Alter et ego (Carnet)

17 août 2017

Ligne de crête

Ne pas partir en vacances durant l'été n'empêche nullement de faire quelques escapades en montagne. Une fois de plus dans un secteur que j'affectionne particulièrement : l'ondulante ligne de crête qui cisèle les hauts plateaux du Vercors. À son extrémité sud, elle marque la limite entre les départements de la Drôme et de l'Isère. D'un côté des prairies en pente douce, de l'autre des falaises abruptes. Terres de contrastes...

 

IMGP2479_001Les deux sommets les plus emblématiques du Vercors : le Mont Aiguille et le Grand Veymont

 

 

 

IMGP2485Vallon de Combeau, côté Drôme

 

 

 

IMGP2564Les méandres de la ligne de crête avec, au fond, le massif du Dévoluy (Isère et Hautes Alpes)

 

 

 

 

IMGP2571Fin de journée, avec développements nuageux sur les sommets.

 

 

 

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11 août 2017

« Alors, quoi de neuf ? »

Hier soir, alors que je venais d'arriver chez mes parents pour partager un moment, mon père, rituellement, me lance un énergique « Alors, quoi de neuf ? ». Tout aussi invariablement je lui réponds, nonchalant, « boh, pas grand chose... », me montrant peu réactif à son accroche. J'ai bien conscience qu'elle est censée ouvrir la discussion en s'appuyant sur les nouvelles fraîches que je pourrais apporter, mais ça ne fonctionne pas vraiment.

J'y retrouve, sous une autre forme, le traditionnel « à quoi tu penses ? », jadis asséné avec une tape sur la cuisse, chaque matin, dans la voiture qui me conduisait au lycée de la ville voisine. Déjà il s'agissait d'une invitation à l'échange qui, alors, n'opérait pas. Après que j'aie répondu « à rien », la brèche qui avait brièvement rompu la compacité du silence se refermait aussitôt. Magistrale incommunication entre un père et son fils, étrangers incapables de se dévoiler l'un à l'autre.

Quelques décennies plus tard les deux bougres ont quelque peu évolué et une conversation minimale peut prendre place. L'engrenage des mots fonctionne à peu près, chacun apportant de quoi l'alimenter. L'échange n'est certes pas très fluide, puisqu'il contourne soigneusement les profondeurs personnelles, mais permet d'éviter l'épaississement des silences. D'ailleurs il suffit que ma mère soit présente pour que l'échange s'anime, invitant au rire et à la légereté. Côté père le sérieux, le réfléchi, l'argumenté, le pragmatique, le factuel. Côté maternel le léger, l'émotionnel, l'interprétatif, le consensuel, le fantaisiste. J'ai grandi entre des polarités pas nécessairement compatibles, s'opposant fréquemment et pas toujours sainement. J'en ai développé une prudence, une mesure, une sensibilité qui, selon ce que je perçois des situations et surtout des personnes, favorise ou inhibe mon expression. Avec un doute tenace : est-ce que ce que j'ai à dire est suffisamment intéressant ? Le plus souvent je suis silencieux plutôt que bavard.

Lorsque mon père me demande « quoi de neuf », j'entends « quoi de suffisamment intéressant pour que tu nous le racontes ». D'où ma réponse : « boh, pas grand chose ». Ou une variante, « rien de neuf ». Toutefois, afin de ne pas en rester là, j'ajoute généralement que tout va bien et enchaine immédiatement en retournant la question : « Et vous, quoi de neuf de votre côté ? » J'autorise ainsi l'ouverture des vannes, à savoir une litanie de nouvelles peu réjouissantes concernant la maladie de ma mère, des comptes-rendus de visites médicales et diverses démarches, voire l'annonce du décès de untel ou la dégradation physique ou mentale de tel autre de leurs amis. Ces "nouvelles" n'en sont pas toujours, mes parents ayant tendance à répéter le moindre évènement à chaque personne leur rendant visite. J'écoute poliment, sans leur dire qu'ils radotent. Cela ne ferait qu'accroitre leur malaise face au naufrage que représente leur vieillesse. Après, une fois que l'aspect sombre et angoissant s'est écoulé, viennent les nouvelles plus réjouissantes (mais souvent rabachées aussi...) concernant leurs enfants et petits-enfants, lumières de leurs jours vacillants. S'intercalent aussi des questions sur les miens, auxquelles je réponds rapidement. Je m'en tiens aux faits dont j'ai connaissance, évitant ce qui pourrait donner lieu à commentaires déplacés, interprétations et jugements hasardeux. Prudence et discrétion.

