Alter et ego (Carnet)

25 mars 2022

Deuil anticipé

N'avoir été que brièvement affecté par le décès de ma mère m'a un peu étonné. Quelques jours seulement, et voilà, c'est passé. Le chagrin n'y est venu que par bouffées, à des moments où je réalisais par les sens qu'il n'y aurait jamais plus de retour en arrière. Que la perte était vraiment définitive. Comme si, en dehors de toute raison, j'avais gardé l'absurde espérance que quelque chose de la relation pourrait à nouveau être vécu "comme avant".

Il y a des années que je me préparais à cette mort, ayant bien souvent pensé, en quittant mes parents après une visite, que c'était peut-être la dernière fois que je voyais ma mère. En quelque sorte, le deuil était entamé depuis longtemps. Si bien que la mort n'a été que l'acte final du processus, comme le fruit qui, mûr, tombe de l'arbre.

Depuis quelques temps je me demandais quelle serait ma réaction lorsque ma mère mourrait. Il me semblait que j'aurais pu traverser ce moment sans verser une larme. Un peu honteux, presque inquiet d'être aussi détaché. En réalité l'émotion m'a assailli a plusieurs reprises, sans que je ne puisse, ni ne cherche, à la contrôler. Rassuré, en fait, d'être bel et bien sensible aux liens d'attachement. Sensible à la qualité de la relation que j'avais avec elle.

Et c'est bien parce que j'ai assisté à la lente dissolution de cette relation par essence singulière, avec une mère qui était devenue sur le tard proche confidente, me dévoilant ses états d'âme, ses tourments, ses remords, ses secrets, que j'ai pu entamer simultanément un travail de détachement à son égard. Elle a eu le temps de me confier ce qui lui tenait à coeur et ainsi d'alléger son esprit avant qu'il ne s'embrouille. Elle et moi avons eu le temps de nous dire ce qui nous était important, l'un et l'autre. Je ne me rendais pas compte que le temps infiniment lent de la dissolution relationnelle amorçait déjà un travail de deuil par anticipation.

Je pourrais presque dire que mon deuil est déjà terminé. Ma vie  a repris son cours.

Sauf qu'hier, en voyant des tulipes dans un jardin et des forsythias en fleurs, se sont discrètement ravivés des fragments de souvenirs très anciens, me ramenant à elle lorsque j'étais enfant. Ce soir, c'est en préparant mon repas, que m'est revenue sa façon d'écaler les oeufs...

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20 mars 2022

Un bonheur contrarié

Le printemps est là, qui m'appelle. Sensation physique et sensorielle. L'écriture est là, qui m'appelle aussi. Perception intellectuelle, émotionnelle, analytique. Nécessité. D'un côté la vie vivante, de l'autre la vie spirituelle, intérieure, profonde. L'instant présent cherche sa place alors que le passé et le futur prennent la leur, tout aussi importante. Affrontement de temporalités. Trouver le juste équilibre.

Je crois que mon rapport à l'existence se nourrit autant du vécu émotivo-sensoriel que de l'analyse des ressentis que celui-ci provoque. J'ai besoin des deux, qui se complètent et s'enrichissent mutuellement. C'est pourquoi je vais prendre le temps d'observer les pensées et sensations les plus marquantes de ces derniers jours et laisser venir ce qui se présente. Je suis persuadé que cela me permet de me préparer à ma propre finitude, que je veux voir arriver sereinement, en me permettant de vivre le présent sans angoisses existentielles occultées. Je reste adepte de la clarté, autant que j'en suis capable.

La façon dont mon être a traversé la mort de ma mère tend à me conforter dans cette approche : je l'ai très bien vécue. Pleinement, en toute conscience, dans un bel éventail d'émotions allant de la joie à la tristesse. Joie en me remémorant les moments partagés, tristesse en réalisant qu'avec elle ils ne reviendront plus. J'ai eu des années pour me préparer à cette séparation et j'étais prêt, autant qu'on puisse l'être, pour accueillir le surcroît émotionnel dû à la confrontation physique au réel. Celui qui passe par le concret, par le corps et les sens. Le corps de ma mère et le mien. Son corps inerte, mais vivant. Puis son corps inerte, mais sans respiration, sans vie.

J'ai eu la chance - le privilège - d'être le dernier à lui parler, à l'embrasser sur le front, à lui caresser le visage. Le soir, quand elle etait vivante, et le matin, quand elle ne l'était plus. Je pense qu'elle ne s'est rendue compte de rien, mais pour moi cette proximité finale était importante. Bien plus que je ne l'aurais imaginé. Un moment de pure sérénité, un moment de joie, malgré le chagrin qui m'inondait. Elle était enfin délivrée de son enfer.

