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Alter et ego (Carnet)
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28 février 2026

Élucubrations

 

Suite de ma série « Petites élucubrations à l'approche d'une bifurcation ».

 

L'imminence de ma bifurcation vers la liberté qu'offre la "mise en retrait" semble être propice à ce que les hasards des rencontres, des discussions, des lectures, des podcasts et autres sources extérieures de connaissance, me conduisent à de menues cogitations. Fugaces et de faible amplitude, je les accueille avec curiosité. Elles m'amènent à simplement rebattre les cartes de mon rapport au monde. L'époque des grands questionnements, âpres et impérieux, parfois douloureux, face auxquelles des situations de pénible inconfort psychique ont pu me mettre autrefois est désormais loin. Le plus souvent cela résultait de difficultés de communication, issues de heurts entre représentations différentes. Dynamisées par des sensibilités exacerbées, elles menaient à des conflits verbaux d'intensité et de durée variables mais toujours préjudiciables à la relation. À la longue, cela a pu mener jusqu'à la rupture.

 

Est-ce la remise en question actuelle qui m'a conduit, comme je le mentionnais récemment, à m'intéresser de nouveau à la Communication NonViolente ? J'en avais découvert les principes il y a une quinzaine d'années, sans vraiment approfondir. Je viens de pousser un peu mes investigations, afin de mieux me familiariser avec le concept, et cela m'a permis de réaliser à quel point entreprendre une formation adéquate pourrait m'être bénéfique. Depuis pas mal d'années j'ai pris conscience, par paliers successifs, que ma façon d'interagir avec autrui, dans certaines circonstances sensibles, n'a pas été optimale. Autrefois, surtout. Des émotions envahissantes et mal identifiés me mettaient en position défensive-agressive. Avec le recul, je déplore mes comportements d'alors. Le doute existentiel profond hérité de mon enfance se réactivait (très) facilement et (trop) souvent. Si aujourd'hui je n'y suis plus vraiment exposé, c'est avant tout parce que je ne suis qu'assez peu en interaction avec autrui dans le registre sensible-émotionnel. La vie en solo m'en préserve... et son maintien ne résulte assurément pas d'un hasard. D'un autre côté , vivre seul me prive d'une part importante de ce qui me nourrit : les moments d'intériorité et de bonheur partagés. Lorsque ceux-ci adviennent, par la synchronicité des rencontres et le hasard des circonstances, il arrive que je réinterroge subrepticement le bien-fondé de ma vie de célibataire. Mais pas de quoi me faire changer d'avis : vivre seul, libre d'être moi-même, garde ma préférence.

 

Mon actuelle intégration dans un groupe féminin m'apporte, par petites touches, un peu de la dimension d'intimité partagée dont j'ai besoin. De même, avec mes grands enfants, ainsi qu'avec une de mes soeurs, il nous arrive régulièrement de vivre de bons moments de complicité et de discussions approfondies. Avec toutes ces personnes, aucun souci : la confiance règne. Il n'y a ni jugement, ni critique, ni domination. Donc aucune "violence" verbale. Je n'en ressens pas non plus à mon égard dans le cadre professionnel (il m'arrive cependant  - rarement - d'en être témoin). Par contre, pour mes collègues-amies, leurs récits de vie en sont constellés. Les relations de couple sont un des lieux les plus favorables aux violences psychologiques (et aussi physiques, trop souvent). Les relations familiales ne sont pas en reste, perpétuant parfois de génération en génération la diffusion de leurs poisons invisibles. Ou trop tardivement visibles. J'ai lu récemment qu'un adulte sur cinq considère avoir été maltraité dans son enfance.

 

Pour ma part, il m'a fallu des années pour l'admettre et j'ose à peine l'écrire. La relative distance que je maintiens à l'égard de mon père vieillissant, pourtant aujourd'hui inoffensif, résulte de séquelles probablement indélébiles. Certes, en mon for intérieur je lui ai "pardonné" de n'avoir su mieux faire, il n'empêche que ma confiance en moi, trop malmenée jadis, reste hésitante et vulnérable. Je suis fier d'avoir réussi à me reconstruire mais reste grevé par un handicap social et relationnel qui, tout au long de ma vie, m'aura privé d'un épanouissement complet. D'un autre côté, qui sait, ma vie intérieure en a peut-être été plus intense ?

