Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

07 février 2010

Bilan d'un marathon

Je viens de relire ce que j'ai écrit hier. Je fais deux constats : d'abord que j'y trouve des idées intéressantes [si vous me permettez cet immodeste autosatisfecit], ensuite que j'y vois aussi répétitions, lourdeurs, et beaucoup d'aspects factuels qui, a priori, ne me semble pas présenter d'intérêt majeur.

J'en déduis que l'écriture automatique, c'est à dire celle qui ne prend pas le temps de se penser, de se filtrer, de se censurer, porte des potentialités. Mais elle gagne à être retravaillée ensuite.

Cette façon de faire diffère de mes habitudes, acquises au cours de mes années de pratique de l'écriture en ligne. En effet je pense systématiquement au regard du lecteur lorsque je rédige, ce qui ralentit considérablement la fluidité du débit scriptural lorsque j'aborde des sujets qui me semblent "délicats". Je me prive donc [et vous de même...] de bien des jaillissements spontanés, de loin les plus prometteurs de nouveauté, d'originalité, d'inattendu. Or s'il y a bien des idées qui gagnent à être bousculées, ce sont celles qui sont en marge, qui dérangent un peu.

En fait je n'ose pas trop déranger... Ni moi, ni vous [selon l'idée que je me fais de "vous"]. Je n'ose pas non plus susciter la polémique, le malaise, la gêne...

Disons plutôt que j'assume mal les conséquences et remous... mais qu'au fond de moi j'aime bien déranger, voire faire un peu de provocation, dans le sens de pro vocare : encourager l'expression, susciter le débat. Je suis un provocateur inhibé. Un provocateur respectueux des sensibilités. C'est assez contradictoire...

En conclusion, je crois que je gagnerais à changer ma méthode de publication : d'abord écrire en suivant l'inspiration, sans penser à une publication in extenso. Garder pour moi cette version "brute". Ensuite modifier pour obtenir quelque chose de "présentable" et, surtout, assumé. Autrement dit : distinguer l'expression de la publication. Ce qui diffère du "pacte d'authenticité" auquel je souhaitais m'astreindre... mais qui à l'usage se révèle, évidemment, inatteignable.

Euh... vous pourriez me dire pourquoi j'ai mis autant de temps à prendre conscience de ça ?

Posté par Coeur de Pierre à 09:22 - Pourquoi écrire en ligne ? - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

06 février 2010

Le temps de l'écrire

Petit exercice d'expression en temps réel: exceptionnellement mes interventions seront inscrites sur le même billet afin de respecter l'ordre chronologique (cliquer sur les heures ci-dessous pour y accéder directement)

  • 7h30
  • 10h07

  • 12h09

  • 18h36

  • 22h57


  • 7h30 - Je me réveille au sortir d'un rêve dont je ne cherche pas à préciser le contenu. J'allume le radio-réveil à côté de moi. J'entends les nouvelles du jour, me demandant s'il m'est utile de m'informer de l'état du monde.

    7h35 - Il est question d'Israël et de sa politique de protection de la faune et flore, des fleurs sauvages qu'il est interdit de cueillir, des plantations d'oliviers, des pistachiers gigantesques du Néguev. Leïla Chahid, ancien porte-parole de l'état Palestinien, nuance ce portait idyllique : Israël c'est aussi l'abattage des oliviers millénaires côté Palestinien, pour des raisons sécuritaires ou d'extension des territoires.

    Je me lève. Mes pensées entrent en action. Une première rafale d'idées me traverse, en rapport avec un travail d'introspection en cours. Envie de développer l'idée qu'en ayant été porté aux limites de la déraison j'ai besoin de rationaliser.

    Deuxième salve d'idées, réitération de ce qui m'est venu au moment de m'endormir hier soir : l'instant est exclusif, la durée est additive plurielle. L'instant est un point sur la ligne du temps, une photographie. On ne peut faire deux choses à la fois dans l'instant, ni penser deux choses contraires. J'inspire OU je respire. Je pense ceci OU cela. Je suis avec telle(s) personne(s) OU telle(s) autre(s). Je suis ici OU là.
    La durée est le temps des alternances et des contraires. J'inspire ET j'expire : je respire. Je pense ceci ET cela, qui peut-être son exact opposé. Je suis avec telle personne ET telle autre à un autre moment. J'aime l'une ET l'autre...

    L'instant est le temps des certitudes, des affirmations en vrai/faux. La durée est le temps du doute, de la recherche d'une vérité en mouvement.

    L'instant et le mouvement sont des alliés contraires.

    8h28 - J'écris à cet instant cette phrase, après avoir passé une dizaine de minutes à écrire ce qui précède. Entretemps je m'étais levé, avais vaqué à quelques occupation primo-matinales tout en constatant que le temps était gris et que la pluie lointaine commençait à estomper les sommets. Il allait pleuvoir bientôt. Maintenant il pleut et il vente.

    8h30 - Je me suis mis à écrire ce billet chronométré après en avoir eu subitement l'idée alors que je réfléchissais à la dualité instant/temps. Constatant l'incroyable mobilité des pensées, je me disais que l'écriture avait un laps de conscience plus "large". De l'ordre de la dizaine de secondes. Écrire un mot me demande plus de temps que le penser. Ainsi, tout est ralenti dans la pensée écrite. Écrire une phrase me demande plusieurs secondes, développer une idée plusieurs dizaines, voire des minutes. Ainsi la pensée est ralentie. Un peu comme le mouvement du laboureur diffère de celui du promeneur. La lenteur donne une autre idée des choses. Le cycliste ne vit pas le même trajet que l'automobiliste.

    8h36 - Je me pose quelques instants (c'est à dire une durée, qui n'est pas "l'instant").

    8h37 - Il y a une heure que je suis réveillé. Qu'ai-je fait durant ce temps ? Écouté, ressenti, pensé, vaqué à quelques menues activités fonctionnelles plus ou moins vitales. Le plus insaisissable c'est la pensée : impossible de retranscrire tout ce qui m'est passé par la tête depuis mon lever. En ce moment (ces jours-ci) je suis en recherche et c'est une pensée complexe, extrêmement fragmentée, qui se cherche et essaie de s'assembler. Ça "travaille" dans ma tête. Un peu comme si j'avais devant moi des pièces d'un immense puzzle, épars, et que je devais chercher les morceaux qui créeront une image que j'ignore. Puzzle sans modèle.

    8h41 - Je note l'heure mais j'ai enchainé directement avec ce qui précède. C'est seulement une façon de prendre conscience du temps qui passe et de ce qui se déroule entre les intervalles. Si j'écris en continu je peux saisir quasiment l'intégralité de ce que je vis. Je ne peux pas écrire et penser à autre chose en même temps. L'écriture mobilise entièrement la pensée. C'est une façon de jouir de chaque instant... en ralentissant le temps. Mais que vivrais-je si je ralentissais ainsi le temps et en réduisant mon espace à un clavier ?
    Mes analogies valent ce qu'elles valent, mais cela me fait penser à tout ce temps que je passe à écrire, dans ma vie. Chaque fois que je me mets devant mon clavier je ralentis le temps mais je me coupe de l'instant et de la vie en mouvement. Il m'arrive de passer des heures à écrire un texte. À faire en sorte que mes idées s'assemblent de façon cohérente et logique, qu'elles soient intelligibles par ceux qui viendront les lire. Des heures à modifier, préciser, peaufiner...