Ma mère croyait à un au-delà et certainement cela l'a portée. Ce n'est pas mon cas. En parlant à sa dépouille encore tiède je ne faisais que prolonger, en toute conscience, l'illusion de notre connivence passée. Ultimes paroles et gestes de détachement. J'ai regardé son visage émacié, ai tenté de former un sourire sur ses lèvres sans y parvenir. « Ah, je n'arrive pas à te faire sourire, Maman ». J'ai eu un regard sur son ventre, duquel je suis né. Et puis voilà, j'ai fait le deuil de son corps, que je ne verrai plus. 

Quelques heures plus tard la fratrie et quelques uns de nos enfants étions chez mon père, qui lui n'a pas voulu la voir décédée. L'ambiance était plutôt rieuse, bien que les larmes puissent jaillir de temps en temps. Et là je me suis rendu compte de ce fait étonnant : ma mère ne manquait pas. Il n'y avait pas du tout l'impression de "place vide". Au contraire, c'est comme si nous pouvions enfin vivre ce moment, libérés, sans nous demander si cette pauvre vieille femme privée de parole ne se sentait pas trop exclue. Et de fait elle l'était, parce que son esprit ne pouvait plus vraiment nous suivre. Ces derniers mois la voir ainsi, aphasique, l'esprit vagabond, les mouvements absurdes, était une souffrance pour tous.

Une semaine est passée, entre son décès et ses funérailles. Dans ce délai la vie a repris son cours normal, lesté par la charge des préparatifs. Charge limitée puisque ma mère avait laissé un cahier contenant toutes les consignes utiles : des textes religieux qu'elle aimait bien, des musiques, son choix de l'incinération et le numéro de la concession au colombarium. D'ailleur j'ai pensé qu'il serait bon que je m'occupe de ce genre de choses pour ma propre fin...

Le jour des obsèques a eu un côté festif : toute la famille s'est retrouvée pour un pique-nique à côté de l'église, juste avant la cérémonie. Les rires fusaient, tandis qu'avec ma soeur nous réglions les derniers préparatifs. Seul mon père manquait, bouleversé au point d'en être malade. C'est donc sans lui que nous avons suivi l'entrée du cercueil dans l'église. Sans émotion, pour ma part. Dans l'église j'étais juste à côté de cette boite, choisie parmi les plus simple. Pour moi c'était vraiment une caisse de bois recouverte de fleurs à son goût. Certes avec le corps de ma mère à l'intérieur, mais dont la réalité était presque abstraite. Pour moi le deuil de son corps était déjà loin. D'ailleurs cette cérémonie ne me touchait pas vraiment, si ce n'est par le nombre de personnes, parfois venues de loin pour assister aux obsèques. Et puis jusqu'au dernier moment il avait fallu accueillir les gens, terminer les derniers réglages avec le prêtre... Pas vraiment le temps de me mettre en habits de tristesse, même si des bouffées d'émotion me sont venues en voyant des visages venus du passé, quelque peu vieillis.

Par contre, lorsque j'ai pris la parole pour présenter la défunte, lisant le texte que j'avais préparé, l'émotion est revenue jusqu'à me submerger. Et pas n'importe où : en lisant certains éléments de sa biographie que, pourtant, j'avais lus et relus la veille sans difficulté. Or les émotions indiquent quelque chose d'important pour qui veut bien s'y attarder. En particulier si elles apparaissent et disparaissent selon les idées ou les mots énoncés.

Dans mon texte j'ai choisi de commencer le récit de vie par son enfance, nommant les morts qui l'avaient accompagnée. Pourquoi ce choix ? Probablement parce que, sans m'en rendre compte, je relatais ce qui avait du sens pour elle. Ou plutôt : ce que moi je considérais avoir du sens pour elle, nourri par le récit qu'elle m'en avait fait depuis toujours. La mort très précoce de son frère malade, âgé de huit ans, avait hanté ses parents. Ils en avaient fait un demi-dieu à côté duquel ma mère, née plus tard, ne pouvait pas rivaliser. Petite fille forcément en échec de perfection, presque coupable d'être vivante et rabrouée quand elle l'était trop, elle a souffert d'avoir cette place d'impossible substitution. Comment cette hypensensible a t-elle construit sa personnalité dans ces conditions ? Quelles injonctions de perfection, de discrétion, a t-elle engrammé dans sa psychologie ?

Il y a quelques années, durant un travail de psychogénéalogie, j'avais été surpris de ressentir une très forte émotion autour de son frère mort, qu'elle-même n'a pratiquement pas connu et qui, jusque-là, n'était pour moi qu'un personnage secondaire. J'ai compris que se jouait là quelque chose de vraiment important, sans que j'en comprenne le sens. Et là, en lisant mon texte dans l'église, j'ai buté sur la même émotion venue des profondeurs de mon inconscient en lisant le prénom de ce frère mort.

