Alter et ego (Carnet)

22 juillet 2015

On le sait quand c'est là...

Je voulais écrire sur l'amitié mais ça ne vient pas. Rien à dire sur l'amitié ? Ou peut-être trop : c'est tellement vaste !

Ai-je seulement connu l'amitié ? Oh oui ! enfin... peut-être... je ne sais pas. Était-ce de l'amitié ? Mais d'abord c'est quoi, l'amitié ? Comment oser se risquer à en tenter une définition ? Le poète Philippe Soupault écrivit : « L’amitié est un sentiment si subtil qu’elle échappe, dès qu’on veut la définir, la juger, l’expliquer, à toute définition, à tout jugement, toute explicitation. » (in L’amitié, Hachette, 1965)

Le grand Montaigne lui-même, dont la phrase à propos de son amitié avec La Boétie devint référence, écrivit d'abord : « Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer ». Ce n'est que plus tard qu'il ajouta « ... qu'en répondant : parce que c'était lui » et plus tard encore qu'il compléta « parce que c'était moi ». En fait cette phrase à rajouts successifs n'exprime rien d'autre que l'inexprimable, et c'est peut-être pour cela qu'elle parle à tant de gens...

Ainsi l'amitié serait indéfinissable.

À ma question une amie me répondit un jour : « tu me demandes de définir le mot amitié mais je ne pourrais pas le faire précisément... parce qu'il me semble que chaque amitié est différente. J'aurais envie de dire qu'on ne sait pas exactement ce que c'est, comment ça s'installe ni pourquoi, mais on le sait quand c'est là. Il y a certainement une notion de confiance, à divers degrés, d'affinités semblables, de plaisir à se retrouver... mais bon, plus j'essaie de préciser, plus ça me semble évident. C'est le plus subtil qui n'est pas évident à définir... impossible même. »

J'aime bien le « on le sait quand c'est là ». Tout est dit...

 

 

Amitiés enfantines, d'adolescence, de jeunesse...

Amitiés professionnelles, sportives, associatives...

Amitiés entre femmes, entre hommes, intergenres...

Amitiés de confidences, de sorties, de rires...

Amitiés culturelles, politiques, militantes...

Amitiés en couple, amoureuses, sexuelles...

Amitiés éternelles, temporaires, éphémères...

Amitiés fusionnelles, libres, indépendantes...

Amitiés attractives, conflictuelles, manipulatrices...

Amitiés de proximité, distantes, sans se voir...

Amitiés fidèles, intermittentes, oublieuses...

Amitiés bavardes, discrètes, silencieuses...

Amitiés vivantes, fuyantes, défuntes...

Amitiés lumineuses, ternes, diaphanes...

Amitiés exclusives, plurielles, multiples...

Amitiés futiles, nécessaires, profondes...

Amitiés ardentes, calmes, éteintes...

Tant de diversité en amitié...

 

 

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16 juillet 2015

Amitié(s)

L'amitié est un sujet qui ouvre à bien des réflexions et les Journées de l'Autobiographie, dont c'était le thème cette année, n'y ont pas échappé. Pour moi le calendrier était parfait puisque depuis quelques temps, après une période d'ascèse, j'ai vu se raviver mes pensées autour du relationnel proche. En particulier lorsqu'il s'ancre fortement dans la confiance réciproque. 

Aussi, dans un premier temps, c'est un compte-rendu plutôt personnel que je vais faire de ces journées. Un second, plus généraliste, suivra peut-être [si j'en ai le courage...].

* * *

Déjà, l'intervention que j'avais préparée les jours précédents m'avait mis en conditions. La rencontre des participants et l'attention portée aux différents temps forts accentuèrent donc l'effet d'immersion. En se combinant avec les discussions informelles, c'est tout un mouvement d'idées en suspens qui s'est réactivé.

Temps fort : une table ronde sur "L'amitié d'hier et d'aujourd'hui". Il y fut surtout question de l'amitié d'hier, entre 16eme et 18eme siècle. Avec une très intéressante déconstruction, par l'historien invité, du fameux « Parce que c'était lui, parce que c'était moi », écrit par Montaigne à propos de La Boétie. On y apprit que cette amitié-référence était une construction tardive, plus d'un siècle après avoir été énoncée [j'y reviendrai dans le second billet].

Les autres interventions ne me passionnèrent pas et il fallut malheureusement attendre les questions de l'auditoire pour évoquer l'amitié contemporaine. Notamment celle qui peut exister entre hommes et femmes, au mieux sujette à interrogations, au pire vouée à l'anathème. Quant à l'amitié amoureuse, elle ne sera qu'à peine effleurée, faute de temps. Dommage !

Frustré par ce trop bref survol je fis en sorte d'en parler quand même un peu avec l'historien qui, incidemment, avait déclaré s'être sérieusement penché sur le sujet. Selon lui le champ de l'amitié amoureuse reste encore inexploré par les sociologues et c'est sur les blogs qu'il en a perçu la montée en puissance. Et oui, sur les blogs ! Le phénomène serait donc encore largement "invisible" quoique en pleine évolution, laquelle serait favorisée par la culture de la mixité. Il reste toutefois à préciser le terme, alors qu'il est un composé de deux notions déjà fort délicates à circonscrire...

La "carte blanche" sur les amitiés en ligne(s) que je m'étais proposé d'animer fût pour moi un temps fort... parce que j'ai beau connaître mon sujet, ça ne m'est jamais très facile de prendre la parole et m'exposer devant un auditoire. Après une brève présentation de mon parcours de diariste en ligne, puis de blogueur, épistolier en dilettante, je lus à voix haute et commentai quelques extraits de correspondances puisées dans mes archives. Je les avais voulus représentatifs des différents types "d'amitié" que j'ai pu voir se développer depuis que je laisse traîner mes cogitations sur le net. L'échange qui suivit me porta un peu plus loin que prévu puisque des questions précises me conduisirent, par souci de sincérité, à ne pas occulter les éventuels prolongements sentimentaux qui peuvent parfois [rarement] apparaître au fil des correspondances. Ce n'était pas l'objet de mon intervention mais il était évidemment difficile de faire abstraction de cette réalité, pourtant marginale.

Tandis que j'évoquais ce glissement qui, de l'amitié, pouvait imperceptiblement conduire vers le domaine connexe, une des participantes voulut rappeler l'importance des barrières morales. Elle me permit ainsi de donner mon point de vue sur ces dernières et sur les choix de vie qui, parfois, pouvaient ébranler sérieusement les convictions les plus solides. Je me souviens lui avoir répondu qu'entre suivre une morale directement héritée de l'héritage socio-parental et suivre celle qui consiste à s'ouvrir aux chances qu'offre la vie, chacun pouvait être confronté à des choix complexes et engageants. Mais nous étions déjà loin de l'amitié...

