Alter et ego (Carnet)

06 novembre 2021

Un rire complice

C'est une petite vieille aux mains osseuses et parcheminées. Elle n'a plus d'âge. Le plus souvent elle a l'air égarée dans ses pensées, bredouillant pour elle seule quelques mots inaudibles. Que ressent-elle ? Que pense t-elle ? Que comprend-elle de ce que ses sens captent ? Elle grimace sans s'en rendre compte. Ses yeux divaguent souvent mais parfois regardent intensément. À ces moments-là j'ai l'impression qu'elle est lucide. Cela ne dure pas. Son esprit-papillon s'envole. Quant à son corps, presque impotent, il ne se lève que péniblement, toujours avec de l'aide. Elle ne peut marcher que quelques pas avec une extrême lenteur.

Old woman

Alors, pour lui faire prendre l'air, pour entretenir un peu ses muscles atrophiés, on la déplace de son fauteuil fixe à son fauteuil roulant. Je lui enfile une veste, lui mets son chapeau un peu de guingois : « ah non, là tu ressembles à un épouvantail ». Je ris, elle en sourit. Je rajuste le chapeau,  lui noue une écharpe autour du cou et hop, direction l'ascenseur. Promenade roulante dans les calmes rues adjacentes. On s'arrête, lui demande de faire quelques pas en lui tenant le bras d'un côté, sa canne de l'autre. Elle avance d'un pas mal assuré, extrêmement lent. Elle glisse les pieds vers sa canne portée loin, comme un objectif à atteindre. Je lui dis que ça ressemble à du ski de fond au ralenti. Elle s'en amuse. Une dizaine de mètres parcourus en dix minutes. L'effort vaut bien un marathon. 

Il fait froid, alors on décide de faire demi-tour, en reprenant le véloce fauteuil roulant. Les derniers rayons du soleil font du bien, avant de passer tôt derrière la montagne. Retour à l'ascenseur. La porte s'ouvre, on rentre le fauteuil roulant, face au miroir. Et tandis que la cabine s'élève, je regarde cette petite vieille à l'esprit en vrac, sous son chapeau et ses lunettes. Je lui avance le chapeau sur le front, puis le place en arrière et de travers. Je ris, elle rit. Face au miroir elle mime l'élégante avec une cigarette. Instant fugace de lucidité, de complicité. Je retrouve ma mère, rieuse, espiègle. Elle est là !

 

Un instantané partagé, devenu si rare, que je garderai en souvenir. 

 

femme elegante fume

Dans l'imaginaire d'une petite vieille dans l'ascenseur
(les deux photos sont d'illustration)

 

Posté par Couleur Pierre à 19:57 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


19 octobre 2021

Mon temps était ce tout

Deux mois se sont écoulés sans que je n'écrive une ligne, ni même n'en ressente l'envie. L'écriture et moi, nous nous sommes éloignés. C'est un peu comme une séparation : peu à peu les liens s'étiolent et un jour on se surprend à ne plus y penser. J'écrivais tant, jadis...

Je pourrais me demander ce qui fait que cette relation de moi à moi, dont le témoignage écrit engendrait de surcroît une "relation" avec vous qui me lisiez, s'est atténuée au point de presque disparaître. Je pourrais, certes... mais cela me demanderait un temps d'introspection qui, finalement, ne m'intéresse plus vraiment. Mon temps, je le consacre à moult occupations desquelles l'égocentrage a quasiment disparu. Peut-être cela reviendra t-il un jour, mais pour l'heure ce n'est plus là. D'autres réflexions ont pris la place. D'autres relations aussi.

Oh, il suffirait de pas grand chose, de presque rien, pour que je reprenne langue avec le dialogue intérieur. Ce "presque rien" ce serait seulement du temps libre en abondance. D'un autre côté une telle abondance pourrait bien être consécutive d'une forme de vide existentiel et relationnel. Le temps disponible, quand il est abondant, quand il n'est pas compté, ne confine t-il pas à l'ennui ? N'est-ce pas la rareté du temps libre et choisi qui en fait toute la valeur ?

Hier je suis allé prendre des photos d'automne. J'avais la journée devant moi et aucun programme. J'ai laissé ma curiosité et mes pieds me porter. Aller un peu plus loin sur le chemin, monter un peu plus haut pour avoir une vue plus dégagée. Me rapprocher de la longue falaise abrupte, pas après pas. J'aurais pu redescendre et aller ailleurs mais je subodorais que le spectacle était à son apogée. Au pied des éboulis, alors que le panorama était déjà superbe, j'ai choisi d'aller à droite, au delà d'une arête. Le spectacle était splendide, tout d'or et de roux sous le pur bleu du ciel. J'ai pris le temps de contempler, de m'assoir, de respirer à plein poumons et d'écouter le silence. Au moment de revenir sur mes pas, j'ai été tenter de monter encore, vers la gauche cette fois. Suivant la sente, de plus en plus escarpée, je suis entré dans le raide couloir qui montait vers le plateau. Tant et si bien que j'ai fini par atteindre ce vaste territoire d'altitude, où la vue porte si loin vers l'ouest. Je me suis assis, béat d'admiration. Le son de quelques cailloux dégringolant la falaise attira mon attention vers des bouquetins insensibles au vide au dessus duquel ils se prélassaient. Dans le ciel, quelques vautours fauves planaient.

J'ai pris tout mon temps. Mon temps était ce tout.

En écho avec les écrits de Célestine

 

IMGP3691

Une envie de grimper la haut...

 

IMGP3703

 

 

IMGP3721

 

 

IMGP3727

 

 

IMGP3832

Balcon Est du Vercors avec, au fond, le Mont Aiguille

 

IMGP3772

Haut plateau du Vercors

 

IMGP3776-001

 

 

IMGP3812

La brêche qui permet d'atteindre le plateau

 

Posté par Couleur Pierre à 11:58 - - Commentaires [22] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

15 août 2021

Vers la décroissance ?

Alors que la découverte récente du passé intime de mes parents me poussait à l'analyse des liens et de la transmission, l'actualité me bouscule et interromp mes réflexions. De nouveau les craintes face à un avenir quelque peu inquiétant viennent interroger l'idée même de transmission...


Capture d’écran 2021-08-13 à 00

Jolie image, n'est-ce pas ? Colorée, plutôt gaie, symbolique. Vous la reconnaissez peut-être : c'est celle qui illustre le dernier "rapport du GIEC". Plus précisément il s'agit du résumé pour les décideurs  présentant les résultats clés de la contribution du Groupe de Travail I au sixième rapport d'évaluation du GIEC des bases scientifiques au changement climatique. [ouf...]

À moins de vous être isolés de la rumeur du monde ce lundi 9 août, vous avez forcément entendu, vu ou lu cette information. La plupart des média en ont parlé ce jour-là, mettant parfois en "Une" ce qu'annonce ce rapport alarmant. Rien de moins que la confirmation d'une dégradation continue, plus rapide que prévue et en accélération, de la stabilité climatique qui règne depuis des milliers d'années. 

Par contre si vous avez loupé l'info ce jour-là, il se peut que vous n'en ayez rien su : dès le lendemain il n'en était plus question. Ce rapport n'aura été en une des médias qu'un seul jour ! Il a été balayé par des sujets dont l'importance relative dans le temps long laisse pantois.

