Alter et ego (Carnet)

21 octobre 2017

Le vol du temps

Je remarque qu'à chaque fois que je suis coupé des infos pendant quelques temps, je rechigne à rétablir ce lien ambigü et vaguement délétère. Certes, il peut paraître utile de savoir ce qui se passe au delà du paysage sociétal immédiat mais est-ce vraiment nécessaire ? Je n'ai pas l'impression que le bénéfice de l'information soit supérieur aux nuisances mentales engendrées.

Je resiste donc mollement, tout en sachant qu'au final je serai rattrapé et cèderai, attiré par la curiosité et la soif de connaissance. Même si, ce faisant, je serai contraint d'ingurgiter en même temps une dose non négligeable de faits et éléments sans aucune utilité, voire insidieusement toxiques, aggravant ainsi mon obésité médiatique.

Nonobstant l'abstinence médiatique je n'ai pas pu vraiment jouer les prolongations : le rythme de vie de l'occidental adapté que je suis s'est substitué sans délai à la parenthèse de liberté un peu sauvage que je me suis offerte. Non seulement j'ai repris illico mon travail et mes attributions d'élu, mais il m'a aussi fallu tenir sans délai le rôle de fils présent auprès de ses parents vieillissants.

Résultat : le temps a repris son vol qui, deux semaines durant, parut suspendu. Ô temps...

 

Mais j'y reviens et voici donc, comme promis, quelques photos de mon ressourçant voyage. Entre ciels changeants, eaux calmes ou impétueuses, forêts teintées et furtive apparition de bernaches...

 

 [Photos cliquables, bien entendu...]

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13 octobre 2017

Que demander de mieux ?

Il y a trois semaines, juste avant de partir, j'étais légèrement hésitant. Je sentais mon envie de voyage quelque peu fragile, cette fois. Certes, je m'étais finalement décidé après avoir senti fugitivement battre la délicieuse pulsation du rêve-à-vivre mais, à l'approche du départ, je la sentais déjà faiblir. Mon enthousiasme était assurément moindre que lors de mes précédents périples solitaires. Moins "porteur". Je perçevais cependant qu'entreprendre ce voyage, quels que puissent être les freins, avait quelque chose de nécessaire afin de, précisément, reprendre contact avec un enthousiasme défaillant.

Le jour du départ, ni l'aéroport ni l'avion n'ont suscité cette forme d'ivresse autrefois ressentie devant la fabuleuse possibilité de partir vers n'importe quel point du globe. L'arrivée sur le sol de mon second pays de coeur ne fit pas davantage naître d'émotion, tenant presque de l'habitude désormais. Et si, en sortant de l'aérogare, je n'ai pas pu m'empêcher de regarder - acte résolument insensé - si dans la foule un visage familier ne m'attendait pas, cette pensée ne dura qu'un instant. Je filais directement, avec mon gros sac à dos, vers les loueurs de voitures.

Ayant prévu d'aller au plus tôt vers les paysages convoités, j'avais précisément repéré et noté mon itinéraire pour m'éloigner de Montréal sans hasardeux détours. Son enchevêtrement autoroutier est redoutable pour un non-initié ! Quelques heures de route plus tard je trouvais mon hébergement d'étape à la nuit tombante, pas très loin du grand fleuve. Avais-je commencé mon voyage ? Pas vraiment, malgré la distance parcourue et le décalage horaire. Tout juste avais-je pu m'assurer que les colorations automnales avaient débuté.

Ce n'est que le lendemain, après m'être rendu sur un des lieux que je convoitais, que s'est produit le déclic. Une bouffée d'émotion m'est soudainement venue devant un de ces paysages sublimes sur lesquels je révais. C'était beau à pleurer ! Et c'est bien cela que j'étais venu chercher : de grandes bouffées de vibrantes sensations ! À partir de ce moment-là mon enthousiasme s'est réveillé. Un mélange de fébrilité et de grande sérénité a pris place. Oui, j'étais là où j'avais envie d'être ; et seul, donc totalement libre. Sans nulle autre contrainte que celles que j'allais me choisir ou que les aléas m'opposeraient. Deux semaines d'entière et précieuse liberté solitaire s'ouvraient devant moi.

