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Alter et ego (Carnet)

Alter et ego (Carnet)
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28 février 2026

Élucubrations

 

Suite de ma série « Petites élucubrations à l'approche d'une bifurcation ».

 

L'imminence de ma bifurcation vers la liberté qu'offre la "mise en retrait" semble être propice à ce que les hasards des rencontres, des discussions, des lectures, des podcasts et autres sources extérieures de connaissance, me conduisent à de menues cogitations. Fugaces et de faible amplitude, je les accueille avec curiosité. Elles m'amènent à simplement rebattre les cartes de mon rapport au monde. L'époque des grands questionnements, âpres et impérieux, parfois douloureux, face auxquelles des situations de pénible inconfort psychique ont pu me mettre autrefois est désormais loin. Le plus souvent cela résultait de difficultés de communication, issues de heurts entre représentations différentes. Dynamisées par des sensibilités exacerbées, elles menaient à des conflits verbaux d'intensité et de durée variables mais toujours préjudiciables à la relation. À la longue, cela a pu mener jusqu'à la rupture.

 

Est-ce la remise en question actuelle qui m'a conduit, comme je le mentionnais récemment, à m'intéresser de nouveau à la Communication NonViolente ? J'en avais découvert les principes il y a une quinzaine d'années, sans vraiment approfondir. Je viens de pousser un peu mes investigations, afin de mieux me familiariser avec le concept, et cela m'a permis de réaliser à quel point entreprendre une formation adéquate pourrait m'être bénéfique. Depuis pas mal d'années j'ai pris conscience, par paliers successifs, que ma façon d'interagir avec autrui, dans certaines circonstances sensibles, n'a pas été optimale. Autrefois, surtout. Des émotions envahissantes et mal identifiés me mettaient en position défensive-agressive. Avec le recul, je déplore mes comportements d'alors. Le doute existentiel profond hérité de mon enfance se réactivait (très) facilement et (trop) souvent. Si aujourd'hui je n'y suis plus vraiment exposé, c'est avant tout parce que je ne suis qu'assez peu en interaction avec autrui dans le registre sensible-émotionnel. La vie en solo m'en préserve... et son maintien ne résulte assurément pas d'un hasard. D'un autre côté , vivre seul me prive d'une part importante de ce qui me nourrit : les moments d'intériorité et de bonheur partagés. Lorsque ceux-ci adviennent, par la synchronicité des rencontres et le hasard des circonstances, il arrive que je réinterroge subrepticement le bien-fondé de ma vie de célibataire. Mais pas de quoi me faire changer d'avis : vivre seul, libre d'être moi-même, garde ma préférence.

 

Mon actuelle intégration dans un groupe féminin m'apporte, par petites touches, un peu de la dimension d'intimité partagée dont j'ai besoin. De même, avec mes grands enfants, ainsi qu'avec une de mes soeurs, il nous arrive régulièrement de vivre de bons moments de complicité et de discussions approfondies. Avec toutes ces personnes, aucun souci : la confiance règne. Il n'y a ni jugement, ni critique, ni domination. Donc aucune "violence" verbale. Je n'en ressens pas non plus à mon égard dans le cadre professionnel (il m'arrive cependant  - rarement - d'en être témoin). Par contre, pour mes collègues-amies, leurs récits de vie en sont constellés. Les relations de couple sont un des lieux les plus favorables aux violences psychologiques (et aussi physiques, trop souvent). Les relations familiales ne sont pas en reste, perpétuant parfois de génération en génération la diffusion de leurs poisons invisibles. Ou trop tardivement visibles. J'ai lu récemment qu'un adulte sur cinq considère avoir été maltraité dans son enfance.

 

Pour ma part, il m'a fallu des années pour l'admettre et j'ose à peine l'écrire. La relative distance que je maintiens à l'égard de mon père vieillissant, pourtant aujourd'hui inoffensif, résulte de séquelles probablement indélébiles. Certes, en mon for intérieur je lui ai "pardonné" de n'avoir su mieux faire, il n'empêche que ma confiance en moi, trop malmenée jadis, reste hésitante et vulnérable. Je suis fier d'avoir réussi à me reconstruire mais reste grevé par un handicap social et relationnel qui, tout au long de ma vie, m'aura privé d'un épanouissement complet. D'un autre côté, qui sait, ma vie intérieure en a peut-être été plus intense ?

 

En relation directe avec ce constat, je songe aux séquelles que moi j'ai pu laisser à des personnes qui m'ont côtoyé dans des phases de mal-être existentiel profond, sans doute peu visibles. Il m'est arrivé de mal faire (et de faire mal). Il serait stérile que je m'en culpabilise a posteriori, en revanche il m'importe d'en assumer ma part de responsabilité. Ne serait-ce que pour prendre conscience de ce potentiel vulnérant et être vigilant à ne pas malmener mes relations à autrui par une verbalisation inadaptée. Car j'ai parfois trop parlé. Trop cherché à expliquer, être compris, accepté, rassuré, aimé. Et pas assez été à l'écoute, pas assez attentif et empathique avec qui attendait cela de moi.

 

 

Lichens, associations végétales vivant en symbiose.

22 février 2026

La vie n'attend pas

 

Il est des périodes de l'existence plus trépidantes que d'autres, lissées par la routine. L'heure de la retraite en ferait-elle partie ? Si je me fie à ce que je vis et ressens depuis quelques mois, je pourrais répondre par l'affirmative. L'impression pourrait toutefois être trompeuse et résulter d'une conjonction hasardeuse. D'une synchronicité.

 

Je m'explique : alors que je suis dans la singulière phase de passage entre la vie dite "active" et celle de "retraité en emploi", il se trouve que je suis confronté à d'autres mutations, placées par le hasard dans la même case temporelle. La mauvaise chute de mon père, en décembre, a des conséquences qui vont bien au delà des séquelles physiques : ses facultés mentales, qui avaient dégringolé avec une célérité qui nous a tous pris de court, continuent de se détériorer. Ces derniers temps il a des accès de profonde tristesse, de découragement et d'angoisse. « Je suis foutu ! », clame-t-il, désespéré. Il est partiellement lucide : sa mémoire récente s'efface et il le sait. Il le constate, en parle, mais peine perdue : ça n'imprime plus. Il commence à se rendre compte que dans son brouillard mental il ne sait plus vraiment qui est en face de lui. Il hésite sur le prénom de ma soeur, qui va pourtant le voir chaque jour. J'ai l'impression qu'il va, comme ma mère, perdre ses facultés intellectuelles en toute conscience. Une conscience intermittente, certes, qui s'effiloche, mais avec des vrais moments de lucidité. Je trouve ce genre de fin assez horrible. Et en même temps c'est une "fin" qui peut s'éterniser, tant que les fonctions vitales ne sont pas atteintes.

 

Nous sommes désormais certains qu'il ne pourra pas revenir dans son appartement. Il va donc entrer en EHPAD et y rester... jusqu'à la fin de ses jours. Il sort de deux mois de soins et d'une rééducation... qu'il refusait de faire, "oubliant" qu'elle lui était indispensable pour retrouver sa mobilité. Personne n'aurait pu l'y forcer.

