Une amie-lectrice s'est inquiétée de mon silence. Je l'ai rassurée : nulle maladie ne me tient à l'écart. Je pourrais presque dire que tout va bien, si je ne m'en tenais qu'à moi. Mais il est vrai que, pour le microcosme blogosphérique qu'habituellement je fréquente, le mutisme dont je fais preuve en ce moment indique que je ne suis pas dans une phase de communication exacerbée. Je reconnais même volontiers me situer carrément en retrait du flux de socialisation numérique, le contenu de ce qui s'y échange m'apparaissant comme dérisoire par rapport à ce qui me préoccupe.

Car oui, je suis préoccupé. Et pour tout dire, un peu profondément inquiet.

Ce qui m'inquiète ? L'avenir. Pas le mien, mais le nôtre. Comme si je percevais le bruit sourd d'un tremblement de terre qui s'annonce, je redoute de nous voir aller vers des lendemains pas franchement réjouissants. Pourtant je ne crois pas être du genre bileux, et encore moins angoissé. Avec une devise telle que « on verra bien », je laisse généralement toute latitude aux éventualités les plus diverses de se produire. Je pourrais même dire que j'ai toujours eu confiance en l'avenir, fort de tous les possibles qu'il recèle, y compris les plus improbables. Mais peut-être avais-je une confiance un peu naïve en l'humanité, de laquelle je pensais que le meilleur finirait forcément par triompher un jour... Or là, je doute. J'ai pris un grand coup de réalité derrière les oreilles, qui me laisse sonné. Je me demande s'il n'est pas plus fort que que ce que j'ai ressenti lors des exactions, guerres, massacres, génocides et autres attentats desquels j'ai déjà été le contemporain atterré. D'une certaine façon je m'étais "habitué" à savoir des groupes belliqueux opprimer ou occire leurs frères humains en masse, perpétuant ainsi la violence intrinsèque dont notre histoire humaine témoigne. Tout au plus pouvais-je espérer que peu à peu celle-ci diminue, tout en sachant que de mon vivant il n'y avait aucune chance que je la voie disparaître. Plus urgent, plus important me semblait-il, je considérais qu'il nous fallait concentrer nos efforts sur notre avenir commun. Question de priorités. De pragmatisme. La prise de conscience tardait à venir, certes, mais je l'espérais à l'approche. Las ! En voyant, éberlué, la plus grande puissance mondiale se doter d'un représentant des pires exploiteurs, n'ayant pour objectif que les valeurs du profit en privilégiant le status quo, j'ai compris que le monde était encore loin d'entreprendre son salutaire virage.

Or chaque jour qui passe nous enfonce un peu plus dans l'impasse de la catastrophe environnementale globale qui nous est promise. Chaque jour voit s'accentuer le désastre écologique, avec des conséquences irrémédiables : destruction de milieux d'équilibre millénaires, disparition d'espèces à grande échelle, érosion massive de la biodiversité, pollutions à très long terme. Cela m'effraie, m'attriste, me révulse.

Ça, c'est pour la nature. Mais il y a aussi ce qui concerne nos sociétés de dilapideurs qui, en continuant comme si de rien n'était, se destinent, très probablement, à s'affronter bientôt dans des luttes fratricides pour s'arracher jusqu'aux dernières miettes d'une redoutable liberté précaire : celle de consommer sans limites. Et j'y participe, pris dans un système global qui tarde à se réformer en profondeur. Malaise.

Ai-je tort de m'inquiéter ? Fais-je preuve d'un pessimisme outrancier ? d'irréalisme ? d'alarmisme ? voire de catastrophisme ? Pourtant, ceux qui n'en tirent aucun profit sont formels : nous devons changer de paradigme au plus tôt. J'ai davantage tendance à les croire que ceux qui ont tout intérêt à ce que rien ne change...

Comment rester insouciant avec la menace qui gronde en bruit de fond ? Je ne sais pas. Je m'interroge. Que faire ? Alors oui, perplexe, cela me rend parfois muet. Et grave.

 

 

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