Je les ai pleinement mises à profit, comme mes précédents billets [et mes silences prolongés] ont tenté de le décrire.

 

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Charlevoix, entre Baie Sainte Catherine et Saint Siméon

 

Ce faisant j'ai "oublié" tout ce qui habituellement fait mon quotidien. En particulier mon environnement de travail. Par ailleurs, aucune réflexion pénible ou lancinante n'est venue perturber le bien-être que j'ai trouvé là-bas. Insouciant, je vivais le présent avec une impression d'éternité. Et j'y serais bien resté...

Revenu au pays dans un état d'esprit tout à fait serein et avec des étoiles dans les yeux j'ai repris le travail détendu. L'équipe est maintenant suffisamment mature pour fonctionner temporairement sans moi et je n'ai pas trouvé sur mon bureau une pile de dossiers en souffrance, ni n'ai été assailli de demandes en attente.

Un retour tout en douceur, donc. Que demander de mieux ?

 

* * *

 

La douce quiétude aura été, hélas, de courte durée : au lendemain de mon retour une de mes soeurs, inquiète, alertait la fratrie sur l'accélération du vieillissement du couple parental et ses conséquences, me plongeant illico dans les eaux sombres d'une triviale réalité. L'avenir y ressemble davantage à un gouffre obscur qu'à de vastes paysages de liberté où tout paraît possible.

Quelques jours plus tôt, sur la route des grands espaces, et comme par une coïncidence anticipée, la radio québecoise m'avait fait découvrir une chanson évoquant cette fatalité. Elle m'avait ému et je ne résiste pas au désir de la partager avec vous... 

 

 « Le contraste est trop mince entre début et finalité
Mais tu te résignes sans peine devant cette fatalité »

Pierre Lapointe - La science du coeur 

 

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07 octobre 2017

Effleurer l'inaccessible

Rivages d'un fleuve-océan et berges de lacs minuscules, forêts touffues d'érables ou boréales clairsemées, torrents fougueux et rivières sinueuses, sommets venteux ou ensoleillés... jour après jour les milieux et ambiances changent. Les colorations aussi, qui voient le carmin éclore dans l'or. Les ciels alternent transparence de l'azur et sombres nuées. Et mes envies épousent ce que l'atmosphère et le paysage leur inspire.

Les sommets ont toujours constitué pour moi un environnement familier et c'est tout naturellement vers eux que je me dirige en voyage. Ils semblent porteurs d'un attrait particulier pour beaucoup d'autres que moi, si j'en juge à la fréquentation des sentiers qui y mènent. Si l'on veut tutoyer la solitude, les gravir expose au risque d'une amère désillusion. On peut néanmoins peut le faire pour le champ de vision élargi qu'ils offrent, dévoilant l'immensité. Ou pour une forme de surpassement, proportionnelle à la difficulté de l'ascension. Ce qui est sûr c'est-il qu'ils sont plébiscités, au point de devenir repoussoirs pour qui est épris de tranquillité.

Après en avoir gravi pas mal depuis le début de mon voyage, hier j'ai renoncé à tenter une ascension dont je savais qu'elle serait surfréquentée. J'ai préféré choisir un itinéraire beaucoup plus modeste, en fond de vallée et sur des hauteurs modérées. Beaucoup plus propice à la contemplation et la photographie. Ce fut un bon choix puisque j'ai passé plusieurs heures en totale solitude, y compris au point culminant de mon ascension, duquel j'ai pu contempler longuement le paysage. J'ai pu jouir du silence, du soleil, de l'air frais. Quand finalement d'autres personnes m'ont rejoint, brisant mon bienheureux isolement, j'ai fermé mon sac et ai poursuivi ma route solitaire.

