02 juillet 2009
La vie d'ma mère !
« La vie d'ma mère, j'te jure, le pélot il était plein d'lovés et y s'est tiré une meuf que même pas tu la vois en rêve et bla bla bla... »
La route monte, sinueuse, au dessus de la vallée. Dans la fourgonette, une demi douzaine d'hommes de tous âges, se laissent mener jusqu'au chantier. Gaëtan raconte à Kevin je ne sais quelle série d'exploits...
« La vie d'ma mère, quand j'étais en gardav' mon refré il est allé voir mon daron, j'étais fou et bla bla bla... »
Le soleil darde à travers les frondaisons, éclaboussant le pare-brise d'ombres défilantes. Le regard faussement concentré sur l'asphalte je tend l'oreille, enrichissant mon vocabulaire de mots que je n'identifie que par déduction. Ne surtout pas interférer dans l'élaboration de ce phrasé, de crainte d'en faire perdre l'originale saveur...
« La vie d'ma mère, quand t'es au chtar et que les matons y t'amènent une lettre, putain comme t'es refait et bla bla bla... »
Nous arrivons. Paysage grandiose, entre ciel et montagnes. Gaëtan cesse son intarissable litanie lorsque les portes s'ouvrent sur de vastes prairies. En aval un troupeau de vaches à la robe caramel, en amont des falaises sortant d'une forêt. Au loin, tout en bas, comme vus d'avion, les villages miniaturisés, la mosaïque des haies, les rubans autoroutiers. Derrière nous, à quelques dizaine de mètres, un monastère. Notre destination. Dans ce lieu bucolique et séculaire règne le silence propice au recueillement à l'écart du monde. Belle pierres, toitures en ardoise très inclinées, arbres vénérables. Soeur Agathe vient au devant de nous, dans sa tenue de religieuse. Avec sa casquette rouge sur la tête, sa chaine en or autour du cou et ses tatouages sur le reste du corps, Gaëtan apporte sa touche particulière. Conjonction de deux modes de vie aux antipodes l'un de l'autre, mais sans aucune confrontation. Je sens que Gaëtan observe, attentif, tandis que Soeur Agathe nous accueille tous avec le sourire.
Elle nous ouvre la grande porte de bois qui mène vers le lieu de nos travaux. Je goûte au silence de ce lieu paisible, et lui en fais la remarque. « Il est important que de tels lieux existent », me dit-elle. J'acquiesce, non seulement par conviction personnelle, mais aussi en pensant à Gaëtan et ses comparses. Je ne suis pas sûr qu'il ait souvent fréquenté ce genre de lieu, lui qui parle si souvent vie urbaine, de bagarres et de prison, de vols et de violences...
Et je me demande si, ce soir, il n'a pas raconté ce qu'il a vu, avec son regard tellement expressif : « la vie d'ma mère, aujourd'hui on est allé travailler dans un endroit que même pas tu crois qu'c'est vrai et bla bla bla... »
Il est important qu'il existe de tels lieux...
29 juin 2009
Allergie temporaire
Mon discours sur l'amour est probablement... glaçant pour ceux qui le vivent avec des étoiles scintillantes dans les yeux. Ou même avec simplement des petites bougies vacillantes. Je suppose que mes propos peuvent déranger, déplaire, et même heurter. Je reconnais avoir un ton très... désabusé. Désenchanté serait le terme le plus approprié.
Ooooh, c'est que j'y ai cru à l'enchantement amoureux ! Longtemps. Je l'ai même vécu, alors je sais ce qu'il en est ! D'ailleurs j'y crois encore... euh... pour les autres. Je sais que beaucoup le vivent et en sont heureux, si ce n'est émerveillés. Tant mieux pour eux ! Qu'ils en profitent et en jouissent [tant que ça dure, hé hé... oups !].
Mais pour moi, actuellement, c'est comme si j'y étais allergique : je ne supporte pas.
L'amour dont je parle, vous l'aurez compris, c'est celui qui génére de la dépendance. Je n'ai bien sûr aucune aversion pour l'amour désintéressé, altruiste, généreux... si toutefois cela existe. Mais ne chipotons pas et admettons que oui, ça peut exister [tant qu'on ne va pas chercher les motivations profondes et inconscientes de cet amour-là].
Je pense me situer dans une période de latence : entre une façon d'aimer immature et une autre, que je qualifierai d'adulte. La première étayée par des illusions, la seconde s'appuyant sur une conscience éveillée. Je ne puis plus être dans celle d'avant et pas encore dans celle d'après. Mais j'y travaille dur ! Je brouillonne, j'essaie, j'expérimente. Je tâtonne. Ce que la plupart ont tenté à l'adolescence, je m'y frotte à un âge... installé. Cela dit j'ai quand même une petite pratique de la vie de couple, avec mes 27 ans de mariage comme bagage... Je sais un peu de quoi il est question et sur quoi je me base pour, aujourd'hui, faire preuve d'une certaine exigence personnelle.
Quand je dis que je suis allergique, ça signifie que ce qui m'en rapproche a tendance à déclencher des réactions fortes, disproportionnées, de malaise et de nausée, vomissements et diarrhées purulentes. Bon, j'exagère un peu, mais l'idée est là...
Je peux observer l'amour de loin, de façon détachée. En fait, tant que je ne suis pas concerné.
Hier j'ai reçu un texte sur l'amour. Texte magnifique. Inspiré. L'amour dans ce qu'il ouvre comme élévation de l'âme, du coeur et de l'esprit, des sens, dès lors qu'il est généreux. Un texte dans lequel j'aurais trouvé une source régénérante il y a quelques années...
Ouais... mais j'ai pris tellement de distance avec l'amour...
C'est depuis cette distance que je l'ai lu, et ça m'a rendu triste. Triste de n'être pas davantage touché, pas ému. Sans aucune vibration perceptible. J'ai juste trouvé que c'était très beau et fort, habité d'espoir et de foi... mais inhabitable pour moi en ce moment [précision essentielle !].
Alors oui, mon coeur est peut-être glacé. Anesthésié. Pétrifié.
Coeur de pierre ?
Pour le moment.
Pas définitivement !
Alors ne prenez mes écrits actuels que comme marqués par cette distance. Vérité transitoire d'une période de ma vie. Tentative d'autopersuasion qui ne me leurre pas...
Et puisque, finalement, je n'aime pas montrer ce désabusement temporaire, je vais m'efforcer de ne plus parler de ce sujet qui a tendance à devenir envahissant à chaque fois que je l'aborde. Froid, mais pas indifférent...
Changement de sujet !
28 juin 2009
Avis de grand froid
On me trouve parfois froid, distant, indifférent. Ce ne sont pas des qualificatifs très élogieux. Je les accepte cependant car ils correspondent à une réalité de ce qui est perçu. Je me dis que cela renvoie certainement à quelque chose de sensible chez les personnes qui le ressentent ainsi.
Moi ça me renvoie à une difficulté à être chaleureux et démonstratif, spontané et expressif. Ça me renvoie aussi à ma propension a analyser, décortiquer, tenter de comprendre, et donc à me situer dans le registre cérébral. Oui, j’observe et j’expérimente. Y compris ce qui est d’ordre émotionnel et affectif. C’est peut-être une façon de me tenir à l'écart d’une hypersensibilité que je sens tellement présente en moi…
Mes émotions, elles auraient pu s’exprimer lorsque j’ai écrit ce fameux texte, « Harem », dans lequel je faisais part de la décision d’une amie (?) de mettre un terme à ce que nous construisions ensemble. Mais comme je n'avais pas souhaité être confronté à des émotions négatives fortes, il se trouve que j’avais mis en œuvre le système de protection qui m’en prémunit : observer froidement les faits, sans me laisser emporter dans des tourbillons émotionnels. C’est comme ça que je vis depuis quelques années et je trouve que c’est infiniment plus confortable que ce que j’aurais vécu si je n’avais pas quelque peu mûri. Il n’empêche que, même tues, mes émotions ne sont pas inexistantes. Elles sont simplement filtrées pour être présentables [oui, bon, le filtre est parfois un peu bouché...]. J’ai dit, plus tard, qu’en fait j’avais ressenti un mélange de tristesse, de frustration et de colère. Triste de voir se finir une relation qui me plaisait, frustré d’être mis devant le fait accompli, et en colère devant « l’abandon » d’une route commune, même si je sais que cela faisait partie des possibilités. Mais justement, en raisonnant et analysant je parviens à en rester aux faits : la fin d’un parcours commun. Une décision respectable de la part d’une personne attentive à ses ressentis. Rien à redire.
