Alter et ego (Carnet)

31 décembre 2018

Le sens de l'essentiel

Si je ne devais retenir qu'un mot, pour cette année qui s'achève, ce serait celui d'Effondrement. Oui, avec une majuscule. Ce mot, vous l'avez forcément [non ?] lu ou entendu cette année. En quelques mois il est apparu partout dans les média. Mais peut-être n'y avez-vous pas prêté attention...

Remarquez, je n'en serais pas surpris : tant de gens semblent ne pas se rendre compte de ce qui est en jeu, malgré l'énormité de ce qui est constaté.

Effondrement de la biodiversité, des populations d'oiseaux, d'insectes, de poissons, de coraux. Destruction continue de forêts primaires, de zones humides. Bref : tout ce qu'on ne voit pas trop, qui est loin de nous. Cette année plus que les autres ? Oh non, pas plus. Comme d'habitude. Ce qui change ce n'est que le reliquat de nature, qui diminue jour après jour. Il y a de moins en moins d'espaces intacts.

Mais ça tout le monde le sait, plus ou moins. Et ça ne change pas grand chose de le savoir. Pas plus que de savoir que le climat est perturbé du fait de nos activités. Pas plus que de savoir que les ressources naturelles et énergétiques sont limitées. Tant que nous ne serons pas directement touchés, au coeur ou au portefeuille, nous ne réagirons pas. Du moins pas à la hauteur des enjeux. Nous ne comprenons pas que tout est interdépendant, systémique. C'est pourquoi l'effondrement de notre système (auto)destructeur est inévitable, n'en déplaise à ceux qui pensent qu'« il est encore temps ». D'aucuns considèrent même que cet effondrement est souhaitable, si on se place du côté du vivant non humain...

C'est les conséquences de cette fuite en avant que l'on nomme Effondrement, donc. Avec une majuscule. Un mot fort (trop fort ?) qui bouscule, qui dérange, qui suscite rejet, haussement d'épaules ou indifférence. Par crainte de ce qu'il sous-entend, sans doute. C'est vrai qu'il ne faudrait pas faire peur. Parce que la peur mobilise des réflexes de défense ou tétanise. Non : il faudrait donner envie ! Il faudrait ouvrir des perspectives. Il faudrait donner de l'espoir. Ben tiens... essayez un peu de donner de l'espoir quand il s'agit de renoncer à ce dont on rêvait : un mieux-être pour tous. Oui, c'est sûr, on a confondu mieux-être et mieux-avoir. Mais maintenant que ce mode de pensée est dans nos esprits il faut le décontaminer. Et ça ne va pas être simple.

Alors nous préférons « regarder ailleurs », selon la formule passée à la postérité en 1992. Nous reportons à plus tard les actions nécessaires. Mais ce n'est pas vraiment de notre fait : notre cerveau n'est pas adapté à ce genre de prise de conscience. On pourrait aussi dire que « ça dépasse notre entendement ». Réagir en prévoyant le long terme est tout simplement hors de notre portée. Sans compter sur des phénomènes complexes de notre psychologie qui font que, par mimétisme, nous ne réagissons que si les autres réagissent. Bref... nous sommes mal barrés.

Je ne vaux pas mieux que les autres : moi aussi en pleine dissonnance cognitive, je continue à vivre dans ce système insoutenable à long terme. Je continue de dépasser mon quota d'émissions de CO2. J'ai beau réduire, je dépasse encore. Me sens-je coupable ? Non, mais responsable. J'agis au mieux dans un contexte encore largement défavorable. Il y a trop d'inertie dans ce système. Trop de freins, trop de déni. Trop de tentation à continuer. C'est vrai qu'on en a bien profité... et qu'on voudrait faire durer le plaisir.

Voilà pourquoi l'Effondrement apparaît comme inévitable. Et ce n'est pas parce que je n'en ai plus parlé ici durant toute cette année que ce terme ne sera pas parvenu jusqu'à vous, d'une façon ou d'une autre :)

Pour moi il aura été la toile de fond de cette année 2018... qui n'en fut pas moins riche et épanouissante. Plus engagée, aussi. Avec une attention accrue envers l'instant présent, en particulier dans la nature, plus conscient encore que « rien n'est jamais acquis ».

Je nous souhaite de retrouver le sens de l'essentiel.

