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Alter et ego (Carnet)
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26 janvier 2025

Traces

Tandis que l'humanité glisse imperceptiblement vers l'abîme sans réagir, je fais comme nombre de mes contemporains : vivre au présent. Feindre l'insouciance. Tant que, vu d'ici, « tout va bien », pourquoi donc s'inquiéter ? Après tout, il suffit de ne pas trop regarder au loin, ni près, ni ce qui déplait ; ne pas trop écouter la rumeur du monde ni les alarmes qui, depuis longtemps, s'ajoutent les unes aux autres dans une cacophonie étouffée ; ne pas manger de nourriture pesticidée ni boire d'eau contaminée ; ne pas respirer les effluves nauséabondes que dégage la reptation des idées brunes. Le sursaut collectif ne venant pas, je me contente d'assister à l'effritement commun puisque, visiblement, il n'y a rien d'autre à faire qu'attendre la déréliction.

 

Et,  globalement, regarder ailleurs tandis que la maison brûle est plutôt efficace. Temporairement. Tant que c'est possible...

 

Ce préambule indispensable étant lourdement posé, me voici libre de convoler avec l'insoutenable légèreté de mon existence. Car oui, si je fais abstraction de la pesanteur de ma conscience, jusque-là tout va bien. Et plutôt que de me projeter vers un futur anxiogène, je peux, outre vivre le temps présent, me retourner vers un passé rassurant en ce sens qu'il ne recèle aucune incertitude existentielle.

 

 

* * *

 

À l'automne 2021 nous, frères et soeurs, avions entrepris de vider ensemble la maison parentale. Là-même où nous vécûmes notre enfance. Cette maison, nos parents l'avaient définitivement quittée une dizaine d'années plus tôt, pour cause de vieillesse. Vide, elle risquait de se dégrader. L'invasion de l'Ukraine, quelques mois plus tard, reporta l'opération puisque mon frère nous proposa de mettre cette maison à disposition d'une famille de réfugiés. Ils y restèrent deux ans. L'automne 2024 vit donc la relance de l'opération de débarrassage, à raison d'un week-end par mois. Nous nous y sommes retrouvés dans la configuration de la fratrie originelle, souvent augmentée de conjoints et quelques uns de nos enfants.

 

Le quatrième épisode a été organisé pour que la presque totalité de la descendance puisse (re)découvrir les lieux de son passé. L'atmosphère fut enjouée, presque festive. Le temps d'un week-end, après des années de volets fermés, la maison a repris vie. Elle était animée. Pourtant mes parents étaient absents : l'une parce qu'elle est décédée (mais se serait réjouie de nous voir tous réunis), l'autre peu désireux de revenir en ce lieu lourd d'un passé qui s'efface. Chez eux, mais sans eux, notre génération et les deux suivantes ont investi la maison qui, quoique familière, était néanmoins porteuse de surprises : nous ne savions rien de certains objets, découvrions des albums de photos inconnus, des dessins, des correspondances. Dans un joyeux tumulte chaque pièce à été explorée du sous-sol au grenier, chacun à sa guise. Les divers objets, déjà recensés auparavant, ont été répartis entre les intéressés selon un savant calcul de préférences afin que personne ne se sente lésé.

 

Le dimanche, une grande tablée à rassemblé une douzaine de convives, représentants de trois générations, autour d'une généreuse choucroute. Les absents et leurs ancètres y avaient leur place : ils furent abondamment évoqués dans les conversations.

 

Parmi les anecdotes que je retiens, celle de la découverte de photos anciennes (plus que centenaires) du magnifique jardin exotique d'un « château appartenant à un riche anglais », à Cannes, et dont notre arrière-grand-père (pour ma génération) en avait été "chef-jardinier". Ce récit faisait partie de la légende familiale. Nous savions que notre ancètre était chargé d'entretenir tout au long de l'année le jardin de ce château, qui n'était habité que durant quelques mois d'hiver par ses propriétaires. J'avais déjà parcouru, avec une vague curiosité, le cahier qui gardait copie de toutes les lettres écrites pour les fonctions qu'il assurait : commandes de plantes et fournitures diverses, travaux à réaliser, etc. Une unique photo de lui au milieu de son équipe de six jardiniers, prise avant la Grande Guerre, nous était connue. Nous la retrouvions occasionnellement lorsque nous feuilletions, rarement, quelques anciens albums reliques aux lourdes pages cartonnées dorées sur tranche.