Sujet d'un jour, le groupe I du GIEC n'annonce, entre autre, que des broutilles de ce genre : 

  • « A.3 Le changement climatique causé par les humains est déjà en train d’affecter de nombreux climats et extrêmes climatiques à travers le monde. Les preuves de changements ont été renforcés depuis AR5 (le précédent rapport, celui-ci étant AR6) concernant des extrêmes climatiques tels que des vagues de chaleur, de fortes précipitations, des sécheresses, des cyclones tropicaux, ainsi que leur attribution à l’influence humaine. »

Exemple de commentaire type, lu sur des sites de presse : Mouah ah ah... avec l'été pourri qu'on à eu, ils me font bien rigoler ces guignols.

 

  • « B.1. La température à la surface du globe continuera d’augmenter au moins jusqu’au milieu du siècle, dans tous les scénarios d’émissions envisagés. Le réchauffement planétaire dépassera les 1,5 °C et 2 °C au cours du XXIe siècle, à moins que des réductions importantes des émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre n’interviennent dans les prochaines décennies. »

Pfff, encore une manigance du lobby écolo, qui veut nous faire peur avec des annonces catastrophiques...

 

  • « B.2. De multiples changements dans le système climatiques s’intensifient, en relation directe avec l’augmentation du réchauffement de la planète. On peut notamment mentionner l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des chaleurs extrêmes, les vagues de chaleur marine, les fortes précipitations, les sécheresses agricoles et écologiques dans certaines régions, la proportion de cyclones tropicaux intenses, ainsi que la réduction de la banquise arctique, du manteau neigeux et du pergélisol. »

Rhôôô la la, ils veulent nous culpabiliser, ces khmers verts !

 

  • « B.5. De nombreux changements dus aux émissions de gaz à effet de serre, qu’elles soient passées et futures, sont irréversibles sur plusieurs siècles, voire des millénaires, en particulier les changements concernant les océans, les calottes glaciaires et le niveau mondial des océans. »

Que les Chinois et les Américains commencent ! Nous, les français, on n'émet que 1% du total, alors me faites pas rigoler.

 

  • « C.2 Avec l’accroissement du réchauffement climatique, chaque région devrait expérimenter de manière croissante des changements multiples et simultanés touchant les facteurs d’impacts climatiques. Ces changements seraient plus forts avec une augmentation de 2 degrés comparativement à un réchauffement climatique d’1,5 degrés, et plus forts encore avec des scénarios de réchauffement plus marqués. »

Trop drôle, comme si un demi degré en plus ou en moins allait changer quelque chose.

 

  • « C.3 Les résultats à faible probabilité, tels que l’effondrement de la calotte glaciaire, les changements brusques de la circulation océanique, certains événements extrêmes composés et un réchauffement nettement plus important que la fourchette évaluée comme très probable du réchauffement futur, ne peuvent être exclus et font partie de l’évaluation des risques »

Et pourquoi pas la fin du monde, tant qu'on y est !

 

  • « D.1 Du point de vue des sciences physiques, limiter le réchauffement global engendré par l’humain à un niveau spécifique requiert de limiter les émissions cumulées de CO2, et d’atteindre au moins un niveau de zéro émissions nettes de CO2, en plus de réduire fortement les émissions des autres gaz à effet de serre. De fortes, rapides et soutenues réductions des émissions de CH4 réduiraient aussi l’effet de réchauffement résultant de la baisse de la pollution aux aérosols et augmenterait la qualité de l’air. »

Pff, c'est trop compliqué. Ça m'prend l'chou leur infos...

 

Capture d’écran 2021-08-10 à 23

Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous mais pour ma part, je me demande ce qui m'inquiète le plus, entre ces éléments scientifiques factuels approuvés par les représentants de 195 pays... et le fait que si peu de gens semblent prendre la mesure de ce qui s'annonce dans les années et décennies qui viennent. Une catastrophe écologique et humaine est en cours, dont les inévitables effets pourraient être limités - à défaut d'être évités - à condition que, sans délai, de façon drastique et continue, les pays riches infléchissent radicalement leur trajectoire.

« Le rapport du Groupe de travail 1 du GIEC d'aujourd'hui est un code rouge pour l'humanité. Les sonnettes d'alarme sont assourdissantes et les preuves sont irréfutables : les émissions de gaz à effet de serre provenant de la combustion de combustibles fossiles et de la déforestation étouffent notre planète et mettent des milliards de personnes en danger immédiat. Le réchauffement climatique affecte toutes les régions de la Terre, de nombreux changements devenant irréversibles. » [déclaration d'Antonio Gutteres, secrétaire général des Nations Unies]

ll y a une urgente nécessité à changer radicalement notre vision de la croissance. Nous devons passer de celle d'un "progrès" infini, aliénant et destructeur, à celle du bien vivre (mieux avec moins) et du partage. Et cette voie s'appelle décroissance.

Posté par Couleur Pierre à 18:16 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

06 août 2021

Ils s'aimaient

Plongée dans les archives de correspondance de mon père : j'ai ouvert le classeur aux trésors trouvé récemment dans son bureau. Méthodiquement rangées par ordre chronologique, avec quelques rares erreurs, les lettres de différentes époques de sa vie s'empilent, sagement trouées dans la marge à gauche. Les formats sont disparates, par séries parfois homogènes. Les écritures alternent : la sienne, celle de sa mère, celle de sa femme. Plus rarement celle d'autres membres de sa famille. Et puis quelques lettres de ses enfants, jeunes, ou adressées à eux.

 

DSC05373

1941-1981, quarante ans de correspondances

 

Je remonte les années, ne lisant que quelques bribes, jusqu'à retrouver la plus ancienne lettre : 23 mai 1941. Mon père a neuf ans et écrit à sa mère pour la fête qui lui est dédiée. La suivante, chronologiquement, est écrite par son père, Maurice, le 22 juillet 1949. C'est la seule de lui que je trouverai.

Plus rien jusqu'en 1954, quand mon père passe les concours des grandes écoles à Paris. Il a 22 ans. Dans ses courriers, très factuels, il est presque exclusivement question d'épreuves à venir, de pronostics de notes, puis de résultats finaux détaillés. Trois ans plus tard c'est le service militaire, avec préparation au départ en Algérie pour cette classe d'âge. Il embarque en mai 1958 pour Alger, sera en poste à Azrout, en Kabylie. La distance avec sa famille fait que l'échange de courriers s'intensifie fortement. En deux ans, plus d'une centaine de lettres sont échangées avec sa mère (son père étant décédé peu avant) et sa fratrie. Un ami de ses parents lui envoie un courrier amical. La fille de ce dernier aussi, qu'il connaît un peu. Leur vouvoiement marque la distance qui sied à ce genre de connaissance. Ils ne savent pas encore que, quelques mois plus tard, les circonstances les pousseront à s'engager dans une aventure conjugale... qui dure encore à ce jour.