    (8h46) Est-ce que je vis pendant ce temps ? Pas vraiment... mais en même temps (puisque le temps n'est pas exclusif), je trouve un sens à ce qui n'en a pas. Écrire, prendre le temps de penser, c'est aussi trouver un sens à ce qui en manque. On ne pense pas ce qui est certain, on le ressent. Écrire ses idées ne serait-il pas un aveu de doute, même quand c'est pour affirmer des certitudes ? On n'écrit pas, on ne pense pas, ce dont on ne doute pas : la respiration, la vie habituelle et routinière, ce qu'on fait machinalement. J'en prends conscience à l'instant en ayant ralenti ma pensée écrite en direct.

    8h50 - Je regarde par la fenêtre mouillée de pluie. Je vois un grand ciel uniformément gris, le sommet des arbres. Celui qui est devant la maison, ceux qui sont plus loin et qui, chaque année, en s'élevant, décalent l'heure d'apparition du soleil. Je ne les ai pas plantés assez loin...

    8h52 - Je fais une pause. J'ai envie de bouger. J'ai envie de "vivre". Je ne vais quand même pas passer mon temps devant cet écran à raconter le temps ralenti...

    8h59 - J'ai relu ce que je venais d'écrire. Rayé et remplacé un seul mot, à peine modifié certaines tournures, corrigé les fautes d'orthographe que j'ai vues. Tandis que je lisais je sentais ma pensée plus libre que lorsque j'écrivais. Des protubérances apparaissent, comme autant d'amorces pour suivre des pistes. Mais je me suis astreint à rester sur ce texte, que je vais mettre en ligne tout de suite. C'est une expérience d'écriture. C'est aussi une façon de retrouver contact avec... "vous", ce lectorat avec qui j'ai eu besoin de prendre des distances ces derniers jours. J'étais en voyage intérieur. J'avais besoin d'être seul. Pour penser. Pour me retrouver.
    .
    .

    [pause de vie]

    .
    .
    .

    IMGP8168

    .
    .
    .

    10h07
    - Je reprends, pour 30 minutes.

    Entretemps j'ai pris ma douche. Une loooongue douche bien chaude, pas du tout écologique mais tellement bienfaisante. Et puis sous la douche c'est toujours un moment où j'ai le temps de penser. J'y ai parfois des fulgurances de pensée qui me surprennent.

    Juste avant la douche j'ai eu envie de me mettre nu dans une pièce attenante. Besoin de sentir mon corps. Ce corps qui n'a plus partagé de moments de volupté depuis des mois...
    Parfois je me dis que c'est dommage. Mon corps est encore bien conservé, très peu marqué par l'âge. Je ne crois pas que ce répit durera très longtemps. Dans quelques années les premiers affaissements de peau que je sens seront nettement visibles. Ma peau se ridera probablement, comme celle de mon visage qui, exposé aux intempéries, "fait bien son âge". Je n'y pense pas trop mais... ouais, ça ne me laisse pas indifférent.

    10h15 - Beaucoup de pensées diverses se sont promenées dans mon esprit pendant que le temps passait à des petits rien du quotidien, tels que rentrer quelques bûches pour mettre dans le poële, me faire deux tartines de pain grillé beurré. Ouais.. tout ce qu'habituellement je ne raconte pas dans mon blog, n'y trouvant qu'un intérêt extrêmement mineur.

    10h17 - Trou. Je ne pense plus rien. Je suis parvenu au bout de ce qui était "disponible" pour être livré ici. La pensée n'est pas toujours en phase avec le temps accordé à l'écriture. Hier soir j'avais du temps, mais j'étais fatigué de ma journée. Fatigué aussi par un marathon introspectif qui m'a placé devant un trop grand nombre de pistes à explorer. Je me sens à un de ces points où rien ne vient parce que trop de choses sont en mouvement. Je ne parviens pas à saisir une piste et la suivre, parce que tant d'autres la rejoignent et tant d'autres en divergent. Il n'y a pas de chemin privilégié.

    10h21 - J'arrête. Le moment n'est pas favorable.
    .
    .

    [pause de vie]

    .
    .
    .
    .

IMGP8196

Vue de ma fenêtre

    .
    12h09
    - Autrefois j'écrivais très librement, de façon fluide. Les mots venaient et je les déposais sans trop réfléchir. C'était plus simple. Maintenant je mets des heures à rédiger un texte, que parfois je relis une demi-douzaine de fois, si ce n'est davantage. Je cherche le mot juste, la précision dans l'expression. C'est compliqué, c'est lourd, c'est long. Il y a plusieurs raisons à cela. La première c'est un souci d'être au plus près de ce que je voudrais exprimer. Les autres raisons sont nettement plus discutables : elles cherchent au contraire à... influencer. Faire passer une idée, donner une impression, subrepticement instiller un sens que j'ai envie de mettre en avant. En faisant cela c'est non seulement les lecteurs que j'influence, mais moi aussi. Je crée un personnage auquel j'aimerais ressembler, auquel j'aimerais m'identifier, et en lequel j'aimerais être vu. C'est assez pervers...

    (12h16) D'ailleurs, je me surprends à l'instant même dans cette réflexion autour du mot juste. "Pervers" est celui qui m'est venu, mais je le trouve trop fort. Il me fait réagir...

    J'aimerais retrouver une libre écriture, pas trop travaillée, beaucoup plus instinctive. Je me rends compte que je m'auto-influence et que cela crée un "personnage" dont je ne sais plus bien s'il est réel ou imaginaire.

    Ouais... c'est un sujet qui me travaille en ce moment, cette dualité réel-imaginaire. J'ai un texte sur ce sujet qui est "au placard" depuis neuf mois. J'ai plusieurs fois reporté sa publication alors qu'il correspond à une prise se conscience qui a été importante. C'est depuis ce moment-là que j'ai décidé de prendre du recul avec cette "autofiction" en temps réel que constitue, du moins pour moi, l'écriture intimiste en public.

    (12h21) Je ne sais pas si vous comprenez ce que je veux dire mais, personnellement, ça me fait un peu peur... ou disons que ça me rend prudent. Il y a un risque d'automanipulation entre diverses instances du moi. Une déconnexion du réel qui passe largement inaperçue. Et pour tout dire... une certaine approche de la "folie". Oui, je sais que les mots sont forts mais ils sont à la hauteur du danger que je ressens.

    (12h24) Hier j'entendais à la radio parler de la « dématérialisation de l'argent », qui mène vers les dérives financières que l'on connaît. On ne se représente plus ce que c'est que l'argent quand il ne s'agit que de chiffres sur un écran. Les cartes de crédit ont un peu le même effet sur le consommateur. S'il fallait payer en argent liquide on aurait probablement un autre rapport à la consommation. Et bien notre monde qui se "virtualise" de plus en plus me donne la même impression : on ne sait plus vraiment ce qui est réel. Et internet en est un parfait exemple, notamment en nous déconnectant du rapport au temps réel, aux relations et rapports humains.

    (12h28) Pour ma part je réalise, je prends conscience, du décalage qui peut exister entre ce que je pense, ce que je crois être "moi", et ce que je suis vraiment dans le monde réel, tactile et sensoriel. Récemment je disais à ma psy que maintenant "j'existe", alors qu'auparavant je ne me sentais pas exister parce que trop soumis à des craintes par rapport au regard d'autrui. Alors oui, aujourd'hui "j'existe"... mais dans un monde qui n'existe pas ! Qui n'est pas réel.

    (12h31) C'est facile, là, devant mon écran et à distance de dire ce que je suis et "d'être" ce que je dis. Mais ce n'est pas réel. Je serais différent si j'étais face à la foule que vous constituez, même pris individuellement. Parce que, pour la plupart, je ne vous connais pas. Tout se passe à travers de nos représentations respectives : les miennes à votre égard, les vôtres à mon égard. Nous nous dupons... tout en étant "authentiques". Et ça c'est une réelle déconnexion du réel...

