Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

24 avril 2009

Six ans et dix minutes

Six ans et dix minutes. C'est le temps qu'il aura fallu, entre le premier jour ou l'idée à été lancée, inimaginable, effrayante, inacceptable, et ce matin, quand Mme la juge a prononcé le divorce. Six ans pour passer de la révolte au deuil, puis à l'acceptation, l'apaisement et enfin la sérénité. Une dizaine de minutes pour la procédure, efficace et sans fioritures : elle consiste à vérifier que chacun des époux est bien consentant et d'accord pour le partage des biens, établi antérieurement. Oui. Même pas le temps de laisser place à un frisson d'émotion.

Ensuite c'est allé tellement vite qu'après avoir demandé « vous n'avez pas de questions ? » la juge lançait déjà « je prononce donc le div... ». Non ! coupa Charlotte en répondant à la... première question. Deux secondes d'hésitation de la juge, le temps de comprendre le quiproquo, quelques sourires et c'était terminé. Couple suivant ! Il y en avait quatre autres ce matin, convoqués au tribunal à la même heure que nous. Apparemment tous en bonne entente, parlant entre eux ou consultant leur agenda pour les prochaines gardes d'enfants. Oui, le divorce est un acte devenu tellement banalisé...

Nous sommes sortis légalement étrangers l'un pour l'autre, après 27 ans de mariage dont quelques années d'une séparation progressive. Nous avons pris le temps nécessaire.

Je n'avais pas trop pensé à ça ces derniers jours, voyant cet aboutissement comme une ultime formalité. Mais hier soir, et surtout ce matin en me levant, j'ai senti une légère tonalité sombre. Un voile de mélancolie. Il y avait quand même la fin de quelque chose. Je repensais à notre oui commun... Autre époque, autres individualités, autres conceptions. C'est de ce temps d'avant que je divorce. Les mouvements induits par la vie ont fait bouger des choses. Davantage que celles qui sont demeurées dans une continuité. Même si à mes yeux l'essentiel est intact.

Au sortir du tribunal, en discutant dans la rue à côté de Charlotte, j'ai eu envie de lui prendre le bras. Sans le faire. Nous nous sommes assis au soleil à la terrasse d'un café, prenant le temps de bavarder un peu. Finalement ça ne change pas grand chose d'être divorcés...

Lorsque j'ai dit à Charlotte que je la trouvais jolie et paraissant plus jeune que son âge elle a joué les effarouchées : « ah ben tu ne vas pas te mettre à me draguer maintenant ! ». Ben quoi, je suis libre maintenant, non ?

Libre ? Ouais... pas si sûr...
Mais c'est un autre sujet.

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01 décembre 2008

Chronique d'un divorce pacifique

Parce que tant de divorces se passent dans le ressentiment et la haine, j'aime montrer que cela peut-être vécu dans une certaine sérénité. Pour autant, cela ne signifie pas que la démarche soit anodine et facile. Surtout lors de la prise de décision, qui peut durer très longtemps ! Je crois que, comme en toute chose, il est primordial de s'accorder le temps que l'on ressent comme nécessaire, dans la mesure du possible...

Ce soir c'est ensemble, avec ma future-ex épouse, que nous nous sommes rendus chez un avocat pour qu'il lance la procédure officielle. Auparavant nous avions fait voiture commune, en bavardant durant le trajet, puis pris un chocolat chaud dans un café en attendant l'heure du rendez-vous. J'avoue que mon égo a ressenti "un petit velours" quand elle m'a dit qu'elle aurait du mal à retrouver un gars aussi bien que moi [ouais bon, excusez l'autopromotion, mais ça s'inscrit dans le contexte].

L'avocat nous a posé pas mal de questions d'ordre pratique, mais comme tous les points avaient déjà été réglés entre Charlotte et moi, puis chez du notaire, c'est allé assez vite. Le seul détail qui est resté en suspens est de savoir, pour Charlotte, si elle garde mon nom ou "reprend" celui de son père (oui, ces règles restent marquées par la prééminence masculine...). Dans le premier cas il faudrait que je donne mon accord. Mais l'avocat a bien senti que ce ne serait pas un réel problème, vu notre bonne entente manifeste.

Au retour la conversation a dérivé sur la liberté ressentie dans la vie de célibataire : même si cette liberté n'autorise pas forcément une vie très différente, le sentiment de liberté est perçu par chacun de nous comme un avantage précieux. Charlotte m'a finalement questionné sur ma vie relationnelle, me disant que j'étais fort discret à ce sujet. Ne lui cachant pas ce qu'elle avait envie de savoir, je lui ai dit que je gardais une réserve, par respect à son égard. Je la protège de ce que je sais pouvoir éveiller quelque sensibilités. Je crois qu'il faut du temps pour ça aussi...