Je n'ai lu que de rares passages de l'épisode algérien, mais suffisamment pour supposer pouvoir y trouver tout un pan de la vie du jeune homme qu'était mon père et dont il ne nous a jamais parlé. Pas plus que nous, ses enfants, qui ne l'avons jamais questionné. Comme s'il s'agissait d'une période à ne pas évoquer, un peu secrète, douloureuse, avec une histoire de trahison de la parole donnée. C'est du moins ainsi que notre mère nous l'a présenté dans notre enfance.

Une lettre écrite au capitaine commandant la section, de la part du jeune sous-lieutenant qui n'était pas encore mon père, m'a un peu plus éclairé sur ce sujet. Il y aurait eu des exactions dans les villages qu'il était chargé de pacifier, commises par d'autres militaires. Je ne dispose malheureusement pas de l'éventuelle réponse du gradé. Mais le courrier n'est-il pas resté à l'état de brouillon non expédié ?

À ce propos j'ignore comment mon père a pu récupérer les lettres qu'il avait écrites à ses proches. Peut-être après leur décès ? Je ne pense pas qu'il aurait gardé des doubles de ses propres missives. Quoi qu'il en soit cette correspondance croisée, malgré des manques, me paraît fort intéressante pour mieux connaître l'homme qu'était mon père jeune et les rapports qu'il entretenait avec sa famille.

Mais le plus intéressant, pour moi, commence avec l'arrivée de la jeune fille qui deviendra ma mère. Je connaissais l'histoire "officielle", je connais aussi la version intime de ma mère grâce à son journal, mais qu'en était-il de la réalité de leurs échanges ? Et bien, non sans surprise, je découvre une correspondance assez "amoureuse". Je dirais presque "classiquement amoureuse", avec toutes les attentions, la prévenance, les mots doux que peuvent se dire deux personnes qui se manquent l'une à l'autre. En particulier quand la distance empêche de se voir, toucher, parler autant que souhaité. La tendresse trouve parfois sa place lorsque l'autre manque et il est alors plus simple d'écrire "je t'aime" que de le dire...

Mes parents s'aimaient, donc, à en croire leurs premiers échanges.

J'ai interrompu mon exploration du jour quand, sur une des lettres que mon père adressait à sa mère, il a été question de... moi, bébé. En lisant que j'appréciais de rester des heures dans le jardin, sous un cerisier, à regarder les feuilles danser, j'ai visualisé très distinctement cette scène immortalisée sur un film super 8 muet, de nombreuses fois projetée sur l'écran familial de notre enfance. Ainsi j'ai le point de raccord avec ce qui a précédé mon existence et ce dont j'ai été partie prenante ensuite.

Cette interruption de lecture est aussi une façon de différer ma plongée dans l'intimité de mon père, qu'à la fois je regrette de n'avoir pas connue plus tôt... et ne me sens pas vraiment à l'aise de découvrir à son insu. Et puis... suis-je prêt à entrer en contact avec sa sensibilité, qu'il a tellement cachée ?

 

 

 

Posté par Couleur Pierre à 23:18 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , ,

01 août 2021

Transmission

Il y a sept ans mes deux parents réunissaient leurs quatre enfants dans une configuration exceptionnelle : reconstituer le noyau familial originel, le temps d'une parenthèse. Sans conjoints, sans petits-enfants. C'était la première fois depuis des décennies et, nous ne le savions pas encore, probablement la dernière. Car la maladie dégénérative de ma mère ayant poursuivi son travail de sape, renouveler l'expérience, un temps souhaité, devint de plus en plus improbable. Aujourd'hui cela n'aurait plus aucun sens.

Ma mère perd peu à peu le contact avec le monde des vivants. Le brouillard qui envahi ses pensées l'égare toujours davantage dans l'élaboration la byrinthique de ses phrases. Elle s'y perd et nous offre désormais trop peu de prises pour que nous puissions la rattraper. Des bribes trop éparses de lucidité ne suffisent plus à tenir conversation. Même parmi nous, elle n'est plus vraiment là. Déjà un peu "partie", elle subit l'épreuve cruelle de ceux qui voient leur corps s'éteindre et le lien entre leur être et leur pensée s'estomper. Elle quitte la vie à petit feu faute d'avoir, suffisamment tôt, entrepris les démarches permettant une mort choisie. Si d'aucuns veulent "mourir vivants", pour elle c'est un peu "vivre la mort". Vivre sa propre extinction, infiniment lentement. Elle le sait et nous le savons. Ainsi, peu à peu, les esprits de chacun se préparent à "l'après", l'idée s'étant désormais bien installée. D'une certaine façon chacun attend la délivrance. Sauf mon père, dont la vie est désormais entièrement consacrée à celle qu'il choie et houspille à la fois, semblant encore espérer une miraculeuse guérison.

Mon père, lui qui a toujours organisé et décidé tout au long de sa vie, prépare les derniers éléments de transmission. Récemment il a voulu me montrer le logiciel sur lequel se trouve la généalogie familiale, me demandant d'en imprimer l'arborescence. Il s'inquiète aussi du sort de la maison familiale, que plus personne n'occupe. Craignant que la maison se dégrade, et ne supportant plus les soucis que cela engendre, il souhaite la vendre... tout en se réservant la possibilité d'y retourner quand même, peut-être. Ambivalement, il lui est difficile d'accepter l'implacable réalité : ils n'y retourneront pas à deux, et encore moins l'un sans l'autre. Nous, leurs enfants (quoique grand-parents...), avons proposé de commencer à faire un premier tri. Bien que soulagé, mon père redoutait cependant que l'on jette inconsidérément des objets qui lui importent. Il a fallu plusieurs fois le rassurer sur ce point (et ce d'autant plus que sa mémoire commence à défaillir..).

Trois de la fratrie se sont donc réunis, il y a quelques mois, pour photographier les meubles et objets de valeur. Quelques semaines plus tard c'était pour commencer à trier ce qui pouvait être jeté sans remords. Pour nous ces incursions dans la maison parentale, qui est aussi celle de notre notre enfance, est une façon d'apprivoiser l'après qui s'annonce. Nous prenons le temps de redécouvrir ensemble des souvenirs dont les propriétaires affectifs sont encore vivants. Cela nous a paru être la meilleure façon de procéder, dans un contexte de sérénité émotionnelle, voire de plaisant partage, plutôt que dans la tristesse post-mortem.

La semaine dernière c'est une autre configuration rarissime qui a eu lieu : les quatre enfants réunis, sans les parents (mais avec deux conjoints et une représentante de la générations suivante). Nouvelle plongée dans leur semi-intimité, jaugeant ce qu'il était préférable de garder encore, même si cela ne servirait plus, ou de jeter parce que sans aucune valeur affective ou identitaire. Mon père a par exemple gardé depuis toujours ses... déclarations d'impôts, soigneusement rangées dans un classeur. Les détruire aujourd'hui serait comme nier ce qui, à ses yeux, était important. De même, si nous avons mis en carton nombre de livres très datés, nous en avons laissé suffisamment sur les étagères, choisis un par un, pour garder l'esprit des lieux. Quant au mobilier et aux divers objets visibles, nous avons tout laissé en place. Il sera temps d'arbitrer plus tard, entre maintien dans la descendance familiale ou abandon à la vente.