 

Nous ignorions qu'il en existait d'autres. Leur découverte fut une surprise, car elles étaient d'une autre nature : grand format, collées sur des plaques cartonnées indépendantes, séparées par une sorte de papier pelure et œuvre d'un photographe professionnel de l'époque (avait-il une des ces énormes boites sur trépied ?). Il y en a huit, présentant diverses vues d'un jardin planté de palmiers, yuccas, cycas. Une fausse grotte y apparaît, dans un assemblage de rochers plantés de cactées. Un petit kiosque est visible sur une autre photo, ainsi que la terrasse surplombant Cannes, à l'époque petite ville.

 

Profitant des atouts des nouvelles technologies nous avons "Googlé" le nom du château, pour voir s'il existait encore. Surprise : le jardin lui-même est répertorié... mais sous une forme postérieure à 1920, après remaniement complet. C'est à dire que l'ancien jardin a été entièrement détruit et reconstruit, de même que le château, pour mieux répondre aux goûts de l'époque.

 

De lien en lien j'ai découvert nombre de renseignements sur son propriétaire anglais : aristocrate, ancien officier, passionné de chevaux, ami d'une célèbre jardinière par qui il fit venir 34.000 bulbes de fleurs afin d'agrémenter les pelouses du parc. Après le décès de sa femme, en 1913, cet homme décida de ne jamais plus revenir puis, quelques années plus tard, de vendre le domaine. Il semble que mon arrière-grand-père ne resta pas avec le nouveau propriétaire.

 

Qu'est-ce qui me pousse à explorer ainsi le lointain passé ? C'est vieux, c'est mort, c'est fini, non ? Peut-être une soif de mieux connaître la branche familiale paternelle, dont je ne sais presque rien. Mon père n'a jamais été disert à ce sujet, à la différence de ma mère qui, depuis toujours, raconta abondamment son enfance et décrivait avec admiration son propre père. J'ai l'impression que cette riche histoire autour d'un seul personnage et son ascendance (enfant naturel, tardivement reconnu par un père adoptif) a complètement rempli le récit historique familial. Les trois autres grands-parents paraissaient n'avoir eu que des rôles mineurs, peu signifiants. Hormis leur généalogie, que mes parents ont retracée sur dix générations, je ne sais pas grand chose d'eux.

 

Lors de précédents épisodes de débarassage nous avions trouvé les recherches généalogiques de mes parents. Il y a là, pour qui s'y intéresse, une mine d'informations s'étalant sur plusieurs siècles (traces à partir du XVIIe). Dates et lieu de naissance, de mariage et de décès, mais aussi profession. Qui a changé de lieu ? Qui est resté dans le même village pendant des générations ? Depuis quand n'y a t-il plus d'agriculteurs dans cette famille ? De ces données il est aisé, avec quelques calculs, de comparer la durée de vie selon les générations, l'âge moyen à la date du mariage, les écarts entre hommes et femmes... Je m'y suis amusé il y a quelques jours.

 

Quelle est l'utilité de cette exploration du passé ? Peut-être simplement le plaisir de l'enquête et de la découverte. Ou bien l'assouvissement d'une curiosité prompte à apparaître chez moi quand il s'agit de racines. D'origine. À défaut de savoir vers quel monde nous allons collectivement, savoir au moins d'où je viens. Peut-être s'agit-il aussi de m'inscrire dans cette généalogie et de trouver un sens, quel qu'il soit, dans la succession de ces vies dont la part inconnue s'épaissit en fonction du temps écoulé. Les seuls traces restantes sont parfois des identités partielles : nom et prénom, c'est tout. Théoriquement, neuf générations avant moi, cela représente pas moins de 1024 personnes, sans qui je ne serais pas mais dont je ne porte le patronyme que d'un seul [c'est la même chose pour chacun de vous]. Je n'ai connu que quatre d'entre eux et ne saurais même pas nommer l'intégralité des huit parents de mes grand-parents !

 

Cela relativise l'importance de ce qui, aujourd'hui, constitue mon existence. Et l'importance de celle-ci pour influer sur la marche du monde...
 

Alors oui, vivre le présent, là où je suis !

 

Le jardin privé dont mon arrière-grand-père était "chef jardinier" (photo antérieure à 1914).
Il fut entièrement remanié (détruit) quelques années plus tard par un nouveau propriétaire.