 

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 Maison de la Poésie, Paris, 18 novembre 2018

 

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21 décembre 2018

Franchement, on en a bien profité...

À partir d'un texte fort, largement partagé et re-partagé sur le web depuis fort longtemps (et même par moi, il y a près de dix ans), une mise en image qui joue sur la sensibilité et donne davantage d'intensité au message. D'autant plus qu'il est encore d'actualité... et qu'il n'a évidemment pas déclenché le moindre sursaut. Pas davantage que toutes les formes d'appel à la raison, citoyennes, scientifiques, médiatiques.

Il n'empêche que, sur le moment, ça fait du bien de rêver qu'un changement est possible. Sur le moment seulement.

 

 

Et vous, vous croyez qu'un changement est possible ?

 

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19 décembre 2018

Instants sublimes

Il y a un an j'écrivais un billet marquant un changement d'orientation pour ce blog. J'expliquais en quoi l'équilibre fragile que j'avais tant bien que mal su maintenir au fil des ans, entre expression personnelle et "partage" avec un lectorat, ne tenait plus. J'avais atteint une limite. Je reprends mes mots d'alors : « J'ai constaté de longue date qu'aborder certains sujets pouvait susciter du trouble. En soi ce n'est pas un problème, sauf que cela m'est de plus en plus inconfortable. Mes derniers billets ont confirmé ce que je pressentais. Désormais je suis convaincu de devoir changer quelque chose dans ma pratique si je veux préserver mon équilibre ».

Autant j'avais pu être relativement à l'aise dans une écriture intimiste - quitte à déranger quelques personnes qui ne comprenaient pas mon mode de pensée, autant constater que des contenus abordant *la fin d'un monde* pouvaient perturber jusqu'à des personnes avec qui, par ailleurs, je me sentais en phase m'a mis dans l'embarras. Je me suis dit que, moralement, je n'avais pas le droit de déstabiliser autrui avec des sujets pareils. « Je constate qu'évoquer ma perception du devenir de l'humanité peut (...) toucher des sensibilités profondes. (...) J'en déduis que ce blog, qui se veut être espace d'échange amical, pacifique et bienveillant, n'est pas le lieu qui me convient pour en parler. En fait je devrais plutôt dire que je n'ai pas su trouver une façon satisfaisante de le faire. (...) Par conséquent, après mûre réflexion, j'ai pris la résolution de ne plus aborder ici cette thématique sous son angle le plus effrayant. » 

J'ai tenu ma résolution et ce blog en a pâti. Forcément. Vidé de sa substance il n'a plus de consistance. Il s'est étiolé. Mais peut-être le moment était-il venu, après tant d'années d'écriture "intimiste" ? Le thème que je tentais d'aborder n'avait finalement plus sa place dans une blogosphère relationnelle. J'ai tenté une autre formule, sans succès : c'est comme si le format blog ne me convenait tout simplement plus ! Mais peut-être cela correspondait-il simplement à un désinvestissement de ma pratique de l'écriture ? Ce qui est certain c'est que j'ai migré vers les réseaux sociaux et que j'y suis bien davantage lecteur que contributeur. J'ai eu bien davantage besoin d'apprendre et de comprendre que de *perdre du temps* à analyser mes états d'âme - dont je me désintéresse largement aujourd'hui. Le sentiment d'urgence à agir est devenu prépondérant. Il m'a fait réinvestir le relationnel "à l'ancienne" : la rencontre en face à face. J'ai probablement eu besoin d'efficacité. D'engagement concret.

Bizarrement, pour le solitaire que je suis, ça s'est fait tout seul. L'engagement pour la cause [laquelle ?] tenait de l'évidence et de la nécessité. Ma façon de m'engager reste toutefois largement intellectuelle : réflexion, partage d'informations, élaboration d'hypothèses et de scénarios. Le sujet est très complexe, sensible, et la façon de l'évoquer est déterminante. L'écrit reste un outil qui m'est fort utile pour capter l'attention et poser mes idées mais je comprends peu à peu que c'est par l'oral que l'on convainc un auditoire. J'ai dû y faire face lorsqu'il m'a été proposé de présenter mes convictions, après que mes courriers eurent interpellé quelques décideurs politiques locaux. C'est ainsi que je me suis vu devenir, sans l'avoir imaginé, voix défendant politiquement la prise en compte des enjeux climatiques. Cela reste, bien sûr, à la petite échelle de l'intercommunalité dont je dépends mais c'est à ma mesure.

