Alter et ego (Carnet)

25 octobre 2014

L'inspiration suspendue

Depuis plusieurs mois mon inspiration est en basses eaux. Quelques billets viennent sporadiquement s'échouer sur la page, à intervalle un peu trop espacé à mon goût... J'aimais bien lorsque l'inspiration arrivait avec la régularité de vagues quotidiennes. Je pouvais plonger sans problème dans leur profondeur en en sortir des textes d'au moins quinze pages [j'exagère un peu...] suscitant des salves de commentaires éclairés clamés par un lectorat enthousiaste [ouais, j'exagère encore]. Certes j'y passais du temps et cela présentait quelques inconvénients quant à la diversité de mes loisirs...

Aujourd'hui il me reste encore ce réflexe de me mettre devant mon ordinateur, regarder mon clavier avec l'envie de lui pianoter frénétiquement les touches mais... rien ne vient. Faute d'inspiration ma main, un temps suspendue, retombe mollement, vaincue. Alors je n'insiste pas : l'inspiration c'est là ou pas !

Je n'en déduirai pas que je suis "au bout de l'inspiration" [il ne me resterait plus qu'à expirer, hein ?], mais peut-être suis-je parvenu au bout d'une thématique inspirante. Celle qui a été à l'origine de ce blog et que je n'aborde plus vraiment : les relations affectivo-physico-sentimentalo-intellectuelles plus ou moins amicalo-amoureuses, sexo-platoniques et libro-fidèles [avec tout ce que le mélange des parfums peut entraîner comme variations de goût]. Je ne peux pas dire que je ne me sens plus concerné, ni intéressé, mais disons que... ça ne me questionne plus vraiment. En tout cas il n'y a rien de nouveau dans ma réflexion à ce sujet.

D'abord parce que je ne cherche pas les nouvelles rencontres [quoique...], acceptant librement d'être sous le contrôle souple mais vigilant de celle qui ne m'ouvre son intériorité qu'à condition d'exclusivité [hmmouais...]. Ensuite parce que les éventuelles tribulations qu'il m'arrive de vivre sont fort modérées et ne me posent pas de problème majeur, ni même mineur. Et puis bon, mon passé antébloguien ayant été marqué par de mauvaises habitudes quant à ce qui peut se raconter publiquement de l'intimité entre deux personnes, cela a laissé des traces. N'ayant pas toujours fait les meilleurs choix en matière de confidentialité j'en ai gardé des réflexes de prudence. Résultat : il est devenu rare que je dévoile ce qui concerne mon relationnel avec autrui [dommage, c'est ce qui m'inspirait le plus... et vous intéressait tout autant, hé hé...].

Il y a une autre raison à mon engourdissement scriptural, que j'ai régulièrement évoquée et qui ne peut que s'aggraver : la "disparition" de la plupart de ceux avec qui une lecture affinitaire croisée s'était instaurée au fil des ans. Je parle non seulement de ceux qui étaient contemporains de mes débuts, mais aussi de ceux des "générations" suivantes (disons qu'une génération, dans le monde des blogs, c'est environ 3 ans). Comptez les blogueurs que vous lisez qui dépassent les deux générations et vous verrez qu'il ne sont guère nombreux. Alors imaginez combien il peut rester de ceux qui ont connu plus de 4 ou 5 générations... 

Bref : j'en viens à me dire qu'il serait peut-être intéressant/stimulant/dynamisant d'aborder de nouvelles thématiques. Mais l'inspiration ne m'est pas encore venue...

 

Trajectoires croisées

Croisement de trajectoires, traces éphémères

 

 

 

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24 octobre 2014

Inaccessible

En ce moment je suis plus inspiré par les paysages que par les mots...

 

 

Mont Aiguille

Le Mont-Aiguille (Vercors)
Autrefois appelé Mons inaccessibilis, il est considéré comme
le premier sommet officiellement escaladé, en 1492

 

Mont Aiguille 2

 

 

 

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20 octobre 2014

Vagabondage d'automne

Parfois je pars au bout du monde pour m'extasier devant des paysages sublimes.
Ceux que j'ai à ma porte n'ont pourtant rien à leur envier.

