Alter et ego (Carnet)

24 août 2014

Je n'y crois pas

Je suis athée.

C'est à dire que je ne crois pas qu'il y ait un dessein particulier dans l'existence de l'univers, ni qu'il y ait un créateur. Dès lors, il va de soi qu'à mes yeux aucune entité, quel que soit le nom qu'on pourrait lui donner, n'est là pour influencer nos vies animales et humaines.

Pourtant je suis né de parents catholiques pratiquants, ai été baptisé, ai suivi le catéchisme, ai "professé ma foi" en procession dans la blancheur immaculée d'une aube, puis confirmé mon baptême par onction des mains d'un évèque après trois jours d'une "retraite" censée éclairer ma réflexion [à douze ans...]. Tous les dimanches de mon enfance et de mon adolescence je suis allé à la messe [en ayant hâte qu'elle se termine]. J'ai été "enfant de choeur" et j'ai même pratiqué un scoutisme fortement teinté de religion. J'ai cotoyé, impressionné, des êtres rayonnant pétris de foi. Poursuivant une ligne toute tracée je me suis marié solennellement "devant Dieu" [mais surtout devant ceux qui étaient présents] après une préparation religieuse. J'ai connu la ferveur qui peut régner dans une église ou un monastère, dans la communion des esprits, dans l'unisson des prières et des chants. J'ai été ému, bouleversé, en entrant dans des cathédrales et il me semble même que, de temps en temps en temps, fugitivement, j'ai réellement cru en l'existence de Dieu devant certaines beautés de la nature [je confondais sans doute émotion et dévotion...] 

Mais d'aussi loin que je me souvienne je n'ai jamais vraiment cru en l'existence du dieu que l'on m'a enseigné. J'ai voulu y croire. Je m'y suis efforcé. J'ai fait comme si j'y croyais. J'espérais sans doute être un jour touché par je ne sais quelle révélation, un peu comme le décrivait André Frossard, ex-athée notoire, dans son livre "Dieu existe, je l'ai rencontré". Non, j'avais beau réciter « Je crois en Dieu, créateur du ciel et de la terre... », je n'y croyais pas.

Il m'a fallu des années pour me déconditionner de cette sujétion perfide en laissant mon sens critique oser s'affirmer face aux préceptes et dogmes dont j'avais été nourri. A peine m'étais-je émancipé de l'environnement familial que je désertais la messe dominicale, perçue depuis trop longtemps comme une perte de temps et une récitation stupide de textes empêchant la pensée de s'ouvrir. Ce que j'y aimais c'était la communion des esprits et le message d'amour qui était délivré, mais le folklore et l'irrationnelle dévotion ne m'amusaient plus. J'ai cependant continué à aller à certaines messes cérémonielles, pour des mariages, des baptêmes, des enterrements. Je continuais alors, machinalement, à rabâcher les textes appris par coeur. Et puis peu à peu j'ai cessé, gardant obstinément les lèvres closes [tout en ne pouvant m'empêcher de réciter mentalement, ce qui m'agace encore]. Je me suis accroché encore un certain temps au "Notre père", seule prière que j'aimais à dire en communion, et surtout à chanter sur l'émouvante polyphonie de Rimsky-Korsakov. Mais voilà au moins vingt ans que je ne le déclame plus, les rares fois où, uniquement pour ces cérémonies, je me rends dans une église.

Le premier accroc sérieux, qui m'a fait me déclarer non-catholique, concernait le refus d'ordination des femmes par l'église. Cette discrimination me révoltait. Je ne pouvais plus cautionner une église qui interdisait aux femmes des fonctions qu'elle réservait aux hommes. J'avais alors une trentaine d'années. Encore intéressé par la religion, j'étais abonné à l'hebdomadaire "La vie Catholique". J'y retrouvais certains valeurs, un esprit, quoique assez agacé par ce coté "catho", justement.