Beaucoup de questions tournèrent autour du paradoxe de l'intimité dévoilée à des inconnus, ainsi que sur les risques de se laisser trop absorber par un excès de réflexion-introspection. On me parla même d'enfermement et de fuite, alors que je mettais plutôt en avant l'ouverture que les correspondances pouvaient offrir. J'ai beau être rôdé à ce genre de réactions, ça me perturbe toujours un peu. Parce qu'effectivement le temps passé dans ces échanges est non négligeable. Mais, là encore, c'est une question de choix individuels et d'équilibre personnel...

Je ne sais pas si j'ai convaincu - ce n'était pas l'objet - mais je crois qu'au moins j'ai fait réfléchir et peut-être montré la porosité de quelques limites. Globalement ma prestation s'est bien déroulée et les échos de plusieurs participants furent positifs. Cela m'a rassuré...

En soirée, une pièce de Nathalie Sarraute filmée par Jacques Doillon, "Pour un oui ou pour un non" mettait en scène l'éclatement d'une amitié ancienne pour une simple intonation de voix. Un presque rien dont le décorticage laissait remonter à la surface une accumulation de non-dits apparemment infimes. Intéressante réflexion sur la fragilité de ce à quoi tient l'amitié. Qui n'en a pas connu de ces disputes qui naissent de broutilles mais qui touchent à quelque chose de très profond dans la confiance accordée à l'autre ?

 

Le lendemain j'ai participé à un atelier d'écriture, non sans quelque appréhension : la thématique "Place de l'amitié dans nos vies" risquait de m'emmener vers des terrains à haute sensibilité... Je voulais éviter d'évoquer ce qui, spontanément, s'imposait à mon esprit. Finalement j'ai opté pour une sorte de rétrospective depuis l'enfance, avec la confiance comme ligne directrice, me permettant de n'évoquer que des éléments bien apprivoisés émotionnellement. Le temps imparti ne pas permis d'arriver à l'épisode le plus critique, ce qui m'a bien arrangé. Par contre, la lecture de mon texte m'a réservé quelques surprises : par deux fois j'ai dû faire face à une forte montée d'émotions, m'obligeant à m'accorder quelques instants de ressaissement.

Le seul autre homme participant à l'atelier fût lui aussi confronté à une brusque montée d'émotions, ce qui nous valut des remerciements d'une femme pour qui cette expression spontanée était inconnue dans son entourage masculin.

 

L'après midi une lecture de textes autobiographiques consacrés à l'amitié devait nous apprendre que cette notion indéfinissable était finalement rarement décrite en détail. On en trouve des traces un peu partout, mais disséminées. Par contre certaines rupture d'amitié apparaissent clairement. Ce sont finalement les correspondances qui semblent être « la forme la plus significative d'expression en mots de l'amitié ». La qualité et la profondeur des échanges permettant alors d'en évaluer la densité.

La dernière intervention fut celle d'un très jeune web-documentariste au parcours étonnant. Fortement intéressé par la parole adolescente il a déjà à son actif plusieurs réalisations. J'ai été bouleversé en entendant les mots pleins de fraîcheur, d'humour et de candeur d'enfants et d'ados. Une parole très éloignée de la représentation que peuvent nous en donner les médias. On peut voir ses travaux sur les sites suivants : Photos de classe, Stains-beau-pays, L'amour à la plage. Le dernier, Mots d'ados, est en cours de réalisation.

 

 

 

 

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11 juillet 2015

AutoBLOGraphie

Le blogueur egographomane se rendit subitement compte qu'avec toutes les histoires qu'il racontait sur ses rencontres "sans limites" et la profusion de ses correspondantes, il pouvait passer pour un fieffé coureur de jupons, collectionneur notoire de conquêtes aussi nombreuses qu'éphémères. À cette pensée il se sentit mortifié.

Mais pourquoi, aussi, entretenait-il ce flou autour de ce que recelaient ces "rencontres" dont il faisait tant de cas ? L'ambiguïté ne pouvait que laisser une grande latitude interprétative au lecteur... Certes, en laissant ainsi chacun se faire son idée il pouvait observer - sans que ce soit calculé - comment un sens était donné à partir du peu d'éléments dévoilés, mais n'était-ce pas à ses dépens, finalement ? Plusieurs fois il lui était arrivé que ses phrases, déformées, lui reviennent comme un boomerang en pleine face sans qu'il n'ait rien vu venir. Mais ne l'avait-il pas bien cherché ?

Pourquoi ne disait-il pas "la vraie vérité" ?

La vérité c'est que s'il s'abstenait de donner davantage de croustillants et émoustillants détails... c'est généralement qu'il n'y en avait pas ! En vantant ses nombreuses correspondances d'autrefois, qu'il saupoudrait malicieusement de mots tels que "désir", "rapprochement", ou "sexualité", il donnait quelques ingrédients de la recette... mais ne disait pas qu'il en mangeait. Il suggérait seulement, laissant l'imaginaire de chacun faire le reste. Oui, il avait pu être question de thèmes souvent vus comme sulfureux, mais pas forcément comme on peut l'imaginer. On peut parler de désir et de frustration sans la moindre pensée libidineuse. Précisément parce qu'on est pas dans ce registre avec l'autre...

Mais pourquoi ne disait-il pas cela clairement, le bougre ?

En évoquant la grande qualité des correspondances, ce qu'il voulait vanter c'était la chance qu'il avait eue de pouvoir échanger tant de confidences. D'avoir pu être "l'oreille attentive" de personnes qui avaient trouvé, grâce à ses mots offerts en partage, le chemin des leurs. Et inversement. Ces intimités partagées l'avaient été, cela va de soi, de façon tout à fait respectueuse. Et pour la plupart sans aucune allusion à une séduction réciproque, ni même unilatérale. Bien sûr ces glissements ont opéré, parfois, et ont été accueillis avec délice ou délicatesse, mais la plupart du temps sans dépasser le stade de frémissements sans suite concrète. Les rencontres en sensibilité qui ont abouti à une rencontre physique sont restées rares et bien peu ont ouvert la voie tactile...

Mais, peut-être parce que pendant très longtemps il n'avait pas eu accès à cette diversité du féminin, l'impénitent diariste s'amusait à laisser croire qu'il y goûtait désormais avec délectation. Flatté et amusé que d'aucuns puissent fantasmer l'existence d'un "harem", il laissait le doute planer.

Or ce qu'il cherchait avant tout c'était le plaisir des confidences murmurées, la jouissance de la confiance partagée, l'orgasme des vibrations émotionnelles communes. Ah, oui, ça c'était bon ! Les amitiés que l'on sent naître, la confiance que l'on sent croitre, et même les sentiments qui se mettent parfois à palpiter. Il savait écouter, lui avaient dit quelques unes. Il leur apportait sa pensée masculine, avaient dit d'autres qui n'avaient pas souvent pu entendre celles de leur compagnon. Et à chaque fois il se sentait heureux, et fier, d'avoir ce privilège de partager un peu ou beaucoup d'intimité du coeur et de l'âme. Et si parfois il eut la chance de partager l'intimité des corps, ce n'est pas de la fierté qu'il a ressenti, mais de la reconnaissance.

Et ça c'est la vérité.

