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Alter et ego (Carnet)

Alter et ego (Carnet)
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8 août 2026

Prendre du recul

 

Avertissement : texte long et probablement indigeste. Il s’inscrit dans un parcours de conscience, décortique une pensée en mouvement. Rédigé il y a plus d’un mois, il a simplement été actualisé avant publication.

 

 

Après un mois de report, pour cause de préoccupations planétaires, je reviens au niveau microscopique et dérisoire de l’infime. Mon petit moi. Une phrase récalcitrante était restée en suspens le 25 juin, puis de nouveau le 10 juillet : « Je tente d’écrire, aussi, mais c’est plus compliqué ».

 

Un petit retour en arrière s’impose, si toutefois cela peut intéresser d'autres que mon petit moi.

 

Au début du mois de juin j’ai tenté d’écrire différemment : rédiger bref ; ouvrir mes textes à des thèmes divers qui ne seraient pas egocentrés ; écrire du joli saupoudré d’un peu de poésie. Sortir du registre habituel, quoi. Comme si je voulais m'assurer que j'en suis toujours capable. Et aussi pour faire diversion, parce qu’il m'insupportait que tant de "moi-je" s'étale sans vergogne.

 

Oui, je le sais maintenant, à ce moment-là j'ai fait diversion à plusieurs reprises, peu après avoir constaté que mon écriture était devenue hésitante et laborieuse. Un signe flagrant indiquant que quelque chose cherchait à se dire. Or ce blog existe précisément pour cela : voir émerger ce que je ne sais pas avoir en moi.

 

Le 18 mai, dans "La sensation de solitude", j'introduisais ainsi mon propos : « Finaliser les derniers paragraphes de mon précédent billet m’a donné du fil à retordre. Il m’a été difficile de trouver les mots justes, au plus près de ce que je cherchais à signifier [ou qui cherchait à se dire ?], qui restait flou dans mon élaboration mentale ». Le billet précédent avait abordé la question de ma vie en solitaire et de l’éventualité d’un désir de rencontre. Un sujet aussi futile qu’essentiel, selon le point de vue.

 

Le 29 mai, je publiais une suite, "Faire le point", en ajoutant ce post-scriptum : Les bases de ce texte ont été rédigées le 19 mai, retouchées, amendées et retravaillées jusqu'à la date de publication. Dix jours de maturation et de peaufinage, donc. C'était inhabituel. Dans l’ultime phrase, longuement soupesée, je lâchais, mon "scoop" : « Je ressens une attirance envers une femme ». Le lecteur n'imagine sans doute pas combien ces quelques mots - totalement anodins au demeurant - étaient porteurs d'enjeu pour son rédacteur, vantant depuis des années les bienfaits d’une solitude choisie [remarquez ici les circonlocutions du scripteur pour éviter le "je"]. L'effet de suspens était censé éveiller la curiosité, promettant implicitement une suite. 

 

Celle-ci fut rédigée le lendemain, agrémentée de façon à être réjouissante à lire pour le lectorat un peu au fait de mon récit de vie. Elle n’était plus qu’à un clic de la publication… et là j’ai bloqué. Tel quel, mon récit était trop engageant, donnait trop d’indices. Je n’assumais pas de le livrer ainsi, mentionnant publiquement une personne - alias Jade - qui, quoique non identifiable, ignorait que je m’apprêtais à divulguer avec autant de désinvolture des éléments la concernant. Il aurait fallu qu’auparavant j’obtienne son consentement ce que, au vu des circonstances, il m’était impossible de demander. J’en ai conclu que je n’avais d’autre choix que de gommer nombre d’éléments trop précis et effacer le contexte qui, certes, aurait donné du pétillant au récit, mais en me mettant en position irrespectueuse par rapport à sa personne et la confiance qu’elle m’accorde. Alors, bien sûr, j’aurais aussi pu escamoter ce texte, et tant pis pour la révélation laissée en suspens. J’ai préféré opter pour la demi-mesure, non sans frustration. Car ainsi raboté, aseptisé, banalisé, mon texte devint particulièrement plat. Mon « scoop », privé de saveur, en perdit tout attrait. Chplof !

 

 

Une non-idylle

 

À ce trouble est venu s’ajouter un second élément : quelques lectrices s’étaient déjà réjouies, via les commentaires, de ce que pouvait augurer ladite « attirance ». Or le texte préparé n’allait pas dans le sens d’une émoustillante idylle à venir. Ce que j’envisageais n’en prenait pas la tournure, pour moult raisons que je n’énumèrerai pas. Dès lors je me suis senti mal à l’aise, gêné d’avoir suscité un plaisir relativement enthousiaste [tel que je l’ai perçu] chez mes lectrices alors que je savais, de façon quasi certaine, que mon attirance allait devoir être sublimée en ce que j’ai décrit comme « une relation de confiance/confidence ».