 

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Chartreuse, secteur des Entremonts, samedi 18 octobre 2014
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NB : Je suis en vacances vagabondes et ma présence sur ce blog ne saurait être que fortuite et intermittente.

 

 

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17 octobre 2014

Deux mondes

À la recherche de nourriture intellectuelle facile à ingurgiter il m'arrive [un peu trop] souvent de m'installer devant ma télé en quête de documentaires. Je ne trouve évidemment pas toujours de quoi me sustenter qualitativement mais c'est aussi une façon de voir ce qu'est le monde...

Hier soir le hasard m'a placé devant deux invités pour lesquels j'ai de l'estime : Pierre Rabhi et Matthieu Ricard. Le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll, était le troisième invité de l'émission. Faisant abstraction de mes réticences quant à l'animateur, l'agaçant Franz-Olivier Giesbert, je me suis en revanche laissé séduire par ses trois charmantes comparses : Mazarine Pingeot, Géraldine Mulhmann et Eliette Abécassis. Le présentateur vanta d'ailleurs les mérites de ces trois dernières, agrégées de philosophie que les télés du monde entier nous envieraient.

Thème de la soirée : le bonheur est-il dans le pré ?
J'aurais dû me méfier de ce titre facile...

La parole de Pierre Rabhi, pétrie d'expérience et d'humilité, fut d'emblée sobre et limpide. Sa connaissances des équilibres écologiques et agriculturaux, sa perception du rapport de l'homme à la nature fait référence. Celle de Mathieu Ricard, qui vient de publier un "Plaidoyer pour les animaux" était pleine d'humanité, de respect et d'intelligence. Les deux hommes se sont exprimés en toute modestie, partageant simplement leur expérience personnelle et leur approche de la vie.

J'attendais des trois jeunes femmes chargées de les questionner qu'elles mettent leur intelligence au service des deux consciences éclairées qui leur faisaient face. Hélas... leur manque de connaissances se révéla rapidement flagrant, avec un formatage des idées montrant la distance qui les séparait du niveau de conscience de leurs deux interlocuteurs. Les assertions simplistes et éculées des intellectuelles montraient leur incapacité à se hisser à un autre paradigme, si bien que leur jeunesse, dont je m'imaginais qu'elle aurait pû être porteuse d'approches novatrices... me sembla finalement très solidement ancrée dans des modes de pensée rétrogrades. J'ai eu l'impression de voir trois ignorantes cherchant à mordre des rais de lumière.

Ces trois femmes, dans une consternante unanimité, plaçaient l'humanité au centre de leur préoccupations et regardaient avec une vague condescendance les neux "naïfs" qu'elles avaient en face d'elles. Deux illuminés faisant preuve d'angélisme, incapables de voir que « la nature est dangereuse » et qu'il faut donc s'en protéger ! Pour l'une d'elle l'homme est fondamentalement violent, ce qu'elle prouvait par un argument imparable « il n'y a qu'à regarder les cours de récréation ! ». Quelle piètre spectacle que de voir ces femmes intelligentes engoncées dans une vision figée des rapports de l'homme avec la planète, les animaux, la science...

Le Ministre, qui parfois s'est parfois montré ouvert à une autre forme d'agriculture, plus respectueuse de la biodiversité, s'est en revanche montré très péremptoire sur la cause animale. Pour lui l'affaire est entendue : l'animal reste au service de l'homme. Point. Et face aux 60 milliards d'animaux que l'on tue chaque année pour satisfaire les appétits carnassiers de l'humanité, il a cette répartie déconcertante : sans l'homme tous ces animaux n'auraient pas existé ! 

Un "argument" immédiatement repris par l'histrion Giesbert et brandi devant Mathieu Ricard « Ah, là le ministre marque un gros point, hein ?! Qu'en pensez-vous ? ». Aucune des trois femmes n'a bronché, montrant combien le discours du ministre s'accordait parfaitement avec le leur. Bravo pour l'impartialité du "débat"...

