Alter et ego (Carnet)

10 novembre 2017

Graines de lucidité

Voici quelques mois que je n'en ai plus parlé. Cela n'a pas empéché l'idée de s'enraciner dans mes pensées. De plus en plus profondément, émotionnellement et intellectuellement. Elle est devenue prégnante, viscérale. Ma façon de perçevoir notre monde, et surtout celle de me projeter vers l'avenir, ne s'en détachera probablement plus. Imperceptiblement l'ordre de mes priorités change.

Grave s'il en est, le sujet est généralement repoussé, occulté, délaissé, oublié. Trop inquiétant pour être regardé en face. Littéralement impensable. L'évoquer sérieusement c'est prendre le risque d'être regardé avec incrédulité. Est-ce par ignorance, aveuglement, refus ou déni ? Quoi qu'il en soit je me garde d'aller au delà de vagues allusions. Si je ne sens pas l'étincelle d'une réceptivité, je n'insiste pas : c'est que l'autre n'est pas prêt. D'ailleurs, je me demande parfois s'il est judicieux de tenter d'en parler. N'est-ce pas semer des graines d'angoisse dans un jardin où l'insouciance serait soigneusement cultivée ?

D'un autre côté, n'y a t'il pas quelque urgence à porter un regard lucide sur ce qui s'annonce ? Ne serait-ce que pour mieux s'y préparer. Là, au contraire, le besoin d'en parler entre "catastrophistes éclairés" se fait sentir.

Hésitation.

Je choisis quand même en vous proposant la web-série documentaire ci-dessous. En forte résonance avec ma difficulté à partager autour de ce thème, elle m'a rappelé que d'autres avaient des ressentis et émotions similaires. Je vous laisse découvrir et vous faire votre propre idée...

 

 [Next ], de Clément Monfort. Le 4eme épisode vient d'être mis en ligne.
À découvrir aussi via Adrastia ou via Tipeee

 

 

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04 novembre 2017

De feuilles et d'écorces

En cette fin d'automne, qui s'éternise dans la douceur, les dernières feuilles prennent leur temps de s'attarder. Bientôt elles s'élanceront pour leur unique vol jusqu'au sol, à moins qu'un coup de vent les y précipite sans délai.

Hier, dans le sous-bois teinté de lumière matinale, elles composaient avec les écorces des arbres voisins une infinité d'éphémères tableaux .

 

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En vedette : érables du Japon et bouleaux

 

 

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28 octobre 2017

De l'arrogance du dominant

La clameur a débuté alors que, au retour d'un voyage paisible, j'étais resté dans une béate période d'abstinence médiatique, sans aucune info. Ce n'est donc qu'après quelques jours que j'ai eu vent de l'affaire Weinstein, via le blog de La Baladine. À partir de là j'ai commencé à suivre l'évènement et le mouvement de protestation qu'il a enclenché, comme un immense ras le bol. Comme un fruit mûr qui n'attendait que l'affaire de trop pour tomber en éclaboussant autour. La cocotte-minute sous pression a explosé.

Je ne vais pas en rajouter à ce qui a été dit et redit sous tous les angles possibles, mais tenter d'élargir un peu le sujet après un détour du côté des victimes.

Beaucoup de mots et d'idées ont été lancés, et peut-être pas toujours dans les directions les plus pertinentes. Inévitable. C'est le propre des sujets brûlants, à connotation passionnelle parce que devenus insupportables. Il faut que ça sorte. Même si c'est confus, même si se mélangent et s'amalgament des éléments qui n'ont pas de lien direct.