Dans les années 90 un jeune couple de Témoins de Jéhovah est un jour arrivé chez nous. Avec leurs questions sur la religion ils m'ont intéressé et nous avons discuté longuement. Avec notre accord ils sont revenus plusieurs fois et les réponses qu'ils apportaient, si elles ne me convainquaient absolument pas, m'aidaient par contre à faire le ménage dans mes idées. C'est grâce à eux que j'ai le plus avancé dans la déconstruction de tout ce qu'avait été mon éducation religieuse. Cela tenait surtout à la personnalité du jeune couple, qui savait laisser une certaine place au dialogue. Par contre il n'a suffi que d'une seule visite d'un de leurs aînés, plus aguerri, pour couper court à une fausse discussion, vrai martèlement d'idées simplistes et délirantes. C'était simple : il avait réponse à tout ! Selon lui, "Dieu", à travers la bible, expliquait tout. La participation à une de leurs "messe", infiniment plus dogmatique et calibrée que les messes catholiques, fut édifiante et mit définitivement un terme à nos rencontres.

Des années s'écoulèrent, reléguant toujours plus loin dans mon esprit les préceptes religieux et la question de l'existence de dieu. Je me suis longtemps défini comme agnostique et ça m'allait bien comme ça. Cela ne m'empêchait pas d'être ému en entrant dans certaines églises. Ému par la foi de leurs bâtisseurs plutôt que par l'objet de leur foi...

Jusqu'à ce qu'une "expérience mystique" [dénomination approximative, faute de mieux] ne ravive un certain questionnement, il y a une dizaine d'années. Aujourd'hui encore elle me laisse perplexe. Que s'est il passé en moi ce jour-là ? Par quoi ai-je été "habité", une heure durant, dans des dimensions que je n'aurais jamais imaginé ? C'est comme si j'avais soudainement été éclairé, ouvert à une immense lucidité. Une beauté absolue. J'ose ce mot : la grâce. À ce moment là je comprenais tout du sens de la vie et de l'humanité. Bouleversé d'émotion, je voyais tout. J'étais pénétré par l'essentiel de la vie et cela avait un nom : amour universel.

Je me suis bien sûr demandé : est-ce ça, "dieu" ? Je n'ai pas eu de réponse mais cet "amour universel" pourrait bien en tenir lieu. Et si « dieu est amour », alors je pouvais supprimer le premier terme pour ne garder que le second. Et là, oui, je peux croire en l'amour. D'ailleurs j'y crois déjà. Parce que l'amour est humain, l'amour dépend de nous, de nos actes. Parce que l'amour demande une énergie, une foi et que nous en sommes responsables. Il n'y a rien d'extérieur, tout est en nous-même.

Alors bien sûr on peut dire que cet amour est d'essence divine. Ouais... mais alors rien à voir avec l'idée de création de l'univers, sauf à mettre l'homme au centre : tout ça aurait été créé juste pour qu'apparaisse l'amour humain ? Ce serait un peu présomptueux... En outre, mettre l'homme au centre, comme aboutissement ultime de l'oeuvre divine, c'est aussi lui donner une place à part, prééminente, qui l'autorise à se mettre au premier plan. Et à asservir tout ce qui n'est pas humain : les autres formes de vie et la nature en général. Pas étonnant que l'homme ait inventé dieu : ça lui autorise tout.

Si j'entends bien que "dieu" existe je considère que c'est uniquement en tant que concept : le(s) dieu(x) des hommes. Ceux-là existent bel et bien, puisqu'ils sont dans leurs consciences et leur imaginaire. Et au nom de ces représentations mentales, prolongations protéiformes des peurs et désirs humains, chacun peut s'inventer une conduite à suivre. Belliqueuse ou pacifique, l'idée de dieu n'existe que dans les esprits, des plus nobles aux plus corrompus. Autant de dieux que d'humains qui y croient. Et donc pas de dieu sans hommes.

Ne pas croire en dieu [ou croire qu'il n'y a pas dieu...] c'est accepter toute ma part de responsabilité dans ce qui m'advient et dans ma contribution au monde. Ne pas croire en dieu c'est accepter ma solitude absolue et la finitude de ma vie; et de toute vie. Ne pas croire en dieu c'est me mettre face au sens que j'ai envie de donner à ma vie en particulier; et à la vie en général. Ne pas croire en dieu c'est accepter que certains évènements aléatoires n'ont aucun sens. Ne pas croire en dieu c'est accepter l'existence du hasard, de l'imprévisible, de l'immaîtrisable. Ne pas croire en dieu c'est avoir l'humilité de reconnaître ma condition d'homme ignorant. Ne pas croire en dieu c'est accepter que certaines questions n'aient aucune réponse atteignable. Ne pas croire en dieu c'est me voir à ma juste place dans cet univers : une minuscule étincelle dans l'immensité inimaginable de l'espace et du temps.