Du côté des trésors, nous savions de très longue date ce qui avait une valeur particulière. Non pas une valeur pécuniaire (quoique...), mais une valeur d'unicité. En particulier des photos prises par mon grand-père dans sa jeunesse, c'est à dire il y a un siècle. Des photos très particulières, en ce sens qu'elles permettent une vision en relief. Il s'agit de centaines de plaques de verre, avec deux images prises avec un appareil à deux objectifs ayant le même écartement que les yeux (6,3 cm, si ma mémoire est bonne), à visionner par transparence dans un petit coffret de bois ayant deux oculaires avec ce même écartement. La vision de cette vie d'autrefois en relief - et en noir et blanc - est absolument fascinante. Jeune adolescent j'ai souvent passé des heures à me replonger dans ce temps d'avant, à la fois disparu et familier géographiquement. Je crois que c'est dans cette époque que s'ancre ma perception d'une époque enviable. Non que les conditions de vie de l'époque fussent idéales, mais parce que les paysages étaient encore largement préservés des ravages de la modernité. Je crois que ma conscience écologique profonde est née là, avec ces plaques de verre m'offrant la vision bucolique d'un monde perdu.

Stereoscopie

 

Stéréoscope

 

Ces photos, nous avons passé quelques heures à les redécouvrir ensemble, tentant de reconnaître parmi les visages encore jeunes ceux de nos aïeux auxquels, jusque-là, nous n'avons pas porté grande attention. C'est comme si, avec la mémoire parentale qui va disparaître, nous réalisions que finalement nous ne savions pas grand chose de ces ancètres que nos parents eux-mêmes n'ont connu qu'âgés. Vertige des générations qui se succèdent en se transmettant une histoire impalpable. C'est d'autant plus troublant quand les lieux sont clairement reconnaissables, malgré les transformations qu'un siècle d'urbanisation à pu opérer.

Un autre trésor, insoupçonné celui là, fut la découverte d'un classeur contenant une correspondance conjugale et plusieurs correspondances amicales et familiales. Nous ignorions que notre père avait pu s'épancher ainsi et conserver précautionneusement des courriers personnels. Ce classeur je l'ai emporté, avec l'accord de la fratrie, pour le mettre à l'abri d'une éventuelle disparition s'il prenait à mon père l'idée de le détruire, volontairement (ce qui est peu probable, s'il l'a conservé jusque-là) ou par perte de ces facultés intellectuelles. Je n'ai fait que feuilleter quelques courriers, saisissant leur valeur potentielle... mais aussi, peut-être, leur charge émotionnelle. Pas si simple de découvrir cette part chez un père qui ne dévoilait rien dans ce registre. Sur le plan de la compréhension humaine et familiale il y a cependant certainement d'intéressants rapprochements à faire avec le journal de ma mère. En y ajoutant mes propres écrits, mes enfants auront de quoi lire tout un entrecroisement de récits générationnels intrafamiliaux (si toutefois cela les intéresse... et si l'avenir le permet).

Posté par Couleur Pierre à 11:52 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , ,


26 avril 2021

Le temps de penser (suite)

En vrai, si je me laissais aller... je crois que je passerais beaucoup de mon temps libre à écrire ! Je me complairais dans l'écriture, je m'y vautrerais sans vergogne, je m'en nourrirais en continu dans une forme d'autologophagisme (se nourrir de ses propres mots), pour ne pas dire d'onanisme scriptuel : jouir de ce qui émane de moi. Il y eut une époque ou je me sentais exister plus intensément par l'écriture. Il se pourrait donc que je n'écrive plus [pour le moment] pour éviter de me laisser happer par le logos, justement, ce qui se fait nécessairement au détriment de l'existence réelle. Pour éviter aussi d'aborder des sujets trop sensibles pour que je me risque à les mettre en mots. Car les mots font exister ce qui, sans eux, peut rester indéfiniment à l'état de latence. Je me sais pratiquer cette forme d'abstinence volontaire, reportant à plus tard une éventuelle délivrance.

M'occuper de mon intériorité ou m'occuper du monde ? Je donne actuellement la priorité au plus noble, au plus altruiste, au plus nécessaire... et je délaisse ce qui, cependant, gagnerait à être réfléchi pour que je devienne plus performant. Car je reste quelqu'un qui doute, qui n'ose pas affirmer ses idées, qui cherche à éviter les oppositions frontales. Or, parfois, il faut savoir s'imposer quand en face les idées sont étriquées, frileuses, rétrogrades, égoïstes. Cela demande alors une confiance en soi, une assurance que je n'ai pas suffisamment pour garder mon esprit clair en toute circonstance. Je reste émotif, sensible, donc vulnérable. Ce peut être une qualité entre personnes bienveillantes, c'est une faille face à des personnes manipulatrices ou peu scrupuleuses.

J'envisage donc, depuis plusieurs mois [procrastination...], de me faire aider pour assurer un peu mes défaillances. Non plus sur un plan psychologique, puisque je pense avoir désormais suffisamment d'assise et de connaissances de moi-même pour "faire avec" ce que je suis, mais par une approche comportementale : savoir exprimer mes idées, savoir rester en contact avec mes émotions sans qu'elle me submergent, savoir prendre la parole avec efficacité. Le tout en tenant compte de ma particularité de pensée, en nuances et multiples ramifications. En quelque sorte je voudrais pouvoir mieux utiliser mes potentialités pour les mettre au service d'une cause plus grande que moi. Revenir un peu vers mon ego pour mieux aller vers une altérité élargie : non plus seulement mes proches, mais "la société" [à petite échelle], dans une démarche politique.

Car je dois bien m'y résoudre, je suis entré dans une démarche politique : au service de ce que je crois juste, utile, nécessaire, pour la collectivité. Les suffrages de l'an dernier ne m'ayant pas permis d'accéder à des fonctions de quelque influence, je me suis débrouillé pour être au coeur de la mission qui m'importe... et d'influencer directement là où se préparent les décisions. Finalement c'est une chance puisque je peux consacrer mon temps à la prospective, sans devoir gérer les contingences du quotidien.

Mais je m'égare.

Pour en revenir à mes questionnements autour de l'écriture [écrire ou ne pas écrire, telle est la question...], ils me tarabustent discrètement, comme en témoignent mes sporadiques interventions depuis... plusieurs mois (ou années ?). Je me souviens des bienfaits apportés jadis par l'introspection, en période de grandes réflexions existentielles, et je constate que je n'y ai plus recours. Conformément à ma propension à chercher à comprendre, la question revient souvent, que j'évacue rapidement en me disant "pas le temps". Ni d'y réfléchir, ni d'écrire pour y réflechir. C'est peut-être une erreur : ce n'est jamais du temps perdu que de chercher à comprendre ce qui nous anime.

Et justement, à propos de temps : puisque j'en manque pour penser (mais aussi méditer, contempler, observer, lire, écouter, jardiner, randonner...) je songe, depuis la période bienheureuse du 1er confinement, à réduire mon temps de travail. J'avais énormément apprécié ce temps suspendu, cette parenthèse dans la routine habituellement rythmée par l'alternance hebdomadaire travail-repos. Et comme, de plus, réduire ses revenus est la meilleure façon de diminuer son empreinte carbone... tout concorde. Je n'ai plus qu'à franchir le pas ! Ma seule (?) retenue provient du désinvestissement de ma "mission" professionnelle que cela implique. Étant responsable de l'organisation générale, si je réduis mon temps de travail cela va nécessiter des changements allant au delà de ma personne. Il me faut donc "lâcher prise" et cela m'est difficile puisque demandant une forme de désengagement (qui viendra pourtant tôt ou tard, par l'âge). Je pourrais aussi prendre une année sabatique, voire arrêter complètement en prenant une retraite anticipée. Je pourrais enfin m'engager dans une autre activité, plus en concordance avec mes préoccupations écologiques. Bref, je pourrais changer de voie, une nouvelle fois.