Mon voyage a atteint son apogée il y a quelques jours, quand je me suis hasardé vers les confins des zones habitées. Avec la tentation de m'y enfoncer plus en avant. Effleurer un rêve inaccessible. Depuis je me prépare à un retour progressif vers la civilisation urbaine et son rythme trépidant. Je m'accorde toutefois le temps de faire moult détours.

 

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Regarder les sommets d'en bas plutôt que l'inverse

 

 

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A hauteur de vallée

 

 

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Ce matin, arc en ciel enjambeant le fjord du Saguenay

 

 

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Un modeste lac, juste à côté de la route

 

 

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Ferme avec vue sur fleuve, pour agriculteur esthète

 

 

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04 octobre 2017

L'appel de la forêt

Je me demande parfois pourquoi je suis autant attiré par les grands espaces, la solitude, et le silence inhérent. J'ai observé que lorsque j'arrive au point ultime d'un sentier, généralement un sommet ou un point de vue remarquable, le temps que je vais passer à m'emplir du paysage dépendra directement du nombre d'inconnus qui, éventuellement, y seront en même temps que moi. Peu importe la qualité inspirante ou esthétique du lieu : je ne m'y attarde vraiment que lorsque je suis seul (ou avec un accompagnement respectueux). J'ai besoin de ressentir le sentiment d'isolement, d'être "seul en ce lieu". Parfois ce n'est qu'une impression puisque je peux être suivi, sans le savoir, par un ou plusieurs individus qui viendront alors envahir "mon" espace vital.

Mais quand la chance me permet de ne rencontrer personne et de pouvoir m'enivrer de calme et d'isolement, alors je ressens une ineffable et profonde béatitude. Être minuscule, je ne fais qu'un avec l'immensité vivante et empreinte de mystéres. Aucun trouble, aucune présence importune, aucun bavardage déplacé. Et aucun "même que moi" pour me ramener à ma juste place de visiteur de passage. Car je suis aussi l'importun de l'autre...

Il y a quelques jours j'ai eu la mauvaise surprise, après n'avoir rencontré personne tout au long de mon ascension (chic, je serai seul !), de trouver au sommet trois ou quatre groupes, dont une petite bande n'ayant rien trouvé de mieux pour prendre leur pied que d'écouter de la musique ! Cool et planante, certes, comme les volutes de fumée qui montaient au dessus d'eux, mais irritante. J'ai tenté d'en faire abstraction, en me mettant un peu à l'écart. Me disant qu'eux aussi, à leur façon, entraient en communion avec les lieux.

Si je veux être à peu près sûr d'être seul en un lieu choisi je sais devoir partir tôt, ou alors en fin de journée. Mieux encore : dans la mesure du possible privilégier des lieux peu fréquentés. Ce n'est hélas pas toujours possible puisque les paysages accessibles sont souvent ceux qui ont été aménagés pour cela. Et au Québec ils sont finalement peu nombreux. En fait je ne suis jamais qu'à quelques kilomètres des accés routiers, n'ayant pas encore entrepris des marches de plusieurs jours, avec nuit en cabane ou en tente. Mais ici rien ne se fait à l'improviste : il faut reserver et payer. L'isolement a un prix. Relativement cher, d'ailleurs.

 

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Je n'y ai vu personne...

 

Je sens cependant cet "appel de la forêt" (ou du désert, ou de la mer), et plus précisément de la nature sauvage peu marquée par l'emprise de l'homme. Une nature intacte, pas vraiment accueillante. Pas hostile non plus. Indifférente. Je ne suis évidemment pas le seul à avoir ces envies : il existe, c'est évident, un fort attrait pour un contact direct avec la nature... ou ce qui y ressemble. Une forme de retour aux sources temporaire ? Une immersion nécessaire ? Un "appel" de la nature de laquelle nous sommes issus et que nos gênes gardent en mémoire profonde ?

Je ne sais, mais c'est là.

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03 octobre 2017

Silence absolu

Pour n'entendre aucun bruit d'origine humaine il faut se trouver loin de tout. Loin des villes, bien entendu, mais aussi loin des villages et des hameaux. Très loin, hors de portée de sons. Il faut surtout, et c'est difficilement évitable, être à l'écart des couloirs aériens. Le bruit des avions se propage infiniment loin.

