'encore une fois c'est elle qui me téléphonait, je lui ai dit que j'avais bien entendu sa demande et que je cogitais en ce sens. Que l'absence de manifestation n'était en rien un signe de désintérêt ou d'indifférence, mais résultait d'un mécanisme de protection. Nous avons longuement parlé et je lui ai expliqué que j'avais tout à fait conscience de ce que les apparences pouvaient laisser croire mais que j'avais appris à ne plus rien attendre de quiconque. Donc à pouvoir me passer de contacts. C'est comme si j'avais intégré la présence des personnes que j'aime. Je sais que ce fonctionnement peut leur poser problème mais, pour le moment, c'est ce que j'ai trouvé de mieux pour être heureux : me sentir autonome, ne dépendant de personne en particulier, tout en restant avide de partages. J'accueille donc avec plaisir les contacts, d'où qu'ils viennent, mais ne sollicite pas. Ou rarement.

Ça m'irait très bien comme ça [quoique...] si ça ne donnait pas une apparence de détachement qui peut perturber, ce que je conçois parfaitement. Alors comme je l'avais fait avec mes enfants l'an dernier, un peu ému j'ai confirmé à mon ex-épouse que je restais fortement lié à elle, n'étais absolument pas indifférent et qu'elle demeurait quelqu'un de très important dans ma vie. Sauf que c'est en sommeil. Contrairement à ce que les apparences laissent voir, je suis fondamentalement du genre très fidèle dans mes attachements. Elle a semblée rassurée et m'a remercié pour ces paroles. Et puisqu'il y a longtemps [plusieurs années...] que j'envisageais de lui proposer de passer un moment ensemble afin d'évoquer tout cela, j'ai profité de ce dialogue approfondi pour lui formuler. Elle en a semblée heureuse et a accepté. Ça m'a vraiment fait plaisir, et soulagé :)

Je redoutais qu'elle repousse mon initiative...

Je sais, et bien des lectrices de ce blog me l'ont déja signifié, que le système de protection que j'ai mis en place après avoir été doublement quitté paraît surdimentionné. Dans l'absolu il l'est, évidemment, mais si cette solution s'est imposée à moi c'est parce que c'était la meilleure après le choc qui a bouleversé mon rapport à l'affectif, lui-même mal établi dans mon enfance. J'ai dit à mon ex-femme, comme je le répète à chaque fois qu'on s'inquiète de mon épanouissement, que ce système me permettait de vivre heureux. Ceux qui me connaissent de près constatent cet état de bien-être intérieur, j'en suis certain, parce qu'on ne triche pas durablement avec ça. Mais si je le suis c'est bien parce que je me protège ! Du moins... dans ma vie personnelle. C'est moins vrai dans le domaine professionnel.

Le parallèle que je fais entre le plan professionnel et le plan affectif provient du fait que dans les deux contextes je suis à la fois solide et sensible. Fort et vulnérable. On peut compter sur moi en termes d'engagement, mais j'ai besoin de me sentir dans un environnement favorable et confiant. Si je ne trouve pas cet environnement j'entre en état de vigilance, me protège, me recentre sur mon besoin d'équilibre intérieur. Et là je ne peux plus offrir grand chose... 

Ma solidité ne s'installe que là où les fragilités d'enfance ont cèdé leur place à la maturité.

 