Qu'est-ce qui m'en empêche ? Pas grand chose. Il me faut simplement le temps suffisant pour laisser émerger en moi l'envie dominante. J'ai la chance de voir s'approcher [déjà !] l'âge de la retraite, donc le privilège inestimable de recevoir de l'argent sans obligation de travailler. Je peux choisir ce que je vais faire de ce privilège.

Actuellement je consacre une grande part de mon temps libre à m'informer, à tenter d'assembler dans toute leur complexité des idées antagoniques... et à rédiger des argumentaires en vue d'une prise en compte des enjeux planétaires au niveau local [restons modeste]. Je le fais par nécessité existentielle : si je ne le faisais pas je ne me sentirais pas en accord avec mes convictions. En dissonance. D'une certaine façon, en réalisant mes aspirations les plus fortes, je me sens à la juste place. Je pourrais vivre autrement, de façon plus insouciante, mais y trouverais-je mon équlilibre ? Bien sûr, je pourrais aussi choisir de privélégier une vie plus aventurière, plus contemplative, plus relationnelle, plus... oisive. Je pourrais même chercher à retrouver une vie amoureuse, domaine laissé en déshérence depuis maintenant fort longtemps. Qui sait, d'ailleurs, si ma désertion de l'espace sentimental n'a pas permis que je m'intéresse à tout autre chose ? En faisant le choix - un peu forcé - de m'émanciper affectivement, qui sait si je ne me suis pas ouvert des possibilités inatteignables autrement ? Libre d'attaches (ou presque), je le suis aussi de me faire plaisir comme bon me semble. Ainsi, je m'accorde autant de temps qu'il me semble utile pour enrichir et étayer mes connaissances.

Bon, d'accord : je reconnais que vivre en relative autonomie me prive de l'échange d'idées et que les plaisirs du partage sont réduits. Les rencontres collectives en visio, aussi nombreuses et diverses soient-elles, n'ont ni la saveur ni l'intensité du face à face, voire du tête à tête. Je me rassure en me disant qu'on ne peut pas tout avoir...

Et je me demande, au moment de publier, si tout ce qui précède a un autre intérêt qu'être posé là, comme jalon d'une pensée qui se cherche, hésite, tâtonne.

Posté par Couleur Pierre à 23:36 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

25 avril 2021

Le temps de penser

Pendant longtemps l'écriture a été un outil au service de ma pensée perplexe. Elle la prolongeait autant qu'elle l'induisait, l'une nourissant l'autre et inversement. J'aimais cette alliance féconde et y consacrais beaucoup de mon temps. J'avais l'impression de grandir grâce à ce travail rédactionnel et de conscience, et plus encore en le partageant. Et, de fait, j'ai grandi. D'une certaine façon j'ai consolidé une part de mon identité, j'ai élaboré celui que je voulais devenir. En m'écrivant, en me relisant, en ajustant au plus près l'agencement des mots aux nuances de ma pensée, en lisant les retours de perception des lecteurs, je me suis forgé une personnalité. Je me suis trouvé. Il me restait à être pleinement qui je veux, et cela ne peut passer que par l'éprouvé du réel.

Peu à peu, sans que je le décide, le travail de "pensécriture" a perdu son caractère de nécessité. Sans doute savais-je suffisamment qui je suis et ce qui m'importe. Progressivement je me suis détaché de l'introspection continue. Chercher le sens de ce qui m'animait... n'avait plus de sens. J'ai tenté de persévérer dans l'écriture, forçant un peu les choses sans y trouver satisfaction. Je ne compte pas le nombre d'ébauches de textes jamais mis en ligne... L'élaboration est devenue laborieuse, la publication hasardeuse. Je le constate : la magie n'opère plus. Je ne suis plus "porté" par la frénésie digitale courant aussi vite que possible sur le clavier pour ne pas perdre le fil de ce qui se tisse presque à mon insu. Écrire ne m'inspire plus... 

Pourquoi ce désinvestissement de l'écriture alors que, je le sens, il suffirait que je m'accorde du temps pour laisser ma pensée se déployer ? Privée de ce support élaboratif ma réflexion reste confinée, ne se projette pas, ne s'ouvre pas aux chemins qu'elle n'arpente pas.

Est-ce regrettable ? Peut-être. Je ne sais pas. Est-ce que je le regrette ? Sans doute un peu. La question s'invite de temps en temps, notamment en voyant ma mère entrer dans la mort à petits pas. Elle ne peut presque plus marcher, sa parole la quitte en même temps que son esprit s'embrume. Elle est là, vivante, mais plus vraiment là. Présente et absente, dans une variante du chat de Schröninger. Dune certaine façon elle est déjà morte, pour moi. Celle que j'ai connue est déjà partie, même si des fragments de lucidité et des bribes d'échange incomplets s'infiltrent encore dans le brouillard de plus en plus opaque qui l'emporte.

La fin de vie, n'y a t-il pas là sujet à réflexion ? N'y a t-il pas un écho avec ma propre fin, dont l'éventuelle imminence, il y a deux mois, à percuté ma conscience ? Et pourtant je n'y pense qu'incidemment, sans m'accorder le temps d'une vraie réflexion méditative. C'est comme si tout cela n'avait pas beaucoup d'importance pour moi.

La fin à laquelle je pense, celle qui m'importe et me navre, c'est celle d'une représentation du monde que je vois se décomposer de mon vivant. De nature insouciante et plutôt optimiste, je me vois sans cesse confronté à une réalité inquiétante, menacée d'issues totalement incertaines mais probablement plus sombres que lumineuses. Le pire n'est pas du tout certain mais les probabilités d'un meilleur me paraissent faibles. Tout mon "travail" intérieur est donc mobilisé pour faire face aux tempêtes à venir. Se préparer à l'incertain. Non seulement préparer ma pensée mais aussi, et surtout, alerter qui veut bien l'entendre au niveau politique. L'individu n'est plus ma cible, sauf s'il dispose de pouvoirs sur le collectif. Je veux toucher la fibre sensible de ceux qui, précisément, ne doivent pas penser à eux-mêmes mais à l'intérêt commun. Il y en a. Seront-ils suffisamment nombreux, à travers le monde, pour que nous évitions le pire ?

 

 

Posté par Couleur Pierre à 10:25 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

07 mars 2021

Sauver le monde

L'existence n'a de sens que par celui qu'on lui accorde.

