Alter et ego (Carnet)

31 janvier 2016

Tenir le cap

Suite des palpitantes aventures professionnelles qui me préoccupent quelques peu ces derniers temps. Billet "sérieux", donc...

Je me suis fixé un cap : agir pour que l'humain soit davantage pris en compte dans la structure - à finalité sociale - qui m'emploie. Depuis trop longtemps j'ai cédé devant des positions de principe qui, par blocage répété, m'ont découragé d'insister [c'était leur but...]. Aujourd'hui, face aux conséquences d'une inertie dont les effets démobilisateurs sont palpables, je veux voir réellement prise en compte la problématique laissée en deshérence. Je veux que les choses changent vraiment, qu'un authentique dialogue s'ouvre, et sans tarder. Même s'il faudra du temps, qu'au moins le mouvement s'enclenche.

Avec un certain plaisir je constate que mes récentes prises de position ont eu de l'effet puisque le sujet abordé la semaine dernière est revenu à l'ordre du jour, cette fois à l'initiative de mon directeur, en réunion de direction hebdomadaire. En a découlé un échange de points de vue plus poussé, élargi, et avec une inhabituelle franchise réciproque. De nouveau j'ai mis les pieds dans le plat, rappelant mes alertes répétées restées sans suite, pointant clairement les dysfonctionnement managériaux, les désaccords, les risques dûs au surmenage, quitte à paraître alarmiste ou dépassé. Clairement, j'ai lâché ce que j'avais sur le coeur. La posture est délicate : clamer son sentiment d'impuissance et son découragement pourrait laisser penser qu'on ne maîtrise pas son poste ! J'ai parlé avec fermeté, mais calmement, en alternant les faits et les ressentis. Je n'ai pas occulté l'aspect émotionnel qui, d'ailleurs, aparaissait certainement avec évidence dans ma détermination. Une de mes homologues, plus ancienne que moi dans la fonction, a surenchéri en évoquant son propre désinvestissement au fil des ans, faute d'avoir été entendue. La direction a encaissé, visiblement ébranlée par ce ralliement à mes propos. Ce "soutien" m'a fait grand bien.

Le mouvement s'amplifie, donc, voire s'emballe quelque peu : un vent de révolte collective s'est levé après qu'une grille des salaires soit opportunément apparue, révélant quelques inéquités flagrantes. Grosse colère de la part des lésés, nourrie par un sentiment d'injustice et une insatisfaction latente. 

Cette effervescence a quelque chose de réjouissant : on se prend à croire que les choses pourraient changer, par la force du groupe. D'un autre côté je reste lucide : ça ne sera pas simple. Je ne crois pas aux miracles, ni aux conversions instantanées, et la direction ne va pas changer subitement de politique en matière de ressources humaines. Quant aux déclarations les plus virulentes entendues dans le microcosme des salariés revendicatifs, je m'en méfie : face aux décideurs elles se dégonflent comme un soufflé.

L'important, maintenant, c'est de convertir colère et ressentiment en initiatives constructives, avant que le découragement ne reprenne le dessus. Cela tient de l'alchimie : transmuter du plomb en or. Il y a un potentiel à organiser, à fédérer, à orienter afin de ne pas le voir se dissiper en gesticulations stériles. Il y a des idées à organiser, une stratégie à mettre en place, un plan d'action à élaborer. Et comme toute transformation cela demande un apport d'énergie...

J'ai une force : croire que le changement est possible. J'ai des atouts : avoir envie d'impulser le mouvement et les capacités pour le faire. Mais j'ai une limite : le risque de découragement. J'ai aussi des freins : le syndrome de l'imposteur. Qui suis-je pour prendre la parole ? Quelle est ma légitimité ? Suis-je représentatif ? Ai-je raison ? Et si c'était moi qui étais inadapté en voulant que l'humain ait sa place dans l'économique ? Et si mes utopies étaient incompatibles avec le monde réel ? J'ai donc besoin de me sentir soutenu par mes collègues et entendu par les responsables. La conjonction actuelle semble favorable et j'en profite. Maintenant il me faut clarifier mes idées afin de proposer des axes de travail, une stratégie d'action. Bref, prendre un rôle de leader... quitte à empiéter sur les prérogatives de mes supérieurs.

Pas simple...

Tout ça pour dire que la démarche que j'entreprends et le mouvement qu'elle entraine m'occupent beaucoup l'esprit. Il ne reste guère de place pour le reste. Est-ce la raison pour laquelle je me sens... "vide" ? Sans désirs ? J'ai l'impression [sans doute fausse...] de n'avoir rien à offrir. C'est comme si mon énergie vitale avait disparue. D'ailleurs je privilégie la solitude, autant par besoin personnel que pour ne pas imposer aux autres ma présence anémiée. Mais du même coup je me prive d'éventuels apports extérieurs, qui pourraient m'être profitables...

Aaaarh, tout ça m'embête un peu [d'autant plus que ça dure !]. J'ai hâte de retrouver de la ressource ! Et même de la joie de vivre communicative, si ce n'est pas trop demander.

Heureusement, le moral tient bien le coup :)

[c'est quand même bizarre ces variations d'énergie vitale...]

 

 

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Printemps précoce

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22 janvier 2016

Prise de risque

Chères lectrices commentatrices [tant pis pour les hommes, puisque seules des femmes sont intervenues...]

Je veux ici vous remercier pour "l'écoute" que vous m'avez manifestée en écrivant vos impressions après mon précédent texte. Votre "présence" m'a fait beaucoup de bien. Je me suis senti "entendu", alors que j'étais dans l'expression d'un mal-être. Vous m'avez requinqué !

