Alter et ego (Carnet)

07 mars 2021

Sauver le monde

L'existence n'a de sens que par celui qu'on lui accorde.

Depuis plusieurs années j'ai évoqué ici, de plus en plus clairement, mes préoccupations écologiques. Aujourd'hui elles prédominent. En parler sur un blog égocentré n'ayant guère d'effet sur les causes, j'ai progressivement investi mon temps et mon énergie autrement [d'où ma désaffection...]. Usant des minuscules pouvoirs dont je dispose, celui d'élu communal, d'une part, celui de salarié en charge de responsabilité d'autre part, j'essaie d'agir là où je sens que je peux influer le plus efficacement. C'est à dire au plus haut niveau possible pour avoir un maximum d'effet.

Ma cible privilégiée, depuis quelques années, c'est l'intercommunalité où je réside : 100.000 habitants. J'y suis à l'affût de la moindre place où je pourrais m'insinuer pour tenter d'infléchir les orientations et décisions. Dès qu'une commission ou un groupe de travail est créé et au sein duquel je pourrais agir, je me positionne. C'est ainsi qu'il y a trois ans, profitant d'une délégation de ma commune, je suis devenu représentant d'une commission intercommunale pour participer à l'élaboration du "Plan climat". Une situation qui m'a permis d'assister aux discussions et faire discrètement entendre ma voix. Comme elle portait peu [je reste timoré quand il s'agit de prendre la parole publiquement], j'ai eu l'audace d'écrire au plus haut pour faire part de mes préoccupations, ce qui a eu pour conséquence d'être invité à les présenter au niveau décisionnel et débattues. Assez impressionné de jouer le rôle de Cassandre (celle qui annonçait ce qui allait se passer sans jamais être crue), faisant face aux doutes et à la circonspection, à l'étonnement, l'incrédulité, le déni ou l'indifférence... ma proposition a cependant été acceptée, puis gravée dans le marbre institutionnel. L'intercommunalité s'est engagée à créer un groupe de réflexion sur l'éventualité d'une raréfaction soudaine des apports alimentaires et énergétiques.

Deux ans ont passé, avec des élections renouvelant largement l'exécutif intercommunal et une crise sanitaire durablement installée. J'ai moi même été réélu, avec pour seul objectif de veiller à ce que la "mission" que je me suis donnée soit bien prise en compte au sein de l'intercommunalité. Par chance, bien qu'élu minoritaire (notre programme écologique, social et participatif n'ayant pas suffisamment séduit dans le bourg rural et conservateur dans lequel je vis) le maire a accepté que je représente la commune à la commission "Transition écologique". Cette commission, contrairement à ce qui se passe au niveau de l'état, est l'axe prioritaire choisi par l'intercommunalité. J'ai vu dans cette orientation affirmée un bon augure pour ce qui me préoccupe. C'est aussi à cela que l'on sent que les mentalités changent peu à peu vis à vis de la prise en compte de l'environnement. C'est insuffisant, mais mieux que rien.

Aussitôt en place, durant la période de latence due à la prise en main des dossiers par les nouveaux élus, j'ai écrit à la vice-présidente en charge de la transition écologique, l'invitant à se saisir dès que possible de la question de la raréfaction des ressources essentielles. Je n'ai pas eu de réponse mais, par contre... ce sujet a été mis à l'ordre du jour de la première commission et déclaré comme prioritaire. Je ne pouvais rêver mieux ! Les temps institutionnels étant longs, il aura fallu attendre encore quelques mois pour que soit proposée la constitution du groupe de travail prévu. Seulement cinq places étaient offertes et j'ai immédiatement postulé. À mon grand étonnement, j'appris que j'étais... le seul candidat ! Bigre, le sujet de l'épuisement des ressources intéresse t-il si peu ? Une relance a cependant permis de voir arriver quatre autres candidatures. Restait encore à faire valider ces candidatures par le "comité de pilotage" ad-hoc (le temps et le formalisme de l'administration demandent une grande patience...). Et comme je suis maintenant indentifié comme "le" spécialiste du sujet, c'est à moi, modeste conseiller municipal, que la vice-présidente à proposé d'amener le sujet. J'ai bien évidement accepté, travaillé un texte, échangé avec le chargé de mission en charge de ce dossier un peu particulier (lui n'y connaît encore pas grand chose, de son propre aveu). Tout était prêt pour une présentation lundi soir. C'était LA réunion importante qui allait enfin concrétiser deux ans de subtiles influences de ma part [hé hé, je suis un lobby à moi tout seul !]

Sauf que, deux jours avant ladite réunion, je me vois terrassé par un mal mystérieux et quelque peu inquiétant. Ce n'était vraiment pas le moment de tomber malade ! Le mal étant reparti comme il était venu, je me suis dit que la chance était avec moi : je pourrai présenter le sujet et répondre aux question qui, inévitablement allaient être posées. Car il ne va pas de soi que des politiques, des élus bien pragmatiques et soucieux de leur électorat, adhèrent à ce qui, de près ou de loin, évoque forcément un avenir inquiétant. Les politiques n'aiment pas du tout "ce qui fait peur", eux qui aiment tant rassurer et dire que tout ira mieux demain. Il allait falloir que je joue habilement, alertant sur des risques impensés tout en restant modéré pour ne pas passer pour un hurluberlu prédicateur d'apocalypse. Car c'est évidemment ce qui pend au nez de toute personne tentant de sensibiliser aux risques... pourtant objectivement annoncés et répétés avec insistance par nombre de scientifiques. Certains d'entre eux, inquiets à juste titre, en viennent à sortir de leur "neutralité" et signer des appels à l'action de la part des décideurs politiques. Appels auxquels ces derniers restent évidemment largement sourds, comme on peut le voir notamment en France avec notre roué président, fieffé bonimenteur, adepte du "sans filtre" frelaté.

Lundi, en fin de matinée, je procéde aux derniers réglages avec le chargé de mission de l'intercommunalité. En début d'après midi je range des bûches fendues en prévision de l'hiver prochain. Il fait beau et tout va bien. Je ne pense plus tout à ce qui m'est arrivé deux jours plus tôt. Jusqu'à ce que... ouille ! La douleur revient. Oh non, pas maintenant, pas à quelques heures de mon intervention ! Mais si, c'est revenu comme la première fois. Extrêmement rapidement, extrêmement intensément. Incapable de me mouvoir, agonisant au sol, incapable d'appeler par moi-même les urgences. Non mais ça va passer, comme la première fois, me dis-je. Juste une mauvaise heure à endurer. Dès que la réunion sera terminée je me rendrai aux urgences.

Sauf que lorsque la douleur a commencé à décroitre, à peine... une nouvelle crise est revenue, puis une troisième. Deux heures se sont écoulées. Je me disais que j'étais en train de mettre en balance une réunion, certes très importante pour moi, et... peut-être ma santé. Ma vie ? Ne sachant pas de quoi il s'agissait j'imaginais des scénarios graves d'intestin perforé, d'infection. Celui du pire étant que je finisse par perdre connaissance ou que la douleur devienne permanente, me mettant dans l'incapacité d'appeler des secours.