Ce qui m'a le plus déçu, et même attristé [déclenchant mon envie d'écrire ce billet], a été de voir que les trois représentantes de la "jeune" génération étaient encore à ce point archaïques dans leur représentation du monde. Surpris aussi de voir que les deux sages avaient une sensibilité et une douceur que l'on pourrait qualifier de "féminine" alors que les trois femmes, toutes séduisantes qu'elles soient, faisaient preuve d'une arrogance et d'une agressivité bien "masculine". Deux mondes se faisaient face à face : celui du passé, productiviste et humano-centré, qui considère que la nature est au service de l'homme et qu'il lui revient de la dominer; celui de l'avenir, qui a compris que l'avenir de l'homme s'inscrit dans un respect du milieu dont il est partie prenante.

À la fin de l'émission Pierre Rabhi, déconcerté par cette différence de plans de discussion, sembla se demander ce qu'il était venu faire dans cette rencontre.

Franz-Olivier Giesbert, lui, semblait ravi.

 

  • L'émission est ici

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08 octobre 2014

La solitude nécessaire

Voilà plusieurs jours que je n'ai pas écrit. Panne d'inspiration.
Ce n'est pas la première fois...

Il me semble que ça m'arrive lorsque je suis trop occupé, c'est à dire lorsque je ne dispose pas de suffisamment de temps en solitaire. J'ai besoin de pouvoir être régulièrement "seul avec moi-même" pour que s'élaborent mes pensées; pour réfléchir dans la lenteur; pour flâner, contempler, ressentir... et écrire.

Faute de quoi je me replie sur mon centre, afin de retrouver mon équilibre

Il me semble qu'il y a des gens qui ont besoin d'avoir une vie relationnelle intense et de multiples activités pour se sentir vivre. Pour moi c'est l'inverse : passer trop de temps avec les autres [y compris ceux que j'aime...] m'éloigne de ma ligne d'équilibre et me rend indisponible... à les accueillir [reçevoir, écouter...]. Mon ouverture à l'alterité dépend de celle que je me suis accordée auparavant. Autrement dit : plus j'ai pu être seul et me ressourcer, plus je peux aller vers les autres !

La solitude m'est nécessaire.
Vitale.

 

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Prendre le temps de voir les saisons passer...

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26 septembre 2014

L'extase en solitaire

L'année dernière, à la même date, j'étais là-bas...

 

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Dans ma troisième traversée d'automne québecois en solitaire, je louvoyais en cherchant les meilleurs conditions de couleurs et de lumière. C'est ainsi qu'au petit bonheur la chance j'ai trouvé des lieux qui m'ont enchanté, subjugué, séduit. Chacun de mes séjours a révélé son lot de surprises, avec des instants de grâce lorsque tout à coup le spectacle qui s'offrait à moi m'ébahissait. Forêts, lacs, montagnes, plages, autant de combinaisons de lieux où la beauté pure a pu me saisir. J'ai souvent jubilé : Mais que c'est beau ! 

J'aime tellement ces territoires que je me sens définitivement imprégné de leurs couleurs et ambiances sauvages. Longtemps après me reviennent, au contact de l'air sur la peau, à l'éclat d'une lumière, à un souffle d'air frais, les souvenirs sensoriels de ces lieux étonnamment hospitaliers. Là-bas je me sens un peu "chez moi".

Je crois pourtant que l'éloignement est pour beaucoup dans le plaisir ressenti. J'aime sentir le parfum grisant de l'incertitude, me laisser happer par l'ineffable douceur de l'inconnu, vibrer dans la découverte.

 

 

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Car, au delà de la saison des couleurs, il y a la satisfaction du voyage en solitaire.

Face à des paysages grandioses ou humbles les bonheurs que j'ai ressentis dans la solitude sont parmi les plus intenses de mon existence. Je ne crois pas qu'ils auraient été aussi puissants s'ils avaient dûs être partagés dans un état d'harmonie et de connivence ne confinant pas à la perfection...

L'extase a ses exigences !

Les colorations d'automne me ravissent, les terres de nature m'exaltent, la solitude des grands espaces m'emporte. Cette année je vais tenter de trouver cette conjonction en France.