D’autant moins que je subodorais le retour de celle qui disait vouloir me quitter… Non parce que j’étais sûr de mon irrésistible magnétisme viril, mais parce que c’était la quatrième fois qu’elle me faisait le coup ! La dernière fois elle avait dit qu’elle ne reviendrait plus vers moi pour ne pas m’imposer sa versatilité. Elle est quand même revenue, le soir même, et je ne lui ai jamais fait grief de ses attitudes. Je reconnais que cette connaissance de son fonctionnement m’offrait une certaine aisance, de même que la savoir « accro » à notre relation. En fait cette relation s'est inscrite sous le signe de la rupture avant même de commencer, il y a un an et demi, et je savais donc à quoi m'en tenir en m'y engageant [ma curiosité me perdra...].
Alors quand, une semaine plus tard, une autre me fait le coup de la fin… ma patience atteint ses limites. D’une part parce qu’il ne s’agit pas de la même relation et que c’est ici une « première fois », d’autre part parce que… cela est survenu à un moment où j’étais moins solide, ébranlé et préoccupé par l’épisode précédent. Et enfin parce que… ben... y’en a marre de subir cela à chaque fois qu’il est ressenti un manque d’investissement relationnel de ma part ! Ras le bol des tourments existentiels, que je n’ai pas à rassurer !
Grâce à certains commentaires déplorant ma distance émotionnelle j’ai cette fois réagi en laissant venir mes émotions. Animal à sang froid, je peux rapidement monter en température si une situation m’échauffe. Mes émotions s’expriment alors de la façon la plus spontanée qui soit : la colère.
Colère de sentir que la pression que je ne n’étais pas parvenu à désamorcer menait à ce retrait, colère de lire des interprétations fantaisistes, colère de voir des sentiments prendre le dessus, colère de voir utilisées mes confidences antérieures comme autant de prétextes à des analyses scabreuses. Si je n’avais pas gardé le sang-froid que me permet ma lenteur réactive, et si je n’étais pas dans le respect des personnes, j’aurais volontiers entériné cette fin, immédiatement et irrévocablement. « Ah oui ? tu considères qu’on n’a plus rien à vivre ensemble ? Ok, alors on arrête-là ! ». Et basta ! [Hmmm, rien qu'en y pensant un frisson de jubilation me parcourt l'échine...]
Sauf que je ne suis pas comme ça… Trop… protecteur ? Trop dans l’empathie ? Trop dans le désir de conciliation ? [mais pourquoi j'apprends à écouter les gens, moi ?]. Alors je me suis contenté d’exprimer ma surprise et de saisir les ouvertures, au demeurant fort nombreuses, qui entouraient le désir exprimé d’en finir. À l’évidence le renoncement était loin d’être installé chez ma partenaire. J’ai proposé une rencontre rapide, évitant les explications par mail tellement désastreuses en situation de tension.
Face à elle je me suis montré ferme, calme et déterminé. Affectivement neutre [ça je sais faire...]. Je l'ai sentie un peu impressionnée. J'ai proposé de répondre aux demandes d’explications et me suis dit prêt à me positionner clairement comme il m’était demandé. Le résultat, après avoir rappelé mon désir de poursuivre, a relancé la dynamique. Mais je me demande s’il n’en restera pas une trace. Peut-être une conscience accrue de la fragilité de certaines relations ? Car, j'en suis presque certain, toutes ne dureront pas...
L’idée qui me vient, puisque je suis sensible aux menaces de fin, c’est que je pourrais considérer que leur simple énonciation signe la rupture. Ah tiens, oui, ça ferait réfléchir à deux fois avant de lancer un tel pavé et peut-être que ça me simplifierait les choses…
Mouais... sauf que je me sens trop solidaire pour agir ainsi : je sais bien qu'une menace de fin exprime un sentiment d'impuissance, de résignation, d'épuisement, de déception [rayer les mentions inutiles]. Reste à savoir si moi je me sens capable de tenir en de telles conditions.
Mais je laisse ces péripéties relationnelles pour observer ce qui m’importe le plus : cette découverte que la voie la plus simple et directe pour exprimer mes émotions est celle qui passe par le canal de la colère. Plutôt que de la refouler, ou de la transformer en tristesse contenue dans un mutisme lourdement écrasant, je crois avoir compris que j’avais tout intérêt à être attentif à cette possibilité d’expression. La colère comme langage émotionnel. Peut-être pas le meilleur, mais faute de mieux... peut-être un moyen d'en libérer de plus appropriés. Je sais que la colère est un moteur utile qui, généralement, les rares fois où je l’ai laissé agir, m’a réussi en libérant des tensions.
27 juin 2009
Amour ou amitié ?
« Je me dis que nous n'avons plus rien à vivre ensemble ». Voila, au milieu de tout un tas d’affirmations et de projections, ce que m’a écrit une de mes amies il y a quelques jours. Cela parce que je lui répondais, suite à sa demande que je sentais pressante, que je n’avais « pas encore le désir de la revoir » (notre dernière rencontre ne datait que de quelques jours). Précisant que c’était surtout dû à un besoin de me retrouver seul après une semaine éprouvante et chargée. Réaction bizarre de la part d’une amie, hein ?
Maintenant si je dis qu’il s’agit d’une de mes amantes, je suis sûr que sa réaction paraît beaucoup plus compréhensible. Eh oui, il est admis que l’amour est exigeant…
Mais… est-ce qu’une amante est forcément amoureuse ? Si je présente les choses sous l’angle d’une relation de désir, ça donne quoi comme représentation ? Est-ce que le désir rend amoureux ? Dépendant ?
Quoi qu’il en soit je vois bien que le rythme de contact et de rencontres qui me conviendrait est trop espacé pour elle. Il engendre de la souffrance...
Tour à tour chacune de mes partenaires me renvoie, parfois sans beaucoup de ménagement, l'amertume ressentie face à ma façon de vivre la relation. Mon autonomie affective est apparemment perçue comme de l'indifférence et mes besoins de solitude comme un détachement excessif. Et cela alors même que les temps de présence sont généralement perçus comme très agréables ! Mais c’est comme s’il n’y en avait jamais assez…
J’ai d’abord essayé de prendre l'hostilité de ces attitudes inquiètes avec une certaine philosophie, façon de ne pas me laisser trop atteindre... Sauf que les réactions auxquelles j’ai eu récemment droit sur ce blog m’en ont dit long sur quelques représentations et projections ! À partir de là quelque chose à changé en moi (merci à vous !) et j’ai bien été obligé de reconnaître que ce n'était pas aussi anodin que mes écrits pouvaient le laisser penser. Mon détachement n’était que de façade. J’étais davantage touché que ce que je croyais, et assez profondément. Pas tant par les réactions de mes partenaires en détresse que par leur tentation de mettre fin à ce qui se construisait ensemble. Finalement je ressentais un mélange de tristesse, de frustration et d’une colère montante. Surtout quand ces annonces de fin se répètent à quelques jours d'intervalle ! Je n'avais pas eu le temps de retrouver mon équilibre que de nouveau j’étais bousculé par une attitude qui mettait à mal une confiance qui s'installait. Car pour moi c’est là que tout se joue : la confiance dans la relation.
