Alter et ego (Carnet)

27 avril 2016

L'autre moitié

Le jour de notre mort nous est généralement inconnu. Impossible, donc, de mesurer le temps qu'il nous reste à vivre. Et c'est très bien ainsi. 

Tant qu'on est jeune ces échéances paraissent fort lointaines, presque abstraites. Et puis avec les décennies qui s'additionnent, force est de constater qu'inéluctablement l'idée d'un terme devient plus pénétrante. Non, nous ne sommes pas immortels et un jour tout sera terminé pour nous. Un jour...

Imperceptiblement, commence à se dessiner l'idée qu'on est peut-être déjà à la moitié de son existence - à supposer qu'elle ne soit pas interrompue plus tôt qu'on se l'imagine. A trente-cinq ans on s'amuse de ces premiers frottements avec la réalité de notre propre finitude. Pendant quelques années encore ont peut jouer la carte de l'optimisme en s'imaginant octogénaire vaillant, peut-être nonagénaire fringant, et pourquoi pas centenaire alerte ? Pourtant, vient un jour où, même en faisant preuve d'un optimisme dopé aux emphétamines, les limites de la durée de vie humaine s'imposent. Avec certitude la moitié de la vie est atteinte. Sans échappatoire ni fioritures.

Aujourd'hui je me sais être forcément plus proche de ma mort que de ma naissance.
Sur ce point l'optimisme céde devant la raison.
Je passe le cap.

La vie ne m'en paraît que plus précieuse.

 

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Végétation d'éboulis au Col des Fourches, forêt des Maures

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Lavande papillon (Lavandula stoechas)

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25 avril 2016

Avant-goût

La semaine dernière j'étais en vacances, les températures du sud étaient douces et le soleil ardent. Comme un avant-goût d'été, sans ses inconvénients...

 

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Ile de Port Cros

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Asphodèle

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 Au loin, les Alpes enneigées

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Depuis quelques jours c'est comme un arrière-goût d'hiver qui est revenu dans mes contrées montagnardes, avec un temps gris, pluvieux, froid, presque neigeux. J'ai repris le travail, mais ça ne m'empêche pas de continuer à proposer quelques évocations photographiques de plaisirs existentiels.

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22 avril 2016

Paradis d'enfance

Originaire d'un gros bourg de Provence, ma grand-mère passait tout l'été en compagnie des cigales dans la maison de ses ancètres. Elle y était rejointe, pour une ou deux semaines, par ses enfants et leur progéniture de cousins. À une heure de route à travers la campagne il y avait la Méditerranée. La famille y connaissait quelques petits coins sauvages, à l'écart des villes, et c'est là-bas que mes premiers souvenirs de vacances ont fait leur nid. Nous y allions pour la journée, dans la Peugeot 404 que mon père garait sous l'ombre de quelque pin parasol. On sortait la table de pique-nique et des chaises pliantes, des tomates et des chips. Il y avait de la place sur le sable pour courir et jouer, ramasser des pommes de pin et se piquer les pieds sur leur aiguilles tombées au sol. Après le repas le temps de sieste était sacré : à l'ombre, avec interdiction de se baigner avant les trois heures règlementaires de digestion. En ces lieux privilégiés j'ai découvert la volupté, la béatitude et la douceur de vivre, bien avant de connaître le sens de ces mots d'adultes.

L'an dernier alors que je passais près d'une ces ces plages, sur la presqu'ile de Giens, j'ai cherché à la retrouver. Hélas la pinède avait disparue. À sa place il y avait un moche et bête petit immeuble proposant des soins de balnéothérapie. Tout autour des constructions sans âme, des parkings miteux, des rues tracées à la va-vite, des espaces de fausse-nature. J'ai eu bien des difficultés à reconnaître les lieux...