 

Sa fin de "vie" - c'est à dire de conscience et d'interaction avec les "vivants" - coïncide donc avec la fin de ma vie professionnelle... qui, elle, s'ouvre à de nouvelles potentialités. Pour moi ce croisement de trajectoires est un peu troublant. Cela exacerbe mon envie de profiter d'être vivant.

 

En fait son triste sort ravive mes réflexions sur ma propre finitude ; réactive des pensées qui s'empoussiéraient dans l'ombre : qu'ai-je envie de vivre ? Je pense là en termes de relations et de temps partagé. Mon accommodement avec la solitude, désormais bien implanté, va-t-il faire bon ménage avec la liberté qui arrive au galop ? Suis-je vraiment prêt à aller jusqu'au terme de ma vie "seul" (formulation abusive : ma famille est proche) ? Mes choix d'autrefois, nés des contingences d'une époque, sont-ils toujours valides ? Je dois reconnaître que le plaisir que me procurent des échanges joyeux et sans heurts, avec un microcosme féminin généreux et empathique, me rappelle combien cela me nourrit d'intensité vivante, quelle que soit la configuration. J'ai actuellement la chance de vivre cela et j'en profite : l'expérience m'a enseigné que "rien ne dure". Ou plutôt que "rien n'est acquis". J'accueille donc, avec une bénéfique joie, ce qui se vit au présent.

 

Récemment l'une des participantes du petit groupe m'a incité à dévoiler un peu ma vie sentimentale, moi qui écoute les leurs depuis plus d'un an. Jusque-là je m'étais brièvement décrit comme célibataire, heureux de l'être par la liberté que ce statut m'octroie. Lorsqu'elles évoquaient leurs difficultés de couple, passées ou présentes, il m'arrivait de vanter les indéniables avantages de la vie en solo. Quant à mon expérience du divorce, connue, elle permettait quelques échanges fondés sur deux décennies de recul. Alors cette fois, lorsque j'ai commencé à lâcher mes confidences, les questions ont fusé en salves continues. Cela m'a incité à dévoiler des pans entiers d'un parcours relationnel dont elles ignoraient tout. Manifestement ce que j'ai vécu jadis les intéressait grandement. Quelques questions au sujet de ma détermination à la vie solitaire m'ont alors été posées : « est-ce vraiment la vie que tu veux, toi qui aimes tant approfondir ? ». Réponse standard : je ne suis pas hermétiquement fermé à une rencontre mais, jusque-là, je n'ai plus vu l'indispensable alchimie réciproque opérer. Alors j'évite de me laisser aller à imaginer des dimensions qui, actuellement (et depuis fort longtemps), ne s'incarnent pas. Et ça me va comme ça.

 

Un jour, peut-être... Ou pas. La vie n'attend pas.

 

 

Bouleaux de Chine, immortalisés en février 2017

20 février 2026

Faire durer le plaisir

 

Il y a deux façons d'obtenir ce que l'on désire : se faire plaisir tout de suite... ou laisser diffuser la satisfaction. Croquer le carré de chocolat noir ou le laisser subtilement fondre en bouche. Boire cul-sec ou se délecter par petites lampées gouleyantes. Faire l'amour le premier soir ou laisser le temps de l'apprivoisement opérer.

 

Étant plutôt adepte de la diffusion lente, je n'ai pas dérogé à cette tendance pour la fin de mon activité professionnelle. Voilà pas moins de 29 mois que je savoure une retraite progressive. J'ai pu goûter mon plaisir et ajuster la date de libération.

 

Cependant, un peu pris de court, je découvrais en septembre dernier mon impréparation mentale en constatant qu'il ne me restait plus que 99 jours de travail à effectuer. Et beaucoup de congés à solder. À partir de là, réduisant mes jours de labeur à deux et demi par semaine, j'ai commencé à anticiper l'arrêt total, me laissant aller à imaginer tout ce que j'allais pouvoir faire du temps libre dont j'allais disposer...

 

Sauf que deux mois plus tard, alors que le processus de "débranchement" était enclenché, mon employeur me proposa de jouer les prolongations. Il avait perçu mon ambivalence face à la perspective de l'arrêt définitif et s'était rendu-compte que personne n'aurait le goût de reprendre les missions que j'assure avec conviction. Sa proposition fut donc la suivante : un contrat de travail d'un jour par semaine, jusqu'à la fin de l'année 2026. Voire au-delà si je le souhaitais. Bigre, la proposition était alléchante ! D'un autre côté, je m'étais déjà projeté vers un temps libre perpétuel, quelque peu attirant. Je demandai donc quelques semaines de réflexion... au terme desquelles j'ai dit oui au cumul emploi-retraite. Cela allait me permettre de reporter sine die ma fin totale d'activité, tout en me laissant un large champ de liberté temporelle. Solution plutôt plaisante.

 

Depuis mi-décembre j'ai pu me rôder à l'alternance du travail et du temps libre, en ressentir les avantages et inconvénients respectifs. Le plus appréciable est l'allègement de charge mentale, dû au fait de ne plus avoir de fonctions organisationnelles. Cependant je continue à m'investir, restant engagé dans les réflexions collectives. Je participe à des groupes de travail, contribue aux projets et grandes orientations stratégiques en cours. 

 

Aujourd'hui il me reste moins de quinze journées de travail à effectuer, parmi lesquelles je vais insérer des congés. Je sens bien, viscéralement, que le changement de rythme est imminent. Très bientôt, je vais être encore moins présent au boulot. Ce que ça me fait ? Eh bien je me rends compte que, finalement, ce qui me fait un peu gamberger, c'est moins la réduction de fréquence des interactions sociales professionnelles que celle des liens amicaux qui s'y sont développés. Si je n'étais pas intégré dans le petit groupe de femmes qui s'est constitué autour de confidences relationnelles, affectives, sentimentales, dans une joyeuse ambiance de rires et de bienveillance, j'aurais assurément beaucoup moins de motivation à prolonger mon implication professionnelle. En fait mon ambivalence s'est précisée là où je ne l'attendais pas : si d'un côté j'aspire au temps libre, de l'autre je ressens un immense plaisir à côtoyer de près des personnes avec qui j'apprécie énormément la qualité des échanges. Au travail, mais surtout en dehors. Quelle ironie : durant mes plus de quarante années de vie professionnelle, je n'avais jamais eu la chance de partager une telle affinité, un tel plaisir à « être en présence de » !



Pas étonnant que j'ai envie de faire durer le plaisir.

 

 

Galanthus nivalis, plus connu sous le nom de Perce-neige

 

 

1 février 2026

Confidentiel

 

Il arrive qu'avec quelques collègues (et néanmoins amies) nous nous retrouvions, après notre journée de travail, dans un lieu favorable aux discussions confidentielles. On y échange nos préoccupations du moment, notre plaisir à disposer de cette bulle de liberté. Ces moments nous sont précieux, importants pour ces femmes dont la plupart font face à des suites de relations conflictuelles avec leurs ex-compagnons. Nous en parlons souvent et j'apprécie grandement la confiance qu'elle m'accordent. En revanche il est rare que nous abordions le registre professionnel. 