 

J’ai donc revu mon texte, le modifiant à plusieurs reprises en approfondissant ma réflexion. Ce faisant, j’ai réussi à cerner la part fantasmatique de cette attirance. Celle-ci se fonde en partie sur mon imaginaire relationnel. Ainsi j’ai pu préciser ce que j’appelle « fantasme de rapprochement », qui correspond à des attentes relativement circonscrites, quoiqu’encore un peu floues. Tout cela était en latence dans mon esprit, inopinément extrait de sa torpeur sentimentale. De ce fait, l’assemblage des idées a été assez fluide. Mon texte initial s’est donc trouvé notablement allongé par l’incorporation de pistes explicatives, que je savais cependant incomplètes et nécessitant une élaboration complémentaire.

 

Lorsque j’ai publié le texte, intitulé Attirance, je n’étais pas très à l’aise. Un seul commentaire a suivi : « Waouh, quel texte ! Intimiste et presque intimidant, je me sens un peu voyeuriste en te lisant  »

 

Voyeuriste ? Me dévoilerais-je dans l'excès ? Ce à quoi j’ai répondu : « Texte intime, c'est vrai, très personnel et presque impudique. Aux limites de ce que je peux exprimer sur ce blog. Douze jours d'ajouts, suppressions et retouches entre le premier jet et la publication, quand même ;) »

 

 

Le trop dit

 

En fait je m’étais mis en déséquilibre. J’ai « trop » livré [ou imposé ?] de mes réflexions intimes. Je me suis surexposé (cf. mon texte "Surexposition intime"). Après quelques jours dans cette position inconfortable, intenable à long terme, hop, j’ai digressé. J’ai changé de sujet… et donc fait diversion.

 

Célestine l’a bien senti, mettant en évidence, dans un commentaire, la digression. Toutefois ladite digression n’était que conjoncturelle, davantage pour rattraper/marquer quelque chose de gênant que nouvelle orientation de la tonalité de mes écrits.
 

Quoique…

 

Est-ce que la situation n’indiquait pas, avec insistance, une opportunité de changement ? L’emploi d’un terme sensiblement équivalent (digression/diversion) dans ma réflexion et dans le commentaire de Célestine m’interrogea. Ne deviendrait-il pas nécessaire de changer quelque chose dans mon rapport à l’écriture publique ?

 

Anecdotiquement j’ai remarqué que le long et intimiste "Attirance" n’a suscité qu’un seul commentaire, tandis que le très bref "Tableau vivant", joliment poétique, avait inspiré cinq commentatrices. Que puis-je en déduire ? Que le bref et léger plait davantage que le long et rébarbatif ? Sans doute. Mais ai-je envie de recevoir des commentaires agréables davantage que de poursuivre mon chemin de conscience ? Non. Chercher à plaire au lectorat plutôt que d'entretenir la fonction d'échange, stimulante et nourricière, du blog ? Non plus. Alors m’abstraire de l’attente latente de commentaires ? Probablement…

 

Peut-être revenir aux origines : l'écriture ouverte à la lecture mais sans possibilité de commenter en public ? Ou dissocier les espaces d'écriture ? Vieux serpent de mer de mes interrogations...

 

Comme pour contrebalancer mes hésitations, dernièrement, les quelques textes que j’ai rédigés par rapport aux impasses humano-planétaires ont induit pas mal de commentaires, parfois fort développés. Il est apparu avec évidence que l’espace dédié était inadapté pour des échanges de type conversationnel. Dès lors s’est ravivée la question du changement de plateforme. Voilà déjà pas mal de temps que je m’interroge sur l’éventuelle ouverture d’un nouvel espace d’écriture. Mais pour servir quel objectif ? Avec quelles attentes et quels souhaits ? Changer d’espace alors que je m’interroge sur le sens de cette écriture ouverte, qui consiste à s’exposer en attente de validation ? Alors que mon inclination a toujours été de partager des réflexions, s’enrichir mutuellement, tout en ne voulant pas privilégier un entre-soi conversationnel ?

 

 

Vers quoi ?

 

Cette tambouille interne n’intéressera probablement pas grand-monde. Elle a cependant son importance puisque, depuis que mon écriture est ouverte à la lecture, j’observe ce qu’engendre l’interaction induite. Je suis donc bien au cœur de mon sujet !

