Alter et ego (Carnet)

13 février 2017

Une question d'échelle

Quand on parle de notre merveilleuse planète, s'il y a bien quelque chose de difficile à appréhender ce sont les ordres de grandeur. Vu de notre échelle d'humains microscopiques, la planète paraît immense. On n'en voit même pas la rotondité. Le plus loin que la vue puisse porter, dans les meilleures conditions de visibilité, doit avoisiner les 200 kilomètres. C'est à dire un cercle de vision de 400 km de diamètre, par exemple du sommet d'une haute montagne. Peut-être un peu plus vu d'avion, à 10.000 m d'altitude.

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La Corse, vue depuis Menton, à environ 180 km (oui, c'est à peine visible)

 

Cette immensité apparente est trompeuse quand il s'agit d'évaluer les impacts des activités humaines sur la biosphère. La terre paraît volumineuse, mais les diverses pellicules qui la recouvrent sont extrêmement minces. Qu'il s'agisse de l'atmosphère, de l'eau, ou de la couverture végétale, leur volume ne représente pas grand chose à l'échelle de la planète.

Régulièrement je regarde les images transmises depuis l'ISS (International Space Station, cellule habitée par quelques spationautes). On peut voir en temps réel des images de la terre défilant à 28.000 km/h. C'est assez fascinant. Mais ce qui l'est encore plus c'est de visualiser l'extrême minceur de la couche atmosphérique, parfaitement visible aux levers et couchers de soleil. 

Capture_d__cran_2017_02_10___19Capture d'écran d'images diffusées en temps réel par l'ISS

 

En fait, l'épaisseur de l'atmosphère est comparable à celle d'une bulle de savon.

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 [source

 

Il y a quelques temps j'ai découvert la représentation comparative des volumes d'air et d'eau par rapport à la terre. Sous cette forme on se rend bien compte que les volumes concernés sont finalement fort réduits.

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[source]

 

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Volumes comparés de toute l'eau contenue sur la terre (à 97 % salée) et de l'atmosphère (5% du volume de la terre)

 

C'est encore plus flagrant quand on regarde le volume de toute l'eau potable utilisable sur terre  

[source]

 

Je n'ai pas réussi à trouver de représentation du volume de toutes les éléments vivants, ni même de toute la végétation, mais je suppose, au vu de la surface couverte et de son épaisseur, qu'il serait infime.

Quand au volume des humains...  

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Minuscule, n'est-ce pas ? Comment un si minuscule volume peut-il influer sur une bulle de savon aussi grosse que la terre ?

 

Démonstration : 

Source : Carbon visuals 

 

Remarquez... microbes et virus, aussi invisibles soient-ils, parviennent eux aussi à rendre malade ou à tuer bien plus gros qu'eux.

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11 février 2017

Sobriété volontaire

Quoi de neuf ?

Une semaine est passée. Normalement. À ma place habituelle d'occidental parfaitement inséré dans son milieu sociétal. J'ai utilisé ma voiture pour me rendre au travail, en brûlant du pétrole pour faire avancer ces 800 kilos de métal. J'ai abondamment consommé de l'électricité (chauffage, éclairage, informatique...), principalement issue de la fission nucléaire et de la combustion de gaz naturel [voir la répartition ici]. Je me suis nourri de produits certifiés bio, mais générés, conditionnés, emballés et transportés grâce à la combustion de pétrole. Je n'ai acheté aucun autre bien matériel mais en ai utilisé beaucoup d'existants, qui ne seront assurément pas tous recyclés et finiront par polluer un lieu inconnu.

Bref : j'ai contribué efficacement à la destruction du monde naturel qui m'est cher.

À l'évidence je ne vis pas selon des principes de sobriété. Mon mode de vie ne s'inscrit pas dans une perspective soutenable. Beaucoup trop de mes actes se font au détriment d'autres êtres vivants, humains ou non humains, nés ou à naître, en utilisant des ressources non renouvelables en cours d'épuisement. Je le sais mais ça reste abstrait. Invisible. Imperceptible..

Tout autour de moi je vois que mes semblables font pareil. Et souvent bien pire. Faire bien mieux est possible... mais difficile. La sobriété volontaire est difficile à mettre en oeuvre, ne serait-ce que parce que je vis dans une société d'abondance, fortement tentatrice. Le système lui-même est fondé sur la consommation perpétuelle de ressources, jusqu'à épuisement. Il me faudrait donc, pour être cohérent avec mes idées, sortir du système. Ou du moins vivre en marge.