J'ai buté aussi sur le prénom de H., sa mère, brutalement décédée un mois après que mes parents se soient rencontrés. Pour ma mère, cela arrêtait net le temps de légereté et d'insouciance qu'elle venait de découvrir. Un peu comme si, après avoir tant espéré le bonheur, il lui était déjà oté. J'ai buté sur le décès de sa grand-mère trois mois plus tard, interrompant brutalement le voyage de noces de mes parents. C'est sur cette succession de morts, qui ont tant marqué ma mère, que l'émotions m'a submergé. En racontant brièvement l'histoire d'une vie à tous ces gens, dans l'église, je portais la souffrance qu'elle m'avait transmise à ce sujet. C'est comme si, à travers mes mots et ma voix, s'exprimaient les douleurs qu'elle avait portées durant toute son existence.

Pourquoi ai-je choisi d'en parler, alors que j'aurais pu mettre en avant bien d'autres choses ? Je l'ignore. Mon inconscient a guidé mon récit.

J'ai buté aussi sur une phrase précise, citée directement d'après ses écrits à elle : « j'envoie comme un défi à la mort en devenant enceinte ». Je suis né exactement neuf mois après leur mariage, premier porteur de son aspiration à la vie. Cinq ans plus tard les quatre enfants de la fratrie étaient nés ! Encore un an plus tard, son père, qu'elle adorait, décédait. Ma mère se retrouvait ultime représentante de sa lignée. Tout cela alors qu'elle n'avait pas encore trente ans.

Dès qu'elle fut mère elle se consacra à l'épanouissement et au bonheur de ses enfants, concrétisant son rêve de petite fille trop seule, à la joie de vivre empêchée par une grand-mère acariâtre, véritable matriarche régentant autoritairement le couple veule de ses très doux parents. C'était Cosette, cette histoire ! Alors nous, ses enfants, avons été une revanche sur la tristesse de son enfance. Son vrai bonheur.

Sans doute le tableau aurait-il pu devenir idéal si, du côté conjugal, elle aussi avait pu s'épanouir et accéder à la pleine joie de vivre à laquelle elle aspirait. Ce ne fut hélas pas le cas et il est certain qu'elle a souffert de voir son bonheur contrarié par un mari autoritaire et trop souvent cassant, inapte à exprimer sa sensibilité, handicapé relationnel et affectif. Mais dont la force de cractère était rassurante.

Ma tristesse venait sans doute de revoir défiler cette vie presque heureuse, qu'elle n'a pas eu la force de conquérir totalement en s'affirmant face à mon père. J'ai parfois trouvé ma mère lâche de n'avoir pas osé s'émanciper, lorsque nous avions quitté la maison. Je sais cependant qu'elle a fait ce qu'elle a pu et à tenté de trouver une sérénité accessible, à sa portée. Elle a aussi tenu à respecter des valeurs morales qui lui semblaient intangibles.

Quant à moi, je considère depuis longtemps que mon propre chemin d'émancipation conjugale ne résulte pas d'un total hasard...

 

Et pour poursuivre dans les liens de cause à effet, je comprends mieux pourquoi le suicide de Solange, qui incarnait pour moi « la joie de vivre », m'a tellement touché. Et pourquoi ma grande inquiétude quant au fragile bonheur de l'humanité, idéal dont la perspective semble toujours plus inatteignable, affecte si fort mon rapport à l'existence.

 

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18 mars 2022

Après

J'aurais beaucoup à écrire. Trop, même, pour savoir par où commencer.
Alors je pose le tout, à peu près dans l'ordre :

J'ai régulièrement évoqué ici, depuis des années, la perte et la finitude. D'abord autour des ruptures relationnelles, puis progressivement sous l'angle de la destruction des conditions d'habitabilité terrestres. Incidemment j'ai aussi abordé la finitude de nos existences, notamment en constatant la dégradation physique et mentale de ma mère, atteinte par la maladie de Parkinson [qui ne se réduit pas, loin de là, à un tremblement des mains : ma mère n'avait aucune trace de ce symptôme]. Puis il y a eu le suicide de Solange.

Le lendemain de son enterrement était lancée l'opération d'invasion de l'Ukraine, mettant fin à la paix européenne. Touché par cet évènement destructeur j'ai commencé à écrire une ébauche de réflexion, restée en suspens. Publiée seulement aujourd'hui (en gardant la date d'origine), elle reste inaboutie car ouvrant un trop large spectre d'émotions dues à la survenue brutale de la mort à grande échelle alors que, d'un autre côté, la mort lente de l'écosystème terrestre ne suscite aucune réaction internationale efficace. Après mes réflexions sur la perte lente, que l'on a le temps de voir venir, et celle, brutale, qui ne prévient pas, cela faisait trois textes successifs sur diverses variations de la finitude. Visiblement j'étais préoccupé par le sujet.