Encore faut-il savoir de quelle relation il est question… amour ? désir ? amitié ? Un mélange des trois ? dans quelle proportion prédominante ? J'ai bien envie de bannir tout ce qui à trait au mot "amour" au profit du terme "amitié", qui a le mérite de ne pas entraîner vers des représentations aussi chargées…
Amour ou amitié : choisis ton camp camarade ! L’un est exclusif, possessif, entier, et soumis à des règles bien cadrées. La seconde est plurielle, libre, simple, et s’invente dans chaque relation. Je caricature un peu. Si peu…
Mais une relation entre homme et femme, quand attirance et désir sont là, est forcément perçue comme de nature amoureuse. Les commentaires le démontrent de façon assez flagrante. Hors de cela point de salut ! Malheureusement (?) je fais partie de ceux qui pensent qu’une autre voie existe... peut-être. Il se peut que je me leurre mais je crois encore en l’alliance possible de l’amitié et du désir. C'est-à-dire construire une relation de partage fondée sur un respect mutuel, mais qui n’interdit pas au désir sexuel de s’y vivre. Est-ce si compliqué à concevoir ? Intenable dans la durée ?
Mes amitiés avec des femmes sont simples et équilibrées tant qu’elles restent strictement dans ce registre. Elles se compliquent dès que le désir et le sentiments font son apparition. Me faudra t-il renoncer à vivre les deux au sein de la même relation ? Ou bien dois-je faire preuve de persévérance, de patience, et laisser chacune de mes rencontres évoluer à la mesure de leurs possibilités en tenant compte des miennes ?
Jusque-là je tiens le cap et m’adapte, considérant que le jeu en vaut la chandelle. Mes partenaires font de même, malgré le fait qu’elles se cognent à leurs propres limites. Je dois cependant me préparer à me retirer de ces relations si je devais être trop atteint par ce que je perçois comme un manque de confiance qui, à la longue, m'use. Sans jugement de ma part, mais parce que la confiance est indispensable dans les relations pour que je les vive pleinement.
Quitte à laisser du temps pour que se mette en place, si les coïncidences et synchronicités le permettent, une éventuelle suite…
23 juin 2009
Quel lecteur suis-je ?
Un complot, orchestré par je ne sais qui, mais auquel ont participé Valclair, Kyrann, Julie, Nerilka (et peut-être d'autres), soutenu par Léon, me contraint à répondre à un questionnaire. Comme je ne veux pas passer pour une lopette je relève le défi !
1° Plutôt corne ou marque page ? Généralement marque-page, ou post-it collés sur les pages à marquer, dépassant légèrement du bouquin. Le cornage de page est exceptionnel, faute de mieux. J'apprends aussi à annoter les bouquins (au crayon papier; on sait jamais...), ce que je ne faisais jamais auparavant, révérant bien trop l'objet-livre. 2° As-tu déjà reçu un livre en cadeau ? Oh oui, tout plein ! J'aime bien, parce qu'ils sont souvent empreints d'une part de la personnalité de la personne qui offre. Un livre offert c'est comme une tentative de contact sur des domaines d'intérêt communs, ou du moins compatibles.
3° Lis-tu dans ton bain ?
Euh... je ne prends quasiment jamais de bain ! Et sous la douche ça serait vraiment pas pratique...
4° As-tu déjà pensé à écrire un livre ?
Oui, malgré toute l'immodestie de cet aveu que je ne saurais formuler sans réticences... J'ai même commencé un pseudo livre, il y a une dizaine d'années, avant de me rendre compte que, vraiment, il vallait mieux ne pas persévérer. L'idée me revient de temps en temps, mais je n'ai encore pas trouvé l'idée géniale qui pourrait me donner envie de commencer. Ce ne serait pas un roman.
5° Que pense-tu des séries à plusieurs tomes ?
C'est trop long ! D'avance ça me rebute. Mais je ne suis pas un grand lecteur...
6° As-tu un livre culte ?
Non. Si j'en avais un ce serait probablement un livre qui m'amènerait vers une plus grande sérénité
7° Aimes-tu relire ?
Oups... j'avais lu « Aimes tu te relire ». Ah ben oui, puisque j'écris plus que je ne lis...
Donc oui, j'aime assez relire des parties de livres qui m'ont plû. Je picore, au hasard ou en recherchant quelque chose de précis. Mais je ne crois pas avoir relu entièrement et dans l'ordre un ouvrage déjà connu.
8° Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs des livres qu’on a aimés ?
Pas vraiment tenté. Peut-être parce que je n'ai jamais été fasciné par un livre, ni ne voue un culte aux auteurs. Et puis pour dire quoi ?
9° Aimes-tu parler de tes lectures ?
Je parle parfois de livres que j'ai appréciés, mais sans entrer dans les détails. Je serais incapable de "raconter" un livre, et plus encore de l'analyser sur un plan littéraire.
10° Comment choisis-tu tes livres ?
Souvent par un titre qui m'accroche en librairie ou en bibliothèque (comme aujourd'hui, par exemple), me poussant à lire la 4eme de couverture, puis à feuilleter quelques pages. Par recommandation, aussi, lorsqu'on me parle d'un livre qui a été jugé important ou révélateur dans un parcours de vie. Ou si j'en ai entendu parler à la radio, une de mes principales source d'information.
11° Une lecture inavouable ?
Je ne vois pas trop. Sauf peut-être un bouquin sirupeux et mièvre dont le résumé m'avait semblé correspondre à quelque chose de mon histoire. Ouais, un peu honte, j'avoue...
12° Des endroits préférés pour lire ?
Canapé ou fauteuil, bus et train. Le lit aussi, mais il se révèle vite assez inconfortable.
13° Un livre idéal pour toi serait ?
Celui qui m'enseignerait quelque chose, qui enrichirait ma réflexion, qui me ferait dire « ah ouais, bien vu, c'est exactement ça ! ». J'aime ressentir quelque chose de fort en lisant.
14° Lire par-dessus l’épaule ?
Quelques lignes, très rarement. C'est inconfortable, frustrant, agaçant parce que le rythme de l'autre est différent du mien. Soit je m'ennuie, soit je n'ai pas le temps de finir la page à temps.
15° Télé, jeux vidéos et livres ?
Rien à voir entre les trois. Rarement la télé, jamais de jeux vidéos. Les livres aussi c'est bien plus rare que je voudrais, mais je lis beaucoup sur internet. Et surtout j'écris...
16° Lire et manger ?
Ça m'arrive. Façon de rompre le silence et l'ennui des repas seul. Je mange souvent devant mon ordinateur, lisant les blogs ou diverses pages.
17° Lecture en musique, en silence, peu importe ?
Je préfère le silence, plus propice à la concentration. Parfois une musique en léger fond sonore, si elle ne m'accapare pas trop et sans paroles audibles.
18° Lire un livre électronique ?
Jamais essayé. Pas vraiment tenté. J'aime le confort de la lecture papier et la matière du livre, l'odeur en l'ouvrant, la texture des feuilles, la précision de l'impression. Sinon : lecture sur écran pour tout ce qui vient d'internet. Par souci écologique je n'imprime pas.
19° Livres empruntés ou livre achetés ?
J'aime assez acheter, pour pouvoir disposer du livre à ma guise. Pour certains ouvrages j'aurais pu me contenter de l'emprunt puisque je ne les relis jamais.
20° Quel est le livre que tu lis actuellement et quel sera le prochain ?