La vérité ? il est arrivé qu'on lui reproche de ne pas la dire. De ne pas être exactement conforme à ce qu'il écrit de lui. Pas aussi libre qu'il le laisserait entendre, pas aussi sûr, pas aussi stable, pas aussi fiable. Indigne de confiance ? Mais c'est simplement parce qu'il n'a pas encore atteint l'objectif vers lequel il marche. L'homme est en chemin. La vérité c'est qu'entre le paysage vers lequel il avance et celui qu'il traverse la vision est différente. Entre ce qu'il croit être - ou voudrait être - et ce qu'il est réellement au présent, il peut y avoir un décalage. Il lui arrive ainsi de s'exprimer d'avantage en "j'ai envie d'être" ou, "je voudrais être perçu comme étant", qu'en un "je suis" parfaitement objectif.

Mais qui ne se leurre pas ainsi ?

Sauf que lui il l'écrit, en imaginant que c'est déjà la réalité. Et c'est ainsi qu'il avance, l'autoblographe...

 

« Une autobiographie ce n'est pas un texte dans lequel quelqu'un dit la vérité sur soi, mais un texte dans lequel quelqu'un de réel dit qu'il la dit » (Ph. Lejeune).

 

 

PS : ce texte, écrit juste après avoir publié le précédent, n'est plus d'actualité dans mon esprit. Mais puisqu'il existe...

 

 

 

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05 juillet 2015

Amitiés en ligne(s)

En fin de semaine prochaine je participerai aux Journées de l'autobiographie, organisées par l'APA. Le thème en sera l'amitié. Pas mal, non ? L'ami Valclair, membre actif de cette association, m'a proposé une "carte blanche" sur l'amitié en ligne(s). J'ai relevé le défi [inconscient que je suis...] et prévois de témoigner à partir de mon expérience, peut-être en lisant à voix haute quelques extraits choisis de correspondance. J'évoquerai aussi de ce qui se passe ici-même, parce qu'en bien des points [mais pas tous] cela peut s'assimiler à de l'amitié...

Mais, voyez-vous, j'ai soudainement réalisé que si j'ai longuement réfléchi et disserté sur "l'amour" [au sens où on l'entend couramment], je n'ai pas vraiment réfléchi sur ce que l'amitié représentait à mes yeux. Le concept d'amitié m'a surtout servi de pôle de différenciation d'avec le fameux "amour", conglomérat polymorphe chargé d'attentes et de représentations variées dont j'ai eu besoin de nettement différencier les composantes. Dans le continuum qui relie amour et amitié je n'ai vraiment décortiqué qu'une seule des polarités.

Alors afin de m'imprégner de mon sujet [oui, je fais ça sérieusement !] j'ai relu des extraits de trois correspondances anciennes, "coups de coeur" dont je gardais un souvenir fort [oui, je conserve tout, sachez-le...]. J'en avais un peu oublié le contenu et j'ai eu grand plaisir à redécouvrir la profondeur et l'incroyable richesse de ce qui a pu s'échanger avec ces femmes qui, depuis, ont disparu de ma sphère relationnelle. Mais j'ai aussi éclaté de rire en relisant la fantaisie débridée de certains courriels ! Dans ces échanges m'apparaît tout ce qui à mes yeux caractérise l'amitié : confiance, confidences, connivence, dévoilement intime, humour; mais aussi expression du plaisir ressenti à échanger ou à se "retrouver" après un silence prolongé. Et surtout, surtout : ni sentences, ni exigences, ni dépendance ! Liberté et respect !
Ces trois correspondances ont duré quelques années, avec parfois des périodes de haute fréquence. L'une d'entre elles a cessé brutalement, sans préavis. Les deux autres se sont éteintes tout en douceur [rien n'empêche de les raviver...]. L'extinction, c'est le destin de la plupart des correspondances; y compris celles qui furent particulièrement fortes et soutenues. J'en cite trois, qui furent représentatives, mais il y en eut des dizaines d'autres, d'une grande diversité et presque toujours portées par des vibrations sensibles. Bien peu se révélèrent décevantes.

Je dois reconnaître que j'ai aussi eu plusieurs fois la chance de correspondre avec des femmes exceptionnelles, alliant capacité d'introspection, d'analyse et d'expression. C'est peu de dire que les échanges furent passionnants ! J'en garde d'ailleurs une certaine nostalgie, évoquée ici et [oups, deux billets qui ont le même titre !]. Agréable nostalgie, cela va de soi...

En seize ans, combien en ai-je noué de ces amitiés en ligne(s), de ces intimités épistolaires dont seulement quelques unes ont été ponctuées de rencontre en face à face ? Je l'ignore et peu importe : ces amitiés comptent mais ne se comptabilisent pas [on est pas sur Facebook, hein].

Ce que j'ai envie de présenter c'est que, quelle qu'en soit la durée, certaines amitiés en ligne(s) peuvent être d'une qualité incomparable. En bien des points elles peuvent surpasser ce qui peut se vivre avec des amitiés plus classiques. Il me faut préciser ici qu'avec mes amis "historiques", ceux qui me connaissent depuis notre jeunesse commune et qui seraient physiquement et matériellement là en cas de vrai coup dur, je n'ai jamais trouvé la qualité relationnelle à laquelle j'aspire. Avec eux c'est... différent. Moins... intime. Ce n'est que depuis ma découverte d'internet que j'ai trouvé de réelles complicités dans l'exploration des coeurs, des désirs, des âmes, mais aussi des blessures. Presque exclusivement avec des femmes...

Amitiés confidentielles, dénuées de toute séduction ou bien, au contraire, subtilement, voire franchement teintées de séduction [parce que c'est bon quand c'est là]. Amitiés d'affection et d'émotions partagées. Parfois sentimentales, désirantes, amoureuses [voire un peu tout ça à la fois, sans chercher à discerner...]. Avec ou sans rapprochement physique, s'affranchissant en cela des limites habituellement dévolues à l'amitié. Mais aussi quelques amitiés viriles, moins volubiles, davantage dans une forme de fraternité. Il y eut enfin quelques ébauches devenues rapidement orageuses, lorsqu'il apparaissait que je ne correspondait pas aux représentations que l'on avait de moi...

Dans ces correspondances il a souvent été question de relation aux autres, de rapports hommes-femmes, de couple, de désir et de sexualité, mais aussi de liberté, d'émancipation, de rêves et d'idéaux. Il a aussi été question, parfois, de ce qui se vivait au sein même de la correspondance [où l'imaginaire peut porter loin...], car ce ne fut pas toujours simple...
Autant de sujets d'échange permettant de mieux se définir, de mieux se comprendre en mettant à jour les ressorts qui nous animent.

Bon, en parlant de ces amitiés particulières je n'ai pas dit grand chose de l'amitié en général.

Pour vous, ça serait quoi l'amitié ?

 

30 juin 2015

En tout bien tout honneur

Mon précedent billet a suscité des réactions contrastées, allant du rire au malaise. J'aurais préféré n'avoir que les premières mais il m'a fallu tenir compte des secondes, auxquelles je ne m'attendais pas. Difficile de prévoir la diversité des réactions qu'un texte peut susciter : le vécu, les représentations, l'imaginaire... tant d'éléments peuvent jouer et orienter dans d'autres directions interprétatives que celles qui ont été envisagées. C'est tout l'intérêt de ces échanges de point de vue, d'ailleurs, et c'est ce que j'aime dans l'écriture en partage.