J'évoque ici mes parents mais la question du « suffisamment intéressant pour être raconté » fait partie intégrante de mon rapport aux autres. Avec, en parallèle, le souci de ne pas porter atteinte aux tiers dont je peux parler. Un mélange de retenue et de prudence qui fait que je m'exprime peu, et seulement avec des personnes en qui j'ai confiance. J'ai besoin de sentir un intérêt fort pour ce que je raconte, mais aussi d'être certain qu'il n'en sera pas fait mauvais usage. Ces exigences font que le cercle des interlocuteurs potentiels est restreint.

Mais ce n'est pas tout : je ne peux vraiment entrer en relation avec une personne que si je la sens suffisamment "positive", consciente, responsable, capable d'auto-critique, de recul. Qu'elle ait le sens de la nuance et que le doute la traverse régulièrement (mais pas trop...). Au final je crois que cela représente peu de monde, dans mon entourage...

Si j'y ajoute la crainte d'être envahissant et que je la double d'une tendance à me sentir vite "obligé" à des devoirs de politesse, on comprendra que j'ai accentué un attrait naturel pour l'isolement. C'est l'option qui m'a été la plus confortable, évitant la confrontation directe à autrui. Du moins dans une certaine mesure. Car l'inconvénient majeur de la solitude c'est qu'elle n'est guère propice au partage approfondi que j'affectionne. Je ne peux pas me planquer comme un sauvage indéfiniment.

Durant une quinzaine d'année l'ère d'internet m'a permis de contourner l'obstacle. Journal extime et correspondances, puis blog et échange de points de vue (via les "commentaires"), m'ont offert de bons et beaux partages sans prendre trop de risques. J'ai ainsi longtemps bénéficié d'une abondante nourriture intellectuelle, émotionnelle, affective, en particulier lorsque les rencontres en face à face ont été possibles. Je croyais avoir trouvé l'Eldorado : l'altérité à volonté. Hélas, depuis quelques années, dans cet univers virtuel en expansion continue et où proximité, distance et immédiateté sont de plus en plus distordues, j'erre en perdant peu à peu mes illusions. Traînant ma frustration dans la surabondance, je fais finalement face à une sensation croissante de... vacuité. Ou peut-être, paradoxalement, de solitude. Ayant bien conscience d'avoir moins à dire, ou alors autre chose, je cherche un ton nouveau. Sans succès jusque là. Hésitant entre quitter et rester, grapillant de-ci de-là quelques jolis fragments de la richesse humaine qui m'a attiré là, je me demande s'il ne me manquerait pas de nouvelles sources relationnelles. Je pressens qu'elles pourraient se trouver ailleurs, en des lieux inexplorés mais plus incarnés. Indépendamment de cela l'expression publique et le partage d'impressions qu'elle permet ont probablement encore un rôle à jouer pour moi, à préciser. Le temps m'y aidera.

J'aurais pu répondre cela à mon père, hier soir, mais je ne suis pas sûr qu'il aurait bien compris...

 

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 Ambiance estivale : Campanules dans la prairie

 

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24 juillet 2017

Répondre à la question

Deux réponses à la grande question du « Pourquoi écrire ? ».


L'écriture
 (5 minutes)

En introduction de l'émission la réponse de Patrick Modiano, lors du discours qu'il a prononcé à la réception de son prix Nobel de littérature. Ensuite le court développement de Christophe André, qui vante les vertus de la mise en mots de la vie intérieure. D'un côté la Littérature, la grande, de l'autre l'écriture ordinaire, pas moins enrichissante.

« Dans l’écriture de soi, on n’aspire à rien d’autre qu’à décrire sa vie intérieure. Pas d’ambition artistique ni stylistique. On accepte la simplicité, la banalité, l’ordinaire. »
Christophe André

 

« J’appartiens à une génération où on ne laissait pas parler les enfants, sauf en certaines occasions assez rares et s’ils en demandaient la permission. Mais on ne les écoutait pas et bien souvent on leur coupait la parole. Voilà ce qui explique la difficulté d’élocution de certains d’entre nous, tantôt hésitante, tantôt trop rapide, comme s’ils craignaient à chaque instant d’être interrompus. D’où, sans doute, ce désir d’écrire qui m’a pris, comme beaucoup d’autres, au sortir de l’enfance. Vous espérez que les adultes vous liront. Ils seront obligés ainsi de vous écouter sans vous interrompre et ils sauront une fois pour toutes ce que vous avez sur le cœur. »
Patrick Modiano - Discours de réception du prix Nobel

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17 juillet 2017

Longévité

Allez, un petit billet explicatif...