 

En relation directe avec ce constat, je songe aux séquelles que moi j'ai pu laisser à des personnes qui m'ont côtoyé dans des phases de mal-être existentiel profond, sans doute peu visibles. Il m'est arrivé de mal faire (et de faire mal). Il serait stérile que je m'en culpabilise a posteriori, en revanche il m'importe d'en assumer ma part de responsabilité. Ne serait-ce que pour prendre conscience de ce potentiel vulnérant et être vigilant à ne pas malmener mes relations à autrui par une verbalisation inadaptée. Car j'ai parfois trop parlé. Trop cherché à expliquer, être compris, accepté, rassuré, aimé. Et pas assez été à l'écoute, pas assez attentif et empathique avec qui attendait cela de moi.

 

 

Lichens, associations végétales vivant en symbiose.

Commentaires
M
Bonjour Pierre,<br /> <br /> En même temps, la CNV ne fonctionne pas toujours, pas avec tout le monde, pas dans toutes les situations.<br /> On l'a vu dans certains oasis colibris, pourtant assez branchés sur la CNV , qui n'ont pas réussi à régler un conflit majeur, le moment venu.<br /> <br /> J'aime malgré tout bien ces principes, pour le peu que j'en connais, c'est intéressant, ce sont quelques clefs pour mieux vivre ensemble. <br /> <br /> En te lisant, est ce que tu es perfectionniste?<br /> Sans doute...(?)<br /> <br /> On vit dans un monde très blessé et blessant, comment pourrions nous ne vivre que des relations hyper harmonieuses?<br /> <br /> A moins de s'auto protéger outre mesure ?<br /> <br /> Est ce qu'on est aussi fragiles? De ne pouvoir supporter un conflit et de le surmonter parce que les affinités seraient assez profondes,l'affection, le désir d'évoluer ensemble,le pardon,la capacité à passer outre, etc etc<br /> Et qu'on reste tous des êtres émotifs,limités, imparfaits.<br /> Mais qu'on a besoin les uns des autres.<br /> <br /> Est ce qu'il faut " que chacun vive dans son coin" ?<br /> si on élargit a plus grand que soi,par ex, ce que l'on vit ( parce que ce que tu as choisi de vivre pour le moment, cela se dessine beaucoup chez les jeunes, pour diverses raisons).<br /> <br /> Qu'est ce qui unit profondément les humains?<br /> Durablement?<br /> <br /> J'ai vu une fois un stage dont le titre était : " chic,un conflit"<br /> Ça m'avait interpellée, je ne me souviens pas de tout ce qui était proposé, mais sans doute des clefs pour s'enrichir mutuellement au sein d'un conflit, sans toujours le fuir donc sortir d'une peur un peu collective, même si des conflits d'ampleur surgissent dans notre monde,actuellement.<br /> Les grands " chefs" semblrnt incapables de les résoudre.<br /> Peut être que c'est une piste,que de savoir le faire?<br /> <br /> Car on projette tant,<br /> On a tant d'attentes conscientes et inconscientes,<br /> On a tant de besoins,<br /> On est si égocentrés, égoïstes , <br /> Imbuvables parfois.<br /> On est si...limités, oui<br /> <br /> Et en même temps si..<br /> Formidables et touchants, créatifs, aimants etc etc,les humains.<br /> Non?<br /> <br /> Est ce qu'on peut séparer l'ombre et la Lumière?<br /> Sans devenir...fades, ou sans cacher la vérité?<br /> <br /> Vastes débats<br /> <br /> Peut etre que tu es perfectionniste ( hypothèse, car l'écrit ne montre pas tout),<br /> tu voudrais une relation parfaite, avec un être parfait,<br /> qui n'existerait pas? ( jung avait travaillé la dessus,si je me souviens bien,sur cet être idéal attendu, qui n'existe pas)<br /> <br /> Par contre, il y a des gens avec qui on a assez d'affinités profondes, pour que" ça roule "<br /> ( puis alors , je pensais qu'en prenant de l'âge,on s'assouplissait,on devenait plus sages, plus aimants , plus vertueux, <br /> Et finalement on a construit ses repères et on aime pas trop les lâcher...)<br /> <br /> Je te souhaite une belle rencontre Pierre, car même si tu te protèges, ça semble tout de même important pour toi,vu tes questionnements.<br /> <br /> Et je te comprends,l'amour fait tant de bien, aussi<br /> <br /> ( j'ajoute la première partie de ton texte, est très belle)
