Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

14 novembre 2009

L'éloquence du silence

Le silence, dans mon existence, est un vieux compagnon de route. Je suis entré en silence à l'adolescence, période de souffrance et de solitude. Je suis revenu à la vie lorsque j'ai rencontré celle avec qui j'allais sceller une alliance de couple. La parole et l'écoute allaient installer une communication libératrice et épanouissante pour chacun, autour d'un dialogue fécond. De mutique et solitaire je suis devenu, avec elle et seulement elle, disert, parfois bavard, au sein du pacte de confiance qui s'était installé. J'ai d'ailleurs cessé d'écrire quelques mois plus tard...

Quand le flux des mots entre nous se bloquait, tarissant la source de l'échange, je souffrais profondément du silence qui prenait place. C'était toujours parce qu'il y avait incompréhension. L'apport des confidences cessait, me renvoyant à un sentiment de solitude et d'impuissance. Quand je me sens proche de quelqu'un les silences lourds, ceux qui ne sont pas de simples moments de paix intérieure, me perturbent beaucoup. Ils m'inquiètent.

J'ai plusieurs fois écrit sur le silence, quand je l'ai vécu comme une déficit de paroles. J'y voyais une absence de sens. « Le sens du silence » titre d'un de mes textes, est une des requêtes les plus fréquentes pour les internautes que Google convie ici.

Et puis la vie et ses aléas m'ont poussé vers une existence assez solitaire. Le silence y prend une grande place : il est des jours où je ne prononce pas un mot, parce que je ne rencontre personne. Mon récent voyage au Québec à été très silencieux, hormis quelques discussions au hasard des rencontres et une soirée de jasette passée avec une amie de longue date.

J'apprécie le silence. Je m'y laisse souvent aller et le recherche fréquemment. Il me permet de me retrouver ou de rester dans une vie intérieure active lorsque la présence des autres me distrait, est pesante, ou trop en décalage avec ce que je me sens être. Je pense, je ressens, j'observe. Mais je parle peu.

Dans mes relations affectives et amicales je passe aisément de la parole au silence, selon que l'autre soit là ou pas. En présence je parle, parfois longuement mais, lorsque la distance géographique nous sépare, je me satisfais très bien de l'étirement des périodes de silence. Je vais peu vers les autres, même quand j'apprécie ces personnes. Peut-être parce que je suis "bien avec moi-même" et que la solitude permet à ma pensée en mouvement d'évoluer librement. En apparence, du moins, parce que je sais bien que cette liberté ressemble à celle du bocal de poisson rouge : un circuit fermé. Je sais bien que c'est la rencontre de l'autre qui m'ouvre l'esprit, fait surgir des pensées insoupçonnées, m'apporte des éclairages nouveaux, me permet de valider mes pensées ou de les mettre à l'épreuve d'une autre réalité. L'autre élargit mon horizon, me déstabilise, m'enrichit.

Aller peu vers l'autre, rester silencieux dans la distance, inquiète parfois les personnes avec qui je suis en lien. Je ne m'en rends pas toujours compte et suis désolé si je sens que cela pèse. Je tente alors de répondre au plus vite, montrant que je suis toujours accessible. Du moment qu'il ne m'est pas fait reproche de ce silence, ou que je ne sens pas d'attentes auxquelles je sais ne pas être en capacité de répondre...

Aujourd'hui je réalise que mes silence, parce qu'ils ne donnent aucun sens à l'autre de ce qui se passe en moi, laissent place à son imaginaire. Comme les silences de l'autre ont pu favoriser mon imaginaire, pour le meilleur parfois  et souvent pour le pire. Les inquiétudes et le silence ne font pas bon ménage. Les questions qui restent sans réponse, en ne donnant pas de sens, prennent une forme d'éloquence.

L'éloquence des silences est pourtant délicate à interpréter. Un silence peut être refus de communication, indifférence, colère, mal-être... ou simple repli intérieur. Temps de conscientisation ou de repos. Le dialogue de soi à soi demande que le silence se fasse avec l'extérieur. La recherche personnelle, la quête de sens, l'appel aux ressources profondes ne se fait pas en communiquant avec l'autre. Il en est de même lorsqu'on soigne ses blessures.

Ce que le silence exprime c'est que le dialogue, à ce moment, n'est pas. Mais il peut reprendre dans l'instant qui suit, pour peu que l'autre exprime son besoin de communication. Ou du moins il peut être rompu pour dire qu'il correspond à un besoin d'isolement temporaire.