 

 

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24 septembre 2014

Le temps du voyage

Mon plus jeune fils (25 ans) vivait à Beyrouth depuis plus de deux ans, où il travaillait pour le compte d'une ONG. Il y a un mois il a quitté le Liban pour revenir en France. Plutôt que d'effectuer une transition rapide en quelques heures d'avion il a préféré prendre le temps du voyage. Passionné d'histoire et curieux des autres cultures, il aime observer leurs transitions et découvrir leur réalité. Il aime sentir la distance se parcourir. Pour lui le voyage n'est pas un passage obligé mais une occasion de découverte.

Une première fois il avait fait le trajet en stop, avec deux amis, à travers la Turquie, la Bulgarie, la Bosnie, la Slovénie...
Cette fois il a choisi de rentrer en moto. Seul.

J'ai trouvé ça audacieux. Un brin téméraire, même, puisqu'il n'avait jamais conduit de moto auparavant ! Mais il s'est débrouillé pour passer son permis là-bas et s'acheter l'engin adéquat. Bon, je ne suis pas d'un naturel anxieux mais j'avoue que là j'avais une petite appréhension. Euh... seul dans un pays aussi vaste que la Turquie ? Et s'il lui arrivait quelque chose ? Un accident, une mauvaise rencontre ? D'un autre côté je trouvais que c'était vraiment un beau projet, une chance qu'il s'accordait de mieux connaître le monde. Et puis c'est un garçon posé et réfléchi, sensé, et j'avais confiance en sa capacité de discernement.

De temps en temps il a envoyé un mail collectif, informant de l'avancée de son trajet, racontant quelques péripéties, décrivant les régions traversées à travers la Turquie, la Grèce, l'Italie... À chaque fois j'en ai été rassuré. Plus je le sentais s'approcher, plus j'avais l'impression que les risque diminuaient. C'est un peu bête, parce qu'un accident peut arriver n'importe où.

Samedi soir il est enfin arrivé, tout content, klaxonnant sur sa moto rouge. Il m'a raconté des bribes de son périple de 7.000 km. La Turquie sauvage, les routes sinueuses, les vallées désertes, les villages isolés, la ruralité sobre et généreuse. Et puis les villes anciennes, les monuments antiques. La Grèce sous la pluie, la Toscane et Florence. Il a des images et de sensations plein la tête. Il s'est tellement nourri les sens et l'esprit qu'il n'est pas sûr d'avoir tout enregistré.

Les jeunes d'aujourd'hui m'impressionnent par leur facilité à parcourir le monde, à s'adapter, se débrouiller. On dirait que ça leur paraît naturel. Volontiers entreprenants ils semblent confiants, sans craintes. Je suis admiratif.

Je ne sais pas si j'oserais entreprendre un tel voyage.

 

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Un peu de poussière venue de loin...

 

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18 septembre 2014

L'envie d'écrire

Le mois dernier un des plus anciens écrivant du net a posé un point final à son blog. Je le lisais depuis plus de dix ans. Il y a une semaine c'était au tour d'une blogueuse autrefois fort active d'annoncer, elle aussi, qu'elle mettait un terme à dix ans d'écriture. Bien que je connusse leurs auteurs et les suivisse depuis toutes ces années, j'ai fort bien accepté ces fermetures. Elles avaient quelque chose de naturel et j'y étais prêt. Et puis j'en ai tant vu disparaître avant eux ! À force on s'habitue...

Mais la question de ma propre durée d'écriture s'invite à chaque fois que j'en vois un ou une qui, après si longtemps, arrête : jusqu'à quand vais-je continuer ? Bon... j'avoue que cela ne va pas au delà de la question. La réponse aura son évidence le moment venu, s'il vient un jour.