Une heure avant la réunion, considérant que je ne pourrai m'y exprimer, j'ai abdiqué. Je me suis résolu à appeler le numéro des urgences. Mon appel a été vite pris en compte mais la gravité n'étant pas vitale, j'ai été mis en attente d'un médecin coordonateur sur la ligne. Vingt minutes c'est très long, quand la douleur vous oppresse. « Vous avez mal au ventre ? Votre douleur, de 0 à 10 ? »; « Euh... je ne sais pas, 8 ou 9 ? »  (j'imagine qu'on peut avoir encore plus mal, ignorant quel est le seuil maxi de douleur). Finalement il me dit qu'il ne pouvait rien faire, que je n'avais qu'à prendre du paracétamol et que si une heure plus tard j'avais encore mal il m'enverrait un médecin de garde. L'enfoiré ! (oui, je sais que les urgences ont d'autres priorités). Heureusement que j'avais le médicament indiqué à quelques mètres, que j'ai pu atteindre en me trainant à quatre pattes. Profitant d'un épisode de reflux de la douleur j'ai envoyé un sms à mon contact pour la réunion, 20 minutes avant qu'elle débute. Dans la foulée j'ai téléphoné à ma fille, qui habite à une trentaine de minutes de route, pour solliciter son aide. En fait je réalisais que je jouais peut-être avec ma vie pour "seulement" participer à une réunion... qui en aucun cas n'était essentielle. Oui, parce que j'avais mal au ventre mais pas au cerveau : je réfléchissais. Notamment à mon illusion de contribuer à "sauver le monde" : quoi que je puisse faire, quoi que puisse entreprendre l'intercommunalité, dans le meilleur des cas, cela ne restera qu'une goutte d'eau dans le puissant fleuve pollué de l'économie mondialisée, qui n'a que faire de préoccupations environnementales.

Plié sur mon canapé en attendant ma fille, j'ai vu les derniers rayons du soleil éclairer le mur. J'ai pensé qu'il devait être 18h. Mais... c'est l'heure de ma réunion ! Je suis peut-être en capacité d'entendre les discussion (Nb, pour plus tard : toutes les réunions se font actuellement en visioconférence). Je me traine jusqu'à mon ordinateur, à quelques mètres, toujours sous l'emprise de la douleur. Je coupe la caméra et entre dans la "salle" tandis qu'ont commencé les présentations. J'entends la vice-présidente annoncer que je serai absent ce soir... et elle semble hésiter en voyant mon nom s'afficher. Je me présente rapidement. La douleur s'étant un peu apaisée, je peux parler normalement. Quelques minutes passent et, alors que le moment de ma prise de parole arrive, je me rends compte que je suis presque en capacité de le faire. Sauf que je n'ai pas mon texte sous les yeux. Je confirme donc que je laisse la parole au chargé de mission. Ma fille arrive à ce moment là, étonnée de me voir assister à une réunion zoom alors que j'étais agonisant quand je l'ai appelée. Je lui explique que la douleur est en train de disparaître, plutôt gêné de l'avoir fait se déplacer "pour rien", pendant que j'entends lire mon texte par un autre. Finalement je peux assister à toute la réunion, entendre les questions, répondre en argumentant. J'ai retrouvé toute ma verve. Les participants se sont peut-être demandés qui était ce drôle de "malade" qui ne pouvait pas assurer sa présentation mais était visiblement en forme pour répondre aux questions.

Finalement le groupe de travail et sa composition ont été validés. Ouf, mission accomplie ! Un pas de plus dans la porte entr'ouverte. Je vais pouvoir continuer à influer sur les orientations.

J'ai quitté la réuion et ma fille m'a emmené aux urgences. J'étais volubile durant le trajet, en pleine forme. Au bureau des entrées, bien vaillant, j'étais peu crédible en expliquant qu'il y a peu je me tordais de douleur. Manifestement mon cas ne paraissait pas prioritaire : « vous pouvez rentrer chez vous ». Mais je n'avais pas du tout envie de risquer une nouvelle crise sans savoir quel était la gravité de ce mysterieux mal intermittent. On m'annonca trois heures d'attente, comme pour me décourager, mais j'ai tenu bon. Examen, analyse, scanner. Le verdict m'a rassuré. C'est sérieux mais rien de "grave". Ma vie n'était pas en danger.

Ma vie...

Je me rends compte que, factuellement, j'ai préféré "sauver le monde" que "sauver ma vie". Je m'empresse de relativiser : ayant vu la réversibilité de la douleur une première fois, je ne me sentais pas vraiment en danger de mort. Il me semblait que je prenais peu de risques en reportant de quelques heures la prise en charge médicale. Mais quand même, dans l'incertitude j'ai préféré "vivre avec" plutôt que lever le doute au plus vite. C'est un certain état d'esprit qui, peut-être, indique une capacité à accepter l'incertitude. D'autres ne la supportent pas. Et c'est là que les deux sujets que j'ai développés dans ce loooong billet se rejoignent peut-être : c'est parce que j'accepte l'incertitude que je peux regarder en face celles de l'avenir. Je n'ai pas besoin de trouver des récits rassurants sur les capacités de l'humanité à trouver des "solutions", ni de fuir les perspectives inquiétantes. Je préfère regarder les choses en face, quitte à voir de multiples possibilités, toutes indécidables, toutes plausibles.

C'est peut-être aussi ce qui fait que je me méfie de l'espérance, quand elle sert à masquer les aspects sombres ou inquiétants de l'inconnu. Je préfère d'abord regarder l'étendue possible des problèmes pouvant survenir... et après, seulement après, me mettre en action en espérant que cela puisse réussir. D'abord une vision envisageant le pire, et ensuite une vision pour aller vers le meilleur souhaité.

C'est ainsi que ma vie trouve son sens.

 

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Préparer l'hiver prochain...

 

 

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28 février 2021

À l'improviste

Cette nuit je me suis vu mourir.

Réveillé subitement à 1h30 du matin, sans raison apparente, je me tourne dans mon lit pour changer de position. Une poignée de secondes plus tard je sens un point de douleur ventral, en bas de l'abdomen. Quelque chose de bizarre, jamais ressenti auparavant, et qui, selon sa localisation, me fait immédiatement penser à une crise d'appendicite. Le temps que je me demande si cette étrange douleur allait passer, elle redouble d'intensité. Puis encore, encore, encore. Une péritonite ? Moins de deux minutes après mon réveil intempestif la douleur est devenue intense et je suis pris de nausée. Presque aussitôt une sensation de fièvre me saisit, tandis que je tente de me lever en titubant, étourdi de vertige. Téléphone en main, j'envisage déjà un appel aux urgences, me demandant si je serais en capacité de m'exprimer au vu de la rapidité avec laquelle mes capacités physiques se dégradent. Me demandant surtout si je tiendrais le coup durant les trente minutes, minimum, que mettraient les secours à arriver. Vacillant, je tente péniblement de m'habiller pour me préparer à un départ en ambulance. Souffle court, je me dis que je vais peut-être mourir là, bêtement, sans aucun signe anonciateur. Que faire ? Qui prévenir ? En pleine nuit, je n'allais quand même pas déranger ma fille. Vite écrire quelque chose à mes enfants ? Trop tard pour tout le reste... Zut, j'ai une réunion importante lundi. Est-ce que j'appelle les urgences ? Les hôpitaux sont en surcharge Covid. Je ne veux pas les déranger pour rien. Puis-je mourir comme ça, d'un coup, dans un corps qui perd rapidement ses facultés opérationnelles ? Ma volonté n'a plus prise sur ce corps qui se dérobe, répond mal. Sensation de totale impuissance. Mon corps me lâche. Comment font les gens là où un système de santé n'existe pas ? Mes pensées fusent en tout sens...

Dans un état cotoneux, vacillant et évasif, transpirant et grelottant, je réussis quand même à descendre l'escalier, m'affale sur ma chaise et allume l'ordinateur pour tenter de confirmer mon "diagnostic" de péritonite. Je sais bien que, dans ce cas, il s'agit d'une situation d'urgence absolue - ce que me confirme internet - mais y a t-il des attitudes à avoir ou ne pas avoir ? Ne pas boire, ne pas manger, en vue d'une anesthésie générale...