Quand une victime se plaint, on ne doit pas mettre sa parole en doute. On l'écoute. On la laisse déverser son mal-être, sa révolte, sa colère, exprimer ses blessures profondes, sa tristesse, son sentiment d'injustice. On ne pointe pas les éventuelles exagérations, on ne minimise pas sa souffrance, on ne disqualifie pas ses ressentis : la parole doit d'abord se libérer... quitte à ce qu'elle soit nuancée ultérieurement par la victime elle-même, une fois qu'elle se sera sentie vraiment entendue et pleinement comprise. "La" victime, ici, c'est "la" femme (bien que le fait d'assimiler la femme à une victime puisse donner lieu à discussion). C'est le genre féminin dans son ensemble, en tant que groupe exposé. Toutes les femmes, donc, même si toutes n'ont pas été directement concernées par des violences sexuelles à leur encontre. Toutes (ou presque) se sentent concernées parce qu'elles restent les victimes potentielles d'actes irrespectueux. Ou tout du moins des "proies" pour ceux qui se sentiraient avoir des droits sur elles. Les femmes sont cette moitié de l'humanité qui subit la domination masculine de toute éternité. Une domination plus ou moins marquée, plus ou moins contrée, mais omniprésente et tenace, très profondément enracinée dans les consciences et les cultures. Une hiérarchie de fait, véhiculée autant par les hommes... que par les femmes. Sans même en avoir forcément conscience. C'est, il me semble, ce que l'on appelle des "impensés culturels".

Je crois qu'il est difficile pour un homme de se rendre compte de ce que cela signifie, viscéralement, d'être femme. Tout comme il est difficile au groupe dominant des blancs de se rendre compte de ce que peut ressentir une personne de couleur. Et difficile au puissant de mesurer ce que ressent l'opprimé. Je crois que seuls ceux qui subissent une domination disposent de la légitimité pour en décrire les effets. Les dominants ne peuvent en prendre conscience que par empathie, grâce à une écoute attentive et humble des dominés, pleine de respect et non jugeante. Une position pas forcément simple à intégrer, car contre culturelle, mais qui peut devenir un atout pour transmettre cette parole au sein même du groupe dominant. C'est pourquoi je pense que les hommes lucides ont toute leur place aux côtés des femmes pour défendre les positions de leurs soeurs, amies, filles, mères, compagnes.

 

Manspreading

Le "manspreading" [étalement masculin]... tout un symbole
(image du net)

 

Mais je voulais aller un peu plus loin dans mon propos...

Des termes et concepts tels que "domination", "violences", "habitudes culturelles", "pouvoir", "jouissance", "non-consentement"... lus ou entendus à propos du comportement prédateur de certains hommes, qui s'arrogent un droit à profiter au nom d'une supériorité auto-proclamée, disqualifiant ou minimisant les ressentis des opprimé(e)s... tout cela m'a fait penser à tout un système de pensée beaucoup plus large qui s'arroge des droits supérieurs en tant que groupe dominant, privilégié, asservissant d'autres groupes considérés comme de moindre valeur pour son plaisir et son confort égoïste. Je ne parle plus là des seuls mâles, mais des humains en général. De tous les humains, femmes comprises. De nous, groupe auto-centré qui a décidé de se placer au sommet d'une supposée "pyramide de l'évolution", disposant ainsi à sa guise de tout ce qu'il considère comme inférieur. C'est à dire l'ensemble des animaux non-humains (auxquels les noirs furent un temps assimilés...), êtres sensibles longtemps supposés dénués de conscience, et bien évidemment tout ce qu'on peut assimilier à la nature. Une nature qu'il convient, au mieux, de domestiquer et au pire d'exploiter. Ne parlons même pas du sol et du sous-sol, même pas "vivants", donc exploitables à l'envi.

Cette logique prédatrice et arrogante, on le sait, nous conduit tout droit à notre perte.

Quand je vois avec quelle lenteur l'évolution des mentalités opère en ce qui concerne ce qui se passe au sein de notre propre groupe "privilégié", à l'égard de sa moitié opprimée, j'ai quelques craintes pour d'autres causes : ségrégation (raciale, sociale, économique, géographique...), exploitation humaine, exploitation animale, exploitations des forêts, exploitation des sols, pillage des ressources...