Heureusement il reste d'autres sites qui ont été totalement préservés. C'est le cas de cette plage, que j'ai voulu revoir cette semaine :

 

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Rien n'y a changé depuis cinquante ans. En voyant au loin des enfants s'éclabousser dans l'eau encore fraîche d'avril je me suis souvenu de mes jeunes années ici-même. Entre l'ombre des grands pins et l'eau turquoise, la volupté d'une plage de sable fin...

Sur cette plage mes yeux d'enfant se sont naturellement formés à l'harmonie des paysages méditerranéens. Ce petit coin de paradis allait faire de moi un exigeant, forcément déçu par tout espace pélagique ne presentant pas des qualités esthétiques analogues. Je n'ai jamais pu apprécier une plage bordée par une route ou ces enfilades d'immeubles que des décennies d'urbanisation laide ont laissé gangréner la côte. Pour tout dire je déteste une grande partie de la Côte d'Azur et déplore ce qu'elle est devenue, déteriorée pour la satisfaction de quelques égoïstes.

Étonnamment la plage où j'allais me baigner enfant fait partie de celles, très rares, qui sont restées intactes car préservées de toute urbanisation alentour. Elle est au coeur d'un secteur protégé, aux routes étroites et tortueuses, situé entre le Lavandou et La Londe les Maures. Derrière les anses sableuses, des vignes, des forêts, quelques maisons anciennes, un ou deux petits châteaux. Aucune bâtisse arrogante. Cela tient presque du miracle...

C'est ce genre de joyaux que j'essaie de retrouver lors de mes escapades méditerranéennes, me focalisant sur ces zones exceptionnelles qui, sur les cartes, apparaissent obstinément vierges de constructions.

 

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21 avril 2016

Carte postale

Il est des lieux sublimes qui sont tellement photogéniques qu'il devient difficile d'échapper au sort qui leur échoit : le paysage de carte postale. La tentation du cliché classique est inévitable devant des proportions idéales. S'écarter du cadrage parfait tiendrait presque du sacrilège. Si en plus le ciel y ajoute son éclat, l'eau sa transparence, on frise la perfection...

 

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La photographie est très souvent le prétexte de mes petits et grands voyages. Pour autant, faire une "belle" photo n'est pas ce qui compte le plus : l'important c'est ce qui se vit autour. Ce sont les sensations ressenties. Le cheminement pas à pas, les ouvertures vers l'horizon, la découverte constante de trésors visuels ou olfactifs, le vol d'un oiseau, la douceur d'un souffle d'air, le mouvement des vagues, l'harmonie singulière d'un lieu. Voilà ce qui constitue véritablement le voyage. Le dépaysement.

Où que ce soit, le dépaysement c'est l'inattendu. Pour peu que je l'accueille, que je m'en laisse pénétrer, que je le laisse m'emporter,  il m'invite à l'étonnement et à la contemplation. Je regarde. Je m'arrête. Je goûte et profite. C'est à une perception savoureuse de l'instant que je suis convié. C'est le temps des sensations hédonistes et fugaces, mais aussi celui de l'empreinte durable des souvenirs passés et à venir. Ces moments enrichissent ma conscience des beautés de l'existence.

Le "regard photographique" en est distinct. Plus esthétique que sensitif, il porte une attention particulière aux détails ou aux scènes d'ensemble. Il scrute, il observe, il analyse. Il anticipe sur un résultat espéré. C'est une démarche artistique, donc démonstrative, qui cherche à transcrire, témoigner, restituer, garder trace. À faire rêver aussi, peut-être, puisque le cadrage orientera la perception du regardeur...

 

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Pointe de l'Estagnol, Var, 19 avril 2016

 

 

 

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16 avril 2016

Tentation

 

 Cette fois...

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... j'y vais !

Je m'absente quelques jours pour une petite escapade du côté de la Méditerranée.

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08 avril 2016

Un grand-père en hiver

Prévoir m'est toujours difficile. Je ne sais jamais à l'avance dans quelles dispositions je serai un jour donné et divers critères peuvent me faire changer d'idée jusqu'au dernier moment. Cela varie selon ma motivation, mon éventuel état de fatigue, les contraintes que je m'impose ou, tout simplement, en fonction de la météo...