    12h34 - j'ai écrit d'une traite, en indiquant les heures pour que soit mesurable le temps passé. Je n'ai pas relu, pas corrigé, ne me suis pas laissé le temps d'hésiter trop longtemps sur le choix d'un mot. Je me suis efforcé d'être "spontané".

    Sauf que je ne fais que restituer des pensées qui cheminent depuis des mois. C'est plus facile que de me laisser aller à une vraie spontanéité. Mais... est-ce le but d'une écriture partagée ?

    12h36 - Petite pause, le temps de réfléchir, de rassembler mes idées...

    12h37 - Je ne sais pas trop quel est le sens de cette écriture, ce matin. J'ai envie de me sortir d'un carcan. M'extraire d'un "personnage" dans lequel je me sens trop à l'étroit. Je ne suis pas seulement celui que je décris ici et ailleurs, c'est évident.

    12h39 - En fait je me trouve parfois "trop gentil" et parfois "trop dur". J'ai des soucis avec ça, en ce moment. Le "gentil" et les "bons sentiments" me mettent hors de moi (cf. mon billet sur Haïti...). Littéralement parce que mon moi est hors de cet habit que j'ai endossé depuis la prime enfance. Alors, par réaction à quelques blessures, je suis devenu "dur", "froid", "insensible", "indifférent". Parfois ça m'est reproché, mais moi-même je me surprends à avoir de telles attitudes.

    (12h43) Je vais dans les excès : "trop gentil" autrefois, probablement "trop dur" maintenant. C'est une oscillation, un mouvement de balancier. J'ai besoin de trouver ma place d'équilibre. Là où je saurais être attentif à l'autre comme à moi-même. En ce moment j'ai besoin de fréquenter des personnes "authentiques". Ni trop gentilles, ni trop dures. Les deux étant des façons de se faire aimer (ou rejeter, ce qui n'est que l'inverse). J'ai envie de fréquenter des personnes qui savent à peu près où elles en sont, du moins dans les domaines qui m'intéressent en ce moment.

    12h46 - Temps d'hésitation. En fait... pour me sentir bien j'ai surtout besoin d'être seul, le temps de faire un peu le tri dans mes idées. Seul avec moi-même, ça fait déjà du boulot de confrontation interne.

    .
    .

[pause de vie]

.
.
.

    18h36 - Je rentre d'une après-midi passée dans mon vaste espace de nature. J'ai préféré aller dehors, avec un soleil intermittent, que de rester devant mon ordinateur. Et j'ai bien fait.

    Je songeais à cette vie sur internet en la comparant à ce que je peux vivre dans le réel : quels souvenirs précis me restent de ces années d'échanges plus ou moins instantanés ? Pas grand chose... Plutôt une impression, une découverte continue, que de réels moments forts. Par contre je me souviens très bien, et avec plaisir, de chaque rencontre "en vrai". Les sentimentales, bien sûr, mais aussi les nombreuses rencontres amicales. Et même celles qui n'ont duré que peu de temps, parce que les circonstances ne permettaient pas davantage.

    18h42 - Je songeais aussi à ce que j'avais écrit au sujet de la "folie", qui est davantage un dédoublement de personnalité en fonction du monde réel concret et celui, imaginaire, des idées. Ça me turlupine depuis que j'écris en ligne. Mais tout le monde ne le ressent peut-être pas ainsi... Sans doute l'écart est-il plus important pour les personnes qui, comme moi, ont un handicap dans la socialisation faute d'une confiance en soi suffisante pour s'affirmer en accord avec son être profond.

    18h48 - Six minutes pour élaborer le petit paragraphe qui précède, temps de réflexion compris...

.
.

[pause de vie]

.
.

    .
    .
    .

      22h57 - Je viens de rentrer chez moi. Temps couvert, avec un épais brouillard pour finir. Et puis dans les dernières centaines de mètres, en prenant de l'altitude, les étoiles apparaissent dans un ciel noir d'hiver. J'aime beaucoup ces surprises, laissant augurer d'une superbe journée ensoleillée demain.

      Je revenais de la petite ville voisine, où je suis allé voir Océans (sur les conseils avisés d'Incertaine). Film magnifique, époustouflant, surprenant. Une incroyable diversité d'animaux et des paysages superbes, autant sous la surface qu'au dessus. Images impressionnantes, poétiques, délicates, puissantes... avec toujours cette même impression : une lourde menace humaine.

      Est-ce une impression fausse ?

      23h04 - Je vais cesser là cet exercice d'écriture sur le vif, sans réflexion poussée. Au total j'y aurais consacré pas loin de deux heures dans ma journée. Souvent c'est davantage...

      J'ai aimé cette expérience. Elle m'a fait renouer avec une écriture directe, plus "simple" que ce que j'élabore habituellement. Aborder aussi un peu d'autres sujets.

      23h11 - Fin

Merci aux commentateurs qui ont accompagné ce marathon improvisé

Posté par Coeur de Pierre à 09:10 - Jour après jour - Commentaires [28] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

24 janvier 2010

P'tit coup d'mou

Petite baisse d'énergie, ces derniers jours, suite à ce que j'ai relaté récemment de ma vie professionnelle. Ma façon de réagir face à des situations qui heurtent mes valeurs personnelles me pose question. L'épisode est d'importante toute relative, mais il est venu se greffer sur d'autres questionnements en cours, rajoutant ainsi une couche à ce qui me travaille dans plusieurs pans de ma vie simultanément.

Quelques jours plus tôt il y avait eu le malheur d'Haïti et mon « je m'en tape », visiblement assez mal compris [ce qui ne m'a pas vraiment surpris...]. Mon sentiment d'impuissance a été la cause de cette formule maladroite, je le concède, en me mettant face au malaise de ma conscience. En fait il s'agissait d'un dialogue intérieur assorti d'une autoprovocation. J'aurais du utiliser un « tu t'en tapes », bien plus en accord avec la contradiction interne qui m'agitait. Sauf que, agacé par un concert de "bon sentiments" qui me rappelaient trop l'hypocrisie d'une culture chrétienne, j'ai généralisé mon interpellation. Que les personnes que j'ai choqué veuillent bien m'en excuser.
Le déclencheur de ma réaction m'est apparue plus clairement au fil des jours : je n'ai pas pour habitude de suivre les informations imagées. Or il se trouve que j'ai récemment changé mon ordinateur de lieu et la télé, désormais à proximité, m'attire sournoisement. Je me laisse davantage tenter par la consommation facile de ce que diffuse la boite à image. Et là j'ai pris en pleine figure des images violentes auxquelles je ne suis pas accoutumé. J'en ai ressenti un malaise : voir et ne rien pouvoir faire. Voir ça tous ensemble et ne pas pouvoir faire grand chose d'autre qu'en parler m'a exaspéré. J'ai cependant suivi jour après jour les évènements, dans une contemplation à la fois compassionnelle et morbide. J'avais un désir de lucidité en affrontant une réalité que généralement j'évite. En même temps que je ressentais un désir de connaître l'évolution de cette tragédie, il y avait une dimension voyeuriste qui m'a dérangé. Je suis assez farouchement hostile à ce genre de spectacle, que je ressens comme ayant des composantes néfastes et probablement "destructrices" de quelque chose de fondamental dans l'humain. Personnellement je ne sors jamais indemne du spectacle de la douleur et de la détresse...

Alors... pourquoi regarder ? La question reste sans réponse...