Mais il y a des sujets plus sensible que d'autres, dont j'ai constaté qu'ils pouvaient heurter et desquels j'ai appris à me tenir à l'écart.  Parce que je n'aime pas déranger outre mesure, d'une part, mais aussi parce que je n'ai pas envie de me sentir mal à l'aise d'avoir écrit quelque chose qui indisposerait une part de mon lectorat. Il y a peut-être là une crainte sous-jacente de décevoir et voir des lecteurs déserter les lieux, allez savoir...

Mais la vraie raison, honnêtement, c'est que je peux être assez fortement affecté par certaines remarques, selon de qui elles viennent.

J'évite donc des sujets, pourtant fort à mon goût, dont j'ai remarqué les potentialités dérangeantes : ceux qui remettent en question un certain ordonnancement des choses en matière de relations affectives. Quand amour, amitié, sexualité, liberté, exclusivité, sont dissociés pour se conjuguer selon des voies inhabituelles, ça perturbe une partie du lectorat, qui se manifeste. Et particulièrement si cela bouscule en même temps une certaine représentation des rapports homme-femme...

Qu'il y ait des réactions est tout à fait logique, sain, et même attendu. Mais je ne me sens pas toujours suffisamment solide pour rester imperturbable face aux éventuelles désapprobations de personnes qui, habituellement, m'apprécient [et réciproquement]. Il y a incontestablement une part d'affectif qui entre en jeu. Le bon côté de ces situations de désaccord c'est que cela peut offrir d'intéressants échanges de point de vue, et des occasions de mieux se comprendre. Et puis j'ai aussi des soutiens qui, sentant que je vacille, savent m'encourager à continuer dans une expression sincères. Je les en remercie.

 

Ce préambule étant posé, je me sens prêt à poursuivre un peu dans la veine sensible pour en venir à ma réflexion du jour :

La cocasse mésaventure que je me suis plû a narrer dans le billet susmentionné m'a valu d'être perçu comme un peu naïf en n'imaginant pas qu'une femme m'invitant à passer un week-end ensemble puisse avoir quelques idées derrière la tête. Ainsi, si j'avais voulu éviter les malentendus, j'aurais pu préciser que j'acceptais l'invitation "en tout bien tout honneur". Ou, plus simplement, "en toute amitié". Effectivement cela aurait posé un cadre clair, sans risques de débordements intempestifs.

Avec un peu de recul je réalise combien cette formulation ne correspond pas à ma philosophie personnelle, ni à mon expérience. Je ne l'ai entendue dire qu'une seule fois au cours de mon existence, de la part d'une femme qui entendait me rassurer sur la suite "amicale" de la relation qu'elle me proposait après avoir usé de toute la persuasion dont elle était capable pour obtenir davantage.

Excepté cette unique fois, pas une seule des diverses rencontres féminines avec qui j'ai eu la chance de vivre l'expérience de la découverte n'a été préalablement balisée. Totale liberté ! Ça m'allait bien, dans le genre "on verra bien ce qui se passe". Et ce, même s'il y avait une ou plusieurs nuits au milieu ! Mais il me semble qu'il y a toujours eu accord tacite : soit il était évident que le registre était strictement amical, soit l'éventail des possibles restait ouvert. Je crois qu'il y avait une confiance réciproque quant au respect des désirs et limites de chacun. Les éventuels rapprochements physiques se sont faits au ressenti de l'instant, non sans une part d'hésitations et de doutes. Mais l'incertitude a ses charmes...

Placer d'emblée une rencontre dans un registre cadré clarifie les postures, certes, mais oriente et fige un peu les choses. Je me demande même si ça ne pourrait pas être un peu dommageable puisque toute potentialité d'évolution est a priori exclue. Si dans un premier temps cela "protège", que faire si l'envie d'élargir le cadre prédéfini apparait ? L'incertitude et l'ambigüité qui avaient voulu être évitées reviennent alors sur le devant de la scène, complexifiées par la présence du cadre prédéfini. Vous me direz qu'il vaut mieux avoir à ouvrir ce qui était fermé que restreindre ce qui était trop ouvert et vous aurez raison.

Cela dit je conçois parfaitement qu'il puisse être préférable d'éviter les ambigüités puisque certaines situations peuvent être perçues comme des invitations implicites à aller plus loin, comme l'ont rappelé certains commentaires. La proposition de week-end pourrait bien en faire partie. Et s'il faut in-extremis poser une limite ce peut être assez embarrassant, mal compris, générer un malaise de part et d'autre. C'est ce dont j'ai pris conscience après y avoir été confronté.

J'ai l'impression qu'autour de la question des limites gravitent quelques idées annexes : représentations des rôles ou comportements sexués, peut-être, mais surtout rapport à la confiance qui en découle [ou à la prudence, selon l'angle choisi...]. Il y a quelques années une inconnue pour qui je l'étais aussi s'est audacieusement amusée à me prendre au mot tandis que j'écrivais ici mes désirs de rencontre. Quelques mails plus tard elle était chez moi, manifestement confiante [en elle et en moi] et j'en fus vraiment touché. Parce qu'elle ne m'avais pas considéré comme auteur potentiel de je ne sais quelle insistance déplacée [et j'avais fait de même à son égard]. Non, elle avait simplement eu envie de me rencontrer, sans mettre de limites à l'avance, et s'était fiée à mes seuls mots. Et sans doute à sa capacité à dire non, si nécessaire. Un bel exemple de liberté ! La seule précaution qu'elle avait prise, à la demande d'une de ses amies, avait été de communiquer mes coordonnées à ladite amies, si jamais ma visiteuse ne donnait plus de nouvelles...

La question du bien et de l'honneur ne fût pas plus évoquée avec elle qu'elle ne le fut avec d'autres. Confiance réciproque, a priori. Et si quelquefois, dans un évident prolongement de l'intimité des mots et des moments partagés, les corps se sont attirés, personne ne s'est immiscé dans un lit sans s'y être senti invité. Sans ambigüité.

 

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26 juin 2015

De marbre

Je vais vous raconter une histoire...

Mme Rousse réside dans le même village que moi. Elle a l'oeil vif et pétillant, la voix et le visage expressifs, et paraît à la fois calme et déterminée. Je ne la connais que depuis un peu plus d'un an, lorsque nous nous sommes présentés sur la même liste électorale au suffrage de nos concitoyens [oui, c'est prosaïque...]. J'ai rapidement remarqué sa façon de parler avec passion de culture dans un village ou ce terme s'applique plus couramment aux champs de maïs qu'au chant lyrique ou à tout autre art. Désormais élus, nous nous rencontrons régulièrement... lors des conseils municipaux. Un lieu pas particulièrement dévolu aux échanges privés, vous en conviendrez. C'est cependant à l'issue de l'un d'eux qu'elle est venue vers moi, il y a quelques temps, pour partager ses impressions et discuter sous une approche plus personnelle. J'ai volontiers accepté, saisissant cette occasion d'aller un peu plus loin dans la connaissance mutuelle.