Voila, ce petit témoignage pour rappeller que le divorce n'est pas une catastrophe, ni forcément violent, rude, douloureux. C'est l'image que j'en avais autrefois.

Pour un peu, je pourrais presque parler de divorce heureux...

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06 novembre 2008

Redevenir étrangers

Hier soir, après avoir lu chacun de notre côté le « Projet de liquidation de communauté » transmis par le notaire, Charlotte m'a téléphoné pour vérifier quelques détails. Ce soir elle m'a rappelé et nous avons finalement bavardé assez longuement. Elle m'a fait part d'une certaine amertume, à cause de la non-reconnaissance par la loi de sa situation particulière d'épouse ayant subvenu majoritairement aux besoins financiers de la famille (Charlotte gagnait davantage d'argent que moi). Héritière d'une culture qui plaçait la femme au centre des tâches domestiques elle est aujourd'hui amère d'avoir endossé ce rôle, qui n'est pas vraiment reconnu. Elle s'est faite passer après ses enfants et les projets de son mari [moi, en l'occurence...]

Tant que nous étions dans un relatif équilibre elle ne s'était pas vraiment rendue compte de l'inégalité des tâches. Elle prenait à sa charge le quotidien, "invisible", tandis que je construisais, aménageais, bricolais. Ce qui était plus gratifiant. Je ne me rendais pas vraiment compte de la disparité, quoique me sentant vaguement coupable d'avoir une place plus enviable. Quand Charlotte a réalisé qu'elle en faisait beaucoup plus que moi, qu'elle rapportait davantage de revenus, et que moi je désinvestissais mon travail pour me consacrer à... une remise en question existentielle... ben là elle a trouvé que c'était pas juste ! Je la comprends totalement. Le problème c'est que tout ça se jouait au moment ou je prenais conscience que je ne trouvais pas dans ce couple l'équilibre auquel j'aspirais.

Il n'y a donc pas vraiment eu le temps et l'espace de renégocier notre mode de vie en couple. L'heure était plutôt aux grandes questions sur sa pérénnité...

Conjointement nous avons choisi de suivre notre intuition, tout en dialoguant beaucoup. Finalement Charlotte a choisi la séparation puisque mes aspirations nouvelles n'étaient pas compatibles avec les siennes.

Bref... quatre ans plus tard, et après deux ans de "quasi-divorce" (nous sommes séparés, mais sans concrétisation légale), nous voila au pied du mur : liquidation de ce qui nous lie encore légalement.

Charlotte sait que j'ai reconnu son préjudice d'épouse lésée. Je l'ai fait aussi bien verbalement que financièrement, en ne demandant pas la somme qui m'étais "due" (pour moi ça n'aurait eu aucun sens, et surtout pas celui que j'avais envie de donner). Mais la loi ne reconnait pas l'énergie et le temps consacrés à la vie domestique d'une famille. Ça n'a aucune "valeur", et c'est ce qui frustre Charlotte. Sentiment adouci par le fait que le notaire reconnaisse lui aussi l'injustice de la loi, en retard par rapport aux évolutions de la société.

Devant mon sentiment d'impuissance Charlotte a bien précisé que ce n'était pas à moi qu'elle en voulait, mais à la loi. De mon côté je lui ai fait part de mon pincement en lisant ces quelques lignes « En ce qui concerne les donations au dernier vivant qui ont pu être consenties entre époux, ceux-ci, d'un commun accord, déclarent les révoquer purement et simplement, ainsi que tous avantages matrimoniaux... ». Elle m'a dit avoir pleuré en lisant cette phrase. Ben oui... on a beau savoir qu'on l'a choisi, c'est pas si facile de couper tout ce qui nous lie. Pas facile de nous rendre légalement étrangers l'un à l'autre. Elle a ajouté que c'est pour ça qu'elle avait mis tant de temps à partir, malgré sa décision.

À la fin de la conversation j'ai remercié Charlotte de m'avoir fait part de son émotion. Ça m'a fait du bien de constater cet attachement qui demeure, quoi qu'il ait pu se passer de difficile au plus fort de la crise.

