Alter et ego (Carnet)

22 août 2015

Choisir

Vous en souvenez-vous ? Avant de mettre ce blog sous haute protection face à un envahisseur belliqueux je venais de terminer une série de billets centrés sur l'amitié. Travail assez fastidieux dont je n'étais pas vraiment satisfait, d'ailleurs...

Ensuite j'avais prévu de faire silence, ne trouvant plus actuellement un registre d'expression qui me conviendrait pour cet espace de partage avec vous, ami(e)s lecteurs. Des envies de retrait comme celle-là me viennent généralement après que j'aie longuement labouré un thème me tenant à coeur mais sujet à controverse. À la longue les échanges sous un tel régime puisent dans mes ressources et entament mon assurance initiale. Un peu comme si je m'étais surexposé et avais besoin de me recentrer dans un isolement protecteur. La paisibilité d'un environnement naturel offert à domicile m'y aide grandement.

 

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Soir d'été au jardin

 

Sauf que cette fois ça ne s'est pas passé ainsi : au lieu de laisser s'installer le "silence" prévu, le comportement teigneux d'un pauvre hère visiblement dérangé m'aura conduit à écrire pas moins de trois billets supplémentaires ! Pfff... éprouvant. Cette parenthèses étant désormais refermée, mon questionnement reste intact : qu'écrire, maintenant ? Qu'ai-je envie d'écrire d'intéressant tout en restant dans les limites de l'intimité exprimable en public ? Vous savez que ces questions me parcourent régulièrement et que sans elles je ne serais pas moi. Elles se réactivent dès que j'ai conscience des éventuelles conséquences que mes cogitations pourraient avoir sur des personnes directement - ou pas -concernées par les sujets que j'aborde...

Le qualificatif « intéressant » est éminemment subjectif et laisse un large éventail de possibilités. Il faut déjà que ça m'intéresse, évidemment, et qu'ensuite je considère que cela peut intéresser quelqu'un, qui que ce soit, que je ne connais peut-être pas. Potentiellement tout peut être intéressant pour quelqu'un, et même le plus insignifiant. Il me suffit de trouver le sens de ce que je vais proposer... et c'est ce dernier qui fait parfois défaut ! Quand je commence à me demander à quoi ça sert d'écrire - ou d'écrire encore - sur tel ou tel sujet, je suis mal barré...

Il y a pourtant, parfois, comme une nécessité d'écrire. Mais je ne sais pas forcément en quoi c'est nécessaire et si, par hasard, ce ne pourrait pas être néfaste de répondre à cette soit-disant nécessité [comme ce qui s'est passé avec le trublion désaxé, par exemple...].

Mes billets faisant le point sur mon approche de l'amitié (m')étaient-ils nécessaires ? Sans doute, puisque je les ai écrits ! Ont-ils pu être néfastes en quoi que ce soit ? Je l'ignore... Ont-ils été intéressants ? Je n'en suis pas sûr. Car si j'ai exploré, une fois de plus, les éventuelles variations amoureuses et sexualisées de l'amitié, je ne l'ai fait que sur le plan des idées. Or les idées, tant qu'elles ne passent pas la barrière du concret, ça reste de la belle théorie ! Je ne sais pas ce que vous en avez pensé mais pour ma part j'ai trouvé mon énième approche plutôt indigeste et ennuyeuse. Rébarbative. J'avais l'impression tenace d'avoir déjà fait largement le tour de tout ça, autrefois, et me suis senti dans une redite, en quelque sorte. Pourquoi donc y suis-je revenu ? Qu'ai-je voulu clarifier ? En d'autres termes : quel était le sens de ce rabachage ? Peut-être simplement de faire le point et réactualiser la validité de mes pensées...

Je me me suis donc lancé dans un descriptif théorique alors que, concrètement, je n'avais aucune tentation de réitérer mes explorations passées. Ce n'était absolument pas d'actualité et c'est pourquoi j'ai ressenti une lassitude devant mes propres questionnements dépassionnés, allant jusqu'à me demander si je n'étais pas devenu "vieux" en constatant la disparition de mon appétit exploratoire d'antan. Plus aucun enthousiasme pour ces fameuses "rencontres" dont je vantais, encore récemment, les alléchantes possibilités [théoriques !]. La confusion des registres amicalo-sexo-amoureux m'est soudainement apparue comme trop complexe. J'ai même pensé, je l'avoue, que l'amitié "simple", strictement contenue dans ses limites classiques - no sex - avait finalement de nombreux avantages ! Oserais-je dire que j'ai carrément envisagé de m'orienter vers le célibat pur et dur, afin d'éviter la confusion des sentiments et les tourments qui peuvent en découler ? Et même l'asexualité, pour que les choses soient bien claires dès le départ avec chaque femme que je pourrais rencontrer ! Hum... en fait je crois que j'étais un peu dépité.

C'est un peu tout cela que j'ai voulu exprimer dans un paragraphe pas forcément compris dans le sens voulu : « Je crois désormais, après avoir expérimenté différentes combinaisons des trois composantes [amour, amitié, sexualité], que ce qui m'importe le plus est la confiance qui les relie. Et parce que cette dernière est indissociable d'une liberté réciproque, souvent peu compatible avec les exigences d'exclusivité amoureuse et sexuelle, je choisis de privilégier l'amitié. Plurielle, variable et polymorphe. »

Il était là, dans les caractères gras, l'aspect intéressant et nécessaire du texte. Car, en d'autres termes, je choisissais de renoncer à une part importante de la liberté relationnelle que j'ai chèrement conquise. Ce repli m'a surpris. Il allait à contre-courant du travail d'émancipation entrepris depuis quinze ans ! En fait j'en ai eu subitement marre de m'être vu trop souvent renvoyer l'image d'un "égoïste" profiteur qui penserait davantage à son plaisir personnel qu'à la difficulté des femmes qui, le côtoyant, doivent composer avec sa liberté revendiquée et le "flou" d'évolutions relationnelles incertaines. Je me suis dit que je n'avais plus envie de vivre les complications qui surviennent dès qu'on sort des cadres habituels. Je me suis rendu compte que je n'étais pas assez solide pour endurer sans conséquences dommageables le spectacle désolant des souffrances d'autrui face à mes errements. Il m'est douloureux de voir les effets induits par ma recherche personnelle d'équilibre. Je me vois trop sensible à la détresse que, malgré moi, je cause à autrui...

Profonde remise en question, donc, après les divers remous engendrés par l'épisode "Mme Rousse" [mais pas que...].