Commentaires
A
La fragilité est le caviar du fort.... !<br /> <br /> <br /> <br /> (citation perso et spontanée....)
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Y
Jean-Claude Carrière dans son livre sur la Fragilité écrit : "la solidité connaît ses faiblesses, la fragilité les écarte" <br /> <br /> <br /> <br /> Ma lecture du moment, en plein dans le sujet de ton billet : http://www.amazon.fr/Fragilit%C3%A9-Jean-Claude-Carriere/dp/2738120156
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C
Une question existentielle me saisit en arrivant chez toi. Par quel tour de passe passe du destin, par quelle magie maléfique, quel sortilège puissant ai-je pu passer a côté de ce billet?<br /> <br /> D'autant que, quand même, le titre m'interpelle grave. Solide et sensible, ben c'est tout moi ça, hein, cher Pierre. J'ai encore envie de dire Celestine sors de ce corps, mais il faut que je me renouvelle. Force et faiblesse, main de fer gant de velours, je vis ça au quotidien. J'ai appris à apprivoiser mes contradictions mais ce n'est pas facile...<br /> <br /> <br /> <br /> @ AlainX j'ai retrouvé en lisant ton commentaire le même sentiment qu'en lisant ton livre. Un profond sentiment de révolte, et l'envie de consoler l'enfant qui est en toi. Un vieux réflexe de mère aimante, sans doute. <br /> <br /> <br /> <br /> @ Anne bonne nouvelle, les protections s'effritent...<br /> <br /> Je plaisante, Pierre!
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C
J'aime bien le double sens de ta phrase « la personnalité profonde (...) ne peut pas être "atteinte" ». Atteinte au sens de "touchée" ou atteinte au sens de "accessible" ? Il me plaît de croire que les deux sens peuvent coexister :)<br /> <br /> <br /> <br /> Je te remercie de me dire ce que tu perçois de mon changement intérieur par rapport aux "protections". Je crois qu'elle s'effritent peu à peu... parce que je le souhaite et agis en ce sens. A mon rythme...<br /> <br /> <br /> <br /> Pour ce qui est des parents, mon père aussi, hélas, punissait. Et contrairement à ta mère... mon père m'a très tôt montré qu'il était le plus fort si je lui résistais (quitte à m'affamer). Mon frère, qui a adopté une autre stratégie (un peu comme la tienne), s'est pris des roustes à n'en plus finir. Je ne sais pas si ça lui a réussi, dans son intériorité profonde, mais il a toujours été frondeur et continue de l'être. Tiens, il serait intéressant que je lui demande si lui aussi a du mal à se positionner face à l'autorité...<br /> <br /> <br /> <br /> Merci de ce dont tu témoignes, Alain.
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A
" je suis à la fois solide et sensible. Fort et vulnérable." (...) Ma solidité ne s'installe que là où les fragilités d'enfance ont cèdé leur place à la maturité."<br /> <br /> <br /> <br /> J'aime bien reprendre ces deux phrases de la fin de ton texte. Parce que je pense que c'est tout à fait cela la maturité, l'être adulte.<br /> <br /> Les fragilités n'empêchent pas l'existence de la personnalité profonde qui, en tant que telle, ne peut pas être « atteinte ». C'est bien pour la préserver que nous avons construit tout un système de protection.<br /> <br /> il ne faut pas rater une occasion de faire tomber un morceau de ce mur de protection appelé à disparaître. C'est nécessaire à une vie relationnelle satisfaisante et ouverte. Et je trouve qu'il y a beaucoup de changements positifs en toi par rapport à tout ça.<br /> <br /> <br /> <br /> J'ai eu une mère qui ressemblait… À ton père… : "extrêmement exigeante, dure, prête à me punir d'avoir mal agi ou mal compris" (sauf que moi, elle punissait...)<br /> <br /> Or, je n'ai jamais eu vraiment de problèmes avec "l'autorité supérieure", je veux dire que je ne la crains pas. Ça m'a d'ailleurs valu des démêlés d'avoir "osé dire"...<br /> <br /> Il me semble que cela viens du fait que je me suis toujours opposé à ma mère, résistant à ses dictats et transgressant sans cesse... un sale gosse quoi !<br /> <br /> A titre d'exemple :<br /> <br /> - A genoux, baisse les yeux, demande pardon".... (pour des broutilles et des conneries....) et moi je la regardais droit dans les yeux.... Paf ! une gifle ! Je ne baissais pas le regard, restant muet....<br /> <br /> A la 3° gifle elle abandonnait..... elle n'était pas la plus forte !<br /> <br /> Ça a du me "sauver" quelque part....