 

Billet écrit suite à :
- une conversation avec mes parents autour de l'engagement au mariage "devant Dieu" et, plus généralement, de l'existence de dieu et de la vie après la mort.
- une discussion avec une collègue "Témoin de Jéhovah" qui m'a proposé, avec un enthousiasme exalté que je ne lui connaissais pas, de trouver dans la bible réponse « aux grandes questions de la vie ».
- une phrase énigmatique d'AlainX : « Ne leur fallait-il pas, dès lors, se mettre à croire en Dieu »

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20 août 2014

Éclat de lumière

Tout pourri que puisse être un été... il n'empêchera pas que la montagne
fasse fugitivement éclater sa lumière.

 

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 Entre Trièves et Diois (Col de Menée, Vercors)
17 août 2014

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09 août 2014

Je t'aime

Elle le dit très bien...

 

[... et je n'ai rien à ajouter.]

 

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Une visite

Elle n'avait pas d'appareil photo pour ses vacances et m'a demandé si je pouvais lui préter le mien. Le petit, celui que j'utilise pour prendre des clichés rapides. Quand elle est arrivée j'ai pris le temps de lui expliquer les quelques fonctions de base et j'ai senti qu'elle n'était pas pressée de partir. J'étais moi aussi disposé à prolonger un peu ce moment. Nous avons discuté, debout, jusqu'à ce que, sentant que la situation s'y prétait, je lui propose que nous allions nous asseoir dans le jardin. Elle a accepté, ce qui m'a réjoui. Mais si elle n'avait pas voulu rester cela ne m'aurait probablement pas affecté. Je n'avais pas d'attentes à ce sujet.

Nous avons discuté longtemps dans les chaises longues, à l'ombre de l'érable. Parlé de nos enfants. De nos familles respectives. D'un divorce pour lequel chacun de nous a les échos d'un des protagonistes. Avec des versions différentes, évidemment. Elle m'a parlé du décès récent de son père et des réactions diverses de la fratrie. Du passé qui refaisait surface. Je l'ai vue émue.

De temps en temps une subtile brise relevait légèrement sa robe au dessus de ses genoux. D'un geste réflexe elle les recouvrait immédiatement. Une pudeur que j'ai remarquée, ne la lui connaissant pas.

Quand l'ombre s'est allongée elle a pris congé.

Ce fut un bon moment d'échange amical, nettement teinté de notre ancienne complicité. Le dialogue a été serein d'un bout à l'autre. J'ai même tenté un peu d'humour et elle a ri. Un signe qui ne trompe pas. J'ai senti, aujourd'hui, qu'une confiance mutuelle était de nouveau là et cela m'a fait plaisir. Il y a longtemps que j'espérais retrouver cela avec elle. Elle avec qui j'ai partagé ma vie pendant plus de vingt ans.

 

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Au jardin...

 

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02 août 2014

Vraie vie ?

Grâce à Célestine j'ai découvert cette jolie vidéo : 

 

 

Pleine de bon sens, apparemment, elle raconte une belle histoire émouvante et qui fait réfléchir : ne manquons pas la "vraie vie" en ayant les yeux rivés à nos écrans. Pourtant cette vidéo est incohérente, paradoxale, et passablement tendancieuse. D'abord parce que pour la regarder il faut être sur un des supports dont il faudrait se détacher. Ensuite parce que si passer son temps "connecté" au monde d'internet est effectivement une amputation de "vraie vie", s'en priver serait aussi renoncer à des dimensions qu'on ne trouve que là. L'ouverture au monde qu'offre internet est fantastique !