« Virtuel mon amour », de Serge Tisseron; « La rage de l'absolu », de Denise Desjardins. J'en ai aussi pas mal en attente, comme « Intimités amoureuses », d'Anne-Claire Rebreyend. Beaucoup sont des essais. Le prochain ? Aucune idée... avant de trouver ce matin, dans la bibliothèque du lieu ou je suis en stage « La liberté dans la relation affective », de Colette Portelance. Le thème ne pouvait que me séduire grave !
21° As-tu déjà abandonné la lecture d’un livre ?
Ça m'arrive. Quand je m'y ennuie. Ou quand le livre, quoique m'intéressant, ne me captive pas suffisamment. J'ai besoin d'être "accroché" par le livre pour le lire d'une traite.
22° Tu tagues qui ?
Déjà j'aime pô le mot "tag", qui est un anglicisme de plus, et encore moins le barbarisme franglais de "taguer" [ouais, je me suis bien habitué à "bloguer", je sais...]. Ensuite j'aime pô faire ce que tout le monde fait. Et puis comme j'ai horreur de me sentir "obligé" de répondre à une demande, je n'infligerai surtout pas cette épreuve à une autre victime que moi. Mais s'il y a des volontaires...
Cela dit je reconnais que l'exercice a été amusant :o)
21 juin 2009
3eme miroir - L'amour et l'affectif
Suite de :
L'amour et l'affectif. Vaste, très vaste sujet, infiniment plus que ce que j'ai précédemment évoqué à travers vos regards. Inlassablement exploré depuis que l'homme se questionne sur lui-même, toujours aussi indéfini. Et s'il n'existait d'autre définition de l'amour que celle qui nous est personnelle ? Raison de plus pour en discuter et ainsi mieux cerner les contours que chacun lui donne.
Dans cette partie je serai nettement moins consensuel avec certaines remarques de lecteurs... N'en soyez pas offusqués, je vous aime bien quand même ;o)
Vous êtes prêts ? [t'ention, c'est loooong !]
C'est parti...
Julie cite Henrit Laborit, dans une approche qui ne peut que me réjouir : « l’amour passionnel avec ce qu’il charrie de dépendance et de possessivité n’est pas forcément le top des relations humaines et que des relations plus matures d’adultes capables de vivre des relations diversifiées de façon non exclusives, comportant des parts plus ou moins importante de sexualité accomplie ou pas me paraissent de loin préférables. » Clap clap clap ! J'applaudis !
Je me situe dans cette recherche d'un amour mature d'adulte, estimant que c'est la meilleure façon d'aimer vraiment. À mes yeux cela consiste à se défaire de nombre d'illusions affectives entretenues depuis l'enfance, et même plutôt le berceau. Travail colossal puisque nous vivons avec certaines représentations personnelles depuis cette époque, aube de notre existence. Autant dire que c'est consubstantiel de notre être.
J'ignore à quoi aboutira ma recherche, mais pour l'heure elle m'a permis d'atteindre une certaine sérénité existentielle et je pourrais dire que je ne suis pas loin du bonheur [ben oui !]. Certes je le vis actuellement dans une relative solitarité. Pourtant je ne me suis jamais senti aussi entouré ni n'ai porté attention à autant de personnes simultanément. Je me sens plus vivant que jamais.
Par contre je ressens face à cette façon de vivre de vives résistances de la part de personnes qui ne semblent pas s'être émancipées du principe de la dépendance amoureuse. Mais... faut-il absolument chercher à s'en émanciper ? Est-ce une question de choix personnel ? De confiance en soi ? Je ne sais pas... les questions sont bien plus nombreuses que les quelques réponses transitoires qui propulsent vers de nouvelles questions.
Annick ouvre la série des interrogations, évoquant dans son entourage « un homme qui comme toi n'en finit pas de se protéger. C'est son choix. Il va d'amitié amoureuses en amitié amoureuses. Mais je sais qu'au fond de lui il attend l'Amour avec un grand A ». Idée reprise dans nombre de commentaires
Ainsi SolAnge : « si tu parviens, pour le moment à ne plus souffrir, ce n’est pas ‘uniquement’ parce que tu as bien blindé le mécanisme…. C’est surtout, à mon avis, parce qu’aucun tsunami amoureux n’est venu toucher tes collines redevenues paisibles après le passage de l’ouragan (...) Crois moi, si l’amour devait te « frapper » à nouveau, tes petites digues psychologiques n’y changeraient rien… ». Elle ajoute : « Pierre fait *tout* pour se protéger et ne plus jamais 'souffrir' comme cela lui est déjà arrivé.... Ce faisant, il me semble, il se protège aussi de l'exaltation des émotions très fortes et des sentiments de braise.... »
Alainx va dans le même sens : « Pourras-tu maintenir longtemps sous cloche tes pulsions internes ? Ou sombrera tu un jour prochain corps et biens (*sourire *) dans "l'état amoureux" ? L'avenir le dira... Mais pour l'instant... Tout semble parfaitement cadenassé !... ». Ce que semble approuver Coumarine « tu te dis heureux tel que tu vis maintenant, moi je ne le "sens" pas comme ça. Et sans doute d'autres que moi. Mais toi seul sait ce qu'il en est. Je te dis ce qui se perçoit (en projection peut-être!) de l'extérieur... Et me croiras-tu si je te dis que cela me fait de la peine pour toi? »
Hum... je crois percevoir quelques doutes quant à la durée de ma sérénité actuelle...
J'accorde mon attention à ces réflexions, que je sens portée par une indéniable bienveillance à mon égard. Cependant je ne m'y retrouve pas. J'ai l'impression que ce n'est pas de moi dont il est question. Il est très probable que reviendront des jours où je serai happé par les vibrations amoureuses, comme le rappelle Annick : « tu le dis toi-même l'état amoureux c'est délicieux et s'il revient tu ne le refuseras pas ». Mais pour le moment il semble que je n'y sois pas prêt, ou que le hasard n'ait pas suscité les déclencheurs nécessaires. Pour autant j'aime. Et je dirais même, un tantinet provocateur, que de ne pas être amoureux me permet d'aimer... Et notamment d'aimer au pluriel !
Ouille ! revoila les idées qui fâchent !
Avant d'y revenir j'ai envie de répondre à Coumarine et à sa peine : oui c'est bien une attitude projective puisque je ne suis ni triste, ni ne souffre (du moins consciemment...). Au contraire je me sens bien dans ma vie. Alors pourquoi ressentir de la peine ? Peut-être parce que je ne suis pas dans un élan amoureux, ce mirage qui fait tant rêver...
Je crois que Siestacorta apporte une réponse en disant « Aujourd'hui, ton choix, et le fait que tu l'assumes changent tes émotions et donc tes idées dans l'autoanalyse que tu mets en ligne. Tu es toujours aussi sensible, mais moins douloureusement. Tu as moins de la peur qui faisait de toi un "homme blessé" pour lequel il était normal de compatir. Du coup, ta nouvelle attitude peut être déceptive pour celles (et ceux) qui s'identifient moins à toi qu'à tes difficultés. ». Cela va dans le même sens que Camille qui s'étonne de voir « 'prédire' une souffrance à venir ». Il est vrai que souvent je sens des interrogations sur mon refus de l'état amoureux... comme s'il allait de soi que cet état-là était forcément à rechercher !