J'en étais là, navigant en pleine prise de conscience, quand l'imprévu s'est invité sous forme de tempête émotionnelle à venir. J'ai paré au plus pressé en préparant la crise mais j'ai aussi fait l'autruche en reportant à plus tard le moment des choix décisifs. Ce faisant j'ai été dans le déni, "oubliant" la confrontation au réel qui allait inévitablement se produire. Je n'en suis pas fier...

Et puis tout à coup, fatalement, le réel a été là, me mettant face à moi-même, à mes incohérences, à des vérités à géométrie variable, aux conséquences de mon indécision notoire. Violente tempête d'émotions et de contradictions, situation délicate et périlleuse, sentiments exacerbés. Je n'avais pas agi à temps et d'autres que moi en payaient le prix. Leur douleur, droit dans les yeux, m'a percuté. J'ai dû faire des choix et l'alternative était sans échappatoire. J'ai mesuré l'impérieuse nécessité d'être clair et de renoncer au faux confort de certain flous. J'ai dû faire face à une situation que j'aurais absolument voulu éviter. Mais Jung ne disait-il pas que « ce que l'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin » ?

Bizarrement je n'ai pas vacillé. Mon équilibre s'est appuyé sur mon honnêteté, et l'humilité est venue la soutenir. Je me suis montré faillible, sans me défausser. Il y a eu de l'écoute et de la reliance. Du soulagement et de la douceur. Un retour au calme et à la lumière...

Mais rien n'est acquis.

 

                                                                                      

Posté par Couleur Pierre à 17:16 - - Commentaires [39] - Permalien [#]
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16 août 2015

Juste pour le plaisir...

... de tourner la page :)

 

 

 

 

 

Hmmm... c'est beau une page immaculée !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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14 août 2015

Les bonnes questions

Chers lectrices, chers lecteurs,

J'ai "fait le mort" depuis quelques jours et vous dois donc quelques explications. J'aurais pu m'en dispenser et passer directement à tout autre chose, mais quand quelque chose me titille il faut que ça sorte d'abord.

Vous aurez compris, donc, qu'un commentateur acariâtre a tenté d'imposer sa présence sur ce blog [plus précisément sur le fil de commentaires d'un ancien billet], outrepassant le cadre de la libre expression que j'offre à chacun, connus ou inconnus. Ses débordements intempestifs de "victime" légitimant une expression de haine m'ont conduit à mettre en place le filtrage des commentaires. Ce faisant, mon intention n'était pas de le priver totalement d'expression mais de l'inviter à... se modérer de lui-même. C'est malheureusement l'effet inverse qui s'est produit et ce monsieur s'est allègrement lâché dans des commentaires fleuves hargneux et revendicatifs, qu'évidemment je n'ai pas publiés. Ce qu'il a alors considéré comme une "censure" lui a fortement déplu : il estimait avoir droit à la liberté de parole. Il l'avait, sauf que ses réponses restaient polémiques et discourtoises, donc bloquées pour ce motif...

Dans un souci d'apaisement [et pour tenter de me débarasser de cette sangsue] j'ai tenté de correspondre avec lui en privé. J'ai rapidement  renoncé devant la logique obsessionnelle et combative de l'individu. Revenant toujours à la charge il n'exigeait rien moins que l'arbitrage public des lecteurs pour nous départager [et puis quoi encore ?] ! Mais ce qui m'a fait renoncer au dialogue avec lui, définitivement cette fois-ci, c'est surtout le côté retors : tout élément d'explication que je lui donnais était utilisé et retourné comme un gant afin de servir un raisonnement paralogique. Selon lui chacune de mes explications était argument irrecevable, alors que les siens, d'arguments, lui paraissaient implacables. À partir de là, vu l'impossibilité de trouver un terrain d'entente, j'ai décidé qu'il n'aurait plus la parole ici. De la modération je suis passé, à son encontre, au bannissement pur et simple : dehors l'indélicat !

Quand il s'est retrouvé face à mon silence total, au lieu d'en rester là et d'aller trouver un autre terrain de jeu, ce monsieur s'est acharné [et à ce jour n'a pas cessé...]. Il s'est donc mis en tête de fouiller dans mon blog, non pas pour connaître un peu mieux celui qui l'appellait à modérer sa haine, mais pour tenter de me coincer en cherchant de supposées incohérences dans mes propos. Facile : il n'y a qu'à piocher des phrases dans des contextes différents, à des époques différentes, et de les mettre en face à face ! Je vous épargne les suppositions délirantes qu'il a échafaudées, directement nourries par un imaginaire fertile et quelque peu perturbé. Comme je faisais le mort l'olibrius a fait de la surenchère dans la provocation, me traîtant de lâche, de dictateur, de gourou et j'en passe...

Que voulez-vous répondre à ça ?

A ce stade c'était devenu plutôt rigolo, quoique je commençais à me dire que pour me harceler ainsi ce type n'était pas dans un état tout à fait "normal". J'allais en avoir la confirmation rapidement, quand il s'est invité sans vergogne sur un blog ami pour, tel un chevalier blanc garant de la vertu et de la vérité, « montrer le double visage de Pierre ». Il a alors publié là-bas une suite de textes à rallonge, plutôt confus, étalant devant un lectorat étranger des éléments très personnels de ma vie. Une intrusion totalement déplacée et gênante, heureusement rapidement et fermement contrée par la personne qui gère ledit blog.

Là j'ai compris que le gars était sérieusement dérangé ! Et visiblement incontrôlable. Je soupçonne fortement un trouble de la personnalité... que je ne me hasarderai pas à diagnostiquer. Quoi qu'il en soit je me suis senti dégagé de toute obligation à son encontre.

Conclusion :
En sous-estimant le pouvoir de nuisance que pouvait avoir un individu dont j'ignorais le trouble, j'ai manqué de discernement. J'ai utilisé des moyens adaptés à des personnes ayant un raisonnement sain et logique, qui se sont révélés être inopérants, voire amplificateurs des manifestations du trouble...

Or on ne discute pas avec une personne atteinte de troubles du comportement. On s'en préserve...
Et puisque le billet à l'origine de tout cela abordait le sens du silence, voilà une des raisons qui peut expliquer un silence qui tombe comme un couperet.

 

*  *  * 

 

Bon, cette petite mésaventure me rappelle les inconvénients de nos blogs ouverts à tous : n'importe qui peut y entrer. Gare aux éléments sensibles de soi qui, par inadvertance, inconscience ou malveillance, pourront être manipulés sans ménagement ! L'exposition de l'intime n'est pas sans risques, on le sait. Heureusement, avec quelques années de blog derrière moi [celui-ci vient de dépasser les dix ans], j'ai suffisamment d'assises pour tenir le choc.