Je crois que j'avais un peu oublié combien la mise en mots pouvait avoir un effet éclairant, fluidifiant les pensées et, par là-même, apaisant... Quelques heures après avoir posé mon fardeau entremêlé j'en étais déjà allégé !

Voici donc quelques nouvelles :

- concernant mon rapport au monde, il semble que d'avoir fait part de mes préccupations m'ait permis de passer un cap. Une sorte de renoncement devait opérer. Des illusions sont mortes et il m'a fallu un temps de deuil proportionnel à la profondeur de leurs racines.

- pour ce qui est du type de relation bien particulière mais définitivement importante que représente l'écriture-lecture [écrilecture ?], je me sens de nouveau prêt au partage. J'ai envie de nouvelles pistes d'expression mais je leur laisse le temps de se laisser dessiner.

- enfin, au sujet de mes préoccupations professionnelles... le constat que j'ai posé ici m'a sans doute fait prendre conscience de l'importance du problème qui m'épuise. Une situation que je ne pouvais plus laisser durer sans réagir. Mes idées s'étant éclaircies grâce à l'écrit j'ai pu les préciser de vive-voix avec mes collègues, les affiner, et prendre une décision engageante. J'ai donc décidé d'inscrire à l'ordre du jour d'une réunion de direction le point suivant : "management de l'équipe de direction". Sous ces quelques mots volontairement vagues j'entendais aborder de front une situation que je déplore depuis que j'ai accédé aux fonctions de manager. Durant le déroulement de la réunion le directeur, par un notable acte manqué, fit "sauter" par inadvertance ce point mais je n'ai pas laissé passer l'ommission et pris la parole.

J'avais longuement réfléchi à mon intervention, tout en me fiant à ce qui me viendrait spontanément à l'esprit dans le face à face. Malgré la colère enfouie qui s'est accumulée en moi devant à la "surdité" tenace de mes interlocuteurs, je voulais rester calme et posé. Ne surtout pas entrer en opposition défensive mais être dans un esprit de collaboration. Je craignais une fermeture face à ce que j'entendais aborder : l'aspect humain, et même sensible, des relations professionnelles au sein de notre structure. En effet, pour je ne sais quelle raison tenant à la personnalité de mes supérieurs, cette dimension constitue une sorte de tabou. Aucune trace d'affects ne semble avoir sa place, en étant soit balayés d'un revers de main, soit considérés comme une sensiblerie sans importance.

Ça ne me convient pas du tout ! Attentif au bien-être de chacun je perçois nettement lorsqu'un(e) de mes collègues se sent atteint(e) par un manque de considération envers son travail. Alors cette fois j'ai mis les pieds dans le plat et me suis fait le porte-parole de ceux qui n'ont pas accès à ces réunions de fonctionnement global, ou qui ne savent pas, n'osent pas verbaliser leur ressenti. Et j'ai répété, plus fermement cette fois, ce malaise dont je suis le témoin impuissant. J'ai insisté sur l'importance qu'il y a avait à entendre un mal-être persistant, sur la scission qui existe entre "les hautes sphères" et la réalité concrète du terre à terre.

Si j'ai pris ce risque, si j'ai osé poser tout ça sur la table, c'est parce que je sens que mon propre découragement prend des proportions inquiétantes. J'en suis venu à penser à démissionner... mais pas sans avoir fait tout ce qui est en mon pouvoir pour que les choses changent ! Alors je ne vais pas lâcher.

Avec un certain étonnement j'ai constaté que j'étais écouté par "Mr n+2", véritable décisionnaire, tandis que ma supérieure directe, "Mme n+1", ne pipait mot.

Me sentant entendu j'ai peu à peu lâché des éléments personnels, évoquant les effets décourageants du récent "recadrage" dont j'ai été l'objet. En prenant le risque de paraître "fragile" j'ai joué la carte de l'authenticité. J'ai insisté aussi sur l'importance d'échanger sur nos représentations et nos priorités : nos appréciations respectives de ce qu'est « faire du bon travail » n'étant probablement pas les mêmes...

Les choses n'en sont pas restées là : plus tard dans la journée une autre réunion eut lieu pour qu'un échange direct se fasse entre les personnes que j'encadre et ma hiérarchie. J'avais provoqué antérieurement ce temps d'échange de points de vue, lassé d'être l'interface entre des attentes divergeantes. Cette seconde réunion permit à chacun de s'exprimer et d'entendre les perceptions de l'autre. Elle a aussi permis de libérer tensions et crispations que je voyais se cristalliser chez mes collaborateurs. Et il semble que, là encore, "Mr n+2" ait bien entendu ce qui était essentiel. Quant à "Mme n+1", elle n'a là encore rien dit. un silence qui, à mes yeux, en dit long sur sa capacité à aborder ces thématiques relationnelles...

Avec quelques heures de recul je me dis que la meilleure carte que je puisse jouer, face à une logique décisionnaire avant tout économique, c'est celle de l'indéniable énergie que représente la motivation des collaborateurs. Mon atout c'est ma conviction que le bien-être au travail est facteur d'implication. 

Il ne me reste plus qu'à croire suffisamment en mes compétences en matières de relations humaines pour tenir bon face à l'assurance de mes supérieurs qui, eux, voient avant tout dans les ressources humaines, l'aspect strictement économique que représente une force ce travail ; pour qui l'effectif salarié se mesure en Équivalent Temps Plein, remplaçables et interchangeables au gré des aléas, oubliant les particularités et compétences individuelles de chaque personne.

Tiens, tenir ce cap, ce pourrait être cela mon défi pour 2016 !