 

Je le suis d’autant plus que le travail de compilation de mes écrits pour impression/archivage me conduit à relire quelques-uns de mes textes anciens et que les effets de l’interaction dans le processus de conscientisation apparaît avec évidence. Ces derniers temps, pour prendre un exemple récent, certains commentaires ou leur absence ont joué un rôle en orientant mon expression… ou sa retenue.

 

Alors que ce blog va prochainement passer ses 21 ans d’existence, tout cela mérite réflexion, prise de recul et clarification.

 

 

 

 

 

2 août 2026

Couleur d'orange

Ne pas s'exprimer ne signifie pas que l'on n'a rien à dire. Au contraire, ce peut être le signe d'une incapacité à le faire. Par manque de temps, par gêne, par confusion mentale ou toute autre raison ne permettant pas de laisser se dérouler le fil des mots.

 

J'étais déjà en période de doute, un peu perplexe quant à la tonalité et l'orientation de mes écrits, lorsqu'est survenue la conjonctions d'évènements climatiques de l'été : canicules à répétions, sécheresse généralisée et série d'incendies culminant avec celui de Gironde entraînant l'évacuation de 220.000 personnes à proximité de Bordeaux. Là, je suis entré en état de sidération. Non pour les évènements eux-mêmes - prévus depuis des années à une échéance incertaine quoique proche - mais par la libération de la parole et l'effet de sidération d'une majorité de la population française, voire européenne. En quelque sorte, je suis entré en résonance avec cette sidération alors que moi-même je ne la ressentais pas. Au contraire, il y avait comme une fébrilité en moi à voir enfin réagir de toute part. Il y avait manifestement une sensation de catastrophe perçue comme "inattendue". J'ai ressenti une amère satisfaction, celle des disciples de Cassandre, pensant « ce n'est pas faute de vous avoir prévenus ». Et même une schadenfreude, cette joie malaisante à voir se réaliser envers d'autres ce que l'on redoute pour soi (le "soi" étant ici à assimiler au "nous").

 

Oui, j'étais mal à l'aise de constater les signes de désarroi, d'anxiété, de souffrance à travers les divers supports informationnels que je consultais, presque aussi fasciné, obnubilé, que lors des attentas du 11-septembre. J'ai passé des heures à lire le flux ininterrompu d'articles et de "posts" sur LinkedIn, chacun s'exprimant depuis son vécu, ses émotions, son savoir. Débordement. Tellement de mots, d'analyses à chaud, de compassion, de critiques, de recherche de coupables en tous genres... Une onde de secousses qui, sur le moment, m'a rappelé les espérances d'un "Monde d'après" 2020, plus vertueux, imaginant que l'après-confinement changerait quelque chose dans la suicidaire trajectoire de l'humanité. On sait ce qu'il en a été et il est probable que, sauf nouveaux évènements bien plus dramatiques (Coucou El Nino 2026), notre trajectoire nationale ne déviera pas d'un iota.

 

« Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange ». Cette phrase d'espérance, régulièrement citée par Célestine, prend son sens avec cette autre : « Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront ». Les vers d'Aragon sont beaux, incontestablement, et pourtant l'idée qu'ils diffusent se cogne brutalement à une réalité : ce jour n'est pas encore advenu. Cela acte le fait que les gens ne s'aiment pas ; ils ne s'aiment pas entre eux, ils ne s'aiment pas eux-mêmes en tant que partie d'un tout. Nous ne savons pas aimer ce que nous sommes ni aimer ce que nous vivons. Sinon, nous ne saccagerions pas cette terre de laquelle nous sommes nés.

 

« La terre est bleue comme une orange », écrivit aussi Aragon dans un autre poème. De nombreux jours sont devenus couleur d'orange un peu partout sur cette terre, sans que les gens s'aiment davantage. Et maintenant chez nous, en France, dans la démesure d'un "méga-incendie". « Notre maison brûle et... nous regardons ailleurs » la regardons brûler, pourrait aujourd'hui déclamer le grand poète Jacques Chirac.

Cette photo, devenue virale, est un instantané de Maximilien Lamy-AFP
Il en décrit les circonstances ici.

19 juillet 2026

Le chant des cigales

Une cigale chante dans mon jardin. Sous le climat provençal cette stridulation caractéristique serait d'une banale normalité. Enfant, durant les vacances d'été, j'ai toujours entendu les cigales en Provence. Mais là où je réside actuellement, en hauteur dans des collines faisant face au Massif de la Chartreuse, ce n'est tout simplement jamais arrivé. Ah si, une seule fois, il y a deux ans, durant quelques minutes. Avec mon fils, présent ce jour-là, nous nous étions regardés, stupéfaits par l'anormalité. J'avais tenté de l'enregistrer, mais sans succès. L'évènement avait été trop bref.

