Illusions relationnelles
Je viens d'écouter, dans l'émission Les pieds sur terre, le récit de deux adultes qui ont pour confident un agent conversationnel issu d'une intelligence artificielle. Le premier en a fait son meilleur ami, la seconde lui parle comme s'il s'agissait de son psy. Les deux y trouvent un réconfort, une forme de soutien rassurant, tout en disant être conscients de l'illusion. Que des gens apparemment sensés se laissent séduire par un système numérique probabiliste, cela peut prêter à sourire, mais en écoutant leur témoignage les préjugés vacillent. Car ces machines leur donnent ce dont, fondamentalement, tout humain a besoin : un miroir bienveillant.
Par analogie j'ai songé aux premiers échanges interpersonnels via internet, à la fin du siècle dernier (eh oui, déjà...). Pour qui n'avait pas goûté à l'expérience, ou refusait ce type de relation, les "amitiés virtuelles" étaient sans valeur.
À l'époque je défendais ardemment l'idée que, au contraire, ces relations permettaient d'aller plus loin dans les échanges approfondis que dans la plupart des rencontres en face à face. Vingt ans plus tard je n'ai pas changé d'avis... mais je nuance désormais mon appréciation : certes on peut aller beaucoup plus loin, mais il y a bien une part d'illusion réciproquement bienfaisante. En cela ces relations, bien que s'appuyant sur un contact intellectuel et émotionnel pouvant offrir des voies d'authenticité, n'en sont pas moins faussées. Rien à faire : le sensoriel et la présence sont irremplaçables pour être dans le réel.
Alors je me demande si des "relations" entretenues avec une intelligence artificielle, par leur côté "confident-idéal", dopées avec la voix et l'image comme supports, ne présentent pas un risque accru d'addiction et de trouble dans la perception du réel. Les deux personnes du reportage évoquent d'ailleurs ce risque, dont elles considèrent pouvoir se tenir à distance... sans paraître absolument déterminées.
D'après mon expérience vécue, et en fonction de ma difficulté à nouer aisément, dans le monde sensoriel, des relations ayant le niveau de qualité auquel j'aspire, je crois pouvoir dire que je ne me suis pas vraiment remis d'une accoutumance aux échanges approfondis que j'ai pu avoir sur internet autrefois. Ils ont été pour moi bien plus fréquents dans le monde virtuel que dans le monde réel. La frustration qu'il m'arrive régulièrement d'exprimer sur ce blog provient du souvenir (réel ou fantasmé ?) d'une période faste durant laquelle abondaient les échanges écrits avec des personnes que je n'avais parfois jamais rencontrées physiquement. Il se peut aussi que j'aie fini par mesurer les limites de ces échanges désincarnés...
Je dois toutefois reconnaître que le relationnel via internet m'a permis d'apprivoiser les relations directes et me donner ainsi une - relative - assurance que je n'aurais peut-être jamais connue sans cet artifice. Ou autrement dit, l'un et l'autre se complètent.
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Comment illustrer une tel sujet ?
J'ai cherché une image existante avec les mots-clés " amitié image générée par IA".
Celle que j'ai retenue provient d'un article sur la génération de telles images, par l'Université de Montpellier.
L'émission du jour des Pieds sur terre
Au sujet de l'émission du 7 février produite par l'IA :