Et puis il y a eu irruption du réel à effet immédiat et prioritaire : la perspective de la mort, proche - aux deux sens du terme - après aggravation soudaine de l'état de santé de ma mère. Un sommeil anormalement profond et durable, avec impossibilité de l'en sortir. C'est à moi qu'est revenue la responsabilité d'appeler les urgences, sachant bien que cela pouvait mener vers une issue fatale, autant redoutée qu'espérée. Hospitalisation, perfusion, mise sous oxygène. Temps d'incertitude. Cela a duré six jours.

J'ai été le premier à savoir que son calvaire avait pris fin et à la voir sans vie. J'ai tenté d'écrire autour de ce moment si particulier, sans vraiment y parvenir. Le texte, inachevé, est finalement lui aussi publié en différé pour respecter la chronologie des faits. Je le garde parce qu'il relate ce qui, paradoxalement, représente un bon moment. J'ai eu le privilège immense de le partager seul avec elle et ainsi pouvoir me détacher, par les sens, par mon corps, de son corps.

Désormais je suis dans l'après. Après le décès et tous les bouleversements que cela représente, quand bien même nous y étions tous préparés. Après les démarches funéraires. Après les obsèques. Après l'incinération.

Ce matin, dernier acte symbolique concernant son corps, nous avons déposé l'urne contenant ses cendres au colombarium, prêt pour les recevoir depuis... un quart de siècle (mes parents étaient prévoyants).

 

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13 mars 2022

Un dernier café avec toi

- Voulez-vous un café ?
- Oui, je veux bien, merci.

Elle me laisse quelques instants et je retourne voir ma mère sur son lit, débarassée de ses perfusions et de son masque à oxygène, devenus inutiles. Elle paraît apaisée, tout comme durant cette nuit que j'ai passée à ses côtés. Elle respirait alors calmement, sans bruit, de plus en plus profondément endormie sous l'effet conjugué de la morphine et d'un sédatif.

L'infirmière revient avec le café et me laisse seul dans la chambre. Je reviens auprès de ma mère et lui évoque l'aube naissante, que je vois par la fenêtre sur fond de montagnes enneigées. Le ciel est clair, il fait très beau. Dans les couloirs tout est calme, le monde des vivants ne s'est pas encore réveillé. Je regarde ce jour qui se lève et qu'elle ne verra pas. Je reviens vers elle, lui caresse le visage, lui embrasse le front. « Tu te refroidis, Maman ».

Ce jeudi 10 mars, à 6h15, l'infirmière m'a réveillé « Monsieur... voilà, votre maman est partie ». « Ah ? Oui, merci », fis-je en me redressant. C'était attendu. Et même espéré. Trois quarts d'heure plus tôt je m'étais approché pour vérifier : elle respirait encore. Je songeais déjà à la nouvelle journée de calvaire qu'elle et nous allions peut-être passer, comme la veille.

Depuis quelques jours chacun de nous avait pu passer plusieurs heures avec elle et partager ce moment si particulier avec celles et ceux qui étaient présents. Chacun avait pu lui parler - sans être sûr qu'elle entendait. Elle avait réussi à dire quelques mots, à peine audibles, avant de replonger dans cette sorte de coma, un profond sommeil qui lui maintenait les yeux mi-clos. Nous avions insisté auprès de l'équipe médicale : pas d'acharnement. Là où beaucoup tiennent à ce que la médecine sauve, nous demandions le contraire.

Durant ces quelques jours nous nous sommes relayés auprès d'elle, souvent en nombre. Nous avons parlé, nous avons ri, avons évoqué "l'après" qui déjà se dessinait. Entendait-elle ? Sentait-elle notre présence ? Quelle conscience avait-elle de ce qui se vivait là, elle dont le regard fixe semblait vide ? De rares fois, sortant de son immobilisme à cause d'une respiration manquante, elle a ouvert les yeux en grand, suivant du regard celui ou celle qui lui parlait. Elle semblait alors capter la situation. Elle semblait vivre. Le reste du temps cela ressemblait à la mort en sursis. 

 

[ébauche inachevée]

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03 mars 2022

Proche et lointain

Télescopage temporel, différences d'échelles, permutation dans l'ordre des priorités. Je constate, ces derniers temps, une exacerbation des affects qui m'animent.

Dans le très proche, il y a d'un côté l'effacement lent et progressif de ma mère, qui se meurt à petit feu ; de l'autre la disparition brutale et volontaire de notre collègue qui s'est donné la mort. Contraste. Deux façons d'accepter la finitude de l'existence.