Cet engagement irréfléchi mais déterminé semble porter ses fruits puisque mes prises de paroles répétées ont été entendues, se traduisant directement en axes d'engagements forts de la part de la collectivité. Je mesure peu à peu le pouvoir de l'élu engagé et l'importance stratégique de s'introduire dans les commissions adéquates. En étant le premier à aborder ouvertement un sujet qui nous concerne tous mais que chacun a du mal à regarder en face, je suis discrètement sorti de l'anonymat dans lequel je me complaisais. En quelque sorte je suis devenu "lanceur d'alerte" local. Ou plutôt : relais local des lanceurs d'alerte scientifiques du monde entier.

 

Par une étonnante synchronicité, et tout à fait indépendamment de cette action en faveur d'enjeux environnementaux, il est apparu que quelque chose dans ma façon de me positionner en tant que conseiller municipal a intéressé : repéré, j'ai été discrètement "approché" par la plus proche collaboratrice du président de l'intercommunalité pour connaître mes intentions lors des prochaines élections municipales.

Par ailleurs, porté par une envie d'agir dans le sens de mes convictions, je me suis porté candidat pour prendre des responsabilités au sein d'une association qui, quoique modeste, n'en est pas moins d'envergure nationale. J'y occupe désormais quelques fonctions, un peu intimidé de cotoyer des personnes dont je suivais les travaux depuis plusieurs années. Curieux mélange de fierté et d'humilité. Et comme si ça ne suffisait pas, je me suis lancé à activer un groupe local de ladite association dans la grande ville la plus proche. Une adhérente s'est alors proposée pour m'accompagner et nous avons entrepris ensemble un important travail de structuration-réflexion, que nous venons de soumettre aux autres membres locaux.

Tout cela sans compter le travail intérieur qui opère pour accepter l'effondrement de certains mythes existentiels, tels que l'idée prometteuse de progrès infini. Me préparer à des pertes et à en relativiser la portée. Notre mode de vie occidental n'étant pas soutenable, j'ai entrepris d'améliorer jour après jour la sobriété de mon propre mode de vie. J'ai entrepris le long chemin de la descente énergétique et de la réduction continue de mon empreinte écologique.

 

À part ça... il n'y a pas grand chose qui puisse justifier que j'en parle sur ce blog :)

Des parents viellissants, l'impact de la maladie de l'un sur l'autre, les ravages tardifs des difficultés de couple jamais vraiment abordées ni réglées... C'est leur problème. Accessoirement le mien quand les difficultés paraissent trop insupportables à l'un ou à l'autre. Je reste à distance autant que possible. Ils ont eu toute une vie pour résoudre leurs difficultés.

Des enfants-parents heureux, quoique lucides sur le devenir très incertain de notre société gavée d'énergie. Tous se sont informés par eux-mêmes, au rythme de leur prise de conscience, et nous pouvons désormais en parler librement. Et vivre pleinement malgré tout.

Quant à moi, j'ai un rapport plutôt serein de l'existence, malgré l'incertitude et les craintes. Une perception accrue de l'instant présent, une conscience du sublime qu'il représente en sachant que le calme, le confort et l'insouciance ne sont pas - et moins que jamais - acquis.

 

Je ne sais pas quand je reviendrai et vous laisse quelques images d'instants sublimes.

 

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Automne en Valgaudemar, octobre 2018

 

 

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Automne sur la colline d'en face, novembre 2018

 

 

 

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Automne urbain - Parc Montsouris, Paris, Novembre 2018

 

 

 

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 Paris, rue des cinq diamants

 

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25 octobre 2018

La mémoire a ses amarres

Une pensée, ce jour.
Sans personne pour la recevoir.
Un sourire en silence.
Sans personne à qui l'adresser.
Et si... 

 

La mémoire a ses amarres.