Et puis la douleur se stabilise, mon état général s'améliore. Vais-je appeler le numéro d'urgence ? Il s'est écoulé une trentaine de minutes depuis le début de la crise. Profitant de cette décrue je m'affaire... à remettre un peu d'ordre dans ma maison. Si des ambulanciers viennent, je ne veux ne pas être trop gêné de mon ménage aléatoire. Finalement la douleur s'estompe jusqu'à disparaître totalement. Mon état général redevient normal... et une heure après cette alerte je retourne me coucher.

Nuit excellente, aucune douleur résiduelle.

Rien.

Juste cette sensation de vulnérabilité face à l'imprévu qui peut survenir à l'improviste. Et ce corps qui me lâche...
Il faudra quand même que je consulte un médecin...

 

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Un jour de plus

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12 février 2021

Faut pas

Avec le verbe falloir j'ai un rapport délicat. De manière générale je n'aime pas les obligations dont je ne comprends pas le sens. Autant je peux être respectueux des règles visant à fluidifier les rapports humains, autant devoir respecter des usages, des traditions, des règlements arbitraires ou des obligations subjectives me poussent à interroger leur bien fondé. Et éventuellement m'y soustraire.

Non, je ne parle pas ici des règles de distanciation sociale que, collectivement, il nous est demandé de suivre par précaution : j'estime n'être pas en mesure de savoir si elles sont nécessaires ou pas. Il faut porter un masque protecteur, nous dit-on. Ok, les explications justifiant cette obligation me semblent cohérentes et je les respecte. Il n'en va pas de même quand une règle - stupide - interdit de s'éloigner de plus d'un kilomètre de chez soi... quand tout autour il n'y a que forêts et champs.

De façon beaucoup plus globale je pense à tous ces "il faut" (ou "il ne faut pas"), ces "tu dois" ou "tu ne peux pas" venus d'on ne sait où, colportés comme règles implicites allant de soi et auxquelles nul ne pourrait déroger sans être accusé de vilénie. Jadis j'eus droit à un rappel de ces "règles" en matière de relation conjugale et amoureuse. Là, le non-respect du "faut pas" est rapidement assimilé à un "faux pas". Professionnellement je suis encore régulièrement confonté au "faut pas", sur la base de préjugés sociaux, d'origine culturelle ou du "différent de soi". Mais depuis quelques années il m'apparaît de plus en plus, dans le domaine qui me tient à coeur, un mantra qui consiste à ânonner « il ne faut pas faire peur aux gens ». En matière de changement climatique, de réduction de disponibilité des ressources, de perte de biodiversité et de toutes les conséquences prévisibles vers quoi cela mène... « Il ne faut pas faire peur aux gens ! ». Ah bon ? Et pourquoi donc ? « Parce que la peur immobilise ! ». Tiens donc ? Et d'où provient cette idée ? En creux, quel objectif sert-elle ?

Si une peur instantanée peut effectivement tétaniser (effet de sidération), par quelle élucubration mentale peut-on arriver à imaginer qu'avoir peur d'un évènement futur puisse conduire à l'immobilisme ? En fait cette hypothétique "peur immobilisante" n'existe nulle part : la crainte qu'un évènement fâcheux puisse arriver conduit, au contraire, à tenter de l'éviter ou à se prémunir à sa survenue accidentelle. On met sa ceinture de sécurité, on assure sa voiture ou sa maison, on installe des extincteurs, on anticipe le risque d'une course en montagne ou en mer. Bref : autant que l'on puisse avoir conscience des conséquences d'un incident, la peur est mobilisatrice de ressources. 

Mais pas en terme de changement climatique, aux conséquences pourtant certaines ? Pas en termes de réduction des ressources naturelles disponibles, aux conséquences conflictuelles quasi certaines et, donc, mortelles ?

« Faut pas faire peur avec ça ! » . Non, « il faut garder l'espoir ». Aaaah, oui, l'espoir, j'oubliais. Cet anesthésiant des consciences, ce sédatif puissant, cet inhibiteur d'action. Dame ! Il suffit d'espérérer... et peut-être que la menace va disparaître. Pensée magique.

Avez-vous remarqué, à la fin de chaque intervention anxiogène (à juste titre) d'un scientifique ou de qui s'en fait le relais, comme l'énumération d'un constat accumulant les raisons de s'alarmer conduit le journaliste à conclure par la sacro-sainte « note d'espoir »? Vite, annihiler l'angoisse naissante. « À vous écouter tout cela est très inquiétant. Donnez-nous une note d'espoir ! ». Ben oui, on ne peut pas laisser les auditeurs ou lecteurs comme ça, face au tragique de la situation. Il faut une échappatoire : l'espoir. L'espoir de quoi ? Euh... peut-être qu'après avoir dit que l'humanité et l'ensemble du vivant vont vers des lendemains peu réjouissants... eh bien on puisse éviter cette sombre perspective ? Non, on ne l'évitera pas. Oui, il y a de quoi être inquiet, angoissé, horrifié. Mais pas tétanisé. La peur est vectrice de changement, pas d'immobilisme.

Quoique... dans la situation que je décris le changement est tellement énorme que savoir par où commencer peut susciter de l'immobilisme. Mais il est alors d'un tout autre ressort que la peur.

En fait, je pense que ceux qui parlent d'alarmisme alors que la situation est bel et bien alarmante, refusent cette réalité. Avec leur « Il ne faut pas avoir peur, il faut garder de l'espoir », c'est tout un déni de réalité qui se manifeste de la part de personnes qui se sentent impuissantes devant ce qui les dépasse. Et je peux vous affirmer, en tant qu'élu local, que nombre de personnes en charge de décision sont confrontées à ce sentiment d'impuissance qui les conduit à l'évitement à coup de "il faut" déresponsabilisants. Oui, car s'il faut... alors on ne peut se défausser sans disconvenir aux règles. C'est pourquoi il faut garder de l'espoir.

Qui dit qu'il faut ? D'où vient cette injonction ? Nul ne le sait. C'est comme ça !

Nous sommes gouvernés par des personnes qui n'acceptent pas une réalité qui les dépasse, traitant ceux qui les alertent d'alarmistes, de pessimistes, de partisans du retour à la bougie (ou la lampe à huile), d'Amish, de Khmers verts, Ayatollah verts et autres "écolo-bobos". Même si les alarmes en question, concordantes, proviennent de consensus scientifiques issus de multiples disciplines.

 

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31 janvier 2021

De l'incertitude de l'existence

« Je ne suis pas homme de certitudes. »

Voilà la phrase-clé qui m'est venue, ce matin, en repensant à ce que j'ai publié ici hier. Mais pensécrire une telle affirmation, fleurant bon l'oxymore, suscita instantanément mon doute : en suis-je certain ?

Hier j'écrivais que je n'avais plus le temps ou l'esprit disponible pour écrire mes états d'âme. Paradoxe scriptural dont l'incongruité m'étonna avant même la publication. Ainsi mes "certitudes" du moment peuvent vaciller peu après, voire aussitôt après les avoir mentalisées. Pour la fantaisie, il m'arrive parfois de déclarer que « ma seule certitude, c'est de douter ». J'aime assez, aussi, la notion d'impermanence. D'ailleurs il m'arrive régulièrement d'ajouter « pour le moment » quand il s'agit de déclarer une intention, un souhait, un projet. Je sais l'incertitude de l'existence et la variabilité des pensées. La vérité de l'instant ne sera peut-être pas la même quelques temps plus tard.