En quelques mots elle a aussi expliqué la distance qu'elle a prise, nécessaire pour réinvestir sa place de femme trop longtemps "sacrifiée" à ses enfants et son mari. Je lui ai dit avoir accepté cette distance et nous avons conclu sur ces deuxièmes vies que nous découvrons séparément.

J'apprécie qu'on puisse parler aisément de cette procédure de dissolution, faire part de nos avis et ressentis. Partager. J'y vois une façon de traverser "ensemble" cette concrétisation de notre divorce et je reconnais que j'en suis plutôt fier [et hop, encore une gerbe de fleurs !]

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17 octobre 2008

S'éloigner des relations compliquées

Puisqu'elle ne me lit pas... je m'autorise à parler d'elle sans vergogne. Sans malveillance non plus.

Ma collègue Artémis, puisqu'il s'agit d'elle, est revenue au travail pour trois jours. Elle s'était mise en congé immédiatement après que je lui ai manifesté, sans ménagement et devant notre responsable commun, qu'elle devenait insupportable. En fait elle était épuisée, s'efforçant de tenir au détriment de son attitude professionnelle et je crois qu'il était devenu nécessaire de lui montrer qu'elle dépassait des limites. Celles de ma patiente conciliance, en l'occurence. Au moins ma réaction lui aura permis de réagir...

Je redoutais son retour, n'ayant aucune envie d'être confronté à celle qui, depuis quelques mois, me fait payer cher le fait de n'avoir pas répondu à ses avances. Normalement le registre professionnel aurait dû rester distinct du relationnel, mais je crois que pour elle comme pour moi il y a eu une cassure qui rend difficile le partenariat que nous avions noué initialement.

« Quand on veut se mettre à distance de quelqu'un on cherche à le détruire, et comme on ne peut pas y parvenir, on se détruit soi-même ». Voilà à peu près les mots qu'elle m'a aimablement confié, de façon assez inattendue, juste avant de repartir pour deux semaines. Reconnaissant qu'avec moi elle avait eu une attitude inacceptable, elle a ainsi rompu le mur de silence qu'elle avait installé et que je me serais bien gardé de franchir sans y être autorisé. Me parlant de double personnalité, à la fois dure et s'en voulant de l'être, elle m'a dit qu'il lui était très compliqué d'être en relation avec moi. Sa lucidité et son humilité m'ont touché, effaçant les griefs que j'avais à son égard. L'écoutant sans rien dire, mais avec une attention manifeste, je l'ai finalement remerciée pour ces mots qui confirmaient bien ce que je ressentais : une grande froideur volontaire à mon encontre.

Pendant les jours qui avaient précédé je n'avais absolument pas cherché à parler avec elle. Les rares moments ou nous étions en présence, quelques mots échangés, sans conséquence, masquaient un silence qui, sans cela, aurait été trop apparent. Mais dans la mesure du possible je quittais systématiquement l'espace ou nous aurions pu nous trouver ensemble. Aussi froid qu'elle. Oui, je sais faire !

Ce n'est pas ma façon d'être mais j'ai appris à me protéger de qui pourrait me nuire. Il m'est déjà suffisamment difficile d'accepter que quelqu'un mette ostensiblement de la distance...

Je ne reconnais plus celle avec qui je discutais longuement l'hiver dernier. Celle qui, par deux fois, s'est blottie dans mes bras et qui disait sentir que nous avions « de grandes choses à vivre ensemble ». Celle qui se montrait tentée de... vivre avec moi ! Nos échanges se sont taris, de même que les signes de connivence. C'est une sorte de guerre froide qui s'est installée, silencieuse, entretenue par des remarques acides et désobligeantes.

Je me suis éloigné, de plus en plus. Jusqu'à ne plus du tout communiquer avec elle. Au début j'ai souffert de cette distance, que j'espérais voir ne pas durer. Et puis à la longue je m'y suis habitué. Pour moi Artémis n'est plus la même. Elle n'est plus vraiment là. Déjà partie, anticipant sur ce qui devrait se concrétiser dans quelques mois.

J'appréciais Artémis, tant pour ses compétences professionnelles que pour sa "différence" d'avec moi. Vive et attentive, tranchante et écoutante, excessive et sensible, ses contrastes me plaisaient. Il y avait entre nous une certaine fascination tant nous pouvions être différents et semblables à la fois. Contraires et complémentaires. Je pensais qu'on pouvait mutuellement continuer à s'enrichir.