En ai-je le courage ? Là n'est pas la question. Certes il en faut pour aller à contre-courant, même si beaucoup l'ont fait avant moi. Il en faut pour résister au "système" consumériste, dont chaque acteur, chaque rouage, chaque élément à intérêt à ce qu'il reste en place aussi longtemps que possible. Il en faut pour s'engager dans une démarche de renoncements, alors que les préoccupations  apparentes de mes congénères porteraient à douter de leur bien fondé. Mais les vraies questions, une fois convaincu du nécessaire changement, se posent plutôt en termes de plan d'action. Par quoi commencer ? Dans quelle direction aller ? JUsqu'où ? Quel objectif viser, en termes de décroissance et de délais ? Quelles options choisir ? Plus j'y réfléchis et m'informe, plus je mesure l'importance de l'effort à consentir. Sans commune mesure avec ce à quoi nous incitent les pouvoirs publics, en termes d'éco-gestes et autres gadgets nés du concept fumeux de "développement durable". Non : tout ce qui tend à faire croire que nous pourrons effectuer une transition en douceur est un leurre.

 

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[Source]

 

C'est la thèse défendue notamment par cet article critique, qui va à l'encontre de "L'appel du monde de demain" que je relayais dans mon précédent billet. Extrait :

« A l’instar du film « Demain », cet appel sera sûrement très bien relayé, comme tout ce qui alimente la soif anxieuse et grandissante de bonnes nouvelles, de rassurances, et d’espoir. Cet espoir qui sert d’anxiolytique de masse, et qui permet de maintenir l’ordre, et la paix, ou plutôt la léthargie sociale, afin que les gens continuent à acheter, à travailler, à croire que nous allons collectivement nous en sortir à l’aide de bouts de ficelles, à croire que les structures sociales qui nous ont menées là où nous en sommes rendus vont également nous en sortir. A croire que les corporations vont, d’une manière ou d’une autre, faire ce pourquoi elles n’ont pas été conçues ; qu’une culture profondément toxique peut, moyennant quelques éco-gestes et autres éco-réformes, se changer en une idylle verdoyante. »

J'incite ceux qui s'intéressent à la critique de notre civilisation de l'exploitation, sous toutes ses formes, à parcourir le très documenté site "Le Partage", qui se déclare « Contre la civilisation, contre l'état, contre le progressisme ». Iconoclaste, certes, mais qui porte à la réflexion.

Le "développement durable" étant clairement insoutenable, je continue à explorer d'autres voies. Celles de la transition et de la décroissance, déjà, mais peut-être d'autres que je ne connais pas encore.

 

* * *

 

En attendant... je peux continuer à profiter des bonheurs simples sans nuire aucunement à l'environnement. Comme regarder le paysage enneigé au petit matin. Voir le soleil se lever et faire fondre l'éphémère voile blanc. Observer les premières fleurs, écouter le chant d'oiseaux engaillardis par la douceur de l'air. Sentir les premiers signes du printemps...

 

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Fleur d'hamamellis, samedi matin

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01 février 2017

L'appel du monde de demain

 

 

 

 

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27 janvier 2017

Quand les blés sont sous la grêle

Il ne t'aura pas échappé, ô impénitent-e lecteur-trice de ce blog hétéroclite, qu'un prépondérant sujet s'est invité sans partage dans mes écrits. Tu en auras compris les raisons : j'ai eu un choc en traversant le mur de la conscience. C'est comme si, soudainement, j'avais - enfin - ouvert les yeux. Maintenant je sais. Non pas en termes de savoir [quoique...], mais plutôt par incorporation. Littéralement : in corpore. C'est entré en moi. Intellectuellement, sensoriellement, émotionnellement. Humainement. Il y a là quelque chose qui touche au viscéral. À l'instinctif. Au vital.

Pourtant, en dehors de ce blog, rien n'a visiblement changé dans mon existence et mon entourage ignore tout de mon passage "de l'autre côté". Je n'en parle pas. À peine fais-je parfois allusion aux enjeux de l'avenir, en vue de sentir à quel degré de réceptivité se situe mon interlocuteur. Généralement il n'y a aucun écho. Au mieux quelques banalités. Ces questions-là, si elles préoccupent vaguement, sont reportées loin dans le temps. Il n'y a aucune notion d'urgence. Il y a surtout une grande méconnaissance de la multiplicité des phénomènes, de leur intrication et de leur ordre de grandeur.

