Éclectiques propos
Le recul subitement marqué par rapport à l'intimité dévoyée de mes écrits publics semble plus fort que je n'imaginais. La remise en question d'une pratique intrinsèquement paradoxale a refait surface et la toujours fragile liberté de ma vitalité intérieure s'est mise en veille. Je me sens distant. Prudent, méfiant... je cherche à m'éloigner de cet espace d'expression qui, néanmoins, reste attirant.
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En fin de semaine dernière j'ai participé aux Journées de l'autobiographie, organisées par l'APA près de Toulon. Météo superbe, douceur de l'air, cadre bucolico-méditerranéen, senteur des pins et eucalyptus, son des vagues. J'ai retrouvé pas mal de personnes que je connais, parfois de longue date, mais en ai aussi rencontrées pour la première fois, au hasard des ateliers et des repas pris en commun. Échanges durant lesquels on se découvre des affinités, des similitudes de parcours ou des points d'intérêt communs.
Plusieurs m'ont identifié clairement comme étant "Pierre le blogueur", alors que j'avais parfois du mal à remettre leur patronyme sur un visage, pourtant reconnu. Ma mémoire a toujours été davantage visuelle que verbale.
Le thème de ces journées : " En nature : Autobiographie, nature et écologie ". Sujet évidemment fort intéressant pour moi, mais par rapport auquel je restais un peu sur la réserve. En nature ? Quelle nature ? Sous quel angle allait être abordée cette notion polysémique, favorisant une hétérogénéité de représentations ? Je n'ai pas été déçu : la diversité des rapports à la nature a été bien présente, de la politique à la poétique, de l'autobiographie à l'écobiographie, en passant par l'approche sensorielle, vivante et vibrante, mais aussi littéraire et historique. Peut-être ferais-je une recension un peu plus aboutie que ces quelques phrases, si j'en ai le courage et du temps à y consacrer. Quoi qu'il en soit j'ai beaucoup apprécié ces journées. Elles m'ont nourri l'esprit et stimulé les sens.
Cela tient aussi des échanges qui ont eu lieu et de l'esprit de curiosité respectueuse qui caractérise les membres - majoritairement femmes et essentiellement sénior - de cette association. Cela favorise assurément la prise de parole et quelques confidences en cercle restreint, voire en tête à tête.
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Je pourrais en rester là et clore ce billet. Format relativement court, un seul sujet, tout ce qui convient à un lectorat qui n'a pas forcément le temps, ni un intérêt marqué pour les réflexions éclectiques d'un blogueur parmi tant d'autres (et qui ne se reconnaît pas forcément sous cette appellation).
Certes.
Je vais cependant poursuivre, parce que je "sens" que j'ai d'autres choses à déposer ici. Rien de majeur, cependant. Seulement l'envie de poursuivre à un moment où, précisément, je serais plutôt tenté par la non-expression. C'est que ce "recul" me turlupine un peu. De quoi suis-je tenté de rester à distance ? Non, nul scoop en vue, nulle envie de dévoiler je ne sais quoi de difficile à évoquer. C'est plutôt l'inverse : rien de significatif à aborder. Seulement l'air du temps, la perception du moment.
Vous me direz (façon de parler...) que l'air du temps est un peu particulier, en ce moment. Il pue un peu le renfermé, le rance, le marécageux. Il sent aussi la poudre et la charogne. C'en est légèrement flippant, pour diverses raisons qui ont tendance à se cumuler. Ma légendaire sérénité en vient parfois à en être affectée. Un aveuglement collectif face à divers désordres annoncés en est la cause. Je n'approfondirai pas, laissant à chacun.e la liberté de son imaginaire.
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Hop, retour à mon quotidien.