Certes, quand on est devant son écran on peut manquer une belle rencontre, comme le montre la vidéo portée par une musique émouvante. Mais devant son écran on peut aussi faire de belles rencontres, qui n'auraient jamais eu lieu sans cela. La vie est faite de hasards et de synchronicités et, même en pleine présence, on peut manquer l'instant qui aurait fait tout changer. À chaque seconde on manque toutes les rencontres qui auraient pu se faire en n'importe quel point du globe ! Et à chaque instant on peut aussi cliquer sur un lien qui nous conduira a croiser une autre trajectoire riche de potentialités. Sans internet ma vie aurait été autre... et je n'aurais jamais rencontré nombre de personnes avec qui j'ai partagé d'heureux moments, voire bien davantage.

On pourrait faire une vidéo tout aussi belle présentant ce point de vue et ça fonctionnerait aussi bien.

Par contre, là où je donne raison à la vidéo, c'est qu'être constamment relié aux autres dans ses déplacements dévore la "vraie vie", absorbe l'essentiel de l'attention et prive de sensorialité. Je fais donc une différence entre le temps consacré à internet chez soi et la connexion permanente à l'extérieur. N'ayant pas de smartphone je n'envisage pas d'en avoir un, même si je vois bien que cela peut être un outil utile en certaines circonstances. Mais certainement pas pour être relié en permanence aux autres ! Un simple téléphone me suffit amplement pour le nécessaire. De la même façon je reste rétif devant les réseaux sociaux instantanés, qui ne me tentent  pas. J'aime assez l'idée de pouvoir m'abstraire de la vie des autres...

Alors cette vidéo est belle... mais fausse un peu les choses avec un message simpliste : non, ce qui se vit grâce à la connexion distante n'est pas qu'une illusion. Et une vie réussie ne saurait se résumer à l'absence de connexion. Si tant est qu'une vie réussie consiste à rencontrer l'amûûr au détour d'une rue, vendre son ordinateur pour offrir une bague (!) à sa dulcinée, avoir de joyeux enfants, les voir partir et vieillir heureux côte à côte.

Contrairement à ce que suggère la vidéo le problème ne vient pas de la connexion au monde mais de son excès.

Allez, je sors dans la nature, même si là non plus je ne rencontrerai sans doute personne...

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28 juillet 2014

De l'engagement

Samedi j'étais au mariage d'une de mes nièces. La première de sa génération, dans la lignée familiale, à "s'engager" dans cette voie. C'est avec mon plus jeune fils (célibataire, 25 ans, cousin de la mariée) que je m'y suis rendu. Au cours du trajet qui nous conduisait vers les collines Genevoises celui-ci m'a demandé ce que je ressentais. J'ai supposé, sans lui demander confirmation, qu'il avait à l'esprit ma position depuis que j'ai consenti au divorce. Je lui ai alors fait part de ma perplexité face à un acte dont le sens est devenu très nébuleux à mes yeux : puisque l'on peut s'engager et se désengager à tout moment, et autant de fois que l'on veut, quel est le sens d'un tel engagement ? Pareille instabilité, je l'avoue, fait que je ne lui en vois plus, de sens. À moins que je lui en accorde trop par rapport à ce qu'il est censé être aujourd'hui ? Bref : je ne sais pas qu'en penser.

En assistant à la cérémonie civile j'ai donc écouté attentivement ce à quoi les époux s'engageaient mutuellement. Du point de vue de l'union proprement dite, c'est très court : « article 212 - Les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance ». L'article 215, quant à lui, stipule : « Les époux s’obligent mutuellement à une communauté de vie ». Il n'y a là aucune question de durée, ce qui est bien normal puisqu'à tout moment le divorce peut mettre un terme à l'union et libérer entièrement les époux de leur engagement antérieur, hormis en ce qui concerne l'aspect familial, éducatif, financier, objet de trois autres articles de loi.  

En assistant à la cérémonie religieuse catholique, j'ai écouté tout aussi attentivement les paroles prononcées. À peu près les mêmes que civilement, à deux exceptions notables : les notions d'amour et de durée : les époux « se promettent amour mutuel et respect pour toute leur vie ». L'engagement étant sacré car pris « devant Dieu », il n'est pas question de lui mettre un terme pour quelque raison que ce soit. Ce qui est expressément rappelé : « ce que Dieu à uni l'homme ne doit pas le séparer ».