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16 janvier 2016

Devant la plaine aride

Voilà près d'un mois que je n’ai pas écrit et je ne voudrais pas laisser plus longtemps sans nouvelles mes amis-lecteurs, c'est à dire ceux d'entre vous qui viennent me lire régulièrement, amicalement, fidèlement, parfois depuis fort longtemps. Que vous le fassiez en toute discrétion ou en partageant vos impressions dans des échanges qui ont pu être aussi enrichissants que réjouissants, votre présence m'importe. Dans le passé elle m’a soutenu et encouragé et je vous en suis reconnaissant. Aujourd'hui, pourtant, je délaisse ce lieu. Je le déserte...

L'écriture, en ce moment, ne me convient plus. Je ne me sens guère en capacité de "donner" comme je le voudrais. Les mots ne viennent pas, me paraissent inadaptés ou se coincent rapidement. En fait, je ne trouve pas la tonalité juste.

Par rapport à mon précédent billet mon état reste inchangé : la capacité prédatrice et autodestructrice de l'humanité m'inquiète profondément. La période des fêtes, que j'ai très peu investie, n'a eu aucun effet apaisant. D'ailleurs, j'ai l'impression de n'avoir pas vu passer le changement d'année...

Il y a quelques jours je lisais une interview de Juliette Greco, 89 ans : « Nous sommes entrés dans une période effrayante. Il y a un parfum - je dirais une odeur - de fin d'époque. Nous sommes au seuil d'un basculement et personne ne sait ce qui nous attend. (...) Pour une partie de l'humanité, la désespérance est si profonde qu'elle est devenue destructrice et autodestructrice. Je garde pourtant une foi imputrescible dans l'humain. Je n'arrive pas à désespérer ». Moi non plus je n'arrive pas à désespérer... mais certaines de mes convictions fortes vacillent. La flamme qui habituellement m'anime s'est étiolée. Comme si j'étais privé d'un carburant qui, jusque-là, jaillissait spontanément. Et ça m'inquiète un peu...

Il va falloir que je me trouve une énergie de substitution. Renouvelable et inépuisable !

En même temps je n'oublie pas toutes les raisons d'espérer : une prise de conscience généralisée pourrait être bénéfique. Heureusement qu'il reste cette espérance, tout de même ! Mais je ne peux que constater qu'il y a en ce moment en moi un découragement doublé d'une perte de sens. C'est fâcheux parce que, du coup, je ne sais plus trop vers quoi me projeter. Je me vois attentiste, comme si une catastrophe prochaine allait inéluctablement advenir. Alors que l'an dernier je lançais un "Oser !", rien de tel à l'aube de 2016. Récemment, quand mon père m'a demandé quels étaient mes projets pour l'année qui commence, je n’ai pas su lui répondre. Pour la première fois je n'en ai aucun ! Rien qui m'attire ni m'inspire [sauf changer de monde...]. Comme si je me trouvais à l'entrée d'une plaine aride, à traverser sans le moindre objectif sur lequel fixer le regard. Je vais simplement continuer d'avancer, en attendant je ne sais quoi. 

Grave, non ?
Notez bien que cela ne me rend pas malheureux !

Ma perte d'entrain ne provient pas que de l'état du monde. Il y a cumul avec un effet conjoncturel personnel : très investi sur le plan professionnel, je constate qu'une démotivation assez profonde m'envahit lentement. L’élan qui me portait s’épuise. Je l'attribue au manque de considération de ma hiérarchie envers l'équipe que j’anime et coordonne. Peu à peu je réalise que je ne suis pas entendu dans les demandes que je transmets avec insistance. Or elles touchent à l'humain dans ce qu'il a de sensible : la reconnaissance, le respect, la confiance. Lasses, découragées, mes troupes se démotivent et je n'ai pas les moyens de les soutenir. Bridé, je me sens impuissant. Voilà des années que ça dure et, à la longue, ça m'use. Pire : ces derniers jours, en étant contraint d'accepter autoritairement une charge supplémentaire que j'ai pourtant clairement refusée, j'ai perçu que moi non plus je n'étais pas considéré ! Du coup je ressens un manque de confiance de la part de mes supérieurs, qui "m'utilisent" comme bon leur semble sans tenir suffisamment compte de mon avis, ni de la réalité de mon travail, qu'ils méconnaissent [et moi j'accepte...]. La situation me plonge dans un bain de sensations mitigées : colère, déception, tristesse. La révolte gronde !

Mon côté conciliant et "trop gentil", cherchant à ce que chacun se sente entendu et globalement heureux dans ce qu'il fait, montre ses limites. L'envie de rugir se fait sentir. Et ça, c’est peut-être la meilleure chose qu'il puisse m’arriver ! La colère de la lucidité pourrait bien me galvaniser…

Mais peut-être prends-je les choses trop à coeur ?

Pour finir, un autre aspect assez important de ma vie est, lui aussi, en perte de sens : je veux parler de mon rapport à... vous, amis-lecteurs. Le joli tissage relationnel constitué par des fils d'écriture partagée, comme je l'évoque en introduction, est en train de s'effilocher. Or ce système d'échange a, pendant près de quinze ans, constitué un apport nourricier dans ma réflexion, ainsi qu'une non négligeable sensation d'importance, si ce n'est d'existence. Cette satisfaction compensait un manque qualitatif dans les échanges directs avec mon entourage, relativement "pauvres" ou trop rares [je me sais exigeant en la matière...]. Mais voilà : actuellement je ne trouve plus suffisamment de "nourriture" dans les partages que je peux avoir à distance, qui par ailleurs s'estompent. Il y a quelques temps je me suis même senti "en manque"... tout en constatant que je ne disposais plus, en moi-même, de l'abondance d'une ressource interne stimulant ces dialogues. Résultat : il ne se passe plus grand chose. Je n'avance plus. Stagnation temporaire, sans doute, préparant une nécessaire évolution.