Ceux qui tentent de défendre ces "sans-voix" sont à peine audibles, souvent moqués, dénigrés, disqualifiés. Voire assassinés.

« Ben oui, quoi, c'est dans la nature des choses ! L'humain à le droit de se servir. Après tout, on a toujours fait comme ça ! L'Homme d'abord ! »

Je ne sais pas si « la femme est l'avenir de l'homme » mais j'aimerais assez que ce qui se passe actuellement avec la dénonciation d'un système de domination originairement masculin aille au delà de l'interrogation des seuls mâles.

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21 octobre 2017

Le vol du temps

Je remarque qu'à chaque fois que je suis coupé des infos pendant quelques temps, je rechigne à rétablir ce lien ambigü et vaguement délétère. Certes, il peut paraître utile de savoir ce qui se passe au delà du paysage sociétal immédiat mais est-ce vraiment nécessaire ? Je n'ai pas l'impression que le bénéfice de l'information soit supérieur aux nuisances mentales engendrées.

Je resiste donc mollement, tout en sachant qu'au final je serai rattrapé et cèderai, attiré par la curiosité et la soif de connaissance. Même si, ce faisant, je serai contraint d'ingurgiter en même temps une dose non négligeable de faits et éléments sans aucune utilité, voire insidieusement toxiques, aggravant ainsi mon obésité médiatique.

Nonobstant l'abstinence médiatique je n'ai pas pu vraiment jouer les prolongations : le rythme de vie de l'occidental adapté que je suis s'est substitué sans délai à la parenthèse de liberté un peu sauvage que je me suis offerte. Non seulement j'ai repris illico mon travail et mes attributions d'élu, mais il m'a aussi fallu tenir sans délai le rôle de fils présent auprès de ses parents vieillissants.

Résultat : le temps a repris son vol qui, deux semaines durant, parut suspendu. Ô temps...

 

Mais j'y reviens et voici donc, comme promis, quelques photos de mon ressourçant voyage. Entre ciels changeants, eaux calmes ou impétueuses, forêts teintées et furtive apparition de bernaches...

 

 [Photos cliquables, bien entendu...]

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13 octobre 2017

Que demander de mieux ?

Il y a trois semaines, juste avant de partir, j'étais légèrement hésitant. Je sentais mon envie de voyage quelque peu fragile, cette fois. Certes, je m'étais finalement décidé après avoir senti fugitivement battre la délicieuse pulsation du rêve-à-vivre mais, à l'approche du départ, je la sentais déjà faiblir. Mon enthousiasme était assurément moindre que lors de mes précédents périples solitaires. Moins "porteur". Je perçevais cependant qu'entreprendre ce voyage, quels que puissent être les freins, avait quelque chose de nécessaire afin de, précisément, reprendre contact avec un enthousiasme défaillant.

Le jour du départ, ni l'aéroport ni l'avion n'ont suscité cette forme d'ivresse autrefois ressentie devant la fabuleuse possibilité de partir vers n'importe quel point du globe. L'arrivée sur le sol de mon second pays de coeur ne fit pas davantage naître d'émotion, tenant presque de l'habitude désormais. Et si, en sortant de l'aérogare, je n'ai pas pu m'empêcher de regarder - acte résolument insensé - si dans la foule un visage familier ne m'attendait pas, cette pensée ne dura qu'un instant. Je filais directement, avec mon gros sac à dos, vers les loueurs de voitures.

Ayant prévu d'aller au plus tôt vers les paysages convoités, j'avais précisément repéré et noté mon itinéraire pour m'éloigner de Montréal sans hasardeux détours. Son enchevêtrement autoroutier est redoutable pour un non-initié ! Quelques heures de route plus tard je trouvais mon hébergement d'étape à la nuit tombante, pas très loin du grand fleuve. Avais-je commencé mon voyage ? Pas vraiment, malgré la distance parcourue et le décalage horaire. Tout juste avais-je pu m'assurer que les colorations automnales avaient débuté.