Il n'empêche qu'il m'a perturbé, l'énergumène ! Pas directement avec ses gesticulations, ni avec ses propos plus délirants que censés, mais par effet de résonnance avec d'autres pans de ma vie en mouvement ces temps-ci. Car s'il n'a pas posé les bonnes questions, il en a involontairement soulevé d'intéressantes [parfois connues depuis longtemps, mais dont la réactualisation n'est jamais inutile].

Questions métabloguiennes :

  • Écrire ce que l'on pense être est-il gage de vérité ? [autrement dit : suis-je ce que je dis être ?]
  • Quelle part le lecteur prend-il dans la latitude interprétative qui s'insinue entre les mots de l'écrivant ? [quelle est ma part de responsabilité dans ce que le lecteur comprend ou interprète ?]
  • Peut-on se fier sans précautions à la validité actuelle d'écrits anciens ? [quelle est la durée de validité d'une perception du présent ?]
  • Qui, du lecteur (distancié) ou de l'écrivant (impliqué), est le plus à même de faire, si nécessaire, des comparaisons temporelles ?
  • L'expression de l'intériorité est-elle encore adaptée à ce qu'est devenu internet ? [ça c'est une grande question !]
  • Ne me laisserais-je pas envahir par des polémiques inutiles, alors que la vie est belle ailleurs ? [hum hum...]
  • Est-ce que, d'une façon générale, je ne consacre pas trop de mon temps au monde immatériel, au détriment du monde sensoriel ?

Questions plus existentielles :

  • Être d'une nature fluctuante, hésitante, souple, adaptable, conciliante, "entre-deux", n'est-il pas propre à déboussoler ceux qui ont besoin de repères fixes et immuables, clairs et tranchés ? 
  • Ne serais-je pas perçu comme une personnalité floue dès lors que je peux écrire avec des avis différents selon l'éclairage et l'angle de vue que j'adopte ? [ça expliquerait bien des malentendus...]
  • Ne me fourvoirais-je pas en considérant que le dialogue peut tout éclaircir, y compris dans des situations conflictuelles ? [là encore, graaaaande question !]

Question subsidiaire :

  • N'est-il pas indélicat de parler ainsi des conséquences du comportement d'un individu, aussi indélicat et désagréable soit-il ?

 

 

Posté par Couleur Pierre à 16:47 - - Commentaires [28] - Permalien [#]
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09 août 2015

Indélicatesse

Il suffit parfois d'un seul mot, rencontré au moment opportun, pour déclencher une prise de conscience.

Aujourd'hui c'est délicatesse...

Ce mot m'a délicatement percuté, à un moment où j'ai mis en place un moyen de protéger ce blog d'un envahisseur particulièrement indélicat. Je n'aime pas l'idée de restreindre la liberté d'expression, par principe, mais j'aime encore moins... l'indélicatesse. Cette façon de se comporter sans se soucier de l'autre me heurte, me fait violence, et peut déclencher chez moi, en retour, des attitudes que je n'aime pas avoir [quoique...]. Oui, car l'indélicatesse d'autrui peut me rendre indélicat ! Parce qu'elle m'agace, elle peut me rendre sarcastique [hyerk hyerk...]... ce qui peut être fâcheux.

Je cite Célestine : « La délicatesse, c'est rechercher un certain raffinement des choses, une élégance de l'être, c'est trouver les mots pour ne pas blesser, c'est une manière délicieuse et subtile de faire sentir aux autres combien ils sont importants ». Autrement dit, c'est avoir de la considération pour l'autre et le percevoir comme un être aussi sensible que soi [ce qui n'est pas forcément évident]. Cela n'empêchera pas que des maladresses, malentendus et incompréhensions se produisent, parce que les sensibilités sont éminemment variables et imprévisibles, mais pourra éviter que celles-ci prennent de l'ampleur. Entre personnes soucieuses de délicatesse, suffisamment humbles pour reconnaître leur pouvoir vulnérant et leur propre vulnérabilité, un dialogue sain devrait permettre de rapidement tout arranger. On sait que les malentendus naissent souvent de sensibilités exacerbées, qu'il suffit d'écouter et de prendre en compte pour les voir s'évaporer. Ce peut même être l'occasion de mieux se comprendre et mieux s'apprécier !

Hélas cette vision d'un dialogue apaisant est probablement un peu trop idéale et la réalité peut se révèler nettement plus décevante. C'est bien connu, et ceux qui ne veulent pas s'embêter avec ces histoires de sensibilité d'autrui le répètent à l'envi : « on n'est pas dans le monde des Bisounours ! ». Et vlan, prends ça dans les dents ! La délicatesse, la bienveillance, la douceur... ça peut vite paraître mièvre, voire carrément naïf. Du moins quand ça concerne les autres.

Chaque jour, dans mon métier, je suis confronté à la rudesse de quelques uns, prompts à défendre leurs intérêts, leurs "droits", leur liberté égoïste. Adeptes du "chacun pour soi" en ce qui les concerne, ils fustigent sans sourciller les attitudes de ceux qui "se donnent tous les droits". J'entends énoncer sans beaucoup de délicatesse des formules de rejet de la différence, des appels à la sanction, à une "tolérance zéro", à "arrêter d'être à l'écoute" [authentique !]. Bien qu'elle me heurte je tolère généralement cette libre expression, que je vois comme une soupape d'évacuation. Là encore j'essaie de passer par l'humour et la caricature pour tenter de faire comprendre la bêtise des propos. Il m'arrive cependant d'exploser - sans délicatesse - devant tant d'incohérences et de repli sur soi. Lorsque je constate que l'égoïsme l'emporte sur la bienveillance, je peux en venir à faire preuve de fermeté en rappelant le cadre de notre mission. Voire, en dernier recours, à user de mon autorité puisque j'ai la chance de pouvoir défendre légitimement un principe de bienveillance à l'égard des personnes accompagnées.

Il en va un peu de même sur ce blog, quand - rarement - certains propos manquent de délicatesse : j'en appelle alors à la bienveillance et au respect des sensibilités de chacun [et en particulier la mienne]. Mais si ce n'est pas entendu - et parce qu'ici je ne suis détenteur d'aucune autorité - je peux en arriver à faire usage de mon pouvoir autocratique de modération, de censure, voire d'exclusion. Ce n'est pas très délicat, j'en conviens, mais à mes yeux nécessaire pour conserver "l'esprit" de ce blog.

Et tant pis si ça vexe que je rappelle [sans assez de délicatesse ?] qu'il y a au moins une limite à la libre expression dans un espace privé ouvert : la capacité de l'accueillant à l'endurer.