Il y a deux mois elle a franchi un pas en me proposant de passer chez elle boire un café pour disposer de davantage de temps. Pourquoi pas ? Plusieurs fois reportée l'invitation s'est finalement transformée en déjeuner au cours duquel nous avons parlé [enfin... elle , surtout] d'un peu de tout, de l'anecdotique au plus personnel, de nos loisirs, de nos passions, de nos ex-couples respectifs. Ce fut sympathique et cordial. Pas forcément à la hauteur de ce que j'aime partager mais pas désagréable. Par contre j'ai senti qu'elle était contente, elle qui ne connaît encore pas grand monde sur le secteur. Mais bon, je n'imaginais pas vraiment de suite...

Récemment, parce qu'elle avait compris de nos discussions que j'aime la randonnée en montagne et que nous avions constaté apprécier une même région, elle m'a proposé d'y aller ensemble pour un week-end prolongé. Euh... cette fois j'ai senti que ça grincait un peu interieurement : partir ensemble ça veut dire être amenés à se cotoyer longtemps, à faire un long trajet, et même à dormir quelque part ! Je me suis questionné sur la nature de ses attentes. Faudrait pas que... oh et puis après tout, n'était-ce pas une belle occasion de mettre en pratique mon aspiration à la rencontre ? Par ailleurs le lieu proposé, dans les Alpes du Sud, me plaisait. Avide de liberté et dégagé des obligations fidélitaires, je n'avais donc aucune raison légitime de refuser. Certes l'attrait que je ressens envers cette femme n'est pas irrésistible mais je pensais que nous pourrions éventuellement avoir de belles discussions et mieux nous connaître. J'ai donc accepté. Avec, quand même, quelques craintes par rapport a un probable flot de paroles [et - gloups - le risque de promiscuité nocturne]

Le trajet s'est déroulé comme je le pressentais : un débit soutenu de paroles, papillonnant entre profusion de superficiel et ébauches de réflexions intéressantes mais non poussées. Je n'ai pas senti d'aspiration à aller plus loin, pas trouvé de fil à tirer. Les sujets s'enchainaient de façon disparate, sans laisser beaucoup d'espace. Un paysage magnifique défilait sous nous nos yeux sans qu'elle ne s'y attarde, alors qu'un peu de silence admiratif, voire complice, n'aurait pas nui. Les trois-quarts du temps de parole furent pour elle, le reste pour moi. Un peu envahissante, la volubile Mme Rousse ! Mais je suis d'une patience de bonze et me disais qu'une fois à destination les circonstances allaient probablement être plus propices à une conversation comme je les aime.

En arrivant au gîte, où avaient été réservées des chambres type dortoir, la gérante nous annonce qu'un groupe occupe déjà largement les lieux et nous propose, pour le même prix, un petit studio indépendant. C'est avantageux ! Sauf que... je pense immédiatement au risque majeur : qu'il n'y ait qu'un seul grand lit ! La gérante monte les escaliers, ouvre la porte du studio et, tandis qu'elle nous donne des explications sur l'hébergement, je cherche à voir derrière elle les conditions de couchage.

Deux lits ! Ouf ! Je respire... car toute sympathique que soit ma co-listière, j'aurais été quelque peu désappointé s'il avait fallu partager la même couche. Je ne rechigne absolument pas [euphémisme] à approcher au plus près un corps féminin mais sans un minimum d'affinités, de proximité affective, de vibrations intimes et de connexions infimes, ça ne m'est tout simplement pas possible. Or cette situation n'existe pas avec Mme Rousse...

En fin de journée nous partons faire une mini randonnée de reconnaissance. Je marche à ses côtés mais le rythme est lent. La progression est trop souvent interrompue par de brefs arrêts pour des remarques et digression pas forcément en rapport avec les lieux. Cela perturbe un peu mes habitudes, qui consistent à me laisser aller à un contact "intime" et plutôt silencieux avec le paysage et ses ambiances. Je suis conciliant et m'adapte aisément mais je sens néanmoins poindre en moi un léger agacement...

Le soir le gîte-hôtel propose une grande tablée et nous voilà placés à côté d'un couple d'ardéchois retraités. Monsieur et madame Parlotte se mettent à discuter avec nous [enfin... surtout avec Mme Rousse...] de considérations météorologiques, balades à faire dans le coin, voyages antérieurs. Je ne goûte que très modérément à ce genre de bavardages passe-partout et reste plutôt en retrait. Ma compagne de randonnée, elle, semble trouver son compte dans cette conversation patchwork. Cette convivialité d'un soir m'est ennuyeuse mais, faute de solution de repli, je prends mon mal en patience en souriant poliment.

Dans notre chambre commune la conversation banale reprend avec Mme Rousse mais le sommeil me gagne rapidement [lien de vcause à effet ?]. Au moment de se coucher elle me fait une bise, geste affectif qui me surprend un peu. La première nuit passe. Un bref instant je m'éveille et pense « mais qu'est-ce que je fous là ? »

Le lendemain une bonne marche nous attend. L'air est lumineux, le soleil éclatant, les mélèzes tendrement verts. Cette fois je prends mon rythme dès le départ et me retrouve rapidement seul, loin devant ma comparse. J'ai besoin de retrouver une respiration solitaire et une relation directe au lieu, aux éléments, et surtout au silence ! Je me contente d'attendre de loin en loin celle qui me suit. Finalement je trouve l'équilibre qui me convient, entre présence et solitude. J'ai compris que nos temps d'échange resteraient dans une relative superficialité et m'en accomode bien.

Le soir, retour au gîte ou nous retrouvons nos "amis" ardéchois de la veille. Encore une fois je fais bonne figure, participe vaguement, mais m'ennuierai ferme si je ne savais me satisfaire d'observer les gens. Et puis le cadre est agréable, l'ambiance conviviale; tout cela me distrait.

Au moment de se coucher, comme la veille, Mme Rousse me fait une bise. Dans un geste d'affection assez commun elle pose sa main sur mon épaule... mais la laisse glisser lentement sur mon bras, un peu trop longuement sur ma peau. Ouaps ! mon système d'alerte interne se déclenche illico : qu'est-ce que c'est que ça ?! Mon intuition me sussurre que ce geste pourrait bien être tendancieux. Je ne m'attarde pas et file dans mon lit, tous sens en éveil dans le noir.

J'ai du mal à m'endormir : qu'est-ce que tout cela signifie ? Jusque-là rien ne laissait présager un changement d'orientation pour ce week-end. Aucune proximité particulière, rien dans le registre intime, pas la moindre allusion à un rapprochement. Me ferais-je des idées ? Finalement le sommeil me gagne et mes pensées s'éteignent dans la nuit.

 

- Tu dors ? 

[Aleeeeerte ! Branle-bas de combat, le scénario de cauchemar monte d'un cran].

