Impossible athéisme ?
Né de parents catholiques, j'ai été baptisé avant de savoir parler. On ne m'a donc pas vraiment demandé mon avis. En revanche communion, profession de foi (en procession et aube blanche !), confirmation (avec onction frontale de la main même de l'évêque), ça je l'ai fait volontairement. Parfaitement conditionné et tout à fait obéissant j'ai passé ces épreuves non sans quelque fierté (mais aussi un léger sentiment de ridicule...). J'ai même été enfant de choeur (et ça c'était plutôt rigolo...)
Messes jusqu'à la majorité. J'ai suivi la famille sans réelle rébellion, gâchant ainsi nombre de matinées dominicales. J'ai même continué un peu au delà, sans doute avec le souci de rester "quelqu'un de bien".
Mon dieu ! Comment ai-je pu endurer cela ?
Dieu ? Euh... je ne me souviens pas avoir cru un jour à son existence. Ce n'est pas faute de m'être concentré pour tenter de rentrer en contact ou d'avoir cherché à voir descendre son esprit pendant "l'élévation". Mais que dalle : j'ai jamais rien vu ni rien senti. Par contre je "croyais" à l'histoire du gars nommé Jésus et j'ai toujours pensé que les paroles qu'on lui attribue étaient dignes d'être méditées.
J'ai cotoyé pas mal de personnes qui se sentaient proches de "Dieu" et croyaient en son existence. Des prêtres, bien sûr, mais aussi quelques moines et religieuses. J'ai assisté aux offices dans un monastère, pris des repas en silence, écouté des témoignages de foi... J'ai trouvé ça beau. J'ai vu la lumière qui irradiait dans certains regards, le sourire rayonnant, la joie de vivre. C'était beau mais hors de mes aspirations.
Ma vie de jeune adulte m'a peu à peu écarté de l'église, que j'ai pourtant longtemps regardée avec respect. Je m'intéressais à cette "famille" dont j'étais issue tout en m'en éloignant irrésistiblement. Je ne pouvais plus adhérer à des dogmes que je trouvais idiots, et surtout à un sexisme anachronique : c'est parce que la prêtrise était interdite aux femmes que j'ai pris mes distances.
Nos trois enfants n'ont donc pas été baptisés à leur insu. Bizarrement ils ont quand même voulu suivre le catéchisme et... se sont fait baptiser !
A cette époque j'avais déjà quitté la religion catholique, grâce aux Témoins de Jeh*vah ! Non parce que j'aurais été converti par les adeptes du "Royaume" et au mythe délirant des 144.000 élus, mais parce que, par goût pour la réflexion et par curiosité, j'ai accepté de discuter avec le jeune couple qui était venu sonner à notre porte un dimanche matin. Non, je ne les ai pas foutu dehors comme il est de bon ton chez la plupart de ceux qui en parlent : j'ai expliqué où j'en étais dans mon rapport aux religions. Comme la discussion durait ils ont proposé de revenir et c'est ainsi que je les ai accueillis à plusieurs reprises. Avec eux j'ai jeté un regard encore plus critique sur les enseignements de l'église catholique... et affermi mon rejet vis à vis de toute forme d'endoctrinement religieux. Loin de m'avoir converti ils m'avaient immunisé. J'avais alors une trentaine d'années.
J'aurais voulu me faire débaptiser et quitter la religion catholique, mais apparemment ce n'est pas possible : on y entre sans pouvoir en sortir. Alors je me suis déclaré agnostique : dans l'incapacité de me déterminer sur l'existence ou non d'une "entité supérieure", d'une sorte de "dessein", quoique réfutant tout amalgame avec le "Dieu" anthropocentré des religions.
Finalement, après ce long parcours, j'ai de plus en plus de mal à concevoir l'existence de je ne sais quoi qui gouvernerait aux destinées de l'univers et ses milliards de galaxies (et je ne parle même pas des infinitésimales poussièricules que sont les humains...).