Je n'insiste pas. Je ne cherche pas à convaincre. Les réticences sont trop fortes. Tout au plus puis-je chercher à éveiller, à titiller la conscience, à susciter la curiosité et l'envie d'en savoir plus. Je sème quelques graines. Un peu comme ce que j'ai proposé ici depuis quelques semaines.

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En moi, maintenant, qu'est-ce qui a changé ? À la fois tout et pas grand chose. Tout, en tant que changement de paradigme : la réalité n'est plus la même, les perspectives non plus. Les illusions sont tombées et elles ne reviendront pas. Je ne vois donc plus l'existence de la même façon. Ni celle de la société de laquelle je suis issu, ni celle mon existence propre. De même, je ne vois plus les rapports relationnels comme auparavant. Individualisme, liberté, partage, solidarité, entraide... tout a été bousculé. De nouveaux contours se dessinent.

Pour le "pas grand chose" du changement, cela concerne seulement la surface. Les apparences. Aucune modification n'est visible, je n'ai pas changé de comportement ni d'habitudes. Pour le moment je ne fais que prendre conscience des changements et prévoir leur mise en oeuvre. L'objectif visé est d'adapter mon mode de vie à la raréfaction des ressources. Aller donc vers un maximum d'autonomie énergétique, en réduisant très fortement ma dépendance à tout ce qui, tôt ou tard, viendra à manquer. Si je ne veux pas que le choc soit trop rude, je dois me mettre en marche sans délai pour être prêt le moment venu. J'ai tout un chemin à parcourir. Il me faut m'informer, apprendre, imaginer, rencontrer. Je dois imaginer mon lieu de vie en conséquence. Me préparer à vivre dans l'abondance frugale et la sobriété heureuse. Les oxymores apparents de ces formules nous rappellent, et c'est capital, que les changements à venir ne seront pas nécessairement tristes. Au contraire, nous avons probablement beaucoup à gagner en retrouvant des existences fondées sur l'entraide et la parcimonie, la modération et la tempérance. J'ai envie d'y croire. J'agis dans ce sens.

Oh je sais : tout cela peut faire sourire. Et peut-être restera risible aussi longtemps que les effets du reflux tarderont à se faire réellement sentir. Mais s'il devait être rapide, voire brutal, mieux vaudra s'y être préparé à l'avance. Parce que ne ce sera pas qu'un mauvais moment à passer : ce sera définitif. Mieux vaut accepter au plus tôt cette idée qu'il n'y aura pas d'échappatoire. Pas de seconde chance, pas de retour à la croissance et au gaspillage, pas de nouvelle énergie miraculeuse. Le "cadeau" du pétrole, énergie gratuite à très fort potentiel, était à un seul coup. One shot !

À chacun de nous, maintenant, de reprendre contact avec les réalités naturelles. Pour ma part, je trouve que c'est un beau défi que ce retour vers une forme d'équilibre et de respect. Qui sait si, après le chaos, ne viendrait pas une sorte d'harmonie ? Oui, je rêve...

 

À ce point de la lecture tu constates donc, cher-e lecteur-trice, que je prends tout cela très au sérieux. Autant te dire que l'importance relative du reste me paraît bien dérisoire. J'irai jusqu'à dire que ça me glisse sur la couenne. Lorsque j'entends certaines prospectives économiques et sociétales pour l'an 2050 je décroche totalement. Ce n'est plus mon monde. Et lorsque quelques politiciens - on en voit beaucoup en ce moment - me promettent je ne sais quelle relance miraculeuse de la croissance, je ris sous cape de leur imbécillité. Les seuls programmes politiques présentant de l'intérêt, à mes yeux, sont ceux qui mettent la préoccupation environnementale et sociale au coeur de leur projet. Donc l'arrêt de la croissance. Tous les autres ne méritent aucune considération : ils ne comprennent rien de ce qui se passe.

Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui songe à ses querelles
Fou qui fait le délicat
Au coeur du commun combat

De manière plus générale, en ce moment, tout ce qui n'exprime pas, de près ou de loin, la conscience que la Vie - pas seulement humaine, ni actuelle, ni visible - est absolument précieuse, ne m'intéresse pas. Faisant fi de ma propre existence, une seule chose m'importe, au final : que la biosphère dans toute sa riche diversité soit préservée des outrages que l'humanité avide lui fait subir. 