- Euhhgm... gne dormais...

- Oh désolée.

- ...

- J'arrive pas à dormir. Est-ce que je peux venir à côté de toi ?

- [Hein ??! Naaaaaaan !!!] euh... oui... si tu veux.

Il fait noir, je la laisse s'asseoir sur le bord du lit. Silence total.

- Je crois que c'est la tisane au fenouil, elle me donne des palpitations. 

- ...

- Est-ce que je peux me coucher à côté de toi ?

- [Alerte, alerte, wiuuuuwiuuuuwiuuuu !] Euh... ben... euh... si tu veux...

À cet instant je me propulse vers l'autre bord du lit, loin, le plus loin possible et dresse une barricade virtuelle. Surtout aucun contact ! Je m'accroche à l'image d'un slip blindé. Et là je me transforme en statue de pierre. Un bloc. Totalement immobile et silencieux. Quasiment en apnée. Les yeux grand ouverts dans le noir, peau et oreilles poussés à la sensibilité maximale, prêt à détecter le moindre mouvement. Si elle effleure un millimètre carré de ma peau, je fais quoi ? Je fais comment pour lui dire non ?

Dans cette position inerte je reste longtemps, très longtemps. Tellement que je m'ankylose. Il va falloir que je bouge. Un bras, une jambe. Léger bruit de draps. Et elle, elle fait quoi ? Elle ne dit rien. Pourquoi est-elle venue ? Peut-être est-elle en manque d'un corps d'homme ? Ou bien a t-elle simplement envie de sentir une présence rassurante ? Je me perds en conjectures... Le temps passe, sans que je puisse en évaluer la durée. Une demi-heure ? une heure ? Davantage encore ? Finalement je la sens se lever, sans savoir si elle s'est éloignée ou pas. Je finis par être certain qu'elle est partie et je peux enfin dormir.

Le lendemain matin elle m'explique que ses palpitations se sont calmées en se calant au rythme calme de ma respiration nocturne [si elle savait...]. Je fais comme si ce qui s'est passé n'avait rien de particulier. Et peut-être était-ce le cas ? Après tout peut-être me suis-je "fait des films" alors que Mme Rousse s'est simplement sentie suffisamment en confiance pour oser se glisser dans mon lit sans aucune autre attente que retrouver son calme ?

[Si quelques lectrices ont un avis sur cette attitude, ça m'intéresse].

Le retour du week-end s'est déroulée comme à l'aller : dans un sympathique flux de paroles, toujours entre l'anecdotique et des amorces de sujets potentiellement riches de développements mais laissés partir au fil du vent...

Nous nous sommes quittés tout à fait naturellement, amicalement, sans aucune allusion à ce moment singulier.

Hier soir elle n'était pas au conseil municipal.

 

Je crois que ma faim de rencontres présente quelques restrictions qui gagneraient à être précisées.

 

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Montagnes du Briançonnais

 

 

 

 

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Un cairn original, sur un site qui en regroupe une centaine

 

 

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19 juin 2015

Le courage d'être imparfait

Il y a quelques jours, tandis que j'évoquais la liberté, l'associant à une certaine idée du bonheur, Célestine, de son côté, déclinait quelques variations autour du titre du livre "Imparfaits, libres et heureux". La conjonction des thématiques croisées m'a inspiré une formulation légèrement adaptée : je me sens volontiers imparfait, imparfaitement libre et imparfaitement heureux.

J'aime assez cette idée d'imperfection, que j'associe volontiers a un autre terme modérateur : suffisamment. Être suffisamment libre, suffisamment heureux. Viser l'absolu, certes inatteignable, tout en sachant me satisfaire du suffisant.

Et comme les synchronicités ont la particularité de se manifester pile au bon moment, je suis tombé hier sur une vidéo qui prône « le courage d'être imparfait ». Il y est question d'accepter sa propre vulnérabilité, mais aussi d'être bienveillant envers soi. Mais l'idée principale c'est que, à la différence de ceux qui se demandent toujours s'ils sont assez bien, les gens qui croient en leur propre valeur ont un fort sentiment d'amour et d'appartenance. Et surtout, ils pensent qu'ils le méritent. Je vous laisse découvrir cet intéressante approche...

 

 

 

 

 

 

 

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15 juin 2015

Farouche liberté

Mes parents vieillissent. Ils ont atteint l'âge qui fait que chaque année supplémentaire s'accompagne de divers désagréments. C'est surtout vrai pour ma mère. Aucune invalidité mais des régressions qui, quoique sans à-coups, sont tout de même suffisamment rapides pour être remarquées sans doute possible. Ces dernières années le diamètre d'exploration de leurs voyages s'est donc considérablement réduit et je me demande s'ils sortiront encore un jour de France. Dans des pays limitrophes, peut-être ? Entre le stress de l'un et les craintes de l'autre, partir quelques jours représente pour eux toute une expédition, comparable à trois mois au bout du monde pour une personne pleinement valide. Mon père aimerait bien, mais ma mère ne peut plus suivre...

Autour d'eux l'inexorable hécatombe a pris son rythme de croisière : maladies invalidantes, dégénératives, décès. Les rencontres entre amis égrainent la litanie des décrépitudes, plombant le moral de ceux qui n'ont pas à s'en plaindre. Mais il est certain que, parmi famille et amis, l'entourage de mes parents s'amenuise. Par chance leur nombreuse descendance les raccroche à la vie, avec la joyeuse exubérance des jeunes générations, volontiers taquine et iconoclaste. Cette jeunesse en épanouissement continu est le contrepoint heureux de l'issue fatale qui approche.

Aussi, quand ils m'ont proposé de les rejoindre au bord de la Méditerranée, j'ai accepté avec plaisir : pour eux nous sommes la vie ! Et tout grand-père que je sois devenu, je reste à leurs yeux une incarnation de la plénitude vitale.

Je crois que j'avais envie d'encourager mes parents dans leur mini excursion aux allures de grand voyage. Ma présence leur a comme insufflé une énergie : alors qu'ils n'avaient guère bougé depuis une semaine, ils se sont montrés volontaires pour visiter la ville voisine. J'ai été leur chauffeur, autorisant une sortie sans stress dans la rapidité urbaine. Nous avons arpenté les vieilles rues de la ville, jusqu'au quai. Là, alors que nous déambulions au rythme de leur âge, nous avons vu un bateau prêt à partir pour la ville voisine. Avec un surprenant empressement mon père avisa l'heure du prochain départ : sous deux minutes. Aussitôt le voila proposant cette excursion maritime et, sans vraiment savoir où nous allions, il prit trois billets ! Départ illico presto ! Le temps de monter dans le bateau et les amarres sont larguées. Ravi, mon père s'autorisait une petite fantaisie. Il y avait quelque chose d'enfantin dans ce geste totalement imprévu. Une réjouissante spontanéité ! Je suis certain qu'il ne l'aurait pas fait sans ma présence, rassurante à ce moment-là.