Tout cela a fait irruption dans ma vie à un moment où j'étais déjà un peu affaibli, préoccupé par des réflexions personnelles, à l'œuvre depuis plusieurs mois, sur le versant relationnel de mon existence. Récemment j'ai vu se réactiver un sujet qui reste pour moi toujours à fleur de peau : la confiance en l'autre. Vaste domaine d'exploration, visiblement prédominant dans ma façon de me lier. Ce qui n'est pas sans interférer avec un accroissement de ma prise de conscience de la solitude dans laquelle je me suis installé. Et ça aussi, ça me travaille et me fait me poser des questions. Notamment parce que vivre en solo n'avait jamais été un objectif pour moi. Ni même une éventualité ! Le regard que je portais antérieurement sur la solitude amoureuse ne me la rendait pas particulièrement attirante et c'est donc à un renversement de perspective que je suis conduit depuis quelques années. Si en moi l'évolution se fait tout naturellement au fil des ans, je me sens devoir désormais faire face au regard des autres... qui ressemble à celui que j'avais antérieurement : on subit sa solitude plus qu'on ne la choisit. Tout cela m'amène à réfléchir en cascade sur bien des plans de ce qui constituait ma façon de penser et d'être.

Solitude réelle ou fausse solitude ? Les échanges internautiques mettent en évidence un décalage qui, par ailleurs, me préoccupe aussi : qu'est-ce qui est réel et ne l'est pas ? Que penser d'une vie sociale et relationnelle qui, pour une part notable, se déroule dans un monde largement déconnecté du réel ? Ouais... ça me travaille tout ça...

Sans oublier les déclinaisons infinies de mes réflexions consécutives à quelques pertes essentielles, en cours depuis plusieurs années...

Bref : j'ai beau me situer dans une démarche globale de sérénité, tout cela ne va pas de soi en permanence et il m'arrive d'avoir une petite baisse de régime. Une envie de repli. De toutes façons trouver un nouvel équilibre me pousse souvent vers un relatif isolement. Actuellement j'ai fréquemment besoin de me retrouver "seul" et il est probable que cela va durer un certain temps. Même si je sais le plaisir que je peux ressentir en compagnie, ainsi que les enrichissements et moments de bien-être que cela peut m'apporter.

D'ailleurs, comme pour me rappeler, la présence de ma fille ce week-end m'a changé les idées. M'ouvrant à d'autres champs de réflexion cela a été l'occasion de bons moments de partage, entre activités et discussions.
.
.

IMGP7892

Effleurement sans confusion, proximité et indépendance.


Posté par Coeur de Pierre à 14:58 - Ce qui me construit - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

21 janvier 2010

Mettre au travail ou éduquer ?

Il est extrêmement rare que je ramène mon boulot à la maison. Je veux dire par là que j'ai la chance (?) de très nettement compartimenter les différents espaces de ma vie : aussitôt passé la porte du bureau je suis déjà "ailleurs". Hop, oublié le travail... jusqu'au lendemain matin. C'est assez habituel chez moi : quand je suis quelque part j'y suis pleinement et ne pense pas à autre chose !

Mais là, il y a deux jours, j'ai été poursuivi par des préoccupations d'ordre professionnel jusque dans mon coin de campagne. Le soir je me posais encore des questions sur l'attitude que j'avais eue dans la journée. Ce qui me perturbait c'est que j'avais perdu mon calme dans une situation conflictuelle, signe que *quelque chose* m'avait beaucoup dérangé ! Il y avait aussi un effet de "trop-plein", avec débordement consécutif à une répétition de situations supportées avec patience.

Les faits, en quelques mots : il avait été proposé à un groupe des salariés en insertion que je suis chargé d'encadrer de participer à une séance de Yoga. Avec un objectif louable : apprendre quelques gestes et mouvements en vue de se détendre et de « prendre soin de son corps ». En fin de séance il était prévu un moment de relaxation. L'activité était prise sur le temps de travail, donc rémunérée, et à ce titre "obligatoire". Présence obligatoire, pas forcément participante...

Peu coutumiers de l'acceptation des contraintes Kevin et Gaëtan avaient décidé ce jour-là de ne pas participer. Je n'en avais pas été surpris outre mesure, ayant déjà constaté que ce sont souvent les plus agités qui refusent les activités apaisantes. Les deux compères, après avoir dénigré les exercices et les assimilant à une pratique de secte (!), n'ont cessé de perturber la séance en bavardant dans leur coin ou ricanant devant des postures que leurs cerveaux libidineux jugeait équivoques. Agaçant...

Je les ai repris plusieurs fois tout en laissant une marge de souplesse afin d'éviter d'entrer dans une logique autoritaire. Mais un peu plus tard, durant la relaxation, et alors que j'avais déjà sombré dans un état de relâchement proche de l'endormissement, l'animatrice, excédée par leur agitation (l'un avait enjambé tout le monde « pour aller pisser », l'autre s'était mis en tête de plier son blouson), les mit à la porte. Ambiance tendue, quelques secondes durant, assez peu propice à l'exercice quoique le calme ait pu prendre enfin place. À la sortie les deux énergumènes étaient outrés que l'animatrice ait osé les toucher pour les pousser dehors ! Il semble que dans leur code social ce geste, considéré comme irrespectueux, mérite des représailles immédiates...

Un peu plus tard j'ai fait quelques remarques à Gaëtan, habituel meneur dans les embrouilles. En colère il s'est immédiatement emporté, manifestement totalement incapable de comprendre que c'est son comportement perturbateur qui avait causé son exclusion par l'animatrice. Je tentais de lui expliquer quand il s'écria « Qu'elle aille niquer sa mère cette grosse #*@/¤$ ». Ce à quoi je lui ai rétorqué du tac au tac « C'est toi qui va aller niquer ta mère ! Tu n'avais pas à te comporter comme ça ». À cet instant le jeune caïd, un instant sidéré, écarquilla les yeux et eut un mouvement de recul comme s'il avait reçu un choc, puis fronça les sourcils et me regarda éberlué, menaçant, droit dans les yeux « Quoi ? Tu me parles comme ça ?!! ». Je lui ai vivement rétorqué que j'utilisais le même langage que lui. Apparemment j'avais commis un crime de lèse-majesté et sans mon statut de "chef" je crois qu'il en serait venu à des attitudes nettement provocatrices de bagarre, si ce n'est directement aux poings...

Ulcéré et très agité Gaëtan s'est mis à tourner en rond, comme pour calmer sa colère dont il savait qu'elle lui était interdite : me toucher c'était retourner immédiatement en prison [sans passer par la case départ et sans toucher 20.000 euros...]. Gaëtan porte un bracelet électronique de surveillance, qui lui évite l'incarcération sous réserve d'un comportement irréprochable. C'est à dire un comportement social normal, quoi... Ne supportant plus cette situation d'impuissance Gaëtan décida se quitter son poste de travail et rentra chez lui...

À la fin de la journée il est revenu et est allé voir le responsable du chantier d'insertion, exigeant que je fasse des excuses publiques pour avoir « insulté sa mère » [bigre !]. Je n'étais pas là mais je l'ai croisé un peu plus tard et devant une quinzaine de personnes il est revenu vers moi en vociférant. Je lui ai précisé les raisons de ma colère, lui expliquant de nouveau que j'avais utilisé le même langage que lui et qu'il était inadmissible qu'il insulte quiconque se permettait de lui rappeler des règles élémentaires de respect. Mais Gaëtan n'entendait rien. La seule chose qui importait était le respect qui lui était dû. Rien à foutre des autres.

Le dialogue étant impossible, je suis allé au bureau. Il m'a alors crié que « la vie d'ma mère, l'histoire elle va pas s'arrêter là ! ». Je lui ai alors demandé s'il me menaçait, devant la quinzaine de présents, lui rappelant qu'il valait mieux qu'il ne m'arrive rien.

Bref... je vis dangereusement...