 

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 Délicatesse

 

Posté par Couleur Pierre à 18:02 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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04 août 2015

Les envahisseurs

Ils arrivent discrètement, poliment, comme n'importe quel inconnu. Ils s'immiscent aimablement dans la conversation et présentent ce qui les préoccupe. On les accueille, on les écoute, on essaie de répondre à leurs questions, on leur fait part de notre expérience.

Les voilà satisfaits de trouver un auditoire attentif. Alors rapidement ils se sentent à l'aise. Et puis, tant qu'à faire, ils les prennent, leurs aises, et de plus en plus de place avec. Tant et si bien qu'irrésitiblement tout en vient à tourner autour d'eux. Ils alimentent sans cesse les échanges, abondamment. Omniprésents, ils ouvrent en grand les vannes de ce qui apparaît peu à peu comme une obsession. Face aux avis divergents ils balancent leur sauce jusqu'à indigestion, en la chargeant bien de CARACTÈRES GRAS, pour s'assurer qu'on les entende comme ils l'entendent. Car, c'est certain, ils ont raison !

Alors on commence à leur faire remarquer que c'est bon, on a compris, inutile de toujours revenir avec le même discours. Oh la, l'envahisseur se fâche : c'est qu'il est quand même libre de s'exprimer ! Son point de vue en vaut bien un autre et mérite donc d'être entendu ! Et encore plus s'il déplaît, car il ne se laisse pas avoir par la bien-pensance et le politiquement correct, lui !

On le prévient gentiment que ces vociférations commencent à être lassantes. Que le dialogue est devenu impossible. Certains convives commencent à refuser d'alimenter son discours, tandis que lui se saisit de chaque élément nouveau pour revenir à son idée fixe.

Il dérange ? L'envahisseur n'en a cure : maintenant qu'il est dans la place, il ne la quittera plus. Il bouffe l'espace, il marche sur les autres, les prend à partie. Il accapare tout. Ce n'est plus un espace commun, c'est son espace, son histoire, et il entend bien mener les pseudo-débats à sa guise. D'ailleurs il pose les questions et y répond lui-même, ça simplifie la discussion. Ergotant sur des détails, il somme les autres de lui répondre !

On n'est plus dans l'échange de fond : on est passé à une opposition de points de vue sur la forme et la légitimité de chacun. L'envahisseur ne comprend pas qu'il est entré dans un univers qui existait avant lui et qu'on ne le laissera pas venir perturber l'équilibre des lieux. On y prônaît plutôt la bienveillance, l'amour d'autrui, mais lui estime que la haine a tout autant droit de cité. Au nom d'un équilibre des forces, sans doute...

Et il la crache sa haine, il la vomit. Il ne se contrôle plus : « Qu'ils crèvent ! », éructe t-il. C'est très violent. Liberté de parole ? Mais jusqu'où ?

Alors l'hôte des lieux, qui essaie d'accueillir chacun quel que soit son point de vue et son mode d'expression, estime que ça va trop loin. Que cet individu qui gesticule tant, qui monopolise l'attention, qui indispose les autres, les juge et les caractérise, qui use et abuse de propos haineux, n'est plus le bienvenu. L'envahisseur est prié de s'adapter aux règles de la maison, faute de quoi il n'aura plus droit à la parole.

Privé de micro ! Réduit au silence !

 

Et c'est ainsi que ce blog, de temps en temps, passe sous le contrôle tout à fait arbitraire du maître de céans : modération des commentaires jusqu'à nouvel ordre.

 

 


GENERIQUE LES ENVAHISSEURS DAVID VINCENT THE... par kirivalse

 

Posté par Couleur Pierre à 18:42 - - Commentaires [28] - Permalien [#]
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01 août 2015

Limites floues

Quelle est la couleur dominante de ce blog ?

 

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Plutôt vert ?

Plutôt bleu ?

Entre les deux ?

 

Faute de terme adéquat, en français, on associe généralement deux couleurs pour nommer cette teinte : bleu-vert (ou vert-bleu, selon la dominante). En anglais elle a un nom : Teal, qui se traduit par Sarcelle, un oiseau d'eau proche du canard. D'ailleurs on dit aussi "bleu canard"... et "vert canard" !

 

sarcelle_d_hiver 

Sarcelle
[Photo : Le blog de Laurence]

 

Teal, dans les couleurs du web, c'est exactement la même quantité de vert que de bleu. Pile entre les deux. C'est wikipedia qui le dit...

Je n'ai pas choisi cette couleur par hasard : symboliquement elle représente "le mélange des deux", ou "l'entre-deux". J'avais envie de laisser une place à l'indéfinissable, et peut-être de mettre en évidence mes ambivalences, car c'est souvent dans ces zones d'hésitation que je me situe. Avez-vous remarqué qu'en bien des situations les concepts nets et tranchés ne laissent aucune chance aux nuances ou aux intermédiaires ? C'est l'un ou l'autre ! Un esprit cartésien réussit même l'exploit de déterminer sept couleurs fixes pour toute la palette de nuances d'un arc-en-ciel !

Or l'indéfinissable est riche de diversité, avec ses "presque", ses "un peu", ses "peut-être" et ses "pas tout à fait". Les dissemblances, surtout lorsqu'elles sont contigües, sont pour moi une inépuisable source de réflexion : qu'est-ce qui fait que ce serait plutôt de ce côté-ci ou de celui-là ? Je guette l'incertitude, qui favorise mon évolution. La recherche fine d'un juste équilibre demande rigueur et précision [si vous saviez le temps que je mets parfois à choisir mes mots...] et cela me plaît.

Mon père, dans ma jeunesse, me citait souvent Boileau : « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément ». Fort bien ! Mais... n'est-ce pas un peu court ? Car comment faire lorsque les mots clairs n'existent pas ? Comment nommer ce qui n'entre pas dans les cases que le langage crée ? Et pourquoi diable la langue française, parfois si riche en synonymes et nuances, a t-elle laissé des zones lacunaires ? Était-ce afin que les intermédiaires n'aient aucune place ? Ou bien, au contraire, n'y avait-il aucune raison d'en créer ?

Voila le genre de questions que je me pose quant il s'agit de distinguer, non pas ce qui serait anecdotiquement plutôt bleu ou vert mais... amour et amitié [oui, c'est LE sujet du moment...]. Radicalement différents, ces deux-là ? Pourtant ils étaient si proches, autrefois, que le vocabulaire qui leur est attaché est commun. Il n'y a qu'une seule façon de dire "je t'aime" - bien que l'amour-amoureux tende à se l'accaparer sans partage.