Mais depuis plusieurs mois je vois que notre relation d'amitié, à peine née, n'existe plus. Je l'ai ressentie comme une séparation, bien que mon investissement sentimental n'aie pas eu le temps de s'ancrer trop profondément. Affecté et déstabilisé par cette impasse et les manifestations hostiles qui en ont découlé, je finis par accepter cet éloignement. Je le sais nécessaire pour elle, et probablement pour moi qui ne désire plus me situer plus dans un registre de "gentil" [faut plus me faire chier !]. En fait c'est avec elle que j'aurais pris davantage d'assurance avec cette nouvelle posture qui consiste à être particulièrement attentif à mes ressentis. Je connais mieux les limites de territoire que je dois préserver pour rester à peu près confortable.

Je crois qu'elle aura été ma première nouvelle expérience d'attachement, après... une notoire catastrophe relationnelle. Femme trop dure, au coeur trop tendre. Trop rigide pour être solide. Trop carapacée pour être accessible sans dommages. Trop compliquée pour moi, finalement. Je conserve néanmoins une affection et une tendresse à son égard, réconfortée par ces quelques mots qu'elle m'aura confié. Mots essentiels, reconnaissant le trouble que son attitude peut causer.

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14 septembre 2008

Quittons-nous ensemble

Tout à l'heure je discutais avec une amie proche qui a décidé de se séparer de son mari. Pour des raisons qui lui sont propres elle ne l'a pas clairement annoncé, préférant mettre, le jour venu, son conjoint devant le fait accompli. Elle entretient ainsi un certain flou, tout en déplorant l'attitude du mari qui se comporte mal avec elle.

Bien que considérant que dire la vérité au plus tôt serait la meilleure des choses je lui ai aussi suggéré de réfléchir auparavant à des situations de repli pour l'après-annonce. Parce que son mari pourrait bien réagir de façon assez virulente en constatant une situation qui lui sera alors imposée sans alternative.

J'ai proposé à mon amie de mettre en oeuvre une solution plus douce que l'annonce sèche et brutale. Cela pourrait consister à annoncer clairement que, devant une situation de couple ne lui convenant plus, elle a pris la décision ferme d'entreprendre une démarche auprès d'un professionnel pour voir comment agir. Le but avoué n'étant ni de rétablir le couple, ni de le séparer, mais en partant du constat que quelque chose ne va plus décider de la suite à donner. Outre le fait de ne pas se sentir subitement acculé dans une impasse, ce passage par un tiers expérimenté est une formule qui atténue l'effet de choc et les risques de conflit frontal (présence d'un tiers modérateur qui ne se laissera pas prendre dans des enjeux de pouvoir).

Faire un constat d'échec commun me semble infiniment préférable à une "fuite" individuelle laissant l'autre désemparé. Car se voir imposer une séparation brutale, comprenant par là qu'elle était déjà en gestation, en quelque sorte préméditée, mettra inévitablement face à un sentiment de tromperie. Et se sentir acculé peut déclencher une forte résistance, qui peut se traduire par un refus, blocage, et finalement décision de compliquer au maximum la mise en oeuvre du processus, aussi inéluctable soit-il. C'est comme ça qu'on en arrive à des conflits extrêmement violents, destructeurs, avec des oppositions farouches et définitives. C'est le prix qu'on fait payer à l'autre pour la souffrance ressentie.

Mon amie me dit alors qu'elle redoutait, devant un tiers, d'avoir à dire des choses trop difficiles à entendre pour le mari. À savoir qu'elle ne l'aime plus depuis très longtemps. Je lui ai répondu qu'au contraire poser des mots sur une réalité permettait d'en donner le sens. C'est fournir une clé de compréhension, indispensable pour accepter ce qui, sans cela, sera inacceptable. Faut de clé, en voulant "protéger" son mari, elle le rend fou d'incompréhension. Actuellement il cherche, par tous les moyens, à comprendre ce qu'il pressent. Il peut à la fois être tendre et odieux, aimant et dénigrant, attentif et (faussement) indifférent. Il cherche quelque chose, sans savoir quoi, parce qu'il ne comprend pas ce qui n'est pas nommé.