« On n'arrête pas d'écrire, ou cela se produit comme lorsque l'on cesse de respirer. Car c'est en nous, dans notre force intime. »

Cette phrase, lue dans la suite de commentaires d'un des blogs sus-cités a retenue mon attention. Ce n'est pas la première fois que je lis cette idée qu'on ne cesserait pas d'écrire, ou que cette forme d'expression aurait quelque chose de vital. Personnellement j'ai des doutes... Je crois que l'écriture peut fort bien correspondre à une nécessité durant une période de l'existence, dont rien ne dit qu'elle se prolongera indéfiniment. Les exemples sont nombreux de ces écrivants du net ayant cessé après quelques années de pratique assidue. Par ailleurs je suis bien placé pour savoir, après avoir plusieurs fois changé de métier, que ce qui semble constitutif de soi peut largement évoluer, jusqu'à quasiment disparaître. Alors je ne crois pas que l'écriture fasse exception. Mais il peut paraître rassurant de penser, surtout pour l'entourage, qu'on ne change pas vraiment...

Un jour, peut-être, je ne ressentirai plus l'envie d'écrire.

 

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Des lignes sur la toile
(Toile d'Argyope)

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11 septembre 2014

Tout va bien !

On s'est inquiété de mon mutisme. C'est souvent le cas lorsqu'un blogueur [masculin grammatical] ne publie pas durant un délai qui dépasse ses habitudes. Cela m'est déjà arrivé dans le passé et il est toujours venu une lectrice [féminin par réalité] pour me demander si tout allait bien.

Figurez-vous que de mon côté je me demandais, non pas si j'allais bien, mais quelles pouvaient être les raisons de mon silence. Aucun évènement saillant ne pouvant expliquer cette situation, j'en ai conclu qu'il s'agissait probablement d'une convergence de faits mineurs, parmi lesquels :

  • un travail fort prenant, qui m'occupe l'esprit toute la journée et absorbe forcément une énergie qui fait défaut le reste du temps
  • le retour des beaux jours, après un été qui en a singulièrement manqué, m'attirant au dehors.

Voilà pour les raisons compréhensibles par tout un chacun. Il y en d'autres, que peut-être seuls les "écrivants du net" comprendront :

  • la "fin" récente de quelques blogs-amis que je lisais depuis une dizaine d'années. Suite logique et inévitable d'une érosion lente et continue, la raréfaction des témoins des origines ravive une nouvelle fois le sens de ma propre continuation : jusqu'à quand ?
  • parallèlement une certaine "usure" de ma pratique de blogueur, quoique cette sensation fluctuante se soit déjà produite; avec là encore une question : que dire encore ? N'y a t'il pas risque de répétition, voire de rabougrissement ?
  • le sentiment un peu bizarre de faire partie d'une myriade de "parleurs de soi", racontant chacun les menus détails de son quotidien. Est-ce vraiment utile ? Qu'est-ce que cela apporte au sens du monde ?

Je ressens l'envie de parler d'autres choses que de futilités plus ou moins égocentrées, diffusées à un petit cercle d'entre-soi. Tout cela me semble - sans idée de jugement - un peu étriqué ; manquer d'amplitude et de souffle. Mais que puis-je apporter d'autre que ce qui me touche ? Que puis-je exprimer d'autre que ce qui m'anime et m'émeut à l'échelle réduite de mon petit monde ?

À une autre échelle le grand monde, à la fois immensément vaste et circonscrit aux dimensions de notre planète, me donnerait presque le vertige. Sans parler de la montée en puissance d'un obscurantisme religieux, fort peu réjouissant, notre monde m'inquiète quelque peu avec son dérèglement climatique en cours, aux perspectives apocalyptiques, ainsi que par la surexploitation suicidaire des ressources naturelles sur fond de logiques financières à courte vue. De sombres scénarios semblent se profiler. À côté de ça les préoccupations nombrilo-centrées de la sphère médiatico-hexagonales, dont les échos ne me parviennent plus que de loin en loin, sont d'une importance très, très, relative.

Alors, puisque mon pouvoir à faire changer les choses est infinitésimal, j'ai choisi de porter mon attention sur mon propre équilibre. Je fais en sorte de vivre bien, et j'y parviens. J'en veux pour preuve cet extrait d'une conversation, dans laquelle je suis entré par hasard parmi mes collègues :

P. [émotif] : on a tous besoin d'amour, besoin d'avoir un(e) autre près de soi.

X. [pragmatique] : C'est ça notre difficulté : on a toujours ce manque d'amour en nous

L. [le psychologue du groupe]: C'est normal, le manque fait intrinsèquement partie de la vie, donc il y a toujours souffrance.