Silence et relation ont quelque chose d'antinomique...

IMGP5225

Rencontre silencieuse de deux solitaires : un rorqual et un photographe émerveillé par cette présence, un soir de pluie, sur une côte déserte aux environs de Tadoussac (Québec)

Posté par Coeur de Pierre à 23:15 - Être lié - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

12 novembre 2009

La vie est une pute...

Il y a quelques jours nous devions décider, avec mes collègues, du renouvellement du contrat de travail de Dany. Tête brûlée ayant déjà goûté aux plaisirs de l'incarcération, Dany, 23 ans, est actuellement en semi-liberté. Équipé d'un "bracelet" de surveillance il est astreint à rester chez lui en dehors de ses horaires de travail. Cette alternative à l'incarcération est censée lui donner une chance de s'en sortir. Mais Dany semble avoir un peu trop compté sur la chance et l'argent facile puisqu'il doit passer une nouvelle fois en jugement dans quelques semaines pour « attaque à main armée » - avec arme factice - d'un tout petit commerce . Qu'il ait ou non un contrat de travail, signe d'une volonté de réinsertion, peut influer sur son retour en prison.

Ces considérations judiciaire n'ont, théoriquement, rien à voir avec le travail et seule l'implication professionnelle de Dany devrait entrer en considération. Oui mais voila... son implication à longtemps laissé à désirer, alliée à une forte contestation, de l'absentéisme, beaucoup de bavardages qui perturbent le travail en équipe. C'est notre rôle que de tenir compte de ce genre de difficultés, quand on travaille avec des personnes en insertion par le travail, mais le nôtre aussi de maintenir un cadre et des limites, absolument nécessaires. Plusieurs fois mis en garde Dany a fait des efforts, puis à pris l'engagement écrit d'être présent chaque jour et de s'impliquer davantage. C'était la condition de son renouvellement, avec l'idée de lui donner sa chance. Une fois la décision prise, fort de cette assurance de rester, Dany s'est octroyé deux jours d'absence pourtant clairement refusés par l'équipe d'encadrement parce que, tout simplement, Dany n'avait pas envie de faire un travail qui lui déplaisait.

Cette entorse manifeste aux engagements qu'il avait pris nous fit craindre que Dany s'autorise un comportement des plus libres pour les six mois à venir, durée de son nouveau contrat. Or ce n'est pas acceptable, tant pour l'exécution du travail, l'exemple donné aux autres, et le respect de limites qui ne peuvent être bafouées sans conséquence. Il a donc été décidé de remettre en question le renouvellement de contrat. En a découlé une longue discussion au sein de l'équipe d'encadrement.

Situation délicate puisque nous savions que de notre décision dépendait peut-être le retour en prison de Dany. Partisans du respect des limites et adeptes d'une nouvelle "dernière chance" ont échangé leurs points de vue. Manque de chance pour Dany : certains de mes collègues connaissaient la commerçante, âgée, qu'il avait "braquée" et réagissaient avec une partialité émotionnelle revendiquée. Le débat a été difficile et je me sentais assez mal à l'aise d'avoir un rôle qui s'assimilait à celui de juges, ce qui n'aurait pas dû être le cas.

Finalement au nom du respect des limites, qui est effectivement une des pierres angulaires pour "tenir" et soutenir un public en difficulté, souvent en manque de repères, il a été décidé que le non respect des engagements de Dany justifiait que son renouvellement soit annulé. Pour ma part j'étais très mitigé.

Le hasard des présences a fait que ce soit au partisan de l'ultime dernière chance et à moi-même de lui annoncer qu'il n'en bénéficierait pas. Malaise d'être les porte-paroles d'une décision collégiale qui n'avait pas nos faveurs...

Dany a écouté la sentence, d'abord imperturbablement, semblant acquiescer en hochant la tête. Il reconnaissait sa faute, mais n'en avait pas imaginé les conséquences. Puis il a laissé sortir son amertume : il avait fait des efforts et considérait qu'ils n'étaient pas reconnus. Il argumenta alors que d'avoir tenté de travailler n'avait servi à rien si c'était pour être ainsi jeté et qu'il n'avait qu'à retourner dans les trafics divers qui lui rapportaient « 200 euros par jour » auparavant. Je lui rappelai que les mises en gardes avaient été nombreuses, que nous avions souvent discuté avec lui et écouté sa façon de voir. Il se plaça alors en victime persécutée, imaginant que nous avions fait exprès de trouver un prétexte pour le rejeter et le renvoyer à son statut d'exclu. Sa haine de la société explosa en une phrase, visiblement bien rôdée : « la vie est une pute et il faut la baiser chaque matin ! ». J'ai tenté de lui rappeller que c'était bien lui qui avait transgressé ses engagements, comme il avait transgressé les lois, et qu'il était donc responsable de ce qui lui arrivait, mais Dany déjà se levait, visiblement dégoûté de la vie...