Les mots peuvent être durs à entendre mais donnent le sens de ce qui se passe et ouvrent la porte pour la suite à donner. Vouloir "protéger" l'autre, c'est en fait une façon de se protéger soi : ne pas avoir à dire les mots qui vont faire mal. Ne pas se sentir "méchant" de faire souffrir l'autre. C'est ne pas le considérer comme un adulte, mais lui cacher la vérité comme on le fait avec les enfants lorsqu'on a peur de leurs réactions. Il n'en est que plus facile, devant les réactions de douleur du quitté (hostilité, tristesse, déprime, comportements agressifs, réactions de rejet, attachement exacerbé...) de déclarer qu'une telle personne est insupportable... et confirmer ainsi le choix de la séparation ! Ainsi, l'autre qui a été laissé dans l'ignorance (et n'a pas voulu voir...) devient "le méchant" parce qu'il a un comportement insupportable. Le quittant se voit ainsi blanchi de la culpabilité qu'il ressent, encouragé par l'entourage à quitter un être aussi abject. Oubliant que ces deux-là se sont aimés un jour, appréciés, mais n'ont simplement pas su rester en contact avec leurs sensibilités respectives.

Faire le constat commun d'un échec c'est aussi donner la chance à chacun de verbaliser tout ce qui n'avait pas été dit et empoisonnait la relation. C'est faire circuler des mots trop longtemps retenus. C'est prendre le temps de délier ce qui s'était mal noué... et se libérer mutuellement. Seule chance de voir évoluer la relation vers une amitié où la confiance demeure parce que personne ne se sera senti floué.

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29 mai 2008

Amiabilité

Cette semaine j'avais rendez-vous avec ma future ex épouse chez le notaire chargé de la séparation patrimoniale de nos biens, en vue du divorce. Le processus est en cours depuis près de trois ans mais, pour diverses raisons, cela n'a pas pu se faire plus vite. Quoique longue cette durée aura été acceptable parce que nous nous entendions suffisamment bien et qu'il n'y avait pas de réel caractère d'urgence. Pour ma part je pense que ce temps m'a aussi permis de me faire à cette idée, jusqu'à l'accepter pleinement.

L'objectif commun étant une séparation en bons termes, sans que personne ne se sente lésé, c'est dire combien le respect de l'autre a été important. Il est passé par une attention transcendant l'éloignement relationnel, avec la nécessité d'une écoute attentive puisque les points de discorde ne pouvaient être que très peu abordés. Avec elle j'ai souvent marché sur des œufs...

Nous parvenons donc au terme des modalités de ce partage, devenu possible maintenant que toutes les données nécessaires sont fixées. Il ne nous restera plus qu'à trouver un avocat, obligatoire même pour la procédure de divorce par consentement mutuel.

A l'issue du rendez-vous Charlotte était heureuse que nous soyons parvenus à un plein accord sans chamailleries. Il n'était pas dans mon intention de chipoter pour une stricte égalité. Cela n'aurait eu aucun sens du point de vue matériel alors que c'est sur le plan moral de la reconnaissance que se joue l'essentiel. Enthousiaste, elle m'a dit : « maintenant je crois que je n'ai plus de rancœur envers toi ». Oufff... j'ai senti instantanément tout un poids s'enlever de mes épaules. Mine de rien ça me pesait de porter son ressentiment depuis des années. J'ai été sacrément content de sa réaction ! Ça signifie qu'elle cessera probablement de m'envoyer ces "piques" qui me blessaient et m'avaient fait prendre beaucoup de distance au fil du temps.

Tous les deux détendus et de bonne humeur nous nous sommes installés à la terrasse d'un café pour bavarder. Et puis finalement nous avons prolongé notre conversation dans un petit restaurant. On s'est dit beaucoup d'infimes choses importantes, montrant la reconnaissance de chacun pour ce qu'avait ressenti l'autre. Quelques retours en arrière nous ont permis de convenir qu'on avait vécu une belle histoire d'amour et réalisé de beaux projets. Sans regrets, donc, pour ces années passée ensemble durant lesquelles nous nous sommes construits ensemble. Sans amertume d'avoir dû cesser le parcours commun pour prendre chacun une nécessaire liberté.

Plus tard, Charlotte m'a subitement demandé si j'avais fait des rencontres depuis notre séparation. J'ai été bien en peine de répondre, ne sachant pas si les quelques relations à tonalité intime que j'ai eues pouvaient être qualifiées de "rencontres". Mais j'ai surtout senti qu'elle brûlait d'envie de me parler des siennes, dont je ne savais quasiment rien. J'étais prêt à l'entendre et l'ai laissée évoquer succinctement quelques aventures. Nous avons plaisanté sur les complications relationnelles, tous deux dans le non-désir de nous engager de nouveau dans une vie de couple. Elle, comme moi, avons besoin de vivre libres.