Moi : Mouais... plus ou moins. Si le manque est bien le moteur du désir, il ne crée de la souffrance que lorsqu'il est besoin de ce qui ne dépend pas de soi. Je peux avoir envie sans souffrir de ne pas obtenir. Ne pas être en état de dépendance...

X. [se faisant complice] : Toi t'as tout compris. Ça se sent que tu es bien dans ta vie. Regardez-le, il vit seul, sans femme, et il est heureux ! Il a trouvé son équilibre avec sa vie tranquille, et personne qui l'emmerde...

Moi [sans préciser les approximations] : disons que je sais ce que je veux et ce dont je ne veux pas :)

P. [mystique] : Tu as trouvé la béatitude !?

Non, je n'ai certainement pas trouvé la béatitude, mais peut-être une forme de plénitude. J'y cueille ma sérénité. Voilà en effet des années que je me sens bien dans ma vie, heureux. Pas du tout dans le discours ambiant qui répète à l'envi que "les Français" sont moroses, inquiets, las, déprimés. Peut-être parce que je refuse d'écouter ce que je suis censé penser ? Objectivement je n'ai guère de raisons de me plaindre, si ce n'est pour des faits mineurs dans les interactions professionnelles avec ceux que je côtoie. Mais c'est le propre des relations vivantes et évolutives !

La vie que je me suis choisie me plaît et je profite, si ce n'est de chaque instant, au moins de la plénitude que m'offre mon âge. Ma vie est pleine, remplie, comblée. Je ne manque de rien [mais j'ai peu de besoins...], je ne cherche pas à vivre autrement, je n'ai pas de désirs inatteignables, je n'envie pas autrui. Que demander de mieux que ce que j'ai déjà ? Qu'est-ce qui pourrait bien me rendre triste de mon heureux sort ?

Alors c'est vrai : pour ne pas me laisser contaminer par l'anxiogène morosité médiatique, j'évite autant que possible d'être informé de l'actualité immédiate. Je ne veux pas savoir ce qui se passe. Je ne regarde pas, ni n'écoute, ce qui pourrait ternir ma joie de vivre et blesser ma sérénité. Je choisis ce que j'ai envie de comprendre. Je laisse le temps filtrer l'écume bouillonnante de l'actualité en laissant l'essentiel imprégner doucement le monde. Les grands enjeux planétaires sont finalement les seuls qui m'intéressent et ceux-là ne se jaugent pas à l'échelle du quotidien.

Mon quotidien n'est pas celui du grand monde, mais celui de mon petit monde : un travail qui me captive; un lieu de vie dans lequel je me ressource; des moments d'échange qui me ravissent; des enfants épanouis que j'aime. 

Alors avec tout ça... et bien il y a des moments où je n'ai rien à raconter ici. Mais... tout va bien :)

 

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Le bonheur, c'est simple comme la lune en plein jour : il suffit d'ouvrir les yeux

24 août 2014

Je n'y crois pas

Je suis athée.

C'est à dire que je ne crois pas qu'il y ait un dessein particulier dans l'existence de l'univers, ni qu'il y ait un créateur. Dès lors, il va de soi qu'à mes yeux aucune entité, quel que soit le nom qu'on pourrait lui donner, n'est là pour influencer nos vies animales et humaines.

Pourtant je suis né de parents catholiques pratiquants, ai été baptisé, ai suivi le catéchisme, ai "professé ma foi" en procession dans la blancheur immaculée d'une aube, puis confirmé mon baptême par onction des mains d'un évèque après trois jours d'une "retraite" censée éclairer ma réflexion [à douze ans...]. Tous les dimanches de mon enfance et de mon adolescence je suis allé à la messe [en ayant hâte qu'elle se termine]. J'ai été "enfant de choeur" et j'ai même pratiqué un scoutisme fortement teinté de religion. J'ai cotoyé, impressionné, des êtres rayonnant pétris de foi. Poursuivant une ligne toute tracée je me suis marié solennellement "devant Dieu" [mais surtout devant ceux qui étaient présents] après une préparation religieuse. J'ai connu la ferveur qui peut régner dans une église ou un monastère, dans la communion des esprits, dans l'unisson des prières et des chants. J'ai été ému, bouleversé, en entrant dans des cathédrales et il me semble même que, de temps en temps en temps, fugitivement, j'ai réellement cru en l'existence de Dieu devant certaines beautés de la nature [je confondais sans doute émotion et dévotion...] 