Mais quand ces conditions sont réunies, au moins temporairement, alors on peut entendre le silence de la nature. Sons infimes et discrets le plus souvent. Harmoniques.

Le silence absolu, lui, est quelque chose d'encore plus rare. Imaginez : pas le moindre son. Ni chant d'oiseau, ni vrombissement d'insecte, nul souffle de vent, aucun clapotis d'eau. Rien.

Ce silence je l'ai vécu à plusieurs reprise aujourd'hui. Silence de l'air, face à l'immensité d'un paysage s'étendant à perte de vue. Silence de l'eau, au bord d'un lac miroir cerné d'une forêt de conifères. Le silence vert des mousses, dans un boisement impénétrable. Chacun de ces silences absolus avec sa propre tonalité muette.

En cheminant je pensais à cette nature "humanisée" que je peux parcourir à ma guise. Sans intervention humaine, sans chemins ou sentiers tracés et entretenus, la nature ne se laisserait pas pénétrer. Une forêt "sauvage" est un inextricable enchevêtrement de végétaux vivants et morts. On ne peut s'y déplacer que lentement, péniblement, sinueusement.

S'il fallait de nouveau y vivre, parce que notre inconséquence commune nous y aura conduit, l'homme moderne serait très démuni. Le rapport des forces serait rétabli.

 

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Silence aérien de l'horizon à perte de vue
(Parc des Monts Valin)

 

 

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Au delà de l'horizon collinéen, vers le grand nord
(plus aucun village avant ceux des Inuit, 1000 km plus au nord)

 

 

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Silence absolu de l'eau en miroir
(et zéro degrés au thermomètre)

 

 

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Bien au dessus du silence, les cris lointains des oies des neiges
(formation de 75 oiseaux en haute altitude)

 

 

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Méandres

 

 

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Art naturel

 

 

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Rencontre fortuite : Tétras du Canada (?)

 

 

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Seul et heureux

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02 octobre 2017

Silences habités

Fuir le bruit.
Préférer, définitivement, le silence habité.
Eviter les regroupements, les conglomérats, les agglutinations humaines.
Fureter à l'écart. Essayer, prendre la chance. Trouver ce que l'on cherche.

Respirer, ressentir, apprécier. Privilège de solitaire.

Et dans la même journée, au gré des inspirations changer de paysage, d'atmosphère, de sons, de lumière...

 

 

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Bucolique en diable

 

 

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Bleutière (culture de "bleuets")

 

 

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 Plage sauvage en bord de fjord

 

 

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Vol d'oies des neiges en migration

 

 

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Soir sur le fjord

 

 

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01 octobre 2017

Impressions de voyage

 

Quelques images en partage, représentations très partielles des paysages que je traverse et des montagnes que je grimpe...

Températures fraîches, air vivifiant.

Plus aucune question concernant les rêves à réaliser : je vois, sens, entend, touche. Pleinement vivant.

 

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Le Saint Laurent, depuis les hauteurs de Charlevoix

 

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Montagnes de Charlevoix

 

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Baie Saint Paul

 

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Fjord du Saguenay

 

 

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Baie Eternité

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28 septembre 2017

Sous climat tropico-boréal

J'avais calé les dates de mon voyage sur la période supposée être la plus colorée en feuillages d'automne. C'était là le critère principal. Le second était la météo, dont il était souhaitable qu'elle ne soit pas trop défavorable. Par chance, une semaine avant mon départ tout semblait correct : j'arriverais aux derniers jours d'une période de chaleur, avant une brève dégradation qui serait suivie d'un retour au beau mais avec forte baisse des températures. Pas de période durablement pluvieuse en vue, c'était parfait. Cela dit, bien que les prévisions soient devenues assez fiables, la météo reste toujours une donnée aléatoire pour un voyage. 