 

Pourtant l'une de ces femmes - appelons-là Zoé - nous a récemment confié, hésitante, ses réticences, et même son malaise, à se joindre à un prochain moment convivial ouvert à l'ensemble des collègues-collaborateurs de la structure qui nous emploie. Une telle confidence demandait quelques éclaircissements, que le petit groupe attendait. Pourquoi diable ai-je alors ramené ma fraise en disant que je pensais connaitre les raisons du litige ? Zoé voulut s'en assurer et, en deux mots, comprit que je savais de quoi il était question. Un peu étonnée, elle me demanda comment je savais cela. Je lui répondis naïvement, avec un oeil complice, que j'avais mes sources. Elle sembla comprendre qui était la source et ne s'en offusqua pas.

 

Zoé poursuivit son récit pour le petit groupe : ses réticences et son malaise parce qu'une des collègues-collaborateurs invités était auparavant sa supérieure hiérarchique (et néanmoins amie) - appelons-là Mona - mais qu'elle ne l'est désormais plus, amie. Ni supérieure, d'ailleurs, suite à des remaniements internes. Les deux femmes ne sont plus sur le même site, ne travaillent donc plus ensemble, ne se côtoient plus, mais sont bien chez le même employeur. Vous suivez ?

 

Elles ne sont plus amies parce que - dixit Zoé - Mona ne supportait pas que Zoé soit actuellement "en relation" (et donc en confidences) avec un de leur ex-collègue (et néanmoins ami, devenu amant successif de chacune d'elles a plusieurs années d'écart). Plus précisément, Mona redouterait (ce qui peut se comprendre...) que Gaëtan partage avec Zoé les confidences que Mona lui fit jadis. Précisons que cet ex-collègue-amant commun (mais pas simultanément) a quitté notre employeur depuis plusieurs années.

 

Un vrai Vaudeville !

 

Vous vous doutez bien que je ne me serais pas mis devant mon clavier pour simplement raconter une histoire pareille. Il s'y ajoute une autre dimension, qui ouvre encore sur une autre... Car ce qui navrait surtout Zoé c'est qu'une autre collègue (et néanmoins son amie et confidente) - appelons-là Louve - qui, elle, est restée collaboratrice de Mona sur l'ancien site, ne parle plus non plus à Zoé ! Et ça, Zoé n'en comprend pas les raisons. Elle est fort affectée de cette rupture de contact avec Louve, qu'elle voit l'éviter. Elle en vient à imaginer que Mona l'aurait peut-être discréditée auprès de Louve.

 

Écoutant ce récit dans lequel plusieurs relations s'enchevêtrent, tant entre les personnes qu'entre les registres (professionnel, amical, confidentiel, sexuel...), j'étais un peu perplexe, tout autant que mes autres collègues amies-confidentes. Vous aurez observé au passage que la distinction que je fais entre collègues et amies-confidentes nous place, elles et moi, dans deux registres relationnels susceptibles de générer des conflits de loyauté. Je suis habituellement très prudent dans ce genre de situation au sein desquelles on ne sait pas toujours qui est en confidence avec qui. Habituellement, je ne dis mot de ce que je sais.

 

Là où la situation se corse, pour moi, c'est que j'ai maladroitement évoqué la situation décrite par Zoé avec encore une autre collègue-amie... qui se trouve être ma "source" : Artémis. C'est par elle que j'avais eu, de longue date, diverses informations "confidentielles" sur les à-côtés de relations ne se limitant pas au champ professionnel. Jusque-là il était évident, entre-nous, que nous ne divulguions pas les petits secrets que nous échangions à propos de nos collègues, tant dans le champ professionnel qu'amical. Cela fait quinze ans que nous procédons ainsi, sans aucun problème. En quelque sorte, l'un et l'autre apaisons nos préoccupations en les partageant.

 

Or, lorsque je lui ai raconté le désarroi de Zoé, Artémis en a été fort surprise puisqu'elle côtoie quotidiennement Louve, collègue-amie-confidente qui a une version totalement opposée : Louve souffre du silence de Zoé, dont elle ne comprend pas les raisons !

 

Artémis m'a alors suggéré d'en glisser un mot à Zoé (de qui elle était proche autrefois), afin de mettre fin à ce malentendu dommageable à deux personnes en situation de mal-être relationnel. Attentifs au bien être de nos collègues-amies, spontanément, nous avions envie de résoudre au plus tôt le quiproquo. J'ai d'abord dit que j'allais tenter cette manoeuvre, que je sentais cependant délicate... avant de prendre conscience que cela indiquerait à Zoé que j'ai divulgué la confidence qu'elle m'avait faite. Simultanément Artémis se rendait compte que le secret qu'elle m'avait transmis ne pouvait pas aller au delà de moi, sous peine de mettre en évidence sa divulgation des confidences de Louve.

 

La situation se montrait plus que délicate !

 

Nous en avons conclu que nous ne pouvions rien dire aux deux personnes en souffrance, en manque l'une de l'autre, sous peine de mettre en évidence nos échanges de "secrets des autres" alors que, théoriquement... « cela ne nous regarde pas ! »

 

Il n'y a même pas de dilemme : nous devons nous taire ! Garder secrets nos échanges confidentiels.

 

Assez navré par cette situation, j'ai invité Artémis à ce que nous soyons plus prudents, à l'avenir, quant aux "secrets" que l'on s'échange à propos de nos collègues respectifs. Jusque-là nous n'avions pas eu d'interférences, chacun de nous ayant un cercle de collègues distincts (nous ne travaillons plus sur le même site depuis quinze ans et ne nous côtoyons pratiquement jamais dans le cadre professionnel). Mais au fil des ans et des mouvements de personnels il peut arriver - et il est arrivé - que les configurations changent et que de nouvelles relations confidentielles, improbables, s'installent.

 

Si je fais un petit retour en arrière sur ce qui a conduit à cette situation abracadabrantesque je constate que, sans m'en rendre compte, c'est parce que je me sentais en confiance dans ma relation d'amitié avec Zoé que je lui ai dévoilé ma connaissance d'un des "secrets" transmis en confiance par Artémis il y a plusieurs années : Mona et Gaëtan ont été "en relation intime". Ce n'était pas caché, d'ailleurs, mais, n'étant pas sur place, je n'étais pas censé le savoir. De mon côté je n'avais rien dit à Artémis lorsque j'appris que Zoé et Gaëtan étaient en relation proche. Je ne lui avais pas confié ce que m'avait confié Zoé, par respect du secret des confidences. Il aura fallu qu'Artémis m'en parle pour que je lui dise que je le savais depuis des mois.

 

Peut-être suis-je trop scrupuleux ?

 

Si je remonte encore plus en arrière, je réalise que nos secrets et confidences d'ex-collègues du quotidien datent du départ d'Artémis pour l'autre site, d'où elle m'a narré diverses anomalies, situations conflictuelles, relations plus ou moins cachées, que je n'étais pas censé connaître. Je me souviens n'avoir pas toujours été (voire jamais...) à l'aise avec ces éléments "volés". Je savais des choses sur des personnes sans qu'elles le sachent. Des choses qui étaient tant du registre professionnel que du registre personnel. Je n'avais pas à savoir qui contournait les règles, qui faisait mal son boulot, ni qui couchait avec qui. J'aurais sans doute dû refuser tout ce qui pouvait porter préjudice à autrui...

 

Ce n'est pas parce que ni Artémis ni moi ne divulguions ces à-côtés au-delà de nous qu'il était sain que nous les échangions.