Le même jour avait lieu un bilan avec un autre salarié, souffrant d'un complexe de persécution carabiné. Avec lui je sais devoir m'abstenir de toute tentative de discussion : c'est à me rendre fou ! Plusieurs fois j'ai senti monter en moi des pulsions violentes devant ses attitudes délirantes et obstinément butées, hermétiques et usant de raisonnements para-logiques accusateurs et totalement disproportionnés. Là je n'essaierai même pas de vous raconter la moindre bribe d'histoire...

Que ces situations de violence sont éloignées de la sérénité et de la paix dans laquelle j'aime vivre...

Ce qui me perturbe c'est que ce n'est pas la première fois que je me trouve en conflit avec des salariés qui "dépassent les bornes". Spécialement ceux qui se considèrent au-dessus du lot et s'octroient avantages et arrangements qu'ils ne supporteraient pas de voir chez les autres. Moi je ne sais pas gérer ça... Je ne sais pas comment on fait prendre conscience à quelqu'un qui a des codes sociaux tellement différents de ceux habituellement admis par la société que les siens sont inappropriés.

Je me suis, à chaque fois que je me suis mis en colère, beaucoup interrogé sur mon attitude. J'en viens à me poser des questions sur mes limites d'acceptation. Il y a des comportements qui me sont difficilement acceptables et le manque du plus élémentaire respect d'autrui en fait partie. De même, je supporte mal les individus n'acceptant aucune remarque. Bizarrement les perturbateurs qui me posent le plus de problème semblent avoir pour trait commun un sentiment de persécution exacerbé « pourquoi tu t'en prends toujours à moi ?  et pourquoi tu ne dis rien aux autres ? », immédiatement suivi d'un « de toutes façons c'est toujours la même chose, c'est toujours sur moi que ça tombe ». Il y a des personnes qui se sentent en permanence victimes : du système, de la société, de leur assistance sociale, des organismes d'aide... Comme si tout leur était dû avec les plus grands égards ! Mais sans la moindre contrepartie, évidemment...

Ces attitudes, qui prêtent à sourire tant elles sont caricaturales, peuvent devenir agaçantes... Parce qu'elles se nourrissent d'elles-mêmes : la moindre contradiction contribuera à renforcer le symptôme.

Je m'interroge parce que mon but n'est pas de stigmatiser ces personnes qui se sentent "victimes". La plupart du temps je fais preuve de beaucoup d'indulgence. Je n'aime pas les conflits, les blocages, ni sentir le mal-être de ceux qui se sentent persécutés. Mais je ne peux pas non plus omettre de rappeler qu'il y a des limites...

J'ai quand même tiré des conclusions de ce dernier épisode : je ne suis pas un éducateur. Et d'ailleurs, je ne crois pas qu'on puisse éduquer des adultes. Ce n'est pas mon rôle que d'apprendre des comportements adaptés, hormis ceux qui sont strictement liés au cadre de travail. C'est déjà bien assez difficile, parfois...

Fort heureusement, pour la plupart des personnes en insertion ça se passe bien, ou du moins sans difficultés particulières, quoique la motivation de chacun à effectuer un travail puisse être très différente. Entre les anciens pour qui la valeur travail est essentielle et le peu d'entrain des jeunes générations l'écart est flagrant.

Pour quelques uns de ces derniers la mise au travail peut vite devenir problématique. Je pense en particulier à ceux qui cherchent à tirer un avantage personnel de toute situation, sans se soucier aucunement d'une certaine solidarité dans le travail d'équipe. L'avantage en question consistant généralement à choisir un travail plaisant ou à "se planquer" en vue d'en faire le moins possible. Mais parfois il n'y a rien de plaisant à faire et alors là... c'est toute la mauvaise volonté possible qui se manifeste. Une ou deux de ces personnes peuvent avoir une capacité de nuisance assez considérable et entraver le fonctionnement d'une équipe, notamment en générant un sentiment d'injustice. Mon rôle d'encadrant est de veiller à la bonne réalisation du travail et à la cohésion de l'équipe. Le groupe "attend" de moi cette régulation, ce qui peut me demander une énergie considérable face à la mauvaise volonté et la roublardise de certains. C'est épuisant. Et le travail à effectuer, dont je suis aussi garant de la bonne exécution, en pâtit.

À la longue c'est ma satisfaction professionnelle qui en est affectée puisque, tiraillé entre différents objectifs, je ne peux pas répondre correctement à l'un sans délaisser l'autre.


Posté par Coeur de Pierre à 23:40 - Le monde tel qu'il est - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

17 janvier 2010

Le vacarme du monde




IMGP7897

Parfois j'entrevois combien le vacarme du monde me distrait de l'essentiel...



Posté par Coeur de Pierre à 17:19 - Désir de changement - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

16 janvier 2010

Le prix du malheur

Oui, bien sûr, ce qui est passé à Haïti est tragique, effroyable, bouleversant... Comme le sont tous les tremblements de terre. Comme le sont toutes les tragédies à très grande échelle, qu'elles soient d'origine humaine ou naturelle.

Oui, cette population en très grande détresse a un besoin urgent d'aide.

Oui, il est réconfortant de savoir que cela déclenche des élans de solidarité et de générosité. Ça fait du bien de le constater...

Mais bon... en gardant un peu la tête froide, en n'oubliant pas que le registre émotionnel est aussi intense que fugace... je me dis que cet emballement ne durera pas plus que les autres : quelques jours de paroxysme médiatico-compassionnel, quelques semaines d'un intérêt qui ira décroissant... et pfuittt... on "oubliera" Haïti comme on a "oublié" toutes les tragédies similaires.

On est touché, ému, on donne (ou pas)... et la vie continue.

Mieux vaut ne pas trop chercher ce qui motive nos élans *altruistes*, on risquerait de voir qu'ils sont une réponse nous permettant de retrouver un confort de conscience : j'ai fait *ce que j'ai pu*. Tu parles ! J'ai seulement payé mon dû pour avoir la conscience tranquille ! Et à combien ai-je estimé la valeur de ce dû ? De combien ai-je amputé mon train de vie dans ma grande générosité ? Mouais... ça vaut mieux pas se le demander...

S'engager vraiment, sans faux-semblants, n'est pas à la portée de la plupart d'entre nous. Nous n'en avons ni les compétences, ni la volonté, bien trop attachés au confort de nos vies loin de la misère du monde. Haïti ? Combien d'entre-nous s'en souciaient la semaine dernière ? La misère y est partout, mais franchement... « que pouvons-nous y faire ? ». Dit plus crûment : «On s'en tape, d'Haïti !». Tout juste une larmichette versée après un reportage comme il y en a tant, entre les infos et la pub. Haïti, le Soudan, le Bengladesh et une flopée d'autres... rien à foutre de la misère du monde : c'est loin et ça ne nous concerne pas. Ou plutôt... si : ça nous concerne parce que, justement, c'est loin. Abstrait. Ça nous permet de rester "à distance" tout en sachant. Tout juste prendre conscience, sans insistance. C'est trop dérangeant pour qu'on regarde vraiment. On fait comme si on ne voyait pas. On ne regarde pas trop de ce côté-là, trop... culpabilisant.

Parce que oui, nous on est vivant, et riches, et bien pourvus et... pourvu que ça dure !

Alors quand « la nature » (terme davantage personnalisable que « la géophysique du globe »), devient "responsable" d'un surcroît de malheur humain, alors là nous réagissons parce que la détresse se rajoute à la misère et que... ben c'est trop. Là ça dépasse notre niveau de tolérance et nous donne envie "d'aider", de participer. On écoute les infos, on regarde la télé... non sans un plaisir malsain, à la fois voyeur et rassurant : c'est pas sur moi que c'est tombé, ni sur mes proches. Juste de quoi imaginer en voyant ces anonymes lointains confrontés à la douleur, ces morts, ces vies effondrées... et pas moi.