De temps en temps je songeais, en la regardant, à cette amie bien particulière qu'elle est restée alors que la dimension "intimité de couple" n'existe plus. J'étais presque surpris de nous voir bavarder aussi facilement et aussi simplement alors que nous n'avions pas eu de vraie conversation depuis plusieurs mois. Nos vies sont distinctes mais il demeure une connivence évidente, qui se manifeste dès lors qu'il n'y a pas de tension entre nous. Sans hésitation je dirais que nous sommes toujours très liés, mais d'une façon fort différente d'avant. La dimension "amoureuse" n'a plus lieu d'être... mais incontestablement il reste de l'amour entre nous. C'est, j'en suis convaincu, ce qui fait que nous pouvons nous séparer aussi aimablement. À l'amiable. En amis.

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06 avril 2008

Pinçant rire

Cette semaine nous avons fêté en famille les 19 ans de notre benjamin. Ambiance conviviale et détendue. J'aime bien quand nous nous retrouvons tous. Et puis sans crier gare, le petit dérapage. Alors qu'un de nos enfants nous posait des questions sur une région d'Espagne dont nous avions souvent parlé avec Charlotte, avant, en espérant nous y rendre un jour, notre fille essaya « vous n'auriez-pas envie d'y aller ensemble, pour des vacances ? ». Un haussement de sourcils surpris et dubitatif accompagna ma moue d'impuissance en montrant du regard Charlotte. Je signifiais ainsi que ce genre d'éventualité dépendait d'abord d'elle et de son désir de réouverture. Charlotte lança du tac au tac, sur un ton qui se voulait rieur, « même si on me payait, je n'irais pas ». Et vlaaaan ! J'ai senti dans le regard de mes enfants la même surprise que celle que j'encaissais. Ma réaction immédiate fut de demander à ce qu'on change de sujet. Charlotte n'a pas semblé prendre la mesure de cette vacherie et a dit que c'était une plaisanterie. Les enfants ont montré qu'ils n'étaient pas dupes et nous en sommes restés là. Elle semble confondre l'art subtil de l'ironie complice et l'humour peau de banane...

Je n'ai pas cherché à lui en parler depuis ce jour. À quoi bon ?

Ce genre d'attitude, qui hélas perdure, me conduit à prendre toujours plus de distance avec elle. C'est le mieux que je puisse faire pour ne pas être blessé par ces marques d'un ressentiment qui me dépasse. Il surprend aussi nos enfants qui ne pensaient pas que Charlotte marquerait autant la séparation. C'est curieux de voir comme elle a pu changer en s'émancipant.

Moi aussi j'ai changé. Je ne suis plus dans des logiques d'affrontement, ni d'insistance. Je ne cherche pas davantage à maintenir la relation à tout prix. J'accompagne le mouvement et me contente d'être là, présent si nécessaire. Disponible et accueillant tant que je ne me vois pas repoussé. C'est ma façon de rester en lien. Ma façon d'aimer. Tant pis si elle ne m'en renvoie pas d'échos.

À ce propos, j'avais manifesté quelques gestes de tendre affection envers elle, lors de l'enterrement récent de mon cousin où je l'avais vue émue. Manière spontanée de lui montrer mon attachement, mon amour, à elle qui est vivante. Ce jour là j'ai aussi eu des gestes d'affection avec des cousines, avec ma mère, à qui j'ai donné le bras pour l'accompagner dans sa tristesse. Gestes de compassion, de partage, de connivence. Témoignages de vie en sentant sa fragilité. Mais Charlotte, le lendemain, m'a téléphoné pour me demander si, en agissant ainsi, j'attendais quelque chose de sa part ! Elle m'en a signifié en même temps le refus, réactivant mes sensibilités... Je n'attendais rien de ces marques d'affection. Juste lui montrer que je suis attentif à elle, en empathie, en résonnance [pas tant que ça, apparemment...]. Juste une façon de partager un peu de chaleur. C'était un don, pas une demande.

Dire que je ne suis pas atteint par ces marques d'éloignement serait me leurrer. En même temps... depuis cinq ans que ça dure je me suis tellement entouré le coeur de protections que ça n'a plus vraiment d'effets. Il y a comme une diffusion, un amortissement du choc, une anesthésie générale. Je pourrais presque dire que ça ne me fait rien. C'est son histoire, sa façon de gérer la séparation, sa façon de me perçevoir. Je ne me situe pas dans les mêmes logiques.

Pourtant, au plus profond de moi cela travaille quelque chose. Je consacre une certaine énergie pour dépasser le rejet de ce qu'elle voit en moi. Pour ne pas le prendre de façon trop personnelle. D'où la distance que je laisse s'installer, pour ne pas en être trop affecté.