Si l'incertain peut avoir quelque chose d'inconfortable, et même d'angoissant pour certaines personnes, pour ma part je m'y sens plutôt à l'aise. Dans le sens que l'incertitude ne m'effraie pas. Je n'ai pas besoin d'être rassuré, je n'ai pas besoin qu'une décision soit rapidement prise. Je m'accomode assez bien du flou.

Au vu des réactions outrées que suscitent les hésitations gouvernementales à propos de la gestion de crise sanitaire, je mesure à quel point, pour pas mal de gens, cela engendre de l'inquiétude, de la révolte, de la colère. Ce n'est pas mon cas : je m'adapte aisément à l'imprévisible. Surtout si je l'ai prévu...

Mais là n'est pas mon propos. Je voulais avant tout revenir sur cette affirmation qui clôt mon précédent texte : « avec tout ça je n'ai plus guère le temps de cogiter et d'écrire ». Aussitôt écrite, le doute m'a assailli : est-ce bien vrai ? le manque de temps est-il la seule raison ?  Cette hésitation transparait dans le paragraphe suivant : « Même si je sais que, pour le bien-être de mon esprit, il serait bon que je revienne sur divers éléments de mon rapport à autrui ».

Oui, il serait peut-être bon que je ne me coupe pas de cette forme de réflexion-élaboration que permet la mise en mots. La "pensécriture", pourrais-je tenter en mot-valise. Un mode de réflexion souvent autocentré, certes, mais directement en lien avec mon rapport à autrui., donc ouvert au monde. C'est l'essence même de ce blog, affichée en sous-titre.

Ce blog... lui même émanation parallèle d'un journal en ligne qu'il n'a jamais totalement supplanté. Les deux coexistent, s'entremêlent et fluctuent, sans que l'un n'ait tué l'autre. D'autres expérience d'écriture partagée n'ont pas duré. Nécessaires à un moment donné, elles devinrent inutiles plus tard. Je n'ai pas décidé de les arrêter : elles se sont éteintes toutes seules.

Je ne suis pas homme de certitudes. Pour cela il m'est difficile de trancher. Difficile de supprimer. Difficile de rendre irréversible. En fait, je n'ai pas besoin de certitudes.

C'est peut-être un trait de caractère particulier ?

Professionnellement mes collaborateurs me demandent de trancher, de décider, d'arbitrer. Je ne saurais le faire sans consulter les avis de chacun, de façon à être le plus juste possible entre diverses options. C'est une question d'équité, de logique, de pragmatisme. Et cela me demande parfois du temps...

Autrefois mon épouse m'a demandé de choisir entre deux modes de vie : exclusivité ou liberté. Autrement dit, à cette époque : avec elle ou sans elle. Voulant la liberté... avec elle, je n'ai tranché en faveur de la seule liberté que parce que j'y ai été contraint. Être poussé dans mes retranchements m'a obligé à extraire d'une gangue de doutes une de mes rares certitudes : la liberté avant tout.

J'en ai une autre, assez viscérale : l'athéisme, en conclusion d'un cheminement spirituel et intellectuel. C'est important, pour moi, de ne pas "espérer" je ne sais quelle providence influençable par la volonté humaine.

Une autre, plus récente et assez perturbante : le monde dans lequel je vis - et tous ceux avec qui j'y vis - fonce vers son naufrage. C'est une certitude non choisie, fondée sur les lois de la physique et de la thermodynamique, qui n'offre aucune échappatoire. Les seules incertitudes concernent l'échéance et la rapidité du naufrage. Cette perspective est... anxiogène. Profondément. Elle fait peur à la grande majorité de la population, qui préfère ne pas y penser. Et pourquoi pas ? Vivre l'instant présent, profiter aussi longtemps que possible, c'est entendable. "Le Syndrome du Titanic", pour reprendre le titre d'un livre de Nicolas Hulot : le navire est insubmersible, à quoi bon s'inquiéter ? Là encore, sur l'attitude à avoir, je n'ai pas de certitudes. À quoi bon se restreindre, puisque la menace n'est pas encore palpable ? Et si on avait le temps d'en profiter sans vergogne, laissant à nos enfants le soin de se débrouiller avec une pénurie croissante de ressources dans un climat perturbé ? Après tout, peut-être échappera t-on aux affres du manque ?

Je ne fonctionne pas comme ça. Du moins... je ne le fais pas sans vergogne : il m'est difficile de me voir "pris" dans une société du gaspillage et de l'exubérance. Sauf que... si je veux m'en extraire cela revient à me marginaliser. Il est difficile de vivre sobrement dans un monde installé dans l'opulence. Ne serait-ce que pour me déplacer. Autrefois, en milieu rural (qui était majoritaire) on trouvait à peu près tout dans un rayon de 5 kilomètres, soit une heure de marche. Aujourd'hui, sans voiture, on y est isolé. La famille, les amis, sont loin, dans des lieux eux-mêmes mal desservis, voire pas desservis du tout par des transports en commun. Mon travail est à 25 km, ce qui se fait relativement aisément en vélo l'été... plus difficilement l'hiver, de nuit, avec le froid et la pluie.

Je sens bien que je ne suis pas cohérent, congruent, entre ce que je sais et ce que je fais. Je suis certain que je n'agis pas comme je le voudrais. Mais je doute que le moment soit venu d'entrer dans la radicalité nécessaire. Je ne tranche pas. Je m'accroche à je ne sais quel mode de vie que je sais dépassé. Il m'est tout simplement difficile de renoncer d'un coup au confort de l'abondance énergétique et de tous les avantages qu'elle offre. Ne serait-ce que de me servir d'un ordinateur pour publier sur internet mes réflexions et, ici où là, participer au questionnement collectif qui se dresse devant nous : comment faire pour accepter de décroître ?

 

IMGP5194Petit matin d'hiver

 

 

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30 janvier 2021

Trop plein

Bonjour...

Ça fait longtemps, hein ?
Je suis tout intimidé de revenir ici.

C'est comme si j'étais parti loin. Je vous écris d'un autre univers. De vous je m'éloigne inexorablement, comme de cet ancien "moi". J'ai beau faire quelques incursions vers l'intériorité égocentrée, qu'il s'agisse de la mienne ou de celle de ma mère, cela ne m'accapare pas l'esprit bien longtemps. Je suis rapidement happé, de nouveau, par ce qui me mobilise depuis plusieurs années : le devenir de nos vies, sur fond de crise planétaire. C'est le point focal de mes pensées, autour duquel tous les autres sujets s'articulent... ou pas. Et s'ils n'ont aucun lien avec cet élément central, alors je m'en désintéresse.

La crise sanitaire qui nous met tous à distance ? Je ne la vois que comme une mise en bouche, un amuse-gueule avant la grande dégringolade qui, tôt ou tard, ne pourra qu'advenir. J'entendais sur France culture, ce matin, les mots d'un psychiatre à propos de l'effet dépressif d'une crise dont on ne voit pas le bout, sans cesse prolongée malgré les efforts consentis. Cette non-récompense doublée d'une incertitude permanente est psychiquement usante et peut atteindre sévèrement les personnalités fragilisées. Ou les plus durablement solés.

Il y a quelques jours c'est le philosophe Bruno Latour qui expliquait que "Ce virus est là pour nous préparer à l'épreuve suivante, le nouveau régime climatique". Et s'il n'y avait que le régime climatique...

Oh la la, c'est pas drôle tout ça !