 

Commentaires
C
Bonjour Pierre<br /> Depuis deux ans environ que je ne travaille plus, j'ai entrepris des recherches généalogiques et réalisation de mon arbre et celui de mon conjoint décédé, quelques 1500 personnes pour l'instant. <br /> Ça demande beaucoup d'heures de recherche mais quel plaisir de trouver des ancêtres jusque là inconnus aux bataillons, leurs origines, leurs métiers et force est de constater que lorsque j'en parle autour de moi beaucoup de membres de ma famille sont intéressés.<br /> J'en déduis que les racines ont une importance dans notre construction. Faute d'avoir un avenir rassurant, au moins le passé (même s'il vient d'être connu) est immuable, il a été par définition, encore plus quand on retrouve des photos , ce passé prend forme, devient bien réel.<br /> Par contre, je ne détourne pas la tête de ce futur annoncé, ça me terrifie. J'angoisse de voir les pires travers revenir à la surface, l'extrémisme, la bêtise crasse, l'individualisme, le culte de l'argent et de l'IA. Tout cela pendant qu'on utilise les ressources à l'extrême, qu'on bataille dans tous les coins de la terre, vraiment c'est plus qu'anxiogène. On recule dans notre humanité à grands pas. L'humanité n'apprend pas de ces erreurs, ce n'est pas glorieux mais peut-être qu'on doit à nouveau passer par là pour faire table rase. <br /> Je ne sais vraiment plus
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C
Bonjour Jane<br /> <br /> Bizarrement ton message ne m'a pas été signalé, d'où le délai de réponse...<br /> <br /> Je ne peux qu'être admiratif pour ce travail de généalogie que tu as entrepris. Pour ma part, jusque-là je me suis contenté de parcourir ce que mes parents ont collecté avec patience et ténacité dans les archives de nombreuses communes. Le vague projet qui m'anime, quand je serai à la retraite, c'est de recomposer l'histoire de ceux qui n'ont laissé que des traces éparses, à travers correspondances, cahiers de comptabilités, photographies et tout autre élément significatif. Bref, donner un peu de corps et d'esprit à ces quasi-inconnus, excepté leur patronyme et la durée de leur existence. Mais je ne suis pas encore à la retraite, hé hé...<br /> <br /> Je partage ton avis sur l'importance de connaître les racines de ce qui nous constitue. J'ai l'impression que cela nous ancre dans une histoire, explique des trajectoires, des comportements. Plus j'avance en âge et plus cela me semble porteur de sens.<br /> <br /> Et bien sûr explorer le passé ne détourne en rien de l'avenir. J'y pensais récemment, autour de l'idée du "ici et maintenant", qui serait le plus important à vivre. Certes, c'est là que vibre et palpite l'instant. Mais qu'est le présent sans ce qui l'a fait advenir et vers quoi nous l'orientons, le projetons ? J'ai l'impression que la dimension du présent est plus ample lorsqu'elle se relie à ses racines et à une hypothétique destination, aussi incertaine soit-elle. Pour moi cette "épaisseur du temps" est déterminante pour me sentir bien. Hélas je te rejoins : le futur qui semble se dessiner n'incite pas à l'enthousiasme ni à la légèreté. C'est un peu la descente vers l'abîme qui semble s'accentuer, s'accélérer, se précipiter. Ce n'est pas faute de l'avoir vu venir, mais cela semble se produire encore plus vite - et en pire - que ce que d'aucuns anticipaient. Et le plus sidérant... c'est que ça ne change pas grand chose au comportement de nombre de nos contemporains.<br /> <br /> J'évite de trop y penser, ce serait vite effrayant ;)<br /> <br /> Table rase ? Peut-être en viendrons-nous à passer par là. « À y passer », pourrais-je dire, hé hé.<br /> <br /> Je ne sais pas non plus. Impuissant, perplexe, inquiet, j'observe.<br /> <br /> Merci pour tes mots et ton partage de perception. C'est bon à lire :)
C
Petite remarque subsidiaire qui n'a rien à voir avec le sujet) Je suis ahurie de la façon dont les ingénieurs ont conçu la plate-forme overblog. Question suivi des conversations, c'est un désastre... N'ont pas entendu parler de l'ordre chronologique ? 😂
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C
Pfff, pareil que toi : je ne comprends pas cette logique. Je suppose que ce choix permet de voir les plus récentes contributions en premier et que la fonction "conversation" n'est pas privilégiée :(