Avec mon collègue nous nous sommes regardés, encore plus mal à l'aise qu'en entrant. Visiblement Dany ne se rend pas compte de l'importance du respect de règles de vie en commun, applicables dans le cadre du travail. Mais surtout Dany nous a montré son mal-être, son sentiment que la vie ne l'épargne pas et que la société ne cesse de lui appuyer sur la tête alors qu'il fait des efforts...

Ébranlés, nous nous sommes ouverts à nos collègues de notre doute : fallait-il vraiment prendre le risque de renvoyer Dany vers la prison ? Ne pouvions nous pas lui offrir encore une chance ? Au moins celle de ne pas retourner vers ce vivier d'exclusion-rejet de la société qu'est la prison ? La discussion a été vive, entre ceux qui ont vu en face la détresse de Dany et ceux qui affirmaient que nous cherchions surtout à nous donner bonne conscience.

Il ne s'agissait pas de bonne conscience, mais d'humanité.

Finalement c'est ce côté qui l'a emporté et Dany restera avec nous. Au moins jusqu'à son prochain jugement. Nous aurons fait ce que nous pouvions pour lui donner, encore une fois, une chance. Il en a bien besoin...

Posté par Coeur de Pierre à 20:29 - Le monde tel qu'il est - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

11 novembre 2009

Le pantalon rouge

Mon grand-père n'a pas fait très longtemps la Grande Guerre, dont nous fêtons aujourd'hui l'armistice. Portant le pantalon rouge il a été blessé dès les premiers jours et laissé pour mort. Devenu prisonnier, envoyé dans un premier camp, transféré ensuite dans un autre en Allemagne ou en Pologne, il y resta jusqu'à la fin de la guerre.

bielowies2

Mon grand père était dessinateur dans l'âme. Je ne connais pas l'histoire exacte des quelques aquarelles que je présente mais je crois bien qu'il les a réalisées durant sa captivité. Le niveau de détail des uniformes, la dimension réduite des supports, semblent en attester. J'ignore comment il s'est débrouillé pour trouver papier et couleurs mais il est certain qu'il disposait de quelques moyens graphiques dans un des camps puisqu'il réalisait des petites affiches pour des pièces de théatre improvisées par les prisonniers. Il contribuait aussi à un modeste journal interne, qu'il illustrait et dans lequel il tenait une rubrique [une version antique du blog, en quelque sorte...]. Quoi qu'il en soit il a utilisé son talent pour représenter ce qu'il vivait. Le dessin ci-dessus, laissant imaginer des conditions d'hébergement sinistres, est le seul de cette tonalité qui soit parvenu jusqu'à nous. Tous les autres sont beaucoup plus humoristiques, laissant voir un certain regard porté sur des conditions de vie qui, pourtant, restaient très rudimentaires.

bielowies4
bielowies5

Outre une valeur historique ces dessins, presque centenaires, sont aussi, en ce qui me concerne, porteurs d'un autre message : la subjectivité d'un regard porté sur une réalité qui aurait pu être perçue comme tragique. Incontestablement mon grand-père à voulu garder, ou transmettre, quelque chose qu'il ressentait comme positif. Il avait alors une vingtaine d'années...

bielowies3
bielowies1

La silhouette de l'homme en pantalon rouge, à droite, semblant appuyé contre le cadre du dessin, pourrait bien être celle de mon grand-père se représentant en train de dessiner.

Puisque je suis en pleine période de psychogénéalogie ce grand-père est revenu au devant de ma scène intérieure. Avec une place toute particulière puisque, selon ma mère, je lui ressemble beaucoup. Dans les traces des représentations maternelles je crois ainsi avoir été "chargé" de je ne sais quel rôle. D'autant plus que le seul fils de mon grand-père s'est éteint lentement à l'âge de huit ans, condamné par une maladie alors incurable. Ce vrai fils avait fait de mon grand-père, enfant illégitime honteux de l'être, un vrai père. Je suis donc le premier descendant masculin du père de ma mère, et à ce titre porteur de valeurs et attentes héritées de cette lignée. J'entends par valeurs ce que l'on transmet à ses enfants en considérant que c'est important, en positif comme en négatif.