Plus loin, il y a l'irruption brutale et volontaire de la guerre en Ukraine, avec le cortège de brisures, de douleurs, de bouleversements infligés à sa population. La violence, la mort, la peur. Encore plus loin, en parallèle, infiniment moins spectaculaire, une nouvelle alerte, répétée invariablement, concernant la catastrophe climatique et écologique en cours, dont le traitement est reporté à plus tard, empirant sa gravité et éloignant la perspective d'y échapper. La mort lente, sans violence. Trop lente et trop lointaine pour susciter l'effroi.

La priorité va à l'immédiat, bien sûr... alors même que c'est la raréfaction des ressources qui pourrait bien être une des causes de cette guerre.

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16 février 2022

Détermination

Sait-on jamais ce qui nous anime ?

J'ai connu Solange il y a une douzaine d'année, quand elle fut recrutée chez le même employeur que moi. Jolie jeune femme, très dynamique et souriante, j'ai découvert sa personnalité au fil du temps. Je l'ai vue évoluer, s'affirmer, prendre des responsabilités, monter des projets. Sa détermination, son assurance, son élégance, faisaient mon admiration. Très enjouée, toujours de bonne humeur, son rire sonore et contagieux, tel une signature vocale, attestait de sa présence dans les parages. Solange était appréciée tant pour sa personnalité toujours positive que pour ses compétences professionnelles. Elle avait cependant fini par se sentir un peu à l'étroit à son poste, aurait aimé un peu plus de responsabilité et reconnaissance pour le dynamisme qu'elle mettait au service de notre employeur commun.

L'automne dernier elle a annoncé son départ, certaine d'avoir trouvé ailleurs de quoi s'épanouir. Bien que j'en fus un peu attristé, j'estimais qu'elle faisait un bon choix : suivre son envie ; se donner les moyens de ses ambitions. J'aimais bien Solange et, si j'avais eu les faveurs de son regard, peut-être n'y aurais-je pas résisté. Au moment de la quitter, lors de son pot de départ, dans un geste d'affection un peu malhabile, j'ai mis mes mains sur ses hanches... parce qu'il me paraissait incongru de la prendre dans mes bras.

Solange partie, son rire n'a plus retenti. Au début ce silence se remarquait, et puis on s'est habitués. De loin en loin j'ai eu de ses nouvelles de la part de collègues qui avaient gardé un lien étroit avec elle. C'est ainsi que j'ai su qu'assez rapidement Solange avait regretté son départ. Chez son nouvel employeur l'ambiance était pesante. Je n'en savais guère plus, n'ayant pas cherché à garder de lien avec elle - je ne m'attache plus aux gens qui partent. S'il nous était arrivé de partager quelques impromptus de conversation, tous les deux seuls en fin de journée, nous n'avions jamais été significativement proches. Disons qu'il y avait entre nous une aimable confiance et une appréciation mutuelle.

Lundi, j'apprends incidemment que Solange a décidé de revenir chez nous ! Super ! Je suis vraiment content de la savoir de retour, tant pour la perspective de renouer avec sa jovialité communicative que parce que cela lui permet de retrouver un meilleur équilibre professionnel. Car dans la foulée j'apprends qu'elle aura de nouvelles fonctions, avec des responsabilité à sa mesure. Des tractations ont eu lieu depuis quelques jours et l'équipe de direction comme ses anciens collègues se réjouissent de ce retour. Ce sera en avril.

Joie de courte durée.

Ce même lundi, tard dans la soirée, Solange a renoncé. À tout.
Elle a mis fin a ses jours.

 

Nous l'avons appris le lendemain matin. Stupéfaits. Sidérés. Incrédules.
Solange ? Mais ce n'est pas possible ! Pas elle ! Pas quelqu'un d'aussi joyeux et solide qu'elle !

Mon cerveau ne parvenait pas à enregistrer l'incroyable choc de cette tragédie. Comme un mécanisme déréglé qui bloque et débloque en continu, avant-arrière, sans parvenir à aller dans le seul sens possible : accepter le réel. L'inacceptable réalité.

Au fur et à mesure que la sinistre nouvelle se propageait parmi nous, les visages blêmissaient. 

Murmures et conciliabules. L'une avait été avec elle au restaurant trois jours avant, pour préparer ce retour. Tout allait bien et le projet s'élaborait avec enthousiasme. Une autre l'avait eue au téléphone quelques heures seulement avant l'acte fatal : bonne humeur et rire habituels. Pas le moindre signe, au contraire, puisque là encore il était question des préparatifs au retour prochain.

Chez son employeur actuel aucune alerte non plus. Elle a quitté le bureau en fin de journée, avec ses collègues.

Incompréhension. Qu'est-ce qui peut pousser une personne avec cette force de caractère, mettant en oeuvre activement un projet qui l'enthousiasmait, à décider de se placer sur la trajectoire d'un train ? Choix radical et sans échappatoire. Déterminé. Désespérement courageux.