Non, pour moi il n'y a rien. Rien qui ressemble à ce que des humains appellent "Dieu".
Il me semble donc être passé, sans vraiment m'en être rendu compte, du côté des athées...
Mais ce n'est pas si simple, parce que le fait que tant de gens agissent en suivant des doctrines censées avoir été dictées par "dieu" fait exister cette entité, ce concept érigé au rang de guide suprême. Il m'est donc difficile de me dire athée puisque, du seul fait que des gens y croient, dieu existe !
L'athéisme peut-il exister si dieu existe pour d'autres ? Je suis sûr que plein de personnes érudites se sont penchées sur ce paradoxe mais je vous avoue que je ne vais pas me prendre le chou avec ça...
Je ne crois pas au divin extérieur à soi mais, en revanche, crois que l'humain peut accéder à une conscience qui le dépasse. Une conscience très personnelle, intime, indicible, dont la perception collective relierait les hommes. Quelque chose qui paraîtrait à la fois tellement grand et tellement exigeant envers soi que le projeter vers une divinité toute puissante permettrait d'en alléger la charge...
Info minimale
Il y a un mois je racontais ici le malaise qui m'avait saisi en étant rendu témoin impuissant d'un fait de violence qui, quoique dramatique, ne nécessitait absolument pas que j'en aie connaissance. On m'avait alors fait remarquer, à juste titre, qu'en l'évoquant je contribuais à répandre ce que je dénonçais : une info spectaculaire qui n'était pas dénuée d'incitation à un voyeurisme morbide.
J'ai donc décidé illico de me couper radicalement de toute source d'information. Black-out total ! Arrêt immédiat du radio-réveil pour éviter d'être plongé brutalement dans la frénésie de l'info tragique, anxiogène et démoralisante, extinction de la radio aux heures d'info et, bien sûr, abolition de l'abomination que sont les infos télévisées. Je me suis dit que si quelque chose d'important devait se produire j'en aurais connaissance d'une façon ou d'une autre. J'ignore donc ce qui s'est passé depuis le 26 décembre dernier. Seuls quelques fragments sont parvenus jusqu'à moi, que je peux compter sur les doigts d'une main :
- La France a, semble t-il, perdu son AAA. Bon, ça me fait une belle jambe. Il y a six mois je ne savais même pas que cet indice existait !
- Je crois avoir entendu qu'il y aurait eu un naufrage quelque part. Je ne sais rien de plus et ça me suffit : je n'ai besoin de connaître ni les circonstances de ce genre de drame, ni le nombre de victimes.
- L'épouse du ministre de l'éducation s'est suicidée (ça c'est ma page d'accueil hotmail qui me l'a envoyé dans la tronche). Bon... là encore pas besoin d'en savoir davantage sur ce drame privé.
- François H*llande a peut-être (?) dit quelque chose qui a fait s'agiter les médias (pas sûr, j'ai seulement entendu son nom). Je ne pense pas qu'il puisse s'agir de quoi que ce soit de capital...
- Des soldats se sont faits tuer en Afghanistan. Quatre, me semble t-il. Et aujourd'hui notre président était dans ma région, dans la caserne d'où venaient ces soldats ou une partie d'entre eux (c'était en première page du quotidien local qui traînait sur une table). C'est la seule info qui éveille mon attention. Et un questionnement : est-ce que ça vaut la peine d'aller se faire tuer là-bas ? Est-ce légitime que le pays dont je suis citoyen envoie des soldats si loin, pour des opérations aux résultats aléatoires ? Sujet complexe... qui dépasse le cadre de ce billet.
Voilà. C'est tout. Je ne sais rien de plus de ce qui s'est passé dans le monde depuis un mois. Soit seulement cinq infos brutes, la plupart sans grande importance, hormis pour ceux qui sont directement touchés (je pense bien évidemment aux proches des personnes décédées...).