Non, c'est pas drôle. Par contre, à mes yeux, c'est stimulant ! « Comment faire en sorte que l'avenir soit moins pire que ce qu'il serait si je ne faisais rien ? » En voilà un sacré défi ! C'est celui dans lequel je me suis engagé... par nécessité existentielle. Faire l'autruche n'aurait tout simplement pas été conforme à ce que je suis.

Bon, c'est un peu vouloir "sauver le monde", donc perdu d'avance, mais c'est comme l'histoire de l'étoile de mer : même s'il y en a des milliers échoués sur la plage qui vont se déssécher au soleil, pour chacun de celle qui sera remise à la mer ça fera une sacrée différence. Donc j'essaie, à ma modeste échelle, de "préparer" le milieu humain dans lequel je suis inséré. J'essaie d'activer les leviers sur lesquels pourra s'appuyer l'action politique. J'essaie de sensibiliser les esprits pour que puissent être prises les meilleures décisions. Je me réjouis de chaque avancée, de chaque jalon posé, de chaque rencontre efficace. Je m'épuise aussi face à l'inertie considérable que peut représenter l'ignorance, l'indifférence, le déni de réalité ou la persévérance obstinée à faire tenir un système délétère condamné à changer.

Le sujet auquel je consacre une grande partie de mon temps libre est "énorme", à la fois passionnant et effrayant. Il dépasse largement mes très modestes connaissances et je n'ai que ma conscience des enjeux comme support sur lequel m'appuyer. Je veux convaincre de l'urgence à agir à la mesure du défi... sans heurter ni brusquer, ce qui serait contreproductif. Il faut faire preuve de doigté, de persévérance, revenir inlassablement à la charge... sans "forcer" les personnes. Prendre ce temps... dans un contexte d'urgence à enclencher les actions.

Je m'informe, afin de devenir plus affuté sur le plan des arguments imparables, de ceux qui font mouche, de ceux qui touchent au plexus. J'essaie aussi de comprendre les ressorts psychologiques du déni, ce que celui-ci exprime par rapport à des angoisses existentielles, de finitude, ou de rapport à l'incertitude. C'est passionnant.

Et en même temps je continue mon travail professionnel, avec tous les aléas, les remises en questions, les changements de pratiques que peut avoir un poste de responsable d'une trentaine de personnes. Est-ce que cela a encore du sens pour moi ? Poser la question c'est déjà avoir une idée de la réponse...

Et en même temps je participe (plus ou moins) à l'accompagnement vers la dégénérescence d'une mère atteinte d'une maladie incurable et de son mari qui s'épuise à l'aider/malmener. Ai-je envie de me joindre à cette ambiance malsaine et destructrice régnant au sein d'un couple moribond ? Certainement pas. Je le fais par "devoir", parce qu'il faut bien le faire...

Tout cela fait que ma vie est pleine. C'est même un trop-plein : je flirte sans cesse avec les limites de mes capacités intellectuelles d'absorption et physiques de résistance à un tel régime. Fort heureusement je garde cette capacité à être en dialogue intérieur, à écouter mes besoins physiologiques, à m'accorder des (courtes) pauses. Des respirations. Je préserve mon intégrité et mon absolu besoin de solitude régénérative.

Alors vous comprendrez qu'avec tout ça je n'ai plus guère le temps de cogiter et d'écrire.

Même si je pense que cela pourrait me faire du bien de "poser" certains éléments de mon éco-anxiété. Même si je sais que, pour le bien-être de mon esprit, il serait bon que je revienne sur divers éléments de mon rapport à autrui. Mais là il n'y a pas d'autre urgence que la crainte de constater, un jour, qu'il sera devenu trop tard.

 

DSC05192Vercors - 31 décembre 2020

 

 

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13 décembre 2020

Une vraie jeune fille

Il y a au moins une vingtaine d'années, voire bien davantage, que j'ai eu connaissance de "cahiers secrets" de ma mère. Elle ne s'en cachait pas, bien qu'elle ne les montrait pas. Un peu plus tard elle entrepris de rédiger ses mémoires d'enfance. Intitulé « J'ai fait ce que j'ai pu », un premier livret fut distribué à chacun de ses enfants à noël 2005, puis une version plus complète trois ans plus tard. Il s'arrêtait avant l'adolescence, avec évocation d'un premier émoi amoureux. Une suite était annoncée... qui ne vint jamais. Il manquait donc toute la partie qui, potentiellement, était de nature à m'intéresser le plus.  

L'an dernier elle confia à ma soeur le fameux journal intime. Un peu embarassée cette dernière lui demanda si elle devait le lire avant ou après sa mort. « C'est comme tu veux », lui aurait répondu doucement ma mère, dont les facultés mentales, déjà altérées, étaient incertaines. Hésitante face à cette imprécision, ma soeur attendit quelques mois avant de lire, sans savoir qu'en faire. Elle me prévint toutefois qu'aucun secret sulfureux, aucune révélation fracassante ne s'y trouvait. Je n'en imaginais pas. Ma curiosité, à la fois en tant que fils et que diariste, portait plutôt sur l'intériorité de cette femme dont je sais que l'existence fut tourmentée.

La semaine dernière ma soeur m'a transmis le précieux journal - deux cahiers aux feuilles jaunies - en présence de ma mère, qui sembla acquiescer. J'attendis d'être revenu chez moi, seul, pour ouvrir le premier cahier, relique de près de 70 ans d'âge. Sans avoir vraiment eu le temps de me demander ce que j'allais y trouver, je fus immédiatement happé par le fil de cette écriture appliquée et la maturité des propos. 

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« Je suis fille unique et je cherche une amie qui serait franche, rieuse et avec qui je pourrais parler de ce que je ressens.
Je ne l'ai pas trouvée et je tatonne comme l'aveugle qui croit aperçevoir une lumière, et est déçu en s'aperçevant de son erreur. Je ne sais à qui confier mes peines qui sont assez nombreuses et je vais prendre ces pages comme une amie la plus sincère, la plus dévouée, la plus maternelle, la plus discrète. Je nommerai ces pages amies comme des lettres que j'écrirais à l'amie cherchée, j'écrirai à un personnage imaginaire et je l'appellerai mon cher ange en mémoire de Kitty » [texte introductif, non daté, à 13 ans]

Surpris de sentir cette conscience précoce, je ne pus m'empêcher d'établir une comparaison avec mes premières ébauches d'écriture au même âge. Au fil des pages mon impression première se confirma : cette enfant (elle se dit n'être « qu'un petit enfant ») alliait détermination, grande sensibilité et haute exigence envers elle-même. Fille unique de parents eux-mêmes enfants unique, elle se sentait très seule et révaît passionnément d'aimer et d'être aimée. En la lisant décrire sa solitude, sa difficulté à entrer en relation avec ses contemporains, ses hautes exigences morales et son perfectionnisme... je crois pouvoir confirmer ce que je pressens depuis quelques temps : elle était probablement "intellectuellement précoce".

 « Ah, comme je voudrais vivre comme au temps passé dans le peuple où je serais naïve alors que je me trouve déjà bien avancée devant certains choses.  Je voudrais être dans un grand champ semé de fleurs et faire face à face avec le ciel pur et bleu du printemps et plus loin encore la lumière Divine. Je voudrais entendre respirer la terre avec le bourdonnement des abeilles travailleuses, des papillons légers qui font les notes du ciel, les oiseaux pépillants, criant, se poursuivant joyeux. Je voudrais pouvoir chanter ma joie de vivre alors que bien souvent je me remonte pour ne pas désespérer de la vie qui semble se présenter à moi comme boueuse, terne, vile, basse, semée d'embûches qu'une main douce pourrait chasser de mes pensées » [première lettre, non datée, à 13 ans]

Tout au long des pages elle s'adresse à « Mon cher ange » un(e) amie(e) imaginaire [quel est le sexe des anges ?] qu'elle vouvoie, passant aisément à une adresse à Dieu. Elle en attend une aide, un soutien, pour devenir « une vraie jeune fille ». J'y vois un auto-encouragement, une façon de puiser des ressources au fond d'elle même, faute d'autres soutiens.