Photo : épis de petit épeautre, Alpes Maritimes
Poème : Extrait de "La rose et le réséda", Louis Aragon

 

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23 janvier 2017

Tomber en décroissance

« Je suis tombée en décroissance comme certains tombent amoureux, comme une espèce d’évidence. Du jour au lendemain, plus aucun compromis ne devient envisageable…. On a beau être écologiste convaincue depuis toujours, tomber en décroissance c’est ouvrir les yeux, d’un coup, d’un seul, sur les contradictions de nos choix de vie personnelle, professionnelle, associative… La transition qui s’amorce dès lors, plus ou moins difficilement, douloureusement, reste passionnante et enrichissante. Ce qui est sûr, c’est que l’on ne sait pas ce qu’il restera à la fin.

Tomber en décroissance, c’est vivre un deuil progressif, voire soudain, d’un imaginaire sociétal dans lequel nous nous étions construits, avions projeté notre avenir… et faire face rapidement à un sentiment d’impuissance abyssal qui nous pousse à aller à la rencontre de ceux qui sont déjà en chemin, de manière boulimique parfois (paradoxalement !), comme pour combler ce vide « conceptuel » brutal…

Tomber en décroissance, c’est accepter que nos rêves et notre réflexion se radicalisent… un temps, ou longtemps. Parfois nos positions se ferment de manière obstinée à tout ce qui composait l’ « avant », sans aucune indulgence vis-à-vis des autres, mais surtout de nous mêmes… Cette forme de radicalisation apporte son lot de clivage et d’incompréhension vis-à-vis de nos proches, sceptiques, et crée un sentiment de manque de souplesse… réel, un temps, ou longtemps… Les risques de repli sur soi, sur un collectif unique peuvent être grands… et pourtant…

Tomber en décroissance c’est avant tout essayer de ne pas reproduire les modèles individualistes et égoïstes que la société capitaliste nous propose. C’est inventer d’autres archétypes. Il s’agit, à mon sens, d’une démarche profondément intime et humaniste… en proposant des rapports ardemment respectueux et soucieux de l’autre, sans se désolidariser de nos contemporains en reniant notre appartenance à un corps social, ou en alimentant des comportements sécessionnistes, voire haineux. Devenir radicale en défendant des idées telles que celles portées par la Décroissance, c’est avant tout s’occuper des autres, en leur donnant toute leur importance, tellement celles-ci sont empreintes de partage, de solidarité, convivialité… »

Texte complet à lire ici : Je suis tombée en décroissance comme on tombe amoureux

 

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22 janvier 2017

Je fais quoi, maintenant ?

Fin d'un monde, épisode 10

Ne voulant me satisfaire des éléments préoccupants que je propose ici depuis quelques semaines, j'ai cherché sur internet des avis éclairés pouvant les contredire. Hormis les opinions de trolls et commentateurs lambda, refusant de croire au choc à venir, il n'y a pas grand chose de sérieux à se mettre sous la dent. Le flux médiatique général n'évoque quasiment rien de ce genre et les divers programmes politiques promettent d'oeuvrer au retour prochain de la croissance.

Alors peut-être ai-je une approche partiale, mais plus je cherche et plus ce que je trouve confirme mes inquiétudes. Par exemple cette courte [12 minutes] mais percutante vidéo de Gaël Giraud, chef économiste de l'Agence Française de Développement.

 

Effondrement financier, économique, écologique, démographique, énergétique...

 

Bon, je vous la propose pour le fun mais pour moi c'est maintenant clairement acquis : on y est. Ayant désormais pris acte de cette réalité incontournable, que fais-je ? Et bien je m'informe sur des solutions, en vue d'éviter le pire. Notamment tout ce qui tourne autour de la Décroissance. Le champ des possibles est immense et je me rends compte que les initiatives fourmillent un peu partout dans le monde, et ce depuis longtemps. C'était d'ailleurs la thèse du film "Demain"... que j'avais un peu oublié tant il est finalement peu question dans les médias - qui font les opinions et les conversations - des réalités de notre proche avenir. On nous parle d'une foule de choses... sauf de l'essentiel !

Vous en entendez souvent parler, vous, de la décroissance ? Je veux dire, autrement que comme un truc de farfelus new-âge prônant le fameux "retour à la bougie" repoussoir ? Mais peut-être est-ce moi qui n'ai pas porté suffisamment attention à cette notion de décroissance, dont j'ai pourtant eu connaissance depuis longtemps. Peut-être n'avais-je pas vraiment "percuté", comme on dit...