Ce que j'apprécie le plus dans cette mise à l'écart volontaire c'est d'avoir été épargné par "l'analyse" de ces infos. Vous savez, ces commentaires que se croient obligés de donner les journalistes, éditorialistes et autres spécialistes. Personne pour me dire ce qu'il faudrait penser, quelles conséquences ça pourrait avoir, dans quelles circonstances les événements se sont produits. Non, rien de tout ça : seulement de l'info brute ! Et moi seul en face pour sentir comment ça me touche et choisir qu'en faire. Seul et... libre.
Hors des sentiers battus
Cette semaine j'ai été invité à participer à des activités sportives et ludiques dans une station réputée de sports d'hiver. Le genre d'endroit friqué où je ne vais jamais, faute de moyens. Après une journée de travail soutenu j'ai donc pris la direction du lointain Mont Blanc pour rejoindre un groupe déjà constitué. C'est dans un bon restaurant que j'ai fait la connaissance de cette bande sympathique et joviale. Huit hommes et deux femmes qui, manifestement, avaient l'habitude de se retrouver. A priori rien ne les aurait distingués d'une bande de copains, à ceci près que je les savais tous directeurs dans différentes branches de la même grande société de l'alimentaire mondial.
En fait il s'agissait d'un séminaire de cohésion d'équipe et ma prestation consistait à restituer l'ambiance de ce qui allait se vivre en dehors de leurs temps de réunions. Et ce soir-là il était prévu qu'à l'issue du repas ils rejoignent un refuge-hôtel, en raquettes à neige, sous les étoiles et à la lueur des lampes frontales.
Le décalage avec mon quotidien a été assez saisissant. Ça m'amusait de me retrouver là, en pleine nuit, à grimper dans une épaisse couche de neige... et d'être payé pour ça ! Car ma mission consistait à photographier le groupe dans ses diverses activités. Photographie en conditions difficiles, en l'absence de clarté, représentant un défi plutôt stimulant.
J'ai passé la nuit au refuge, profitant d'un bon petit déjeuner autour d'une grande table commune. L'ambiance "vieille ferme", quoique outrageusement soulignée, faisait parfaitement illusion. Il y avait là tout ce dont on peut rêver quand on s'imagine un décor qui fleure bon l'authentique...
A travers les petites fenêtres on aurait pu voir le Mont Blanc si, ce matin-là, le ciel n'avait pas été couvert.
Il était prévu que le groupe expérimente une activité de glisse innovante et c'est en véhicule sur chenilles, genre expéditions polaires, que nous avons été menés en haut des pentes. Un confort bruyant que j'aurais regardé avec dédain si, marcheur, j'avais vu passer devant moi ce genre d'engin pollueur rempli de touristes. Je dois bien admettre que c'est pourtant fort pratique.
Après nous avoir déposés l'engin est parti et nous nous sommes trouvés seuls devant un paysage grandiose et silencieux. J'ai chaussé les skis qui avaient été prévus pour moi et, me lançant dans la neige profonde, suis allé me poster plus bas pour saisir chaque participant en pleine action. Dès qu'ils étaient passés je descendais plus bas pour recommencer dans un autre décor. Durant toute la matinée j'ai ainsi photographié en rafale, tel un paparazzi frénétique, le mouvement rapide de glisse sur les reliefs. Photographie de portraits, d'ambiance, de rires, durant la pause de mi-matinée à la terrasse du refuge devant le Mont-Blanc qui se dégageait lentement de ses écharpes nuageuses...
A midi, retour au refuge pour un bon repas autour d'une table conviviale. Pas un mot sur le travail, juste de la détente (tout directeurs qu'ils soient leur humour potache ressemblait à celui de n'importe quel groupe de copains). Puis descente finale jusqu'au parking où nous attendaient des taxis. Retour enfin à l'hôtel de luxe ou résidait le groupe.