À quinze ans elle se questionne sur l'amour, puis décrit ses attentes à l'égard du mariage, un objectif qui prendra une place croissante dans ses pensées. 

« Pourquoi aimer à mon âge ? Cet amour durera t-il longtemps ? Est-ce le vrai amour ? (...) Il faut que je vous dise que je ne forme presque plus d'autres rêves que mon mariage avec ce jeune homme. En l'écrivant je rougis de honte, car il ne me semble pas qu'à mon âge, je devrais penser à mon avenir aussi précis » [18 janvier 1953, à 15 ans]

« Cher ange, j'ai peur, voyez-vous de ne pas me marier. Je suis déjà tellement difficile sur ce choix. De tous les garçons que je connais, aucun ne me plaît. » [31 octobre 1953, à 15 ans]

Amoureuse hésitante et farouche, très exigeante et avec une forte rigueur morale, elle ne laissa approcher que quelques rares garçons, toujours plus âgés qu'elle. Et les approches restèrent très chastes, plus spirituelles et émotionnelles que physiques. Tout au plus décrit-elle quelques émois puissants dûs à des frôlements imprévus ou une main effleurée. Des années durant elle restera éprise d'un séduisant jeune homme, parti à "Saint Cyr" (école d'officiers), qu'elle ne voyait que quelques jours par an pour de romantiques promenades. Mais simultanément elle évoque régulièrement un autre garçon qu'elle connaît depuis l'enfance et lui fait encore chavirer le coeur. Nombre de ses "lettres" détaillent ses questionnements sur la signification d'un geste de l'un ou de l'autre, d'une phrase, de la durée des silences. Elle alterne entre élans passionnels fiévreux et indifférence revendiquée... mais jamais durable. Ses promesses de ne plus parler de l'un ou de l'autre ne tiennent pas. Elle en vient parfois à implorer, dans ses écrits secrets, l'amoureux trop absent : « Viens, ô mon cher J., je ne peux plus attendre (...) viens me voir, je t'en supplie ».

En souffrance, déçue, désemparée, elle en vient aussi à s'énerver contre l'ensemble des hommes, dont elle se méfie constamment :

« Je les déteste tous ces mâles, oui, ces mâles brutaux qui se moquent pas mal des jeunes filles sincères et sérieuses qui bien bêtes, leur donneraient leur vie avec confiance. Je sais, je crois toujours en la sincérité des paroles de ces ignobles individus mais je ne croyais vraiment pas qu'ils étaient tous menteurs. » [25 février 1955, à 17 ans]

Sur ces pages certains brefs passages évoquant le masculin ont été griffonnés postérieurement, les rendant illisibles. Souvent elle décrit sa crainte de ne pas être aimée et que ses amours lui soient ravis par d'autres femmes. Cependant elle ne prend aucune initiative, se contentant d'attendre des signes d'intérêt... qui devront rester dans une stricte bienséance.

D'autres fois elle s'émerveille de la nature ou déplore sa solitude, coincée entre des parents âgés, eux-mêmes solitaires, et une grand-mère malade et revêche. Malgré cette vie qu'elle décrit comme monotone, la jeune fille reste porteuse d'une énergie intérieure et de l'espérance de jours meilleurs.

« Je vois des amoureux de partout, le temps est splendide, Grenoble et ses rues sont délicieuses. Hier j'ai été au parc de l'expo : la nature resplendissait, il y avait un parterre de pensées bleues du plus bel effet. Et devant le soleil, la joie des autres et leur amour, je pense au mien, bien timide et bien malade, pareil à la petite braise brûlante si on la touche, un souffle suffirait à la ranimer et ce souffle c'est dans mon cas la voix de J. » [19 avril 1955, à 17 ans]

À dix-sept ans, elle pense qu'elle ne trouvera jamais de mari et envisage déjà une vie morne. Elle parle même de devenir missionnaire, pour s'occuper des autres et oublier ses propres tourments. Disant souvent pleurer et souffrir d'une trop grande solitude, qui hante ses écrits, elle aspire à une vie heureuse auprès d'un mari aimant et d'enfants à aimer. 

« S'il me faut vieillir à côté d'un mari sans avoir pu lui donner un enfant, si je lui survis, me faudra t-il mourir seule, à moitié folle et encore assoiffée du désir d'aimer mon enfant jamais venu »  [4 mai 1955, à 17 ans]

À plusieurs reprises elle mentionne l'idée de se jeter dans la rivière qui serpente dans la ville. 

À dix-huit ans elle approfondit son introspection, s'interrogeant sur sa façon d'être au monde, son rapport aux autres, sa perception d'elle-même et d'autrui. Elle oscille entre mépris pour elle-même et hautes ambitions : « Je voudrais être une grande femme de lettres ». Et toujours ce désir puissant d'être un jour mère de beaux enfants.

« Je crois même que Dieu ne sera jamais plus présent de moi que lorsque j'aurai la joie, non, la gloire d'avoir en moi la promesse d'une vie : alors, à ce moment là, la vie sera pour moi la plus belle chose au monde. Oh ! comme je l'aimerai mon second, mes seconds moi et j'en ferai des hommes. Comme je serai fière de mon ou de mes fils lorsque je les verrai beaux et forts, les yeux francs et le front large, lorsque je les verrai frémissants de vie ou merveilleusement fiers lorsqu'ils me présenteront la femme de leur vie. » [11 mars 1956, à 18 ans]

Je ne cite ici qu'un extrait de la très belle et émouvante envolée d'une jeune fille déja toute consacrée à son rôle de mère et d'épouse. Autre époque, assurément.

Taraudée par la peur de rester seule elle évoque clairement une alternative en forme d'impasse : « Et voilà qui fera mon malheur : ou bien je ne me marie pas et là je suis incapable d'être courageuse pour lutter contre le cafard, ou bien j'accepte le premier venu qui me demande en mariage et je m'empresse de l'aimer même si je dois m'en mordre les doigts » [3 juin 1956, à 18 ans]

À l'âge de 21 ans elle apprendra que le bel officier qu'elle avait voulu ne plus aimer, parce qu'elle n'avait jamais su si la réciproque était vraie, avait été tué en Algérie. Elle en fut profondément bouleversée et regretta toutes les "mauvaises pensées" qu'elle avait pu avoir à l'égard de cet homme trop insaisissable. Ou trop peu sûr de lui. Elle ne le saura jamais...

Cinq mois après cette perte, un autre jeune homme, de six ans son aîné, la demande en mariage quasiment de but en blanc. Elle le connaît à peine, bien qu'elle l'ait mentionné dans ses écrits dès l'âge de 17 ans et y soit revenue de temps en temps. Il est le fils d'amis de ses parents. Le décrivant comme très intelligent et droit, mais froid et austère, elle sentait depuis longtemps qu'il s'intéressait à elle mais, visiblement, elle n'appréciait pas tous ses traits de caractère. Elle y revenait de temps en temps, pourtant, parce que la crainte de ne pas se marier la taraudait. Elle repoussait l'idée que ce puisse être avec lui... mais après la demande accepte immédiatement.