 

« La marée, je l'ai dans le coeur 
Qui me remonte comme un signe 
Je meurs de ma petite soeur 
De mon enfance et de mon cygne 
Un bateau, ça dépend comment 
On l'arrime au port de justesse 
Il pleure de mon firmament 
Des années lumières et j'en laisse »

La mémoire et la mer - Léo Ferré

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05 août 2018

Un tiroir oublié

J'ai profité de la touffeur estivale pour faire du rangement, au frais dans la maison. Je prévois de changer l'affectation d'un ancien bureau et j'ai été amené à trier des tas de papiers dont la conservation ne présenterait aucun intérêt. Un travail généralement long et peu efficace puisque je dois d'avouer être un grand conservateur, attribuant une valeur affective à moult objets et documents propres à faire resurgir des souvenirs.

C'est donc dans un tiroir délaissé depuis dix ans - lorsque j'ai cessé mon activité indépendante - que j'ai (re)découvert, non sans surprise, un hétéroclite fourre-tout constitué d'annotations griffonées sur les papiers les plus divers. Parfois au dos d'une facture ou d'une enveloppe, sur des prospectus colorés ou des tickets de caisse. J'avais totalement oublié l'existence de ces traces confuses de mes cogitations, annotations, tentatives de mises en mots émises durant une période de trouble et de pénible incertitude. Alors travaillé par de grandes interrogations, j'avais besoin de comprendre ce qui, à mes yeux, était dénué de sens. Ayant opté, par le jeu des circonstances, pour une certaine solitude, écrire était un procédé simple et efficace. À cette époque je griffonais donc des bouts de papier, en plus de tenir un abondant journal auto-analytique et un blog évasif (celui-là même). En termes de partage, outre les commentaires du blog, j'avais quelques correspondances suivies et m'épanchais auprès d'un psy, en thérapie longue...

Période pas facile, en vérité. Ma soif de comprendre n'était assouvie qu'au compte-goutte improbable des suppositions et hypothèses. Un aride travail de recherche, en somme, doublé d'une profonde remise en question.

Ce matin, en retrouvant ces papiers en vrac noircis de lignes en quête éperdue de compréhension, j'ai ressenti à quel point « j'en ai chié. » (l'expression m'est sortie de la bouche à voix haute). Et pourtant, une douzaine d'années plus tard... tout cela est "oublié", enfoui, profondément sédimenté, rentré dans l'ordre des choses. J'ai peu à peu cessé d'écrire, de penser, d'analyser. J'ai résolu ma difficulté. Mes difficultés.

Allez... ce n'est pas dans mes habitudes mais je dois reconnaître que je ressens une petite fierté à être ainsi allé au bout des questionnements. Du moins au plus loin de ce qui était à ma portée. J'ai accepté de ne pas tout comprendre, j'ai admis mes limites et compris que tenter de les dépasser ne ferait que m'éloigner de qui je suis.

Aujourd'hui je m'accepte tel que je suis.

J'irai même jusqu'à dire que je m'aime tel que je suis. Avec mes imperfections, particularités, vulnérabilités, sensibilités et incapacités. Avec les aptitudes adaptatives que j'en ai tiré, aussi, qui font de moi un discret sauvage sociable. Bref, tout ce qui fait ma singularité, dont je n'ai pas nécessairement conscience mais que quelques personnes apprécient. Et c'est bien suffisant.

Si je raconte cela c'est à titre d'encouragement envers celles et ceux qui seraient engagés dans un processus de conscience et de connaissance de soi. Même si ça paraît sans fin, ne laissez pas tomber. Persistez aussi longtemps que nécessaire : le résultat en vaut la peine ;)

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21 juin 2018

Là où j'en suis

Cher(s) lecteur(s),

Il y a quelques années j'écrivais ici quasi quotidiennement et abondamment. J'avais pris l'habitude de passer par la mise en mots pour clarifier ce qui agitait mon esprit et mes sensibilités. Je crois que j'avais aussi besoin d'échanges, de partage de réflexions et même de petites controverses fertiles. Je trouvais cela humainement enrichissant et potentiellement profitable à chacun. J'aimais bien les discussions qui pouvaient apparaître inopinément et se développer dans le fil des commentaires, les affinités établies sur le temps long comme celles qui ne duraient pas plus longtemps qu'un arc en ciel. Peut-être avais-je aussi besoin de me sentir apprécié ? [oui !]

Et puis, comme vous avez pu le constater, progressivement, imperceptiblement, tout cela a fini par s'espacer, se tarir, s'étioler. Raréfaction des mots, des échanges, des discussions. À tel point qu'aujourd'hui... écrire ici n'a plus de sens pour moi.