Ce qui m'a frappé, et bouleversé, lorsque s'est exprimé en moi ce qui avait infusé de l'histoire de mon grand-père, c'est que se retrouver loin de chez lui avait dû lui apporter une grande bouffée d'air. D'après ce que j'en sais [via la transmission orale maternelle] sa mère était étouffante et sévère. Elle lui interdisait de dessiner, considérant probablement que ce n'était pas sérieux. Mon grand-père, enfant, se faisait donc, à l'école comme à la maison, gronder quand il se laissait aller à son besoin d'expression artistique. Je crois que quatre ans de camp de prisonnier ont été pour lui, paradoxalement, quatre ans de liberté. Du moins d'une certaine forme de liberté...

Ah oui, au fait : mon premier métier était... dessinateur.

Posté par Coeur de Pierre à 12:46 - Ce qui me construit - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

09 novembre 2009

Ruptures d'amitié

« Je sais des amitiés fortes, vraies quand elles étaient, qui ne sont plus. Le pourquoi du comment est difficile à cerner. Tout au plus, je crois, arrive-t-on parfois à émettre des hypothèses sur les raisons de la rupture. Et une première difficulté est là, quand l'amitié était, tout pouvait être entre dit. Quand on est en rupture, on ne peut plus tout se dire ... et donc on se réduit à supposer. La deuxième difficulté est d'avoir la lucidité de se poser les vraies questions et encore plus de se construire les vraies réponses sur la responsabilité de la rupture. Je ne parle pas ici de culpabilité, de faute ou de je ne sais quoi. Je parle de cette réponse à donner au pourquoi? Sans concession, ni hargne que ce soit vis-à-vis de soi, de l'autre ou des autres qui sont intervenus dans la relation brisée (c'est, à mon avis, souvent dans un subtile mélange d'une relation à deux avec interférence que se fonde la rupture). La troisième difficulté est de revivre sans cette amitié... et c'est parfois cette difficulté qui est la plus grande. On se sent amputé d'une part de soi-même, d'une part profonde de soi-même et notre image à nos propres yeux en est altérée pour toujours... Je crois, en tous cas ... »

Commentaire de fc, lu chez Coumarine - "La mauvaise rencontre"

Posté par Coeur de Pierre à 00:04 - Amour et sentiments - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

08 novembre 2009

Qui parle à travers moi ?

Il y a quelques semaines j'ai participé à un stage de psychogénéalogie qui m'avait été proposé ainsi qu'à quelques unes de mes collègues de formation. Pour simplifier, la psychogénéalogie consiste à prendre conscience de l'héritage psychologique transmis par la famille à travers les générations. Nous ne naissons pas vierges, et nous ne grandissons pas dans un environnement neutre. Tout cela nous conditionne, nous oriente, en particulier dans l'enfance quand notre pensée de futur adulte se construit.

Serein, vaguement curieux, je suis allé à ce stage sans trop savoir ce que cela pourrait m'apporter. Je pensais bien connaître l'histoire de ma famille sans histoires...

Ouais... ben j'ai eu quelques surprises ! Une famille sans histoires ça n'existe pas. Il y a forcément une histoire psychologique, essentiellement non dite, non conscientisée. Alors j'ai eu des révélations, ne serait-ce qu'en traçant mon arbre psycho-généalogique. Mes larmes ont jailli au moment ou j'inscrivais certains noms, donnant simplement une place à des personnages qui, jusque-là, n'en avaient pas vraiment eue. Morts depuis longtemps, et bien avant ma naissance, ils n'en restaient pas moins "vivants" en moi. Je l'ignorais...

La psychogénéalogie c'est aussi un travail sur nos représentations : comment je vois mon père, ma mère, mes grands-parents et ancètres, mes frères et soeurs ? Comment je crois que les autres les perçoivent ? Comment je perçois l'histoire familiale ? Qui me l'a transmise ? Comment l'ai-je intégrée ? Qui a une place et qui n'en a pas ?