Les deux "engagements" sont donc radicalement différents et c'est de là que vient ma perplexité : l'un est révocable, tandis que l'autre ne l'est pas. Or dans les deux cas il s'agit bien de mariage... Accessoirement je note qu'il n'est pas question d'amour dans le mariage civil, ce qui est finalement assez logique, alors que le mariage catholique fait promettre, non sans quelque ambition, l'amour pour toute la vie !

Dans la soirée, c'est avec ma belle-fille (non mariée) que nous sommes revenus sur ce sujet qui, décidément, interpelle ceux qui sont potentiellement concernés à plus ou moins court terme. Là encore j'ai avoué ma perplexité. Ma belle-fille m'a alors parlé de la notion de présent : selon elle l'engagement est pris  « pour toute la vie... au moment où l'on s'engage ». C'est une intention de durée. On peut donc changer d'avis ensuite sans se sentir en porte-à-faux. Et de me citer en contre-exemple le cas d'un de leurs amis qui, quoique âgé et ne supportant plus sa femme, la détestant pour cela, ne divorcera jamais pour ne pas faillir à son engagement premier. Absurde, évidemment...

En réfléchissant plus loin je me suis rendu compte que le malaise que je ressens encore [ben oui...] par rapport à mon propre divorce n'est nullement lié à l'aspect civil mais bien aux paroles que j'ai prononcées lors du sacrement religieux devant la foule de ceux qui étaient venus assister à notre union. Parce que devant tous, et avec une conviction ferme et déterminée, je m'étais engagé « pour toute la vie » avec celle qui devenait ainsi mon épouse. Dans mon esprit cet engagement était irrévocable. Qu'ensuite je sois devenu athée n'a rien changé à l'affaire : Dieu [y croyais-je vraiment ?] a disparu mais tous les témoins de mes paroles demeurent [même si, trente ans plus tard, ça leur fait une belle jambe]. Or en consentant au divorce je me suis dédit. Je m'en sens bizarrement... fautif. Fautif d'avoir eu, le jour de mon mariage, l'outrecuidance de m'engager sans en mesurer vraiment la portée. Et comment l'aurais-je pu, aussi inexpérimenté de la vie que je l'étais ? Il n'empêche que je me suis engagé « pour toute la vie » ! Évidemment il m'était impossible de savoir ce que je deviendrais plus tard, ni ce que la vie m'offrirait... Pour cette raison j'en veux un peu à tout ce qui entoure cet "engagement" du mariage sur un modèle qui ne correspond plus à nos vies actuelles. J'ai l'impression d'avoir été dupé par mon éducation et un certain conditionnement culturel qui, il me semble, dure encore malgré le fort taux d'échec.

Rationnellement je sais bien que j'ai agi "pour le mieux", ayant bien assez soupesé les enjeux avant de prendre ma décision. Mais au niveau du sens que j'accorde à la notion d'engagement il y a quelque chose qui reste inconfortable. Bancal. Insatisfaisant. Peut-être parce que mon épouse, considérant que je n'avais pas respecté un des engagements qui lui paraissaient fondamentaux, s'est elle-même désengagée ? Ce faisant je ne pouvais qu'accepter sa décision, faisant ainsi un choix par défaut qui ne correspondait pas à ce que je souhaitais. Au final aucun des deux n'a pu être pleinement satisfait, même si chacun est parti vers de nouveaux horizons.

Aujourd'hui je militerais volontiers pour le mariage à durée limitée, reconductible après renégociation du consentement mutuel. Au moins les choses seraient claires. Quoique...

 

Ps : tout cela ne m'a pas empêché de me réjouir de l'engagement des jeunes mariés et de leur souhaiter "tout le bonheur du monde".

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21 juillet 2014

Contrastes estivaux

Il fait gris, presque froid, et il pleut. La poisse pour ceux qui sont en vacances dans la région ; pour moi l'occasion de retrouver des ambiances hivernales, à l'intérieur de la maison. La semaine dernière il faisait près de 35° de moiteur, seulement quelques jours après que la neige ait blanchi les sommets. Réjouissants contrastes naturels.