 

D'un autre côté... n'est-ce pas le propre de l'amitié que de pouvoir parler de ce qu'on ne pourrait pas dire aux autres ? On n'a pas forcément une personne "neutre" à portée d'oreille...

 

 

Page 17 | Images de Dire un secret – Téléchargement gratuit sur Freepik

Image : Freepik

 

28 janvier 2026

Un petit biais d'optimisme

 

Printemps précoce - Fleurs d'Hamamelis


Hier soir j'assistais à une conférence intitulée « Le climat change, pourquoi pas nous ? ». L'intervenant est connu comme "sociologue du climat" et « cherche à mettre en évidence les freins et les moteurs qui conditionnent les changements de comportement ». L'approche sociologique m'intéresse doublement : d'une part en tant qu'individu-citoyen ; d'autre part en tant qu'élu communal écologiquement engagé à l'échelle territoriale. Sur ce point, hélas, le titre de la conférence sonne juste : après 18 ans de mandat, la dynamique de changement que je croyais avoir impulsée au niveau local a finalement été neutralisée. J'ai ensuite été discrètement évincé des instances d'élaboration, conséquence probable d'une prise de position collective médiatisée. N'ai-je pas été un peu trop ambitieux d'espérer persuader avec la seule force de mes convictions ?

 

S'il suffisait de convictions, qui plus est solidement étayées scientifiquement, il y a belle lurette que le monde politique, économique, financier, agricole, aurait bifurqué. Si ce n'est d'eux-même, au moins par le pouvoir que représentent les mouvements de citoyens éclairés. Las... les choses ne fonctionnent pas ainsi. Nous ne sommes pas des êtres rationnels. Notre cerveau dispose de moult circuits neuronaux lui permettant de contourner ce qui lui est désagréable. Or bifurquer, changer de trajectoire, aller vers l'inconnu est particulièrement inconfortable. Sans un effort mental il sera presque toujours plus simple, spontanément, d'aller vers la facilité immédiate.

 

J'écoutais donc ce conférencier, déjà rencontré, expliquer pourquoi "nous", collectivement, ne changions pas alors que, globalement, nous en identifions assez clairement la nécessité. Rien de bien nouveau pour moi, qui connais la pesanteur de ma propre inertie et sais combien je trouve des arrangements avec ma propre dissonance cognitive. Ce qui a commencé à tinter bizarrement à mes oreilles c'est lorsque l'éminent orateur a adopté, sans l'indiquer clairement, un biais d'optimisme. Selon lui, si on regardait davantage les choses qui vont bien, les progrès, les évolutions positives, les bonnes nouvelles, nous aurions de quoi nous réjouir et ainsi trouver l'énergie d'avancer. En s'y prenant habilement, nous pourrions même faire changer les choses en mettant en évidence des bienfaits immédiats agréables, donc acceptables... au service d'une cause plus bénéfique encore, mais socialement inacceptable actuellement. En quelque sorte, ruser pour éviter un refus face à des changements perçus comme trop radicaux. Donner envie plutôt que contraindre. Pourquoi pas... si l'on dispose de suffisamment de temps pour cela. Sauf que ce n'est pas le cas. Et un sociologue du climat sait forcément cela.

 

À partir de ce moment-là je me suis mis à douter de la pertinence de certains propos tenus, que je sentais teinté d'une subjectivité auto-protectrice. Comme si cet homme - comme d'autres scientifiques - avait besoin de diffuser un message optimiste. À mon sens il ne parlait plus seulement en tant que scientifique mais aussi en tant qu'individu détenteur d'un savoir... qu'il choisissait de colorer d'optimisme. En caricaturant, c'était un peu « il suffirait qu'on y croie tous (et qu'on s'y mette sérieusement) pour que les choses changent ». Certes, à première vue, l'argument semble imparable. Fréquemment employé, il est valide en théorie. Dans le réel il ne tient pas. Les changements à mettre en place restent socialement inacceptables.

 

Au moment des questions de l'auditoire je n'ai pas voulu prendre la parole pour apporter un éclairage qui, à mon sens, aurait été plus réaliste. Le public semblait se réjouir des propos rassurants du conférencier et je rechigne désormais à endosser le rôle démoralisant de Cassandre. De quel droit pourrais-je m'autoriser à violenter l'insouciance ? 

 

Par chance j'ai eu l'opportunité d'avoir une brève conversation avec le conférencier en quasi tête à tête. Je lui ai demandé comment il faisait pour rester optimiste alors qu'il dispose de toutes les données scientifiques mondiales, dont on sait les constats alarmants. Il a alors lâché, comme un demi-aveu, qu'il se mentait peut-être à lui-même. Puis, alors que le terme d'éco-anxiété est venu, il a eu cette affirmation étonnante : « les éco-anxieux sont des gens qui avaient déjà auparavant un fond anxieux ». Ce à quoi j'ai immédiatement rétorqué que, de ma propre expérience, j'incarnais précisément un cas contraire. Et que j'en connaissais d'autres. Il en parut étonné. J'ai perçu alors chez lui un de ces accommodements inconscients qui permettent de se tenir à distance des réalités qui dérangent. Ce qui est parfaitement humain.

 

En marge de cette conférence j'ai retrouvé deux élus de communes voisines, avec qui nous partageons les mêmes préoccupations. Eux se présentent de nouveau au suffrage citoyen. Je leur ai indiqué que pour ma part, trop déçu par l'inertie politique locale et l'entre-soi décisionnaire, je ne me représentai pas. Une des deux personnes m'a alors dit « tes prises de paroles vont manquer, en commission ». J'ai avoué ma résignation devant leur manque d'effet. Elle a insisté en disant qu'elles étaient importantes, parce que dérangeantes dans le conformisme ambiant. En effet, j'étais un des seuls à vouloir porter un regard lucide sur les turpitudes à venir. Tant pis, d'autres, lorsqu'ils seront élus, pourront prendre le relais. Je ne peux que souhaiter que les questions de réelle importance vitale soient davantage prises en compte lors des prochains mandats électifs, à quelques échelle que ce soit.

 

Quant à moi je vais continuer à garder discrètement ma lucidité dans ma poche et continuer à vaquer à mes cogitations.

 

* * *

 

« La lucidité (...) est la première vertu pour un intellectuel. C’est une exigence de probité dans les analyses scientifiques qui oblige à voir et présenter la réalité telle qu’elle nous apparaît à la lumière de nos observations, même et surtout quand elle est dérangeante, voire démoralisante. Elle est « l’amour de la vérité, quand elle n’est pas aimable ». Elle consiste à « voir ce qui est comme cela est, plutôt que comme on voudrait que cela soit. » (Comte-Sponville) Cet amour de la vérité supplante même le désir d’être heureux et de se protéger des vérités qui blessent ou ruinent la sérénité. À l’opposé de la facilité avec laquelle on peut s’installer dans une vision faussée et confortable du réel, la lucidité est une forme de courage de l’intelligence. Dès lors, « La lucidité ressemble beaucoup au pessimisme. » Les deux font l’expérience d’un ordre du monde qui contrarie celui de nos désirs. Toutefois, le pessimisme en tire l’idée que toute la condition humaine est désespérante. La lucidité, loin d’être une conception générale de notre situation, ne s’exerce que sur les vérités les moins réjouissantes. »

Source : https://www.appep.net/lucidite-et-pessimisme/

 

25 décembre 2025

Le temps qui reste

 

Lundi 22 décembre, je suis dans une librairie en recherche de quelque cadeau. Je découvre par hasard, sous le présentoir, une pile de livres intitulés "Là où tu vas". Le dessin me plaît et m'intrigue, le sous-titre davantage encore : "Voyage au pays de la mémoire qui flanche". Ce n'est pas du tout ce que je cherchais pour un cadeau mais je feuillette quelques pages et suis d'emblée séduit par le thème. Je me l'offre ! Je pourrai le faire circuler plus tard dans la famille. Après ma mère, dont la mémoire s'est dissoute à cause de Parkinson, c'est au tour de mon père de perdre ses facultés cognitives. Lui, l'ingénieur aux idées vives et percutantes, le voilà de plus en plus égaré dans les repères temporels. C'est évidemment la mémoire récente qui "s'imprime" mal, devient confuse, floue.