Ben oui, je n'ai pas tenu mon défi d'écrire un billet par jour pendant le mois de juillet. Inspiration niveau zéro.
Un premier jour le défi est passé à la trappe, puis deux, trois... Au début j'ai bien tenté d'esquisser quelques mots mais la pauvreté de qui m'est venu ne m'a pas emballé, c'est le moins qu'on puisse dire. Alors je n'ai pas insisté. C'est un principe : ne pas forcer si l'envie d'écrire n'éclot pas.

Idem pour la publication de photos : si ça n'a pas de sens pour moi, je m'abstiens.

Résultat : deux semaines sans une ligne ! Deux semaines dont je ne garderai pas trace.
Deux semaines durant lesquelles je n'aurai pas écrit « pour toi, pour moi, pour vous », selon la réponse que me suggérait aimablement Célestine à la lancinante question du « pour qui ? ». Et oui, même pas pour vous qui me faites l'honneur et le plaisir de me suivre. En fait, savoir que l'on me lit agit autant comme un stimulant (envie de partager, de "donner") que comme un frein (quoi dire d'intéressant ?). En particulier lorsque je ne suis pas porté par un quelconque enthousiasme...

Je n'en fais pas mystère : écrire ici m'est parfois difficile. C'est laborieux. Âpre. Rugueux. De plus en plus, me semble t-il. L'exubérance stimulante des débuts s'est affadie depuis longtemps. L'inspiration, fugitive, se raréfie. L'enthousiasme s'étiole, la spontanéité s'érode. Et la satisfaction finale est rarement au rendez-vous.

Wow ! Sombre tableau !
Mais suis-je vraiment objectif ?
Non, assurément. Et certainement trop exigeant.

 

Alors que je doute sur la suite à donner, je vous propose de suivre mon cheminement dans les arcanes de l'écriture d'un blogueur au long cours.

Douze ans de blog, dix-sept d'écriture en ligne... ça commence à faire un bail. Pourtant je ne crois pas que cette longévité soit la cause principale de ma désaffection. Non, voyez-vous, je pense plutôt à l'essoufflement d'une dynamique qui, longtemps, me fut essentielle : le déséquilibre. Comme en vélo. Tant que l'insatisfaction, la frustration, la difficulté, la révolte, l'incompréhension, tiraillaient mon existence, elles m'obligeaient à rester en mouvement. J'étais constamment poussé vers une recherche de pacification intérieure. Or il me semble avoir atteint un état de sérénité relativement stable. Ou du moins un état d'équilibre suffisamment satisfaisant pour m'en contenter [bien que l'idée d'une stagnation soit de nature à m'insatisfaire...]. Dès lors, la motivation originelle étant tarie, je ne m'attends pas à ce qu'elle jaillisse de nouveau. Ce serait plutôt mauvais signe, d'ailleurs, que de voir revenir les temps troublés générateurs d'écriture...

Il me faudrait donc faire émerger d'autres motivations... si toutefois je veux continuer à écrire. Mais en ai-je vraiment envie ? Je ne crois pas faire partie de ceux pour qui l'écriture serait intrinsèquement "vitale". Je n'ai aucune prétention littéraire et ne suis nullement attiré par la moindre forme de fiction. Mon écriture, d'essence autobiographique, fondamentalement, est avant tout régulateur émotionnel et outil d'auto-analyse. En toute logique, elle perd donc progressivement cette fonction avec l'installation de l'équilibre qu'elle vise. Dès lors, l'extinction, ou du moins la raréfaction de l'écriture, est inévitable...