Mais la Décroissance c'est quoi, au fait ?

La Décroissance, selon une version "éducative" est présentée sous un jour plutôt niais quant aux solution présentées. On va dire que c'est pour les enfants...

La Décroissance selon une version pour adultes propose une brève, mais honnête, présentation des enjeux. Hélas la conclusion met tout par terre : les solutions proposées par les partisans de la décroissance seraient « utopiques ». Ben voyons... ne changeons surtout rien au système en cours, tellement parfait, et continuons à attendre le retour à la croissance.

La version Wikipédia de la Décroissance va heureusement plus loin, de même que le site du Parti de la Décroissance (qui parle aussi d'acroissance, à l'instar de l'atheisme).

À titre d'exemple, voici une courte vidéo présentant quelques initiatives de décroissance :

Réflexions sur la décroissance (Mouvement politique des objecteurs de croissance)

 

 

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19 janvier 2017

Torpiller le mythe

Allez, pour finir (?) dans ma série "Catastrophe et effondrement" [dont je crains qu'elle finisse par lasser une part de mon lectorat...], une animation qui m'a parue assez convaincante. Elle présente de façon simple la convergence des facteurs qui rendent impossible le mythe de la croissance infinie. La démonstration est implacable. Ce n'est pas trop long, abondamment illustré, facile à comprendre... et la conclusion montre que l'optimisme peut demeurer. Mais il nous faut nous préparer à renoncer à quelques privilèges...

 

 

"There's no tomorrow" - Version française ("Sans lendemain") 

 

En bonus, parmi les articles du moment :

 

 

 

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16 janvier 2017

Le mythe du progrès

 

 

 

Faut-il remettre en cause le mythe du progrès ?
Boris Cyrulnik, Pierre Rabhi, Yves Paccalet 

 

 

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14 janvier 2017

Accepter la perte

Dans le sillage de mes billets sur la fin plus ou moins proche de notre modèle de civilisation, j'ai envie d'aborder, à partir de mon expérience personnelle, la notion de perte. La perte au sens large, c'est à dire la fin définitive de ce qui a existé. Que ce soit une personne, une situation, une époque... ou un modèle de civilisation. Cela m'amène aussi à parler de la perte de ce qui aurait pu exister et qui n'adviendra pas.

 

Apprendre la perte

Comme chacun d'entre nous, depuis que je suis sorti du ventre douillet de ma mère j'apprends la perte et le renoncement. Simultanément j'apprends que ce qui est perdu ouvre à de nouvelles opportunités. C'est le principe de l'adaptation. À un milieu, à des personnes, à un contexte. Toute perte conduit à trouver un nouvel équilibre.

Durant mon enfance et mon adolescence j'ai vécu quelques pertes marquantes. Perte d'états antérieurs, de relations, mais aussi renoncement aux parents idéaux que j'aurais aimé avoir [perte de l'idéal parental]. Avec eux il a fallu que je m'adapte à ce qu'ils pouvaient m'offrir, généreusement mais imparfaitement. Que j'accepte ainsi les bases sur laquelle aller se fonder mon existence. Il y a aussi eu la perte d'amis, qui n'en étaient finalement pas, et surtout la perte du frère que j'aimais. Non qu'il ne soit décédé, mais parce que le lien de confiance que j'aurais voulu avoir avec lui s'est rompu. Une blessure dont je n'ai mesuré la profondeur qu'à l'âge adulte.

Plus tard, alors que j'avais une trentaine d'années, je dus faire face à une nouvelle perte douloureuse. Celle d'une amitié amoureuse et du lien de confiance que j'avais imaginé. Fortement éprouvé, en quête de sens, j'écrivis beaucoup à ce sujet pour comprendre où et comment j'étais touché. J'achetai aussi un ouvrage éclairant intitulé "Deuils", dont le sous-titre était : "Vivre, c'est perdre". Ces quelques mots traduisent bien, à mes yeux, un des apprentissages fondamentaux de l'existence : rien n'est acquis. Ou dit autrement, l'impermanence règne. Ce qui existe aujourd'hui n'existera peut-être plus demain. Accepter ce principe c'est se libérer d'un vain sentiment d'injustice.