Depuis plusieurs années j'ai évoqué ici, de plus en plus clairement, mes préoccupations écologiques. Aujourd'hui elles prédominent. En parler sur un blog égocentré n'ayant guère d'effet sur les causes, j'ai progressivement investi mon temps et mon énergie autrement [d'où ma désaffection...]. Usant des minuscules pouvoirs dont je dispose, celui d'élu communal, d'une part, celui de salarié en charge de responsabilité d'autre part, j'essaie d'agir là où je sens que je peux influer le plus efficacement. C'est à dire au plus haut niveau possible pour avoir un maximum d'effet.

Ma cible privilégiée, depuis quelques années, c'est l'intercommunalité où je réside : 100.000 habitants. J'y suis à l'affût de la moindre place où je pourrais m'insinuer pour tenter d'infléchir les orientations et décisions. Dès qu'une commission ou un groupe de travail est créé et au sein duquel je pourrais agir, je me positionne. C'est ainsi qu'il y a trois ans, profitant d'une délégation de ma commune, je suis devenu représentant d'une commission intercommunale pour participer à l'élaboration du "Plan climat". Une situation qui m'a permis d'assister aux discussions et faire discrètement entendre ma voix. Comme elle portait peu [je reste timoré quand il s'agit de prendre la parole publiquement], j'ai eu l'audace d'écrire au plus haut pour faire part de mes préoccupations, ce qui a eu pour conséquence d'être invité à les présenter au niveau décisionnel et débattues. Assez impressionné de jouer le rôle de Cassandre (celle qui annonçait ce qui allait se passer sans jamais être crue), faisant face aux doutes et à la circonspection, à l'étonnement, l'incrédulité, le déni ou l'indifférence... ma proposition a cependant été acceptée, puis gravée dans le marbre institutionnel. L'intercommunalité s'est engagée à créer un groupe de réflexion sur l'éventualité d'une raréfaction soudaine des apports alimentaires et énergétiques.

Deux ans ont passé, avec des élections renouvelant largement l'exécutif intercommunal et une crise sanitaire durablement installée. J'ai moi même été réélu, avec pour seul objectif de veiller à ce que la "mission" que je me suis donnée soit bien prise en compte au sein de l'intercommunalité. Par chance, bien qu'élu minoritaire (notre programme écologique, social et participatif n'ayant pas suffisamment séduit dans le bourg rural et conservateur dans lequel je vis) le maire a accepté que je représente la commune à la commission "Transition écologique". Cette commission, contrairement à ce qui se passe au niveau de l'état, est l'axe prioritaire choisi par l'intercommunalité. J'ai vu dans cette orientation affirmée un bon augure pour ce qui me préoccupe. C'est aussi à cela que l'on sent que les mentalités changent peu à peu vis à vis de la prise en compte de l'environnement. C'est insuffisant, mais mieux que rien.

Aussitôt en place, durant la période de latence due à la prise en main des dossiers par les nouveaux élus, j'ai écrit à la vice-présidente en charge de la transition écologique, l'invitant à se saisir dès que possible de la question de la raréfaction des ressources essentielles. Je n'ai pas eu de réponse mais, par contre... ce sujet a été mis à l'ordre du jour de la première commission et déclaré comme prioritaire. Je ne pouvais rêver mieux ! Les temps institutionnels étant longs, il aura fallu attendre encore quelques mois pour que soit proposée la constitution du groupe de travail prévu. Seulement cinq places étaient offertes et j'ai immédiatement postulé. À mon grand étonnement, j'appris que j'étais... le seul candidat ! Bigre, le sujet de l'épuisement des ressources intéresse t-il si peu ? Une relance a cependant permis de voir arriver quatre autres candidatures. Restait encore à faire valider ces candidatures par le "comité de pilotage" ad-hoc (le temps et le formalisme de l'administration demandent une grande patience...). Et comme je suis maintenant indentifié comme "le" spécialiste du sujet, c'est à moi, modeste conseiller municipal, que la vice-présidente à proposé d'amener le sujet. J'ai bien évidement accepté, travaillé un texte, échangé avec le chargé de mission en charge de ce dossier un peu particulier (lui n'y connaît encore pas grand chose, de son propre aveu). Tout était prêt pour une présentation lundi soir. C'était LA réunion importante qui allait enfin concrétiser deux ans de subtiles influences de ma part [hé hé, je suis un lobby à moi tout seul !]

Sauf que, deux jours avant ladite réunion, je me vois terrassé par un mal mystérieux et quelque peu inquiétant. Ce n'était vraiment pas le moment de tomber malade ! Le mal étant reparti comme il était venu, je me suis dit que la chance était avec moi : je pourrai présenter le sujet et répondre aux question qui, inévitablement allaient être posées. Car il ne va pas de soi que des politiques, des élus bien pragmatiques et soucieux de leur électorat, adhèrent à ce qui, de près ou de loin, évoque forcément un avenir inquiétant. Les politiques n'aiment pas du tout "ce qui fait peur", eux qui aiment tant rassurer et dire que tout ira mieux demain. Il allait falloir que je joue habilement, alertant sur des risques impensés tout en restant modéré pour ne pas passer pour un hurluberlu prédicateur d'apocalypse. Car c'est évidemment ce qui pend au nez de toute personne tentant de sensibiliser aux risques... pourtant objectivement annoncés et répétés avec insistance par nombre de scientifiques. Certains d'entre eux, inquiets à juste titre, en viennent à sortir de leur "neutralité" et signer des appels à l'action de la part des décideurs politiques. Appels auxquels ces derniers restent évidemment largement sourds, comme on peut le voir notamment en France avec notre roué président, fieffé bonimenteur, adepte du "sans filtre" frelaté.

Lundi, en fin de matinée, je procéde aux derniers réglages avec le chargé de mission de l'intercommunalité. En début d'après midi je range des bûches fendues en prévision de l'hiver prochain. Il fait beau et tout va bien. Je ne pense plus tout à ce qui m'est arrivé deux jours plus tôt. Jusqu'à ce que... ouille ! La douleur revient. Oh non, pas maintenant, pas à quelques heures de mon intervention ! Mais si, c'est revenu comme la première fois. Extrêmement rapidement, extrêmement intensément. Incapable de me mouvoir, agonisant au sol, incapable d'appeler par moi-même les urgences. Non mais ça va passer, comme la première fois, me dis-je. Juste une mauvaise heure à endurer. Dès que la réunion sera terminée je me rendrai aux urgences.

Sauf que lorsque la douleur a commencé à décroitre, à peine... une nouvelle crise est revenue, puis une troisième. Deux heures se sont écoulées. Je me disais que j'étais en train de mettre en balance une réunion, certes très importante pour moi, et... peut-être ma santé. Ma vie ? Ne sachant pas de quoi il s'agissait j'imaginais des scénarios graves d'intestin perforé, d'infection. Celui du pire étant que je finisse par perdre connaissance ou que la douleur devienne permanente, me mettant dans l'incapacité d'appeler des secours.