Ne vous y trompez-pas : ça ressemblait à des vacances mais c'était bien du travail ! Le groupe "travaillait" à sa cohésion (et manifestement ça donnait des résultats positifs !), les organisateurs travaillaient pour que tout soit parfait, et moi je travaillais en étant vigilant pour prendre des clichés intéressants. Bon, il est vrai que les conditions de travail n'étaient pas des plus désagréables...
Le lendemain j'étais de retour à mon travail habituel, auprès de demandeurs d'emploi en situation précaire. Le décalage entre les deux mondes avait quelque chose de surréaliste.
Pour l'anecdote j'ai appris que le coût du séminaire de trois jours équivalait a un smic annuel. Hors frais de transport de chacun des directeurs depuis leurs pays respectifs, bien sûr...
Un soir au refuge...
... et le Mont Blanc qui peine à se découvrir.
Comment se fait-il que le modeste travailleur social que je suis ait été amené à vivre cette expérience, vous demandez-vous peut-être ? Et bien... tout simplement parce qu'en répondant au pied levé à une proposition similaire, la semaine précédente, j'avais donné satisfaction. Mais pourquoi m'avait t-on proposé, à moi, cette première mission ? Euh... parce qu'outre le fait que je pratique la photo depuis longtemps, il se trouve que l'organisateur de ces prestations ludico-sportives est l'employeur de ma fille. Je n'ai fait que saisir la chance qui m'était offerte de vivre une expérience nouvelle...
Cela devrait toutefois rester ponctuel puisque j'ai un "vrai" travail qui ne me laisse pas trop le temps de m'absenter.
Quoique... les digressions de ce genre, hors de mes habitudes, qui existent aussi dans d'autres de mes domaines d'intérêt, me rappellent que le métier que j'exerce aujourd'hui n'est en rien un chemin tracé. J'y suis arrivé un peu par hasard, en situation d'urgence, mais je pourrais fort bien en changer. Mon évolution récente vers un poste de responsable m'a ouvert à de nouveaux enjeux intéressants, mais s'ils venaient à me lasser je pourrais sans doute m'orienter vers d'autres activités, plus ou moins latentes. Ou aller vers une pluralité d'activités, conjuguant et développant mes diverses compétences...
C'est un peu ce qu'à osé faire l'employeur de ma fille, audacieux entrepreneur de trente ans, touche-à-tout débrouillard qui a su faire de sa passion sportive une activité... qu'il vend fort bien ! Ce gars-là est non seulement à l'opposé des demandeurs attendeurs d'emploi dont je côtoie chaque jour la désarmante passivité, mais il est aussi sans complexes face à l'argent. Et là j'ai des leçons à prendre de lui...
Multiple
En fonction du milieu dans lequel je me trouve, qui conditionne mes ressentis et ma façon d'être, j'ai l'impression de passer d'un monde à l'autre. J'ai commencé à éprouver cette sensation étrange à l'époque où, dans mon activité antérieure, j'entrecoupais mes longues périodes de travail en solitaire de brefs épisodes d'immersion dans la foule de mes semblables. L'homme des bois, sans aucun souci des apparences, se civilisait alors pour se présenter au monde conformément à ce qu'il considérait devoir montrer. Sans trop m'éloigner de ce que je suis je sentais que le regard supposé de l'autre influait sur ma façon d'être. J'essayais de correspondre à ce que j'imaginais attendu de moi. Je m'adaptais ainsi au milieu dans lequel j'évoluais.
Ma découverte des rapports sociaux à distance, via internet, m'a fait entrer dans un tout autre monde. Fascinant, il m'a d'abord paru sans limites. Je pouvais aller aussi loin que je voulais et les seules limites étaient les miennes. Dans ce monde immatériel il semblait n'y avoir plus de tabous, plus d'interdits, plus de règles. Même le temps et l'espace y avaient moins de consistance. Tout me paraissait possible.
Je me suis finalement trouvé face à moi-même. Libre mais un peu perdu. En quête de sens. Et pas débarrassé des apparences...