Le malheur de l'autre comme valorisateur de mon bonheur !

Oups... pas concevable ni convenable de penser ça. Alors, face à notre impuissance, certains se révoltent contre « la nature » ou « Dieu », comme si ces conceptions anthropomorphisées avaient une quelconque conscience, voire une capacité à nuire et être "injustes"... Mais s'il y devait vraiment y avoir recherche de responsabilités on en viendrait vite à la notre : qu'avons-nous fait pour préserver ces gens du malheur ? Et bien... rien ! Comme on ne fait rien pour aider tous ceux qui habitent dans des zones soumises aux risques sismiques. Comme on ne fait rien, ou si peu, pour les prochains qui seront touchés, quelque part dans le monde. Parce que ça coûterait très très cher et que l'argent on s'en sert pour autre chose : vivre ! Et c'est bien normal. On ne peut se prémunir contre le malheur. Il fait partie de nos vie depuis que nous sommes dotés de conscience. Il nous est utile, aussi, pour connaître la valeur du bonheur.

Alors donnons... et continuons à vivre avec encore plus de conscience de notre chance.


Additif de 15h32
Dans le même registre, au delà de l'émotionnel, lire aussi (via Racontars, « Dey »):

Additif du 17 janvier

Posté par Coeur de Pierre à 13:30 - Le monde tel qu'il est - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

11 janvier 2010

Choisir la sérénité

J'ai reçu un courrier de voeux de la part d'une de mes cousines. Une de ces lettres communes envoyées à tous et qui sont l'occasion de faire un bilan annuel des évolutions familiales. Cette cousine passe en revue chacun de ses enfants et conjoints, ainsi que chacun de ses petits-enfants. Bonheurs et malheurs, difficultés de la vie et belles satisfactions. Le tout agrémenté de nombreuses photos de chacun d'eux...

À la fin du courrier cette cousine, qui a perdu son mari il y a deux ans, encourage les destinataires à profiter de chaque instant et nous souhaite « d'aborder cette année avec sérénité ». Louable intention, évidemment.

Le mot "sérénité" a retenu mon attention parce que je l'utilise fréquemment. Je me dis "serein". D'ailleurs on me renvoie régulièrement cette image, ce qui tendrait à montrer que je le suis effectivement.

Alors j'ai associé les deux idées : perte du conjoint et sérénité. Cette cousine écrit avoir été très entourée depuis le décès de son conjoint et « n'avoir jamais passé un week-end seule ».

J'ai pensé à ma situation et à la sienne, aux analogies et aux différences. Entre séparation définitive due à la mort et celle due à des choix de vie. Les réactions différentes de l'entourage. D'un côté la mort qui est ritualisée, officialisée, cathartisée dans un grand rassemblement qui s'appelle "funérailles". De l'autre la séparation, lent délitement des liens tissés avec l'entourage et où tout se fait un peu en catimini.

J'ai pensé aux réactions de celui/celle qui se retrouve "seul(e)". On m'a parfois proposé de rompre ma solitude, en m'invitant de façon informelle. La plupart du temps j'ai décliné l'invitation : je préférais rester seul. Alors je passe la plupart de mes week-end en solitaire. Enfin... avec quand même internet à disposition ! Seul mais relié.

Sérénité, donc...

Oui, je suis globalement serein. Par rapports aux tourments vécus il y a quelques années et aux profondeurs que j'ai cotoyées, je suis serein. J'ai "remonté la pente" et me suis fixé comme objectif de revenir à la vie de façon encore plus consciente qu'avant. Je crois que ma chance est d'avoir senti dans tout mon être, quelques temps avant la chute, la puissance de l'élan vital. Cet incroyable sentiment du bien-être accessible à qui le veut, ce souffle qui m'avait donné des ailes pour oser suivre mes désirs ! J'avais la certitude de cette force au fond de moi. Je dis que c'est une chance... et en même temps c'est parce que j'ai entendu et suivi cet appel de la vie que ma mienne a basculé.

C'est peut-être ça la différence avec un décès : moi j'ai, en quelque sorte, choisi ce qui allait mener au divorce. J'ai voulu vivre plus entièrement... et cela a eu des conséquences. Ben oui, on me l'a assez répété : « tu ne peux pas avoir le beurre et l'argent du beurre ».

Avec maintenant quelques années de recul je peux regarder ma vie d'avant et me rendre compte que mon bonheur dépendait beaucoup du regard que Charlotte (ma conjointe) portait sur moi. Quand tout allait bien c'était idéal, mais dès que quelque chose clochait entre nous ça devenait douloureux. Et surtout très lourd à porter. Notre alliance était celle de deux personnes qui se soutenaient et s'enfonçaient mutuellement. Nous dépendions étroitement l'un de l'autre.

Pourtant dans cette vie d'avant je me sentais souvent serein ! J'avais la sérénité de l'inconscience. J'ignorais beaucoup de choses de l'existence. J'ignorais aussi que... je n'étais pas profondément serein. Ma sérénité pouvait être remise en cause à tout instant, sur une simple remarque de Charlotte. En fait j'étais plutôt insouciant. Cette insouciance, cette légèreté, agaçait Charlotte, comme la sienne, en d'autres domaines, m'agaçait. Notre sérénité ne s'exerçait pas toujours dans les mêmes registres, pas de la même façon. Tout allait bien quand nous étions dans le même état d'esprit, mais dégénérait quand l'un était prêt au bien être et que l'autre était dans un mal-être. Que d'énergie dépensée pour tenter d'accorder des natures différentes ! Évidemment nous manquions d'autonomie l'un par rapport à l'autre...

Maintenant que Charlotte est partie je la vois avec un regard un peu perplexe : d'une certaine façon elle est toujours celle que j'ai aimée et appréciée. De l'autre elle devient ce qu'elle n'avait pas pu épanouir avec moi. De la première je me sens toujours très proche, de la seconde je me demande ce qui, en elle, pourrait m'attirer aujourd'hui. Et pourtant ce n'est, évidemment, qu'une seule et même personne... Une connue et une inconnue.

C'est pourquoi je la vois peu. Il y a ce mélange de proximité impossible et de distance constatée qui, globalement, me fait plus de mal que de bien. Nous restons, je crois, très proches affectivement. Un peu comme si nous étions frère et soeur, de très vieux amis, mais avec quelque chose qui nous a fortement éloignés. Restent nos enfants et "l'esprit de famille" lorsque, occasionnellement, nous nous retrouvons tous ou en partie. La famille est dispersée, mais reste intacte.

Sérénité, donc... si je ne me mets pas trop au contact de celle avec qui je me sentais, autrefois, souvent serein. Et heureux ! Mais ce bonheur avait un prix : j'étais souvent malheureux avec elle. Mais je ne le savais pas. J'y étais habitué. Nous avions quelques incompatibilités, solidement étayées par nos blessures d'enfance, qui nous autodétruisaient en continu. Et en même temps nous nous épaulions et nous construisions mutuellement ! Le bilan a longtemps été suffisamment positif, même s'il fallait, pour qu'il le reste, insuffler beaucoup d'énergie.

Je crois que c'est le souvenir des moments de mal-être vécus dans cette relation qui fait que je n'ai plus envie de m'allier trop fortement avec une femme. Je préfère ma vie en solitaire qui présente le grand avantage de me permettre une sérénité quasi continue. Une sérénité dont, en tout cas, je me sens être le seul responsable. Je n'ai plus envie de dépendre des états intérieur d'une autre personne.

Plus tard, peut-être...
.
.

IMGP7729

Posté par Coeur de Pierre à 11:54 - Amour et sentiments - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

10 janvier 2010

Antipodes

Tandis que je décline le noir et blanc en couleurs (ou l'inverse)...