Encore quinze ans plus tard une perte plus essentielle, plus viscérale, s'annonça soudainement : ma compagne de vie, ma plus proche amie et confidente, celle avec qui j'avais projeté mon existence jusqu'à la mort, celle sans qui je ne me voyais pas vivre, mes racines et mon ciel, me promettait de mettre un terme à notre alliance - et par là-même à notre vie de famille - si je ne modérais pas mon appétit de découverte et de liberté. Il me revenait donc de choisir entre une attirante liberté et l'ancrage profond que constituait notre relation. Dilemme cornélien qui me mit de nouveau face à la perspective de la perte. Par anticipation, cette fois. Il m'a été très difficile d'accepter l'idée même de cette perte, tant j'avais construit dans mes représentations la solidité et la durabilité du lien de couple. Un tel renoncement, une telle perte, m'étaient littéralement "impensables". Je savais que mes choix de vie pouvaient mener à cette perte... et en même temps je n'y croyais pas. Par excès d'optimisme j'imaginais pouvoir trouver une solution. Il y aurait forcément un étroit chemin qui allait me permettre d'éviter l'inéluctable fin annoncée. Forcément.

 

La perte d'un avenir

Si je raconte cela c'est parce que l'analogie m'est venue en décrivant l'entêtement dont chacun de nous peut faire preuve, collectivement, à persister dans une direction sociétale dont tout nous dit qu'elle aura une issue fatale. Notre comportement et notre appétit de liberté nous conduisent à détruire ce à quoi nous tenons. Nous savons mais nous n'agissons pas [ou très insuffisamment].

Comme autrefois, lorsque j'ai su le risque mais n'ai pas infléchi ma course. En persistant dans ma quête de liberté... j'ai perdu celle que j'aimais. Elle n'est pas morte, fort heureusement, mais notre relation est morte. Du moins la forme de relation que nous avions. Ce qui en reste aujourd'hui n'a plus rien à voir, qualitativement, avec autrefois.

Il est évidemment très hasardeux d'établir des analogies avec une relation entre individus et entre celle que les humains ont avec le milieu qui les accueille. Mon parcours de vie me rends cependant assez sensible à l'idée qu'on puisse aller trop loin face à un risque avéré, et même annoncé comme certain. L'incrédulité, le déni, l'optimisme exacerbé... j'ai appris à m'en méfier et n'en faire usage qu'avec parcimonie. Et toujours avec lucidité. Car je sais désormais qu'on peut perdre même ce qui nous paraît le plus impensable. Par aveuglement. Par excès de confiance.

"Vivre c'est perdre", et perdre c'est ouvrir la voie vers un nouvel équilibre. Certes... mais il est des pertes plus difficiles à compenser que d'autres. Et plus difficiles à accepter.

Accepter la perte ? Cela paraît presque contradictoire : la perte on la subit. Elle fait mal, elle est douloureuse, elle nous ôte quelque chose. Comment accepter cela ? Et pourtant le chemin de l'acceptation est celui qui nous libèrera de la douleur initiale. Depuis Elisabeth Kübler-Ross on sait que le processus de deuil, qui accompagne la perte, ne trouvera une issue qu'en passant par une phase d'acceptation. Déni, colère, peur, tristesse, acceptation... et enfin "cadeau caché". Car la perte ouvre de nouveaux horizons, oblige à d'autres perspectives.

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Encore faut-il savoir ce qui est perdu. Que les contours soient clairs. Car sait-on toujours exactement ce que l'on perd ? Est-ce une personne ? la relation que l'on avait avec elle ? la complicité particulière qui nous réunissait ? des projets communs ?
Dans le contexte qui me passionne en ce moment, que dois-je me préparer à perdre ? Un mode de vie ? Un idéal de société ? Une illusion de liberté sans limites ? Le mythe du progrès continu ? Et quelles sont les perspectives de renouveau ? Finalement, ne va t-on pas se trouver aux portes d'un modèle de société à (re)découvrir, davantage basé sur l'entraide et la solidarité, plus en lien avec notre milieu, plus respectueux de celui-ci, et à une échelle plus adaptée à notre perception concrète ?

Nous n'avons pas encore perdu ce à quoi nous tenons, en termes matériels, mais en termes de projections je crois que nous devons nous y préparer. Je m'y prépare. C'est déjà là, en fait. En faisant une sorte de "pré-deuil" j'anticipe la perte. Je veux réduire l'impact de l'inévitable choc et envisager déjà des pistes d'espérance. Je m'y emploie.