Annick me questionne sur mon affirmation que « l'amour inconditionnel n'existe pas » à laquelle répond Alainx : « ne faudrait-il pas dire que tu ne l'a pas rencontré... encore... ». Je répondrai par une conviction : non seulement je ne l'ai jamais rencontré, ni n'ai jamais rencontré personne l'ayant vécu, mais en plus je ne crois pas que ça existe au sens où je l'entends, c'est à dire littéral. Un amour sans aucune condition... ça mérite la béatification ! Et assurément ce ne sera pas dans l'ordre de l'amour "amoureux". Je dirais même que ce serait une folie que d'aimer inconditionnellement. Mais... encore une fois, de quel amour parle t-on ? Car aussi bien je peux dire que j'aime inconditionnellement. Sauf que c'est en ajustant la distance à laquelle je peux vivre cet amour sans me mettre en danger. Et cette inconditionnalité est plurielle, évidemment, puisque aimer exclusivement serait déjà une condition.
Donc je ne suis absolument pas convaincu par Alainx déclarant « Pour ma part, j'ai expérimenté et expérimente cet « amour inconditionnel ». Je le ressens dans ma chair, au moins d'une personne envers moi, et dans la durée de longues années... Et de quelques autres, au moins pour un temps, j'en ai l'empreinte indissoluble en moi... ». Même si, en même temps, je pourrais dire la même chose ! Je crois qu'il faut rester lucide et parler des mêmes choses en se méfiant de l'illusion des mots.
J'aime toujours celle avec qui j'ai choisi de vivre il y a près de trente ans et je l'aimerai probablement toute ma vie. J'aime aussi d'autres femmes avec qui je me suis lancé dans l'aventure il y a des années et ces amours là dureront aussi, vraisemblablement. Sauf que je ne vis avec aucune d'elles et n'ai même parfois plus de contacts !
Je me suis demandé si m'était adressée la remarque d'Alainx, lançant « peut-être que parfois, certains, cet amour inconditionnel, ils le refusent bec et ongle. C'est tellement dangereux d'être aimé totalement pour soi-même et pour qui l'on est vraiment !... ». Je ne peux m'empêcher d'y voir une perche tendue pour y répondre : je n'ai jamais rencontré ce genre d'amour, qui serait effectivement inconditionnel ! J'ai été aimé, beaucoup, et ait été transformé par ces amours, mais jamais ne me suis senti accepté totalement. C'est même ce qui a été à l'origine des séparations. Une part de ce que j'étais était "inacceptable" pour celles qui m'aimaient, malgré un amour initial ou encore vivant.
J'ai envie de dire, tant cela réveille d'émotions et de souvenirs, que tout ça c'est du baratin ! Que tant qu'on n'a pas vécu l'abandon amoureux on ne sait pas de quoi on parle. Et en disant cela je ne pense pas qu'au quitté, mais aussi au quittant.
Oups... je m'éloigne du miroir...
Alainx, décidément très en verve autour des relations d'amour, ajoute : « Il me semble qu'en ce qui te concerne (mais je peux me tromper...) Tu préfères essayer d'aimer l'autre (ce qui permet de garder toujours un certain contrôle sur lui/elle), que de te laisser aimer de lui/elle (ce qui suppose un abandon, et de perdre le contrôle, pour se laisser recevoir d'un autre...) ». C'est très intéressant, parce que je crois précisément faire en sorte de me laisser aimer... sans craindre de voir souffrir l'autre. C'est à dire que je me retiens de perdre mon contrôle pour "contenir" une éventuelle perte de contrôle de l'autre. Perte de contrôle qui pourrait très vite mener à une rupture, ce que je ne souhaite pas (je pense évidemment à moi quand je prends soin de l'autre...). C'est ce qui me conduit à garder cette relative "distance" qui me fait paraître "froid". Si je m'abandonnais sans me soucier de ce que vit celle qui est en face de moi, j'aurais l'impression de profiter de la situation et de la position "dominante" qui m'est octroyée.
Là ou je peux me sentir mal à l'aise, c'est quand je me dis que ce n'est pas à moi de "protéger" ces femmes d'elles-même, et qu'en le faisant c'est moi que je protège. Non seulement d'une éventuelle perte, mais surtout de l'image du "profiteur". Du séducteur, quoi...
D'où mes réactions face aux commentaires me percevant ainsi.
Je me vois être en contradiction avec Alainx affirmant « Il est évident que lorsqu'on a refermé son coeur à l'expérience amoureuse... Cela s'avère difficile d'observer ce qu'est l'amour. » Au contraire, c'est parce que je ne suis plus dans l'expérience amoureuse, aveuglante, que je peux observer ce qui s'y joue, en me servant des souvenirs de ce que j'y ai vécu de l'intérieur. Je serais d'avantage d'accord avec l'idée que « l'amour authentique entre un homme et une femme passe invariablement par sa phase " amoureuse " (pour reprendre ce mot ) ce n'est qu'avec la durée et l'engagement que l'on débouche un jour sur l'amour inconditionnel... Ou pas... ! ». Sauf que je changerai le terme "inconditionnel" pour celui de "véritable", ou "authentique". Accord partiel aussi sur l'idée que « on ne peut pas faire un voyage en amour sans commencer à marcher sur le chemin amoureux... Ou en revenant sans cesse en arrière... Ou en en prenant d'autres voies multiples... ». Il faudrait distinguer amour et état amoureux...
Quant à cette phrase, je crains de ne pas en saisir la portée... ou de trop bien la comprendre: « On ne guérit pas de traumatismes de l'enfance sans se laisser totalement aimer par quelqu'un ». Au contraire je crois qu'on peut raviver très fortement des blessures d'enfance en se laissant aimer car l'amour total n'existe pas davantage que l'amour inconditionnel. L'autre n'est pas là pour nous aider à guérir nos blessures, il serait même dangereux de s'abandonner à ce genre de croyances. Si l'autre peut nous aider à faire nous-même notre propre chemin, par sa seule présence attentive et affective, il reste libre et peut tout aussi bien décider de nous laisser là, en pleine blessure réouverte. Résultat aléatoire, qui peut mener vers la guérison des blessures, seul, ou au blindage efficace évitant de les réouvrir intempestivement. Pas la peine de chercher bien loin pourquoi chez moi « tout semble parfaitement cadenassé !... »
Je reste donc extrêmement circonspect face à de telles affirmations, qui font joli dans le paysage relationnel mais me semblent se hasarder vers de réelles mises en danger. Certaines ruptures finissent par des dépressions ou des suicides...
Pour ma part j'ai choisi de revenir aux bases de l'attachement affectif pour comprendre ce qui s'y jouait. Cela génère un certain détachement mais je crois qu'il me permet un travail efficace, qui m'autorisera une réouverture le moment venu. Et si SolAnge me rappelle que « l’Homme est un Animal social… il ne peut vivre hors du regard de l’Autre… », je ne crois pas que le regard amoureux en soit la panacée. Précisément parce qu'il est incertain, parfois seulement temporaire, et redoutablement déformant. Voir que subitement on n'est plus "rien" aux yeux de l'autre alors qu'on croyait compter pour beaucoup est non seulement une profonde blessure narcissique, mais aussi une perte des repères dans l'estime de soi, dans la valeur de soi. Quand on s'est construit dans le regard de l'autre son détournement nous déconstruit... du moins temporairement.
SolAnge s'exclame « Moi, j'ai envie de Vivre en continuant à ressentir ces émotions et sentiments qui font VIBRER.... pis, je ne me sentirais pas VIVRE si je m'empêchais de goûter encore à ce qui donne du goût à ma vie... et ce qui donne le plus de goût à ma vie, ce sont les relations avec l'Autre... potentiellement dangereuses pour ma sérénité et bousculantes de mon équilibre précaire.... ». Me reviennent en mémoire ces moments de vibration intense, ceux qui m'ont fait dire, jadis, « c'est cela que je veux vivre ! ». Et je l'ai vécu. Mais je l'ai vécu parce que c'était là à ce moment-là ! Je ne vais pas chercher à le revivre si ce n'est pas là. Ça ne m'empêche pas de vivre des relations avec les autres, de ressentir, d'être traversé par des sentiments et émotions, des joies et des tristesses, de la colère ou des moments de bien-être. Certes c'est moins intense que ce que j'ai pu connaître, mais ça dure, c'est présent, c'est là. Et c'est bon. Je vis ce qui est à vivre, sans rêver de l'inaccessible. Mon équilibre est souvent déstabilisé, ma sérénité bousculée, mais je les retrouve rapidement et c'est BON ! Mon sentiment de bonheur vient peut-être de là...