De plus j'ai eu l'impression qu'aborder ici des sujets préoccupants, mais peu réjouissants, comme j'ai tenté de le faire en décembre, n'apportait finalement pas grand chose de bon. Ni à moi, ni à vous. J'en suis sorti frustré, et déçu. J’en attendais autre chose, je l'avoue. Il me faudrait probablement, pour susciter l’échange avec le lecteur, privilégier un optimisme, une insouciance, une jovialité, une légereté qui, en ce moment, ne m'habitent pas. Bref : je ne trouve plus ma place dans le microcosme des conversations blogosphériques. Et pour tout dire… je n’y trouve pas non plus de quoi me sustenter.

Ce constat ravive l'envie, déjà ancienne, de changer de registre d'écriture. J’ai envie à la fois de densité et de légèreté, de profondeur et d’essentialité, de lumière et de douceur, de subtilité et d'évanescence. Écrire comme une aquarelle. Tendre vers une expression plus dépouillée. Épurée…

Tout ça pour dire que s'il advenait que ce blog devienne durablement silencieux, ce serait simplement le signe que je n'ai rien de satisfaisant à vous offrir. Et dans ce cas je préfère m'abstenir. Cependant, quoique silencieux, je reste discrètement présent ;o)

 

eeebooklet

 

19 décembre 2015

Prendre à coeur

Peut-on s'épuiser le coeur ?

Je ne parle pas ici d'exploits sportifs, ni de soucis de santé du muscle cardiaque, mais bien du coeur intérieur, celui qui nous anime du côté des émotions.

J'ai le défaut [mais en est-ce vraiment un ?] de "prendre les choses à coeur" quand quelque chose me touche. Je suis fait comme ça. Un attentat particulièrement sanglant et à forte portée symbolique peut ainsi me tourmenter durablement. Qu'il soit suivi d'une conférence mondiale concernant l'avenir quelque peu inquiétant de l'humanité, puis d'une nouvelle hausse des suffrages pour un parti politique incendiaire, et me voilà complètement laminé ! Ces coups portés à mes idéaux humains m'ont, je ne le cache pas, profondément atteint. Fondamentalement il n'y avait rien de bien nouveau, chacun de ces évènements s'étant déjà produit plus ou moins récemment. C'est la succession rapide des secousses qui, à la longue, a sapé un élément qui m'est essentiel : l'optimisme. Quant cet élément vient à manquer je deviens plus vulnérable, sensible, presque fragile. Je n'en prends pas forcément conscience tout de suite. Ici je l'ai constaté en me voyant virer pessimiste...

Et c'est pas bon, ça ! Alors, voyant que je n'avais rien de réjouissant à partager, je n'ai plus écrit. Il était nécessaire que je me recentre, me replie, me protège. Qu'ainsi je puisse laisser de nouveau sourdre en moi cette énergie vitale qui habituellement me porte. 

En rendant "visibles" mes pensées, le blog peut avoir un rôle d'alerte. C'est en m'y exprimant que j'ai compris à quel point les récents évènements avaient touché à mes fondamentaux et que l'affaiblissement qui en a résulté s'était propagé dans tout mon être. Dans le même temps j'ai dû faire face à d'autres situations démobilisatrices dans le cadre professionnel, ce qui n'a pas arrangé les choses. Mais là encore j'ai compris ce qui était à l'oeuvre et je vais pouvoir agir.

Agir ? C'est la meilleure façon de sortir du marasme ! À ce sujet, je ne peux que vous conseiller [vivement] d'aller voir, si ce n'est déjà fait, le film "Demain". Il présente de mutiples solutions, glanées un peu partout dans le monde, pour éviter à l'humanité d'aller tout droit vers la catastrophe climatique annoncée. Ça fourmille de bonnes idées, et surtout ça nous montre que si on s'en donne les moyens on peut s'en sortir. Il nous suffit de revoir notre façon d'appréhender notre rapport au monde...

 

 

 

 

 

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12 décembre 2015

Sans aucune importance

Dimanche dernier, tandis qu'à la table de dépouillement des votes j'alignais les petits batonnets de comptage des voix, je voyais se dessiner le portrait des électeurs de mon village. Très vite j'ai vu que le parti nationaliste, une fois de plus, ferait un bon score. Finalement il atteindra 33% dans ma petite commune rurale. Un votant sur trois...

« Ah les cons ! », ai-je pensé très fort dans ma tête. Sans colère, désabusé et presque amusé de cet entêtement imbécile à vouloir aller vers les idées simplistes du repli frileux.

Dans les jours suivants j'ai lu et écouté les analyses qui étaient portées, une fois de plus, sur cette tendance décidément lourde : vote d'adhésion, mais aussi vote contestataire, vote désabusé, vote sanction, et même « vote des humiliés ». Lors d'une captivante émission de France Culture j'ai entendu, avec intérêt, énoncer ce constat que partout dans le monde il y avait un rejet à l'égard des gouvernants, et que cela passait autant par des replis identitaires que par des mouvements alternatifs. Comme si le vieux monde se fissurait. 

Extraits : « Dans le monde entier les forces antisystème sont en train de se mettre en place. (...) nos systèmes de démocratie en crise sont en train de constester les gens qui gèrent le système ». Il y aurait une « crise de disparition brutale des espérances collectives » par laquelle, notamment en France, « l'opinion publique, qui ne croit plus en rien, est prête à croire à tout ». Le FN, avec ses promesses démagogiques, est la solution qui peut paraître répondre aux problèmes. À qui la faute ? Aux élites, qui n'ont pas de vision à long terme, mais aussi à nous, les peuples, parce que « nous n'aimons pas que l'on nous montre les difficultés », préférant les ignorer tant que nous ne les vivons pas au quotidien.