C
« Puisque je n’ai pas les moyens de mes ambitions, »<br /> Cette phrase me fait réfléchir. Qu'est-ce qu'elle peut bien vouloir dire ? Voilà comme je la comprends : ton ambition serait-elle de fédérer un grand mouvement de masse planétaire, afin que les gens comprennent enfin qu'on est foutus ?<br /> Ton ambition serait-elle celle que l'on a à quinze ans, quand on se promet de changer le monde ? <br /> <br /> A quinze ans, on fonce. Mais quand je vois de quelle manière Greta Thunberg est traitée par certains médias, diffamée, dévalorisée... Il n'est que de lire cet extrait de son article Wikipedia : <br /> « Son discours radical et son ascension à une renommée mondiale ont fait d'elle un symbole pour de nombreux écologistes, mais aussi la cible de nombreuses critiques et réactions, parfois violentes. Ayant le syndrome d'Asperger, elle est aussi attaquée en raison de cette forme d'autisme. Sa manière de s'exprimer, son apparence physique, sa petite taille, son âge et son sexe l'exposent d'autant plus à des attaques personnelles. »<br /> Et pourtant, elle y croit, elle s'implique, elle s'engage, elle fédère...Et rien ne bouge. Le pot de terre et le pot de fer sont toujours là. <br /> <br /> Ensuite, on ne fonce plus, parce qu'on se rend compte peut-être que le combat est perdu d'avance. Alors on agit à son petit niveau (et encore bien imparfaitement) on ne tente plus de convaincre que les quelques personnes autour de nous qui nous semble intelligentes et aptes à "freiner" au lieu d'accélérer... En gros, on revoit ses ambitions à la baisse...<br />  •.¸¸.•*`*•.¸¸☆
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C
Je te rassure, si nécessaire, mes ambitions sont infiniment plus modestes que fédérer le moindre mouvement de masse, et encore moins "planétaire" :)<br /> Si je pouvais déjà percevoir que mes dires, mes actions, mes engagements, influent de façon significative sur quelques personnes autour de moi, j'y verrais un encouragement à persévérer. Ce n'est hélas pas le cas. Et le constat est le même auprès de celles et ceux qui agissent à leur modeste mesure pour alerter. La plupart finissent par baisser les bras, ce qui est désolant. Il faut disposer de sérieux atouts, en termes de capacités pédagogiques, de charisme, de réseau, pour émerger un tant soit peu... et n'aboutir qu'à des résultats dont on se demande s'ils sont mesurables. L'exemple que tu cites (Greta) est révélateur : autant d'investissement personnel pour... rien ! C'est la même chose pour les scientifiques de multiples disciplines, sommités dans leur domaine, qui amusent la galerie, qui n'en a rien à f...<br /> C'est affligeant, déprimant, révoltant, rageant (note qu'il y a autant de "négatif" que de "positif" dans cette énumération), mais c'est comme ça. Le mieux à faire est d'accepter cet état de fait, cette impuissance personnelle ET collective (parce que très très minoritaire) et se dire "advienne que pourra". Résignation, acceptation, abdication, sagesse... on peut y voir diverses facettes qui aboutissent à la même chose : laiser tomber. Patienter, aussi. Un jour viendra, couleur de je ne sais pas quoi, peut-être, ou pas.<br /> <br /> Non "les gens" (la grande masse d'entre eux, et même parmi les plus éduqués et à même de pleinement percevoir ce qui est en jeu) ne comprennent pas que quelque chose d'irrémédiable est en train de se produire, engagé depuis au moins une cinquantaine d'années. "Les gens" ne comprendront que quand ils seront directement affectés. Et je m'inclue dans ces gens. Il semble que nous ne sommes pas mentalement constitués pour saisir le danger tant qu'il n'est pas immédiat, là, devant nous. Quand il n'est plus temps de l'éviter...<br /> <br /> Hi hi, tu vois qu'il n'en faut pas beaucoup pour réveiller dans mon expression ce que d'aucuns nommeraient "pessimiste" (pour les plus aimables) ou "catastophiste", "profite de malheur" (pour ceux que leur mental "protège" trop efficacement (!?) de l'angoisse).