Ce serait donc simple : durant les périodes d'étiage, j'arrête. Je disparais. Sauf qu'avec la publication sur internet j'ai découvert un plaisir ineffable : le partage et l'échange (d'émotions, d'idées, de sympathie, de connaissances) et l'amitié qui pouvait éventuellement en naître. C'est incontestablement cette fonction sociale, relationnelle et affective, qui m'a permis de prolonger l'expérience aussi longtemps. Pour un solitaire épris de liberté, un tel apport est loin d'être négligeable. La distance reste néanmoins un obstacle relationnel qui impose bien des limites. Sur ce point, entre avantages et inconvénients, j'ai toujours été ambivalent.

Et maintenant ?

Actuellement l'écriture analytique n'a, pour moi, plus de sens. Plus de nécessité [quoique...]. Je n'y recours quasiment plus. Par pudeur retrouvée, sans doute. Par prudence, aussi. L'écriture en partage, quant à elle, me semble avoir perdu la consistance qu'elle avait autrefois. Mais peut-être est-ce parce que je suis devenu plus exigeant ? Ou un peu blasé ? Ou que je ne trouve pas vraiment l'écho que j'aimerais ?

Perte de sens et d'attrait, donc.

Mais surtout, et c'est probablement l'élément le plus significatif... l'émotion n'est plus là. Je ne vibre pratiquement plus, ni en écrivant, ni en lisant. Il n'y a plus de surprises, plus d'effet de déflagration, plus de tripes retournées ni de coeur chaviré. Plus l'envie d'écrire sur le champ une missive enthousiaste à l'auteur(e) d'un texte qui m'aurait bouleversé ou particulièrement séduit [mais y en a t'il eu tant que ça autrefois ?].

Oh bien sûr mon paysage bloguesque reste fort sympathique ! Il n'a rien de désagréable, assurément. Je peux lire de jolies choses, les échanges sont aimables, les compliments sont plaisants, les amabilités sont douces, les réconforts bienveillants. Positivisme et gentillesse à profusion. Mais... est-ce vraiment que je cherche ? Est-ce pour trouver cela que j'écris ? [niet !] Quant aux voix dissonantes et acerbes qui, jadis, pouvaient me perturber - et donc stimuler ma réflexion - elles sont devenues rarissimes.

Bref, tout cela est un peu... plat. Et quel relief pourrais-je apporter ? Pas grand chose...

En fait mon problème c'est peut-être que... tout va bien ! En tout cas rien ne va mal. Ni heurts, ni tensions, ni grandes réflexions. Mon existence me satisfait. Comme chante Cabrel, « la vie me donne c'que j'attends d'elle » [et là le secret c'est de ne pas avoir trop d'attentes, hein...]. Il y a bien quelques manques, par-ci par-là, mais qui n'en ressent pas ? Et puis à quoi bon en parler, quand l'action ou l'acceptation sont les seuls remèdes ?

[hum... que voila un paragraphe qui mériterait que je m'attarde sur le paysage de morne plaine qu'il décrit]

Hors de ma bulle égocentrée, par contre, le monde ne va pas pas très bien. L'humanité, dans son rapport à la nature, marche sur la tête. Au sein du milieu qui nous permet de vivre trop de gens ont un comportement destructeur, oppresseur, pilleur, et finalement collectivement suicidaire. Ça me concerne, ça m'interpelle, ça me désole, ça m'enrage, ça m'inquiète. C'est donc plutôt autour de cette situation, qui vient tourmenter mes émotions, que je pourrais voir émerger des velléités d'écriture. Peut-être.

En attendant, ne vous inquiétez pas si le silence venait prendre ses aises sur ce blog devenu un peu terne à mon goût... 

 

[PS : "travaillé" depuis une semaine, ce texte ne me plaît toujours pas au moment où je le mets en ligne]

 

 

 

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04 juillet 2017

Le voyage impossible

Sur le thème du voyage, de l'évasion, de l'ailleurs... je vous propose de "visiter" en photo des lieux vus aujourd'hui mais où vous ne pourrez jamais entrer. Impossible ! Je vous laisse vous y projeter par l'esprit, imaginer, et ainsi effectuer une sorte de voyage mental.

Petite précision : en réalité on peut passer presque instantanément d'un de ces lieux à un autre. Et ils ont tous un point commun. 