En sortant de l'aéroport je me suis quand même demandé si l'avion n'avait pas atterri à Acapulco plutôt qu'à Montréal ! Un souffle chaud, un air moite de plein été me saisirent. La voiture de location m'indiqua 33,5°. C'est simple : il faisait 20 degrés de plus qu'en France.

La chaleur ne me pose pas de problème en soi, mais ses conséquences peuvent être gênantes : l'atmosphère moite et poisseuse, épaisse, opacifie le paysage, atténue les contrastes. Ce n'est pas du tout propice à la photo que je pratique. De plus la chaleur a un inconvénient notable, quand elle se conjugue avec une sécheresse : les feuillages "grillent", se déssèchent, tombent prématurément.

Les feuillages d'automne sont bien là... mais ne tiennent pas. Aussitôt qu'elles se colorent les feuilles se détachent. L'ambiance naturelle en est transformée. Même en altitude, suer en short et T-shirt dans une forêt boréale subissant des températures de forêt tropicale a quelque chose de physiologiquement perturbant.

Il semblerait que cette canicule exceptionnellement tardive a battu de nombreux records au Québec, depuis près de 150 ans de relevés. Tout cela s'est terminé abruptement puisque, après le changement de temps prévu, les températures ont perdu 20° en deux jours. A tel point que les premiers gels sont annoncés cette nuit.

Aujourd'hui, c'est avec bonnet et gants que j'ai affronté les températures glaciales qui régnaient en altitude sous un vent du nord directement descendu de l'Arctique. Brrrr !

Ces considérations météorologiques n'ont d'autre but que de remplacer les photos que j'aurais aimé proposer. Hélas il y en a fort peu pour le moment, pour les raisons susmentionnées. Les paysages sont pourtant beaux, mais peu photogéniques. Il me manque la lumière transparente et les cieux clairs que j'aime à trouver ici. Je compte sur les jours à venir pour qu'ils soient plus féconds...

 

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Quelques belles couleurs, quand même (Charlevoix)

 

 

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De grands paysages noyés dans la brume de chaleur...

 

 

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... ou sous des voiles de pluie.

 

 

 

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21 septembre 2017

Faire des paris

Après avoir longuement tergiversé je me suis décidé ! Je pars ! Je m'envole. Je m'accorde un rêve...

Où ça ? Oh la, pas si vite. Je vais vous laisser chercher un peu.

Premier indice : la météo prévoit une température proche de 30° à mon arrivée, sous un soleil éclatant.
Second indice : il y a trois fois la voyelle A dans le nom de ce lieu.

Panama ?
Bahamas ?
Caracas ?
Jakarta ?
Atacama ?
Ankara ?
Arkansas ?

D'autres triple A ?

Alaska ? Ah non, trop froid. Quoique...
Alabama ? Ah non, ça fait trop de A...

 

Vous ne trouvez pas ?

Mais pardi, vous n'avez même pas pensé au Canada !

Parfaitement : 30° prévus ces prochains jours au Canada, et plus particulièrement au sud du Québec, alors que l'été est officiellement terminé ! Il paraît que c'est exceptionnel.

Mais ce ne sont évidemment pas les - éphémères - hautes températures que je rêve de trouver là-bas. Ce sont plutôt les chaudes colorations automnales. Celles que chacun associe aux automnes nord-américains depuis qu'une chanson de Joe Dassin à popularisé, en les assemblant très approximativement, deux phénomènes naturels nettement dissociés : la coloration des feuillages d'une part, et l'été (des) indien(s) d'autre part. Les deux phases n'ont pratiquement aucun rapport, hormis le fait qu'elles sont parfois synchrones. Mais peu importe : ça fait rêver.