 

 

 

 

Jusqu'à il y a une quinzaine de jours, mon père menait sa vie très (trop) tranquille et quelque peu monotone, en sentant bien qu'il se déconnectait du monde. Chaque jour il s'efforçait de sortir un peu, marchait très lentement jusqu'à la petite épicerie située à 500 m et revenait parfois en tram, parce que fatigué. Un kilomètre, quarante minutes de marche hésitante, c'était déjà beaucoup pour lui.

 

Et puis il y a deux semaines, donc, alors qu'il arrivait chez lui après sa petite excursion quotidienne, accompagné de la dame qui chaque jour vient le voir pour lui préparer ses repas et lui tenir compagnie, paf, il s'est retrouvé par terre dans la rue. Il n'a pas compris comment il est tombé mais il ne pouvait pas se relever. Appel aux urgences, évacuation, radiographie. Bilan : fracture du col du fémur et de l'épaule. À 93 ans, une fracture du col du fémur c'est embêtant. Il a dû subir une intervention chirurgicale et l'anesthésiste nous a prévenu : à cet âge-là, une anesthésie générale n'est pas sans risques. Finalement tout s'est bien passé. Sauf qu'en pareil cas le mieux est de reprendre la marche le plus rapidement possible. Dans les jours qui suivent. Mais avec une épaule cassée, pas possible de prendre appui, donc difficile d'entreprendre la rééducation nécessaire. Résultat, mon père est alité depuis sa chute. Hôpital, puis établissement spécialisé.

 

Les défaillance de sa mémoire à court terme compliquent la situation : il ne comprend pas bien ce qu'il fait-là, ne reconnaît pas les gens qui viennent le voir (personnel soignant) et a l'impression d'être délaissé. Il ne se souvient pas non plus que ses enfants et petits-enfants viennent lui rendre visite. Je lui ai téléphoné hier soir pour lui dire que je passerai le lendemain après-midi, donc aujourd'hui. Ce matin il me téléphone parce que « personne ne [lui] répond » et qu'il a vu mon nom dans la liste de ses contacts téléphoniques. Je lui rappelle que je passe dans l'après-midi (ce qu'il avait déjà oublié) et cette perspective semble le rassurer. Echange bref, comme à son habitude, allant droit à l'essentiel.

 

Moi, ce matin, je m'étais levé tôt : 6h. Ma soirée d'hier fut solitaire, mes enfants étant éparpillés je ne sais où. Seul, alors que l'injonction sociale voudrait que personne ne le soit un 24 décembre, cela m'allait très bien. Je n'ai même pas cherché à rejoindre une comparse que je savais seule aussi de son côté. Parce que... tout simplement je sentais que je passerais une meilleure soirée en solo qu'en présence d'une personne pour qui le regard sur sa vie n'est pas joyeux. Or j'ai besoin de joie, de vie, de légèreté et de profondeur, de bienveillance et de générosité. J'ai trouvé cela dans le groupe de mes collègues devenues quasi-amies, d'une génération plus jeune que moi. J'apprécie énormément ce groupe féminin et pétillant, avec qui il est souvent question de relations de couple défaillantes. Parce que c'est leur réalité commune et que cela rencontre ma réalité d'autrefois. Nous nous entendons très bien et nous apprécions démonstrativement. 

 

Donc ce matin, avant l'aube, j'ai poursuivi ma lecture de la veille : la BD mentionnée en début de texte. Elle me touche, m'émeut, me permet de mieux comprendre le rapport aux personnes affectées par des maladies neuro-dégénératives. Je lis par petite lampées, afin de me laisser imprégner, mais aussi de ressentir vers quoi cela me renvoie. Mon père, sa dégénérescence. Ma mère,  qui "vivait morte", privée d'interactions avec ceux qu'elle aimait et qui l'aimaient. Saloperie de maladie !

 

Je lis, je lis... et je tombe sur cette case : 

 

 

Et là je sens couler sur mes joues des larmes que je ne retiens pas Je ne suis pas triste, c'est juste que ça résonne fort avec ce que je perçois en moi depuis quelques temps. Imperceptiblement je suis entré dans l'automne de ma vie. J'ai beau être en pleine forme physique, ne sentir aucune limite de ce côté-là (ce en quoi je me sens très chanceux), je mesure bien qu'une échéance certaine, quoique à date inconnue, a fait son nid dans mes pensées. Ces derniers temps l'idée devient plus palpable. Je n'en ai pas peur, l'ai bien intégrée, la vois prendre place avec une relative sérénité. Il n'empêche que je n'ai pas du tout envie d'en voir le terme. Ce en quoi je me différencie de mon père qui, résigné, glisse lentement vers l'atonie. Mais il est vrai qu'à côté de lui je ne suis qu'un gamin...

 

Ce n'est pas la perspective de ma propre fin (ou pas que) qui a déclenché mon émotion, mais celle de la fin des liens qui existent avec mes enfants et ma présence à la vie. J'ai pas envie que ça se termine ! « J'ai pas fini, j'ai pas fini ! » clamait le poète dans le bouleversant "Le temps qui reste". Mes larmes furent de joie, de gratitude face à cette émotion qui me submergeait, mais aussi teintées d'un chagrin face à l'inéluctable finitude qui nous achèvera tous, tôt ou tard. Un jour je céderai la place, c'est absolument naturel. Je vais aussi "disparaître" de l'horizon de mes descendants comme mon père disparaît du notre.

 

Il se trouve que, par coïncidence, il y a quelques jours seulement, la grande famille collatérale s'est réunie pour accompagner une de mes cousines qui venait de perdre son mari. Un homme attentif aux autres, généreux, érudit, apprécié. Mais de ça, les métastases cancéreuses s'en foutent. « Je ne me suis pas préparée à être veuve », m'a t'elle glissé, émue, quand on s'est pris dans les bras. Tous, nous nous comme retrouvés ensuite et c'était un bon moment. Heureux, triste et joyeux à la fois. Nous étions plus intensément vivants ensemble, reliés. Six mois plus tôt, au même endroit, on avait enterré le père de ma belle-soeur. Quatre ans plus tôt, toujours au même endroit, on venait choisir le cercueil pour ma mère. Encore avant, d'autres membres de la famille avaient été mis en bière ici. Et, pour la première fois, je me suis dit qu'un jour c'est moi qui serai dans la boite, peut-être au même endroit !