En ce qui concerne la souffrance « c'est naïf de penser qu'on peut être certain d'y échapper... » dit SolAnge. On n'est certain que d'une chose : la mort est au bout. Tout le reste est possible. Pour ma part je crois que l'on peut exercer une influence notable sur ce qu'on vit, ne serait-ce qu'en modifiant notre façon de le ressentir... Je ne pense pas me garantir de ne pas souffrir, mais ce que je sais de la souffrance, le travail que j'ai fait sur elle, me donne une certaine aisance. C'est un peu comme si je n'avais plus l'intention de me rendre dans ce territoire en m'en étant fortement éloigné. La souffrance affective est éminemment subjective. En travaillant sur cette subjectivité on peut désamorcer beaucoup du pouvoir d'auto-nuisance de la souffrance. Par contre, dire « moi, je ne veux jamais avoir à mourir » serait une absurdité puisque la mort est certaine...
Je ne me sens pas d'accord avec ces affirmations de SolAnge (que je ne ménage pas ici, mais que je sais capable d'entendre cela) : « La souffrance comme le bonheur, font partie de la vie... elles sont indissociables.... Et à moins de ne se poser *aucune question*, et de se contenter strictement de ce que l'on a ou que l'on est en mesure d'avoir, le bonheur perpétuel me semble une utopie... La vie est une succession de joies et de peines... ». Mon côté résolument optimiste m'empêche d'adhérer à cette vision. Elle part du principe d'un équilibre, or je ne vois pas les choses ainsi. Ou du moins l'équilibre ne s'exerce pas forcément dans des domaines comparables. Par exemple actuellement je pourrais dire que "souffre" puisque depuis des années je travaille à... ne plus souffrir. Mais cette "souffrance", parce qu'elle est volontaire et choisie, m'apporte satisfaction. Je suis heureux de ce travail choisi alors que je serais malheureux si je le subissais. J'en viens même à me demander, parfois, si je ne serais pas un souffrant heureux ! Je porte un certain nombre de blessures issues de l'enfance qui conditionnent mon existence. Je ne suis pas aussi épanoui que je voudrais l'être. Je garde encore les traces de blessures qui ont réactivé bien des douleurs. Avec tout ça je pourrais me dire malheureux et malchanceux. Et bien au contraire je vois de la "chance" dans tout celà ! Chances d'avancer, de progresser, de comprendre certaines choses et d'en vivre d'autres grâce à cette "souffrance" issue de l'enfance. C'est le principe de la résilience décrit dans "Un merveilleux malheur" par Boris Cyrulnik.
Il se peut que je sois malheureux... mais je ne le sais pas !
Y'en a qui vont dire que je suis fou...
« Je remarque qu'il plaît nettement plus aux femmes aujourd'hui que par le passé....très positif, son parcours 'évolutif' », écrit Camille. Faut-il y voir une relation de cause à effet ? J'ai envie de penser que oui...
Pour terminer (provisoirement), parce que les meilleures choses ont une fin, je vais répondre aux questions directes de Fact O'post : « Consacres-tu le même temps à chacun de tes amours ? C'est vrai ça, comment gérez-vous ? Tes amours ont elles-aussi leur emploi du temps. »
Et bien... je consacre le temps qui est possible, généralement en répondant à leur demande. Ces temps sont de nature très différente puisqu'ils vont du quotidien, mais dans le cadre du travail, à des séjours prolongés mais espacés dans le temps, en passant par les rencontres prévues et imprévues selon les circonstances. Je ne cacherai pas que cette question du temps inextensible est une des complications de la pluralité. Parce que j'ai aussi besoin de temps pour moi, ce qui n'est pas forcément compris et peut même susciter quelques inquiétudes : « que fait-il quand il n'est pas avec moi ? ». La question n'étant évidemment pas de savoir ce que je fais, mais si je ne suis pas avec une autre... Je précise que cette inquiétude n'est pas partagée par toutes ;o)
Mes amours ont leur emploi du temps, évidemment, fait d'un certain nombre de contraintes. Les week-end, par exemple, sont réservés à leurs conjoints. Comme la plupart de leurs soirées. Et oui... pas facilement partageuses, mais elles même partagées entre deux hommes. Hé hé, contradictions...
Bon, vous avez eu une sacrée dose de mes pensées là, hein ? Et pas désincarnées...
Pas d'indigestion ?
2 eme miroir - Liberté d'écriture
Suite de:
La liberté d'écriture, sujet archi-rebattu, se rappelle souvent à mon bon souvenir...
D'emblée Fille bavarde rappelle le bon sens : « qu'importe ce que le lecteur va penser...l'important est je pense le bien être que l'on éprouve aprés avoir fait nos écrits...et surtout toi seul sait la valeur qu'ils ont... ». Cette notion de conscience de ma valeur personnelle est reprise par Julie, qui me pousse à aller plus loin « si toi tu ne penses pas être quelqu'un de "froid" et de "sans scrupules" où es le problème? Si renvoyer cette image te "pèse" cherche en quoi elle te "pèse" alors même que tu ne crois pas être cet homme. ». Le problème c'est que je me sens en partie correspondre à l'image, sans vraiment l'admettre ouvertement... par crainte de réactions de rejet. Même si, je « sais aussi pertinemment que "la différence" attire la "violence" et la "médisance" le rejet aussi et évidement la critique! ». Alors je crois qu'écrire sur ces sujets est à la fois une façon de tester les réactions et d'accepter d'être vu ainsi. Mieux sentir les résistances pour savoir y répondre...
Julie me rappelle « qu'on ne peux pas plaire à tout le monde », ce qui met en évidence l'absurdité de mon souhait de ne pas déplaire... « L'essentiel est que tu sois en accord avec toi-même, et ça ça se ressent chez toi... une sorte de lâcher-prise, de sérénité d'ensemble même si les questionnements demeurent.»
Quant à Kyrann, qui me connaît de près, elle me rappelle que « maintenant, toi, tu sais ce que tu es. Tu sais que tu es sensible et que tu peux être chaleureux, que tu t’attaches à ces femmes... alors quelle importance que les gens te jugent parce que tu ne montres pas cet aspect de toi ? Tu sais qu’ils ne te jugent que parce qu’ils ne te connaissent pas, en fait. » Oui, je le sais... intellectuellement. Mais là ce sont les émotions qui ont été ravivées, prouvant d'ailleurs que ma "froideur" est toute relative...
Kyrann pointe aussi sur une énigme que nombre d'entre nous n'ont pas élucidée : « tu n’as pas à écrire de façon encore plus « désincarné » pour satisfaire des lecteurs ? Ton blog est à toi... et tu n’écris pas pour eux ? ». Certes je n'écris pas pour mes lecteurs... mais que serait mon écriture sans leur regard ? Nous savons bien que, sur l'espace public d'internet, personne n'écrit que pour soi. Ce serait aberrant de le croire. Dès lors on écrit forcément en pensant au lecteur. Pas uniquement pour le lecteur, mais assurément pas sans lui. Et d'ailleurs tout le paradoxe de la relation écrivant/lecteur se révèle quand la même Kyrann exprime... ses désirs de lectrice : « j’aimerais mieux (en admettant que ça compte, puisque je dis avant que tu ne dois pas te laisser influencer ;-) ) que tu écrives en montrant mieux ce que tu es. ». Julie formule une demande comparable : « Pierre, je t'en prie de devient pas "désincarné"... ». Comment ne pas tenir compte de ces demandes ? Comment ne pas entendre quand Fille bavarde dit « tellement de choses viennent doucement me parler au creux de l'oreille... »
Oui, bien sûr, je tiens compte de l'avis et des demandes de mes lecteurs... sans pour autant m'y perdre. Travail sur le fil, toujours...