Et finalement... qui parle en moi quand je parle ? D'où me vient ce que je sais ? D'où me viennent mes représentations et qu'a t-on, inconsciemment ou pas, cherché à me transmettre, me faire croire ? Qu'est-ce que les mots ont caché, qu'est-ce que les silences expriment ?

Ce que je croyais être la réalité n'est qu'une réprésentation du réel. Et dans les représentations ce sont les fantasmes (l'imaginaire des peurs et désirs) qui parlent. Les miens et ceux de mes ascendants. Le passé tel qu'on a voulu le voir et me le faire voir. La parole des morts s'exprime encore en moi... qui l'ai transmise à mes enfants.

A l'issue du stage il nous a été demandé de ne pas parler, pendant quarante jours, de ce qui avait exsudé de ce travail sur la psychologie familiale. De ne pas trop y penser. J'ai donc laissé de côté tout ça, me demandant si ça allait finalement m'apporter quelque chose de suivre ces amorces de pistes...

Les quarante jours sont passés. À peu de choses près c'est à ce moment-là que quelque chose de profond s'est réveillé en moi, autour de la notion, ô combien importante, de lien. Liens, relations, fidélité, amour, amitié, frère... Il en est ressorti plusieurs textes ici, dont un particulièrement lourd qui s'est mis à labourer mes pensées, déclenchant des répercussions éloignées.

Et, les *hasards* faisant bien les choses, c'est quelques jours plus tard que j'ai eu un très long entretien avec la psychogénéalogiste. C'est, plus probablement, en sachant que cet entretien approchait que s'est "préparé" quelque chose en moi, ouvrant des portes et des tiroirs longtemps restés fermés. Avec elle j'ai travaillé sur le présent : où en suis-je, maintenant, avec cet héritage familial ? Qu'est-ce que je vis en ce moment ? C'est là que j'ai parlé de mon frère... de mes amours... de mon ex-couple... de mes relations affectives. De mon refus de toute idée de dépendance. C'est là que sont apparus des liens inattendus avec le passé, des similitudes entre différentes personnalités, la reproduction de certains schémas familiaux et systèmes de fonctionnements de couple.

Je me suis vu sous l'emprise de tout un tas de choses qui me dépassent, des réactions qui viennent de plus loin que moi. J'ai réalisé que, dans mes choix et actes, il y a parfois quelque chose de « plus fort que moi » qui me domine.

C'est amusant de constater ça... mais finalement un peu effrayant. Ainsi je ne suis pas libre ! Ce que je crois être ma liberté, celle que je cherche à conquérir davantage, ne serait qu'une réponse à des injonctions silencieuses, des réactions à un passé trop lourd ?

Mes choix relationnels ne sont pas neutres mais conditionnés par mes représentations, par ce que je cherche à "réparer" en moi... ou dans des histoires plus anciennes. Mes amours ce n'est pas vraiment moi qui les ai choisis, mais quelque chose en moi qui avait "besoin" de ce type de relation, de ce genre de personnalité. Ainsi je reproduis des schémas, réponds à des attentes inconscientes...

Envers quelles histoires passées ai-je une fidélité ? Envers qui suis-je pris dans une loyauté ? Qu'est-ce que je cherche à réparer ? Sous quelles emprises me suis-je soumis ? Qu'est-ce qui me fait choisir et agir dans telle direction ? Voilà ce que j'ai à découvrir...

Cette prise de conscience est déstabilisante. Profondément. Elle me perturbe. C'est la remise en question de ce que je suis. C'est aussi, assurément, une façon de réinterroger mes représentations en me demandant d'où elles viennent. Ma véritable liberté personnelle en dépend...

Qui parle à travers moi ?

IMGP7089

Hêtres tortueux

Posté par Coeur de Pierre à 10:32 - Ce qui me construit - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

07 novembre 2009

Éclats d'octobre

L'automne se consume lentement et s'éteint sous les pluies froides. Les sommets sont déjà en hiver tandis qu'au pied des montagnes les colorations des feuillages sont encore vives.

Les automnes québecois sont réputés pour leurs colorations, à juste titre, mais cette années le nôtre n'a pas démérité. Il a prolongé mon plaisir d'outre atlantique en m'offrant une seconde tournée de ce grand spectacle. Je n'ai pas résiste au plaisir de saisir les tableaux naturels composés par des assemblages inattendus, prenant encore davantage de photos que les années précédentes.