 

Cette année, cela fait quatre jours d'affilée que je l'entends. Plus étonnant encore, dimanche dernier c'est dans le Vercors, à 1200 m d'altitude, que j'ai entendu la cymbalisation de l'insecte  ! Je pourrais me réjouir de ces sonorités méditerranéennes à domicile, évoquant la chaleur des souvenirs d'enfance, les pins, le soleil. Mais non, la lancinante mélodie ne me réjouit pas. Elle m'inquiète. C'est le signe manifeste du changement climatique.

 

Bien sûr, depuis plusieurs années j'ai vu arriver des oliviers dans les jardins du secteur, des lauriers roses, des palmiers... autant d'espèces qui, il y a quelques décennies, il aurait été impensable de voir résister aux longs et froids hivers Dauphinois. Mais d'hiver, ici, il n'y a quasiment plus. Comme un contrepoint, en forêt j'ai pu constater la mort en masse de grands sapins, épicéas, hêtres, qui correspondaient aux conditions climatiques locales. Bref : le changement climatique est perceptible par les sens, en observant et écoutant la nature. Il l'est désormais aussi pour les humains, avec trois canicules d'affilée depuis la fin du mois de mai. Du jamais vu. Du jamais ressenti avec une telle intensité. S'y ajoutent des incendies majeurs dans des zones jusque-là jamais touchées avec une telle ampleur.

 

Alors forcément ça fait réagir. Beaucoup de gens découvrent la réalité concrète de ce que les scientifiques clament depuis des décennies. Il fait chaud, très chaud, c'est pénible et ça dure. Signe de l'évolution par la perception corporelle, les espaces de libre expression tels que les commentaires du journal Le Monde montrent une évolution notable. Même chose pour les publications sur LinkedIn, dont j'avais délaissé la lecture depuis plusieurs mois. Sans m'être livré à une recension rigoureuse, je constate à la fois le nombre de publications et la fréquence d'irruption du sujet chez des personnes qui habituellement n'en parlent pas. Et pas seulement pour dire "j'ai trop chaud", mais pour rappeler que cette chaleur n'est que la conséquence de notre inconséquence commune. Il y a irruption à large échelle de la notion de responsabilité personnelle (et une accusation des pouvoirs publics et des instances économiques, plus habituelle). Plus rares, mais cependant en nombre croissant, quelques cassandres rappellent que le changement climatique n'est qu'une des neuf limites planétaires que les humaines s'évertuent à dépasser...

 

Je ne m'étends pas davantage sur ce thème qui, par l'anxiété qu'il avive, n'a jamais suscité un fol enthousiasme ici ni ailleurs. Disons que je l'évoque cette fois comme repère temporel dans le flux irrégulier de ce blog.

10 juillet 2026

Tirer le fil de la queue

 

« Je tente d’écrire, aussi, mais c’est plus compliqué », ai-je subrepticement glissé en fin de mon précédent billet, il y a déjà deux semaine.

 

À cause de la 3eme canicule de l’été et des incendies ? Non.
Parce que j’utilise mon temps libre à autre chose ? Non plus.

 

Bien sûr j’observe l’état du monde et ce qu’en fait (ou pas) l’humanité ; une part de mon attention en est absorbée, mais sans que cela ne m’ait jamais empêché d’écrire.

 

Quoique...

 

Ne pas me sentir légitime à évoquer autre chose que ce qui me préoccupe « à grande échelle » est peut-être la cause de certaines périodes de mutisme. Surtout si le « autre chose » en question se réduit à mes cogitations autocentrées. Comme s’il y avait trop de décalage. Une sorte d’indécence à parler de soi. De fait, depuis deux semaines, mes préoccupations égotiques sont passée au second, voire au troisième plan. Mais peut-être que cela m’a convenu, aussi, se sortir de mon microcosme réflexif ? Bref : je me suis tu !

 