 

Ne vous méprenez pas sur la tonalité de ce texte, en ce jour de célébration d'une nativité bimillénaire : je ne fais que célébrer la vie et les liens qu'elle nous permet de tisser. Ils nous rendent forts et infiniment vivants.

 

9 décembre 2025

Principe vivant

> Suite de "Après l'amour"

 

Aborder la question de la liberté au sein des relations juste après avoir écrit un texte évoquant ma post-relation avec celle qui fut longtemps une précieuse alliée, voilà un cheminement de pensée que je n'avais pas anticipé. Il aura suffi, pour cela, que je ressente le malaise instantané qu'a pu susciter un micro-évènement d'interaction avec elle. Par rapport à la sérénité relationnelle durablement installée que je vivais depuis des mois, le décrochage a été net. Et ce, seulement parce que la compagne d'autrefois n'a pas jugé utile de répondre à un courrier affectueux que je lui ai adressé... J'assume évidemment l'entière responsabilité de mon ressenti désagréable. Je ne vais pas lui "reprocher" de n'avoir pas répondu à mon initiative. C'est son choix et je n'ai aucune exigence à formuler à cet égard. Je ne peux que constater, une fois de plus, le décalage inapproprié de mon souhait/désir - assez flou au demeurant - de fluidifier le peu de contacts que nous avons encore. En fait, si je me mets à l'écoute de ce qui a motivé ma démarche, je me rends compte que j'aimerais pouvoir retrouver ma dimension "vivante" en sa présence, plutôt que redouter je ne sais quelle remarque piquant ma sensibilité. Celles-ci pouvant arriver au moment où je ne m'y attends pas [quoique, à force...]. Je perçois, je sens, j'ai l'intuition qu'elle se méfie de moi. Ou plutôt du souvenir qu'elle a de celui que j'étais, teinté de représentations postérieures qui me sont inconnues et dans lesquelles je ne me reconnaîtrais sans doute pas. Après tant d'années déconnectés l'un de l'autre, son imaginaire comme le mien ont forcément généré des réalités parallèles. Je pourrais en prendre acte et me dire qu'après tout nous n'avons plus grand chose en commun [hormis des enfants et petits-enfants, ce qui est loin d'être insignifiant]. Opter pour une forme d'indifférence, de semi-effacement. Un peu comme lorsque, occasionnellement, nous nous côtoyons dans une réunion familiale : on évite les croisements de regard, sans pour autant se tourner le dos. Nos interactions sont restreintes. Parfois ça se passe bien, et j'apprécie ces brefs moments d'échange sans tensions. Je crois alors que nous sommes parvenus à avoir enfin retrouvé une relation apaisée. Mais d'autres fois je perçois je ne sais quoi de gêne, de malaise, d'étrangeté. D'étrangèreté, même. Nous sommes comme redevenus des étrangers l'un pour l'autre. En apparence, du moins...

 

Euh... quel est le lien entre ce que je décris et les hommes immatures et violents mentionnés dans mon texte précédent ? Pas grand chose, si ce n'est le fait d'avoir, comme eux, un jour senti le vide s'ouvrir sous mes pieds en apprenant la menace, puis la décision d'un divorce. Ce qui diffère, c'est qu'il ne m'est alors pas venu un instant à l'idée de contrer sa démarche. J'ai consenti à tout ce qu'elle me demandait, quoi qu'il m'en coûte [non sans désarroi ni tristesse]. Je n'ai refusé qu'une seule exigence, qui m'aurait conduit à un reniement... et c'est ce qui l'a décidée à trancher dans le vif. Un autre jour je me suis mis en colère, parce qu'elle tentait d'abuser du "pouvoir" que je lui laissais avoir sur moi, alors maximalement conciliant afin que tout se passe au mieux. Ce jour-là je lui ai déclaré que si vraiment elle voulait que les choses se passent mal entre nous, alors elle me trouverait en face. Ma détermination l'a visiblement convaincue puisqu'elle n'a pas recommencé. Finalement notre divorce s'est passé... disons... "en douceur". Au mieux, en amis. Sans autre violence que celle résultant du processus douloureux inhérent à la séparation. J'ai cru longtemps que notre entente apparente durerait, moyennant quelques ajustements au fil du temps. J'étais confiant : nous trouverions bien un moyen de rester en lien "de confiance". Dans mon esprit il ne pouvait en être autrement. Jusqu'à ce que je réalise, bien après le divorce, que mon alliée d'autrefois ne l'entendait pas ainsi. L'invitation que je lui fis de prendre un moment pour discuter ensemble, faire le point et clarifier ce qui pouvait gagner à l'être, me fut refusée. Abasourdi, sonné, j'ai instantanément compris que je n'avais plus sa confiance et quelque chose s'est douloureusement rétracté en moi. Depuis ce jour, ayant compris que la peur qu'elle avait de moi la rendait distante, j'ai adopté un profil bas. Je n'ai plus rien proposé, plus rien entrepris. Docilité maximale, en vue de ne pas aggraver la situation. En l'écrivant je prends conscience qu'en sa présence, depuis des années, je nie mon principe vivant. Je m'efface, par crainte de ses réactions dont je crains le potentiel vulnérant. Neutre et insipide, je n'ai plus tenté d'humour avec elle, ni même avec nos enfants en sa présence. Mais que suis-je devenu ? C'est simple : je ne me reconnais pas !

 

En mettant cela en mots je réalise à quel point la retenue que je m'inflige, véritable négation de moi-même, m'affecte souterrainement, insidieusement, en étant restée invisible à ma conscience. Il aura donc suffit d'un micro-évènement pour que cette tristesse contenue jaillisse, teintée d'une colère muette et d'un sentiment d'injustice. Se retenir d'être soi, c'est non seulement idiot, mais aussi mortifère. Je ne gagne rien à fuir un éventuel différend avec elle [hypothèse pessimiste]. Ma posture d'humilité rampante devient auto-humiliante. Ce qui est... fort peu admirable.

 

Cessez d'être gentil, soyez vrai, ai-je lu autrefois. Ce titre me rappelle le chemin à suivre...

En cherchant le lien vers cet ouvrage, je suis tombé sur la vidéo présentée, qui m'a absolument réjoui. Je vous la conseille si mes écrits erratiques ont suscité quelque écho en vous. Quant à moi, je sais que déjà elle m'a ouvert des portes que, bien que connues, je ne franchis pas assez.

 

( à suivre, peut-être...)

En Margeride, Lozère, juin 2025

7 décembre 2025

Après l'amour

 

Que devient l'amour lorsqu'il n'est plus partagé, ou plus partageable ? Tout comme les souvenirs communs, mémoire organique et traces matérielles que chacun se réapproprie, les sentiments autrefois conjugués ensemble sont-ils repris par devers soi ? Mais on en fait quoi, de ce passé désormais détaché du pot commun ? On garde ? on jette ? on trie comment ? on oublie tout ? on passe à autre chose ? 

 

Et le lien, on en fait quoi ? On coupe net ? on tranche dans le vif ? on le distend ? on l'étire jusqu'à la rupture ? on se voit encore ? ou plus du tout ? Et si on est pas d'accord avec les besoins de l'autre ? et si l'autre s'accroche ? et s'il devient menaçant ?