Si bien que parfois je laisse passer des opportunités, faute d'avoir su me décider à temps.

Ces jours-ci j'avais envie de soleil, la région montagneuse où je vis en ayant été passablement dépourvue depuis trop longtemps. S'il devait encore manquer j'envisageais donc, pour un week-end de trois jours, une virée vers le sud. Peut-être jusqu'à la Méditerranée, généralement bien dotée en cieux azuréens. Sauf qu'en milieu de semaine les prévisions météo étaient encore trop aléatoires pour que je sois fixé. Or le grand-père que je suis avait été sollicité pour une garde de petite-fille et il fallait une réponse. Je tranchai donc pour l'abnégation, le temps d'une soirée. Certes c'était celle du milieu de week-end, mais je comptais sur la clémence des cieux alpins pour profiter quand même d'un soleil espéré.

Hélas, ce vendredi, après une nuit aussi étoilée que givrante, le ciel se couvrit rapidement. Les températures matinales ne s'élevèrent guère avant de redescendre sous l'influence d'un petit crachin glacial. Avec 4°, ce fut un brusque retour dans la grisaille hivernale ! A tel point que je dus rallumer mon poële. Simultanément j'apprenais de source sûre que le littoral que j'avais convoité bénéficiait des températures beaucoup plus clémentes que peut offrir un soleil irradiant. Il ne m'aurait suffi que de quelques heures de route pour en jouir...

Trop tard, je m'étais engagé !

En voulant rendre service à ma fille j'ai sacrifié un peu de la précieuse liberté dont, en bon procrastinateur, je ne fais pourtant pas systématiquement bon usage. C'est d'ailleurs parce que je connais ma propension à hésiter que je n'ai pas voulu privilégier une liberté égoïste... dont je n'aurais peut-être pas fait bon usage.

 

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Une des destinations où j'aurais pu me rendre... (Massif de l'Esterel - mai 2015)

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01 avril 2016

Le temps de comprendre

Le rapport que j'entretiens avec le monde qui m'entoure est fréquemment source de questionnement. Je ne parle pas là du rapport direct que je peux avoir avec mes congénères humains (relations individuelles), mais de ce que je sais indirectement du monde et de l'humanité. Je pense en particulier à ce qui est porté à ma connaissance par diverses sources, parmi lesquelles "les infos" tiennent une grande place.

"Les infos", c'est quoi ? Une somme d'informations mises à ma disposition sur des faits, situations, évènements, auxquels je n'aurais pas eu accès si je ne disposais pas de relais me les transmettant. Il ne s'agit donc jamais de faits que je peux apréhender moi-même, mais toujours d'éléments partiels, sélectionnés, filtrés. Et donc potentiellement teintés de subjectivité. Pour éviter cet écueil de la subjectivité il faudrait que seuls les éléments factuels soient transmis : tel jour, en tel lieu, en présence de telle personne, il s'est passé cela. Autrement dit : quoi, quand, où, qui ? C'est factuel et dépourvu d'émotion. Lorsque c'est inattendu il y manque généralement le pourquoi explicatif... or c'est ce dont l'humain, insatiable chercheur de sens, a le plus besoin quand une information suscite une crainte.

Tant qu'il sera privé de cette indispensable réponse apaisante, le cerveau humain n'aura de cesse de l'attendre. Nous voulons comprendre. C'est d'ailleurs ce qui nous caractérise en tant qu'espèce animale. C'est le propre de l'intelligence : relier des éléments factuels, établir des relations de cause à effet, afin d'obtenir une explication rationnelle. Mais tout ne s'explique pas aisément, c'est le moins qu'on puisse dire...

Alors l'homme a inventé "dieu".