Pourtant cet espace demeure, avec toutes les traces de ce qui s'y est échangé activement. Aujourd'hui je ne sais pas trop qu'en faire...

Il reste, j'en suis certain, l'esprit des connivences endormies. Celles des liens tissés avec plusieurs d'entre vous, "lecteurs-commentateurs" (en fait presque exclusivement lectrices). Qu'il s'agisse de simples "connaissances" ou de formes d'amitié distante, la poussière du temps se dépose et les recouvre. J'ai pensé, depuis plusieurs semaines, à écrire quelques mots. À manifester ma présence par... disons... fidélité [amitié ? courtoisie ? politesse ?]. Mais rien ne me venait. Blanc total. Je me sentais... loin. Très loin. Comme parti ailleurs. Et de fait, oui, je suis un peu parti. Je me suis éloigné de la sphère égocentrée [sans idée péjorative aucune]. La mienne comme celles des autres. Mes sujets de préoccupation ont été appelés vers de plus vastes horizons. Parler de moi ne m'intéresse plus [là je réfléchis longuement sur ce que je viens d'écrire, qui me surprend].

Parler de moi ne m'intéresse plus.
Du moins plus de la même façon..

S'il m'a longtemps été nécessaire de « tourner autour de mon nombril » [pour reprendre l'aimable expression de ceux que cela défrise], force est de constater que ça ne m'inspire plus. Il semble que j'ai suffisamment éclairci les zones d'ombre et de mal-être pour en sortir. Je ne renie donc en rien ce travail introspectif passé, me réjouissant au contraire des bénéfices que j'en tire aujourd'hui en termes de tranquillité d'esprit et d'ouverture aux autres [ouverture calibrée, cependant]. Dans mes pensées le calme règne. Avec les autres j'ai davantage de facilités à dire plus franchement ce que je pense et ressens, y compris sur le plan émotionnel. De plus en plus je l'exprime directement aux personnes avec qui j'interagis, pas en le lançant dans le vague, pas en contournant la confrontation, la réaction, l'explication. Il y a là d'avantage d'authenticité ; d'assertivité. Et ça, ce n'est pas sur un blog-exutoire que ça s'exprime : c'est en face à face.

Et puis je crois désormais savoir gérer seul mes émotions et ressentis, sans avoir besoin d'en parler autour de moi. Ni besoin de l'écrire, donc. C'est devenu plus simple, plus fluide. Mon existence est devenue très... calme. Et je fais en sorte que cela perdure. Par exemple j'ai récemment été déstabilisé par un changement professionnel auquel je ne m'attendais pas. D'abord fortement affecté [sensibilité d'ego], j'ai su m'en ouvrir rapidement et saisir ce que l'épreuve recelait d'opportunités. En quelques jours je l'avais dépassée. Mieux : j'en suis sorti renforcé et avec une estime de moi affermie.

Mais tout ceci n'est que l'écume du quotidien. Aujourd'hui je suis tenté de dire que je n'accorde pas davantage d'importance à ces éléments superficiels que ce qu'ils méritent. Ce qui me préoccupe puissamment, par contre, ce qui m'intéresse, me fascine, m'anime et me questionne, c'est... notre sort commun. Celui de notre humanité et, au delà, de l'ensemble de la biosphère que « nous » (moi y compris) persistons à détruire, piller, exploiter allègrement, faute de remise en question suffisamment radicale. Désormais je ne parviens plus à croire évitable ce que je n'évoque plus qu'avec ceux qui ont cette conscience et se questionnent autant que moi.

Alors relativement à ça, vous comprendrez que les éventuelles tribulations de mon existence privilégiée ne pèsent pas lourd ;)

Voilà. Vous saurez un peu là où j'en suis depuis que je n'écris plus. 

 

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Villa Taranto, Lac Majeur, Italie, Mai 2018

 

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01 avril 2018

Libres engagements

 

« Dans sa forme la plus authentique, l'amour relie deux êtres autonomes, libres de leurs désirs et de leurs engagements ».

 

zen

Autour de cette magnifique proposition extraite d'un texte de Frédéric Lenoir une belle discussion s'est engagé avec un(e) inconnu(e), dans un recoin de l'immense réseau internet. Un dialogue né spontanément, par lequel chacun présente et précise sa perception.