Mais réduire la montée du FN à ces quelques paramètres serait trop réducteur puisqu'il y est aussi, et surtout, question du rapport à l'altérité et à l'identité nationale. Les politiques d'immigration sont donc questionnées, mais aussi celles de l'éducation. Je vous conseille l'écoute de l'intégralité de l'émission, fort éclairante sur ces aspects et bien d'autres.

Mais je vais vous dire une chose : finalement, la montée du FN en France... je m'en fous. Ça me désole, bien sûr, mais après tout on a ce qu'on mérite et si une majorité veut de ces idées-là, et bien allons-y ! Essayons-les ! Vautrons-nous dans la fange et les idées qui puent. Après tout, au point où on en est...

Et si je m'en fous c'est parce qu'à côté de ce qui me semble vraiment important, à savoir l'avenir de l'humanité, le résultat d'un vote à l'échelle des régions françaises pour une durée de six ans est quasiment insignifiant. Objectivement, par rapport aux enjeux environnementaux, cela n'a aucune importance.

 

 

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05 décembre 2015

Un grand bond vers l'avant

Le rapport que l'humanité entretient avec son espace vital, sujet autour duquel j'écris frénétiquement depuis quelques jours, a commencé à me préoccuper il y a quelques décennies. Habituellement j'en parle peu, parce que je n'ai pas l'impression que ça intéresse vraiment. C'est probablement trop abstrait, trop hypothétique, trop lointain, trop sérieux, trop déprimant. La rareté des commentaire que cela suscite semble le confirmer et je le comprends parfaitement. Il est vrai que tout ça manque un peu de légereté...

Mais je crois que mon évitement vient aussi du fait je ne me sens pas très à l'aise : j'ai beau savoir... je ne fais pas suffisamment d'effort pour mettre mes actes en conformité avec mes idées. Certes, je suis attentif à l'impact de mes choix et c'est pourquoi j'habite une maison construite en bois, matériau garanti durable, et que tout l'hiver je me chauffe - en partie - avec le bois que je coupe. Consommateur rétif, je n'achète quasiment rien, hormis la nourriture. Je mange majoritairement bio, de saison, préférentiellement local, tout en ayant fortement réduit ma consommation de viande. Je trie le peu de déchets résiduels que je produis, desquels j'ai préalablement soustrait tout ce que je peux composter ou incinérer.

Mais... je fais 50 km par jour en voiture, sans covoiturer, pour me rendre à mon travail. Je me chauffe - en partie - à l'électricité (d'origine nucléaire à 75%). J'utilise beaucoup internet, dont je sais l'impact énergétique. J'achète de temps en temps quelques joujous technologiques, eux aussi gourmands en énergie de fabrication. Et pour finir il m'arrive, ô abomination, de prendre l'avion et de parcourir de longues distances en voiture pour assouvir mes envies d'espaces sauvages ! Mauvaise conscience...

Je pourrais donc faire beaucoup mieux ! Sauf que cela me demanderait un effort supplémentaire que je n'ai pas envie de faire alors que tant d'autres continuent à gaspiller sans scrupules. Je ne suis pas suffisamment vertueux, je le sais, alors que je pourrais prendre pour modèle ceux qui font plus que moi en termes de sobriété. Bref, je me sais être en posture paradoxale et voilà pourquoi, habituellement, je ne ramène pas trop ma fraise...

Mais quand l'actualité aiguillonne mes préoccupations environnementales et sociétales, j'entre en cogitation et deviens monomaniaque ! Tout d'un coup me revient à la figure cette réalité crue que j'ai tendance à "oublier" : nous consommons trop et j'y ai ma part ; même avec le mode de vie plutôt sobre qu'est le mien, si j'excepte les voyages. Redevenant soudainement lucide je lis beaucoup, écoute la radio, regarde des documentaires. Je m'informe tout azimut et j'ai envie de partager un peu la pléthore d'éléments de réflexion que je trouve. J'ai envie d'alerter, j'ai envie qu'on s'y mette tous ensemble pour que ça bouge... tout en sachant que mes mots n'ont qu'un pouvoir dérisoire.

Si je ne parlais pas de tout ça j'aurais l'impression d'être défaitiste. En le faisant je redoute de paraître pessimiste. Comment faire ? Le minimum que je puisse faire c'est de dire ce que je sais et qui m'inquiète, laissant chacun s'en saisir ou pas. Ainsi j'agis à mon tout petit niveau.

  

Agir en mots ?

Je le fais en ajoutant ma prose à l'agitation médiatique générée par la COP 21, aussi insatisfaisante soit-elle. Quoi qu'il puisse sortir de ce rassemblement exceptionnel de 195 pays autour d'une même table de négociations, il aura au moins eu l'avantage de faire (re)parler du changement climatique et de mettre l'avenir de l'humanité en évidence. On sait déjà qu'il ne faut pas s'attendre à des miracles en termes d'engagements, mais à lui seul ce piètre constat a déjà de quoi secouer les consciences : nous ne serions pas capables de nous entendre pour préserver l'unique lieu où nous pouvons vivre !

Ainsi, chacun préfèrerait protéger ses intérêts plutôt que de penser à l'intérêt commun ? Ce pourrait être affligeant si, par contraste, cela ne mettait en évidence les voix discordantes qui en appellent à la solidarité, à l'amour, à la sobriété, à l'intelligence humaine et autres fariboles humanistes. Leur rumeur, encore peu audible, pourrait bien enfler. Un peu partout dans le monde divers mouvements, pas nécessairement orientés vers l'urgence climatique, mobilisent des énergies. Leurs espérances se rassemblent autour d'une idée commune : aller vers un monde plus juste. « Les luttes climatiques et les luttes sociales, le mouvement antiaustérité ou celui des droits des réfugiés, ne sont pas des processus distincts. Tous font le même constat de l'échec d'un système qui repose sur une croissance illimitée, et concentre le pouvoir dans les mains de moins de un pour cent de la population ». Voilà ce qu'en dit Naomi Klein dans un entretien accordé à Télerama, qui le résume par cette phrase : « Nous n'avons pas besoin d'un miracle énergétique, nous avons besoin de démocratie ».