Plus sérieusement, comprendre demande d'autant plus de temps qu'une problématique est complexe. Il faut souvent y adjoindre des efforts, des connaissances, ainsi que de l'intelligence (avec sa part de doute et d'humilité). Les personnes dotées de ces nécessaires facultés permettent à celles qui ne les cumulent pas d'avoir accès au savoir. C'est à dire une somme de connaissances, valables tant qu'elles n'ont pas été infirmées. La notion de temps est donc toujours importante : ce qui est considéré comme vrai aujourd'hui ne le sera peut-être plus demain, si une explication plus rationnelle l'invalide. Il est aussi souvent question de subjectivité : selon d'où je me place, la perception peut être différente et l'interprétation plus encore. 

Voilà pourquoi l'information instantanée ne peut être prise qu'avec d'infinies précautions. Sauf que cette nécessaire prudence se heurte au besoin insatiable de comprendre. Et vite ! Nous aimerions comprendre immédiatement, afin de nous épargner l'inquiétude de l'inexplicable et le sentiment d'insécurité que cela génère. Pour résoudre ce conflit interne, nous sommes prompts à nous saisir de tout ce qui pourrait l'éteindre. Quitte à se satisfaire d'explication simplistes, voire irrationnelles...

Le rôle des médias est essentiel sur ce point. Relais entre chacun de nous et les informations lointaines auxquelles nous n'avons pas un accès direct, ils peuvent privilégier la prudence et la patience en ne donnant que des faits vérifiés, ou bien se hâter de donner des explications plausibles, échafaudées à base d'hypothèses et interprétation plus ou moins sensées. Cette seconde façon de procéder est évidemment une dérive, qui nuit gravement au sérieux que l'on est en droit d'attendre du métier de journaliste ou des "experts" qu'ils invitent. Il semble pourtant qu'elle se généralise, sous la pression du besoin de savoir "en temps réel" ce qu'il se passe à chaque instant dans notre univers.

Grâce aux explications promptement délivrées chacun peut retrouver l'illusion que les choses sont sous contrôle. À partir de là il suffit de... y'a plus qu'à... faut qu'on... et citoyens comme politiciens se répandent en solutions aussi rapides à énoncer que difficiles à rendre consensuelles. Parce que bien sûr, étant entrés dans le domaine de la subjectivité et de l'émotion, personne ne parviendra à tomber d'accord au delà du constat factuel.

 

Les hasards de la génétique on fait que je suis d'une nature peu inquiète, doté d'un solide sens du rationnel, et pourvu d'une grande patience. De ce fait je me sens peu exposé aux dérives que je viens de décrire. Je les observe de loin, et m'agace contre les effets que j'en vois sur mes semblables. Il n'empêche que parfois je me suis laisser un peu contaminer, restant fasciné devant mon écran télé (11 septembre 2001, 7 et 9 janvier 2015). Avec ce sentiment bizarre "d'y être"... et un effet traumatico-obsessionnel certain. Cela m'a perturbé et conduit à éviter ce genre de gavage passif.

C'est ainsi que j'en suis venu à m'intéresser à l'impact de ces situations sur mes contemporains, et sur moi-même, avec un peu de recul. C'est à dire que je m'intéresse moins aux faits en eux-mêmes qu'aux répercussions de ceux-ci sur la société dans laquelle je vis. J'observe les réactions, positives comme négatives, puis les repercussions de l'onde de choc dans les discours. Je m'informe beaucoup a posteriori, tant au niveau sociologique que psychologique. L'après m'intéresse bien davantage que ce qui l'a déclenché.

 

Quelques articles pour aller plus loin :

 

 

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Et pendant ce temps...

 

 

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25 mars 2016

Habituation

Est-ce par habituation que les attentats qui ont eu lieu en Belgique ne m'ont pas vraiment remué ? Ils avaient quelque chose d'attendu. Presque d'inéluctable...

Dès que j'en ai eu connaissance je me suis isolé du flux médiatique, afin de me préserver de toute image visuelle ou sonore. J'ai voulu éviter l'effet de sidération et de fascination. Trois jours plus tard je ne sais rien de plus que quelques chiffres et éléments bruts. Tout au plus ai-je perçu quelques lointains échos indirects. Cela me suffit amplement ! En savoir davantage ne m'apporterait strictement rien, hormis une certaine forme de "communion" émotionnelle dont je cerne mal les effets sur mon psychisme. 