Et puis... j'ai un petit privilège : je dispose chaque année de mon petit spectacle particulier. Mon jardin est planté de nombreuses espèces choisies pour leur éclat d'octobre. Et chaque année je suis surpris par des accords de couleurs encore jamais vus...

IMGP6968
IMGP6754
IMGP6607
IMGP6400
IMGP6644
IMGP6736

Posté par Coeur de Pierre à 23:42 - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

Ambivalence et dépendance

Il y a longtemps que je ne me suis pas ouvertement interrogé sur ma pratique de l'écriture publique. Pourtant ce sont des pensées qui me reviennent régulièrement mais que je tais parce que....  parce que... le croirez-vous : je déteste écrire (ou parler) sur moi publiquement.

Surprenant, non ?

Non, c'est plus complexe que ça et nettement plus ambivalent ! En fait il m'arrive de ressentir le besoin d'écrire à mon sujet mais je déteste alors le fait d'en avoir besoin ! À ces moments-là c'est toute ma dépendance à une image de moi en besoin de réassurance et d'affirmation que j'expose sans pudeur. Un égo qui se cherche et dont je ne cache pas la sensibilité. Lorsque je cède et libère le flot de mes maux intimes je me sens prétentieux et infatué, semblant ne pas me soucier du fait que ma vision étroite de mon monde minuscule s'étale aussi largement que s'il s'agissait d'une pensée géniale digne d'être abondamment diffusée.

Je me disculpe en me disant qu'il est nécessaire et sain que je réponde à ce besoin [qui sous-entend, gêne supplémentaire, que mes autres besoins sont satisfaits...] et que c'est la meilleure façon de le réduire. Démarche introspective, que j'essaie de poursuivre sans trop de complaisance, l'écriture publique me permet de mieux me connaître, avec tous les avantages que cela induit : c'est une façon de cerner qui je suis et de conquérir une confiance en mes pensées. Avec, au final, une capacité d'échange avec autrui amplifiée.

Cependant, m'appesantir publiquement sur mon égo m'étant assez pénible à vivre, je le fais au prix d'un certain mal-être post scriptum. Parfois à la limite du supportable, avec la tentation de tout effacer. J'entre alors en silence, dans un repli solitaire qui me maintient à l'abri des regards. Façon de respecter mes limites d'exposition en revenant dans mes zones d'équilibre.

Il arrive, pour éviter cet écueil, que je me détourne des pensées égocentrées et tente d'élargir le champ de mes investigations en généralisant ce que je constate, non seulement en moi mais aussi autour de moi. Très vite je réalise que je n'ai d'autre légitimité qu'une interprétation subjective, éventuellement soutenue par un savoir théorique. C'est peu ! Ce qui me ramène souvent à m'astreindre au "Je" pour bien rester à ma place. Avec les inconvénients du malaise sus-cité...

Bref... quand je suis en période de "travail" sur mes représentations il m'est parfois assez compliqué d'écrire ici, en public et exposé aux commentaires.

Me vient alors la tentation de retourner vers un espace plus intime où je pourrais m'épancher avec une liberté accrue. Je pense là à mon journal en ligne, actuellement délaissé, nettement plus confidentiel. Il présente le grand avantage de n'être clairement qu'à moi, c'est à dire qu'aucune interaction publique avec vous, lectrices et lecteurs, n'y est visible. Ce qui s'échange se fait en toute discrétion et j'aime assez cette part privée. Cela m'est plus... confortable.

Cependant, je le répète souvent et vous le constatez autant que moi, vos commentaires riches et porteurs de différence me sont souvent une assistance précieuse. Ils me permettent d'aller vers cette destination que je chéris tant : « plus loin ». Par ailleurs je sais, parce que certain-e-s d'entre vous me l'écrivent régulièrement, que mes réflexions - et les commentaires qui les complètent - participent a votre cheminement. Pour moi c'est extrêmement important parce que cela légitime que je continue : mon égo est utile à l'altérité. Je "donne" de moi en échange de votre regard et de vos appréciations. Sans cela je crois que j'aurais depuis longtemps disparu de mon petit coin de scène blogosphérienne.

S'ajoutent à cette notable ambivalence quelques effets parasites avec lesquels j'ai un rapport des plus ambigus. A tel point que ça devient parfois un véritable casse-tête de m'épancher avec spontanéité ! Le langage photographique qui prend peu à peu place ici en témoigne.