De tels propos me stimulent ! Ils me redonnent foi en notre capacité commune à nous prendre en main. Si seulement nous parvenions à être suffisamment nombreux...

J'ai plusieurs fois cité le mouvement Colibris, qui encourage chacun à "faire sa part". Dans l'article cité il est question d'un manifeste intitulé "Un grand bon vers l'avant". Il m'a semblé plus percutant, plus volontaire, plus ambitieux. Il annonce : « Les petits pas ne peuvent plus nous mener là où nous devons aller. Nous devons bondir vers l’avant ». Concernant les canadiens il pourrait être transposé partout. 

« Nous pourrions vivre dans un pays entièrement alimenté par des énergies réellement renouvelables et justes, traversé de réseaux de transport public accessible, où les emplois et autres possibilités qu’offre une telle transition sont aussi conçus pour éliminer systématiquement les inégalités raciales et entre les genres. Prendre soin de la planète et les uns des autres pourrait créer de nouveaux secteurs économiques très dynamiques. Beaucoup plus de personnes auraient accès à des emplois mieux payés et travailleraient moins longtemps, ce qui nous laisserait amplement le temps de profiter de la présence de nos proches et de nous épanouir dans nos communautés.

Nous savons que le temps presse pour effectuer cette grande transition. Les climatologues nous ont annoncé que les actions décisives pour éviter un réchauffement catastrophique de la planète doivent être menées au cours de cette décennie-ci. Ce qui veut dire que les petits pas ne peuvent plus nous mener là où nous devons aller.

Alors nous devons bondir vers l'avant. » [extrait de The Leap Manifesto]

Ce manifeste, à la date à laquelle je rédige ce billet, à été signé par 31.252 personnes. C'est bien ! Cela représente... 0,1% de la population canadienne. Wow, il reste du monde à convaincre...

 

Arrière toute !

Face à ça, en France, pour les élections régionales qui auront lieu demain, les sondages nous préviennent que nous nous apprêtons à voter massivement pour un parti politique qui met la peur de l'autre au centre de ses préoccupations. Un parti qui, insidieusement, revendique un repli en fermant ses frontières, en revenant à nos vieilles valeurs et traditions, un parti qui regarde en arrière et veut garder ses acquis sans partage. Ces idées sont à l'exact opposé des mouvements qui, un peu partout sur la planète, s'ouvrent vers un avenir qu'ils désirent plus solidaire, plus inventif, plus respectueux des identités et de l'universalité.

C'est pas gagné !

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03 décembre 2015

Le risque d'effondrement

En 2006 sur ce blog encore jeune, j'écrivais un billet intitulé "Ancien monde". Je venais d'assister à un colloque sur les effets du changement climatique sur notre modèle de société. Inévitablement avait été soulevée la question du devenir de l'humanité. À l'époque, déjà, j'avais été vivement saisi par le futur probable qui nous était présenté, bien plus inquiétant, et proche, que ce que je croyais alors. D'ailleurs c'était moins le changement climatique qui me semblait inquiétant que l'épuisement des ressources et l'âpreté des conflits d'usage qui, inéluctablement, allaient en découler.

Neuf ans plus tard cette inquiétude s'est profondément ancrée en moi, les sombres hypothèses semblant se confirmer. Cela ne m'empêche nullement de savourer les plaisirs de l'existence, puisque j'ai la chance de pouvoir le faire, mais en sachant que les conditions favorables que nous vivons encore ne dureront pas. C'est une impossibilité physique certaine. Quelle que puisse être mon insouciance de l'instant, je garde donc à l'esprit l'idée de temps compté. Comme une fin annoncée. Un sursis. 

Ma façon de réagir révèle mon amour de la vie et mon sentiment d'appartenance à l'humanité, que j'aime viscéralement. Je ne me sens pas être un pessimiste, encore moins un défaitiste, mais là... j'avoue que je suis inquiet pour nous. Comme on peut l'être devant un ouragan annoncé, dont on sait qu'il va semer le malheur et la désolation. Ce n'est pas une peur irrationnelle, bien au contraire : c'est la connaissance des risques qui suscite l'inquiétude. Je n'ai pas envie qu'on perde ce qui fait la beauté et la préciosité de nos vies. Cette beauté qui surpasse les malheurs et les douleurs que s'inflige cette même humanité, tellement paradoxale, complexe, ambivalente.

Je ne me suis jamais reconnu dans ceux qui voient l'humanité comme une sorte de parasite, bien que je déplore les destructions auxquelles elle se livre sous l'effet de sa prolifération. Je crois (pur acte de foi) que l'humanité ira vers une amélioration continue, altruiste et spirituelle, même si bien des signes montrent que la cupidité et l'égoïsme lui donneront encore longtemps du fil à retordre. Un jour, pourtant, un jour viendra couleur d'orange...

Mais il faudra sans doute en passer par de douloureuses épreuves. Peut-être celle de l'effondrement ? « L’effondrement désigne un ensemble de facteurs concomitants qui conduiraient à une incapacité – temporaire ou définitive – de la biosphère à offrir des conditions de vie acceptables » [Institut Momentum]. On ne peut qu'imaginer la somme de souffrance que cela occasionnerait.