Amour, liberté, engagement. Trois concepts majeurs, associés ici et dont l'ordre de prééminence diffère : est-ce l'engagement qui prédomine ou la liberté ?

L'échange, inattendu, est pour moi enrichissant et tout à fait bienfaisant. Je retrouve là ce qui m'a tant plu lorsque j'ai découvert internet : des possibilités infinies de réflexion croisée, d'approfondissement personnel, d'enrichissement mutuel par la différence. Sans jugement, sans anathèmes, sans disqualifications.

Réfléchir ensemble, échanger des points de vue, découvrir les références de l'autre... il y a là quelque chose qui, à mes yeux, touche à l'essentiel. J'en ai, fondamentalement, besoin.

Et là, ce matin, j'en viens à me dire que, paradoxalement, c'est pour disposer de cette liberté absolue de partager au gré des rencontres que j'ai choisi de vivre seul. De ne plus m'aliéner. De ne plus m'engager sans liberté.

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31 mars 2018

Limpide

 

Lenoir

 

 

Je n'aurais su mieux l'écrire. Un texte bref, essentiel, limpide...
Et bien que ce thème de réflexion, autrefois majeur dans mon parcours existentiel, ne me concerne plus vraiment actuellement, je reconnais y rester sensible. 

 

Ce texte a probablement déjà circulé sur Facebook mais comme j'ai su éviter, jusque-là, de me laisser happer par le redoutable et perfide système collecteur-monnayeur de données personnelles, je ne le découvre qu'aujourd'hui. 

Et où l'ai-je donc découvert ? Sur Diaspora*, réseau social libre et indépendant. Une philosophie du partage qui convient beaucoup mieux que d'autres à ma vision des rapports sociaux. Et puis on n'est pas 2 milliards à s'y retrouver...

 

 

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10 mars 2018

Ce qui est

Parfois il est dit que vivre c'est choisir : dire "oui" à quelque chose ce serait nécessairement dire "non" à autre chose. Sauf que passer d'un état initial à un nouvel état ne résulte pas toujours d'un véritable choix. Il existe des renoncements incontournables : l'enfance, la naïveté, les illusions, les premières fois, l'état amoureux... tout cela ne saurait durer éternellement et le choix ne nous est pas laissé de faire autrement. Pour grandir, il faut renoncer, se détacher de l'idéal rêvé. C'est le processus qui conduit à la maturité. De même, les disparitions et pertes, plus ou moins inéluctables, ne cesseront de nous rappeler la nécessité du désattachement : amours, amitiés, êtres aimés... « rien n'est jamais acquis », clame le poète. Ou, autrement dit, « vivre c'est perdre ». Mieux vaut accepter cette réalité pour vivre sereinement. Hélas, quelques aléas exceptionnels, tels que la destruction accidentelle d'une maison et de tous les souvenirs qu'elle contenait, peuvent mettre face à des pertes majeures. Ou pire, quand c'est son pays, mis à feu et à sang, qu'il faut fuir sans se retourner. Tous ces renoncements, parce qu'ils sont forcés et touchent à l'essentiel, peuvent résister longtemps avant l'acceptation totale. Mais résister, ce n'est pas être en paix.

Il peut falloir tout un cheminement intérieur pour passer du renoncement (devoir dire non à un projet, un idéal que l'on souhaitait voir advenir ou perdurer) à l'acceptation (dire oui à ce qui est, alors qu'on ne l'aurait pas spontanément choisi). Dans le renoncement il me semble voir une part de tristesse. Un adieu. Dans l'acceptation il y aurait comme une résignation... permettant de s'ouvrir à autre chose.

Fort heureusement, la plupart des choix sont assez simples à mettre en oeuvre, fluides, passant quasiment inaperçus. 