D'un autre côté je m'interroge aussi sur ce qui a pu la conduire à cette attitude : qu'ai-je fait, ou pas fait, pour être porteur de cette image ? Quelle est ma part de responsabilité dans ce rejet ? Mais les réponses ne peuvent s'élaborer que dans l'échange.

Au fil du temps, lentement, par fragments, elles se délivrent et apaisent les tensions résiduelles. À ce rythme, il y en a encore pour des années...

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25 février 2008

Des liens et du célibat

Au hasard de mes pérégrinations blogosphériques, je découvre un intéressant texte de Pikipoki qui évoque les liens que nous tissons avec les autres. Il insiste sur le fait que « L'homme est d'abord un être doué des relations qu'il crée, bien plus que des talents individuels qu'il pourrait tenter de construire égocentriquement, cloîtré seul avec lui-même ». Une phrase d'Albert Jacquard lui sert de fil conducteur : « je suis les liens que je tisse avec les autres ».

Ce que développe Pikipoki autour des relations va tout à fait dans le même sens que ce que je crois et j'apprécie le développement qu'il propose. Toutefois j'ai un peu tiqué en lisant un des contre-exemple qu'il choisit : « Fondamentalement, je ne crois pas que le célibat rende heureux. On trouve pourtant beaucoup de gens en faire les louanges et dirent combien il apporte de liberté. (...) Il me semble au contraire que le célibat n'est qu'une réponse conjoncturelle, qui existe principalement dans les sociétés où l'individualisme fait florès, et qui trop souvent ne sert aux individus qui le "choisissent" qu'à camoufler leur situation. Puis ils utilisent le langage, ils le manipulent (encore!) pour mentir aux autres, et pour se mentir à eux-mêmes, afin d'enjoliver et de valoriser les choses.  Pour ne pas se retrouver en situation d'infériorité psychologique, une société individualiste s'accommodant très mal de ce genre de symptômes. ».

En quelques lignes beaucoup d'idées se téléscopent, qui me semble plus ou moins défendables. Je ne crois pas que le fait d'être heureux ait vraiment un rapport avec le fait de vivre seul ou a plusieurs (en couple ?). On peut être triste en couple comme heureux en tant que célibataire. D'ailleurs, célibataire ne veut pas dire privé de relation. L'image du "vieux garçon" solitaire est un peu désuète.

Autrefois je pensais que le célibat était triste. Une sorte d'échec, ou un manque de chance. Depuis que je suis dans cette situation j'y trouve avantage et, honnêtement, ne me sens pas moins heureux que lorsque j'étais en couple. Ce serait différent si je comparais à une relation amoureuse qui, effectivement, rend heureux... mais c'est un cas bien particulier dans une relation, et finalement assez indépendant de l'idée de couple.

Le célibat serait une réponse conjoncturelle. Certes, comme l'est la vie en couple, ou toute autre relation, au hasard des rencontres et des séparations. Ce qui me surprend (mais pas tant que ça, puisque auparavant je pensais ainsi) c'est que la relation de couple semble être perçue comme "normale", alors que le célibat serait une anomalie. Maintenant que je le vis, je le vois comme un état tout aussi normal, qui correspond simplement à une situation de non-couple. Situation temporaire ou durable, comme le sont les couples. L'alternance couple/non-couple me semble assez logique, et en tout état de cause tout aussi saine, si ce n'est davantage, que la succession ininterrompue de relations amoureuses.  D'ailleurs c'est plutôt cette difficultés à accepter le célibat qui m'interpelle. Comme si c'était, précisément, une anomalie à laquelle il fallait absolument remédier au plus tôt. Comme s'il fallait absolument combler un vide insupportable.

Faire un parallèle entre individualisme et célibat n'est pas dénué de fondement, mais ne doit pas en rester là. Oui, l'individualisme fait que le célibat est désormais mieux accepté, et davantage revendiqué. Non, le célibat n'est pas directement lié à l'individualisme, qui s'étend très largement dans toutes les strates de la société. Couples compris.

Est-ce que les célibataires enjolivent leur situation ? Probablement, pour une part d'entre eux, s'ils le vivent mal. Notamment parce que le regard porté sur cette vie en solo n'est encore pas très bien perçu par la société, comme le montre en filigrane l'analyse de Pikipoki. Pour ma part (mais je ne représente que moi...), je ne valorise ni ne déplore le célibat. Il présente des avantages et des inconvénients, tout comme la vie de couple. C'est un truisme de le dire...