 

Et combien de temps faut-il pour opérer cette mue ? 
 

* *

Autorisez-moi une parenthèse de digression :


Il y a quatre mois, une de mes collègues trentenaires - que j'appellerai ici Juliette - a commencé à me parler, en hésitant un peu, de remous au sein de son couple. Après une situation tendue elle venait de dire à son compagnon qu'elle se sentait mal dans leur relation. Elle lui proposait qu'ils suivent ensemble une thérapie de couple. Il refusa catégoriquement. Quelques semaines plus tard, la situation se détériorant sans perspectives d'amélioration, Juliette lui a annoncé qu'elle allait vers une séparation. Là il s'est effondré émotionnellement, puis psychiquement. Son histoire d'enfance, poinçonnée par un traumatisme dissimulé jusque-là à Juliette, est remontée à la surface. Pleurant toute la journée, incapable de se rendre au travail et avec des propos suicidaires, il a été hospitalisé en centre psychiatrique. Une dizaine de jours plus tard il a demandé à en sortir, ne supportant pas ce régime d'isolement familial. Juliette était inquiète pour lui, soucieuse de ne pas brusquer les choses mais attentive a maintenir son propre cap. Je l'ai soutenue en ce sens. Prévenante, elle a encouragé son compagnon à se faire aider par un psy. Lui : pas question ! Jour après jour, avec une insistance croissante, il a supplié sa compagne de revenir sur sa décision. Elle a tenu bon. Alors il est devenu menaçant avec elle, jalousement suspicieux, manipulateur avec leurs enfants. À tel point que, vraiment inquiète, elle a dû faire appel aux gendarmes, qui ont été à l'écoute et réactifs. Rapidement convoqué, l'homme n'a pas tenu compte de cette sérieuse alerte par rapport à ses dérapages et a continué son détestable manège. Alors il a été mis en garde à vue et, depuis peu, il a interdiction de s'approcher de son domicile.

 

Scénario désolant, hélas trop banal. Quatre de mes collègues femmes subissent actuellement les comportements immatures et malveillants d'hommes dont elles se sont séparées, pères de leurs enfants. Mais c'est quoi ces hommes ? Comment ont-ils été construits pour imaginer que leurs exigences prévalent sur la liberté existentielle des autres ?

 

Oui, bien sûr, il peut être (très) douloureux de perdre un support affectif "aimant", rassurant, réconfortant. Difficile de se confronter seul au réel. Et pour certains, difficile de constater qu'ils n'ont pas le pouvoir d'influer sur les décisions de celles qui ne supportent plus leur "amour" égoïste. Frustrés de constater leur impuissance, ces hommes en viennent à user de la force des faibles : la violence. Pauvres hommes, pauvres petites choses fragiles... Je les vois comme "victimes" (consentantes) d'un système pathologique visant à perpétuer dominations et inégalités... à leur profit. Un système duquel chacun dispose pourtant du pouvoir de s'extirper. C'est là que le statut de "victime" (ici non dénué d'avantages...) renvoie au principe de responsabilité : tu as le pouvoir de t'en affranchir ! En matière relationnelle, tu n'es pas condamné à rester victime d'une situation qui ne te convient pas. Ce qu'ont très bien compris les femmes qui s'émancipent de leurs oppresseurs.

 

* *

 

Je clos la parenthèse et reviens au point central de mon thème : que devient une relation après la perte de l'appui (l'étaiement narcissique ?) que représentait le ou la partenaire. Que ce soit sur le plan amoureux, affectif, sentimental, relationnel, conversationnel, sexuel, organisationnel ou... ménager [rayer les mentions inutiles].


Il me semble que, souvent, la méthode privilégiée pour de ne pas perdre l'équilibre est de... trouver au plus tôt un nouvel appui. Remplacer le ou la partenaire perçu comme défaillant·e par un·e autre de substitution. Un échange standard, en somme, pourvu que les fonctions requises soient assurées. L'élément de rechange sera généralement étiqueté sous la marque "Amour", qui se vend très bien. Et c'est reparti pour un tour !


Oui, je grossis le trait. C'est généralement plus nuancé. Mais force est de constater que malgré les évolutions sociétales, la quête de « sa moitié d'orange » reste la représentation dominante. S'apparier serait-il le chemin du bonheur, pour que tant de gens y aspirent ? Je sais : « le bonheur ne vaut que s'il est partagé ». Mais pas nécessairement avec une seule personne.

 

Régulièrement je l'écris : je vis seul. Cet état me priverait-il du bonheur ? Que nenni ! Récemment je me décrivais comme « un homme heureux ». Pas pour m'en auto-convaincre [vraiment ?], mais parce que je constate à quel point le fait de vivre librement et paisiblement me correspond. Je me régale de tout ce temps disponible, de n'avoir nulle "concession" [arghhh !] à faire, d'aller et venir (ou ne pas) où bon me semble, de voir (ou ne pas) qui je veux et quand je veux, de choisir ce que je mange et quand, si j'écoute France-culture, de la musique, ou préfère le silence, en fonction de mes envies du moment. Cette liberté, ô liberté chérie, m'est tellement douce à vivre ! Je sais bien que tout le monde n'est pas mentalement construit comme moi et mon expérience ne saurait évidemment pas être un modèle d'épanouissement. Mais à moi cela convient et m'apporte le bien-être (le bonheur ?) auquel tant de personnes semblent aspirer et difficilement trouver. Mais le plus important, à mes yeux, le graal, la merveille des merveilles, c'est que personne ne me fait de reproches pour ce que je suis (ou pas), fais (ou pas), pense (ou pas), dis (ou pas) ! 

 

Ce loooong détour tortueux, qui navigue entre désir de possession, emprise et liberté, m'amène enfin là où ma pensée m'a guidé : l'après-relation de couple. 

 

(à suivre)

 

 

 

 

 

 

6 décembre 2025

L'éloquence d'une non-réponse

 

Il était une fois, il y a un peu plus de quarante-cinq années, un jeune soupirant qui tournait depuis plusieurs lunes autour d'une jolie fille de son âge. Un beau jour d'été, surpassant ses doutes, il eut l'audace de lui déclarer sa flamme. Instantanément ils se trouvèrent étroitement serrés dans les bras l'un de l'autre, dans une proximité qui permit à la belle de l'embrasser fougueusement [sans lui avoir demandé son consentement, soit-dit en passant...]. Pour lui, c'était la toute première fois. Deux ans plus tard ils se marièrent et eurent... trois enfants.

 

Voici, en résumé express, le début d'une histoire dont je fus l'un des heureux protagonistes. Elle commence narrée comme un conte traditionnel parce que si la perspective d'un amour durable (entendre : jusqu'au bout de la vie) n'avait pas été solidement implantée dans mon esprit, il est probable que je n'aurais jamais osé faire une telle déclaration. Dans ma conscience de l'époque, un tel acte ne pouvait que sceller un pacte de solidarité éternelle. Oui, parfaitement : j'étais alors naïf et idéaliste ! Bon, d'accord, "niais", si vous préférez.