Ce n'est que le lendemain, après m'être rendu sur un des lieux que je convoitais, que s'est produit le déclic. Une bouffée d'émotion m'est soudainement venue devant un de ces paysages sublimes sur lesquels je révais. C'était beau à pleurer ! Et c'est bien cela que j'étais venu chercher : de grandes bouffées de vibrantes sensations ! À partir de ce moment-là mon enthousiasme s'est réveillé. Un mélange de fébrilité et de grande sérénité a pris place. Oui, j'étais là où j'avais envie d'être ; et seul, donc totalement libre. Sans nulle autre contrainte que celles que j'allais me choisir ou que les aléas m'opposeraient. Deux semaines d'entière et précieuse liberté solitaire s'ouvraient devant moi.

Je les ai pleinement mises à profit, comme mes précédents billets [et mes silences prolongés] ont tenté de le décrire.

 

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Charlevoix, entre Baie Sainte Catherine et Saint Siméon

 

Ce faisant j'ai "oublié" tout ce qui habituellement fait mon quotidien. En particulier mon environnement de travail. Par ailleurs, aucune réflexion pénible ou lancinante n'est venue perturber le bien-être que j'ai trouvé là-bas. Insouciant, je vivais le présent avec une impression d'éternité. Et j'y serais bien resté...

Revenu au pays dans un état d'esprit tout à fait serein et avec des étoiles dans les yeux j'ai repris le travail détendu. L'équipe est maintenant suffisamment mature pour fonctionner temporairement sans moi et je n'ai pas trouvé sur mon bureau une pile de dossiers en souffrance, ni n'ai été assailli de demandes en attente.

Un retour tout en douceur, donc. Que demander de mieux ?

 

* * *

 

La douce quiétude aura été, hélas, de courte durée : au lendemain de mon retour une de mes soeurs, inquiète, alertait la fratrie sur l'accélération du vieillissement du couple parental et ses conséquences, me plongeant illico dans les eaux sombres d'une triviale réalité. L'avenir y ressemble davantage à un gouffre obscur qu'à de vastes paysages de liberté où tout paraît possible.

Quelques jours plus tôt, sur la route des grands espaces, et comme par une coïncidence anticipée, la radio québecoise m'avait fait découvrir une chanson évoquant cette fatalité. Elle m'avait ému et je ne résiste pas au désir de la partager avec vous... 

 

 « Le contraste est trop mince entre début et finalité
Mais tu te résignes sans peine devant cette fatalité »

Pierre Lapointe - La science du coeur 

 

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07 octobre 2017

Effleurer l'inaccessible

Rivages d'un fleuve-océan et berges de lacs minuscules, forêts touffues d'érables ou boréales clairsemées, torrents fougueux et rivières sinueuses, sommets venteux ou ensoleillés... jour après jour les milieux et ambiances changent. Les colorations aussi, qui voient le carmin éclore dans l'or. Les ciels alternent transparence de l'azur et sombres nuées. Et mes envies épousent ce que l'atmosphère et le paysage leur inspire.

Les sommets ont toujours constitué pour moi un environnement familier et c'est tout naturellement vers eux que je me dirige en voyage. Ils semblent porteurs d'un attrait particulier pour beaucoup d'autres que moi, si j'en juge à la fréquentation des sentiers qui y mènent. Si l'on veut tutoyer la solitude, les gravir expose au risque d'une amère désillusion. On peut néanmoins peut le faire pour le champ de vision élargi qu'ils offrent, dévoilant l'immensité. Ou pour une forme de surpassement, proportionnelle à la difficulté de l'ascension. Ce qui est sûr c'est-il qu'ils sont plébiscités, au point de devenir repoussoirs pour qui est épris de tranquillité.