J'ai beaucoup exploré le rapport que j'entretenais avec le monde selon que le sensoriel en fasse partie ou pas. Je m'y suis vu différent dans mon rapport aux autres, ce qui a soulevé un certain questionnement : qui étais-je vraiment ?
Aujourd'hui je sais que je suis changeant et multiple, adaptable et polymorphe. Variable. Je suis plusieurs, tant dans la perception que j'ai de moi-même que celle que me renvoie chaque autre. Et en cherchant à connaître qui je suis, je me surprends à découvrir combien je suis...
Dès lors qu'autrui existe dans mon univers je ne puis plus être centré. L'autre me diffracte et rend toujours nébuleuse l'image mouvante que je cherche à préciser.
Se connaître soi-même, est-ce bien nécessaire ?
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« Apprendre à se connaître a représenté une conquête. C'est devenu une passion. Mais n'est-ce pas désormais une maladie ? Tandis que les peuples, autour de nous, luttent, progressent, se révoltent, nous donnons l'impression d'être obsédés par nos petites personnes. Autofictions, consultations, développement personnel, journaux plus ou moins intimes, replis sur soi, confessions publiques sur les écrans nous occupent souvent davantage que le vaste monde. A force de « nous écouter », nous n'entendons plus grand chose. (...) [...] ceux qui errent à la recherche d'eux-même ont tendance à se bricoler un moi, qu'ils imaginent précieux, secret et absolument singulier, souvent agréable à fréquenter, flatteur en somme, mais totalement mensonger. (...) Faut-il alors renoncer à toute connaissance de soi-même ? Non, mais éviter certains pièges pour y parvenir. Revenir à la formule grecque devrait permettre de mieux comprendre le sens de ce retour à soi. S'il est uniquement la quête d'un moi absolument singulier, conquis au prix de l'arrachement au monde et à autrui, le «Connais-toi toi-même » est une pathologie. En revanche, si la connaissance de ce qu'il y a de meilleur en soi, que l'on peut nommer une âme, est considérée comme une voie d'amélioration et de compréhension du monde, et surtout si elle ne dédaigne pas la médiatisation d'autrui, du langage, du dehors, elle reprend alors tout le sens que lui donnaient les sages de l'antiquité» Michel Eltchaninoff, dans Philosophies magazine n°55 |
Mots d'amour
Amour, désir, sexualité, amitié...
Eros, philia, agapé...
Charité, animalité...
Joie, violence, possessivité...
Ceux pour qui les différentes formes d'amour sont source de réflexion prendront certainement plaisir à écouter une intéressante intervention d'André Conte-Sponville.
- Le sexe ni la mort - Parenthèses - France Inter
sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force »
Theodor W. Adorno ou Cesare Pavese, selon les sources
Formalité annuelle
Bien sûr à chacun de vous, aimables lecteurs et lectrices, je souhaite une année 2012 des plus agréables qu'il vous ait été donné de vivre jusque-là. Tant qu'à faire, je vous souhaite aussi de vivre les suivantes dans les meilleures conditions. D'ailleurs je ne vous réserve pas ce privilège puisque je souhaite aussi le meilleur à ceux qui ne lisent pas ce blog [si ce n'est pas de l'altruisme désintéressé, ça...]. Cela dit, mes souhaits ne changeront pas grand chose à ce que les hasards et vicissitudes de l'existence vous réservent...
Et finalement, quoi qu'il en soit, viendra une année où, malgré tous les voeux de santé et de bonheur émis par vos proches et amis, voire toute l'humanité réunie, vous ne la finirez pas, l'année. Ben ouais, faut pas rêver...
Donc, honnêtement, ça ne sert à rien de souhaiter du bonheur aux autres : ça ne conjurera pas le sort. Pas plus que la prière et autres dévotions.
C'est cependant essentiel. Parce que c'est signifier à ces autres que leur sort nous importe, qu'ils comptent à nos yeux et que, si nous en avions le pouvoir, nous aimerions qu'ils vivent ce qu'on leur souhaite. Vœu pieux mais... vœu quand même !