En tout cas moi ça me fait suffisamment rêver pour que je tente, une fois de plus, cette improbable rencontre. Être là au bon moment, au summum des colorations, à l'apothéose du flamboiement, à l'apogée caroténoïde, à l'acmé anthocyanique. C'est quasi orgasmique ! Mais ça ne réussit pas à tous les coups ! Il ne faudrait pas croire que c'est une opération simple au résultat garanti. Il faut d'abord compter sur une bonne dose de chance, car le passage de l'onde colorée est fugace, versatile, instable. Quand elle débute sa descente du nord vers le sud, elle se conjugue déjà avec l'altitude et l'orientation des versants. Mais son déclenchement et son avancée dépendent aussi des températures et du régime des pluies. Autrement dit : il est impossible de prévoir précisément la date du rendez-vous. Elle varie d'une année à l'autre pour un même lieu. J'en viens à me dire que c'est tout un art que de savoir être là au bon moment. Sauf pour les heureux admirateurs qui vivent là-bas et savent que, tôt ou tard, les colorations passeront chez eux. Plus ou moins vives et durables selon les années, elle balaieront le lieu s'il est propice.

Après quelques voyages j'ai désormais acquis quelques notions de cette science inexacte. J'ai donc calé les dates de mon voyage pour avoir les meilleures chances de profiter de l'aléatoire féérie, en croisant les doigts pour que la météo soit à peu près clémente. Ça c'est pour le côté technique. Reste l'incertitude de la nature et la fiabilité de mon intuition...

Je fais donc un pari.

 

Pour tout dire j'en fais même deux puisque, par ce choix je tente de relancer ma capacité à rêver, un peu en berne en ce moment. Un petit rêve pour en relancer de plus grands ! Stimuler le moteur du désir. Sans être sûr que ça fonctionnera...
Je fais même un troisième pari parce qu'en partant seul... la solitude m'accompagnera. Avec tout ce que cela offre en termes de sensation de liberté, mais aussi tout ce dont cela me prive en termes de partage et de stimulation. Ambivalence.

J'ai hésité.

J'ai osé mais j'ai hésité.

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10 septembre 2017

Quand la vie dévore les rêves

« J’ai lu cet été toute une série de romans « post-apocalyptiques » : Imaginer la pluie, La parabole du Semeur, Dans la forêt, La femme tombée du ciel… C’est une chose curieuse que de lire ces romans dont certains décrivent une société à feu et à sang, privée d’électricité, d’eau potable, de fraternité... de vivre par procuration l’effondrement d’une société, installée au calme sur ma terrasse, entourée de tant de beauté. C’est une chose curieuse que de lire l’anticipation de ce que l‘on redoute et combat toute l’année. Emballement climatique, pénurie des biens essentiels à la vie, accidents chimiques, rupture des liens sociaux, guerre pour l’accaparement des ressources, effondrement mais aussi redécouverte d’une autre humanité… Cela m’a plongée dans des abîmes de perplexité sur la course du monde, de réflexion sur mon propre discours, de recul sur ma contribution et ma part de responsabilité. »

Extrait de "Un été entre fiction et réalité", chronique de Corinne Morel Darleux parue dans Reporterre

 

La dernière phrase citée - celle que j'ai mise en gras - rejoint parfaitement ma perception de la situation. Et plus précisément ces jours-ci, alors que je m'interroge sur l'opportunité de m'offrir un voyage lointain (un des rares domaines où mes rêves ne sont pas en panne...). Il m'est en effet impossible de faire abstraction des conséquences environnementales d'une telle action. Du coup j'hésite et tergiverse. Partir ou renoncer au voyage ? Vivre un rêve, encore, tant que c'est possible, ou tenter d'être cohérent en restant au plus près d'un mode de vie "sobre" ?

« Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve » écrivait St Exupéry.
Magnifique idée... mais peut-on continuer à penser ainsi aujourd'hui ?

« Dis toi que de toutes façon l'avion partira, avec ou sans toi » me suggère t-on. Certes. Mais si tout le monde renonçait l'avion ne partirait pas... Chacun de nous dispose du pouvoir de changer de mode de vie. En même temps... il est difficile de se priver quand tant d'autres ne se limitent pas. Faudrait-il renoncer par anticipation, par sagesse et conscience, ou au contraire peut-on continuer dans une relative insouciance... jusqu'à ne plus avoir le choix ?

Comment peut-on encore rêver quand de multiples renoncements à venir assombrissent l'horizon ?

 

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