Si je pose cette réflexion ici c'est que j'ai l'impression, depuis quelques années, de voir se succéder les pertes d'idéaux et de l'accepter relativement bien. Je ne sais pas si c'est une question d'âge, de parcours de vie ou de coïncidence hasardeuse. Certains renoncements tardent toutefois à opérer, résistant plus que d'autres à entrer dans la phase d'acceptation. Ma pensée se cabre, refuse. Comme s'il était trop tôt pour abdiquer. Renoncer, c'est parfois mourir un peu. Mais l'acceptation, qui est un choix secondaire face à ce que la réalité impose, n'est pas non plus un puissant moteur de vie. L'acceptation n'est ni joyeuse ni exubérante. Elle n'est pas désir... si ce n'est de sérénité. Accepter, c'est une façon d'éviter les émotions liées au renoncement, qui pourraient être douloureuses. Choisir de dire "oui" à ce qui advient, en souriant, vaut mieux que lutter vainement en opposant des "non" obstinés quand ils sont perdus d'avance. Il y a peut-être là une variante de la "méthode Coué" mais force est d'en constater l'efficacité.

Dire oui à la vie qui passe, au vieillissement, à ce qui ne viendra plus, à la dissolution des relations ou à la disparition des êtres chers. Accepter ce qui est.

C'est sur ce principe que j'ai accepté les conséquences relationnelles et sociales inhérentes à la vie en solo que, d'une certaine façon, j'ai choisie. J'ai préféré la liberté et la tranquillité, au détriment du partage quotidien. Indirectement j'ai aussi choisi de mettre en sommeil toute vie amoureuse. Ce n'est certes pas ce que j'aurais spontanément et idéalement choisi... mais c'est ce pour quoi j'ai opté face à ce que le réel m'a proposé. Du moins tant que les hasards et coïncidences ne m'offrent aucune pétillante perspective. Cette acceptation de « ce qui est », sans attendre autre chose, me permet de me sentir plutôt bien dans ma vie. Heureux, pourrais-je dire. Il lui manque cependant quelque éclat... ce qui n'est pas sans m'interpeller. Disons que je suis sobrement heureux. Il y a là une forme de simplicité, presque d'ascèse.

J'accepte probablement d'autant mieux ce calme existentiel que je vois se dessiner un avenir sociétal qui semble mener vers d'importants changements, avec force renoncements en vue et perte d'idéaux devenus inatteignables. Finalement mon état interieur et ce que je perçois du monde se conjuguent assez bien. Il y a une sorte de continuité, un mouvement synchrone. Une telle évidence que j'ai fait le choix - processus lent et laborieux - d'orienter dès à présent mon mode de vie vers une nécessaire sobriété, en vue de réduire significativement ma trace écologique et, par voie de conséquence, ma dépendance. Je suis en phase d'acceptation de tous les renoncements que cela induit. Et ils sont nombreux...

Il y a dans le concept un peu magique de "sobriété heureuse", une importante étape à franchir : renoncer. Être sobre quand on n'a pas connu mieux, ce n'est pas difficile. Mais renoncer à ce que l'on sait procurer une satisfaction n'est pas facile, je suppose que bien des fumeurs savent ce qu'il en est. Les amoureux éconduits aussi. Encore plus difficile est de renoncer quand d'autres, eux, ne renoncent pas et affichent leur insouciant plaisir. Le choix de la sobriété, s'il présente l'immense avantage de se mettre en accord avec sa conscience, n'évite pas - du moins durant le temps d'adaptation au nouvel état - une certaine âpreté.

La perspective de renoncer, ne serait-ce que partiellement, à l'extraordinaire liberté du déplacement automobile individuel, aux fabuleux voyages lointains, à la jouissance gustative de la viande, voire au confort domestique (chauffage facile, eau chaude à volonté, lumière abondante, technologie omniprésente...), ce n'est pas follement exaltant. Il y a comme un goût de privation. L'acceptation pleine et entière du renoncement n'est pas des plus évidentes. Et pourtant... c'est bien vers cela que je sens devoir aller. Un travail de longue haleine. Absorbant. Tout le contraire de futile.

 

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Simplicité

 

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11 février 2018

En miroir

Pas sans rapport avec le silence qui semble s'installer sur ce blog, un documentaire captivant sur ce qu'internet et la connexion permanente fait de nous...

Très complet, abordant de multiples aspect de notre asservissement, ce film laisse le temps d'une réflexion introspective en continu. Il dure 2 heures (aisément fractionnables par chapitres) mais vous pourriez bien rester scotché en voyant apparaître dans le miroir tendu des parts de votre propre portrait.

 

 "Regardez la lumière, mes jolis..." de Jordan Brown

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