Comme à chaque fois que je me hasarde à évoquer le flou [dans mon esprit] de la limite qui séparerait l'amour de l'amitié, je constate que ça suscite de la discussion. Ainsi mon précédent billet à mis en évidence ce que je sais déjà : une nette scission est souvent préférée. On ne mélange pas amour et amitié ! Cela m'interpelle. Y aurait-il perception de quelque risque à voir ces registres affectifs se rapprocher trop ? Un risque que je mesurerais mal ? Ou bien est-ce moi qui ne serais pas très au clair quant à ma perception de l'amour, quand il n'est pas désir ardent et fusionnel de vie à deux ? Dans ce cas je ne serais pas le seul à être dans le flou puisqu'à l'évidence l'amour-amitié existe, et certainement beaucoup plus qu'on en parle. D'ailleurs, pour nommer ce mélange des deux - parce que nommer c'est faire exister - quelques-uns ont hasardé des mots-valises : amouritié, amiour, amimour, amoumitié, amireux, et même huamour [intéressante approche du regretté Psyblog]. Honnêtement, tout cela n'est pas vraiment convaincant... 

Rappelons quand même qu'amour, amitié et amant dérivent du latin amare et qu'il n'est peut-être pas indispensable d'inventer des mots qui se marchent dessus.

Mais au delà de la distinction amour-amitié - dont a priori rien n'empêcherait qu'elle soit un continuum - je me demande si ce n'est pas un troisième élément qui, fondamentalement, poserait problème : leur rapport à la sexualité. En particulier par le lien que celle-ci entretien encore, dans notre culture actuelle, avec une conception idéalisée de l'amour romantique [et ce, même si chacun se défend d'y croire...]. Car s'il est admis que l'amitié est "une forme d'amour", il semble aller de soi que cette forme-là serait totalement exempte de rapport au corps. Comme si l'amitié était assimilé à une relation familiale, avec tous les tabous des rapports incestueux qui s'y rattachent. Dissocier totalement amitié et sexualité n'est-ce pas aussi se prémunir contre toute tentation homosexuelle ? L'amitié serait donc, par essence, chaste.

Soit !

Sauf que l'évolution des rapports sexués, depuis plusieurs décennies, a permis qu'hommes et femmes puissent devenir amis. Puissent se fréquenter librement, dialoguer, avoir des activités communes. Il n'est plus besoin d'être en couple pour s'approcher, il n'est même plus nécessaire de se désirer. Par le jeu des affinités, des connivences et des confidences, une intimité particulière peut apparaître. Et si l'amour ne fait pas systématiquement irruption, une grande proximité peut néanmoins se développer. C'est là qu'une relation forte peut parfois - parfois seulement - glisser vers ce qui pourrait paraître inconcevable : que des "amis" se laissent aller à une approche physique, voire, carrément, en arrivent à partager une intimité sexuelle ! Sans être amoureux !

Je sais que cela peut surprendre, perturber, et même heurter. En tout cas poser question...

 

Bon, on pourrait se dire que, après tout, chacun fait comme il l'entend et que cela ne nous regarde pas... 
Oui mais quand même, ça intrigue. En tous cas ça m'intrigue.

D'où vient cette idée qu'amitié et sexualité seraient incompatibles ? De l'expérience ? Hum... je doute que chacun de ceux qui en parlent s'y soient essayé. D'ailleurs ce ne sont pas des témoignages d'échec qui viennent alimenter la réflexion, mais plus souvent des rappels de principes et de limites nettes. En face, par contre, il y a les témoignages de personnes qui s'en sont affranchies et semblent y trouver satisfaction, n'ayant apparemment rien perdu de la qualité d'amitié préexistante. Bonne nouvelle : la limite ne serait donc pas intangible ! Du moins pas pour tout le monde...

Il revient donc à chacun de placer ses limites là où il les souhaite ou les sent nécessaires, en les adaptant au contexte, à la relation, à la maturité de chacun. On peut même changer d'avis, explorer, faire des essais, puis revenir en arrière. Ouvrir puis fermer. Tâtonner. Car tout cela est mouvant, évolutif, et il ne saurait y avoir de règles universelles. 

Oui, c'est ça : il n'y a pas de règle unique !

Il y a quelques années, parce que je ne l'avais pas fait plus jeune, j'ai eu besoin de de sentir ce qui m'était important et j'ai exploré un peu plus loin que la frontière. Juste pour trouver mes propres repères, ceux qui correspondaient à ce que je suis, ceux que j'allais me choisir. J'avais aussi besoin de savoir jusqu'à quel point je me sentais libre, en termes de rencontre. Certaines directions ne m'ont convenu que le temps de l'exploration, sans désir d'aller plus loin ni de réitérer. D'autres m'ont ouvert des portes. Je sais désormais que des possibilités d'amitié sexualisée existent et qu'elle ne mènent pas nécessairement à des impasses. Je sais aussi qu'elles restent des cas particuliers. Des exceptions, qui ne sont pas sans risques : le rapport à l'intimité des corps n'est pas anodin. Et puis ce n'est pas parce qu'une chose est possible qu'elle est à suivre... 

 

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Lit d'amis ?
(Image : Pinterest)

 

Je crois désormais, après avoir expérimenté différentes combinaisons des trois composantes, que ce qui m'importe le plus est la confiance qui les relie. Et parce que cette dernière est indissociable d'une liberté réciproque, souvent peu compatible avec les exigences d'exclusivité amoureuse et sexuelle, je choisis de privilégier l'amitié. Plurielle, variable et polymorphe.

 

Cet article, longuement élaboré depuis le 24 juillet, clôt la série commencée le 26 juin dernier avec "De marbre".

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22 juillet 2015

On le sait quand c'est là...

Je voulais écrire sur l'amitié mais ça ne vient pas. Rien à dire sur l'amitié ? Ou peut-être trop : c'est tellement vaste !

Ai-je seulement connu l'amitié ? Oh oui ! enfin... peut-être... je ne sais pas. Était-ce de l'amitié ? Mais d'abord c'est quoi, l'amitié ? Comment oser se risquer à en tenter une définition ? Le poète Philippe Soupault écrivit : « L’amitié est un sentiment si subtil qu’elle échappe, dès qu’on veut la définir, la juger, l’expliquer, à toute définition, à tout jugement, toute explicitation. » (in L’amitié, Hachette, 1965)

Le grand Montaigne lui-même, dont la phrase à propos de son amitié avec La Boétie devint référence, écrivit d'abord : « Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer ». Ce n'est que plus tard qu'il ajouta « ... qu'en répondant : parce que c'était lui » et plus tard encore qu'il compléta « parce que c'était moi ». En fait cette phrase à rajouts successifs n'exprime rien d'autre que l'inexprimable, et c'est peut-être pour cela qu'elle parle à tant de gens...