Quand je lis Valclair disant « il serait dommage que tu prennes un ton plus distancié, que tu te désincarnes, (...), c’est bien parce que tu vas au cœur d’expériences concrètes, vécues, en donnant tes cheminements et tes interrogations que tu apportes beaucoup à ceux qui te lisent », je me sens dopé dans ma recherche expressive, entre intimité et dévoilement public. J'ai besoin de ces encouragements réitérés, parce que la démarche est difficile, coûteuse... même si elle est aussi nouricière, enrichissante et, par là-même, agréable.
J'aime quand Camille s'exclame « merci à toi, pierre, de ta ténacité à témoigner de ton vécu (et d'oser des mots 'chocs' ;-)) et merci à ceux qui y répondent avec leurs affects ou de façon détachée....moi, *ça m'éclate* à présent alors que ça m'a fait *voler en éclats* par le passé ;-) ». je retrouve alors tout le sens de cette écriture de pensées partagées.
Et je suis touché, ragaillardi, quand Altadis déclare « [sortir] de l’ombre juste pour vous témoigner que j’apprécie énormément ce que vous écrivez », ajoutant « votre blog a cette essentielle qualité pour mes amantes, celle de leur permettre une meilleur compréhension de ma façon de vivre. » Je ne reste pas insensible à cette demande de « continuer à nous permettre de réfléchir sur le sens de la vie ». Une fois de plus je retrouve le véritable sens de cette écriture : le partage, avec tout ce qu'il permet d'enrichissement pour chacun.
Camille exprime aussi ce souhait que je « continue de *partager* malgré les douches froides (...) et [elle m'en est] infiniment reconnaissante, en tant que femme (car ça [lui] aide à comprendre les hommes de [sa] vie!) ». Ces paroles sont la ressource qui me permet de poursuivre et font que « [j']*OSE* dire tout haut ce que d'autres taisent . ». D'ailleurs je ne peux aller plus loin dans cette expression personnelle que parce que j'y suis régulièrement encouragé par celles et ceux qui me lisent et me le disent...
(À suivre : 3eme miroir - L'amour et l'affectif)
20 juin 2009
1er miroir - La froideur apparente
Suite de MIROIRS - Paroles de lecteurs
« Ce qui choque les lecteurs dans ta note « harem », c’est surtout la froideur de ton expression » me dit Kyrann. « Tu disséquais une relation avec la froideur d'un chirurgien », renchérit Alainx, soutenu par Coumarine : « tu parles parfois de tes relations comme un chirurgien qui OBSERVE, qui dissèque, qui examine... ». Il apparaît alors que « cette observation méticuleuse dérange parfois dans la mesure où la femme qui lit peut se sentir objet d'étude, et non sujet d'amour ». À l'évidence certaines représentations de l'amour ont semblé être bafouées, même s'il est bien admis que je suis dans un « souci constant de bien COMPRENDRE, d'analyser le plus précisément possible ce qu'il se passe, tant en [moi] que dans les autres ».
Fact O'post rappelle que « dialoguer par le biais de commentaires écrits peut parfois amener à des incompréhensions ». Kyrann ajoute : « toi et tes lecteurs, vous placez dans une sorte de dialogue de sourds ». Phénomène amplifié par l'outil internet que je connais bien pour m'y être plusieurs fois laissé emporter. Ce qui amène un effet de surprise, comme le remarque Valclair « stupéfait, voire choqué, du ton de certains commentaires venant de personnes [me] connaissant bien ». Il souligne cependant, avec finesse, « qu’il y avait peut-être des formules prêtant un peu à confusion dans le dernier billet ». De là apparaît le « commentaire "passionnel" (...) en rien dirigé contre toi, mais "contre" les deux derniers paragraphes de ton billet précédent », reconnaît Coumarine.
Kyrann saisit bien que « cette froideur apparente fait partie de [ma] protection » et me suggère de « l’assumer pour bien vivre [mes] relations ».
Quelques explications semblent avoir calmé les premières réactions fortes et Camille souligne que « les com' du billet précédents montrent bien comment leurs auteurs peuvent passer de la colère à la compréhension, pour peu qu'ils ne laissent pas leurs ressentis perso prendre le dessus (et perdre ainsi toute 'objectivité d'analyse) ».
Ce que j'ai déduit de cette petite mésaventure c'est que je devais faire preuve de davantage de prudence en maniant certaines données "sensibles"... ou alors être prêt à assumer une possible virulence. Or les relations affectives sont un sujet très sensible pour la plupart d'entre nous. Je reconnais que je m'étais laissé aller à une relative légèreté en me contentant d'en rester aux faits, sans m'impliquer dans l'analyse de ce que je ressentais [pour une fois...]. Ce n'était pas l'objet de mon texte qui, au contraire, entendait souligner le "détachement" et la sérénité que je gardais face à une situation qui y était peu favorable. Pour moi c'était le signe d'une maturité. Mais je reviendrai sur ce texte et sa tonalité ultérieurement...
MIROIRS - paroles de lecteurs
Quelle drôle d'aventure partagée que celle de ceux qui se disent et se lisent sur le net...
Nous, hommes et femmes en chemin, êtres en recherche, en détresse ou en paix, avides d'altérité et de liberté. Intensément vibrants ou assoupis dans nos existences, ressassant le passé ou nous projetant vers un avenir espéré. Acceptant, refusant, renonçant, exprimant nos doutes et certitudes temporaires. Autant de fragments de vie distillés au compte-goutte, lentement infusés ou éructés dans le jaillissement chaud de l'émotion, qui prennent sens instantanément ou dans la durée.
C'est ainsi que nous nous construisons, ensemble, de claviers en rencontres, en faisant part de nos pensées égotistes. Partage d'égos en relation qui se révèlent être des miroirs réfléchissants. Dans votre réflexion je me vois, tentant de discerner dans cette projection ce qui me revient directement et ce qui a été transformé par votre filtre de lecture, enrichi de votre expérience de la vie.
À la suite de mon texte "Harem", dont je ne soupçonnais pas l'ampleur des répercussions, vous m'avez donné beaucoup. Vous m'avez renvoyé des images de ce que je montre, me permettant d'aller au delà de mots un peu hâtivement déposés.
Je vous en remercie.
Si j'essaie de synthétiser ce qui émane de cet épisode polyphonique, je parviens à plusieurs thèmes entrecroisés. Il y aurait d'abord, comme élément déclencheur, la froideur de l'observateur, qui apporte néanmoins des réflexions qui interpellent ou intéressent. Il y aurait aussi un décalage entre ce que les écrits montrent et la réalité de celui qui en est l'auteur, d'après ceux qui me connaissent "en vrai".
Il y a aussi cette idée, tout à fait logique, de la liberté d'écriture : je ne devrais pas trop me préoccuper de ce que peuvent penser mes lecteurs. Thème récurrent chez bien des écrivants du net... Si je suis d'accord, en théorie, j'ai en revanche bien des difficultés pratique, comme beaucoup d'entre nous, à faire abstraction du regard d'autrui. Je n'aime pas déplaire... C'est bien le principal problème !
Le "détachement" de l'avis (la vie) des autres est précisément ce sur quoi j'ai été interpellé ! Et, comme par hasard, l'idée de détachement (non-dépendance) se trouve au coeur de ma façon de vivre les relations. D'une certaine façon, je serais trop détaché de mes relations affectives et pas assez détaché de ce qu'on peut penser de moi...