 

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Une chambre de bonne

 

 

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Une cuisine de ferme

 

 

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Une chapelle dans un sale état

 

 

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Une épicerie "comme autrefois"

 

 

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encore (parce que ça me rappelle mon enfance)

 

 

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Un couloir sombre qui donne sur la rue

 

 

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Un réfectoire de pensionnat

 

 

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Un appartement déco

 

 

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Un appart' bordélique (et non, ce n'est pas chez moi)

 

 

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Une salle à manger prestigieuse

 

 

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La grande galerie d'un musée

 

 

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Une prison

 

 

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Une vieille voiture qui sert de poulailler (regardez le siège)

 

 

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Un hangar désaffecté

 

Avez-vous trouvé le point commun ? 

Non ?

Regardez de près. Il n'y a rien qui vous intrigue ?

Toujours pas ?

Alors un indice...

 

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Un atelier de...

 

Oaaah, là c'est trop facile ! 

 

* * *

Réponse du lendemain : ces reconstitutions d'intérieurs sont des miniatures visibles au Musée miniatures et cinéma de Lyon. L'échelle est de 1:12eme et il faudrait mesurer une quinzaine de centimètres pour y entrer. Le volume des pièces reconstituées représente l'équivalent d'une boite à chaussure, d'un micro ondes ou d'un frigo pour les plus grandes. Le niveau de précision des détails est époustouflant.

 

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03 juillet 2017

Privilégié

Alors que s'annonce la période des "grandes vacances", indéniablement caractérisée par le basculement de ma radio préférée sur ses programmes d'été, je m'apprête à reprendre le travail. Presque avec plaisir. Je fais en effet partie de ceux qui choisissent de rester quand les autres partent. Pour moi c'est avant ou après, mais jamais pendant les grandes migrations vacancières.

J'apprécie ce décalage, précieux avantage. Il me permet de profiter d'une période bénéfique de calme relatif. Il m'offre un temps à part. Le ralentissement généralisé de l'activité va imposer son rythme estival, presque nonchalant. Détendu. Il atteindra son apogée au mois d'août, entrant dans un quasi coma. Et en septembre, quand l'activité reprendra... je pourrai à nouveau m'accorder quelques semaines de congés.

C'est une chance de pouvoir en choisir les dates à sa guise. Délivré des contraintes liées aux rythmes scolaires, je peux partir quand je veux. Ou ne pas partir. Car j'aime aussi rester chez moi, en toute tranquillité, profitant d'un calme incommensurable.

Si je devais définir le terme "vacances", la première idée qui me vient c'est "évasion". Ou liberté. La seconde, peut-être plus importante encore, c'est la notion de calme. Celui qui est propice à l'intériorisation, à l'immersion, à la perception sensorielle. C'est pour cette raison que je goûte fort peu aux regroupements humains et fuis, autant que possible, les concentrations. Donc les lieux touristiques, malgré l'attrait qu'ils peuvent présenter. Je ne les fréquente qu'à petite dose... pour mieux apprécier d'y échapper. Quelle meilleure sensation que de se sentir seul, spectateur privilégié, dans un lieu grandiose ?

 

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Pointe de Landunven, extrême ouest du Finistère - Juin 2016

 

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02 juillet 2017

L'appel du phare

Écrire ? Pourquoi ? Pour qui ?

C'est la question qui me tarabuste, parfois, quand l'envie d'écrire ne trouve plus la vague qui pourrait la porter. Comme si je ne trouvais plus mon cap. Comme si la voile qui, jadis, me menait loin au large ne trouvait plus son vent favorable. Je fasseye, j'hésite, je tergiverse. Et finalement je tourne en rond...

Rentrer au port ? Rester sur le quai ? Renoncer ? Et puis quoi encore !
Mais assez de métaphores marines ! S'il n'y a plus de vent je sors les rames ! Je n'irai peut-être pas loin, mais au moins j'aurai essayé d'avancer.

Je réponds donc à l'appel de phare de mon amie Célestine : en ce mois de juillet, un billet par jour. Ou au moins une photo...

 

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Phare de la Vieille - Pointe du Raz - Juin 2016

 

 

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01 juillet 2017

Parenthèse

Juin s'est achevé sans que je n'en aie esquissé ici les contours. Concurrente de l'écriture, la vie m'a porté ailleurs.

Fragments
L'été précoce rendait l'air du dehors attrayant. En soirée, j'ai préféré l'heure de nature à l'ordinateur.
Les fins de semaines, elles, furent festives. L'une s'est déroulée dans mon jardin, avec pas moins de soixante invités pour les trente ans de ma fille. Grand nettoyage avant. Passage de la vague vivante, déferlante sonore et chaleureuse ; grand nettoyage après. Puis retour au silence, au calme et à la solitude. Ma préférence.