Ainsi l'amitié serait indéfinissable.

À ma question une amie me répondit un jour : « tu me demandes de définir le mot amitié mais je ne pourrais pas le faire précisément... parce qu'il me semble que chaque amitié est différente. J'aurais envie de dire qu'on ne sait pas exactement ce que c'est, comment ça s'installe ni pourquoi, mais on le sait quand c'est là. Il y a certainement une notion de confiance, à divers degrés, d'affinités semblables, de plaisir à se retrouver... mais bon, plus j'essaie de préciser, plus ça me semble évident. C'est le plus subtil qui n'est pas évident à définir... impossible même. »

J'aime bien le « on le sait quand c'est là ». Tout est dit...

 

 

Amitiés enfantines, d'adolescence, de jeunesse...

Amitiés professionnelles, sportives, associatives...

Amitiés entre femmes, entre hommes, intergenres...

Amitiés de confidences, de sorties, de rires...

Amitiés culturelles, politiques, militantes...

Amitiés en couple, amoureuses, sexuelles...

Amitiés éternelles, temporaires, éphémères...

Amitiés fusionnelles, libres, indépendantes...

Amitiés attractives, conflictuelles, manipulatrices...

Amitiés de proximité, distantes, sans se voir...

Amitiés fidèles, intermittentes, oublieuses...

Amitiés bavardes, discrètes, silencieuses...

Amitiés vivantes, fuyantes, défuntes...

Amitiés lumineuses, ternes, diaphanes...

Amitiés exclusives, plurielles, multiples...

Amitiés futiles, nécessaires, profondes...

Amitiés ardentes, calmes, éteintes...

Tant de diversité en amitié...

 

 

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16 juillet 2015

Amitié(s)

L'amitié est un sujet qui ouvre à bien des réflexions et les Journées de l'Autobiographie, dont c'était le thème cette année, n'y ont pas échappé. Pour moi le calendrier était parfait puisque depuis quelques temps, après une période d'ascèse, j'ai vu se raviver mes pensées autour du relationnel proche. En particulier lorsqu'il s'ancre fortement dans la confiance réciproque. 

Aussi, dans un premier temps, c'est un compte-rendu plutôt personnel que je vais faire de ces journées. Un second, plus généraliste, suivra peut-être [si j'en ai le courage...].

* * *

Déjà, l'intervention que j'avais préparée les jours précédents m'avait mis en conditions. La rencontre des participants et l'attention portée aux différents temps forts accentuèrent donc l'effet d'immersion. En se combinant avec les discussions informelles, c'est tout un mouvement d'idées en suspens qui s'est réactivé.

Temps fort : une table ronde sur "L'amitié d'hier et d'aujourd'hui". Il y fut surtout question de l'amitié d'hier, entre 16eme et 18eme siècle. Avec une très intéressante déconstruction, par l'historien invité, du fameux « Parce que c'était lui, parce que c'était moi », écrit par Montaigne à propos de La Boétie. On y apprit que cette amitié-référence était une construction tardive, plus d'un siècle après avoir été énoncée [j'y reviendrai dans le second billet].

Les autres interventions ne me passionnèrent pas et il fallut malheureusement attendre les questions de l'auditoire pour évoquer l'amitié contemporaine. Notamment celle qui peut exister entre hommes et femmes, au mieux sujette à interrogations, au pire vouée à l'anathème. Quant à l'amitié amoureuse, elle ne sera qu'à peine effleurée, faute de temps. Dommage !

Frustré par ce trop bref survol je fis en sorte d'en parler quand même un peu avec l'historien qui, incidemment, avait déclaré s'être sérieusement penché sur le sujet. Selon lui le champ de l'amitié amoureuse reste encore inexploré par les sociologues et c'est sur les blogs qu'il en a perçu la montée en puissance. Et oui, sur les blogs ! Le phénomène serait donc encore largement "invisible" quoique en pleine évolution, laquelle serait favorisée par la culture de la mixité. Il reste toutefois à préciser le terme, alors qu'il est un composé de deux notions déjà fort délicates à circonscrire...

La "carte blanche" sur les amitiés en ligne(s) que je m'étais proposé d'animer fût pour moi un temps fort... parce que j'ai beau connaître mon sujet, ça ne m'est jamais très facile de prendre la parole et m'exposer devant un auditoire. Après une brève présentation de mon parcours de diariste en ligne, puis de blogueur, épistolier en dilettante, je lus à voix haute et commentai quelques extraits de correspondances puisées dans mes archives. Je les avais voulus représentatifs des différents types "d'amitié" que j'ai pu voir se développer depuis que je laisse traîner mes cogitations sur le net. L'échange qui suivit me porta un peu plus loin que prévu puisque des questions précises me conduisirent, par souci de sincérité, à ne pas occulter les éventuels prolongements sentimentaux qui peuvent parfois [rarement] apparaître au fil des correspondances. Ce n'était pas l'objet de mon intervention mais il était évidemment difficile de faire abstraction de cette réalité, pourtant marginale.

Tandis que j'évoquais ce glissement qui, de l'amitié, pouvait imperceptiblement conduire vers le domaine connexe, une des participantes voulut rappeler l'importance des barrières morales. Elle me permit ainsi de donner mon point de vue sur ces dernières et sur les choix de vie qui, parfois, pouvaient ébranler sérieusement les convictions les plus solides. Je me souviens lui avoir répondu qu'entre suivre une morale directement héritée de l'héritage socio-parental et suivre celle qui consiste à s'ouvrir aux chances qu'offre la vie, chacun pouvait être confronté à des choix complexes et engageants. Mais nous étions déjà loin de l'amitié...

Beaucoup de questions tournèrent autour du paradoxe de l'intimité dévoilée à des inconnus, ainsi que sur les risques de se laisser trop absorber par un excès de réflexion-introspection. On me parla même d'enfermement et de fuite, alors que je mettais plutôt en avant l'ouverture que les correspondances pouvaient offrir. J'ai beau être rôdé à ce genre de réactions, ça me perturbe toujours un peu. Parce qu'effectivement le temps passé dans ces échanges est non négligeable. Mais, là encore, c'est une question de choix individuels et d'équilibre personnel...

Je ne sais pas si j'ai convaincu - ce n'était pas l'objet - mais je crois qu'au moins j'ai fait réfléchir et peut-être montré la porosité de quelques limites. Globalement ma prestation s'est bien déroulée et les échos de plusieurs participants furent positifs. Cela m'a rassuré...