IMGP7762

... arpentant les routes immaculées de la blanche campagne...

IMGP7735

... mon fils me nargue en m'envoyant des photos de son hiver été austral !

SYLV1462

J'avoue que c'est tentant...

SYLV1446

Posté par Coeur de Pierre à 22:15 - Photo - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

09 janvier 2010

En attente de validation

J'ai écrit que j'avais envie de prendre du recul avec l'internet relationnel, ce qui a suscité quelques commentaires qui me conduisent à préciser mon idée, donc à aller plus loin [ma destination préférée]. Démonstration, s'il en était besoin, d'une des règles de l'interaction : pour susciter l'échange il me faut d'abord donner pour recevoir. En sachant que, par effet mimétique, je recevrai souvent dans un registre correspondant peu ou prou à celui dans lequel j'aurai puisé : profond, intime, léger, optimiste, etc. Mais, parce que c'est un travers dans lequel je refuse de tomber [ne l'évitant pas toujours, hélas...], je ne veux pas avoir d'attentes : ce n'est pas parce que je donne que je recevrai.

Je n'ai pas à attendre quoi que ce soit en retour de ce que je donne. Et ça... c'est pas toujours facile à savoir à l'avance. Parfois je crois donner... alors que j'en attend quelque chose. Beurk ! Je me crée alors tout seul mon aliénation, ma dépendance :

attendre c'est dépendre.

Rien d'étonnant à ce qu'en allant vers la liberté d'être soi on en arrive à ne dépendre de personne...
.
.

 

J'en viens à ce que je voulais développer.

Je crois que la plus grande découverte que j'ai faite grâce à l'internet relationnel c'est celle de l'importance que prenait l'imaginaire dans notre rapport à nous-même et aux autres. Dans le monde internet, évidemment, mais aussi dans le monde physique. J'entends par "imaginaire" tout ce qui n'est pas concrétisé par des actes, c'est à dire tout ce qui est du domaine de la pensée. Permettez donc que je parle de moi puisque mes écrits m'engagent, mais je crois que mon propos peut être assez largement généralisé...

Quand j'écris, quand je m'écris, quand j'écris "je", ce n'est pas vraiment de moi que je parle. C'est de la représentation que j'ai de moi. Et plus insidieusement de la représentation que j'ai envie que l'on ait de moi ! En cela je stimule l'imaginaire. Le mien et le votre. Aucun problème tant qu'il s'agit de faits, d'objets ou de lieux... mais ça peut devenir dérangeant quand il s'agit de l'être [particulièrement s'il s'agit de moi !]. En l'absence de réel j'y vois un risque de dérive erronée. Surtout si, comme je le fais, je me sers des regards qui me sont renvoyés pour me définir...

Parce qu'en choisissant ce que j'évoque, en passant sous silence ce que je n'ai pas envie de développer (inintérêt ou dissimulation) je sélectionne les angles sous lesquels j'ai envie d'être vu. À l'inverse, en développant certains sujets, j'oriente les regards. J'attire donc l'attention sur ce que j'ai envie de montrer. En quelque sorte je me mets en scène. Dans votre "regard" (votre présence, muette ou exprimée) c'est moi que je perçois, diffracté par chacune de vos personnalités. Cette pluralité, toute relative, est ce qui me permet de valider mes idées. Donc en fait, à travers vous c'est aussi à moi que je m'adresse ! Finalement c'est une instance du moi qui s'adresse à une autre, dans une démarche d'auto-construction identitaire. On voit l'importance qu'il y a à rester dans la réalité concrète...

Est-ce différent de ce qui se passe dans la vie courante ?

La comparaison est difficile : excepté le cas assez particulier du "one-man-show" il est rare que quelqu'un choisisse délibérément de se "mettre en scène" pour attirer l'attention d'un auditoire ! Généralement c'est infiniment plus subtil et chacun joue sa partition au milieu des autres, de façon plus ou moins affirmée, plus ou moins envahissante. La sollicitation imaginaire est de même nature que sur internet, à ceci près qu'il y a un rapport instantané avec le réel : l'attitude de l'autre renseigne en temps réel sur la façon dont il me perçoit. En outre le retour par le miroir de l'autre se fait en se fiant à la fois au langage des mots et au non-verbal. Il n'y a rien à attendre : c'est là ! Et parfois l'autre ne me laisse pas beaucoup de place...

Un des avantage de l'écrit publié sur internet est qu'il laisse le temps de s'exprimer sans être perturbé par les réactions d'autrui. L'inconvénient inverse est que je suis "seul" quand je dépose mes mots, confronté à toute la subjectivité de mon regard. D'où cette "attente" des réactions des lecteurs lorsque j'écris certains textes chargés de doutes, conscients ou pas : mes réflexions seront-elles validées ou pas ? Car sur internet, en l'absence de retours directs, il ne reste que des moyens différés dans le temps : commentaires et messages privés. Il y a aussi, dans une moindre mesure et assez peu indicatrices, les statistiques de fréquentation. Sur le long terme il y a, et je crois que pour moi c'est le plus important, la fidélité du lectorat. Ce suivi au long cours en dit long de l'intérêt porté à mes écrits et confère à ceux qui expriment leur avis une certaine légitimité qui m'est précieuse...

 

C'est ce genre de rapport que je désire privilégier depuis que j'ai pris conscience qu'en étant en attente de retour je m'infligeais une dépendance. Or je ne ressens aucune inquiétude, donc aucune dépendance, vis à vis des personnes qui me sont fidèles...

[ouais, ça en dit long sur ma façon de vivre les relations...]
.
.
.

IMGP7439

Fiabilité à long terme

Pieux de bois datant de l'an mil, vestige d'un village installé au bord du Lac de Paladru
.
.



Posté par Coeur de Pierre à 19:53 - Pourquoi écrire en ligne ? - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

06 janvier 2010

Un bilan pour agir

Je me livre rarement au fastidieux bilan de fin d'année, mais celle qui vient de s'écouler marque une inflexion notable dont j'ai envie de garder trace. Et puis... il y a là une explication à ma moindre présence sur ce blog, amis lecteurs et lectrices, qu'il me semble devoir vous donner...

Mon année 2009 avait commencé sous le signe de l'exotisme tropical : sous le chaud climat d'une petite île du Pacifique, au large du Panama. Voyage impromptu sous couvert de "mission spéciale" entre cocotiers et vahinés couple en tumulte relationnel. Dépaysement total pour moi et grand plaisir à découvrir, trop brièvement, une culture, des paysages de rêve et des modes de vie très éloignés de celui auquel je suis habitué. Chance extraordinaire à laquelle m'avait convié une amie envers qui je garde une très grande reconnaissance [à qui j'adresse un clin d'oeil].

219_1973

L'année s'est achevée dans une situation presque opposée : tout à fait tranquillement, chez moi, seul. Un vrai plaisir que ce réveillon simplissime en solitaire ! Une autre façon de me sentir en marge des rituels festifs, ce qui me plaît assez...

Deux extrémités et un point commun : j'étais très bien là où j'étais ! Heureux d'y être.
.

Quoi de marquant durant le laps de temps qui a relié ces deux dates ?



Excepté le cadeau d'Olga, pas grand chose à dire côté boulot : le temps passé à assurer ma subsistance m'a convenu et m'a laissé l'esprit libre en dehors des horaires de présence. Avec la volonté d'améliorer la cohésion d'équipe, je me suis impliqué davantage mais je me suis aussi heurté à l'inertie certaine de mentalités que je ne comprends pas. Cela n'aura cependant pas été suffisant pour me décourager.
En parallèle j'ai continué le travail dans les profondeurs de ma conscience qu'induit ma formation à l'écoute et l'accompagnement relationnel. Cette dernière s'achèvera en juin prochain avec, peut-être, orientation vers une nouvelle voie...