Mais d'aussi loin que je me souvienne je n'ai jamais vraiment cru en l'existence du dieu que l'on m'a enseigné. J'ai voulu y croire. Je m'y suis efforcé. J'ai fait comme si j'y croyais. J'espérais sans doute être un jour touché par je ne sais quelle révélation, un peu comme le décrivait André Frossard, ex-athée notoire, dans son livre "Dieu existe, je l'ai rencontré". Non, j'avais beau réciter « Je crois en Dieu, créateur du ciel et de la terre... », je n'y croyais pas.

Il m'a fallu des années pour me déconditionner de cette sujétion perfide en laissant mon sens critique oser s'affirmer face aux préceptes et dogmes dont j'avais été nourri. A peine m'étais-je émancipé de l'environnement familial que je désertais la messe dominicale, perçue depuis trop longtemps comme une perte de temps et une récitation stupide de textes empêchant la pensée de s'ouvrir. Ce que j'y aimais c'était la communion des esprits et le message d'amour qui était délivré, mais le folklore et l'irrationnelle dévotion ne m'amusaient plus. J'ai cependant continué à aller à certaines messes cérémonielles, pour des mariages, des baptêmes, des enterrements. Je continuais alors, machinalement, à rabâcher les textes appris par coeur. Et puis peu à peu j'ai cessé, gardant obstinément les lèvres closes [tout en ne pouvant m'empêcher de réciter mentalement, ce qui m'agace encore]. Je me suis accroché encore un certain temps au "Notre père", seule prière que j'aimais à dire en communion, et surtout à chanter sur l'émouvante polyphonie de Rimsky-Korsakov. Mais voilà au moins vingt ans que je ne le déclame plus, les rares fois où, uniquement pour ces cérémonies, je me rends dans une église.

Le premier accroc sérieux, qui m'a fait me déclarer non-catholique, concernait le refus d'ordination des femmes par l'église. Cette discrimination me révoltait. Je ne pouvais plus cautionner une église qui interdisait aux femmes des fonctions qu'elle réservait aux hommes. J'avais alors une trentaine d'années. Encore intéressé par la religion, j'étais abonné à l'hebdomadaire "La vie Catholique". J'y retrouvais certains valeurs, un esprit, quoique assez agacé par ce coté "catho", justement.

Dans les années 90 un jeune couple de Témoins de Jéhovah est un jour arrivé chez nous. Avec leurs questions sur la religion ils m'ont intéressé et nous avons discuté longuement. Avec notre accord ils sont revenus plusieurs fois et les réponses qu'ils apportaient, si elles ne me convainquaient absolument pas, m'aidaient par contre à faire le ménage dans mes idées. C'est grâce à eux que j'ai le plus avancé dans la déconstruction de tout ce qu'avait été mon éducation religieuse. Cela tenait surtout à la personnalité du jeune couple, qui savait laisser une certaine place au dialogue. Par contre il n'a suffi que d'une seule visite d'un de leurs aînés, plus aguerri, pour couper court à une fausse discussion, vrai martèlement d'idées simplistes et délirantes. C'était simple : il avait réponse à tout ! Selon lui, "Dieu", à travers la bible, expliquait tout. La participation à une de leurs "messe", infiniment plus dogmatique et calibrée que les messes catholiques, fut édifiante et mit définitivement un terme à nos rencontres.

Des années s'écoulèrent, reléguant toujours plus loin dans mon esprit les préceptes religieux et la question de l'existence de dieu. Je me suis longtemps défini comme agnostique et ça m'allait bien comme ça. Cela ne m'empêchait pas d'être ému en entrant dans certaines églises. Ému par la foi de leurs bâtisseurs plutôt que par l'objet de leur foi...