Une heure avant la réunion, considérant que je ne pourrai m'y exprimer, j'ai abdiqué. Je me suis résolu à appeler le numéro des urgences. Mon appel a été vite pris en compte mais la gravité n'étant pas vitale, j'ai été mis en attente d'un médecin coordonateur sur la ligne. Vingt minutes c'est très long, quand la douleur vous oppresse. « Vous avez mal au ventre ? Votre douleur, de 0 à 10 ? »; « Euh... je ne sais pas, 8 ou 9 ? »  (j'imagine qu'on peut avoir encore plus mal, ignorant quel est le seuil maxi de douleur). Finalement il me dit qu'il ne pouvait rien faire, que je n'avais qu'à prendre du paracétamol et que si une heure plus tard j'avais encore mal il m'enverrait un médecin de garde. L'enfoiré ! (oui, je sais que les urgences ont d'autres priorités). Heureusement que j'avais le médicament indiqué à quelques mètres, que j'ai pu atteindre en me trainant à quatre pattes. Profitant d'un épisode de reflux de la douleur j'ai envoyé un sms à mon contact pour la réunion, 20 minutes avant qu'elle débute. Dans la foulée j'ai téléphoné à ma fille, qui habite à une trentaine de minutes de route, pour solliciter son aide. En fait je réalisais que je jouais peut-être avec ma vie pour "seulement" participer à une réunion... qui en aucun cas n'était essentielle. Oui, parce que j'avais mal au ventre mais pas au cerveau : je réfléchissais. Notamment à mon illusion de contribuer à "sauver le monde" : quoi que je puisse faire, quoi que puisse entreprendre l'intercommunalité, dans le meilleur des cas, cela ne restera qu'une goutte d'eau dans le puissant fleuve pollué de l'économie mondialisée, qui n'a que faire de préoccupations environnementales.

Plié sur mon canapé en attendant ma fille, j'ai vu les derniers rayons du soleil éclairer le mur. J'ai pensé qu'il devait être 18h. Mais... c'est l'heure de ma réunion ! Je suis peut-être en capacité d'entendre les discussion (Nb, pour plus tard : toutes les réunions se font actuellement en visioconférence). Je me traine jusqu'à mon ordinateur, à quelques mètres, toujours sous l'emprise de la douleur. Je coupe la caméra et entre dans la "salle" tandis qu'ont commencé les présentations. J'entends la vice-présidente annoncer que je serai absent ce soir... et elle semble hésiter en voyant mon nom s'afficher. Je me présente rapidement. La douleur s'étant un peu apaisée, je peux parler normalement. Quelques minutes passent et, alors que le moment de ma prise de parole arrive, je me rends compte que je suis presque en capacité de le faire. Sauf que je n'ai pas mon texte sous les yeux. Je confirme donc que je laisse la parole au chargé de mission. Ma fille arrive à ce moment là, étonnée de me voir assister à une réunion zoom alors que j'étais agonisant quand je l'ai appelée. Je lui explique que la douleur est en train de disparaître, plutôt gêné de l'avoir fait se déplacer "pour rien", pendant que j'entends lire mon texte par un autre. Finalement je peux assister à toute la réunion, entendre les questions, répondre en argumentant. J'ai retrouvé toute ma verve. Les participants se sont peut-être demandés qui était ce drôle de "malade" qui ne pouvait pas assurer sa présentation mais était visiblement en forme pour répondre aux questions.

Finalement le groupe de travail et sa composition ont été validés. Ouf, mission accomplie ! Un pas de plus dans la porte entr'ouverte. Je vais pouvoir continuer à influer sur les orientations.

J'ai quitté la réuion et ma fille m'a emmené aux urgences. J'étais volubile durant le trajet, en pleine forme. Au bureau des entrées, bien vaillant, j'étais peu crédible en expliquant qu'il y a peu je me tordais de douleur. Manifestement mon cas ne paraissait pas prioritaire : « vous pouvez rentrer chez vous ». Mais je n'avais pas du tout envie de risquer une nouvelle crise sans savoir quel était la gravité de ce mysterieux mal intermittent. On m'annonca trois heures d'attente, comme pour me décourager, mais j'ai tenu bon. Examen, analyse, scanner. Le verdict m'a rassuré. C'est sérieux mais rien de "grave". Ma vie n'était pas en danger.

Ma vie...

Je me rends compte que, factuellement, j'ai préféré "sauver le monde" que "sauver ma vie". Je m'empresse de relativiser : ayant vu la réversibilité de la douleur une première fois, je ne me sentais pas vraiment en danger de mort. Il me semblait que je prenais peu de risques en reportant de quelques heures la prise en charge médicale. Mais quand même, dans l'incertitude j'ai préféré "vivre avec" plutôt que lever le doute au plus vite. C'est un certain état d'esprit qui, peut-être, indique une capacité à accepter l'incertitude. D'autres ne la supportent pas. Et c'est là que les deux sujets que j'ai développés dans ce loooong billet se rejoignent peut-être : c'est parce que j'accepte l'incertitude que je peux regarder en face celles de l'avenir. Je n'ai pas besoin de trouver des récits rassurants sur les capacités de l'humanité à trouver des "solutions", ni de fuir les perspectives inquiétantes. Je préfère regarder les choses en face, quitte à voir de multiples possibilités, toutes indécidables, toutes plausibles.

C'est peut-être aussi ce qui fait que je me méfie de l'espérance, quand elle sert à masquer les aspects sombres ou inquiétants de l'inconnu. Je préfère d'abord regarder l'étendue possible des problèmes pouvant survenir... et après, seulement après, me mettre en action en espérant que cela puisse réussir. D'abord une vision envisageant le pire, et ensuite une vision pour aller vers le meilleur souhaité.

C'est ainsi que ma vie trouve son sens.

 

IMG_20210306_180927

Préparer l'hiver prochain...

 

 

Posté par Couleur Pierre à 11:27 - - Commentaires [17] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

28 février 2021

À l'improviste

Cette nuit je me suis vu mourir.

Réveillé subitement à 1h30 du matin, sans raison apparente, je me tourne dans mon lit pour changer de position. Une poignée de secondes plus tard je sens un point de douleur ventral, en bas de l'abdomen. Quelque chose de bizarre, jamais ressenti auparavant, et qui, selon sa localisation, me fait immédiatement penser à une crise d'appendicite. Le temps que je me demande si cette étrange douleur allait passer, elle redouble d'intensité. Puis encore, encore, encore. Une péritonite ? Moins de deux minutes après mon réveil intempestif la douleur est devenue intense et je suis pris de nausée. Presque aussitôt une sensation de fièvre me saisit, tandis que je tente de me lever en titubant, étourdi de vertige. Téléphone en main, j'envisage déjà un appel aux urgences, me demandant si je serais en capacité de m'exprimer au vu de la rapidité avec laquelle mes capacités physiques se dégradent. Me demandant surtout si je tiendrais le coup durant les trente minutes, minimum, que mettraient les secours à arriver. Vacillant, je tente péniblement de m'habiller pour me préparer à un départ en ambulance. Souffle court, je me dis que je vais peut-être mourir là, bêtement, sans aucun signe anonciateur. Que faire ? Qui prévenir ? En pleine nuit, je n'allais quand même pas déranger ma fille. Vite écrire quelque chose à mes enfants ? Trop tard pour tout le reste... Zut, j'ai une réunion importante lundi. Est-ce que j'appelle les urgences ? Les hôpitaux sont en surcharge Covid. Je ne veux pas les déranger pour rien. Puis-je mourir comme ça, d'un coup, dans un corps qui perd rapidement ses facultés opérationnelles ? Ma volonté n'a plus prise sur ce corps qui se dérobe, répond mal. Sensation de totale impuissance. Mon corps me lâche. Comment font les gens là où un système de santé n'existe pas ? Mes pensées fusent en tout sens...