En semaine réunions, conférences et animations diverses. Écologie et transition, mais pas que. Lectures à l'avenant. Poursuite de la réflexion de fond sur notre devenir commun, avec pas mal de circonspection et de perplexité.

Premières récoltes dans mon potager en permaculture.
Des travaux d'aménagement et de rénovation, enfin entrepris après des années de procrastination. Retrouver le plaisir de manier pelle et pioche, me réjouir de voir la vieille charpente être restaurée par un artisan local. Songer à d'autres projets, toujours en lien avec la transition écologique. Se préparer à l'après...

Les élections législatives suivies de loin. Constater l'inadéquation d'un système obsolète. Moult lectures, réflexions et échanges autour de la démocratie. Démobilisation.

Ce blog en déshérence.

Écrire ? Pourquoi ? Pour qui ?

 

Et puis... parenthèse. M'accorder un temps d'évasion. Partir, changer d'air, prendre le large, mettre les voiles.

 

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Ni Bahia, ni Bali : simplement l'ïle de Batz
(Jardins Georges Delasselle)

 

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Finistère et Côtes d'Armor, terres d'océan et de ciel, de granit et de sable, d'effluves marines.

 

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Ménez ham

 

 

 

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Aber Wrac'h

 

 

Quelques jours hors du temps. Respirer. Parler.

Et revenir. 

Écrire ? Pourquoi ? Pour qui ?

 

 

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 Démultiplication à l'infini par effets de miroirs.
(Festival International des Jardins de Chaumont sur Loire)

 

 

 

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04 juin 2017

Un optimisme hésitant

J'avais commencé à écrire un billet plutôt optimiste sur l'ambiance écolophile du moment. N'étant pas vraiment satisfait de sa tonalité j'ai traîné pour le mettre en ligne, si bien qu'entretemps la décision de Donald Trump de faire sortir son pays des accords sur le climat est intervenue. 

images

Difficile, désormais, d'en faire abstraction. Mon optimisme restauré a pris un coup dans l'aile. Bien que ce ne soit pas une surprise, le choix débile de Trump m'a stupéfait : comment peut-on vouloir faire passer des intérêts particuliers et à court terme avant la sauvegarde générale ? Je savais que ce président était particulièrement stupide mais je pensais que son entourage "sensé" saurait le ramener à la raison face à l'enjeu planétaire. Il n'en fut rien, hélas.

Triste constat.

 

Un point positif, toutefois, qu'il convient de souligner : le tollé international que cela a déclenché. C'est à cela que l'on sent que les mentalités ont évolué favorablement. Le changement climatique est très largement considéré comme un enjeu majeur au plus haut niveau des états. Même si, dans les faits, les évolutions ne se mettent en place que très (trop ?) lentement, la prise en compte est réelle. Du coup, les résistances au mouvement enclenché sont de plus en plus perçues comme anachroniques. C'est bon signe.

En France on se souvient qu'après le prometteur "Grenelle de l'environnement" qu'il avait initié en 2007, Nicolas Sarkozy avait fini par déclarer, quelques années plus tard, que « l'écologie, ça commence à bien faire ! ». La phrase se voulait assassine, sur un ton critique agacé, mais en la lisant au sens littéral elle était finalement plutôt prémonitoire.

Récemment on a vu, lors de l'élection présidentielle, que ces idées-là avaient désormais la cote. Pas suffisamment pour l'emporter, mais atteignant quand même un niveau d'adhésion record. Deux candidats mettaient l'écologie - au sens le plus large - au coeur de leur programme et, s'ils avaient eu l'intelligence de s'allier, auraient pu faire de cette priorité une réalité. Quoi qu'il en soit j'ai senti que, cette fois enfin, une prise de conscience massive influait de façon décisive sur le vote. Il y avait une mise en accord avec l'inquiétude diffuse et persistante autour de notre avenir humain commun. Je crois qu'on est passé tout près d'un point de basculement. Du coup il aura été frustrant de constater que non, ce ne serait encore pas pour cette fois...

Déçu, oui.

