Prendre du recul
Avertissement : texte long et probablement indigeste. Il s’inscrit dans un parcours de conscience, décortique une pensée en mouvement. Rédigé il y a plus d’un mois, il a simplement été actualisé avant publication.
Après un mois de report, pour cause de préoccupations planétaires, je reviens au niveau microscopique et dérisoire de l’infime. Mon petit moi. Une phrase récalcitrante était restée en suspens le 25 juin, puis de nouveau le 10 juillet : « Je tente d’écrire, aussi, mais c’est plus compliqué ».
Un petit retour en arrière s’impose, si toutefois cela peut intéresser d'autres que mon petit moi.
Au début du mois de juin j’ai tenté d’écrire différemment : rédiger bref ; ouvrir mes textes à des thèmes divers qui ne seraient pas egocentrés ; écrire du joli saupoudré d’un peu de poésie. Sortir du registre habituel, quoi. Comme si je voulais m'assurer que j'en suis toujours capable. Et aussi pour faire diversion, parce qu’il m'insupportait que tant de "moi-je" s'étale sans vergogne.
Oui, je le sais maintenant, à ce moment-là j'ai fait diversion à plusieurs reprises, peu après avoir constaté que mon écriture était devenue hésitante et laborieuse. Un signe flagrant indiquant que quelque chose cherchait à se dire. Or ce blog existe précisément pour cela : voir émerger ce que je ne sais pas avoir en moi.
Le 18 mai, dans "La sensation de solitude", j'introduisais ainsi mon propos : « Finaliser les derniers paragraphes de mon précédent billet m’a donné du fil à retordre. Il m’a été difficile de trouver les mots justes, au plus près de ce que je cherchais à signifier [ou qui cherchait à se dire ?], qui restait flou dans mon élaboration mentale ». Le billet précédent avait abordé la question de ma vie en solitaire et de l’éventualité d’un désir de rencontre. Un sujet aussi futile qu’essentiel, selon le point de vue.
Le 29 mai, je publiais une suite, "Faire le point", en ajoutant ce post-scriptum : Les bases de ce texte ont été rédigées le 19 mai, retouchées, amendées et retravaillées jusqu'à la date de publication. Dix jours de maturation et de peaufinage, donc. C'était inhabituel. Dans l’ultime phrase, longuement soupesée, je lâchais, mon "scoop" : « Je ressens une attirance envers une femme ». Le lecteur n'imagine sans doute pas combien ces quelques mots - totalement anodins au demeurant - étaient porteurs d'enjeu pour son rédacteur, vantant depuis des années les bienfaits d’une solitude choisie [remarquez ici les circonlocutions du scripteur pour éviter le "je"]. L'effet de suspens était censé éveiller la curiosité, promettant implicitement une suite.
Celle-ci fut rédigée le lendemain, agrémentée de façon à être réjouissante à lire pour le lectorat un peu au fait de mon récit de vie. Elle n’était plus qu’à un clic de la publication… et là j’ai bloqué. Tel quel, mon récit était trop engageant, donnait trop d’indices. Je n’assumais pas de le livrer ainsi, mentionnant publiquement une personne - alias Jade - qui, quoique non identifiable, ignorait que je m’apprêtais à divulguer avec autant de désinvolture des éléments la concernant. Il aurait fallu qu’auparavant j’obtienne son consentement… ce que, au vu des circonstances, il m’était impossible de demander. J’en ai conclu que je n’avais d’autre choix que de gommer nombre d’éléments trop précis et effacer le contexte qui, certes, aurait donné du pétillant au récit, mais en me mettant en position irrespectueuse par rapport à sa personne et la confiance qu’elle m’accorde. Alors, bien sûr, j’aurais aussi pu escamoter ce texte, et tant pis pour la révélation laissée en suspens. J’ai préféré opter pour la demi-mesure, non sans frustration. Car ainsi raboté, aseptisé, banalisé, mon texte devint particulièrement plat. Mon « scoop », privé de saveur, en perdit tout attrait. Chplof !
Une non-idylle
À ce trouble est venu s’ajouter un second élément : quelques lectrices s’étaient déjà réjouies, via les commentaires, de ce que pouvait augurer ladite « attirance ». Or le texte préparé n’allait pas dans le sens d’une émoustillante idylle à venir. Ce que j’envisageais n’en prenait pas la tournure, pour moult raisons que je n’énumèrerai pas. Dès lors je me suis senti mal à l’aise, gêné d’avoir suscité un plaisir relativement enthousiaste [tel que je l’ai perçu] chez mes lectrices alors que je savais, de façon quasi certaine, que mon attirance allait devoir être sublimée en ce que j’ai décrit comme « une relation de confiance/confidence ».