Ses failles, personne ne les a perçues. Son énergie bouillonnante et son rire tellement expressif n'étaient-ils pas une façon de conjurer une détresse totalement dissimulée ? Elle a choisi d'y mettre un terme seule, sans prévenir personne, sans demander d'aide. Elle a juste laissé un mot dans sa voiture.

Depuis peu jeune grand-mère et enchantée de l'être, elle adorait ses filles.

Sait-on jamais ce qui nous anime ?

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06 février 2022

En voie de disparition

Avec une infinie lenteur l'esprit de ma mère s'éteint. Sans bruit, sans heurt, la vie la quitte. Organiquement son corps fonctionne encore, mais ce qui était l'essence de sa vie s'en va. Elle perd inexorablement la motricité, la parole, la pensée (quoique sur ce point il est difficile de savoir ce qu'il en est). Elle n'est pas morte mais elle n'existe plus vraiment. Les moments d'échange, de plus en plus fugaces, ne cessent de se raréfier. La vie s'efface, la relation s'estompe. Que reste t-il d'une vie humaine sans relation à l'autre ?

J'ignore le degré de conscience qu'elle peut avoir de sa situation. Je me demande comment elle fait pour supporter d'être ainsi, chaque jour, davantage dépossédée d'elle-même. Constater sa propre anihilation. 

De mon côté j'apprivoise cet effacement progressif. Disparition lente, dilution oméopathique. Perte sans brutalité ni radicalité, à peine perceptible, en douceur. Comme des fils de soie qui cèdent.

Bizarrement, je crois que ce très lent détachement correspond exactement à mon rythme d'acceptation.

Mourir lentement, comme un vieil arbre qui, dépérissant durant des années, voit la vie régresser en lui. Comme un amour qui, sans être nourri en retour, finit par s'éteindre.

Est-ce que la fin est plus acceptable si elle vient lentement ?

Je me souviens des injonctions qui me furent faites, autrefois : coupe ! tranche ! Autrement dit : tue ! Vite, abrège les souffrances ! La mort pour retrouver la vie ? Une autre vie ? Je ne crois résolument pas à la vie après la mort. Ce qui meurt ne revient jamais et c'est pourquoi j'ai besoin de temps. Pour accepter la fin de ce qui a été vivant. J'ai besoin de temps pour honorer ce qui fut vie, partage, sensations, beauté, vibrations.

 

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Un peu partout, en silence, lentement, loin des yeux et loin du coeur, le vivant se meurt. Massivement. Des biotopes sont massacrés, anéantis, sans que quiconque ne s'en émeuve. La rumeur de milliards d'apocalypses diffuses est inaudible. D'autres lieux, subissant un sort comparables mais humanisés, entrainent parfois des résistances farouches ou de lointaines indignations éphémères. Hélas, on n'arrête pas longtemps la destruction en marche. Ou bien elle se reporte ailleurs. Pour que l'homme vive, il faut que nature meure. Discrètement de préférence. On n'aime pas voir la mort en face. On laisse faire la sale besogne à quelques uns, qui se tuent à la tâche, pour que d'autres puissent continuer à courir après le mythe du bonheur « parce que j'y ai droit ».

Triste course vers la mort de l'irremplaçable vie.

Il me faudra bien le reste de ma vie pour accepter l'incommensurable perte en cours. Et cependant vivre ! Et se réjouir de chaque instant de sursis.

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04 février 2022

Kairos

Cette mini-série d'entretiens m'a parue tellement juste, tellement concordante avec les pensées et réflexions qui m'animent, que l'envie de la partager ici s'est imposée. Les personnes qui s'expriment, plus ou moins connues, ont toutes un parcours spirituel qui les amène à aborder les grandes questions existentielles ; celles auxquelles quiconque observe le marche du monde avec lucidité est confronté.

 

« Un parcours en huit étapes pour changer de regard et avancer dans un monde qui bascule »
(à la fin de chaque vidéo, cliquer sur la suivante qui s'affiche)

 

La série longue, plus approfondie, en huit épisodes de 35'

En savoir plus : Des arbres qui marchent 

 

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18 décembre 2021

Les temps de l'indécidable

 

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L'étang de l'indécidable (merci à Julie)

 

Mon rapport à l'existence est nourri de souvenirs. Une grande partie d'entre eux - si ce n'est tous - est liée à des émotions. Agréables ou pas. Je pourrais dire que je suis la somme des souvenirs qui m'ont construit. Soit parce que ces expériences heureuses ou malheureuses m'ont indiqué mes propres inclinations ou répulsions, soit parce que ces souvenirs orientent mes choix existentiels. Sans doute de plus en plus précisément avec la maturité qu'attribuent les ans.