 

Pour en savoir plus sur les opportunités que l'effondrement pourrait apporter à notre société, deux interviews de Pablo servigne, co-auteur du livre « Comment tout peut s'effondrer ». À la fois catastrophiste lucide et optimiste pragmatique, avec une approche scientifique en lien direct avec les émotions.

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10 janvier 2017

Tout est impermanence

Suite de ma prise de conscience sur le devenir [possible] de notre société.

 

Entièrement libre durant un glacial week-end, j'ai passé des heures à m'informer sur le sujet qui m'inquiète : lecture d'articles, visionnage de conférences vidéo... Une immersion monomaniaque, avec le risque d'en perdre sens critique et facultés de discernement. Pour tenter de m'en abstraire j'ai essayé de lire autre chose, d'écouter la radio. Peine perdue : ces "hors-sujet" ne m'ont guère intéressé. J'ai alors observé et tenté d'analyser ce qui se passait en moi, qui ne suis guère coutumier de réactions passionnelles et encore moins de fantaisies irrationnelles.

 

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Comment décrire ce que je vis depuis quelques jours ? D'abord il y a eu un choc. Je savais ce qui se joue, intellectuellement parlant, mais je n'avais pas pris la réalité "en pleine gueule". Je veux dire que corporellement, émotionnellement, je n'avais pas ressenti "dans les tripes" cette sorte d'oppression qui m'a saisi ces derniers jours. Soudain j'ai eu peur. J'ai vraiment eu peur, avec une sensation d'urgence : la menace était imminente et nous n'y pensions pas. Flippant ! Que je le ressente ainsi ne signifie évidemment pas que ce soit vrai mais que les éléments dont j'ai disposé m'ont paru suffisamment crédibles pour que je les crois vrais.

Un mot a servi de déclic : "Effondrement". Et surtout le délai qui y était associé: bientôt. Plus tôt que je l'imaginais, donc. Peut-être sous une ou deux décennies. J'ai alors senti viscéralement l'immense vulnérabilité notre civilisation techno-industrielle [depuis j'ai constaté, non sans surprise, avoir déjà employé le mot effondrement, sans réagir, il y a deux ans dans "Le risque d'effondrement"]. De lien en lien, de page en page, j'ai pisté l'effrayant terme. Très vite me sont revenues en mémoire des scènes traumatisantes : "Malvil", roman post apocalyptique de Robert Merle, lu lorsque j'étais adolescent. Puis "Mad Max", film d'anticipation ayant lui aussi fortement marqué mon imaginaire. Dans les deux cas il est question de survie de communautés sociales "pacifiques" assaillies par des hordes hostiles tentant de voler les moyens de subsistance des premiers. Un monde sans autre loi que celle du plus fort. Mon imaginaire s'est donc mis à galoper, anticipant sur le pire de ce que l'humanité peut redouter d'elle-même. Très vite je me suis mis à penser à tout ce qui deviendrait vital en cas de pénurie généralisée : nourriture, allumettes, hache, bougies... Une liste insensée s'allongeait dans ma tête, en prévision du jour où il n'y aurait plus carburant ni éléctricité, donc plus d'approvisionnement alimentaire. Stop ! Si ces conditions devaient arriver, autant se flinguer dans les jours qui en suivent l'annonce [zut, j'ai même pas de flingue...].

Alors je me suis posé. J'ai cherché d'autres pistes de réflexion... et j'en ai trouvé. Parce que ça fait déjà pas mal de temps que des gens sensés réfléchissent à l'effondrement, en évitant de préférence les pires scénarios. Tandis que je jouais les insouciants depuis des années, d'autres imaginent le futur post-gaspillage qu'ils souhaitent. Ils se basent sur ce qui a fondé notre société pendant des siècles : l'entraide, la solidarité, le collectif. Ils se projettent vers des communautés à petite échelle, placées sous le signe de la bienveillance, de l'amour, du respect des hommes et de la nature. Ouais, des trucs un peu new-age, marginaux, vaguement utopistes. Ce que moi-même je regarde généralement avec un brin d'amusement, peu tenté par le mode de vie assez spartiate [et communautaire] que cela signifie. C'est que je l'aime bien mon petit confort de solitaire : une maison à moi tout seul, ma bagnole, ma liberté... Avec une contrepartie : la dépendance du "système" que je critique. Flagrant délit d'incohérence. De non-congruence : ne pas mettre en pratique les idées que l'on défend. Shame on me !