Toutefois, après quelques semaines, le nouveau paysage ne me paraît finalement pas aussi terne que je le craignais. Des signaux ont suscité mon intérêt : que pouvais-je espérer de mieux que la création d'un "Ministère de la transition écologique et solidaire" ? Vous rendez-vous compte ? Un Ministère de la TRANSITION ÉCOLOGIQUE ET SOLIDAIRE ! Un solide trépied de termes qui reprend le souhait de toute personne un tant soit peu désireuse de changer de paradigme. De plus il s'agit d'un ministère d'état, placé au sommet de la pyramide gouvernementale ! Enfin... pas tout à fait au sommet, quand même. Et c'est ce qui suscite immédiatement un scepticisme certain. Quel seront les possibilités d'action de ce ministère stratégique ? Quelles sont les réelles intentions écologiques du nouveau président ? Qu'aura t-il retenu du message transmis par un vote d'adhésion à d'autres idées que celles qu'il promouvait ? Il est encore bien trop tôt pour le savoir...

Cependant, ce que je retiens de cette période électorale, c'est que certaines forces apparemment immuables ont été sévèrement bousculées et que le paysage politique en a été transformé. Il s'est donc bien passé quelque chose. Il se passe quelque chose, qui dépasse évidemment l'enjeu électoral. À toutes les échelles. J'aimerais que ce soit le mouvement profond que, avec tant d'autres, j'appelle de mes voeux depuis des dizaines d'années. Je l'envisage car, à force de m'informer, et contrairement à ce que je croyais il y a quelques temps lorsque je déplorais que "rien ne bouge", je vois maintenant une multitude de signes. Je perçois, malgré l'inertie d'ensemble, un changement dans les mentalités. Je sais aussi qu'institutionnellement les pratiques évoluent et qu'un mouvement de fond est lancé, même si on n'en voit encore pas beaucoup les effets. Certes, c'est assurément trop lent... mais tout de même ça évolue favorablement. Initiatives individuelles, associatives, industrielles, locales, régionales, étatiques, internationales...

Naïveté de ma part ? Peut-être... mais je crois que l'optimisme est meilleur moteur d'action que le pessimisme. Je veux cependant rester lucide : nous n'en sommes qu'au début. Tout reste à faire et le chantier est titanesque. Les pistes d'action, quant à elles, sont multidirectionnelles. Les délais sont courts, certes, mais nous sommes nombreux et il suffirait d'agir efficacement.

Il y a quelques jours j'assistais à une réunion de présentation d'une monnaie locale, qui se met en place à l'échelle d'une métropole élargie. C'est un système très organisé, mais entièrement sous initiative démocratique et citoyenne. Le principe est vertueux : favoriser l'économie locale, donc la production à courte distance (avec effets écologiques induits), en court-circuitant (en partie) le grand système financier spéculateur. Ça peut paraître dérisoire mais c'est aussi un levier de prise de conscience collective.

Un peu partout je vois se créer des jardins partagés, favorisant une certaine autosuffisance et créant du lien social. Le mot "permaculture" sort des cercles confidentiels d'initiés et commence à se propager. Non seulement comme méthode culturale, mais aussi comme mode de vie : culture de la permanence. L'écologie est de moins en moins vue comme un mode de vie fantaisiste pour quelques illuminés soucieux des petits oiseaux (quoique les critiques lourdingues continuent à fuser). Le principe de la Transition (écologique, énergétique, sociale...) essaime un peu partout dans le monde...

Peu à peu des normes environnementales de plus en plus restrictives se mettent en place, malgré les tentatives de ralentissement et blocage des lobbies et autres organisation professionnelles peu soucieuses du bien être général. C'est lent, ça résiste, mais ça bouge. Bien sûr il y a des marche-arrière, des décisions fondées selon des principes hors d'âge, une vision périmée du monde... et pas qu'aux États-Unis. Mais on peut espérer que ce genre de soubresauts aparaîtront de plus en plus comme anachroniques.

La semaine dernière, en réunion préparatoire au conseil municipal, j'ai réagi à des spéculations sur le développement du territoire intercommunal : les échanges ne tournaient qu'autour d'une vision périmée de l'avenir. Comme si tout allait continuer indéfiniment selon des logiques dépassées : déplacements domicile-travail, individualisme territorial, zones commerciales lointaines. J'ai rappelé à mes collègues élus que le changement climatique et la raréfaction des ressources allaient complètement bouleverser nos habitudes. Qu'il n'était plus temps de raisonner selon les principes de l'ancien monde, celui duquel nous sortons déjà. L'avenir, désormais, doit tenir compte du nécessaire recentrage sur le local, sur une reconquête des solidarités perdues. Personne n'a contesté... et l'échange vain s'est arrêté là. Imaginer le nouveau monde nous laisse sans voix.

 

 

  

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Micro-paysage d'une feuille de Gunnera manicata

 

 

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20 mai 2017

Être d'émotions

Je n'aime pas commencer un texte par "Je". Comme s'il s'agissait d'une impolitesse que de se mettre au devant de la scène, au centre du monde, ou de circonscrire le monde à soi. Je, Moi...

Et pourtant ce "je" n'est-il pas systématiquement présent, quand bien même il n'est nullement nommé ? La moindre tentative d'analyse ou d'explication du monde n'est-elle pas subjective, dès lors qu'elle sort de la sécheresse du descriptif factuel ? Dire ou écrire "je" a simplement la franchise d'exprimer d'où l'on parle : je pense, je crois, j'observe, je déduis, j'estime, je ressens... Avez-vous remarqué combien cette subjectivité est souvent mal assumée ? Presque niée ? Je pense là à ceux, simples quidams ou "personnes autorisées, qui expriment publiquement leurs opinions et intérprétations, sous forme de "vérités" universelles. En particulier les journalistes, éditorialistes, analystes et experts en tout genre, qui énoncent des situations telles qu'ils les perçoivent, sans la moindre trace d'un "je". Or l'affichage de cette subjectivité pourrait mettre en évidence les limites d'un raisonnement, sa coloration, son éventuelle faillibilité et le doute qui devrait en découler. En termes d'opinions, mélanger le factuel avec l'interprétation qui en est faite ne peut que semer la confusion et rendre inévitables les désaccords.

J'évoque cela en considérant que chacun devrait s'efforcer de tendre vers l'objectivité, donc ne pas dissimuler sa subjectivité. Mais ce n'est que mon point de vue et d'autres peuvent exister...

Quand il s'agit de partager nos opinions et perceptions, bien souvent chacun de nous considère avoir une vision "juste" et objective du monde. Or le monde n'est-il pas totalement insaisissable ? Décrire c'est donc forcément réduire, omettre, transformer et interpréter. La seule vérité du monde est celle que chacun ressent en son for intérieur : ce que je vois, ce que je crois, ce que je ressens. Le "Je" est donc bien au centre.

C'est du moins ainsi que JE vois les choses...

 

Ce long préambule m'est venu alors que je voulais évoquer, pour ce qui me concerne, une sorte de carence en sensations. Ou en émotions. J'en ai pris conscience hier lorsque, écoutant la radio, je me suis surpris à fondre en larmes. Et c'était bon. Il était question de moments forts racontés en toute simplicité par ceux qui les avaient vécus. Totalement subjectifs et riches de cela, le "je" y était au centre et, par cela même, me touchait au coeur. Nulle intervention extérieure, nulle question : seulement un être qui exprime sa perception d'un évènement important. Je crois qu'ainsi chaque auditeur, comme moi, pouvait ressentir, ou pas, une connivence avec le narrateur. Entrer en résonance, en sympathie. Il y avait là toute la vérité de celui qui raconte. Elle m'a directement impacté, touchant ma propre sensibilté, mes propres émotions. Cette vérité subjective était sans filtre. Elle ne cherchait pas à convaincre, elle ne prétendait pas à l'universalité. Elle ne délivrait aucun savoir, seulement une expérience. C'était simple, modeste, humble. Il était pourtant question d'actes considérés comme "héroïques", sauf que ceux qui les avaient effectués ne se considéraient pas comme des héros.

Si le Je paraît parfois prétentieux et arrogant, il peut tout aussi bien être signe d'humilité. Ne parler que de soi. De sa place. De son être. Être soi, être d'émotions. Tout simplement.

La subjectivité assumée, quand elle s'allie à l'humilité, me touche profondément. Elle m'émeut, me bouleverse. Entendre l'autre se dire en vérité, en toute simplicité, me fait irrésistiblement penser à cette sorte de vulnérabilité qui accompagne la confiance. Quelque chose d'éminemment sensible. Je crois que rien ne me touche davantage...

 

 

IMGP4670 

Coeur à coeur

 

 

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