Je pense à deux aspects en particulier. Le premier c'est que vos commentaires, et surtout vos appréciations, constituent pour moi des "signes de reconnaissance". Or c'est une substance dont j'ai cruellement manqué quand j'en aurais eu besoin, dans ma jeunesse. J'ai donc une insécurité à ce niveau et j'ai... hum... besoin d'un rappel constant que je vaux quelque chose. Je n'ai pas besoin de beaucoup, mais à petites doses régulières. D'ailleurs je sature très vite en ressentant un "trop" qui m'indispose. Vos regards m'apportent cette reconnaissance mais mon souci c'est qu'il m'arrive d'en devenir "dépendant". À ces moments-là je me pose des questions si je n'en reçois pas. En quelque sorte j'en attends et... je déteste ça !!! Je déteste la dépendance à quoi que ce soit !

Dépendance à l'expression publique et aux commentaires qui en découlent ! Dépendance à l'appréciation des autres... Quelle renoncement à la liberté !

L'autre aspect parasite est bien plus difficile à décrire, bien que je sache parfaitement en quoi il consiste. Il n'aura échappé à personne que je parle beaucoup, et de façon récurrente, de relations. Notamment autour de l'amitié, de l'amour, du désir. Bien plus rarement autour de la famille et du travail. Parfois je digresse, ou explore la périphérie, mais le coeur de mon propos reste stable : l'affectif dans les relations. Or je crois savoir pourquoi je « tourne autour du pot » indéfiniment : je m'empêche de rentrer vraiment dans le vif de ce qui me préoccupe. Pour une raison très simple : ma subjectivité, mes ressentis, mes interprétations, risquent fort de ne pas correspondre à la subjectivité de personnes qui me lisent et avec qui, quelles qu'en soient les modalités, je suis en lien. Et ce d'autant plus que le lien est disons... non-fluide. Or je tiens à ne vexer personne et à respecter une certaine confidentialité, ce qui me contraint à passer sous silence... le coeur de ce que je voudrais explorer !

Compliqué d'écrire, vous dis-je !

Mais, ô paradoxes et contradictions, c'est aussi cette retenue volontaire qui me pousse à arpenter des zones d'ombre et de lumières qui seraient restées en marge si je m'étais senti totalement libre. Aller droit au but n'est pas forcément le chemin exploratoire le plus judicieux à long terme.

Conclusion : plus ma recherche de liberté d'expression progresse et plus celle-ci est complexifiée par des contraintes qui l'enrichissent. Ce cercle vertueux est parfois difficile à tenir mais je me demande si je n'apprécie pas d'avoir une certaine dose de difficulté...

C'est ce qui fait toute la saveur [ou l'ennui ?] de ce que vous trouvez sur ce blog.

IMGP6777

Se faire remarquer...

Posté par Coeur de Pierre à 20:37 - Pourquoi écrire en ligne ? - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

02 novembre 2009

Saupoudrage

La montagne que j'ai gravie hier attendait l'hiver...

IMGP7230

... elle en était saupoudrée ce matin.

Posté par Coeur de Pierre à 22:56 - Photo - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Randonnée rousse

Quittant les dernières colorations d'automne pour une randonnée solitaire,
j'ai traversé des paysages roux pour atteindre les sommets attendant l'hiver.

IMGP6988
IMGP6991
IMGP7035
IMGP7057
IMGP7074
IMGP7108
aigle

Un aigle dans le ciel...

IMGP7155

Massif de Chartreuse

Posté par Coeur de Pierre à 01:17 - Photo - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

31 octobre 2009

Court-circuit

refletDepuis quelques jours je me sens vidé. Complètement à plat. La comparaison qui me vient est celle d'une batterie : j'ai l'impression que mon énergie vitale, accumulée et entretenue jour après jour, s'est déchargée en très peu de temps. Comme s'il y avait eu un court-circuit. Il en résulte une importante fatigue, qui me fait m'endormir très tôt en soirée.

J'ai rapidement trouvé une explication probable... mais j'en ai cherché d'autres [je pourrais me demander pourquoi j'en ai cherché d'autres...].

La dernière venue, la plus rationnelle, pourrait être le passage à l'heure d'hiver, le week-end dernier. Sauf que je ne suis habituellement pas dérangé par cet ajustement bi-annuel. Pas plus que par des décalages horaires importants lorsque je voyage. L'ampleur de ma fatigue actuelle me parait donc disproportionnée avec ce facteur.