J’ai donc revu mon texte, le modifiant à plusieurs reprises en approfondissant ma réflexion. Ce faisant, j’ai réussi à cerner la part fantasmatique de cette attirance. Celle-ci se fonde en partie sur mon imaginaire relationnel. Ainsi j’ai pu préciser ce que j’appelle « fantasme de rapprochement », qui correspond à des attentes relativement circonscrites, quoiqu’encore un peu floues. Tout cela était en latence dans mon esprit, inopinément extrait de sa torpeur sentimentale. De ce fait, l’assemblage des idées a été assez fluide. Mon texte initial s’est donc trouvé notablement allongé par l’incorporation de pistes explicatives, que je savais cependant incomplètes et nécessitant une élaboration complémentaire.
Lorsque j’ai publié le texte, intitulé Attirance, je n’étais pas très à l’aise. Un seul commentaire a suivi : « Waouh, quel texte ! Intimiste et presque intimidant, je me sens un peu voyeuriste en te lisant »
Voyeuriste ? Me dévoilerais-je dans l'excès ? Ce à quoi j’ai répondu : « Texte intime, c'est vrai, très personnel et presque impudique. Aux limites de ce que je peux exprimer sur ce blog. Douze jours d'ajouts, suppressions et retouches entre le premier jet et la publication, quand même ;) »
Le trop dit
En fait je m’étais mis en déséquilibre. J’ai « trop » livré [ou imposé ?] de mes réflexions intimes. Je me suis surexposé (cf. mon texte "Surexposition intime"). Après quelques jours dans cette position inconfortable, intenable à long terme, hop, j’ai digressé. J’ai changé de sujet… et donc fait diversion.
Célestine l’a bien senti, mettant en évidence, dans un commentaire, la digression. Toutefois ladite digression n’était que conjoncturelle, davantage pour rattraper/marquer quelque chose de gênant que nouvelle orientation de la tonalité de mes écrits.
Quoique…
Est-ce que la situation n’indiquait pas, avec insistance, une opportunité de changement ? L’emploi d’un terme sensiblement équivalent (digression/diversion) dans ma réflexion et dans le commentaire de Célestine m’interrogea. Ne deviendrait-il pas nécessaire de changer quelque chose dans mon rapport à l’écriture publique ?
Anecdotiquement j’ai remarqué que le long et intimiste "Attirance" n’a suscité qu’un seul commentaire, tandis que le très bref "Tableau vivant", joliment poétique, avait inspiré cinq commentatrices. Que puis-je en déduire ? Que le bref et léger plait davantage que le long et rébarbatif ? Sans doute. Mais ai-je envie de recevoir des commentaires agréables davantage que de poursuivre mon chemin de conscience ? Non. Chercher à plaire au lectorat plutôt que d'entretenir la fonction d'échange, stimulante et nourricière, du blog ? Non plus. Alors m’abstraire de l’attente latente de commentaires ? Probablement…
Peut-être revenir aux origines : l'écriture ouverte à la lecture mais sans possibilité de commenter en public ? Ou dissocier les espaces d'écriture ? Vieux serpent de mer de mes interrogations...
Comme pour contrebalancer mes hésitations, dernièrement, les quelques textes que j’ai rédigés par rapport aux impasses humano-planétaires ont induit pas mal de commentaires, parfois fort développés. Il est apparu avec évidence que l’espace dédié était inadapté pour des échanges de type conversationnel. Dès lors s’est ravivée la question du changement de plateforme. Voilà déjà pas mal de temps que je m’interroge sur l’éventuelle ouverture d’un nouvel espace d’écriture. Mais pour servir quel objectif ? Avec quelles attentes et quels souhaits ? Changer d’espace alors que je m’interroge sur le sens de cette écriture ouverte, qui consiste à s’exposer en attente de validation ? Alors que mon inclination a toujours été de partager des réflexions, s’enrichir mutuellement, tout en ne voulant pas privilégier un entre-soi conversationnel ?
Vers quoi ?
Cette tambouille interne n’intéressera probablement pas grand-monde. Elle a cependant son importance puisque, depuis que mon écriture est ouverte à la lecture, j’observe ce qu’engendre l’interaction induite. Je suis donc bien au cœur de mon sujet !
Je le suis d’autant plus que le travail de compilation de mes écrits pour impression/archivage me conduit à relire quelques-uns de mes textes anciens et que les effets de l’interaction dans le processus de conscientisation apparaît avec évidence. Ces derniers temps, pour prendre un exemple récent, certains commentaires ou leur absence ont joué un rôle en orientant mon expression… ou sa retenue.
Alors que ce blog va prochainement passer ses 21 ans d’existence, tout cela mérite réflexion, prise de recul et clarification.
/image%2F1147477%2F20260802%2Fob_990166_1785139574956.jpeg)
/image%2F1147477%2F20260610%2Fob_999307_1781079843536.jpg)
/image%2F1147477%2F20260610%2Fob_27b3c5_1781080971560.jpg)