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C
Bonjour miel<br /> <br /> Si j'ai bien compris, la CNV est avant tout une discipline personnelle : on l'applique pour soi, dans un certain contexte, à destination de l'autre, de soi, et de la relation. Cela n'implique pas que l'on parvienne à communiquer systématiquement de la meilleure façon qui soit ;)<br /> Et surtout on n'attend pas de l'autre qu'il fasse usage de la CNV à notre égard ou envers autrui. Comme tu dis, ce sont seulement des clés de communication.<br /> <br /> Suis-je perfectionniste ? Pas systématiquement mais oui, dans certains domaines je le suis. Pour des questions de justesse (et de justice), de cohérence, de légitimité... ou parce que j'apprécie le travail bien fait :)<br /> Par contre je n'applique pas cette tendance aux relations, imparfaites par nature. Je n'attends donc pas des « relations hyper harmonieuses ». Ce qui m'importe c'est l'écoute et le respect de l'autre. Ce qui n'est pas évident à atteindre sans efforts d'acceptation de la différence, à mon sens.<br /> <br /> Je ne sais pas si le monde actuel est particulièrement « blessé et blessant ». Ne l'a-t-il pas toujours été ? Il est donc habituel d'être blessé. Cela dit, cela dépend de qui vient la blessure. Certaines personnes, par le lien particulier que l'on a avec elle, rendent beaucoup plus sensible les blessures. Or, dans mon idée (écoute et respect de l'autre) il me semble qu'il y a une sorte de "responsabilité" dans la relation, afin de ne pas faire mésusage du "pouvoir" que l'un peut avoir sur l'autre.<br /> <br /> L'auto-protection fait partie du processus d'apprentissage et d'autonomisation. Elle est donc bénéfique. Par contre, je pense que certaines blessures peuvent conduire à une auto-protection excessive. Trop "enfermante". C'est un peu ce que je décris dans mon billet, à partir de mon propre vécu (ou du moins l'analyse que j'en ai faite).<br /> <br /> Tu évoques la notion de fragilité, avec un questionnement sur le bien-fondé de celle-ci. Je crois qu'il faut être prudent dans les qualificatifs que l'on peut porter sur les autres à partir de notre propre appréciation. Plutôt que fragile, on devrait dire "vulnérable". Je pense que nous le sommes tous, à divers degrés et pour des sujets différents. Et heureusement ! C'est ce qui fait notre singularité et que chaque relation est différente. C'est aussi ce qui en fait la valeur et donnera à chacun l'envie de s'adapter à cette différence, si la relation nous importe. Oui, absolument, « on a besoin les uns des autres ».<br /> <br /> Pour ce qui est de « vivre chacun dans son coin », il faudrait préciser de quoi il est question, parce que chacun de nous, à différents moments de sa journée (ou de sa semaine, ou de sa vie), « vit dans son coin ». En soi, ça ne pose un problème que si cela crée une souffrance, pour soi ou pour autrui. Et vu ma situation, je comprend parfaitement que des jeunes (ou qui que ce soit) puisse préférer vivre dans son coin plutôt que de se frotter trop rugueusement aux autres si c'est source de tracas. L'essentiel, c'est de vivre au plus près de ce qui nous fait du bien durablement. Seul, à deux, en groupe, en continu ou par intermittence, finalement peu importe.<br /> <br /> « Qu'est ce qui unit profondément les humains ? », demandes-tu. Je hasarde : être bien ensemble ? Se sentir en confiance, à l'aise, heureux avec cette/ces personnes. C'est tout simple dans le principe, parfois beaucoup moins dans la réalité.<br /> <br /> Les conflits ? Pourquoi pas ! Ils indiquent un déséquilibre, une dysharmonie. En soi un conflit n'est pas problématique. Ce qui peut l'être ce sont les façons de le "traverser", d'y faire face, de le résoudre (si c'est possible). Quand on parvient à traverser un conflit et retrouver une belle entente, ce peut même être une source de joie et d'entente renforcée :)<br /> <br /> Mais pour bien traverser un conflit, encore faut-il écouter l'autre, respecter ses différences etc. La CNV n'est sans doute pas un outil inutile, dans ces moments-là. Elle est censée nous faire prendre conscience de nos attentes, de nos besoins, et de les exprimer. Ou pas, si l'autre ne le souhaite pas. Et ce dernier point... je dois reconnaître que j'ignorais totalement son importance ! Donc il m'est arrivé, au nom du "ne rien cacher", d'imposer ma parole alors qu'elle n'était pas sollicitée.