Alors oui, après le passage du nouvel an c'est une formalité galvaudée, répétée à outrance, convenue, moutonnière, dénuée d'originalité. Certes. Mais honnêtement, même si je n'aime pas ce genre d'obligations et ne m'y soumets qu'avec des formulations aussi crispées que mon sourire est forcé...
... je vous souhaite encourage à vivre avec autant de bonheur qu'il vous sera possible chacun des jours à venir. En 2012 et bien au delà ;)

Image trouvée sur le net
Féconder l'existence
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« Tout ce qui reste de ma vie ce sont les notes. J'écris un journal intime pour lutter contre l'oubli, offrir un supplétif à la mémoire. Si l'on ne tient pas le greffe de ses faits et gestes, à quoi bon vivre : seules les heures coulent, chaque jour s'efface et le néant triomphe. Le journal intime, opération commando menée contre l'absurde. J'archive les heures qui passent. Tenir un journal féconde l'existence. le rendez-vous quotidien devant la page blanche du journal contraint à prêter meilleure attention aux événements de la journée - à mieux écouter, à penser plus fort, à regarder plus intensément. Il serait désobligeant de n'avoir rien à inscrire sur sa page de calepin, le soir. Il en va de la rédaction quotidienne comme d'un dîner avec sa fiancée. Pour savoir quoi lui confier, le soir, le mieux est d'y réfléchir pendant la journée » Sylvain Tesson, « Dans les forêts de Sibérie » |
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Une belle journée d'hiver
Ce matin, aussitôt sorti de la chaleur de mon lit, je suis allé remettre du bois dans le poêle. En réduisant le tirage au minimum le feu tient toute la nuit, mais la température baisse en conséquence.
L'aurore pointait à peine. L'allongement des jours est encore imperceptible et le soleil se lève bien après moi. J'ai largement le temps de voir le ciel s'éclairer, les sommets lointains s'illuminer, puis les rais de lumière descendre comme des lames entre les montagnes, inondant de clarté la vallée. Un peu plus tard c'est le sommet des collines environnantes qui s'éclaire tandis que le jardin givré attend son tour. J'observe la progression de la marée solaire dans mon paysage proche. Elle vient vers moi par le haut des arbres, glisant le long de leurs troncs jusqu'à toucher le sol. De longues ombres s'attardent dans l'herbe, reculent en dégivrant la verdeur des brins. Très vite le flot de lumière pénètre dans la maison, apportant sa chaleur sur ma peau. Je m'y attarde avec délice.
Les arbres ont grandi. Chaque année leur élévation retarde un peu plus l'ensoleillement. En contrepartie ils offrent une alternance d'opacité et de transparence qui enrichit le spectacle du lever. Les rayons de soleil s'insinuent parmi les branches, révélés par la brume qui s'élève de l'humus. Merveilleux. Parfois je photographie, oubliant que rien ne vaudra ma présence un autre matin.
Les arbres j'en coupe chaque hiver. Trop serrés, leur compétition vers la lumière empêche à leur caractère de s'affirmer. Alors je sélectionne, je choisis les plus beaux, les plus prometteurs, les plus intéressants. Ceux que j'aime. Il me faut des saisons entières pour décider des sacrifices à venir. Et puis un jour je prends la tronçonneuse. Je regarde une dernière fois le condamné. Pas trop longtemps. La machine vrombit et ses dents entrent dans le bois. Je ne réfléchis plus qu'à l'entaille, la direction de chute. Quelques minutes plus tard la cime rejoint le sol dans un fracas de branches. J'ai toujours une pensée. Une sorte de prière silencieuse, un remerciement, un hommage. Je n'aime pas abattre les arbres, et encore moins ceux que j'ai fait naître, mais je relativise ma peine en sachant que je valorise ainsi d'autres arbres, à qui j'offre un avenir. En enlevant de l'épaisseur je sculpte des ouvertures vers le ciel, dessine des perspectives, texture le relief végétal.