<br /> <br /> Hum... je ne prendrai pas ombrage de ton allusion aux envolées adolescentes : ni moi ni d'autres ne « changeront le monde » avec leurs petits bras. Si le monde doit (peut ?) changer, cela se fera probablement dans la douleur, dans la lutte entre les partisans du status quo - voire de la conquête extra-planétaire - et ceux qui ont déjà compris, ou comprendront à leur heure, que le mode de vie que nous, occidentaux prédateurs et autres aspirants aux avantages à courte vue) conduit à un sabordage du milieu qui nous accueille.<br /> <br /> Ta conclusion et la mienne se rejoignent : on se rend compte que le combat est perdu d'avance (je note de ta part une résignation de fond). Mais une fois qu'on en est là, et pour peu que cet état soit stable (chez moi il ne l'est pas), que fait-on ? Cherche à convaincre ? Non seulement c'est vain, mais en outre c'est faire violence à l'autre. Donc non. Alors... on ferme sa gueule et on laisse chacun s'éveiller à son rythme, ou se renforcer dans ses convictions qu'une quelconque providence nous sauvera du désastre. C'est quasi-religieux.<br /> <br /> Donc je suis d'accord avec toi : revoir ses ambitions à la baisse. N'agir que par conscience, histoire de ne pas avoir trop honte de soi. Rester en lien avec les gens qu'on apprécie, qu'on aime. Se réchauffer de temps en temps avec d'autres "lucides" à peu près compatibles au niveau révolte et conscience.<br /> <br /> C'est l'équilibre instable autour duquel j'oscille, alternant échappées vers "l'ici et maintenant" et regards furtifs vers l'horizon qui se charge de nuages menaçants. Avec ce mantra absurde comme viatique : jusqu'ici, ça va ; jusqu'ici, ça va...<br /> <br /> Merci, ma chère Célestine, de me pousser (involontairement ?) à exprimer un peu plus en profondeur ce que je vis et ressens :)<br /> <br /> Je sens entre nos regards sur "le monde" (dont l'humanité n'est qu'une part), la perception que l'on en a, notre rapport à la temporalité et la philosophie de vie qui en découle, autant d'accointances que de lignes d'incertitude. Personnellement ces différences m'intéressent, c'est pourquoi j'apprécie beaucoup tes interventions fouillées, tes points de vues et les éventuelles divergences qui animent nos échanges :))<br /> <br /> Très belle soirée à toi !
C
Passionnant comme d'habitude mon cher Pierre.<br /> Une chose est certaine : s'il y a toujours quelque espoir de pouvoir apprendre d'où l'on vient, en revanche il est certain que l'on ne saura jamais où l'on va, ni collectivement ni individuellement.<br /> Le futur reste pour tous cette entité nébuleuse et génératrice d'angoisse, qui nous bouffe le mental et nous paralyse, malgré tous les Nostradamus et Madame Soleil...personne n'a jamais pu prédire l'avenir.<br /> Et puis, entre passé et futur, existe cette oasis que l'on appelle le présent.<br /> Le mot présent, est sémantiquement synonyme de cadeau. Et je crois vraiment que c'est ainsi qu'il convient de le prendre. <br /> Je vois qu'en ce sens, tu as bien avancé, si je puis me permettre cette remarque un peu prétentieuse...C'est mon vieux côté prof, que veux-tu. Ou disons que je me positionne un peu en grande soeur sur ce coup-là... <br /> Tu as avancé, mais on sent bien que ton instant présent est teinté de culpabilité, de regret de ne pouvoir faire autrement, bref, de certains sentiments négatifs qui doivent te gâcher un peu la sérénité...<br /> Cette sérénité qui selon toi, tiendrait de l'autruche. Oui c'est vrai, tout ne va pas bien. Mais tout ne va pas mal non plus. <br /> Tu parles de "la rumeur du monde". Mais quelle est-elle ? Celle qui nous déferle dessus à travers le filtre des médias ? <br /> Il fut un temps (peut-être celui de ton grand-père, où la rumeur du monde ne parvenait pas au fond des campagnes profondes. Les gens avaient d'autres problèmes que ceux des rois qui guerroyaient au loin. Est-ce pour cela qu'il fallait les juger inconscients ?<br /> <br /> Cela m'amène à la recherche de nos racines... Elle est fondamentale pour notre construction personnelle, et je comprends que l'on puisse prendre plaisir à découvrir ce que faisaient nos ancêtres. Pour certaines personnes, la généalogie est assimilable à une véritable psychothérapie. <br /> Mais nos racines profondes sont en nous avant tout. Dans ce qui fait la profondeur de notre être. Dans notre ancrage à la terre, à l'environnement, à l'univers. Aux autres aussi. Ceux qui traversent notre vie, qui "montent dans notre train" comme dit le beau texte de Jean d'Ormesson. Savoir qui l'on est me semble aussi important, voire plus important que savoir d'où l'on vient.<br /> <br /> En tout cas, ton ancêtre jardinier est un vrai personnage de roman. Je serais très fière d'avoir un tel aïeul.<br /> Affectueusement<br /> <br />  •.¸¸.•*`*•.¸¸☆