Dans un état cotoneux, vacillant et évasif, transpirant et grelottant, je réussis quand même à descendre l'escalier, m'affale sur ma chaise et allume l'ordinateur pour tenter de confirmer mon "diagnostic" de péritonite. Je sais bien que, dans ce cas, il s'agit d'une situation d'urgence absolue - ce que me confirme internet - mais y a t-il des attitudes à avoir ou ne pas avoir ? Ne pas boire, ne pas manger, en vue d'une anesthésie générale...

Et puis la douleur se stabilise, mon état général s'améliore. Vais-je appeler le numéro d'urgence ? Il s'est écoulé une trentaine de minutes depuis le début de la crise. Profitant de cette décrue je m'affaire... à remettre un peu d'ordre dans ma maison. Si des ambulanciers viennent, je ne veux ne pas être trop gêné de mon ménage aléatoire. Finalement la douleur s'estompe jusqu'à disparaître totalement. Mon état général redevient normal... et une heure après cette alerte je retourne me coucher.

Nuit excellente, aucune douleur résiduelle.

Rien.

Juste cette sensation de vulnérabilité face à l'imprévu qui peut survenir à l'improviste. Et ce corps qui me lâche...
Il faudra quand même que je consulte un médecin...

 

IMGP5474

Un jour de plus

Posté par Couleur Pierre à 20:05 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : , ,

12 février 2021

Faut pas

Avec le verbe falloir j'ai un rapport délicat. De manière générale je n'aime pas les obligations dont je ne comprends pas le sens. Autant je peux être respectueux des règles visant à fluidifier les rapports humains, autant devoir respecter des usages, des traditions, des règlements arbitraires ou des obligations subjectives me poussent à interroger leur bien fondé. Et éventuellement m'y soustraire.

Non, je ne parle pas ici des règles de distanciation sociale que, collectivement, il nous est demandé de suivre par précaution : j'estime n'être pas en mesure de savoir si elles sont nécessaires ou pas. Il faut porter un masque protecteur, nous dit-on. Ok, les explications justifiant cette obligation me semblent cohérentes et je les respecte. Il n'en va pas de même quand une règle - stupide - interdit de s'éloigner de plus d'un kilomètre de chez soi... quand tout autour il n'y a que forêts et champs.

De façon beaucoup plus globale je pense à tous ces "il faut" (ou "il ne faut pas"), ces "tu dois" ou "tu ne peux pas" venus d'on ne sait où, colportés comme règles implicites allant de soi et auxquelles nul ne pourrait déroger sans être accusé de vilénie. Jadis j'eus droit à un rappel de ces "règles" en matière de relation conjugale et amoureuse. Là, le non-respect du "faut pas" est rapidement assimilé à un "faux pas". Professionnellement je suis encore régulièrement confonté au "faut pas", sur la base de préjugés sociaux, d'origine culturelle ou du "différent de soi". Mais depuis quelques années il m'apparaît de plus en plus, dans le domaine qui me tient à coeur, un mantra qui consiste à ânonner « il ne faut pas faire peur aux gens ». En matière de changement climatique, de réduction de disponibilité des ressources, de perte de biodiversité et de toutes les conséquences prévisibles vers quoi cela mène... « Il ne faut pas faire peur aux gens ! ». Ah bon ? Et pourquoi donc ? « Parce que la peur immobilise ! ». Tiens donc ? Et d'où provient cette idée ? En creux, quel objectif sert-elle ?

Si une peur instantanée peut effectivement tétaniser (effet de sidération), par quelle élucubration mentale peut-on arriver à imaginer qu'avoir peur d'un évènement futur puisse conduire à l'immobilisme ? En fait cette hypothétique "peur immobilisante" n'existe nulle part : la crainte qu'un évènement fâcheux puisse arriver conduit, au contraire, à tenter de l'éviter ou à se prémunir à sa survenue accidentelle. On met sa ceinture de sécurité, on assure sa voiture ou sa maison, on installe des extincteurs, on anticipe le risque d'une course en montagne ou en mer. Bref : autant que l'on puisse avoir conscience des conséquences d'un incident, la peur est mobilisatrice de ressources. 

Mais pas en terme de changement climatique, aux conséquences pourtant certaines ? Pas en termes de réduction des ressources naturelles disponibles, aux conséquences conflictuelles quasi certaines et, donc, mortelles ?

« Faut pas faire peur avec ça ! » . Non, « il faut garder l'espoir ». Aaaah, oui, l'espoir, j'oubliais. Cet anesthésiant des consciences, ce sédatif puissant, cet inhibiteur d'action. Dame ! Il suffit d'espérérer... et peut-être que la menace va disparaître. Pensée magique.

Avez-vous remarqué, à la fin de chaque intervention anxiogène (à juste titre) d'un scientifique ou de qui s'en fait le relais, comme l'énumération d'un constat accumulant les raisons de s'alarmer conduit le journaliste à conclure par la sacro-sainte « note d'espoir »? Vite, annihiler l'angoisse naissante. « À vous écouter tout cela est très inquiétant. Donnez-nous une note d'espoir ! ». Ben oui, on ne peut pas laisser les auditeurs ou lecteurs comme ça, face au tragique de la situation. Il faut une échappatoire : l'espoir. L'espoir de quoi ? Euh... peut-être qu'après avoir dit que l'humanité et l'ensemble du vivant vont vers des lendemains peu réjouissants... eh bien on puisse éviter cette sombre perspective ? Non, on ne l'évitera pas. Oui, il y a de quoi être inquiet, angoissé, horrifié. Mais pas tétanisé. La peur est vectrice de changement, pas d'immobilisme.

Quoique... dans la situation que je décris le changement est tellement énorme que savoir par où commencer peut susciter de l'immobilisme. Mais il est alors d'un tout autre ressort que la peur.

En fait, je pense que ceux qui parlent d'alarmisme alors que la situation est bel et bien alarmante, refusent cette réalité. Avec leur « Il ne faut pas avoir peur, il faut garder de l'espoir », c'est tout un déni de réalité qui se manifeste de la part de personnes qui se sentent impuissantes devant ce qui les dépasse. Et je peux vous affirmer, en tant qu'élu local, que nombre de personnes en charge de décision sont confrontées à ce sentiment d'impuissance qui les conduit à l'évitement à coup de "il faut" déresponsabilisants. Oui, car s'il faut... alors on ne peut se défausser sans disconvenir aux règles. C'est pourquoi il faut garder de l'espoir.

Qui dit qu'il faut ? D'où vient cette injonction ? Nul ne le sait. C'est comme ça !

Nous sommes gouvernés par des personnes qui n'acceptent pas une réalité qui les dépasse, traitant ceux qui les alertent d'alarmistes, de pessimistes, de partisans du retour à la bougie (ou la lampe à huile), d'Amish, de Khmers verts, Ayatollah verts et autres "écolo-bobos". Même si les alarmes en question, concordantes, proviennent de consensus scientifiques issus de multiples disciplines.

 

IMGP7334

 

Posté par Couleur Pierre à 16:39 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : , , , ,