Alter et ego (Carnet)

18 juillet 2016

Frangins de père en fils

Retrouvailles familiales dans une vallée perchée des Alpes Maritimes, le temps d'un week-end prolongé. C'est là que vit ma soeur, dans sa maison bleue, et nous sommes réunis autour d'elle pour fêter son demi-siècle d'existence. Toute la fratrie a fait le déplacement, ainsi que mes parents. Quelques représentants des deux générations suivantes sont présents. Question implication, les doyens ont passé le relais. Ils s'effacent peu à peu. Les quinquagénaires, encore en position dominante, constatent à leur tour que, depuis pas mal d'années, les trentenaires prennent place, font valloir leur point de vue, leurs divergences. Ils s'affirment, ont des opinions et les expriment. Imperceptiblement le cycle des générations continue sa course naturelle.

Un peu en retrait, comme à mon habitude, j'observe. J'écoute les conversations, y participant silencieusement. Je sens les petites tensions contenues qui parfois se déchargent. Entre conjoints, principalement. La scène familiale donne parfois des impressions de légitimité supérieure, d'alliés potentiels...

 

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Un village de la vallée perchée

 

Sur un rythme de farniente ponctué de menues activités agricoles, trois jours se sont écoulés paisiblement. Mes parents, cent-soixante ans à eux deux, veulent reprendre la route. Pour eux elle se fera avec une étape au milieu, histoire de ne pas trop solliciter leur résistance. Au moment du départ je les accompagne jusqu'à leur voiture. Mon fils est à mes côtés. Les autres sont occupés ailleurs.

Ma mère, attendrie, nous lance un « À bientôt les frangins ! »

- Les frangins ? lui réponds-je, amusé par cette confusion générationnelle à laquelle chacun de nous peut-être sujet

- Ben... vous n'êtes pas frangins ?

Avec mon fils, nous nous regardons. Là où n'importe qui aurait pris conscience de sa bévue, ma mère semble ne pas comprendre. Je la vois perplexe, hagarde, cherchant ce qui peut bien être incongru dans la situation.

- Frangins ? insisté-je sans plus savoir comment l'aider à percuter.

- ...

Les secondes s'éternisent, deviennent gênantes. Tout à coup elle comprend, grimace un peu, tourne la tête et disparaît dans la voiture. J'imagine sans peine sa tristesse, sa honte peut-être. Elle sait que sa mémoire lui joue des tours, le redoute, et cette fois-ci nous sommes quatre à constater que certains connexions neuronales marquent des défaillances nettement perceptibles.

Je sais que mes parents vieillissent. Je le vois. L'altération de leurs capacités ne fait aucun doute. Leur autonomie se restreint, même s'ils n'ont encore aucun signe de dépendance... hormis l'un envers l'autre. Toutefois la marge qui sépare les deux états se réduit comme peau de chagrin. Un jour, bientôt, l'un des deux basculera du côté d'un nécessaire accompagnement. L'autre risque fort de ne pouvoir assumer cette charge...

Il y a quelques semaines, avec ma soeur, nous avons pour la première fois évoqué clairement cet avenir proche. Elle s'en inquiète, à juste titre. De mon côté je dois bien reconnaître que mon optimisme cède peu à peu la place au réalisme : le répit ne durera pas éternellement.

 

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Ma soeur, en bergère

 

 

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17 juillet 2016

Pris dans les remous

Voila exactement un mois que je suis entré en abstinence médiatique, prolongeant ce qui, au départ, ne tenait que des circonstances (quelques jours de vacances). Depuis, j'ai réussi à ne presque rien savoir de l'actualité immédiate. Non sans vigilance : je ne m'étais pas rendu compte du bombardement d'actus que nous subissons continuellement ! Fuyant radio, journaux, et surtout télé, c'est par internet que mon espace de protection a continué d'être attaqué sans sommations, à coup de titres accrocheurs. Fort heureusement je n'ai ni Facebook ni Twitter pour en rajouter...

Les échos assourdis de quelques faits me sont aussi parvenus au gré des conversations, en face à face ou par blogs interposés. Sans trop me perturber...

Jusqu'à ce qu'un poste de radio assassin, au matin du 15 juillet, me prenne par surprise et brise ma sérénité : en quelques secondes le petit-déjeuner familial auquel j'allais me joindre, moment privilégié de dialogue et de tranquillité, était violenté par la brutalité des faits annoncés. Aussitôt j'ai fui dans le jardin, laissant là soeur et beau-frère, ne voulant pas en savoir davantage. Surtout éviter le sordide et l'émotionnel. Avec le nombre de victimes et la méthode utilisée j'en avais suffisamment entendu. Ensuite, au fur et à mesure du lever de chacun, l'info a été répétée par ceux qui savaient, puis brièvement commentée. Sans ostentation ni surenchère, heureusement. Au final, si je n'ai pas pu échapper totalement à ce dont je cherchais à me préserver, j'ai quand même évité le flot de "commentaires" journalistiques, les détails scabreux, et surtout les images dont j'imagine qu'elles ont pu être abondantes. 

 

Deux jours plus tard, de retour chez moi, en me reconnectant au monde d'internet, difficile d'éviter les remous du même évènement : des blogs en parlent, les commentateurs aussi. Preuve, s'il était nécessaire, de l'importance que peut prendre l'actu dans nos pensées, dans nos conversations. Alors j'ai évité de lire les blogs abordant le sujet d'actu du moment. Je n'y reviendrai qu'à petite dose...

Je comprends, bien sûr, le besoin d'exprimer son émotion, sa colère, son indignation, son abattement, sa tristesse. Je comprends aussi qu'on ressente le besoin de parler de ce qu'on ne parvient pas à admettre. Qu'on cherche des explications "rationnelles". Il m'est souvent arrivé de le faire, d'ailleurs, dans le passé. Mais à la longue cela me semble vain. Pour ma part je n'y vois plus d'utilité. Je ne cherche plus à comprendre : j'encaisse la brutalité des faits. En même temps je reste attentif aux évènements humainement significatifs et à leur impact sur notre société. Je me laisse le temps d'y réfléchir, de penser, d'accepter des réalités humaines qui dépassent mon entendement. Je me méfie des réactions à chaud, qui laissent croire que des solutions immédiates pourraient être apportées. En particulier lorsque celles-ci s'orientent vers la radicalité...

 

J'aurais voulu parler d'autre chose. Ce sera pour une prochaine fois.

 

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05 juillet 2016

En réalité

Mes escapades ont ceci de bénéfique qu'elles m'éloignent de toute source d'information. En m'immergeant dans les sensations du voyage je suis au contact direct de la réalité du lieu et de l'instant. La seule qui vaille, expurgée de projections imaginaires dans un ailleurs impalpable avec lequel je n'ai finalement aucun contact. Surinformée de futile et dérisoire, notre société occidentale nous conduit, par une sorte de dédoublement de personnalité, à vivre par procuration dans des univers que la plupart ne connaîtront ni ne côtoieront.

Quand je prends un peu de recul je me dis que nous sommes fous...

 

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Coupé de cet épandage toxique de nouvelles méthodiquement sélectionnées pour leur pouvoir sensationnaliste, j'ai retrouvé une réalité directe. Sans parasitage. Pas le moindre écho de ce qui pouvait se produire hors de mon périmètre d'exploration sensorielle. Les seules sources d'information étaient captée par mes sens, révélées par mes émotions. Et ce monde semblait tourner comme à son habitude. Ni les vagues, ni le vent, ni les goelands ne paraissaient être perturbés par quoi que ce soit. Mon univers se confondait avec le leur et tout allait très bien. Même les communautés humaines paraissaient paisibles, chacun vaquant à ses occupations.

 

 

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Et pendant ce temps je suis presque sûr que le monde était présenté au JT sous ses jours les plus inquiétants, laissant miroiter je ne sais quel sombre avenir...

Une fois revenu, trop heureux de ma liberté de rêver retrouvée, je me suis maintenu à l'écart de la rumeur fébrile du monde. J'ai voulu garder l'esprit serein. J'ai simplement repris travail et rythme de vie, me contentant de capter ce que mon environnement propose. Pour cela une méthode radicale : pas le moindre accès à l'information. J'ai banni la radio du matin et celle des trajets en voiture. Je préfère une musique calme. Sur internet je ne clique pas sur ce qui risquerait de rompre ma diète médiatique totale.

Après un peu plus de deux semaines je ne sais donc rien de ce qui a éventuellement pu mettre en émoi les sphères médiatiques et animer les conversations. Seules trois informations brutes sont parvenues jusqu'à moi : Brexit, résultat du referendum de Notre Dame des Landes, décès de Michel Rocard. Rien de plus. Informations sèches, reçues telles quelles, sans fioritures, sans développement, sans analyse. Seulement des faits. Je n'ai pas ressenti le besoin d'en savoir davantage.

 

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J'entends aussi depuis hier les échos lointains d'un barnum sportif en cours, et me réjouis d'être épargné par cette gabegie totalement dépourvue de sens. Une énorme bulle de vide, dont je me demande comment elle peut exister en mobilisant autant de temps et d'énergie. N'y a t-il rien de mieux à faire pour le bien-être de l'humanité ?

Non, vraiment, je me sens très bien sans infos...

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26 juin 2016

Revenir

L'esprit libre, partir. Changer d'horizon. Prendre le large.
Cap à l'ouest, jusqu'où finit la terre. Finis terrae

Aller au contact des éléments telluriques.
Les roches, le vent, les vagues. 

 

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Parcourir le sentier côtier, d'escarpements vertigineux en plages de sable blond.

 

 

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Admirer la vie qui, inlassablement, s'accroche aux milieux les plus hostiles sans se départir de beauté.

 

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Saisir la lumière que propose l'instant.

 

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Viser l'ultime pointe, là où le soleil disparaît le plus tard au solstice d'été.

 

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22h22

 

 

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Laisser venir la nuit tardive.

 

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 23h00

 

Avoir osé un voyage à deux. Un peu loin, un peu longtemps.
Quitter la solitude quelques jours durant. S'isoler de la rumeur du monde.

Presque l'oublier.

Et revenir.

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17 juin 2016

Conscience professionnelle

J'aime mon travail. A tel point que, fortement impliqué et plutôt consciencieux, je n'épuise pas mon stock de congés annuels. À la longue je dispose d'un nombre de jours à prendre assez considérable, dépassant le double du quota annuel ! Qu'à cela ne tienne, me direz-vous : tu n'as qu'à les prendre ! Sauf que... personne ne me remplace lorsque je ne suis pas là. Je dois donc anticiper chacune de mes absences et les caser judicieusement pour que les rouages ne se grippent pas.

Début mai je me serais bien octroyé une ou deux semaines de vacances : la saison est idéale, avec de belles périodes de beau temps et encore peu de monde. Malheureusement la charge de travail était importante et j'ai donc reporté. De semaine en semaine les reports successifs m'ont amené... mi-juin. Bientôt la période des vacances scolaires, synonymes de surfréquentation de tout lieu un tant soit peu touristique. L'horreur, pour un solitaire comme moi ! J'ai donc profité d'un relatif répit pour me mettre en congé la semaine prochaine. Hop, je boucle une dernière affaire urgente et importante et je pars. J'aurais bien pris deux semaines mais...

Pour augmenter un peu cette courte durée j'y adjoins un jour de récupération. Ce qui fait qu'hier j'étais déjà "en vacances".

Théoriquement.

Sauf que les affaires en cours ne se suspendent pas illico, surtout quand elles ont un caractère "urgent et important" [tout cela étant évidemment relatif]. Dans la matinée je vois l'appel d'un client sur mon téléphone pro. La première fois je ne réponds pas : je suis en congé ! Quand je vois qu'il me rappelle, une heure plus tard, je décroche : je sais que c'est peut-être le déclenchement de l'affaire que je viens de boucler et qui devra alors être traitée dans l'urgence. Paf ! il s'agit bien de cela... et je n'ai pas laissé assez de consignes à mes collaborateurs pour qu'ils puissent s'en saisir correctement.

Le hasard veut que ce même jour mon fils soit de passage dans la ville ou se trouve on bureau. Je devais donc m'y rendre de toutes façons pour le rejoindre, ainsi que sa soeur. Nous avons passé un bon moment ensemble dans un restaurant, puis à faire divers achats utiles. En milieu d'après-midi, lorsque nous nous sommes quittés, je me suis rendu... à mon bureau, juste à côté. Surprise de mes collaborateurs ! Le temps de donner les explications manquantes sur la fameuse affaire, d'ouvrir l'ordinateur pour imprimer quelques documents, de regarder s'il n'y avait pas d'autres urgences... et hop, voila une heure et demie de passé ! Et comme d'habitude j'ai quitté le bureau le dernier. Mais au moins l'affaire peut être suivie et je pars l'esprit tranquille.

À ceux qui se sont étonnés de me voir dans les couloirs j'ai répondu « c'est ça le service public ! ». Or je ne travaille absolument pas dans un service public. Par contre le client est une collectivité publique...

Il est certain que je prends mon travail à coeur. Peut-être un peu trop, parfois, mais c'est aussi une question de conscience professionnelle. En même temps ça ne me dérangeait pas, cette fois-là, de bien organiser l'affaire pour que tout le monde soit gagnant : le client, mes collaborateurs, la structure qui nous emploie. J'aime que les choses se passent bien et que tout le monde soit satisfait. Même si je sais que cela me demande un investissement certain. C'est ma façon de "bien" faire mon travail, et de m'en sentir responsable. Et tant pis si pour cela je dois faire quelques entorses au respect strict des horaires de travail... ou des jours de congés.

Cela dit, maintenant je suis vraiment en vacances. Demain je pars... en espérant que la météo soit favorable, après une semaine de pluie.

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04 juin 2016

L'anarchie relationnelle

Avant d'ouvrir ce blog mes écrits sur internet étaient principalement inspirés par les dimensions affectives et sensibles des relations humaines. En particulier dans les rapports d'intimité. Confrontant la théorie de mes idées aux expériences nouvelles que je vivais, j'analysais "en direct" les écarts et modifiais ma conscience. Grâce aux retours des lecteurs [vous ou vos prédécesseurs], surtout depuis que ce blog existe, j'ai pu reconstruire ainsi nombre des représentations erronées qui, auparavant, me guidaient.

Les années passant, étant moins confronté aux expériences de rencontre et plus soucieux de discrétion, mesurant ici les limites de la liberté d'expression et craignant de lasser mon lectorat... je me suis peu à peu orienté vers d'autres sujets. Cet éclectisme est-il moins stimulant ? Toujours est-il que mes écrits s'espacent. Ma vie, elle-même, est devenue extrêmement calme.

Je pourrais m'en réjouir ! Il me semble cependant que dans cet apaisement bienheureux il me manque quelque chose. Quelque chose d'important. Comme des étincelles, du pétillant, du stimulant. Ce n'est pas un besoin indispensable, bien sûr, néanmoins je crois qu'il y a là quelque chose de vital. Au sens de vitalité. Et cette sensation me rappelle confusément celle qui s'insinua dans mon existence autour de la quarantaine...

J'avais alors une vingtaine d'années de pratique du mariage, de la vie de couple et d'une certaine conception de la vie amoureuse. J'étais heureux, vraiment, mais... il me manquait quelque chose. Comme des étincelles, du pétillant, du stimulant. Une innocente curiosité me conduisit à aller voir s'il n'y avait pas, ailleurs que dans le couple, des possibilités de dialogue approfondi et intime. L'emploi du terme "innocente" est important parce que j'ignorais alors totalement ce que j'allais découvrir. Très vite, pourtant, je compris que je m'aventurais hors des limites imparties par mon éducation familiale. J'aurais pu arrêter là et revenir promptement dans le cadre habituel mais ma curiosité en aurait été frustrée [ce qui, vous en conviendrez, aurait été fort regrettable]. En continuant je ne pouvais cependant plus prétendre à l'innocence : je savais que j'allais vers l'inconnu. Avec le risque de connaître ce que j'ignorais et qui pourrait me tenter...

Bref : j'avais commencé à croquer la pomme de la connaissance ! Et s'il y avait bien une Eve dans les parages, ce n'est pas elle qui m'y avait attiré. Tout au plus elle était là, disponible pour mettre en émoi mes désirs refoulés. Comme beaucoup d'autres j'avais intériorisé, depuis l'enfance, un conglomérat de normes concernant l'amour et la sexualité, indissociablement liés à la notion de couple durable.

Eve s'effaça, laissant la place à une autre, puis une autre, puis plusieurs autres... Confidences, amitiés, sentiments ; de rencontres épistolaires en relations concrètes, je me vis obligé de déconstruire peu à peu le bloc compact de mes représentations. Il me fallut désimbriquer ce fatras pour laisser apparaître des notions masquées telles que l'affection, le désir, l'attachement, la liberté. De l'amour distinguer chaque élément afin de voir ensuite comment ils pouvaient éventuellement s'assembler dans une diversité de combinaisons. J'ai pu le faire grâce aux échanges avec ces nombreuses femmes, au sein de relations éphémères ou durables, bien plus souvent platoniques que sexualisées. Toujours est-il que, de rencontres sages en découvertes frémissantes, de joies radieuses en sombres déconvenues, je me suis ouvert l'esprit et ai enrichi mon expérience. En quelques années ma perception des relations affectives, et en particulier celles qui s'articulent autour de la notion de couple, on été radicalement changées. J'ai découvert quelques concepts intéressants qui, à un moment donné, ont eu mes faveurs : la polyfidélité, voire le polyamour puisque j'aimais en double. Par le jeu des circonstances et des éloignements c'est finalement la notion de liberté qui aura eu ma préférence.

Après avoir vu s'effriter le marbre du couple et se fendre le granit de l'amour j'ai choisi de... vivre seul.

Pour autant je n'ai jamais été durablement "seul" et la question de la pluralité affective est toujours restée sous-jacente. Notamment sous l'angle de la liberté qui m'est devenue si chère...

C'est pourquoi [j'en arrive enfin au sujet de ce billet], profitant d'une opportunité locale, je me suis rendu cette semaine à un "café-poly". Il s'agissait d'une rencontre informelle entre personnes se sentant concernées par le polyamour. Ce n'est pas vraiment mon cas mais j'ai pensé que le partage d'expériences et les notions abordées dans l'échange pourraient intéresser celle avec qui je partage une partie de mon temps et que mes aspirations à la diversité inquiètent. La discussion a été plutôt intéressante, entre une dizaine de personnes vivant, avec plus ou moins d'insouciance, la pluralité relationnelle. Au passage il m'a semblé que les plus jeunes - trentenaires - étaient beaucoup plus à l'aise et décomplexés que les anciens. J'y ai vu, à tort ou à raison, les signes d'une évolution en marche...

J'ai aussi découvert, parmi la diversité des étiquettes que chacun aurait bien voulu faire valser tant elles délimitent ce qui ne peut pas l'être, le concept d'anarchie relationnelle. Il a pour principe d'abolir toute hiérarchie en termes d'amour et d'amitié. Ça ne pouvait que me plaire ! Pour ceux qui haussent le sourcil ou frémissent de curiosité, je vous envoie ici.

 

PS : sachant que ce sujet peut déclencher des réactions épidermiques, merci de rester courtois(e) et de n'exprimer que votre perception personnelle, sans faire référence à aucune "normalité" supposément universelle :)

 

 

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13 mai 2016

Cul de sac

Un article du journal Le Monde à capté mon attention : « Le Pape François entrouvre la porte de l'église aux femmes ». Diantre, l'église catholique entreprendrait-elle enfin une grande mutation grâce à ce pape considéré comme plutôt progressiste ?

Oh la, doucement, on se calme : l'article montre vite que l'ouverture est des plus réservées. À la question de religieuses portant sur la possibilité d'ordination de femmes diacres [sorte de sous-prêtre de second ordre], le pontife souverain a répondu : « Cela ferait du bien à l’Eglise de clarifier ce point. Je parlerai pour qu’on fasse quelque chose dans ce genre ». On voit que l'engagement au changement est plutôt ténu...

Bon, tout cela ne regarde que la religion catholique et je ne devrais pas me sentir concerné puisque je m'en suis extrait depuis longtemps. Sauf que c'est précisément autour de ces questions de discrimination de genre que j'ai entamé mon inexorable éloignement. Il ne m'était pas admissible - entre autres désaccords - de me reconnaître dans une religion écartant les femmes de certaines fonctions. L'article fournit d'ailleurs quelques intéressantes précisions sur ce point : « Le sacerdoce réservé aux hommes est une question qui ne se discute pas », a écrit en 2013 l'actuel chef du Vatican. On voit que l'éventuelle ouverture, d'emblée clairement limitée, s'apparente plutôt au cul-de-sac !

Et pourquoi ça ne se discute pas ? Parce que, comme l'a déclaré Jean-Paul II, « l’Eglise n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Eglise ». Bigre, l'église n'aurait pas le pouvoir de changer les choses ? Le voudrait-elle, dans un accès de féminisme débridé, qu'elle ne le pourrait même pas ? Mais alors, qui donc pourrait abolir un jour cette règle phallocrate ? Pas de bol, le gars qui l'aurait édictée est mort il y a un peu plus de deux mille ans. C'est ballot ! On apprend en effet que c'est parce que Jésus, individu mâle - comme son divin "père" - n'a choisi que des hommes comme apôtres, que les femmes sont à jamais exclues de certaines fonctions. Pour quelle raison ? Pardi, parce qu'elles ne peuvent tout simplement pas agir in personna christi ! Tandis qu'un homme, lui, c'est l'évidence même, le peut. Élémentaire mon cher Watson ! 

« Le prêtre est un autre Jésus, il est Jésus. La preuve ? Lorsqu’il célèbre la messe, il dit « ceci est mon corps » et non « ceci est le corps de Jésus ». Il y a identité parfaite entre le Christ et lui. Il est pour le Christ, une humanité de surcroit. Et le Christ était un homme. » [source

Ah ben oui, vu sous cet angle...
J'ai lu quelque part une remarque sournoise disant que, puisque Jésus était juif, seuls les juifs devraient accéder à la prêtrise. Rhôôô, c'est taquin...

« De fait les femmes ne peuvent être prêtre. Est-ce le signe d’une inégalité ? Non. Pour autant, ce n’est pas confortable à vivre, pour la femme comme pour l’homme. De part et d’autre, le soupçon, ou l’instinct de domination sont rapides pour faire de ce mystère un conflit de pouvoir. Jésus accepte qu’on lui donne le titre d’Époux. Car il aime l’humanité, son épouse. » [source]

Ah, si c'est un "mystère", l'affaire se corse...

« Il est clair que les apôtres relèvent d’un choix totalement libre de la part de Jésus. On ne l’explique pas. Il ne faut pas chercher dans la foi à tout expliquer. C’est le Mystère de la Foi que l’on proclame après la consécration. » [source]

La messe est dite : le choix du gars Jésus est mystérieux. Il faut le suivre tel quel, sans chercher à comprendre. Vous me direz que c'est le propre d'une religion : suivre une règle, des préceptes, des dogmes... L'église reste donc fidèle aux fondements qu'elle s'est choisis. Fidèle à elle-même ! Cohérente, en quelque sorte. On ne peut le lui reprocher.

Mais alors il n'est pas étonnant que ce genre d'immobilisme ne séduise plus : « A l’image de Marie, la femme est configurée à la vocation matrimoniale à la maternité : c’est elle qui donne la vie, qui porte la vie. Les femmes sont gardiennes de la vie, de l’Evangile de la Vie. L’Église voit en Marie la plus haute expression du "génie féminin", elle n’a pas le même rôle que l’homme : "Homme et femme il les créa". L’homme et la femme ont des fonctions, des sensibilités, des formes, des forces, des attitudes différentes. Dieu ne donne pas le même rôle à l’homme et à la femme. Ils sont complémentaires, en quelque sorte, le Créateur, dans sa Sagesse a réparti les rôles. La mission qu’il donne à la femme est tout aussi importante que celle de l’homme : ce n’est simplement pas la même. » [source]

Allons, il n'y a guère que quelques religieuses égarées, sans doute frustrées de ne pouvoir vivre pleinement leur vocation matrimoniale et de maternité, pour espérer encore pouvoir exercer les mêmes fonctions que les hommes !

 

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11 mai 2016

Sans limites

En montagne, en mai, on ne saurait dire quelle est la saison en cours. En bas c'est le début de l'été, à mi-pente les prémices du printemps s'annoncent, tandis que plus haut c'est encore l'hiver. Le dégradé vert mousseux du débourrement foliaire grimpe vers les sommets. Mais il suffit que la météo joue un peu du yo-yo pour qu'on semble aller à rebours ! Et hop, un retour d'hiver !

Chaleur et fraîcheur se succèdant, la neige peut brièvement revenir alors qu'on la supposait déjà partie jusqu'à l'automne...

C'est une belle période pour aller admirer ces contrastes qui se jouent des limites nettes que voudraient fixer les hommes.

 

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Vercors, 6 mai 2016

 

 

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27 avril 2016

L'autre moitié

Le jour de notre mort nous est généralement inconnu. Impossible, donc, de mesurer le temps qu'il nous reste à vivre. Et c'est très bien ainsi. 

Tant qu'on est jeune ces échéances paraissent fort lointaines, presque abstraites. Et puis avec les décennies qui s'additionnent, force est de constater qu'inéluctablement l'idée d'un terme devient plus pénétrante. Non, nous ne sommes pas immortels et un jour tout sera terminé pour nous. Un jour...

Imperceptiblement, commence à se dessiner l'idée qu'on est peut-être déjà à la moitié de son existence - à supposer qu'elle ne soit pas interrompue plus tôt qu'on se l'imagine. A trente-cinq ans on s'amuse de ces premiers frottements avec la réalité de notre propre finitude. Pendant quelques années encore ont peut jouer la carte de l'optimisme en s'imaginant octogénaire vaillant, peut-être nonagénaire fringant, et pourquoi pas centenaire alerte ? Pourtant, vient un jour où, même en faisant preuve d'un optimisme dopé aux emphétamines, les limites de la durée de vie humaine s'imposent. Avec certitude la moitié de la vie est atteinte. Sans échappatoire ni fioritures.

Aujourd'hui je me sais être forcément plus proche de ma mort que de ma naissance.
Sur ce point l'optimisme céde devant la raison.
Je passe le cap.

La vie ne m'en paraît que plus précieuse.

 

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Végétation d'éboulis au Col des Fourches, forêt des Maures

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Lavande papillon (Lavandula stoechas)

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25 avril 2016

Avant-goût

La semaine dernière j'étais en vacances, les températures du sud étaient douces et le soleil ardent. Comme un avant-goût d'été, sans ses inconvénients...

 

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Ile de Port Cros

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Asphodèle

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 Au loin, les Alpes enneigées

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Depuis quelques jours c'est comme un arrière-goût d'hiver qui est revenu dans mes contrées montagnardes, avec un temps gris, pluvieux, froid, presque neigeux. J'ai repris le travail, mais ça ne m'empêche pas de continuer à proposer quelques évocations photographiques de plaisirs existentiels.

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