<br /> <br /> Je ne cherche donc pas les relations « parfaites » (je ne crois pas que cela existe durablement) et encore moins avec un être hypothétiquement « parfait » (selon quels critères ?). En revanche il arrive que je rencontre des personnes qui, selon différents aspects, *m'intéressent*. Et avec ces personnes je peux avoir envie de faire un bout de chemin. C'est tout à fait classique :)<br /> D'ici à trouver des « affinités profondes », c'est une tout autre affaire ! Peut-être parce que, sans être perfectionniste, je suis probablement exigeant quant à la qualité de la relation et tout un tas de critères informels et inconscients, que je ne saurais même pas nommer tant ils peuvent être subtils.<br /> <br /> Il se trouve que les diverses rencontres que j'ai faites au cours de ma vie, dont j'ai pu analyser les aspects réjouissants ou irritants par rapport à ce dont je suis fait, m'ont donné une certaine expérience et permis de savoir assez bien ce qui m'apporte du plaisir ou de l'insatisfaction, voire de la douleur. C'est par rapport à ces repères "expérienciels" que je me positionne aujourd'hui, donc plutôt en retrait des relations fortement investies. D'ailleurs ce n'est pas tant un positionnement qu'un constat : ce n'est pas là.<br /> <br /> Bien sûr qu'une "belle rencontre" reste une dimension qui, sous certaines conditions, pourrait m'attirer. Mais tant que ce n'est pas là... j'apprécie d'autres dimensions. En particulier celles que m'offre la vie en solo :)<br /> <br /> J'ai eu la grande chance de connaître l'amour, sous différentes formes, il y a maintenant longtemps. J'ai donc connu ses bienfaits... et ses limites. Tout cela continue de me nourrir de diverses façons. Il se pourrait que la délicieuse aventure de la rencontre amoureuse réciproque ne se renouvelle pas pour moi (d'où mes élucubrations et cogitations...) mais s'il doit en être ainsi... et bien ça me va. Certes, cela me conduit à renoncer (peut-être) à certaines voluptés, mais... mais rien : c'est comme ça :)<br /> <br /> Merci de m'avoir signifié ton appréciation et pour tes réflexions, toujours stimulantes pour les miennes en retour. Cela m'aide à clarifier ma pensée.<br /> <br /> Bonne soirée !
J
Plus tu te dévoiles, desavantage t'invites à la rencontre.<br /> Et pour cause, il faudrait aussi tuer Pierre 😛 La confiance s'ensuivra.<br /> Ne me remercie pas, la première consultation est gratuite 😀<br /> Doux dimanche, adorable toi 😊
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C
Je te remercie pour ta sollicitude et tes propositions.<br /> <br /> S'il suffisait de disposer d'atouts, quels qu'ils soient, pour avoir confiance en soi, cette notion n'existerait même pas ;)<br /> <br /> De même, s'il suffisait de "prendre de la distance d'avec soi" (il va falloir que tu m'expliques le concept) le problème serait résolu illico. Je formule donc l'hypothèse que c'est un peu plus complexe que ce que tu me proposes. Il va falloir aller plus loin ;)
J
Précision "vache" 😀 Tu as plein d'atouts pour avoir bien confiance en toi. Seulement il faudrais prendre un peu de distance d'avec toi 😊<br /> Là, je suis allée trop loin... <br /> Oui ? Pardon 🙏
C
Hmmm, la formulation de ton commentaire est un peu nébuleuse pour moi ;)<br /> Dévoilement, oui, au sens de conscientisation non dissimulée. C'est important pour moi, d'aller vers la lucidité, qu'elle me soit favorable ou pas. Tuer Pierre ? C'est un peu délicat alors que je cherche à "vivre" ma relation aux autres de façon plus entière. Je préfère le terme de mutation, sans être certain qu'elle puisse m'emmener aussi loin que j'aimerais.<br /> <br /> Merci pour cette consultation gratuite et beau dimanche à toi !