Pour le moment je le vis très bien et, avec toute la conscience dont je dispose, je ne crois pas me mentir en affirmant cela. Sinon, je chercherai à en sortir... Oui, j'ai été plus heureux en période d'exaltation amoureuse, mais notablement moins heureux lorsque cela s'est brutalement terminé. Le célibat (au sens strict) est neutre, sans sommets de félicité ni plongées dans la douleur des séparations. N'est-ce pas aussi une façon d'être heureux que de se préserver, du moins pendant un temps, de ces éprouvantes alternances ? Avant, peut-être, de tâter de nouveau le grand vent de l'aventure relationnelle...

Pour clore cette petite réflexion, j'affirme ne pas me sentir en situation d'infériorité psychologique. Pas plus que lorsque je dis que, comme conséquence de ce célibat, je ne fais plus l'amour...


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18 septembre 2007

Du désir à la paix

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S'il n'y a plus de désir, il nous reste l'amour

S'il n'y a plus d'amour, il nous reste l'amitié

S'il n'y a plus d'amitié, il nous reste les mots

S'il n'y a plus de mots, il nous reste le silence

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Orange


Le silence nous sépare
Il me relie à moi-même

Devant mes vides qui résonnent en solitude
Je trouve le soutien de mes bases solides
Le tumulte de l'absence finit par se taire

Le silence, temps pour entendre les bruissements infimes
Laisser revenir à la mémoire les mots utiles
Écouter les murmures intérieurs
Comprendre l'indicible
Trouver la paix




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Posté par Coeur de Pierre à 15:16 - Se séparer - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 avril 2007

Parent d'adultes

Lorsque je travaille (cet après-midi), où lorsque je fais un long trajet en voiture (ce matin), mes pensées suivent le cours des préoccupations du moment, ou se laissent simplement porter par la brise de mon humeur. Il m'arrive de penser à ce Carnet-blog, ou à quelque autre espace d'expression, et me dire « tiens, je pourrais écrire sur ce sujet ». Dans la journée ça peut me donner un florilège assez élargi de thèmes vraiment distincts. Le soir venu... je ne sais pas forcément lequel choisir. Et puis souvent l'inspiration n'est plus là, il faut que je me souvienne de ce qui m'était venu spontanément. C'est un peu du réchauffé. Et si je me lance au hasard, comme maintenant, c'est au fil de l'écriture que m'apparaissent de nouvelles idées.

Par exemple, là, je pourrais parler de ce drôle de métier qui me permet de penser à autre chose tout en travaillant. En fait c'est simple : les tâches qui ne demandent pas de réflexion particulière laissent du temps de cerveau disponible, pour reprendre une formule devenue tristement célèbre. Mes mains s'activent et mes pensées se promènent. Finalement c'est amusant : les métiers manuels laissent beaucoup d'espace à l'intellect !

Bon, mais c'est pas de ça que je voulais parler.

J'aurais pu raconter de nouvelles péripéties au sujet des vieilles bâtisses que nous vendons, mais ça devient répétitif : encore un rendez-vous annulé deux jours avant une signature ! Finalement maintenu après négociation. Mais bon... tant que ce n'est pas signé ne crions pas victoire.

Il y a aussi les sujets dont je ne veux pas parler, ou dont je ne peux pas parler.

Alors je vais juste poser quelques lignes autour d'un petit évènement familial : nous n'avons plus d'enfants !
Le p'tit dernier vient d'avoir dix-huit ans. Il est majeur. Adulte. Déjààà ?!! Nos trois petits bout-de-choux sont devenus très vite des grands. Et nous, leurs parents, avons été emportés dans nos péripéties conjugales au moment où ils passaient leurs dernières années parmi nous. D'une certaine façon ça à rendu l'opération moins perceptible...

Je n'ai plus que quelques mois à cohabiter avec ce grand gaillard. En septembre il part en ville avec ses aînés. Je me demande ce que va donner la solitude dans une grande maison vide...

En même temps je dois avouer que j'ai une certaine hâte d'avoir cette totale liberté de mouvement. Libre de mon emploi du temps, de mes soirée, de mes rencontres...

J'aimais beaucoup la vie de famille, mais maintenant que cette convivialité n'est plus qu'occasionnelle je n'ai plus du tout les mêmes attaches.

Seul et libre.

Posté par Coeur de Pierre à 00:01 - Se séparer - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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