 

Moult lunes plus tard, il y a maintenant plus de vingt ans, je me souviens parfaitement du soir où j'ai eu cette conscience-là : c'est ma dernière nuit avec elle. Entre le premier baiser et cette dernière nuit blotti contre son corps, un quart de siècle de vie commune. Des projets partagés, des enfants, du bonheur et des galères ensemble, une intimité émotionnelle, sensible, de l'écoute et des disputes. De l'amour, quoi ! Et puis un jour, des jours, de multiples jours, craquelures qui se dessinent, fêlures qui se tracent. Jusqu'à ce que tout vole en éclats. Séparation. Déchirure. Divorce.

 

Lorsque cesse le présent partagé, que deviennent les souvenirs amoureusement engrangés ? D'abord ils ne se partagent plus, puis ne construisent plus "la légende du couple". Chacun se les approprie à sa façon, les colore ou les atténue, effectue un tri inconscient.

 

* * *

 

Au début de l'été 2025, celle qui fut autrefois mon épouse - quel terme réducteur ! - m'a rendu visite pour un motif utilitaire. Un outil à me demander ou à me rendre, je ne sais plus. Cela lui arrive de temps en temps, de passer me voir pour une raison quelconque. Une ou deux fois par an tout au plus, à sa convenance. C'est elle qui en décide. Moi ? Je ne lui demande ni ne lui propose plus rien. J'ai bien compris la leçon, qui fut rude, de la distance qu'elle instaurait entre nous. Alors quand elle est chez moi, tous les deux un peu empruntés, nous parlons de nos enfants, de nos activités respectives, de nos loisirs. Nos échanges restent assez superficiels, non engageants, entre règles de courtoisie et évitement des sujets sensibles. Pourquoi vient-elle encore discuter avec moi ? Attend-elle de ma part quelque chose dont j'ignore la teneur ? Je m'empêche d'y croire. Il arrive cependant qu'elle me fasse part d'éléments un peu plus personnels, en lien avec notre ancienne vie commune. Je l'écoute, attentif, mais vigilant à ne rien demander au-delà de ce qu'elle me confie. Je sens qu'il est important pour elle que j'entende ses paroles et je les accueille volontiers. Occasionnellement je la laisse glisser quelques mots dont je pressens l'acidité diffuse. Rien de méchant, seulement les traces d'une rancune que je sens encore présente, ou d'une peur à mon égard. Du moins c'est ainsi que je l'interprète. Je n'en dis évidemment rien, par souci d'éviter le moindre remous.

 

Surprenante retenue de ma part, pourrait-on penser. Oui, je fais profil bas.

 

Au début de l'été, donc, par je ne sais quel détour elle en est venue à me glisser, au détour d'une phrase, « un jour tu as dit que notre mariage a été un échec ». Surpris par cette assertion, qui m'a parue totalement étrangère à ma perception, j'ai manifesté mon étonnement en ce sens. Nous n'avons pas approfondi la chose sur le moment et la discussion s'est poursuivie sur le même mode : des choses à dire pour elle, une grande prudence par rapport à tout sujet "sensible" de mon côté. Lorsqu'elle fut partie, je me suis senti mal à l'aise, un peu turlupiné par ses assertions. Encombré, chiffonné. Comme si elle venait d'instiller je ne sais quel subtil poison, à peine perceptible. Ce n'était pas la première fois que je ressentais un trouble après l'avoir écoutée.

 

Je me suis rendu compte que n'avais plus envie d'être le réceptacle de ces saupoudrages aigrelets. Pourquoi ai-je enduré cela à plusieurs reprises, sans mot dire ? Relents d'une sensation de culpabilité à amender, peut-être. Soumission à visée pacificatrice...

 

J'ai laissé passer quelques jours puis, gêné par cette indéfinissable sensation de malaise, je lui ai écrit. Aucun reproche dans mon courrier, bien au contraire. Je lui exprimais le plaisir que j'avais eu à partager notre vie commune, que je voyais comme une réussite, et le bonheur de voir nos enfants heureux dans leur vie.

 

Un mois est passé, sans réponse. Puis deux. J'avais fait en sorte que mon message ne demande aucun retour et m'étais préparé à une telle éventualité. Au troisième mois je me suis dit que peut-être mon mail ne lui était jamais parvenu, ou que son adresse n'était plus valable. En soi ce n'était pas vraiment gênant et sans effet notable sur moi, mais je ne souhaitais pas qu'elle reste sur une interprétation erronée. Sachant que nous serions en contact familial un mois plus tard, j'ai pensé que je pourrais lui demander ce qu'il en était à cette occasion. Ce que je fis, donc, à un moment où je pus lui dire discrètement, seul à seule. Elle me répondit que oui, elle avait bien reçu mon message.
C'est tout.
Alors, comme si j'étais gêné d'avoir posé la question, je me suis empressé de glisser, dans un sourire voulant marquer mon détachement, que mon courriel ne demandait pas de réponse. Surtout ne pas montrer que j'accordais de l'importance à ce qui, au vu de sa non-réponse assumée, n'en avait plus. Ce faisant c'est à moi, à mes ressentis, que j'ai nié la moindre importance...

 

Il me faut souvent un peu de temps pour analyser ce qui se joue dans l'émotion immédiate et la sensibilité de l'instant, particulièrement quand trop peu est dit. Particulièrement quand ça m'affecte sans que je sache où et pourquoi.

 

Mon courrier ? Il était foncièrement "gentil", cherchant à rétablir une vérité que j'imaginais douce à lire, rassurante, bienfaisante. En quelque sorte, je prenais soin d'elle et de notre relation - ce qu'il en reste - parce que, profondément, il me tient à coeur de restaurer/maintenir un fond de confiance, quelle que soit la nature de ma relation avec/sans elle. Pourquoi ? Parce que... je suis fait ainsi. J'irai même jusqu'à dire que c'est une condition "vitale" pour que je continue à être "vivant" dans ladite relation. Avec elle, dont je fus si proche autrefois, je me suis tellement mis à distance protectrice que je reste désormais dans une retenue persistante. Je ne sollicite plus rien.

 

Sauf que... en y pensant avec un peu de recul, mon message était bel et bien une main tendue. Un filin lancé vers l'autre côté. Une ouverture. Alors qu'elle ne se soit pas saisie de ce filin, qu'elle n'ait rien répondu... finalement, c'était une réponse en soi. Un silence éloquent. Et parce que j'ai vu cette non-réponse être assumée sans sourciller - scénario que je n'avais pas envisagé - je me vois touché là où je ne m'y attendais pas. Mouais, il reste des zones plus sensibles que je le croyais.

 

Parfait ! Cela m'ouvre de nouvelles pistes d'exploration.

 

 

Lozère, juin 2025

 

Sur le même thème, à propos duquel je fus prolixe autrefois :

15 novembre 2025

À l'automne finissant

 

Hier il faisait très doux, sous un ciel chargé de sable du Sahara. Les derniers arbres en feuilles, semblables à des flammèches, se distinguaient parmi leurs congénères en tenue d'hiver .

 

 

C'est en sous-bois que se nichaient les colorations tardives.

 

Parfois subtiles...

 

... parfois tonitruantes !

   

Fragments de paysages d'une diversité infinie, à observer feuille à feuille.

 

 

 

 

Le vent a soufflé fort, cette nuit.
Couleurs arrachées jonchant le sol.

La pluie est arrivée, intense.
Maintenant l'orage tonne.

Le froid arrive, en cet automne finissant.
 

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