Aujourd'hui j'ai tranché le coeur rose d'un arbre dont j'ai reconnu l'histoire. Ses cernes m'ont montré les années durant lesquelles je l'ai vu croître, la trace des années sèches, à quel moment je l'ai déplanté pour le replanter. Il y a bien longtemps je m'étais occupé de lui pour qu'il pousse bien droit. Il était alors frêle et souple. Ce matin il montrait le solide tronc qu'il était devenu, étalant ses larges branches. Ce soir il gît sur le sol, débité en rondins.
L'hiver prochain, refendu en bûches, ce bois dur au coeur rose ira dans le poêle. Un beau matin de givre, au lever du soleil, il réchauffera la maison.
Témoin impuissant
Ce matin là, comme tous les autres en semaine, le radio-réveil m'a sorti des songes. J'étais, comme à mon habitude, dans un demi-sommeil et j'entendais par bribes les nouvelles du jour. « D'une femme l'autre » énonce Audrey Pulvar. Je tends l'oreille distraitement. Quelques mots d'hommage à Césaria Evora, décédée la veille, sont suivis de l'évocation d'une autre femme, inconnue. Des mots m'accrochent « soutien gorge bleu ». Pas le temps de laisser mon imaginaire fantasmer, la suite me happe : «... images lointaines, muettes, et nous avec. Leur violence laisse sans voix. ». La journaliste poursuit son récit, d'une voix dont le calme contraste avec la scène décrite. Je suis bousculé, malgré la sobriété de l'évocation.
Quelques jours passent. Je repense plusieurs fois à cette histoire de femme au soutien-gorge bleu, dont je n'ai pas entendu parler ailleurs. J'hésite à en savoir davantage. Je me méfie de l'effet dévastateur de certaines images...
Mais la curiosité l'emporte et je pars à la chasse aux infos sur le net, la veille de noël. Une vidéo existe et je la regarde. Effaré, je ne comprends pas. Je regarde à nouveau, plusieurs fois, fasciné et horrifié. Je ne comprends pas comment des individus peuvent s'acharner contre des personnes qui sont dans l'incapacité de se défendre. Je m'interroge : comment la pensée de ces bourreaux ordinaires est-elle construite ? Un homme retient mon attention, s'acharnant sans raison apparente sur le corps inanimé de la femme. Bizarrement il ne porte pas les mêmes chaussures que ses collègues militaires...
La violence que je vois m'horrifie. S'y ajoute un supplément d'ignominie : les coups pleuvent sur un corps à demi dévêtu. Un corps de femme. Inerte. La fragilité d'une peau nue. Et puis il y a ce soutien-gorge turquoise, intimité dévoilée qui n'arrête pas les coups. Le contraste entre le raffinement d'un outil de séduction et la violence d'un coup de pied plaqué entre les seins m'assomme. Qu'y a t-il dans la tête de cet homme ?
Je sais la violence dont sont capables certaines personnes quand le sentiment d'impunité leur ôte toute limite, particulièrement en groupe, mais à chaque fois qu'un nouvel événement médiatisé me rappelle cette donnée je reçois un choc.
Est-ce utile ?
Souvent je me demande si le suivi des informations violentes a une quelconque utilité pour ceux qui, comme moi, n'ont pas le pouvoir d'agir. A part ressentir un pénible sentiment d'impuissance et une vaine révolte, que penser des traces que cela laisse dans la pensée ? Et que dire de la jouissance malsaine, plus ou moins occultée, d'un inévitable voyeurisme ? Cela a t-il un intérêt de voir ce qu'il est déjà douloureux de savoir ? Quel est l'impact sur les consciences, tant individuellement que collectivement, du matraquage permanent de scènes violentes...
- D'une femme l'autre, Audrey Pulvar, sur France Inter