Mon cher ordinateur iMac, celui sur lequel habituellement je rédige mes billets, qui me permet de travailler sur l'archivage de ce blog (avec les fichiers afférents), qui conserve une foule de documents compilant moult données patiemment enregistrées depuis des années, ainsi que ma régulière moisson de photos "uniques" ; mon cher iMac, donc, s'est subitement mis à redémarrer indéfiniment. Sans parvenir jusqu'à un état me permettant d'intervenir sur quoi que ce soit. Il tournait en boucle, sans sortir de ce stade instable : ni éteint, ni fonctionnel. J'ai compris qu'il ne s'en sortirait pas tout seul et que, peut-être, il ne se réanimerait pas. Là, subitement, j'ai songé que les sauvegardes que j'effectue régulièrement, sur un espace sécurisé externe, n'étaient pas récentes et probablement pas exhaustives. Plus inquiétant encore : j'ai constaté, avec un soudain coup de chaud, qu'un disque dur externe, censé sauvegarder chaque jour les modifications, était débranché ! Sueurs froides : allais-je devoir reprendre à zéro la quarantaine d'heures de travail consacrées au volume de 300 pages compilant mes textes de l'année 2009, prêt à être imprimé ? Par chance, au moment d'extraire mon écran pour le faire réparer, m'est apparu le vrai disque de sauvegarde (un autre) : il était bien branché, mais caché derrière l'ordinateur, lui-même encastré dans un meuble. Ouf, j'ai pu me réjouir d'avoir fait preuve d'une prudence salvatrice.
C'est donc sans inquiétude que j'ai pu laisser partir ma mémoire électronique chez le réparateur. Un autre ordinateur, à fonction professionnelle, neutre et sans mémoire intime, a pu prendre le relais pour quelques jours.
Anecdotique ? Assurément, puisque la totalité du contenu de mon iMac est intacte. Mais la perception anxieuse d'une éventuelle perte - partielle - de données est révélatrice de la valeur que j'accorde à cet outil de vie numérique. Non seulement il me met en relation avec le monde, mais est aussi mon "chez moi" intime. Mon logis mémoriel, l'espace à partir duquel se déploie mon imaginaire. Prolongation neuronale, coffre-fort rempli de précieuses traces textuelles, photographiques, identitaires.
Cela va bien au-delà de la simple publication de quelques textes de blog qui, pris séparément, n'ont guère d'intérêt. Dans la perception que j'en ai, mon travail de "blogueur autobiographique" tire de sa continuité - et des échanges auxquels il ouvre parfois - une très grande valeur... personnelle. J'insiste sur le *personnel*, en le colorant d'une fonction de partage : réflexion et débat d'idées (au présent), transmission temporelle (à mes descendants) et patrimoniale (vers ceux que la pratique de l'écriture de soi intéresse).
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A quoi bon évoquer ici même ce sujet anecdotique, tout en déclarant simultanément qu'il me renvoie à quelque chose de personnel ? Eh bien précisément : je l'évoque parce que ce blog témoigne de mon rapport à l'écriture personnelle publicisée. Cette réflexion y a donc tout sa place.
Oui mais... ça n'intéresse probablement pas tes lecteurs du moment...
Pas sûr, comme me le rappelait récemment Célestine. Et puis cela me renvoie au sens de cette écriture partagée : j'écris avant tout "pour moi" et pour le sens que je donne à cette écriture de soi. Là, en cet instant, je n'écris pas pour un lectorat. Seulement pour le sens que je donne à mon écriture !
C'est une des idées clés qui m'est apparue en prenant le recul susmentionné : j'écris avec la finalité première de garder trace. La seconde étant de "réfléchir ensemble", de fertiliser réciproquement nos propres réflexions, le cas échéant. Celle de séduire un lectorat ne m'intéresse que si elle sert les premières.
Peut-être pourrai-je écrire (ou tenter de le faire...) "pour faire joli". Je veux dire : avec un objectif esthétique. Quelque chose de plus poétique, sensible, murmurant. Écobiographique, pourquoi pas ? Mais alors ailleurs, je ne sais où. L'éventualité s'est dessinée dans ma prise de recul. Cela me satisferait-il ? Me correspondrait-il ? Cela "ferait-il sens" ?
L'éventualité de cesser l'écriture publique m'est aussi passée par la tête, bien sûr. Revenir à une écriture intime privée ? Ne plus me questionner sur la perception, par le lectorat, de mes déambulations autoanalytiques erratiques. Ne plus naviguer entre des représentations imaginaires, conduisant à surexpliquer les raisons de mes choix, pour les rendre "justes et réfléchis" (justifiés).
Pour l'heure, laissons décanter.
Au moment de choisir une photo pour illustrer ce billet, je constate que celles prises lors des trois journées de l'APA ont disparu de mon téléphone ! Seulement celles-là ! Ni les précédentes, ni les suivantes. Encore une diablerie informatique...
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