Jusqu'à ce qu'une "expérience mystique" [dénomination approximative, faute de mieux] ne ravive un certain questionnement, il y a une dizaine d'années. Aujourd'hui encore elle me laisse perplexe. Que s'est il passé en moi ce jour-là ? Par quoi ai-je été "habité", une heure durant, dans des dimensions que je n'aurais jamais imaginé ? C'est comme si j'avais soudainement été éclairé, ouvert à une immense lucidité. Une beauté absolue. J'ose ce mot : la grâce. À ce moment là je comprenais tout du sens de la vie et de l'humanité. Bouleversé d'émotion, je voyais tout. J'étais pénétré par l'essentiel de la vie et cela avait un nom : amour universel.

Je me suis bien sûr demandé : est-ce ça, "dieu" ? Je n'ai pas eu de réponse mais cet "amour universel" pourrait bien en tenir lieu. Et si « dieu est amour », alors je pouvais supprimer le premier terme pour ne garder que le second. Et là, oui, je peux croire en l'amour. D'ailleurs j'y crois déjà. Parce que l'amour est humain, l'amour dépend de nous, de nos actes. Parce que l'amour demande une énergie, une foi et que nous en sommes responsables. Il n'y a rien d'extérieur, tout est en nous-même.

Alors bien sûr on peut dire que cet amour est d'essence divine. Ouais... mais alors rien à voir avec l'idée de création de l'univers, sauf à mettre l'homme au centre : tout ça aurait été créé juste pour qu'apparaisse l'amour humain ? Ce serait un peu présomptueux... En outre, mettre l'homme au centre, comme aboutissement ultime de l'oeuvre divine, c'est aussi lui donner une place à part, prééminente, qui l'autorise à se mettre au premier plan. Et à asservir tout ce qui n'est pas humain : les autres formes de vie et la nature en général. Pas étonnant que l'homme ait inventé dieu : ça lui autorise tout.

Si j'entends bien que "dieu" existe je considère que c'est uniquement en tant que concept : le(s) dieu(x) des hommes. Ceux-là existent bel et bien, puisqu'ils sont dans leurs consciences et leur imaginaire. Et au nom de ces représentations mentales, prolongations protéiformes des peurs et désirs humains, chacun peut s'inventer une conduite à suivre. Belliqueuse ou pacifique, l'idée de dieu n'existe que dans les esprits, des plus nobles aux plus corrompus. Autant de dieux que d'humains qui y croient. Et donc pas de dieu sans hommes.

Ne pas croire en dieu [ou croire qu'il n'y a pas dieu...] c'est accepter toute ma part de responsabilité dans ce qui m'advient et dans ma contribution au monde. Ne pas croire en dieu c'est accepter ma solitude absolue et la finitude de ma vie; et de toute vie. Ne pas croire en dieu c'est me mettre face au sens que j'ai envie de donner à ma vie en particulier; et à la vie en général. Ne pas croire en dieu c'est accepter que certains évènements aléatoires n'ont aucun sens. Ne pas croire en dieu c'est accepter l'existence du hasard, de l'imprévisible, de l'immaîtrisable. Ne pas croire en dieu c'est avoir l'humilité de reconnaître ma condition d'homme ignorant. Ne pas croire en dieu c'est accepter que certaines questions n'aient aucune réponse atteignable. Ne pas croire en dieu c'est me voir à ma juste place dans cet univers : une minuscule étincelle dans l'immensité inimaginable de l'espace et du temps.

 

Billet écrit suite à :
- une conversation avec mes parents autour de l'engagement au mariage "devant Dieu" et, plus généralement, de l'existence de dieu et de la vie après la mort.
- une discussion avec une collègue "Témoin de Jéhovah" qui m'a proposé, avec un enthousiasme exalté que je ne lui connaissais pas, de trouver dans la bible réponse « aux grandes questions de la vie ».
- une phrase énigmatique d'AlainX : « Ne leur fallait-il pas, dès lors, se mettre à croire en Dieu »

Posté par Couleur Pierre à 11:55 - - Commentaires [50] - Permalien [#]
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