Son journal reste muet sur le moment mais, relatant cette réponse déterminante, le soir de leurs fiançailles elle écrira dans son ultime texte de jeune fille : « À partir de ce moment-là, je ne vis plus, je ne m'appartiens plus ».

Un mois après la demande en mariage, subitement, sa mère meurt, la laissant totalement désemparée dans un vide supplémentaire. Le très sérieux jeune homme l'accompagne dans sa douleur, l'épaule. Elle écrit que sans lui, elle aurait sombré. Elle se décrit comme « un pantin sans ressort, qui se laisse diriger ». Mais elle relate aussi son désarroi et son inquiétude devant la multitude de questions existentielles qui se présentent à elle : « c'est l'anéantissement total et maintenant, il n'y a plus maman à qui parler : je suis seule ». Elle a tout juste 22 ans. Trois mois plus tard ils sont mariés. Neuf mois après, je pousse mon premier cri.

Factuellement, je n'ignorais rien de tout cela. Depuis toujours je savais l'existence du bel officier mort à la guerre et je percevais le parfum de quelques regrets. Au sujet de mon père et de la réciprocité de leur amour c'est une cinquantaine d'années plus tard que j'ai entendu, en confidence, les mots de ma mère relatant clairement ce que je subodorais. Cette partie là lui a longtemps été inavouable et je ne suis pas sûr que ma fratrie soit dans la confidence. En tout cas nous n'en avons jamais parlé ensemble. Quant à mon père... il serait cruel d'évoquer quoi que ce soit avec lui au crépuscule de sa vie.

Le journal de jeune fille s'est arrêté net le soir des fiançailles, dans un texte empli de douleur et de désarroi. Il a repris quelques années plus tard, cette fois dans une adresse au mari. La lecture en est plus délicate pour moi, puisqu'elle ne concerne plus une jeune fille que je n'ai pas connue, mais la perception de ma mère sur sa vie de femme, de mère, d'épouse. Ponctuellement quelques longs textes aparaissent jusqu'en 2000 (16 exactement, étalés sur quarante ans). J'en ai picoré quelques phrase et n'entrerai que prudemment et lentement dans cette intimité d'une vie qui s'entrecroise avec la mienne. 

Une ultime entrée date du 29 septembre 2006. Elle est brève :

« Espérant que l'état de santé très fluctuant et déstabilisant n'est qu'un passage pénible et non pas une situation à vie » [à 68 ans]

Hélas, son espérance n'aura pas eu l'effet escompté...

 

*   *   *

 

J'ai hésité avant de publier tout cela, pour plusieurs raisons. La première c'est que ce sont des écrits personnels et que même si je n'en cite que quelques extraits, je m'interroge sur mon "droit" moral à le faire. L'anonymat total me semble toutefois suffisamment protecteur : a priori personne ne connaît la personne concernée. La seconde raison c'est qu'au delà des extraits, je livre de nombreux éléments d'une vie qui n'est pas la mienne. J'ai cependant l'impression qu'un tel récit présente un intérêt certain, notamment pour les personnes de la même génération. C'est tout un état d'esprit qui transparaît dans cette vie de jeune fille de la fin des années 50. La dernière raison c'est que... c'est tellement personnel que peut-être cette publication n'apportera rien à d'autres que moi, pour qui la relecture-écriture a été particulièrement éclairante.

Je veux cependant préciser que l'essentiel, le plus intime, n'est pas dans les quelques faits relatés. Il est, à mon sens, dans ces milliers de mots dont l'enchainement choisi décrit les émotions, les hésitations, les questionnements, les incertitudes. Il est aussi dans le lien filial, qui colore évidemment le passé de tout ce qui en a découlé ensuite. Il est enfin dans l'écriture au présent d'une perception subjective, avec tout ce qu'elle peut avoir d'excès et d'emballement, de répétitions significatives. De cela, je n'ai livré que quelques fragments illustratifs. Une part infime, finalement.

Je suis donc très reconnaissant envers ma mère d'avoir conservé ces riches écrits et de nous les avoir transmis. J'aurais aimé que ce fut plus tôt, afin que nous puissions en parler en tête à tête. Moins pour lui poser des question que pour lui dire combien je la comprends aujourd'hui, combien je comprends ses hésitations d'alors et que j'aime la jeune fille forte et sensible qu'elle était. Peut-être pour lui ôter une part des tourments qu'elle aura traîné tout au long de sa vie, bien qu'elle ait souvent voulu se persuader qu'elle était en paix.

Peut-être aurons-nous la chance, avant qu'il ne soit définitivement trop tard, de voir coïncider une fenêtre de lucidité et ma présence à ce moment-là.

 

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Journaux originaux "secrets" et cahiers autobiographiques destinés à une lecture familiale

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11 décembre 2020

Son rêve d'enfance

Ses mains sont osseuses, couvertes d'une peau fine et ridée. Ses bras sont de même, à peine épaissis par une chair vide, pendante et molle. Un pantalon toujours trop flottant recouvre ses jambes filiformes. Au niveau du bassin, un couche hygiénique maintien un semblant de volume. Le buste et gracile et plat, sans vestige visible de ses seins. Le dos légèrement vouté. Elle a l'apparence fragile d'une petite vieille.

C'est son regard qui transmet le mieux son état intérieur. Souvent attentif, comme si elle cherchait à capter la réalité flottante du présent à travers les mots échangés. Parfois elle a l'air un peu perdue, ne parvenant pas à suivre le fil. D'autres fois elle participe activement à la conversation... dès lors que l'on accepte de la laisser libérer lentement les mots qui s'accumulent plus vite que son élocution ne les libère. Ils ne viennent que péniblement, se perdent, s'oublient avant d'avoir été énoncés. Il faut de la patience, de l'écoute, se mettre à sa portée. Là, si les conditions sont favorables, un dialogue est possible. Hélas, les fenêtres d'ouverture se raréfient et se rétrécissent.

Ses pensées se hasardent de plus en plus vers des mondes imaginaires, incohérents pour ceux du monde réel. Les propos peuvent divaguer dans le temps et dans l'espace, voire fréquenter des ambiances visiblement effrayantes. Et même quand ce n'est pas le cas, un brouillard fluctuant semble parcourir les pensées en éveil. Pour ceux qui cherchent à maintenir un contact avec cet esprit prompt à s'égarer, il faut se résoudre à n'obtenir que des réponses incomplètes, incertaines.

Tous ses mouvements sont devenus lents et malhabiles. La marche est hésitante, souvent aléatoire. Parfois relativement efficace et d'autres fois inopérante, occasionnant alors des chutes spectaculaires pour une personne d'apparence aussi fragile. Les bleus qui en résultent sur diverses parties du corps, parfois sur le visage, son impressionnants. Mois après mois son champ de déplacement se rétrécit. Les promenades dans le quartier se font désormais en fauteuil roulant avec, les bons jours, une marche accompagnée de près sur une centaine de mètres.

Et tout cela ne fait qu'empirer, irréversiblement. Maladie de Parkinson. Une vraie saloperie. Se voir plonger dans la perte de tout ce qui faisait la vie : penser, partager, se mouvoir. Et savoir qu'il n'a rien à faire, tout au plus ralentir le processus.

C'est difficile pour elle, ce ne l'est pas moins pour son mari, qui doit surveiller chaque jour davantage les faits et gestes de son épouse. Car inexplicablement, sans prévenir, le fonctionnement mental et moteur peut subitement redevenir opérationnel. Retrouvant ses moyens, la fragile petite vieille se lève de son fauteuil et se pique de ranger des papiers, faire le ménage, débarrasser la table. Avec le risque omniprésent de se casser la figure ou d'égarer tout ce qu'elle a touché.