En soirée, une pièce de Nathalie Sarraute filmée par Jacques Doillon, "Pour un oui ou pour un non" mettait en scène l'éclatement d'une amitié ancienne pour une simple intonation de voix. Un presque rien dont le décorticage laissait remonter à la surface une accumulation de non-dits apparemment infimes. Intéressante réflexion sur la fragilité de ce à quoi tient l'amitié. Qui n'en a pas connu de ces disputes qui naissent de broutilles mais qui touchent à quelque chose de très profond dans la confiance accordée à l'autre ?

 

Le lendemain j'ai participé à un atelier d'écriture, non sans quelque appréhension : la thématique "Place de l'amitié dans nos vies" risquait de m'emmener vers des terrains à haute sensibilité... Je voulais éviter d'évoquer ce qui, spontanément, s'imposait à mon esprit. Finalement j'ai opté pour une sorte de rétrospective depuis l'enfance, avec la confiance comme ligne directrice, me permettant de n'évoquer que des éléments bien apprivoisés émotionnellement. Le temps imparti ne pas permis d'arriver à l'épisode le plus critique, ce qui m'a bien arrangé. Par contre, la lecture de mon texte m'a réservé quelques surprises : par deux fois j'ai dû faire face à une forte montée d'émotions, m'obligeant à m'accorder quelques instants de ressaissement.

Le seul autre homme participant à l'atelier fût lui aussi confronté à une brusque montée d'émotions, ce qui nous valut des remerciements d'une femme pour qui cette expression spontanée était inconnue dans son entourage masculin.

 

L'après midi une lecture de textes autobiographiques consacrés à l'amitié devait nous apprendre que cette notion indéfinissable était finalement rarement décrite en détail. On en trouve des traces un peu partout, mais disséminées. Par contre certaines rupture d'amitié apparaissent clairement. Ce sont finalement les correspondances qui semblent être « la forme la plus significative d'expression en mots de l'amitié ». La qualité et la profondeur des échanges permettant alors d'en évaluer la densité.

La dernière intervention fut celle d'un très jeune web-documentariste au parcours étonnant. Fortement intéressé par la parole adolescente il a déjà à son actif plusieurs réalisations. J'ai été bouleversé en entendant les mots pleins de fraîcheur, d'humour et de candeur d'enfants et d'ados. Une parole très éloignée de la représentation que peuvent nous en donner les médias. On peut voir ses travaux sur les sites suivants : Photos de classe, Stains-beau-pays, L'amour à la plage. Le dernier, Mots d'ados, est en cours de réalisation.

 

 

 

 

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11 juillet 2015

AutoBLOGraphie

Le blogueur egographomane se rendit subitement compte qu'avec toutes les histoires qu'il racontait sur ses rencontres "sans limites" et la profusion de ses correspondantes, il pouvait passer pour un fieffé coureur de jupons, collectionneur notoire de conquêtes aussi nombreuses qu'éphémères. À cette pensée il se sentit mortifié.

Mais pourquoi, aussi, entretenait-il ce flou autour de ce que recelaient ces "rencontres" dont il faisait tant de cas ? L'ambiguïté ne pouvait que laisser une grande latitude interprétative au lecteur... Certes, en laissant ainsi chacun se faire son idée il pouvait observer - sans que ce soit calculé - comment un sens était donné à partir du peu d'éléments dévoilés, mais n'était-ce pas à ses dépens, finalement ? Plusieurs fois il lui était arrivé que ses phrases, déformées, lui reviennent comme un boomerang en pleine face sans qu'il n'ait rien vu venir. Mais ne l'avait-il pas bien cherché ?

Pourquoi ne disait-il pas "la vraie vérité" ?

La vérité c'est que s'il s'abstenait de donner davantage de croustillants et émoustillants détails... c'est généralement qu'il n'y en avait pas ! En vantant ses nombreuses correspondances d'autrefois, qu'il saupoudrait malicieusement de mots tels que "désir", "rapprochement", ou "sexualité", il donnait quelques ingrédients de la recette... mais ne disait pas qu'il en mangeait. Il suggérait seulement, laissant l'imaginaire de chacun faire le reste. Oui, il avait pu être question de thèmes souvent vus comme sulfureux, mais pas forcément comme on peut l'imaginer. On peut parler de désir et de frustration sans la moindre pensée libidineuse. Précisément parce qu'on est pas dans ce registre avec l'autre...

Mais pourquoi ne disait-il pas cela clairement, le bougre ?

En évoquant la grande qualité des correspondances, ce qu'il voulait vanter c'était la chance qu'il avait eue de pouvoir échanger tant de confidences. D'avoir pu être "l'oreille attentive" de personnes qui avaient trouvé, grâce à ses mots offerts en partage, le chemin des leurs. Et inversement. Ces intimités partagées l'avaient été, cela va de soi, de façon tout à fait respectueuse. Et pour la plupart sans aucune allusion à une séduction réciproque, ni même unilatérale. Bien sûr ces glissements ont opéré, parfois, et ont été accueillis avec délice ou délicatesse, mais la plupart du temps sans dépasser le stade de frémissements sans suite concrète. Les rencontres en sensibilité qui ont abouti à une rencontre physique sont restées rares et bien peu ont ouvert la voie tactile...

Mais, peut-être parce que pendant très longtemps il n'avait pas eu accès à cette diversité du féminin, l'impénitent diariste s'amusait à laisser croire qu'il y goûtait désormais avec délectation. Flatté et amusé que d'aucuns puissent fantasmer l'existence d'un "harem", il laissait le doute planer.

Or ce qu'il cherchait avant tout c'était le plaisir des confidences murmurées, la jouissance de la confiance partagée, l'orgasme des vibrations émotionnelles communes. Ah, oui, ça c'était bon ! Les amitiés que l'on sent naître, la confiance que l'on sent croitre, et même les sentiments qui se mettent parfois à palpiter. Il savait écouter, lui avaient dit quelques unes. Il leur apportait sa pensée masculine, avaient dit d'autres qui n'avaient pas souvent pu entendre celles de leur compagnon. Et à chaque fois il se sentait heureux, et fier, d'avoir ce privilège de partager un peu ou beaucoup d'intimité du coeur et de l'âme. Et si parfois il eut la chance de partager l'intimité des corps, ce n'est pas de la fierté qu'il a ressenti, mais de la reconnaissance.

Et ça c'est la vérité.