Ma compassion est donc restée lointaine et mes pensées pour les familles endeuillées, distantes. Je ne me suis même pas laissé aller à imaginer l'effroyable traumatisme de ceux qui ont assisté à l'horreur. Non que je sois indifférent, bien sûr ! Mais tellement impuissant...

Chaque nouvel évènement de ce type m'apprend à mieux me protéger. C'est ma façon de résister à deux fléaux : la terreur et l'émotion téléguidée. La première répond à l'objectif des terroristes, la seconde amplifie l'effet voulu. Or la vie continue pour l'immense majorité des humains et c'est le mieux que nous puissions faire pour contrer la barbarie et le malheur.

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22 mars 2016

Les assassins de la paix

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Ce soir mes pensées vont vers ceux qui,
où et quand que ce soit,
sont atteints dans leur chair,
dans leur amour, dans leur esprit,
par la violence rétrograde
des ennemis de l'humanité, 
des assassins de la paix,
des tueurs de liberté.

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17 mars 2016

Un monde de violence ?

On entend fréquemment dire que l'on vivrait dans un monde de violence, laissant même présumer que cette dernière serait en augmentation. Nombre de médias ont fait leur fond de commerce du récit détaillé de tout ce qui peut éveiller inquiétudes et angoisses. Sur ce plan-là il est probable que la violence est de plus en plus présente. Mais il ne faudrait pas confondre la représentation du réel et le réel...

L'info est souvent devenue spectacle, pour ne pas dire divertissement. Qu'obtiens-je quand je cède à la facilité hypnotique du journal télévisé ? Un conditionnement ! Je suis guidé, orienté, calibré. Quelques explications sommaires autour d'images ou mises en scène choisies, le tout enrobé d'un récit prêt à absorber, et me voilà formaté. C'est fréquemment anxiogène, pour bien faire flipper dans les chaumières ! Et ça marche : il se diffuse une peur sourde, indistincte, insidieuse, captivante. Comme si le danger était là, à rôder autour de chacun. Meurtres, rapts d'enfants, attentats, étrangers menaçants... tout est bon pour réveiller les angoisses profondes de la nature humaine.

Et l'irrationnel prend le pas : on en vient à redouter des risques n'ayant qu'une probabilité infime de nous atteindre [et à négliger ceux qui ont toutes les chances de nous arriver...]. La peur devient envahissante. Elle empêche de penser. Pourtant les sources d'informations n'ont jamais été aussi nombreuses et accessibles. On peut trouver sur le net une masse considérable d'infos détaillées, étayées, argumentées, pour peu qu'on ait le désir d'approcher la réalité dans toute sa complexité.

Savez vous de quoi on meurt le plus dans le monde ? Pour la moitié, soit 30 millions environ, il s'agit de maladies. Le tabagisme, à lui seul, tue 6 millions de personnes par an, les accidents de la route plus d'un million. Les actes de violence, en 29eme position, représentent... 1% des causes de décès. Les guerres 0,3 %, soit deux fois moins que les morts par noyade...

En France il y a environ 60.000 morts par an à cause du tabac, 30.000 dus à l'alcool, 10.000 suite à une chute, 5.000 par accident de la route. À comparer au nombre de morts par violence volontaire...

Certes, avec 155 morts par attentat en 2015, la France marque une hausse spectaculaire. Mais à l'échelle de l'Europe, la fin du siècle passé était beaucoup plus meurtière.

La comparaison de ces chiffres bruts mérite bien sûr une mise en perspective, notamment géographique, et un examen approfondi, mais ils donnent déjà des ordres de grandeur. Car non, contrairement au discours ambiant, le monde n'est pas en train de sombrer dans le chaos.

 

 

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