Après en avoir gravi pas mal depuis le début de mon voyage, hier j'ai renoncé à tenter une ascension dont je savais qu'elle serait surfréquentée. J'ai préféré choisir un itinéraire beaucoup plus modeste, en fond de vallée et sur des hauteurs modérées. Beaucoup plus propice à la contemplation et la photographie. Ce fut un bon choix puisque j'ai passé plusieurs heures en totale solitude, y compris au point culminant de mon ascension, duquel j'ai pu contempler longuement le paysage. J'ai pu jouir du silence, du soleil, de l'air frais. Quand finalement d'autres personnes m'ont rejoint, brisant mon bienheureux isolement, j'ai fermé mon sac et ai poursuivi ma route solitaire.

Mon voyage a atteint son apogée il y a quelques jours, quand je me suis hasardé vers les confins des zones habitées. Avec la tentation de m'y enfoncer plus en avant. Effleurer un rêve inaccessible. Depuis je me prépare à un retour progressif vers la civilisation urbaine et son rythme trépidant. Je m'accorde toutefois le temps de faire moult détours.

 

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Regarder les sommets d'en bas plutôt que l'inverse

 

 

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A hauteur de vallée

 

 

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Ce matin, arc en ciel enjambeant le fjord du Saguenay

 

 

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Un modeste lac, juste à côté de la route

 

 

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Ferme avec vue sur fleuve, pour agriculteur esthète

 

 

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04 octobre 2017

L'appel de la forêt

Je me demande parfois pourquoi je suis autant attiré par les grands espaces, la solitude, et le silence inhérent. J'ai observé que lorsque j'arrive au point ultime d'un sentier, généralement un sommet ou un point de vue remarquable, le temps que je vais passer à m'emplir du paysage dépendra directement du nombre d'inconnus qui, éventuellement, y seront en même temps que moi. Peu importe la qualité inspirante ou esthétique du lieu : je ne m'y attarde vraiment que lorsque je suis seul (ou avec un accompagnement respectueux). J'ai besoin de ressentir le sentiment d'isolement, d'être "seul en ce lieu". Parfois ce n'est qu'une impression puisque je peux être suivi, sans le savoir, par un ou plusieurs individus qui viendront alors envahir "mon" espace vital.

Mais quand la chance me permet de ne rencontrer personne et de pouvoir m'enivrer de calme et d'isolement, alors je ressens une ineffable et profonde béatitude. Être minuscule, je ne fais qu'un avec l'immensité vivante et empreinte de mystéres. Aucun trouble, aucune présence importune, aucun bavardage déplacé. Et aucun "même que moi" pour me ramener à ma juste place de visiteur de passage. Car je suis aussi l'importun de l'autre...

Il y a quelques jours j'ai eu la mauvaise surprise, après n'avoir rencontré personne tout au long de mon ascension (chic, je serai seul !), de trouver au sommet trois ou quatre groupes, dont une petite bande n'ayant rien trouvé de mieux pour prendre leur pied que d'écouter de la musique ! Cool et planante, certes, comme les volutes de fumée qui montaient au dessus d'eux, mais irritante. J'ai tenté d'en faire abstraction, en me mettant un peu à l'écart. Me disant qu'eux aussi, à leur façon, entraient en communion avec les lieux.

Si je veux être à peu près sûr d'être seul en un lieu choisi je sais devoir partir tôt, ou alors en fin de journée. Mieux encore : dans la mesure du possible privilégier des lieux peu fréquentés. Ce n'est hélas pas toujours possible puisque les paysages accessibles sont souvent ceux qui ont été aménagés pour cela. Et au Québec ils sont finalement peu nombreux. En fait je ne suis jamais qu'à quelques kilomètres des accés routiers, n'ayant pas encore entrepris des marches de plusieurs jours, avec nuit en cabane ou en tente. Mais ici rien ne se fait à l'improviste : il faut reserver et payer. L'isolement a un prix. Relativement cher, d'ailleurs.

 

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Je n'y ai vu personne...