Vous aurez compris que, pour moi, le sujet reste sensible.
Mais vos commentaires vont plus loin que cette première strate, pour explorer l'essentiel : il y est question de l'inconditionnalité de l'amour, de respect d'autrui, de dépendance affective, d'inévitables souffrances, d'intensité amoureuse...
Alors plutôt que de me lancer dans de longues explications, je vais plutôt reprendre les mots qui m'ont été proposés et ne préciser ma position que lorsque je le sens nécessaire. Votre regard sur moi, à travers vos interprétation, me dispensera bien souvent d'y ajouter quoi que ce soit...
16 juin 2009
Projections
Mon dernier billet a suscité quelques commentaires acerbes. C'est le signe que le sujet ne laisse pas indifférent...
Tant mieux ! Je ne suis pas là pour être consensuel, et surtout pas pour ce qui concerne la grande diversité des relations affectives. Mon parcours de vie m'a fait traverser, comme beaucoup, quelques épreuves relationnelles dont j'ai tiré des enseignements. Je n'allais quand même pas reproduire ad vitam aeternam ce qui n'avait pas fonctionné ! Alors, parce que je considère que prendre soin de soi est la meilleure façon de se faire du bien d'être présent pour autrui, j'ai choisi de ne plus revivre ce par quoi je suis passé. J'ai donc "travaillé" sur ce qui m'avait blessé au plus profond, de façon à m'émanciper de certaines fragilités issues d'une enfance qui, loin d'avoir été horrible, m'a cependant laissé quelques lourdes séquelles. Ce "travail" représente des années d'analyse et de réflexion sur mes représentations, mes valeurs, mes limites, mes désirs. Avec comme résultat un désserrement, si ce n'est une libération, de nombre de mes carcans.
Cela me permet de vivre aujourd'hui assez sereinement mes relations affectives, en m'étant adapté à ce que je suis : je ne vais plus au delà de mes capacités.
Je pars du principe que vivre heureux, cela consiste déjà à ne pas se rendre malheureux. Ça paraît tout bête... mais n'est pas forcément mis en application. Connaissant ce qui a pu me rendre malheureux je ne vais plus dans ces zones-là. Du moins tant que je ne m'en sens pas capable, car tout cela évolue en continu.
Contrairement à ce que j'ai lu dans certains commentaires, directement issu de pensées projectives, mon souci de l'autre est constant. C'est d'ailleurs un des handicaps sur lesquels je continue à travailler : je pense trop à l'autre ! Pas forcément de façon adaptée, puisque n'étant pas doté du don de télépathie j'ai tendance à être dans des interprétations projectives. Très, trop attentif aux désirs exprimés ou supposés de l'autre, j'ai parfois bien des difficultés à discerner mon propre désir. Alors je travaille sur le détachement : ne pas céder à ma propension à vouloir "sauver" l'autre, à vouloir "aider" au point de m'y perdre.
J'ai trouvé un moyen de ne pas "coller" trop à l'autre : rester à distance. Ainsi je me protège et je protège l'autre de moi. Ça peut surprendre, mais c'est efficace. Un peu "froid" peut-être, inhabituel dans des relations affectives, mais absolument nécessaire pour que chacun agisse de façon adaptée et responsable.
Je n'ai pas à me justifier devant mes lecteurs, mais je vais cependant le faire. Non parce que je me sentirais fautif de quelque chose, mais parce que je suis un peu las de lire ces connotation péjoratives dès qu'il est question d'amours pluriels, de relations intimes non-amoureuses et autres façons d'aimer qui ne rentrent pas dans une norme consensuelle et "bien-pensante". Quelle restrictive sacralisation de l'amour !
Mais oui, j'aime les personnes avec qui je suis en relation. J'aime de façon encore plus impliquée les femmes avec qui je partage une intimité de pensée, de sentiments, de désir. Je les aime lorsque nous progressons ensemble à la découverte de ce qui nous relie, nous attire l'un vers l'autre, ou éventuellement nous écarte. Je les aime parce que je les respecte et respecte leurs choix, et d'autant plus qu'elles respectent les miens.
Et puis je m'attache à elles, même si j'ai fait le nécessaire pour ne plus être affectivement dépendant, cette forme immature d'un amour mal orienté. Je suis sensible à ce qu'elles vivent et ressentent, avec ou sans moi. Leur cheminement personnel m'intéresse.
Pour autant, je ne suis pas "amoureux". Mais être amoureux est à mes yeux une sorte de débordement émotionnel et affectif, une résurgence de désirs inassouvis directement issus des premières années de vie, une déconnection temporaire de la réalité quand ce n'est pas un aveuglement d'illusions. Plus l'élévation sera importante et soudaine et plus dure sera la chute. Car chute il y aura.
Non, l'amour inconditionnel n'existe pas ! Ce que nos mères n'on pas pu donner au nourrisson exigeant que nous étions, personne ne nous le donnera jamais. Nos désirs resteront tempérés par la frustration, le manque, l'absence. Quand on a accepté ça... on peut commencer à aimer autrement.
Mais bon, je ne vais pas encore disserter sur ce qui, à mes yeux, distingue l'amour de l'état amoureux. Je crois m'être forgé au cours de ces années de recherche et d'observation certaines convictions personnelles qui me sont désormais de précieux atouts. Je préfère aimer peu, mais vraiment, que beaucoup mais avec la fragilité d'une bulle de savon.
Et pour tout dire, je ne comprends pas bien pourquoi m'est souvent renvoyée l'image de quelqu'un qui se priverait de quelque chose d'essentiel en ne recherchant pas l'état amoureux ! Je l'ai connu, c'était délicieux. Et s'il revient, je ne le refuserai pas. Mais pour l'heure je me contente d'aimer...
Au lieu de se focaliser sur les apparences, à savoir que je sois "froid" et devenu plutôt hermétique à l'état amoureux, il me semble plus intéressant de chercher à comprendre ce qui fait que moi, ou qui que ce soit d'autre, puisse en arriver à avoir mis en place un tel système de protection. Ce travail je le fais en grande partie seul, à l'écart de toute source de jugement.
* * *
Après ce micro-évènement dérisoire je me dis qu'écrire de façon impliquée m'est de plus en plus difficile. Non que je sois vraiment perturbé par les commentaires, quelle qu'en soit la teneur, mais parce que je me heurte régulièrement à des incompréhensions qui finissent par être pesantes. En m'efforçant de répondre au mieux, le plus précisément possible, de montrer que les points de vue sont multiples, je me demande si je n'entretiens pas le fossé qui sépare ce que je voudrais exprimer de ce qui en est compris. Il restera toujours une part d'inexprimé, donc quelque chose de faussé et critiquable.
Quand je parle de ma vie, j'oublie que je touche à votre vie. Elles ne sont pas le même monde, ne se juxtaposent pas. Nos vérités sont distinctes. Dès lors cela peut aboutir à des confrontations de points de vue, souvent fertiles, parfois stériles.
Peut-être devrais-je m'exprimer de façon plus allusive, moins impliquée ? Ne plus nommer les personnes dont je parle, ne plus dire que c'est de ma vie dont il est question. Rester dans le vague et la généralisation. Prendre vraiment la position de l'observateur distancié de son sujet... M'éloigner de l'intime personnel pour mieux aller dans un intime désincarné.
Et pourtant, je trouve que le témoignage personnel à une saveur toute particulière, imprégné de vécu, d'imperfections, d'ambivalences et de contradictions.
Mais je reconnais que me voir renvoyer l'image d'un homme sans scrupules et sans coeur est parfois lourd à porter...

