Élucubrations
Suite de ma série « Petites élucubrations à l'approche d'une bifurcation ».
L'imminence de ma bifurcation vers la liberté qu'offre la "mise en retrait" semble être propice à ce que les hasards des rencontres, des discussions, des lectures, des podcasts et autres sources extérieures de connaissance, me conduisent à de menues cogitations. Fugaces et de faible amplitude, je les accueille avec curiosité. Elles m'amènent à simplement rebattre les cartes de mon rapport au monde. L'époque des grands questionnements, âpres et impérieux, parfois douloureux, face auxquelles des situations de pénible inconfort psychique ont pu me mettre autrefois est désormais loin. Le plus souvent cela résultait de difficultés de communication, issues de heurts entre représentations différentes. Dynamisées par des sensibilités exacerbées, elles menaient à des conflits verbaux d'intensité et de durée variables mais toujours préjudiciables à la relation. À la longue, cela a pu mener jusqu'à la rupture.
Est-ce la remise en question actuelle qui m'a conduit, comme je le mentionnais récemment, à m'intéresser de nouveau à la Communication NonViolente ? J'en avais découvert les principes il y a une quinzaine d'années, sans vraiment approfondir. Je viens de pousser un peu mes investigations, afin de mieux me familiariser avec le concept, et cela m'a permis de réaliser à quel point entreprendre une formation adéquate pourrait m'être bénéfique. Depuis pas mal d'années j'ai pris conscience, par paliers successifs, que ma façon d'interagir avec autrui, dans certaines circonstances sensibles, n'a pas été optimale. Autrefois, surtout. Des émotions envahissantes et mal identifiés me mettaient en position défensive-agressive. Avec le recul, je déplore mes comportements d'alors. Le doute existentiel profond hérité de mon enfance se réactivait (très) facilement et (trop) souvent. Si aujourd'hui je n'y suis plus vraiment exposé, c'est avant tout parce que je ne suis qu'assez peu en interaction avec autrui dans le registre sensible-émotionnel. La vie en solo m'en préserve... et son maintien ne résulte assurément pas d'un hasard. D'un autre côté , vivre seul me prive d'une part importante de ce qui me nourrit : les moments d'intériorité et de bonheur partagés. Lorsque ceux-ci adviennent, par la synchronicité des rencontres et le hasard des circonstances, il arrive que je réinterroge subrepticement le bien-fondé de ma vie de célibataire. Mais pas de quoi me faire changer d'avis : vivre seul, libre d'être moi-même, garde ma préférence.
Mon actuelle intégration dans un groupe féminin m'apporte, par petites touches, un peu de la dimension d'intimité partagée dont j'ai besoin. De même, avec mes grands enfants, ainsi qu'avec une de mes soeurs, il nous arrive régulièrement de vivre de bons moments de complicité et de discussions approfondies. Avec toutes ces personnes, aucun souci : la confiance règne. Il n'y a ni jugement, ni critique, ni domination. Donc aucune "violence" verbale. Je n'en ressens pas non plus à mon égard dans le cadre professionnel (il m'arrive cependant - rarement - d'en être témoin). Par contre, pour mes collègues-amies, leurs récits de vie en sont constellés. Les relations de couple sont un des lieux les plus favorables aux violences psychologiques (et aussi physiques, trop souvent). Les relations familiales ne sont pas en reste, perpétuant parfois de génération en génération la diffusion de leurs poisons invisibles. Ou trop tardivement visibles. J'ai lu récemment qu'un adulte sur cinq considère avoir été maltraité dans son enfance.
Pour ma part, il m'a fallu des années pour l'admettre et j'ose à peine l'écrire. La relative distance que je maintiens à l'égard de mon père vieillissant, pourtant aujourd'hui inoffensif, résulte de séquelles probablement indélébiles. Certes, en mon for intérieur je lui ai "pardonné" de n'avoir su mieux faire, il n'empêche que ma confiance en moi, trop malmenée jadis, reste hésitante et vulnérable. Je suis fier d'avoir réussi à me reconstruire mais reste grevé par un handicap social et relationnel qui, tout au long de ma vie, m'aura privé d'un épanouissement complet. D'un autre côté, qui sait, ma vie intérieure en a peut-être été plus intense ?
En relation directe avec ce constat, je songe aux séquelles que moi j'ai pu laisser à des personnes qui m'ont côtoyé dans des phases de mal-être existentiel profond, sans doute peu visibles. Il m'est arrivé de mal faire (et de faire mal). Il serait stérile que je m'en culpabilise a posteriori, en revanche il m'importe d'en assumer ma part de responsabilité. Ne serait-ce que pour prendre conscience de ce potentiel vulnérant et être vigilant à ne pas malmener mes relations à autrui par une verbalisation inadaptée. Car j'ai parfois trop parlé. Trop cherché à expliquer, être compris, accepté, rassuré, aimé. Et pas assez été à l'écoute, pas assez attentif et empathique avec qui attendait cela de moi.
Lichens, associations végétales vivant en symbiose.

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