Pour autant, n’avais-je rien à dire ? Certainement pas.
Vu sous un autre angle, est-ce important de consigner ce que je suis tenté d’exprimer ? Rien n’est moins sûr. Pour qui cherche à vivre l’instant, "le récit de soi" n’est probablement pas le meilleur moyen, sauf pour ce qui est du plaisir instantané de transcrire pensées, émotions, sensations. Le plaisir d’écrire en tant qu’acte créatif. Or, si ce plaisir existe bien chez moi, il se double d’intentions qui, elles, ne sont pas dans le champ du présent. Intention de comprendre, de décrire, d’analyser, d’établir des ponts entre l’expérience vécue et je ne sais quel futur. Comme si je m’adressais à des destinataires hypothétiques, que je charge de représentations : vous lecteurs, dans un futur quasi-immédiat ; moi-même, dans une large latitude de temporalité puisqu’elle va du futur instantané - quelques secondes de décalage entre la pensée qui précède le mot déposé et sa transmutation en voyant les mots décrire cette pensée en mouvement – et le futur, aussi lointain qu’incertain, de celui que je cherche à devenir. C’est un peu vertigineux. Et puis il y a « les autres », que j’imagine : mes enfants, un jour peut-être, à échéance totalement aléatoire ; mais aussi un lectorat inconnu (qui ne s’exprime pas) et un probable lectorat semi-connu… lorsque je déposerai mes écrits à l’Association pour l’Autobiographie. Cette perspective a toujours existé dans mon esprit mais, jusque-là, restait très lointaine, abstraite. Depuis que j’ai entrepris d’imprimer le contenu de ce blog avec l’objectif du dépôt (et la conservation d’exemplaires chez moi à destination de ma descendance), je ressens la charge que représente l’expression de soi dans le « vrai monde ». Il ne s’agit plus d’écrits immatériels mais de mots imprimés sur du papier.

 

Qu’est-ce que ça change ? Peut-être pas « tout », mais quand même pas mal de choses, sans que je sache en évaluer l'ampleur ni par quel biais. C’est comme si je « lâchais » mes écrits, avec l’impossibilité de revenir en arrière. Un blog, ça peut être supprimé d’un seul clic, mais des écrits papiers en plusieurs exemplaires, c’est fait pour rester. C’est d’ailleurs précisément pour servir cet objectif que je les imprime.

 

Actuellement je travaille sur la mise en page de mes textes des années 2006 à 2009. Calibrer pour adapter textes et photos au format du livre, c’est assez long et fastidieux. Forcément je relis certains passages… et le doute m’étreint quant à ce que je m’apprête à « lâcher ». Je pense en particulier à ce qui concerne d’autres que moi, avec qui j’ai été en interaction. En analysant mes propres réactions j’ai très souvent contextualisé les situations, décrivant ainsi ce que je percevais des attitudes, réactions et comportements d’autrui. Naturellement c’est subjectif, partiel et partial. Bien souvent ces personnes ignorent ce que j’ai rapporté à leur propos, ignorent que d’autres en ont lu la description et l’interprétation que j’en faisais. Tant que j’en restais à des présentations garantissant leur anonymat « dans le vrai monde », j’ai considéré qu’il n’y avait pas d’enjeu. Mais la microdiffusion de mes écrits en version papier peut changer la donne. En particulier envers mes enfants, pour qui  certains des pseudonymes que j’ai utilisés seront d’une totale transparence. Or j’ai abondamment donné ma version des faits lorsque nous nous sommes séparés, avec leur mère. Bon, ils en ont aussi été les témoins directs, mais sans doute ne connaissent-ils pas les raisons exactes de ma démarche d’émancipation. Ils connaissent aussi mon entourage familial, dont il m’est arrivé d’évoquer la perception que j’en avais. Et puis il y a celle que j’ai nommé Artémis, qui n’aimerait certainement pas que je diffuse ce que j’ai dit d’elle… et qu’elle-même n’aimerait sans doute pas lire.

 

J’ai déjà beaucoup réfléchi, antérieurement, aux conséquences de l’expression personnelle quand elle concerne d’autres que soi. Mon lectorat le plus ancien se souvient peut-être de la mésaventure en cinémascope dans laquelle je me suis laissé emporter par rapport à une autre écrivante du net, avec qui j'étais lié. À l’époque j’avais opté pour une grande transparence par rapport à ma perception de la situation. Je pensais, avec force, que cette clarté pouvait être bénéfique ; elle s’est révélée être profondément délétère. D’où ma prudence, depuis… qui se trouve re-questionnée avec la publication sur papier. Pour le moment je me réserve le droit de caviarder, éventuellement, certains passages potentiellement gênants.

 

Bon… je suppose que ces considérations sur la publication de l’intime n’intéresseront pas outre mesure. Mais c’est le pacte tacite entre-nous : j’écris selon mon inspiration. Si elle ne suscite rien de votre côté, vous zapperez sans vergogne et je n’en saurai rien.

 

________

 

 

Tout ce qui précède se voulait être introductif de ce que j’avais prévu d’évoquer, à savoir tirer le fil de ce que signifiait ce petit bout de phrase, queue du texte précédent : « Je tente d’écrire, aussi, mais c’est plus compliqué ». Manifestement, la complication avait des tiroirs à double-fond. Toutefois, au vu de la longueur déjà écrite, je reporte le décorticage de ladite phrase à une date ultérieure.