Certes, j'achète à 95% bio et quasiment jamais de viande [sauf quand elle va être périmée, donc jetée]. Je trie scrupuleusement mes déchets depuis au moins 20 ans [dérisoire], je ne change pas un appareil tant qu'il fonctionne (réfrigérateur agé de 20 ans, congélateur de 30 ans, même four depuis 35 ans, voiture de 22 ans et plus de 300.000 km), quitte à ce qu'ils soient bien moins performants que de plus récents... qu'il aura fallu fabriquer [pollution, énergie, ressources]. Je limite mes déplacements [bis repetita], les optimise, modère [un peu] ma vitesse. Je me chauffe au bois [zut, ça émet des particules fines !]. Je me pose systématiquement des questions sur ce qui sera le plus économe en ressources et en énergie. Un vrai casse-tête, souvent sans solution faute de connaisance suffisamment précise du bilan global. Bref je fais [presque] tout bien... mais sans trop faire d'efforts. Rien qui me "coûte" vraiment, en termes de temps, de complexité, de connaissances. Comme on dit : je me donne bonne conscience. Beurk !

Pourtant je le sais qu'on va dans le mur ! Je le sais que je devrais réduire bien plus fortement mon empreine écologique ! La diviser par quatre, au mimimum. Mais jusque là je ne suis pas parvenu à faire le grand saut qui me ferait passer du côté des décroissants.

Il y a dix ans, en écrivant "Ancien monde", je relatais ma prise de conscience suite à un premier choc reçu au cours d'un colloque : notre monde est fini. Sur le moment ça m'a sérieusement secoué, mais qu'ai-je fait depuis les 3686 jours qui se sont écoulés ? Rien. Ou si peu. Par contre j'ai senti croître ma crainte diffuse, attendant que le sursaut collectif se manifeste enfin et m'en délivre. J'ai espéré que l'écologie politique se montre à la hauteur, que le vote des citoyens s'oriente massivement dans cette direction, qu'autour de moi j'entende de plus en plus parler du changement à mettre en oeuvre, que l'ensemble de la société prenne le problème à bras le corps... Et rien ! Ou si peu. Au contraire, j'ai assisté, un peu héberlué, à la montée des idées populistes, à la perpétuation du modèle productiviste, à l'attente du retour de la croissance, à l'expansion de la vacuité des idées. Et je ne parle même pas du système médiatique de masse, orientant l'intérêt des foules vers le spectaculaire, le sidérant, le clinquant, le superficiel, le stupide. À gerber !

Depuis des années je me suis laissé porter, m'accrochant à ce qui, dans cet flot d'insignifiance, captait mon intérêt, augmentait mes connaissances, stimulait mon intelligence, suscitait mon émotion. Je me suis surtout réfugié dans un relatif isolement, propice à la contemplation, la réflexion, à une certaine forme de méditation. Installé dans un petit monde confortable, à l'écart, j'ai trouvé mon équilibre.

Va t-il falloir que j'y renonce ? 

Elle est là la grande question. Celle qui s'est insinuée dans mes pensées et les taraude maintenant : à quoi dois-je me préparer à renoncer ? Vertigineuse question, qui va bien au delà de mon seul confort personnel. D'autres dimensions s'invitent, plus profondes. Les relations, les liens, les proches. Les idéaux, les rêves, les espérances sur l'humanité et le progrès social et technique. Quant toute sa vie on s'est projeté, sans vraiment en avoir conscience, sur une certaine pérennité du modèle sociétal, de la succession des générations, envisager une rupture brutale na va pas de soi. Il y a perte, avec des sentiments de colère, de tristesse. C'est assimilable à un deuil. Certains se sont déjà penchés sur la question.

Fort heureusement j'ai rapidement pu retrouver à quoi m'accrocher pour ne pas m'enfoncer dans les perspectives sombres de la perte : l'effondrement promis peut être une chance de renouveau. Un (des) nouveau(x) modèle(s) sont à inventer. Mais je ne crois pas pouvoir investir ces champs du possible sans passer par une phase d'acceptation. Il y a bel et bien perte. Comme un rappel, à la fois cruel et libérateur : tout est impermanence...

 

 

D'un constat, aller vers des perspectives nouvelles

 

(à suivre) 

 

Posté par Couleur Pierre à 20:15 - - Commentaires [51] - Permalien [#]
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