Canalblog Tous les blogs Top blogs Environnement & Bio
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Alter et ego (Carnet)
Alter et ego (Carnet)
Derniers commentaires
Archives
Newsletter
1 septembre 2025

Illusions relationnelles

Je viens d'écouter, dans l'émission Les pieds sur terre, le récit de deux adultes qui ont pour confident un agent conversationnel issu d'une intelligence artificielle. Le premier en a fait son meilleur ami, la seconde lui parle comme s'il s'agissait de son psy. Les deux y trouvent un réconfort, une forme de soutien rassurant, tout en disant être conscients de l'illusion. Que des gens apparemment sensés se laissent séduire par un système numérique probabiliste, cela peut prêter à sourire, mais en écoutant leur témoignage les préjugés vacillent. Car ces machines leur donnent ce dont, fondamentalement, tout humain a besoin : un miroir bienveillant.

 

Par analogie j'ai songé aux premiers échanges interpersonnels via internet, à la fin du siècle dernier (eh oui, déjà...). Pour qui n'avait pas goûté à l'expérience, ou refusait ce type de relation, les "amitiés virtuelles" étaient sans valeur.

 

À l'époque je défendais ardemment l'idée que, au contraire, ces relations permettaient d'aller plus loin dans les échanges approfondis que dans la plupart des rencontres en face à face. Vingt ans plus tard je n'ai pas changé d'avis... mais je nuance désormais mon appréciation : certes on peut aller beaucoup plus loin, mais il y a bien une part d'illusion réciproquement bienfaisante. En cela ces relations, bien que s'appuyant sur un contact intellectuel et émotionnel pouvant offrir des voies d'authenticité, n'en sont pas moins faussées. Rien à faire : le sensoriel et la présence sont irremplaçables pour être dans le réel.

 

Alors je me demande si des "relations" entretenues avec une intelligence artificielle, par leur côté "confident-idéal", dopées avec la voix et l'image comme supports, ne présentent pas un risque accru d'addiction et de trouble dans la perception du réel. Les deux personnes du reportage évoquent d'ailleurs ce risque, dont elles considèrent pouvoir se tenir à distance... sans paraître absolument déterminées.

 

D'après mon expérience vécue, et en fonction de ma difficulté à nouer aisément, dans le monde sensoriel, des relations ayant le niveau de qualité auquel j'aspire, je crois pouvoir dire que je ne me suis pas vraiment remis d'une accoutumance aux échanges approfondis que j'ai pu avoir sur internet autrefois. Ils ont été pour moi bien plus fréquents dans le monde virtuel que dans le monde réel. La frustration qu'il m'arrive régulièrement d'exprimer sur ce blog provient du souvenir (réel ou fantasmé ?) d'une période faste durant laquelle abondaient les échanges écrits avec des personnes que je n'avais parfois jamais rencontrées physiquement. Il se peut aussi que j'aie fini par mesurer les limites de ces échanges désincarnés...

 

Je dois toutefois reconnaître que le relationnel via internet m'a permis d'apprivoiser les relations directes et me donner ainsi une - relative - assurance que je n'aurais peut-être jamais connue sans cet artifice. Ou autrement dit, l'un et l'autre se complètent.

 

Comment illustrer une tel sujet ?
J'ai cherché une image existante avec les mots-clés " amitié image générée par IA".

Celle que j'ai retenue provient d'un article sur la génération de telles images, par l'Université de Montpellier.


 

L'émission du jour des Pieds sur terre

 

Au sujet de l'émission du 7 février produite par l'IA :

Commentaires
J
Pffff, tout ça me dépasse grandement....<br /> Virtuel, artificiel ; quelle sera donc la prochaine étape... L'immortalité ?<br /> Sujet intéressant bien métrisé, tu ne fais pas les choses à moitié 😀 <br /> Bonne fin de semaine, Pierre.<br /> Bises venteuses.<br /> Julie
Répondre
P
La prochaine étape ? Le réel et ses limites :)<br /> <br /> Merci pour l'appréciation, Julie.<br /> Belle journée à toi.
J
Comprendre réalité virtuelle, intelligence artificielle 😀
C
« le sensoriel et la présence sont irremplaçables pour être dans le réel.»<br /> Tout est dit dans cette simple phrase. J'en fais la délicieuse expérience chaque jour. Et je crois que les relations virtuelles ne sauraient être confondues avec les réelles : elles ne jouent pas le même rôle, elles ne sont pas sur le même plan, elles ont une grande utilité (ne te l'ai-je pas dit, dernièrement ? Ton blog m'a beaucoup enrichie sur le plan personnel) mais elles ne stimulent pas les mêmes zones du cerveau. Autrement dit, ta conclusion est très juste : les deux types de relations se complètent. Le langage est vecteur de communication. Refuser les relations virtuelles est aussi idiot que de se murer dans sa tour d'ivoire et ne rencontrer personne. Mais ne vivre que dans le virtuel n'est pas bon non plus.<br /> En ce qui concerne l'idée de savoir quand elles ont vu le jour, je pense qu'elles remontent bien plus loin que la fin du vingtième siècle : la correspondance est vieille de plusieurs siècles...<br /> Madame de Sévigné entretenait des relations épistolaires poussées (et donc virtuelles) cela ne l'empêchait pas d'être aussi une femme de chair et de sang incarnée dans des relations bien réelles. <br /> Le courrier du coeur, il y a longtemps, servait bien à confier à une illustre inconnue ses peines et ses tourments amoureux...Cela faisait certainement du bien à la personne qui l'utilisait.<br /> Quant à l'illusion... Combien de manipulateurs et trices entretiennent leurs proies dans illusion de l'amour, tissant une toile pernicieuse et destructrice bien réelle ?<br />  •.¸¸.•*`*•.¸¸☆
Répondre
C
Tu as tout à fait raison : une correspondance écrite, avec tout ce qu'elle véhicule d'imaginaire, est bien une relation virtuelle ! En fait l'imaginaire ne nous est-il pas consubstantiel ? Dans le monde réel lui-même, notre imaginaire peut aisément nous porter vers le "virtuel". Par exemple en prêtant des intentions à l'autre, "bonnes" ou "mauvaises". Peut-on même s'empêcher de donner un sens à ce que l'on ignore ? Il suffit d'un support et l'imaginaire s'y greffe.<br /> <br /> Bien avant que le terme n'entre dans les usages les romans, les films, les contes, la peinture, l'art rupestre étaient déjà des représentations, donc des réalités virtuelles. À ceci près que l'illusion est connue, et recherchée comme telle. En revanche elle l'est moins pour les religions, l'animisme et moult croyances...<br /> <br /> Qu'en sera t-il avec l'IA ? Ne va t-on pas tendre vers l'indiscernable ? En perdant peu à peu le moyen de savoir ce qui est réel ou pas, comment pourra-t-on faire la part des choses ? Je repense à cette histoire d'un gars qui, lors d'une rencontre en visioconférence avec le staff de son entreprise, s'est fait gruger de quelques millions de dollars en répondant à la demande de son patron... qui n'était qu'un avatar, image et voix ! <br /> <br /> Et à côté de ces "Deep fakes", certains dédoublent le réel en proposant des faits alternatifs...<br /> <br /> Bref... pour l'heure, je ne sais quelle conclusion tirer de tout ça ;)
M
Ravie de lire votre billet. On ne se rencontrera jamais mais j'aime beaucoup votre analyse.
Répondre
C
Merci Madame Chapeau. On ne se rencontrera sans doute pas, mais on se croise de temps en temps chez Célestine.