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C
Merci Célestine :)<br /> <br /> Et bien vois-tu, longtemps le futur ne m'a guère préoccupé. Je ne suis (je n'étais...) pas du genre anxieux. Si je devais avoir une devise, ce pourrait être « on verra bien ». Sauf que depuis quelques années la rumeur du monde est devenue plus forte, plus proche, plus palpable. Plus... envahissante. Il y a un effet de surinformation, c'est vrai, mais aussi de réalité concrète : les conditions d'existence du vivant se dégradent. Nous altérons gravement le milieu que nous avons colonisé. Et par rapport à ça Nostradamus et Madame Soleil peuvent aller se rhabiller (et avec eux celles et ceux qui accordent crédit aux bonimenteurs). Si personne ne peut prédire exactement l'avenir, il existe quand même nombre de personnes en capacité de décrire les conséquences de certaines actions et de décrire les risques que l'on prend à accélérer quand il faudrait freiner.<br /> <br /> Oui, bien sûr, le présent comme un cadeau à prendre maintenant, à vivre maintenant. Le présent autour de soi, là où l'on est. C'est le sens de mon billet. Teinté de... responsabilité (et d'acceptation) plutôt que de culpabilité. Teinté aussi de résignation, d’abdication. Je consens à « faire comme si ». Puisque je n’ai pas les moyens de mes ambitions, je réduis ces dernières. Je vise ce qui est à ma portée... sans oublier les conséquences de mon inaction.<br /> <br /> Je ne suis pas certain de pouvoir (vouloir ?) te suivre, grande sœur, même si ta philosophie de vie semble t’apporter une pleine sérénité. La mienne sera toujours partielle, temporaire, fluctuante. Pour la trouver, parfois, je me vois obligé de compartimenter, de mettre artificiellement à distance ce que j’appelle lucidité existentielle. Donc oui, « temporairement », je peux oublier ce qui me tracasse (m’effraie) et m’en extraire. <br /> <br /> La soif de lucidité est-elle un sentiment négatif ? Vous avez quatre heures…<br /> <br /> Tout ne va pas bien mais tout ne va pas mal ? Hum… je comprends la tentation du relativisme. Je suppose que toi-même tu n’es pas dupe de cette résistance de l’inconscient. Il ne s’agit pas que « tout » aille bien mais que l’on essaie d’éviter le pire. Vœu pieu, évidemment…<br /> <br /> Il se peut qu’en cherchant à être *un peu* lucide je fasse fausse route puisqu’au final cela me ronge l'âme sans être utile. De toutes façons cette pseudo-lucidité est sélective puisque je ne peux prendre que très lacunairement la mesure de ce qui advient. D’où l’abdication…<br /> Trouver l’équilibre entre connaissance/conscience et protection de soi (voire insouciance/indifférence) n’est pour moi pas chose facile. J'oscille entre deux pôles.<br /> <br /> Pour ce qui est des racines, je te rejoins : savoir d’où l’on vient n’a pour moi de sens que si cela permet de savoir qui l’on est. Mais qui l’on est provient en partie de qui nous « accompagné » dans notre éducation et de comment ces accompagnateurs ont été accompagnés dans leur propre éducation. C’est la chaîne des transmissions inconscientes, la psycho-généalogie. Qui suis-je, que transmets-je ?<br /> <br /> Je suis assez fier de mon ancêtre jardinier dont, en quelque sorte, sans le savoir, j’ai suivi la trace :)<br /> <br /> Je t'embrasse
J
Bonjour Pierre <br /> Le préambule du présent billet est rassurant 😊<br /> Quant à ton grand père, les Séquoias ne font pas des arbres à chats ! Grâce à lui, du sang Vert coule dans tes veines... 😊<br /> Douce semaine, bises.<br /> Julie
Répondre
C
Bonjour Julie<br /> <br /> Dois-je déduire de ton ajout que le début de mon préambule est inquiétant ? ;)<br /> <br /> Petite précision : le jardinier n'est pas mon grand-père, mais son père (donc mon arrière-grand-père). Son petit fils (donc mon père) sait à peine distinguer un palmier d'un séquoia, c'est dire combien les gènes sautent des générations :)<br /> <br /> Merci et belle semaine à toi !
J
Le dernier paragraphe du préambule est rassurant 😀