La traversée n'a pas été longue, mais avait presque une allure de croisière. La rade s'éloignant, l'eau éclaboussait sous l'étrave, le vent apportait les effluves marines. Sentant un souffle de liberté dans les esprits, je leur proposai, folle audace, de prendre le temps d'un restaurant plutôt qu'un retour hâtif dans le petit appartement qu'ils occupaient. Ils ont accepté sans aucune réticence. Arrivée dans le petit port, une promenade dans les rues avec déambulations dans un authentique marché provencal. Mon père était visiblement heureux. Et moi pleinement aussi, de le voir détendu grâce à ce périple accessible.

Ils m'ont abondamment remercié pour ce moment de liberté avec eux et les deux jours passés en leur compagnie.

C'est seul que j'ai terminé mon long week-end, arpentant un de ces lieux encore à peu près sauvages que recèle le littoral varois. Randonnant sur les falaises ventées et les escapements rocheux, j'ai alors songé à ce que j'écrivais ici dans mon précédent billet, autour de l'amour et de la liberté. Avide de cette dernière et, pour cela, peu désireux de retrouver l'état amoureux [quoique...], j'ai compris ce qui, dans cette étrange antinomie, me turlupinait : finalement, plutôt que l'état amoureux, n'est-ce pas l'état de bonheur que beaucoup recherchent ? L'état amoureux est un moyen, certes particulièrement puissant, mais temporaire, de le trouver. Et si la liberté solitaire m'est si précieuse, c'est parce qu'elle me permet d'atteindre, elle aussi, un bonheur profond. À la différence près que je le sais lié aux circonstance du momen : il est de l'instant. Alors que l'état amoureux, tout auréolé qu'il est de mythes et fariboles complaisamment entretenus, laisse croire qu'il peut durer en se transformant en cette mystérieuse et insaisissable alchimie qu'on nomme "amour" [et pourquoi pas "éternel", tant qu'on y est...]

Alors je me dis que si je parviens à distinguer entre les différentes sources qui me rendent heureux, peut-être pourrais-je savourer avec un égal plaisir ce que je vis seul et libre et ce que je peux vivre dans le partage... tant qu'il reste placé sous le signe de la liberté. Car la clé, dans tout ça, c'est bien la sensation de liberté.

Présente dans la solitude, comment ne pas l'effaroucher en présence d'autrui ? 

 

 

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Presqu'ile de Giens

 

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09 juin 2015

Le goût de la liberté

Un long toit sombre, d'épais murs de pierre avec peu d'ouvertures, le mur pignon recouvert de lauzes posées en escalier. Voilà l'ancienne ferme du Vercors, immuable et sobre. En ce début d'été elle émerge d'une prairie constellée de fleurs sauvages. Plus loin les sombres forêts de conifères couvrent les pentes. Au-delà se dessinent les rochers, les falaises, le ciel. Bleu, ce jour-là. Quelques volontaires se sont donné rendez-vous pour un week-end de jardinage. La crainte d'un envahissement de la propriété familiale par l'exubérance herbacée a offert une occasion de retrouvailles et sept d'entre nous ont répondu présent pour couper l'herbe (et les fleurs sauvages, hélas). 

J'arrive en début d'après-midi. Mon frère, arrivé la veille, nous quitte peu après : il a un rendez-vous dans la soirée. « Avec une femme » précise-t-il. Ah... me dis-je intérieurement, blasé. Depuis l'éclatement de son couple il multiplie les rencontres féminines avec gourmandise, oscillant entre exaltation et désillusions. Peu enclin à la discrétion il lui arrive, un peu trop souvent à mon goût, de raconter ses exploits dans les moindres détails, bousculant sans vergogne les repères de ses interlocuteurs. Cette fois il se contentera de montrer, sur son smartphone, la photo de sa nouvelle dulcinée. Elle semble plutôt séduisante, si j'en juge aux commentaires. Lui, avec désinvolture, se dit amoureux. Des allusions fusent, taquines et rassurées : il n'est plus seul ! Sans rien dire, j'observe le petit manège du retour à la normalité.

Aussitôt après son départ ma soeur nous glisse, visiblement envieuse, "on en rêve tous, de tomber amoureux". Là, j'ai mon mot à dire.

- Pas forcément tous, lui répond-je.

- Ah bon ? Tu en connais beaucoup des gens qui ne voudraient pas tomber amoureux ?

Je lève lentement le doigt : « moi... »

Étonnement. Pourtant je n'en fais pas mystère.

- Ça ne me tente pas.

- Mais... quand même, c'est vachement bon ! Et tant pis si on doit en souffrir après.

Je n'ai pas alimenté l'ébauche de discussion, car si j'étale relativement aisément mes états d'âme devant des inconnus du net, il n'en va pas de même avec mes proches, surtout quand ils sont en nombre. La discrétion a ma préférence. Un peu plus tard ma soeur chercha donc à en savoir davantage, mais toujours devant d'autres membres de la famille, ce qui limitait sérieusement mes capacités à aller plus loin... 

- Alors, comme ça tu n'as pas envie d'être amoureux ?

- Ben non, vraiment pas... Mais je n'y suis pas fermé, hein : si cela devait arriver je ne le refuserais pas.

- Il est vrai qu'une de mes copines dit la même chose que toi.

Beau-frère intervient : les gens qui disent que ça ne les attire pas se mentent à eux-même...

Je n'ai pas surenchéri. Les idées toutes faites m'agacent. Je n'avais pas envie de développer et n'ai rien à défendre.

Par contre j'ai remarqué en mon for intérieur que ma déclaration concordait parfaitement avec ce que j'avais répondu quelques jours plus tôt, ici même, dans un commentaire. Au sujet d'une éventuelle soif d'amour j'ai écrit: « c'est une soif que, autant que je sache, je ne connais pas ! À l'instar des plantes du désert mes besoins de ce breuvage semblent être ascétiques. J'en serais presque étonné si je ne m'étais pas habitué à cette situation de sobriété. Mais cela ne préjuge en rien de l'avenir : tout cela (re)viendra peut-être un jour et le désert refleurira. Ou pas :) »

Depuis, mon étonnement s'est mué en interrogation : alors que je parle de ma "faim" de rencontres je n'aurais pas "soif" d'amour ? N'y aurait-il pas là quelque contradiction ?  Au delà du choix des métaphores nourricières et abreuvantes, je dois bien reconnaître que je ne suis pas tout à fait clair. S'il est vrai que l'amour-amoureux ne me tente pas, je garde néanmoins le souvenir radieux de quelques épisodes de bonheur intense et l'idée d'en revivre est loin de me rebuter. Dès lors mon manque d'appétit en la matière est un peu surprenant, si ce n'est suspect. Cependant, autant que je puisse en avoir conscience, l'idée de m'aventurer de nouveau sur ces terrains-là ne m'attire pas. Enfin si mais... disons plutôt que certains aspects rendent l'idée peu attirante. Je pense en particulier à ce que "l'amour" peut avoir d'aliénant : perte de liberté, dépendance, attentes, exigences... Pouah, quelle horreur ! Oui, je sais, l'amour ce n'est pas ça... mais parfois ça y ressemble fort.