Pour aller plus loin sur ces questions : institut Momentum 

 

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Cap Breton

 

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02 décembre 2015

J'ai comme un doute

Mon billet intitulé "Jusqu'à quand ?" avait une tonalité quelque peu alarmiste et je m'en suis voulu. Ce n'est pas cette approche que je souhaite mettre en avant. Il y a une multitude d'initiatives intéressantes et positives visant à un autre rapport au monde que j'aurais pu mettre en avant ! Bon... en même temps je crois qu'il est important de regarder la réalité en face et si mon message inquiet a pu éveiller quelques consciences il n'aura pas été vain.

Voulant trouver une actualité plus optimiste au sujet de l'avenir climatique, je suis allé voir ce que Gooooogle me proposait avec les mots suivants : « optimisme changement climatique ». En tête des résultats apparaît un alléchant site de "Climato-optimistes". Chouette, me dis-je, voilà qui est intéressant ! Hélas... je comprends très vite que ce n'est que le nouveau nom que se donnent des climato-sceptiques convaincus ! Il ne me faut pas longtemps pour constater que, outre le fait de réfuter en bloc l'idée d'un changement climatique dû aux activités humaines, il y a surtout le soutien sans failles du mythe d'une croissance illimitée, industrielle et technologique. Avec, accessoirement, l'exploitation de toutes les ressources disponibles, y compris les plus polluantes. Ce qu'en dit Christian Gerondeau, fondateur du mouvement, est édifiant.

Ce climato-scepticisme radicalement anti-écolo [ces "khmers verts"...] est plébiscité par des sites bien conservateurs aux relents assez nauséabonds [dont je ne mets pas les liens], qui en reprennent d'ailleurs textuellement et sans vergogne les propos. 

À l'évidence ce n'est pas du côté des climato-optimistes que je trouverai des raisons de me réjouir...

Où vais-je trouver des raisons d'être optimiste ? Si j'excepte la vision quelque peu angélique et gentiment bohème de ceux qui pensent "sauver la planète" en fermant le robinet quand ils se lavent les dents, si j'exclus les "optimistes" qui pensent qu'il ne faut rien changer, si j'extracte ceux qui n'en ont rien à foutre, que reste t-il ? Une foule d'initiatives plus ou moins significatives mais toutes pétries de bonnes intentions. Et c'est très bien ! Tout ce qui va dans le sens du respect du vivant ne peut nuire. Il y a aussi de grands mouvements dans diverses sphères qui, peu ou prou, tendent vers un même objectif : davantage d'égalité, de démocratie, de respect de l'humain. C'est là que réside l'espoir d'un changement. Mais le monde, dans son incroyable diversité, y est-il prêt ?

Lorsque je lis l'avis d'Edgar Morin, qui en arrive à dire, à propos de l'état du monde, qu'il « ne voit pas, sinon dans l’inespéré, la lueur de l’espoir », j'ai comme un doute. En même temps je perçois toutes ces initiatives qui, un peu partout sur la planète, regroupent les personnes de bonne volonté... et ça, c'est encourageant !

 

Quelques uns de ceux qui cherchent à regrouper les initiatives :

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27 novembre 2015

Sereinement fataliste

Hier soir, dans un restaurant gastronomique en pleine campagne, mon fils est attablé face à moi. Ce grand gaillard de 26 ans, diplomé de Science-Po et féru d'histoire, revenu de Beyrouth depuis un an, s'intéresse au monde depuis longtemps. Son approche, éclairée par deux années passées au Liban, m'intéresse toujours. Nos échanges s'orientent souvent vers des considérations sociétales, environnementales et politiques.

Je lui demande ce qu'il pense de la situation actuelle. « Laquelle ? » me répond-il en souriant, m'invitant ainsi à préciser ma pensée. J'évoque les attentats et ce qui en découle, les réactions diverses que l'on peut entendre ou lire. La discussions s'engage, chacun apportant des éléments de connaissance et de réflexion à l'autre. Bien qu'il ait vécu au Proche-Orient, mon fils a la modestie de dire qu'il n'a vu les choses que de l'extérieur. Impossible pour lui de prétendre "connaître" la culture d'un pays, d'une région, en si peu de temps. Il n'empêche qu'il bénéficie d'un regard légèrement excentré par rapport à la France.

Quand nous en venons à parler de la différence de réaction par rapport aux derniers attentats de Beyrouth, qui ont eu lieu la veille du 13 novembre, il souligne l'habituation : au Liban il y a des dizaines d'années que des attentats ont régulièrement lieu. Cela entretient une sorte de fatalisme, issu d'années de guerre, qui n'atteint nullement la joie de vivre. Bien au contraire...

Lorsque notre échange s'élargit au devenir de la société humaine, son approche est beaucoup moins inquiète que la mienne : on s'habituera. Comme au Liban. Là où je vois risque de perte de l'extraordinaire qualité de vie que nous avons, il me rétorque que nous ne sommes pas forcément aussi privilégiés qu'on peut le croire. Et de me citer la qualité des liens sociaux qui peuvent exister dans des pays encore pas trop gangrénés par l'hyperconsumérisme. Je dois reconnaître qu'il a raison. Nous convenons que si notre société en arrive à vouloir recréer du lien social, c'est bien qu'il est indispensable à la notion de qualité de vie.

Mon fiston, pourtant directement concerné par le devenir du monde à quelques décennies d'échéance, ne se montre pas vraiment préoccupé par ce qui pourrait advenir. Non qu'il soit inconscient des enjeux mais parce qu'il est porté par un fatalisme bien assumé : nous accepterons ce qui adviendra. Quand je lui rappelle les cris d'alarme des scientifiques nous annonçant que nous allons droit dans le mur et qu'il faut nous préparer à avoir mal il reste serein : l'homme s'est toujours adapté aux grandes mutations. Et de me citer la chute de l'Empire romain, étalée sur deux siècles, dont il est probable que les populations ne se sont pas rendu compte lorsque c'est arrivé. Son calme me fait du bien.