 

Je sens cependant cet "appel de la forêt" (ou du désert, ou de la mer), et plus précisément de la nature sauvage peu marquée par l'emprise de l'homme. Une nature intacte, pas vraiment accueillante. Pas hostile non plus. Indifférente. Je ne suis évidemment pas le seul à avoir ces envies : il existe, c'est évident, un fort attrait pour un contact direct avec la nature... ou ce qui y ressemble. Une forme de retour aux sources temporaire ? Une immersion nécessaire ? Un "appel" de la nature de laquelle nous sommes issus et que nos gênes gardent en mémoire profonde ?

Je ne sais, mais c'est là.

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03 octobre 2017

Silence absolu

Pour n'entendre aucun bruit d'origine humaine il faut se trouver loin de tout. Loin des villes, bien entendu, mais aussi loin des villages et des hameaux. Très loin, hors de portée de sons. Il faut surtout, et c'est difficilement évitable, être à l'écart des couloirs aériens. Le bruit des avions se propage infiniment loin.

Mais quand ces conditions sont réunies, au moins temporairement, alors on peut entendre le silence de la nature. Sons infimes et discrets le plus souvent. Harmoniques.

Le silence absolu, lui, est quelque chose d'encore plus rare. Imaginez : pas le moindre son. Ni chant d'oiseau, ni vrombissement d'insecte, nul souffle de vent, aucun clapotis d'eau. Rien.

Ce silence je l'ai vécu à plusieurs reprise aujourd'hui. Silence de l'air, face à l'immensité d'un paysage s'étendant à perte de vue. Silence de l'eau, au bord d'un lac miroir cerné d'une forêt de conifères. Le silence vert des mousses, dans un boisement impénétrable. Chacun de ces silences absolus avec sa propre tonalité muette.

En cheminant je pensais à cette nature "humanisée" que je peux parcourir à ma guise. Sans intervention humaine, sans chemins ou sentiers tracés et entretenus, la nature ne se laisserait pas pénétrer. Une forêt "sauvage" est un inextricable enchevêtrement de végétaux vivants et morts. On ne peut s'y déplacer que lentement, péniblement, sinueusement.

S'il fallait de nouveau y vivre, parce que notre inconséquence commune nous y aura conduit, l'homme moderne serait très démuni. Le rapport des forces serait rétabli.

 

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Silence aérien de l'horizon à perte de vue
(Parc des Monts Valin)

 

 

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Au delà de l'horizon collinéen, vers le grand nord
(plus aucun village avant ceux des Inuit, 1000 km plus au nord)

 

 

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Silence absolu de l'eau en miroir
(et zéro degrés au thermomètre)

 

 

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Bien au dessus du silence, les cris lointains des oies des neiges
(formation de 75 oiseaux en haute altitude)

 

 

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Méandres

 

 

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Art naturel

 

 

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Rencontre fortuite : Tétras du Canada (?)

 

 

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Seul et heureux

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02 octobre 2017

Silences habités

Fuir le bruit.
Préférer, définitivement, le silence habité.
Eviter les regroupements, les conglomérats, les agglutinations humaines.
Fureter à l'écart. Essayer, prendre la chance. Trouver ce que l'on cherche.

Respirer, ressentir, apprécier. Privilège de solitaire.

Et dans la même journée, au gré des inspirations changer de paysage, d'atmosphère, de sons, de lumière...

 

 

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Bucolique en diable

 

 

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Bleutière (culture de "bleuets")

 

 

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 Plage sauvage en bord de fjord

 

 

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Vol d'oies des neiges en migration

 

 

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Soir sur le fjord

 

 

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01 octobre 2017

Impressions de voyage

 

Quelques images en partage, représentations très partielles des paysages que je traverse et des montagnes que je grimpe...

Températures fraîches, air vivifiant.

Plus aucune question concernant les rêves à réaliser : je vois, sens, entend, touche. Pleinement vivant.

 

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Le Saint Laurent, depuis les hauteurs de Charlevoix

 

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Montagnes de Charlevoix

 

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Baie Saint Paul

 

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Fjord du Saguenay

 

 

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Baie Eternité

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