25 juin 2026

Non-évènements

Chaleur écrasante, 72 départements en alerte rouge. Plus de 40° en France et le record de température moyenne battu, lui-même dépassé dès le lendemain. Autant de non-évènements puisque tout se déroule comme annoncé depuis des décennies. Les médias en font des tonnes, les politiques s'étonnent, les habitants bougonnent… et on n’en parlera plus dans quelques jours. Jusqu'aux prochains records (qui ne sauraient tarder). 

 

Dans moins d’une semaine je serai à la retraite. Non-évènement là aussi, puisque tout se déroule selon le planning prévu, finement réajusté. Ralentissement en douceur. Dès le lendemain je commencerai un nouveau travail, à raison de 7h par semaine. Rythme idéal, qui me permet de continuer à m’impliquer pour ce qui me motive et maintenir une régularité d’échanges professionnels.

 

Partir en vacances ? Je ne le prévois pas, ne ressentant ni le besoin de bouger, ni celui de changer d’air. L’envie viendra plus tard, je suppose. Pour le moment je prends le temps de vivre là où je suis en apprivoisant la vastitude du temps libéré.

 

Depuis que je dispose de ses largesses je m’adonne à des activités de découverte de mon lieu de vie. Hier, écoute des oiseaux dans le matin naissant : 28 espèces identifiées.

 

Je tente d’écrire, aussi, mais c’est plus compliqué.

 

 

18 juin 2026

Tableau vivant

L'été est arrivé avant le solstice du même nom. Les foins sont coupés, le ciel est durablement bleu, la chaleur devient pesante. Je l'ai bien sentie, hier en fin de journée, en pédalant sur la route parcourue jusque chez moi après le travail.

 

Ce matin je me suis levé lorsque le soleil commençait à étaler son pinceau doré sur les collines. Je l'ai vu prendre en assurance et en luminosité, balayant de ses rayons latéraux le paysage, s'infiltrant à travers les arbres et les haies. Les ombres démesurément allongées zébraient les champs fauchés ras. Jusqu'à ce que voie les premiers éclats arriver là, devant moi, dans le jardin. Chaque aspérité du terrain, chaque brin d'herbe, le moindre relief marque son importance, avant d'être aplani par l'inéluctable ascendance quotidienne de l'astre solaire. Le silence est encore là.

 

Ce soir le tableau vivant inversé se dessinera en allongeant ses ombres jusqu'à la nuit.

16 juin 2026

Passer sa vie à se chercher

Une phrase entendue dans "À voix nue", sur France Culture : « On peut passer sa vie à se chercher ». Ces quelque mots happent mes pensées. Passer sa vie à se chercher...  Est-ce à dire que l'on pourrait ne pas se trouver ? Comme vivre à côté de soi, en quête d'un soi inconnu ? Un soi étranger à soi, un soi qui n'est pas vraiment soi, est-ce possible ?

 

L'homme qui l'a prononcée s'est dit issu d'une famille aimante, qui lui aurait permis de suivre son chemin et ainsi de « se trouver ». Sans que ce soit une garantie de plein épanouissement, peut-être y a-t-il là des conditions favorables. Edouard Durand est juge, protecteur des enfants contre les violences qui leurs sont faites.

 

Si mon cheminement professionnel m'a permis de me trouver - ou du moins de trouver un milieu qui m'a convenu - il n'en a pas été de même pour ma vie relationnelle. Je crois que je ne me suis toujours pas trouvé. Je ne me sens pas en adéquation avec une sorte de jumeau dans la peau duquel je ne parviens pas à rentrer. Comme si je me voyais/sentais "à côté de moi". C'est très pratique pour s'autoanalyser mais désagréable à vivre. Comme si une part de moi ne parvenait pas à s'épanouir. Rien de grave, juste une sensation de décalage.

 

Le temps vécu en solitaire me permet de faire coïncider la perception avec le réel. D'être moi, sans interférences avec l'altérité.

 

 

 

10 juin 2026

S'exprimer c'est s'exposer

 

Parler de soi (qu'il s'agisse de dire ce que l'on fait, pense, ressent, souhaite ou redoute), écrire à partir de soi (qu'il s'agisse d'expérience, d'émotions, d'analyses, de ressentis), mais aussi créer (musique, danse, photographie, peinture, cinéma...) c'est d'abord laisser son "moi-profond" s'exprimer. Conscient et inconscient, à travers le corps, le coeur, le mental, sans omettre la temporalité. S'exprimer, c'est aussi présupposer, implicitement, que "ce qui vient de soi" intéressera/nourrira autrui. D'abord répondre à un besoin en soi, puis trouver une satisfaction pour soi, enfin s'en ouvrir aux autres. Simple quidam ou grand auteur, artiste, journaliste, vidéaste, "influenceur", l'individu qui s'exprime cherche, en échange de ce qu'il "donne" (ou vend), une gratification (reconnaissance). L'expression de soi nécessite donc un minimum d'auto-estime. Il faut croire en soi pour oser s'exposer.