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A
« je ne suis pas quelqu'un qui manifeste mon intérêt ou mon attachement »<br /> <br /> <br /> <br /> Je sais que c'est d'abord une protection... mais je crois que c'est devenu un fonctionnement chez toi. Ca t'es devenu naturel.<br /> <br /> C'est vrai que c'est dur à vivre quand on est en face et qu'on cherche le moindre signe qui pourrait montrer que tu as (ou non) des sentiments. Je crois qu'il est très dur de s'attacher (ou de rester attaché) à quelqu'un qui ne montre rien. C'est ce qui m'a fait fuir... je me sentais seule.<br /> <br /> Je ne peux qu'admirer la solidité ou la motivation de ceux qui restent près de toi... ;-))<br /> <br /> (Ce n'est pas amer du tout...)<br /> <br /> Bises
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M
Bonjour Pierre. Me revoilà sur la toile après une absence de 5 semaines pour cause de rééducation. Ton billet me touche énormément car il me renvoie à mes propres forces et fragilités. Comme toi, j'ai beaucoup de mal à entretenir les liens d'amitié même s'il s'agit de personnes envers lesquelles j'ai de l'affection. J'adore quand elles m'envoient mails ou me téléphonent et n'en prends que rarement l'initiative à leur grand dam. Ainsi des amitiés se sont-elles estompées. Je crois en connaître les racines : une mère autoritaire qui étouffait mes propres désirs pour m'imposer les siens. Aujourd'hui je suis totalement réfractaire et depuis l'âge adulte à tout ce qui s'apparente à une obligation, une restriction de ma liberté.<br /> <br /> Envers mes supérieurs hiérarchiques, je ressentais ce besoin d'indépendance et d'autonomie, réfractaire que j'étais aux ordres de tout poil. Heureusement, ma fonction m'a permis de pouvoir naviguer sans problème dans une hiérarchie qui s'est faite légère la plupart du temps. <br /> <br /> Je n'irai pas plus loin dans ma propre analyse car je suis ici chez toi mais je me reconnais aussi dans l'exemple que tu cites par rapport à ton ex.femme. Vois combien ton initiative de rencontre a été couronnée de succès. Tu as lâché prise et tout s'est bien passé. Il me semble que s'abandonner au sens d' Alexandre Jollien est bien aidant dans sa relation aux autres, trop souvent parasitée par ses propres turbulences intérieures, héritées de l'enfance. Merci pour ton billet éclairant. Je t'embrasse Pierre.
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C
Bonsoir Maty du Québec :)<br /> <br /> Je me souviens de tes mots lors de mon voyage là-bas, l'automne dernier.<br /> <br /> <br /> <br /> Comme toi je pense que d'accepter ce "handicap" du traumatisme c'est déjà en réduire la portée. Et en tout cas ne pas se laisser bloquer par lui. Tant pis si c'est un peu difficile... <br /> <br /> J'aime bien ce que tu dis : « ce traumatisme est profondément ancré en moi mais il n'est pas moi ».
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M
"Me retrouver devant une personne détentrice d'autorité, par exemple, me renvoie directement vers des traumatismes d'enfance"<br /> <br /> Il n'est pas facile de dépasser ce ressenti... <br /> <br /> Avec les années, en étant souvent confronté à l'autorité j'ai acquis une façon de mieux me contrôler mais ça ne fonctionne pas toujours. Souvent je me retrouve prise dans une souricière et je perds tous mes moyens. <br /> <br /> Mais je pense que le plus grand chemin que j'ai fait c'est d'accepter que c'est comme ça, que ça ne m'enlève pas ma valeur même si je perds la face. <br /> <br /> Cette acceptation je peux dire que c'est cela qui me fait le plus grand bien car ce traumatisme est profondément ancré en moi mais il n'est pas moi comme tous les autres difficultés personnelles que je vis d'ailleurs. <br /> <br /> J'aime beaucoup ce que tu racontes c'est simple, clair et aidant. <br /> <br /> Du Québec, car je sais que tu aimes, Maty
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C
Quel beau message Pierre, quelle belle manière de se dire les choses, de se dire !<br /> <br /> Je me demande si nous ne sommes pas tous un peu cela : ce "mélange" ou plutôt cette alternance de force et de faiblesse, tant dans la vie personnelle que professionnelle.<br /> <br /> Quant aux systèmes de défense que nous mettons en place, si nous leur faisons appel c'est qu'ils font sens pour nous, surdimensionnés ou pas.
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