Pas grand chose à lire dans le monde des blogs. Pas envie d'y lire du gris. Pour la même raison, ne pas trop écouter les infos trop sombres qui s'immiscent entre des reportages colorés sur France-culture.

Pas grand chose à écrire ici. Pas d'inspiration. Tout va bien :)

Demain j'irai voir ma fille, après le travail. Je m'entends bien avec elle, avec qui les temps partagés sont très détendus. Je me prépare aussi à recevoir mon fils libanais, de passage en France pour une semaine avant son retour définitif en fin d'été. J'aime bien nos conversations, souvent tournées vers la géopolitique et les complexités humaines. Nos contacts sont espacés, mais j'y trouve une qualité qui me plaît vraiment. Quant au dernier, qui se trouve être l'aîné, je le verrai en fin de semaine. Avec lui aussi, toujours des thèmes intéressants à aborder. Heureux homme que je suis :)

Hier j'étais avec... disons... "une amie", avec qui les sujets d'échange ne tarissent pas. J'aime voir comme elle a évolué vers un apaisement certain. Il semble que je n'y sois pas pour rien...

Une semaine riche de rencontres, en fin de compte. La précédente j'étais resté quatre jours en totale solitude, sans voir personne, pour mon plus grand plaisir. Bienfaisants contrastes relationnels.

 

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Au coeur de l'été...

 

 

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12 juillet 2014

Raconter sa vie

Découverte, dans le dernier numéro de La Faute à Rousseau, de l'initiative de Pierre Rosanvallon : le projet "Raconter la vie".

  • Extrait : « Par les voies du livre et d’internet, Raconter la vie a l’ambition de créer l’équivalent d’un Parlement des invisibles pour remédier à la mal-représentation qui ronge le pays. Il veut répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées, les voix de faible ampleur écoutées, les aspirations quotidiennes prises en compte. En faisant sortir de l’ombre des existences et des lieux, Raconter la vie veut contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective. »

L'initiative, fort intéressante, m'a immédiatement attiré. Je suppose que cela vient du choix éditorial, qui balise un peu le domaine si vaste de l'écriture de soi, à la différence de sites d'auto-édition en ligne que j'ai parfois visités. Ces derniers ne m'ont pas séduit, sans que je sache vraiment dire pourquoi. Voir tous ces récits en attente de lecteurs m'a donné l'impression d'une grande solitude, une quête éperdue de reconnaissance. Et puis, je l'avoue, j'ai toujours eu un a priori circonspect face à l'auto-édition. À tort, sans doute.

C'est que j'ai une vision assez exigeante de la littérature, qui ne me paraît pas à la portée du premier venu. Alors ces sites ou n'importe qui peut s'imaginer devenir "auteur"... je les regarde avec un peu de condescendance. C'est une erreur, je le sais. Mais j'ai tendance à croire que la facilité fait perdre en qualité.

Mais pour qui te prends-tu, toi qui squattes ton coin d'internet pour raconter ta vie ? Tu te crois autorisé à rendre publics tes écrits et tu craches sur ceux qui osent une publication plus "littéraire" ?

Non, je ne crache sur personne. Mais pour ma part je n'aurais pas cette prétention d'écrire quoi que ce soit qui puisse faire penser à une ambition littéraire.

Mais qui te parle d'ambition littéraire ?

Personne. C'est moi qui donne ce sens à la démarche.

Et pourtant tu écris !

Oui, mais pas des livres. J'écrivaille, je scribouille, j'extimise et j'égotise mais ce n'est pas de la littérature. Je ne me sens pas à la hauteur de ce que j'appelle "littérature" qui, pour moi, fait partie d'un autre champ d'expression. La littérature c'est un art, or je ne suis qu'un amateur. Voila pourquoi le projet « Raconter la vie » m'a plu : c'est le contenu qui est privilégié, pas l'aspect littéraire. Même si, incontestablement, il compte aussi.

C'est bizarre que tu aies cet a priori contre la publication de l'expression de soi, toi qui la pratiques depuis si longtemps.