 

Le terme s'exposer est à double sens : se montrer/dévoiler ; être vu/lu/entendu. S'exposer c'est prendre le risque/la chance de toucher, d'être apprécié, reconnu... ou critiqué, rejeté, voire dénigré et même, dans certains cas, tué. Le phénomène est exacerbé depuis la (dé)socialisation numérique généralisée.

 

Ou veux-je en venir, avec une telle entrée en matière ?

 

Figurez-vous que, sur proposition de Bernard M., lui même ancien blogueur, mais surtout membre éminent de l'APA et fin connaisseur des écrits numériques, j'ai entrepris d'imprimer l'intégralité de ce blog afin d'en confier la conservation à cette association. L'argument qui a fait mouche, c'est d'avoir considéré la valeur patrimoniale de mes écrits, quant aux reflets d'une époque. Tant qu'il s'agissait de déposer mes écrits personnels, je rechignais devant l'ampleur de la tâche... et l'intérêt tout relatif de mes cogitations égocentrées, parfois un peu trop intimement exposées. Mais présenté sous l'angle du témoignage autobiographique d'une époque - celle de la montée en puissance de l'expression personnelle publique -, c'est autre chose.

 

Vous voyez le lien entre ce paragraphe et mon entrée en matière ?

 

« Il faut croire en soi pour oser s'exposer ».
Ou peut-être croire qu'en soi il y a quelque chose de suffisamment interessant pour l'exposer ?

 

Pour assembler mes écrits numériques sous forme papier, il m'a fallu les reprendre depuis l'origine. Le premier volume est donc celui de l'année 2005. D'abord il m'a fallu remettre les textes dans l'ordre chronologique (sur le blog ils apparaissent en sens inverse). Ensuite j'ai cherché sous quel format les présenter, afin que cela corresponde au mieux, dans l'esprit, au "format blog". Ce sera 16 x 24 cm. Dans un souci d'authenticité, j'ai conservé la typographie, les couleurs, conservé les photos (qui expriment aussi quelque chose). Si j'ai bien conservé le fond et la forme, j'ai cependant corrigé les erreurs orthographiques (trop nombreuses à mon goût) et typographiques. Tout cela représente un travail non négligeable de recalibrage. Si, durant cette opération, j'ai bien parcouru l'intégralité des textes, c'était avec le regard du correcteur, pas celui du lecteur. Il n'empêche que je me suis arrêté sur certains textes ou paragraphes qui "résonnaient" fort pour celui que je suis vingt-et-un ans plus tard. Constater la fidélité de mes pensées d'aujourd'hui à celle d'hier m'a surpris. D'un côté je vois la constance manifestant la solidité de mes convictions, de l'autre il y a la désagréable sensation de me voir confirmer et reconfirmer indéfiniment les mêmes idées. Comme si... je doutais encore de moi ; de ce que je sais de moi. Vous voyez le problème de celui qui ici s'exprime ? Douter de soi, alors que l'on s'expose et que cela nécessite confiance en soi, n'est-ce pas une attitude paradoxale ? Avancer sur cette ligne de crête a toujours été au coeur de ma démarche (et pourrait bien le rester indéfiniment...).

 

J'ai fait imprimer un premier exemplaire-test, pour "voir ce que ça donne". Le résultat m'a plu, qualitativement et esthétiquement. La taille des caractères m'a toutefois parue un peu trop importante, surtout quand j'ai commencé à préparer l'année 2006. Car si l'année 2005, commencée en août, tenait en 170 pages, l'année 2006 complète, au même format, dépasserait les 400 ! J'ai donc retravaillé plus finement la composition du texte, rétrécissant d'un cran la taille des caractère et resserrant les interlignes. J'ai aussi ajouté, en notes de bas de page, les références des liens hypertexte. Tout ça représente pas mal de temps de travail.

 

 

Maintenant je n'ai plus qu'a répéter l'opération pour les 19 volumes suivants...

 

Reste la question des commentaires ! Ils sont intrinsèquement liés à ma démarche d'écriture, nourrissant souvent échanges de points de vue et se développant parfois sur une longueur considérablement supérieure au texte initial. S'il me paraît complexe de les intégrer aux textes, tant pour des raisons de lisibilité globale que de volume de papier, je réfléchis encore à une possibilité : des volumes annexes compilant les échanges les plus signifiants, représentatifs de la richesse des conversations ainsi constituées. Affaire à suivre.

