Cavalcade
Après avoir débité les branches du jeune chêne que je venais d'abattre je me suis assis sur sa souche fraîchement coupée. Un petit moment de repos et de contemplation parmi les arbres qui m'entouraient. Écoutant les mésanges envoyer leurs trilles, rêvassant devant le spectacle de la nature en éveil, humant les fragrances forestières, je profitais des dernières douceurs d'une belle journée printanière. Au dessus de moi se succédaient les petits claquements secs que font les pommes de pin, en cette saison, lorsque leurs écailles s'ouvrent pour laisser tomber leurs graines...
Tout à coup, derrière moi, le bruit d'une cavalcade me surprend. À peine ai-je le temps d'établir des hypothèses sur son origine que je vois débouler un chevreuil qui passe à quelques mètres de moi et saute au dessus du tas de branches que j'avais entreposées au milieu d'un passage. Au même instant un second chevreuil qui coursait le premier, s'arrête net devant le tas de branche et bifurque vers moi. Sentant probablement ma présence, bien que je sois totalement immobile, je le vois s'arrêter à moins de deux mètres. Je pourrais presque le toucher. Il me regarde, hésite, flaire probablement quelque chose qui le met en alerte. Moi je ne bouge pas un cil, n'ai pas le moindre mouvement de pupille. Une statue. Notre immobilisme dure quelques secondes. Son souffle est haletant, après sa course folle, et je vois sa truffe humide, son oeil noir qui scrute dans ma direction, comme s'il cherchait à identifier cette forme incongrue. C'est un jeune mâle. Et puis il fait demi-tour, sans précipitation mais aux aguets, me contourne et s'éloigne. Lorsqu'il est à une vingtaine de mètres je me retourne et l'animal réalise alors que ce qui l'avait intrigué était bien quelque chose de vivant. Il se met alors à faire des bonds tout en aboyant, fuyant cette présence dont il ne tolère jamais la proximité.
Une autre année, appoximativement à la même date et au même endroit.