Alors le mari, lui-même épuisé mentalement et physiquement, se met en colère et la houspille. Il la gronde, l'accuse de le faire exprès, de n'en faire qu'à sa tête. Sa tête... comme si elle était encore en capacité de raisonner. Elle est comme un enfant de deux ans qui serait dans un corps fonctionnant par intermittence. Dès qu'elle s'en sent capable, elle agit. Impulsivement. Sans entreprendre un processus de réflexion faisant appel à des capacités de mémoire et d'analyse qu'elle n'a plus, ou pas nécessairement à ce moment-là. Alors, bouleversée parce que toujours connectée à ses émotions, il arrive qu'elle se replie sur elle-même, immobile, yeux clos, se coupant du monde, ne répondant plus aux sollicitations. C'est sa seule façon de signifier qu'elle veut qu'on la laisse tranquille. Elle se repose et cet état de mort apparente angoisse son mari, aidant maltraitant qui ne sait plus que faire et appelle à l'aide...

Deux petits vieux fatigués l'un de l'autre mais ne pouvant, ni ne voulant, vivre sans l'autre. Deux octogénaires à la fois usés d'être ensemble et inséparables. Soixante ans de conjugalité, de co-dépendance, de compromis et de compromissions, de jeux d'influence et de chantage, de manipulation et d'entraide. D'abnégation et de domination. D'amour et de haine. Ces deux-là se sont "sauvés" l'un l'autre, jadis,... et resteront ensemble jusqu'à la mort de l'un deux. « Et celui des deux qui reste se retrouve en enfer », chantait Brel...

 

« Si je songe parfois pourquoi j'ai une préférence pour le sexe fort, c'est que je rêve d'un jeune homme qui me protègerait et me carresserait et rirait avec moi en partageant la joie d'être ensemble. Je ne pense pas encore aux difficultés du mariage, qui paraît-il sont nombreuses. »

 

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 Extrait de son journal intime, un peu avant ses quatorze ans.

 

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15 novembre 2020

Déni de réalité

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Il existe, pour certaines femmes, ce que l'on appelle "Déni de grossesse". Elles sont enceintes sans le savoir. Aussi étonnant que cela puisse paraître, cela dure parfois jusqu'à l'accouchement. Un des aspects étonnants de la "levée du déni", toujours due à l'annonce verbale de la grossesse par une autre personnes (généralement un médecin), est que le ventre, plat jusqu'à cet instant, prend en très peu de temps le volume de celui d'une femme enceinte. C'est, paraît-il, spectaculaire. A tel point que certaines femmes ne peuvent pas refermer le pantalon qu'elle avaient en entrant en consultation !

C'est incontestablement une des formes les plus spectaculaires de déni de réalité

 

En quoi cela me concerne t-il ? Assurément je ne fais pas de déni de grossesse. Mais peut-être ai-je fait... un déni de potentiel intellectuel.

Hein ? Quoi ?

 

Capture d’écran 2020-11-15 à 17

De la bouche d'un neuropsychologue, j'ai appris, il y a deux jours, que ledit potentiel était, sous plusieurs aspects, chez moi... disons... supérieur à la normale. En particulier en termes d'organisation de la pensée et d'aptitude à la conceptualisation. Au vu du développement arborescent de certains de mes textes, je ne peux pas dire que c'est une totale surprise : plusieurs des personnes rencontrées par le biais des écrits en ligne avaient indirectement évoqué cette éventualité, jadis, sans que je m'y attarde. Par ailleurs une amie proche me l'affirme depuis des années, sans m'en avoir convaincu. Peu enclin à me voir surdoté dans ce domaine, j'accordais peu de crédit à cette hypothèse. Enfin si, quand même un peu, puisque qu'à la longue, infiniment lentement, le doute s'était immiscé. J'ai fini par me dire que, oui, peut-être...

Jusqu'à être suffisamment prêt pour oser y croire. Et là c'est allé très vite : il fallait que je lève le doute. Il a quand même fallu attendre quelques mois pour un premier, puis un second rendez-vous. Jeudi, lorsque le résultat est tombé, d'une certaine façon... je ne m'y attendais pas. Enfin si, puisque j'étais venu pour ça... mais jusqu'au dernier moment je doutais (et redoutais). J'ai eu besoin de cette confirmation certifiée oralement pour accepter le verdict. Et là, j'ai fondu en larmes...

Quel rapport avec le déni de grossesse ? Et bien l'expansion, justement. Pas celle du ventre, ici, mais celle de l'ego. Pas cet ego si souvent villipendé parce qu'il prendrait trop de place, mais au contraire un ego atrophié qui n'a jamais vraiment pris sa place. Oui, depuis hier je crois en moi. Je peux même dire que je suis fier d'avoir osé me confonter à la réalité. Et j'ai l'impression d'avoir pris de l'ampleur, du souffle, du simple fait que, maintenant je sais. Je suis certain. C'est une personne habilitée qui me l'a déclaré et personne ne pourra plus m'en faire douter. Je ne peux plus dénier cette réalité-là.

 

Pourquoi diable ai-je passé cette batterie de tests, à un âge quelque peu avancé ?

Parce que je manque de confiance en moi depuis des décennies et que cela, non seulement m'est existentiellement préjudiciable - mais après tout, n'ai-je pas passé une vie entière avec ce handicap - mais surtout réduit ma capacité d'expression orale en situation de stress. C'est à dire dès que je suis confronté à l'altérité. Sauf que je veux désormais pouvoir dire, avec assurance, ce que je sais à des personnes dont la fonction est de préparer l'avenir. Je fais allusion ici aux responsables politiques locaux, niveau auquel je considère qu'ils ont un rôle à jouer pour faire face aux défis de l'urgence écologique qui est devant nous. Or, tout comme celles et ceux qui ont pris conscience de cette urgence et des déstabilisations à venir, je fais face à un déni global : « mais non, ne soyons pas alarmistes, ce n'est pas si grave ; avec la science et la technique nous trouverons bien une solution ». Hélas non, il n'y a pas de "solution" pour continuer sur une trajectoire insoutenable. Alors, pour amener des personnes en charge de responsabilité à comprendre ce qu'elle ne veulent pas entendre, il me faut être en capacité de "tenir", donc avoir suffisamment de ressources intérieures pour faire front.

Et voilà pourquoi un handicap social, dont je m'étais plus ou moins accomodé toute ma vie, devenu limitant pour défendre ce que je considère être "le bien commun", m'a poussé à questionner mes potentialités.

Je me suis confronté à mon déni pour amener d'autres à se confronter au leur.

 

PS : si quelqu'un devait trouver mon propos immodeste, qu'il ou elle se dise que m'autoriser fièrement cet aveu fait sans doute partie du processus d'expansion ci-dessus décrit. Merci.

Les photos ne sont évidemment pas de moi

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30 octobre 2020

Liberté interdite

La semaine dernière j'ai enfouché mon VTT pour aller faire quelques photos automnales. Je n'ai croisé personne, comme la plupart du temps quand je parcours des chemins. Aujourd'hui faire le même itinéraire ferait de moi un hors-la-loi : c'est à plus d'un kilomètre de mon domicile !

Risque de contracter ou transmettre la Covid : 0,00%

Bienvenue en absurdie.


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Variations lumineuses sur les contreforts de Chartreuse

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23 octobre 2020

Éphémère

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Cela ne dure que quelques jours, mais quel spectacle...

 

 

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