 

 

9 juin 2026

Sagesse ou faiblesse ?

Il arrive fréquemment qu'après avoir publié un billet de blog une envie de suite m'invite à développer ou préciser l'idée déposée là. C'est le cas pour le précédent billet, qui mentionnait mon choix, ancien, de ne pas commenter l'actualité.

 

Il arrive aussi que je change carrément de sujet lorsque je préfère ne pas développer davantage, mais chut !

 

Ce choix, je m'y tiens généralement, bien que certains faits mettent en vibration une large palette d'émotions. Mais il faut vraiment que je ressente un "besoin" de m'épancher pour aller jusqu'à l'écrire.

 

Si je ne commente pas l'actualité c'est parce que j'estime n'avoir pas suffisamment de connaissance pour donner un avis quelque peu pertinent. Voire impertinent. Si c'est pour seulement exprimer comment cela m'affecte, je ne vois pas trop l'intérêt d'en faire part. Vous me direz que décrire mes états d'âme et réflexions à propos de ce que je vis ou ressens dans le quotidien ne présente pas davantage d'intérêt ! C'est vrai. Et pourtant je me laisse volontiers aller à cette description autocentrée. Mais je crois que le mécanisme n'est pas du tout le même : je cherche alors moins à "exprimer" qu'à "comprendre". Mes écrits autocentrés correspondent à une élaboration à connotation analytique et à vocation rassérénante. Autant je me peux me sentir incompétent pour apporter un éclairage singulier à propos des sujets qui font l'actualité (à moins que ce ne soit l'actualité qui en fasse des sujets...), autant je me sens légitime quand il s'agit de décrire ce que je vis dans mes interactions avec le monde dans lequel j'interagis. C'est ma façon d'être au monde. Il m'importe cependant d'avoir ne serait-ce que l'impression que cela peut être utile à une ou deux personnes. Au moins...

 

Il y a quelques années, j'ai pensé utile de partager mon inquiétude quant à l'avenir proche de notre société complexe. Ici comme ailleurs j'ai fait chou-blanc. Constatant que cela était vain, j'ai cessé : je n'ai pas le pouvoir de changer le monde. Même si « sois le changement que tu veux voir dans le monde », je ne cherche plus à aller à contre-courant. Je me contente de changer ma façon d'être au monde. 

 

Mais je me demande : est-ce sagesse ou faiblesse ?

 

 

8 juin 2026

Archives en abîmes

 

« Je n'ai pas pour habitude de commenter l'actualité. D'une part parce que ce n'est pas la vocation de ce blog, d'autre part parce que j'estime ne pas m'informer suffisamment, et en tous cas pas davantage que ce que chacun peut apprendre par la presse grand public.

Il n'empêche que, tout déconnecté que je suis de la télévision, je me réveille quand même chaque matin avec les infos du monde sussurées par la radio. En ce moment c'est ce qui se passe au Liban qui me touche en profondeur. Je ne peux m'empêcher de réagir de façon émotionnelle. L'injustice m'a toujours révolté, tout comme la violence.

 

La disproportion des opérations engagées par l'état d'Israel (...) est manifestement aberrante. Pour cela tuer des centaines de personnes (ou même une seule !), pousser à l'exode des centaines de milliers d'autres, détruire des infrastructures, installer ainsi dans la détresse autant de personnes qui n'y sont pour rien... ça dépasse mon entendement.

Tout cela n'est pas justifié, ni justifiable.»

 

Ces mots ont... vingt ans. Datés du 22 juillet 2006, ils sont extraits d'un de mes billets de blog et sont, hélas, toujours d'actualité. En pire. À l'époque il s'agissait d'une réaction à l'enlèvement par le Hezbollah de deux soldats Israéliens (voir l'archive du Monde Diplomatique). À quoi a servi cette démesure "justicière", quand on voit où en est la situation aujourd'hui ? On sait à quoi l'engrenage de la violence peut conduire...

 

La ville millénaire de Tyr, au Liban, où l'urbanisation contemporaine et les sites historiques se côtoient (2012)

 

Ma ligne de conduite, qui consiste à ne pas commenter l'actualité, est restée la même mais l'effet de bégaiement de l'histoire au présent m'a frappé. Mêmes belligérants, mêmes lieux, même disproportions et injustice. Seules les époques différent. Vertige de la mise en abîme.

 

Si j'évoque cela aujourd'hui c'est parce que le hasard m'a mis face à ce texte de 2006 alors que j'effectue un important travail sur les archives de ce blog. J'y reviendrai probablement.

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