À l'origine
La mise en mots fertiliserait-elle l'expression ? Avoir publié un texte visant à sortir de mon silence, hier, a relancé mon désir d'écrire. Je ne m'imposais aucun mutisme mais celui-ci avait pris place comme conséquence d'une fâcherie avec moi-même : j'assumais mal d'avoir dérogé à des principes que je m'étais fixés de longue date. À savoir : ne pas évoquer des affaires privées pouvant porter préjudice à autrui ou à moi-même. En l'occurrence, je m'en voulais d'avoir tenté de parler d'autrui sans son consentement, mais je m'en voulais aussi d'avoir renoncé à le faire... afin de préserver mes intérêts.
Je m'explique : il y a quelques mois je me suis ouvert, dans le monde réel, de ma pratique de l'écriture personnelle sur internet. Cela a suscité une petite curiosité (« on peut te lire ? »), sans plus. J'ai alors envisagé de donner l'adresse de ce blog au petit groupe de collègues-amies à qui j'en avais parlé. Rapidement je me suis rendu compte qu'ainsi je prenais le risque de me surexposer dans le registre intime et devenir trop "transparent" à mon goût. En avais-je envie ? En contrepoint j'étais tenté de m'ouvrir dans ce registre personnel, faire preuve de sincérité, en imaginant que cela permettrait des échanges plus approfondis sur des thèmes d'intérêt commun. Hésitant, je restais assez circonspect. Dans le doute, laissant la place à d'éventuelles demandes de se formuler, j'ai laissé ma réflexion en plan.
Est venu le jour où, dans un accès de transparence, j'ai écrit le texte intitulé "Attirance". Lorsqu'il fut prêt à être publié, j'ai retenu in extremis mon doigt cliqueur en pensant précisément à l'éventuelle lecture de ce texte par des personnes du monde réel. Je n'avais pas envie de rendre accessible ce type d'états d'âme. J'ai donc gommé - comme je l'ai déjà expliqué - tout élément compromettant, aseptisant mon texte jusqu'à le rendre insipide. Autocensure manifeste, donc.
L'autocensure, bien que j'emploie peu ce terme dans mes écrits, est au coeur de mon questionnement depuis l'origine. Ce blog fut créé pour m'affranchir d'une altération pesante de ma liberté d'expression, par effet d'autocensure croissante apparue dans un journal antérieur, lui-même né pour observer le paradoxe que constitue l'écriture extime (écriture de l'intime ouverte aux regards). En bref : depuis vingt-six ans je publie mes réflexions autour de l'expression de soi. C'est le fondement-même de ce ma démarche d'écriture. Elle n'existerait tout simplement pas sans ce questionnement originel. Ce blog n'existerait pas sans cette orientation fondamentale et il est peu probable que j'en aurais ouvert un sur un quelconque autre thème me tenant à coeur. Les diverses tentatives que j'ai faites se sont toutes soldées par un abandon relativement rapide. Seul le sujet d'origine m'a suffisamment motivé pour perdurer aussi longtemps. Un temps dopé par le volet "relations amoureuses et sentimentales", qui s'est tari, le blog a tenu. Agrémenté de quelques fioritures photographiques et réflexions annexes, il a su rester suffisamment digeste pour rester attractif. Car tout l'intérêt de la démarche était d'avoir un lectorat suffisamment large pour favoriser l'échange et le dialogue [qui tend, hélas, à se raréfier mais c'est un autre sujet].
En outre, ayant fermé mon journal il y a deux ans, pour mettre un terme à ma propension à décortiquer indéfiniment les ressorts de ce qui m'anime, le blog a eu tendance à se raviver en abordant des cogitations intimes... un peu trop personnelles. Ce n'était pas sa vocation. Il était censé rester à distance de ma sphère sensible. Autrement dit : j'ai dépassé les limites que j'avais posées au départ. D'où la "prise de recul" en cours, qui mènera forcément à des ajustements. Ils sont encore imprécis mais plusieurs axes se sont déjà dessinés.
Le premier consiste à bannir le volet intime gênant. Celui qui crée un malaise après publication. Le second est d'assumer le fait que des textes comme celui que vous lisez actuellement puissent n'intéresser que moi ! Et éventuellement n'entraîner aucun commentaire, pour cette raison-même. Finalement c'est ce qui fait l'originalité de ma démarche, c'est ce qui m'intéresse, c'est ce que j'ai envie de continuer à explorer et à voir conservé. En d'autres termes : c'est sa raison d'être ! Je me recentre donc sur mon thème d'origine... et tant pis s'il ne devait intéresser que moi. Ce qui n'est probablement pas le cas : étant en période de relecture de mes écrits anciens, je mesure mieux tout l'intérêt d'une telle démarche introspective. Non seulement pour celui qui l'écrit, en observant un cheminement de conscience au long cours, mais aussi pour les personnes qui s'intéressent à ce genre de parcours de façon générale. Je pense ici aux personnes passionnées d'autobiographie, comme les membres de l'APA. Je pense aussi aux chercheurs de différentes disciplines ayant trait à l'écriture de soi. Sans forfanterie, je crois pouvoir dire que ce à quoi je me livre depuis un quart de siècle est relativement unique. Voire résolument unique. Car - et peut-être est-ce un peu prétentieux de l'imaginer - à ce jour, je n'ai pas connaissance d'autre exemple concertant l'auto-analyse en continu des interactions écrivant-lecteur dans le monde d'internet.
Le travail de publication papier auquel je me livre actuellement découle de cette prise de conscience de l'unicité probable de mon "oeuvre", consécutivement à l'appel du pied fait par Bernard M., co-président de l'APA et fin connaisseur du monde des blogs "Récit de soi".
J'y passe un temps conséquent, ayant mesuré la valeur patrimoniale de ce témoignage ancré dans une époque. Je crois utile de préciser que la perspective d'un monde incertain, dans lequel l'accès à internet ne sera peut-être pas aussi facile qu'aujourd'hui, motive ma hâte d'en venir à bout.
[Ben non, y'a pas d'image aujourd'hui]
/image%2F1147477%2F20260814%2Fob_fb2aa7_1786714750792.jpg)
/image%2F1147477%2F20260802%2Fob_990166_1785139574956.jpeg)