Face aux échances probablement beaucoup plus courtes des mutations qui nous menacent, nous en venons à évoquer une certaine curiosité pour cet avenir qui pourrait bien avoir quelque chose de fascinant : que va t'il se passer ? Comment l'humanité va t-elle s'adapter ? C'est un peu comme un film à suspens grandeur nature, à l'échelle de nos vies. En espérant que çe ne soit pas le remake d'un monde à la Blade runner...

 

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En marge de cette réflexion, et parce qu'il ne faudrait pas se tromper de cible, je vous propose trois textes fort intéressants qui relativisent l'importance de "l'islamisme" dans les évènements actuels :

 

 

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Milieu naturel sensible, de terre et de mer (Cap Breton, Nouvelle Ecosse)

 

 

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25 novembre 2015

Jusqu'à quand ?

Vous aurez remarqué, chers lecteurs, que lorsque je me mets à cogiter sur un thème ça peut m'occuper pendant quelques temps. Il suffit que la réflexion se prolonge un peu par commentaires interposés pour que ma pensée s'aventure vers des domaines connexes. Cette fois c'est rien de moins que ma place de citoyen et d'humain qui m'a fait réfléchir. Celle que j'ai, celle que je pourrais avoir. 

J'aurais ainsi pu continuer à ronger mon os, sans lever le nez, si un natal évènement ne m'en avait pas distrait. Mais ce petit épisode de douceur, parce qu'il est résolument tourné vers l'avenir, n'est finalement pas tellement éloigné de la réflexion que j'avais ébauchée : ma place d'humain, notre place d'humains en ce monde... Voyez-vous, j'ai beau me sentir plutôt heureux, je n'en mesure pas moins la chance que j'ai de l'être. Et de l'être actuellement. Avec cette question en tête : jusqu'à quand ? Je me sens tiraillé entre deux tendances : me réjouir de tous les aspects positifs de l'existence... ou faire preuve de lucidité en voyant se dessiner un avenir plutôt sombre. Bon, les deux ne sont pas contradictoires et l'optimisme est un atout non négligeable quand il s'agit d'affonter une tempête. Surtout quand rien ne peut être fait pour l'éviter...

Je ne parle pas là du sujet anxiogène qui fait l'actualité depuis une quinzaine de jours, ni des racines qui l'ont fait naître, ni des conséquences qui pourraint en découler. Non, je parle d'un autre sujet de préoccupation majeur... qui semble ne pas inquiéter à sa juste mesure. En tout cas pas suffisamment.

Je ne sais pas si vous suivez les rapports mensuels du NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) qui, notamment, rapportent les relevés de températures moyennes du globe. Le cas échéant vous aurez vu que cette année presque tous les mois ont battu un record absolu. C'est bien simple : par rapport aux moyennes enregistrées depuis 136 ans, si on regarde les 10 mois les plus chauds, il y en a 7 en 2015 ! Dont 6 consécutifs. Et si on regarde les 25 mois les plus chauds depuis 1880, tous les mois de 2015 en font partie !

Octobre 2015 vient même de se distinguer : l'écart par rapport à la moyenne établit un record avec +0,98°. Le plus fort écart sur 1630 mois de relevés ! Le précédent record d'écart mensuel datait... du mois dernier.

  • The October average temperature across global land and ocean surfaces was 1.76°F (0.98°C) above the 20th century average. This was the highest for October on record, surpassing the previous record set last year by 0.36°F (0.20°C), and marked the sixth consecutive month a monthly global temperature record has been broken. This record departure from average was also the highest on record for any month, surpassing the previous record set last month by 0.13°F (0.07°C).

 

201510

 

Est-ce que ces chiffres aussi implacables qu'alarmants auront un impact sur l'imminente COP 21 ?

J'entends bien le murmure de la foule : « Il se passe des choses plus urgentes en ce moment, le climat passera après ! »
Vraiment ? Et si tout était lié ? 

C'est ce que soutient Corinne Lepage : « contrairement à ce que pensent certains esprits bien pensants, ravis de pouvoir écarter le danger que représente pour eux un accord sur le climat, il existe des liens non négligeables entre la barbarie et le fascisme des radicaux islamistes et le climat. ». Même chose pour Cécile Duflot, dans son intervention devant le Congrés, à Versailles : « Il n’y a donc pas d’un côté la lutte pour le climat et de l’autre la lutte contre le terrorisme. Les deux choses sont liées. Le climat peut lui aussi être le nerf de la guerre. Le changement climatique est un multiplicateur de menaces. Le cas de la Syrie est éloquent : 1 million de déplacés internes liés à une sécheresse historique entre 2006 et 2010 ont contribué à la dislocation du pays. »

Un million de déplacés en Syrie, 250.000 morts. On voit les conséquences : des arrivées de réfugiés en masse, avec des réactions pour le moins mitigées quand il s'agit de les accueillir en Europe ou ailleurs. Un article judicieusement intitulé Climat d'insécurité évoque les sérieux risques de voir se multiplier ce genre de migrations. Il y aurait eu 600.000 morts en vingt ans dûs aux catastrophes météorologiques. Principalement des pauvres...

Déplacements massifs de population, changement climatique, raréfaction des ressources, destruction accélérée de la biosphère... l'avenir s'annonce radieux pour mes toutes jeunes petites filles ! À côté de ces menaces le phénomène de radicalisation terroriste, avec ses 1600 morts en 18 mois ferait presque pâle figure...

Bon, mais nous n'allons pas rester sans réagir, hein ?
Dites-moi qu'on va ce bouger le cul avant qu'il ne soit vraiment trop tard.

 

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St Andrews, New-Brunswick, octobre 2015

 

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