Les souvenirs, pourtant, tendent à s'effacer avec le temps. Il s'atténuent, se transforment, voire se reconstruisent.

Je peux chercher à les entretenir ou, au contraire à les oublier. Consciemment ou pas. On connait le puissant mécanisme du déni qui oblitère presque totalement des souvenirs liés à des émotions particulièrement insupportables. Mais hors de ces cas limites, chacun entretient un rapport singulier avec la réminiscence et l'oubli. Un choix qui peut pousser à privilégier la joie ou la tristesse : « se souvenir des bonnes choses » ou ressasser indéfiniment « ce passé qui ne passe pas ». Il y a là une question de paix intérieure, déjà acquise ou encore à conquérir quand elle passe par la reconnaissance d'un préjudice. Le mécanisme est aussi bien individuel que collectif, parfois institutionnalisé, allant du droit à l'oubli au devoir de mémoire.

Quel est mon rapport à la mémoire ? Au souvenir ? À l'oubli ? Assurément contrasté. Et très lié à la substance, et surtout l'intensité des émotions engrangées. Je peux ressentir avec une acuité intemporelle des instants émotionnels intenses très anciens, comme je peux oublier en très peu de temps des faits qui, à l'instant du vécu, m'ont laissé totalement insensible émotionnellement. Mémoire séléctive, éléphantesque ou « de poisson rouge » selon les circonstances. L'amnésie du second cas est assez gênante dans le cadre professionnel ou relationnel.

Quelle est la part de volonté dans la gestion émotionnelle de mes souvenirs ? 

Nulle en ce qui concerne mon ressenti de l'instant, totalement indépendant de ma volonté : ce n'est pas en conscience que je décide d'être touché ou pas. Par contre, pour ce que qui est du suivi de cette mémoire émotionnelle, ma volonté, ou plutôt mes choix plus ou moins conscients, sont prépondérants. Je peux choisir de cultiver mes souvenirs. Cultiver, au sens d'entretenir, mais aussi de "fertiliser" (ou pas), c'est à dire d'imperceptiblement transformer au fil du temps.
Les souvenirs sont vivants, animés ; ils ne peuvent être figés, si ce n'est partiellement par des retranscriptions matérielles : écrits, photos, films, enregistrements sonores... Ou encore par le réveil instantané de souvenirs tactiles, olfactifs ou visuels engrammés dans mon cortex. Ces souvenirs "bruts" et inaltérables sont sans doute les plus imprévisibles, parce que peu susceptibles d'être entrenus. Chercher à le faire artificiellement en atténuerait même la potentialité.

Comme chacun j'entretiens un rapport singulier avec mes souvenirs. Il y a ceux que je cherche à conserver, ceux qui s'effacent faute d'être suffisamment convoqués... et ceux que je maintiens volontairement dans les recoins obscurs de ma mémoire. Il y a aussi ceux que je choisis de me créer : les voyages sont des générateurs émotionnels, donc forts pourvoyeurs de souvenirs. Certaines rencontres peuvent entrer dans ce registre. Les spectacles, concerts, évènements culturels ou autres moments de partage sont hautement susceptibles de générer des émotions à engranger. La lecture aussi. Et même celle des blogs et autres écrits personnels !

Mais qu'est-ce qui fait que je vais "choisir" de conserver des souvenirs ou au contraire de les maintenir dans l'ombre ?

Avant tout c'est leur côté agréable ou désagréable, évidemment. Ce n'est cependant pas déterminant puisque je pourrais aussi bien les "ressasser" d'un côté comme de l'autre, selon la tonalité que j'ai envie de donner à mon existence. Et puis il y a tous ces cas où les souvenirs sont entremêlés, les bons comme les mauvais. Et là, il est beaucoup plus difficile d'opérer un tri. Je pense en particulier aux affects relationnels. Si je veux ne garder que le "bon" et oublier, autant que faire se peut, le "mauvais", il va falloir que je décide consciemment de l'affectation de mes souvenirs. En privilégiant, par exemple, ceux qui évoquent les bons moments et en "neutralisant" ceux qui pourraient éveiller cicatrices et douleurs. Ou au contraire en ne retenant que ceux qui me permettraient de me lamenter sur mon sort, si cette attitude devait me pourvoir un bénéfice existentiel.