Côté travail, bien que j'arpente avec mon équipe des chemins de montagne, il n'y a pas de quoi m'épuiser. D'autant moins que le magnifique spectacle des forêts colorées et des montagnes serait plutôt de nature à raviver mon énergie !

Il se pourrait bien, alors, que ce soit le fait de m'être... déchargé de ce traumatisme d'une confiance déchirée. J'en évalue mal l'importance, bien que j'en sache la charge émotionnelle. Dans quelle mesure ma vie relationnelle a t-elle été conditionnée par la "perte" de ce frère-ami ? Je crois que le refoulement du traumatisme le rend assez opaque à ma conscience. Je l'ai très longtemps minimisé, considérant que ce n'était qu'une pénible péripétie de ma pré-adolescence, cause partielle d'un repli solitaire précoce. Jusqu'à ce que l'importance de ce que j'ai ressenti comme une trahison ne se révèle lentement, par prises de conscience successives et en étapes très espacées, au cours de mes années d'introspection. C'est finalement au cours d'une séance de thérapie que, submergé par un flot d'émotion totalement insoupçonné, je me suis entendu dire ce que j'avais enfoui : une profonde tristesse face à la "disparition" de ce frère-ami. C'était il y a peut-être quatre ou cinq ans, alors que j'avais le besoin impérieux de comprendre pourquoi j'étais tellement profondément atteint en subissant la... disparition d'une grande amitié amoureuse.

Je sens bien que ces deux évènements sont étroitement liés. Je sais bien qu'il y a eu une répétition et que ce n'était pas la première fois. Je sais aussi que ces deux évènements bornent chacun une extrêmité d'un même série d'épisodes traumatiques : le premier l'a ouverte et le dernier la clôturera. À tout prix. J'ai fait le choix délibéré de ne plus jamais vivre le sentiment de trahison. Il est beaucoup trop mortifère pour être répété. C'est pour répondre à cette décision que j'ai entrepris, presque malgré moi, de changer radicalement ma façon de me lier. Je suis devenu "solitaire" dans l'âme. Ou autrement dit "affectivement autonome". Cela ne m'empêche nullement de me lier, y compris de façon proche, mais... autrement. Plus comme auparavant.

C'est pour moi un énorme changement, à l'oeuvre depuis plus de cinq ans. C'est en cela que je considère ces traumatismes comme des "chances" puisque mon évolution y est directement liée. Le premier en me poussant vers l'intériorité, le second en me libérant de la peur de l'abandon. Ou plus exactement en me permettant de trouver une stratégie pour faire avec cette peur... ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Je n'ai pas supprimé ma peur : j'évite simplement de me mettre en danger. Ma liberté à cet égard ne s'exerce qu'entre les limites que je me suis donné.

Voila pourquoi je ne suis plus devenu amoureux des femmes avec qui se sont nouées des relations d'intimité. Voila pourquoi je reste aussi farouchement "libre", refusant de prendre le risque d'une dépendance affective. Ce que je construis avec elles, entre confiance et affectif, se situe dans l'envie et le constat. Pas dans le besoin et l'attente. Et exclusivement au présent.

Quant à l'amitié... je dirais presque qu'elle doit passer par l'épreuve du feu : soit que la confiance n'ait jamais été endommagée, soit qu'après l'avoir été, à quelque degré que ce soit, il y ait eu reconnaissance du préjudice. Certaines des personnes que je considère comme amies aujourd'hui m'ont parfois involontairement blessé, dans le passé. Mais leur capacité à se remettre en question, en acceptant et reconnaîssant ma blessure affective, sans la minimiser, a restauré la confiance. Probablement plus solidement. Cela est toujours passé par un libre dialogue, cela va de soi...

Quel est le rapport avec l'épuisement évoqué en début de ce billet ? Aucun, directement. Mis à part le fait qu'évoquer ce qui s'est passé avec mon frère à ravivé une sensation d'impuissance à "réparer" une autre relation essentielle dans laquelle j'ai impulsé beaucoup, beaucoup, d'énergie... sans, jusqu'à ce jour, parvenir à ce que je souhaitais. Et je crois que, par le faux hasard des coïncidences, c'est la vraie raison de ma fatigue subite...

Il est important que j'en aie conscience afin que je cesse de m'exposer à ce genre de situation.

IMGP5939

Posté par Coeur de Pierre à 11:34 - Amour et sentiments - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
Page suivante »