La vérité ? il est arrivé qu'on lui reproche de ne pas la dire. De ne pas être exactement conforme à ce qu'il écrit de lui. Pas aussi libre qu'il le laisserait entendre, pas aussi sûr, pas aussi stable, pas aussi fiable. Indigne de confiance ? Mais c'est simplement parce qu'il n'a pas encore atteint l'objectif vers lequel il marche. L'homme est en chemin. La vérité c'est qu'entre le paysage vers lequel il avance et celui qu'il traverse la vision est différente. Entre ce qu'il croit être - ou voudrait être - et ce qu'il est réellement au présent, il peut y avoir un décalage. Il lui arrive ainsi de s'exprimer d'avantage en "j'ai envie d'être" ou, "je voudrais être perçu comme étant", qu'en un "je suis" parfaitement objectif.

Mais qui ne se leurre pas ainsi ?

Sauf que lui il l'écrit, en imaginant que c'est déjà la réalité. Et c'est ainsi qu'il avance, l'autoblographe...

 

« Une autobiographie ce n'est pas un texte dans lequel quelqu'un dit la vérité sur soi, mais un texte dans lequel quelqu'un de réel dit qu'il la dit » (Ph. Lejeune).

 

 

PS : ce texte, écrit juste après avoir publié le précédent, n'est plus d'actualité dans mon esprit. Mais puisqu'il existe...

 

 

 

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05 juillet 2015

Amitiés en ligne(s)

En fin de semaine prochaine je participerai aux Journées de l'autobiographie, organisées par l'APA. Le thème en sera l'amitié. Pas mal, non ? L'ami Valclair, membre actif de cette association, m'a proposé une "carte blanche" sur l'amitié en ligne(s). J'ai relevé le défi [inconscient que je suis...] et prévois de témoigner à partir de mon expérience, peut-être en lisant à voix haute quelques extraits choisis de correspondance. J'évoquerai aussi de ce qui se passe ici-même, parce qu'en bien des points [mais pas tous] cela peut s'assimiler à de l'amitié...

Mais, voyez-vous, j'ai soudainement réalisé que si j'ai longuement réfléchi et disserté sur "l'amour" [au sens où on l'entend couramment], je n'ai pas vraiment réfléchi sur ce que l'amitié représentait à mes yeux. Le concept d'amitié m'a surtout servi de pôle de différenciation d'avec le fameux "amour", conglomérat polymorphe chargé d'attentes et de représentations variées dont j'ai eu besoin de nettement différencier les composantes. Dans le continuum qui relie amour et amitié je n'ai vraiment décortiqué qu'une seule des polarités.

Alors afin de m'imprégner de mon sujet [oui, je fais ça sérieusement !] j'ai relu des extraits de trois correspondances anciennes, "coups de coeur" dont je gardais un souvenir fort [oui, je conserve tout, sachez-le...]. J'en avais un peu oublié le contenu et j'ai eu grand plaisir à redécouvrir la profondeur et l'incroyable richesse de ce qui a pu s'échanger avec ces femmes qui, depuis, ont disparu de ma sphère relationnelle. Mais j'ai aussi éclaté de rire en relisant la fantaisie débridée de certains courriels ! Dans ces échanges m'apparaît tout ce qui à mes yeux caractérise l'amitié : confiance, confidences, connivence, dévoilement intime, humour; mais aussi expression du plaisir ressenti à échanger ou à se "retrouver" après un silence prolongé. Et surtout, surtout : ni sentences, ni exigences, ni dépendance ! Liberté et respect !
Ces trois correspondances ont duré quelques années, avec parfois des périodes de haute fréquence. L'une d'entre elles a cessé brutalement, sans préavis. Les deux autres se sont éteintes tout en douceur [rien n'empêche de les raviver...]. L'extinction, c'est le destin de la plupart des correspondances; y compris celles qui furent particulièrement fortes et soutenues. J'en cite trois, qui furent représentatives, mais il y en eut des dizaines d'autres, d'une grande diversité et presque toujours portées par des vibrations sensibles. Bien peu se révélèrent décevantes.

Je dois reconnaître que j'ai aussi eu plusieurs fois la chance de correspondre avec des femmes exceptionnelles, alliant capacité d'introspection, d'analyse et d'expression. C'est peu de dire que les échanges furent passionnants ! J'en garde d'ailleurs une certaine nostalgie, évoquée ici et [oups, deux billets qui ont le même titre !]. Agréable nostalgie, cela va de soi...

En seize ans, combien en ai-je noué de ces amitiés en ligne(s), de ces intimités épistolaires dont seulement quelques unes ont été ponctuées de rencontre en face à face ? Je l'ignore et peu importe : ces amitiés comptent mais ne se comptabilisent pas [on est pas sur Facebook, hein].

Ce que j'ai envie de présenter c'est que, quelle qu'en soit la durée, certaines amitiés en ligne(s) peuvent être d'une qualité incomparable. En bien des points elles peuvent surpasser ce qui peut se vivre avec des amitiés plus classiques. Il me faut préciser ici qu'avec mes amis "historiques", ceux qui me connaissent depuis notre jeunesse commune et qui seraient physiquement et matériellement là en cas de vrai coup dur, je n'ai jamais trouvé la qualité relationnelle à laquelle j'aspire. Avec eux c'est... différent. Moins... intime. Ce n'est que depuis ma découverte d'internet que j'ai trouvé de réelles complicités dans l'exploration des coeurs, des désirs, des âmes, mais aussi des blessures. Presque exclusivement avec des femmes...

Amitiés confidentielles, dénuées de toute séduction ou bien, au contraire, subtilement, voire franchement teintées de séduction [parce que c'est bon quand c'est là]. Amitiés d'affection et d'émotions partagées. Parfois sentimentales, désirantes, amoureuses [voire un peu tout ça à la fois, sans chercher à discerner...]. Avec ou sans rapprochement physique, s'affranchissant en cela des limites habituellement dévolues à l'amitié. Mais aussi quelques amitiés viriles, moins volubiles, davantage dans une forme de fraternité. Il y eut enfin quelques ébauches devenues rapidement orageuses, lorsqu'il apparaissait que je ne correspondait pas aux représentations que l'on avait de moi...

Dans ces correspondances il a souvent été question de relation aux autres, de rapports hommes-femmes, de couple, de désir et de sexualité, mais aussi de liberté, d'émancipation, de rêves et d'idéaux. Il a aussi été question, parfois, de ce qui se vivait au sein même de la correspondance [où l'imaginaire peut porter loin...], car ce ne fut pas toujours simple...
Autant de sujets d'échange permettant de mieux se définir, de mieux se comprendre en mettant à jour les ressorts qui nous animent.

Bon, en parlant de ces amitiés particulières je n'ai pas dit grand chose de l'amitié en général.

Pour vous, ça serait quoi l'amitié ?