Comme pour me rappeller ces dérives un de mes collègues, récemment divorcé, exprimait dans le relâchement de fin de journée ses inquiétudes au sujet d'une "nouvelle femme" entrée depuis peu dans sa vie. Amoureuse, elle commençait à se montrer exigeante, inquisitrice, limitante et cela le tracassait. Il sentait sa liberté lui filer entre les doigts et le poids des discussions compliquées se faisait déjà sentir. Entre le retour à une solitude qui lui est pesante et "l'engagement" dans une relation sous contrôle serré, je l'ai senti très hésitant. Il a fini par dire qu'il envisageait déjà d'y mettre un terme et que si ça devait s'arrêter, il valait mieux que ce soit au plus tôt, avant qu'il ne s'attache trop. Et ce grand gaillard bourru d'évoquer sa sensibilité aux tourments du coeur...

Comment peut-on avoir envie d'aller vers ça ? Comment peut-on admettre l'idée de se voir contraint, orienté, canalisé, obligé d'adopter un mode de vie qui n'est pas le nôtre ? Comment peut-on ainsi renoncer à soi ? Pour "être à deux" ? Non merci ! D'accord pour l'attirance amoureuse si elle apporte bonheur, plaisir, ouverture, mais pas si s'y introduisent tourments, douleurs et complications ! Je préfère en rester à des attirances réciproques subtiles, à laisser s'exercer la séduction naturelle qui rapproche les semblables, à vivre des parenthèses de partage sensible, à rêvasser de rapprochements hypothétiques, de complicités particulières, d'affinités prometteuses. Je préfère laisser les possibles ouverts plutôt que de me cogner aux murs d'une réalité décevante.

Alors oui, il m'arrive d'avoir faim de belles rencontres et de doux moments partagés, mais non, je n'ai pas soif de cet "amour" dont les complications pourraient bien raviver le goût amer de la déception.

J'aime trop celui de la liberté :)

 

DSC01922Ferme du Vercors

 

 

[PS. Billet dont la publication me paraît nécessaire, bien qu'elle me soit inconfortable]

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25 mai 2015

Le pari de la confiance

Sur un blog discret j'ai récemment lu ceci : un humain est confiant quand il se sent aimé…

Une phrase toute simple, qui m'a immédiatement saisi. Je l'ai trouvée étonnamment juste. Limpide. Elle correspond exactement à une association de termes dont je cherche à mettre en évidence le lien depuis fort longtemps : amour et confiance. L'amour auquel je pense ici est à prendre au sens le plus basiquement humain : reconnaissance, écoute, considération, respect. Éventuellement appréciation, estime, et davantage encore, mais en évitant de s'égarer du côté de l'exacerbation amoureuse qui, par ses attentes, tend vraiment à être d'une autre nature.

Quoi qu'il en soit l'élément prépondérant, ici, n'est pas l'amour mais la perception de celui-ci : "se sentir aimé". L'idée qui m'a plu c'est que la confiance découlerait de cette sensation.

J'ai pas mal disserté sur la confiance, autrefois ( ou encore ). L'érigeant sous la forme d'un principe plutôt exigeant, je considérais que celle que l'on accorde à l'autre était un préalable pour aller plus loin dans la relation. Or la phrase mise en exergue en début de texte inverse le postulat et situe la confiance à sa juste place : une conséquence. Si je ressens une attention respectueuse, alors je me sentirai en confiance. J'insiste sur cette notion de ressenti parce que, j'en prends conscience, c'est à partir de là que se déclenche toute une dynamique. Fondalement peu importe de quelle façon je suis reconnu et écouté, et même si je suis réellement : ce qui compte c'est que je ressente que je le suis. Que j'y croie. En ce sens le rôle des premiers regards (parents, éducateurs, enseignants...) est capital.

Inévitablement me reviennent à l'esprit les souvenirs d'une enfance marquée précocement par l'instabilité de cette perception. En quelques instants tout pouvait basculer, de façon imprévisible et irrationnelle. Démesurée. Violente. La versatilité paternelle a probablement induit en moi une insécurité affective, une crainte permanente du désamour, du désintérêt, de la disgrâce, et de la douleur profonde qui accompagne ces invisibles déchirures. Les blessures, par effet de répétition, sont hélas devenues traumatismes...

Je suis convaincu que l'enfance joue un rôle prépondérant dans le socle de la confiance en soi. S'il fait défaut, je me demande encore comment le constituer solidement ultérieurement. Pour se croire aimable il y a donc non seulement nécessité première de se sentir aimé, mais aussi que ce soit avec une certaine constance. Question de fiabilité.

Je pense que le début de mon parcours de vie a fait que j'en suis venu à accorder une importance majeure - et sans doute excessive - à la notion de confiance. Me sentir en confiance, c'est à dire écouté et digne d'intérêt, est une condition indispensable pour que, en présence d'autrui, j'ose simplement être (être soi) et me déployer librement, sans retenue, sans contrôle. De ce fait, rares - et particulièrement précieuses - sont les personnes avec qui je me laisse aller spontanément. Ma prudence vient probablement d'une hypersensibilité à tout signe pouvant me faire ressentir - à tort ou à raison - que je ne suis pas, ou plus, aimé (apprécié, estimé). Une telle insécurité ne favorise évidemment pas l'épanouissement personnel, ni relationnel. Alors, bien qu'un attrait pour la rencontre m'anime fortement, il ne fait pas toujours le poids face à celui que j'ai aussi pour la solitude... qui n'est qu'un moyen d'exister librement. Seul, certes, mais libre. Et inversement...

Mais en rester aux hypothèses explicatives ne présenterait que peu d'intérêt. Ce qui importe c'est de savoir ce que je fais de cet héritage. Mon rapport exigeant à la confiance se colore donc peu à peu d'une nouvelle dimension : la prise de conscience de ma part de responsabilité dans le changement souhaité. Déjà j'ai laissé tomber l'idée de durabilité : la confiance se vit au présent et n'engage à rien. Ça, c'est fait. Maintenant j'en viens à admettre qu'en présence de l'autre, tant que je manquerai de confiance en moi il me sera difficile d'avoir confiance dans l'attention (amour) que l'on peut avoir à mon égard. Le doute pourra ressurgir inopinément. Tout se passe comme si le manque initial jouait un rôle d'anti-adhésif, empêchant l'accroche stable de l'amour pourtant ressenti : au moindre mouvement, tout glisse.

C'est embêtant. C'est même fâcheux et potentiellement désastreux. Alors, puisque je ne peux pas changer le passé qui m'a conditionné, il me revient de faire le pari de la confiance. Il n'est pas sans risques puisqu'il peut m'exposer à de cruelles déconvenues et raviver les traumatismes anciens, mais je ne veux plus m'en protéger continuellement. J'ai envie de me fier à mon intuition première dès lors qu'elle m'indique qu'une personne est fiable. Tenir quels que soient les aléas, les éventuels malentendus, désaccords et mouvements d'humeur. Autrement dit : garder obstinément confiance en moi.

C'est possible, ça ?

 

 

 

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