Oui c'est bizarre. Ça m'intrigue. Il serait bon que j'y réfléchisse un peu. D'autant plus que j'ai senti des vélléités de participation, autour de thèmes professionnels ou sociaux que je n'aborde que très peu ici.

 

  • Pour vous mettre en bouche, un des écrits découvert sur le site : Celle qui écrit de Pierre de Beauvillé

 

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04 juillet 2014

Question de temps

En ce moment toute la journée je cours, tentant de rattraper le temps qui fuit devant moi. À peine ai-je entamé un travail que des sollicitations disparates m'assaille. Demandes de clients, de collaborateurs, de salariés, grignotent mon temps et me soustraient aux tâches que j'ai à effectuer. Mon emploi du temps est perforé, fractionné, émietté. Et tant de réunions attentent à mon temps ! Elles s'étendent et dévorent, c'est patent, des pans entiers du temps qui ne m'attend pas. Sautant à chaque fois d'une thématiques à une autre, ces coupures m'obligent à une gymnastique mentale éreintante. J'ouvre un dossier, un autre s'intercale, suivi d'un troisième. Mon bureau est un capharnaüm où s'entassent des papiers tous plus urgents les uns que les autres, se sédimentant peu à peu jusqu'à l'oubli.

Coordinateur, à la fois chef de gare et responsable d'une tour de contrôle, je suis répartiteur des tâches et grand organisateur... En bref, c'est à moi qu'il incombe de faire fonctionner l'activité et mettre en relation tous les protagonistes. J'y passe tout mon temps.

Cette course permanente après le temps s'achève avant que j'ai pu terminer ce que j'avais prévu de faire dans la journée. Alors l'urgence attend. Il arrive que je n'ai pas une minute de répit, et le temps supplémentaire que j'offre à mon employeur pour la bonne cause ne suffit pas. Et s'il m'arrive de regarder l'horloge dans la journée c'est pour constater qu'elle tourne décidément bien trop vite ! Je ne connais pas l'attente patiente de la fin du boulot.

Dès que j'ai fermé la porte du bureau je me coupe du travail. Une demi-heure de trajet et je retrouve ma campagne [avec un a, pas un o]. Là je renoue avec le temps de vivre en me laissant aller sans vergogne à la lenteur. Je m'octroie d'abord le plaisir d'un jus de fruit, devant le paysage familier. Puis je viens lire si ma boitàmèl ne recélerait pas quelques message à savourer et si mes blogs favoris n'auraient pas eu le bon goût de m'offrir une mise à jour à déguster. Simple mise en bouche, avant d'y consacrer davantage de temps plus tard dans la soirée. Car la nature m'appelle...

Selon l'énergie que m'aura laissé la journée, selon la couleur du ciel, le chant des oiseaux et le silence ambiant, je choisis entre la contemplation et de menus travaux. Avec une nette préférence pour le premier choix. Je déambule alors parmi mes arbres, dans les méandres du sous-bois, ou m'aventure plus loin vers les prairies ouvertes sur le grand paysage. Je connais chaque recoin, mais ce n'est jamais pareil. Mes déplacements sont erratiques, à l'envie, et les haltes contemplatives nombreuses. Je ne pense pas vraiment : j'observe. Je hume. Je vibre. Je ressens. Ou bien je songe mollement aux travaux à faire, un jour, quand la lenteur le permettra.

Lorsque le soleil se rapproche de la colline je rejoins tranquillement la maison silencieuse. Je me prépare un repas simple en écoutant France-culture, à l'heure où sévissent les tourments véhiculés par l'info télévisuelle. Puis je reviens errer du côté du net, en espérant y trouver de quoi abreuver ma soif d'échanges, de partage, d'intérêt, d'émotions. Faute de quoi j'erre un peu, non sans ressentir une certaine frustration. Car cette source a souvent inspiré ma réflexion.

Depuis quelques temps ma soif demeure...

 

Texte écrit en résonnance avec un commentaire d'Errance

 

 

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Berger contemplatif - Vercors

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02 juillet 2014

Va comprendre...

Souvent j'ai déploré de manquer de temps pour écrire.
En ce moment j'ai le temps... mais rien à écrire !

Va comprendre...

 

 

 

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Grand Veymont, Vercors

 

 

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