Hors du temps consacré à l'activité professionnelle, présente et à venir, prenait place celui de mes envies... et de mes aliénations. Contraste et contradictions entre mouvement et immobilisme, réflexions et sérénité, dépendance et autonomie, rencontres et isolement, relations et séparations, réel et imaginaire.

Envie : en mars je m'offrais un Reflex numérique. Il m'a permis de renouer avec une ancienne passion : la photo de nature. Retour en force qui me conduit à avoir un regard créatif plus curieux, plus observateur, et m'entraîne volontiers aux randonnées solitaires. Un désir de partager mes images me fait grignoter progressivement le temps que je consacrais à "l'internet relationnel".

Aaah... internet ! Mon aliénation ! Monde infini et chronophage qui surdimentionne l'imaginaire au détriment du réel. C'est au printemps que j'ai pris suffisamment conscience du leurre que cela pouvait constituer dans mon esprit. Me ressaisissant, j'ai entrepris de m'éloigner de l'univers des blogs. Pas simple ! Les sirènes du contact social instantané et des échanges d'idée à portée de clic sont attirantes et je n'ai pas résisté à la tentation autant que je l'aurais voulu. De plus, la présence de groupies lecteurs(trices)-commentateur(trices) crée chez moi des attentes diverses qui entrent dans le redoutable champ du besoin de reconnaissance. Ces attentes entretiennent donc ma dépendance vis à vis d'un étrange lien, qui mélange intimité et scène publique. Situation qui me devient de plus en plus insupportable... Trop souvent j'ai succombé, pianotant sur le clavier plutôt que de faire ce que j'avais prévu. Au final je me suis quand même éloigné des mots, réduisant notablement l'expression intime, comme vous avez pu le constater ces derniers mois [Hey ! vous l'avez constaté eu moins !?].

Preuve de ce recul : en avril, alors que s'achevaient officiellement 26 ans et 9 mois de vie conjugale, je n'ai presque rien écrit à ce sujet ! En fait j'ai voulu y voir la dernière formalité légale d'une séparation acceptée par consentement mutuel. En douceur, presque sans douleur. C'est du moins ainsi que j'ai choisi de vivre les choses... sans trop approfondir.
Quoi qu'il en soit je franchissais, symboliquement, un pas de plus dans la conscience de mon état de solitude existentielle. Seul... et libre ! Hasard et coïncidences, c'est presque au même moment que deux femmes se rapprochaient de moi, masquant donc cette sensation...

En mai, ressentant le besoin de rendre concret et réel ce que je sentais, faute de repères, s'égarer dans l'imaginaire, je formalisais un projet qui me trottait dans la tête depuis longtemps, mais gardé secret : un voyage au Canada.

En juin, sans aucun rapport logique avec ce qui précède, une amie-amour élevée au rang de mythe et dont le souvenir hante mon existence dynamise ma réflexion et teinte mes écrits depuis bien longtemps revenait vers moi avec de louables intentions. Tout contact ayant été rompu de façon "définitive", j'avais fait en sorte de ne plus rien attendre et en fus d'autant plus surpris. Avec prudence un bref échange de correspondance redevint possible. Bien que calibré et nettement délimité par l'absence de perspectives, il allait permettre d'échanger des mots porteurs de sens, donc profondément libérateurs. Cela a mené à une pacification que j'avais ardemment désirée. Au final ces quelques échanges induiront une inflexion notable dans ma démarche de réhabilitation en me donnant des repères fiables qui furent autant d'axes d'analyse.

En septembre, fermement décidé à être dans l'action plutôt que dans l'imagination, j'entreprenais le voyage projeté en mai. Fortement porteur de symbolique il allait aussi concrétiser un engagement que j'avais pris cinq ans plus tôt. En rendant possible ce qui ne l'avait pas été autrefois j'allais pouvoir constater ce qui allait en résulter. J'ai eu besoin d'aller jusqu'au bout de ma démarche en me montrant fiable. Finalement, faute de pouvoir partager ce dont j'avais envie, c'est un autre désir que je réalisais : un voyage photographique en solitaire. Ébloui par les paysages du Québec, enthousiasmé par le sentiment de liberté, l'expérience m'a émerveillé et, très probablement, préparé à des réitérations.

Au retour de ce voyage, en octobre, j'entre dans une nouvelle conscience de mon isolement et constate progressivement que je n'ai désormais plus aucun objectif précis devant moi. Je me sens, pour la première fois, vraiment libre et en même temps désarmé face à une impression de vide. Un flottement s'installe pour quelque semaines et me lance un nouveau défi : qu'est-ce que je désire faire de ma vie, maintenant ?

En novembre ce qui allait être mon ultime tentative de restauration d'un précieux lien d'amour-amitié permit de préciser, sans ambiguïté, l'incompatibilité absolue de désirs radicalement opposés. Je n'aurais certes pas compris, mais j'aurais entendu. Épuisé par une loyauté plus forte que moi je considère être allé au plus loin de ce qui m'était possible. Devant une impasse sans alternative je tire les conclusions qui s'imposent : j'accepte de laisser aller celle qui me le demande. Après quelques réciproques précisions un accord a minima aboutit. Cette fin "propre" m'a convenu et a ainsi mis un terme à ma persévérance. Dans un remerciement mutuel se refermait honorablement une inénarrable saga qui, jadis, passionna attira la curiosité de toute la blogosphère d'une partie de notre lectorat commun. Je peux ainsi laisser revenir les meilleurs souvenirs sans les voir tachés d'amertume.
À l'issue de ce dernier épisode je me sentis passer, plutôt surpris, par un autre palier de conscience de ma vie en solo...

En décembre, d'autres relations intimes, avec qui la concordance des envies et besoins amoureux se révélèrent inatteignable dans la simplicité, aboutissaient à un éloignement sans opposition.

Face à ces désaffections en série depuis quelques années la vie en solo, par sa simplicité, est devenue une évidence attirante...

2010 semble m'indiquer une voie...

.
.
.

2010_SOLO

.
.
.

Globalement je suis très satisfait du bilan de l'année écoulée. J'y vois un solde positif, notamment grâce à des prises de conscience importantes. C'est bon signe et laisse augurer d'une poursuite méliorative pour le cru 2010. Et comme un bilan n'a d'intérêt que pour orienter des décisions, j'en arrive aux axes que j'ai envie de privilégier :

- Réduire le temps que je consacre à l'internet relationnel... mais mieux l'exploiter. Condenser ce que j'ai envie d'écrire. Tendre vers quelque chose de plus essentiel. Et peut-être aller vers des mesures de restriction radicales si je ne parviens pas à un équilibre satisfaisant.

- Lire davantage, m'intéresser de plus près à la philosophie.

- M'engager plus activement dans des actions en accord avec les valeurs qui me sont chères.

- Revenir vers un intime plus intériorisé. Écrire hors des regards "en direct".

- M'investir dans ma maison, me l'approprier, l'aménager à ma façon (rien n'a bougé depuis le départ de Charlotte, en 2006 !).

- Cultiver ma confiance en moi, ma zenitude et mon optimisme. Faire preuve de prudence avec les personnes qui ont une dynamique de vie inverse...

- Privilégier les liens directs, les rencontres réelles... et répondre plus rapidement aux mails !!!

- Concrétiser des projets naturalistes restés en jachère, poursuivre ceux que j'avais engagés.

- Passer davantage de temps au contact de la nature.

- Mettre en valeur et partager mes photos.

- Accepter mes contradictions et mes doutes.

- Voyager.

- Oser !


Posté par Coeur de Pierre à 20:03 - Ce qui me construit - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
Page suivante »