Par chance - ou par nature - j'ai tendance à plutôt garder en mémoire active les "bons" souvenirs. Les blessures, sans les oublier, je les laisse s'atténuer, se dévitaliser, s'éteindre. Du moins tant que je reste affectivement "attaché" à une personne. Car je peux aussi me "détacher" de personnes qui m'auraient trop porté préjudice ou dont je percevrais le potentiel toxique sur moi. Tout cela résulte d'un tri dans les attaches, plus ou moins volontaire : il me faut statuer sur la place que j'accorde à chacune de ces relations. Attache encore active ou détachement opéré ? Il y a des cas simples : quand je n'ai plus aucun lien avec une personne qui me fut néfaste. Il y a des cas complexes : les relations familiales, desquelles il peut être difficile - voire impossible - de se détacher. Et puis il y a le cas particulier des relations d'attraction, amicales et amoureuses, fortement investies sentimentalement, d'autant plus fragiles et délicates qu'elles se sont un jour cristallisées. Je suppose que dans les cas où il y a eu trop de douleur, de déception, de tristesse ou de colère, le choix du rejet des souvenirs peut s'imposer. Ou se voir imposé brutalement. Mais il peut aussi falloir du temps pour décider de leur devenir. Le temps de mettre en balance le poids des douleurs et la légereté des bulles de douceurs. Ce long temps d'incertitude, s'il s'éternise, devient alors celui de l'indécidable.

Pour beaucoup il serait trop inconfortable de le voir durer : il faut trancher. Pour moi, qui ai la chance de ne pas être soumis au besoin de certitude, et qui cohabite assez bien avec le doute et ses fluctuations, le temps de l'indécision est celui d'une conscientisation, d'une découverte de moi-même et des interactions humaines. Un temps fertile durant lequel je cultive mes souvenirs comme un jardin. J'y laisse s'épanouir des bouquets multicolores, qui l'égaient, tandis qu'au fond du jardin, maturant dans le tas de compost mémoriel, continuent de se déliter les substances encore indigestes.

 

Texte rédigé le 06/11/2021

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10 décembre 2021

Pour la bonne cause

Il y a une quinzaine d'années je me rendais régulièrement, une ou deux fois par mois, chez mes parents restés seuls dans la maison familiale. Avides de visites, ils savaient être accueillants autour d'un repas simple mais alléchant. À trois, nous avions des conversations agréables et variées, selon les inclinations de chacun, suivant un rituel informel et relativement immuable.

Un premier temps était consacré à échanger des nouvelles des enfants, de la famille, du travail, puis à discuter autour des questions sociétales du moment. Un peu de politique, un peu d'écologie. Mon père y participait activement, jusqu'au temps de rupture du café qui faisait systématiquement glisser la conversation vers des échanges plus personnels, plus approfondis. Avec ma mère, nous partagions cette prédilection commune pour le registre relationnel-intime. « Je vous laisse parler de psychologie », disait alors mon père en s'éclipsant, peu enclin à aborder le continent des sentiments et émotions. Pour ma part, j'appréciais ces moments de conversation tacitement privée avec celle qui m'a offert la vie, bien que je ne sois pas toujours d'accord avec les orientations qu'elle avait données à la sienne. Je pense en particulier à sa vie de femme et d'épouse, plus soumise-résignée qu'émancipée-joyeuse. Elle me racontait ses réflexions, parfois tourmentées, en faisant confiance à mes capacité d'écoute. Je sentais bien n'être pas le meilleur interlocuteur - parce que trop proche - et il m'est arrivé de lui suggérer qu'il lui serait certainement profitable d'aller voir un "psy". Moi-même ayant longtemps été suivi en thérapie, elle avait pu constater à quel point j'avais su me libérer de nombre de mes carcans. M'émanciper, précisément, en devenant homme plutôt épanoui, serein dans son existence malgré les traces laissées par quelques douloureuses déconvenues sentimentales.

À mes proposition la réponse de ma mère fut systématiquement fuyante : « il est trop tard ». Ajoutant même, une seule fois, « cela remettrait trop de choses en question ». Un aveu par lequel elle reconnaissait ne pas avoir le courage suffisant pour s'affranchir d'une bonne part de ce dont elle se plaignait. Je n'ai pas insisté dans cette direction, un peu déçu tout de même de la voir résignée. Mais, après tout, elle avait fait au mieux de ce qui lui était possible. Elle avait fait les meilleurs choix : ceux dont elle était capable à un moment donné. La fuite est parfois le salut.

Finalement, des années plus tard, elle aura bien été suivie par une "psy"... pour accompagner l'arrivée de sa dégénérescence mentale. À ce moment-là, oui, il était « trop tard »

Je n'ai pas encore l'âge qu'avait ma mère lorsque je lui proposais de faire face à ses difficultés mais, assurément, je ne me sens pas "trop vieux" pour renoncer à la perspective d'un mieux-être. Sauf que les questions d'ordre psychologique n'étant plus dans mes préoccupations, je ne ressen(tai)s nul besoin d'y revenir ! Il aura fallu que cela m'arrive par un chemin détourné, "par hasard", l'an dernier, après avoir voulu en savoir un peu plus sur l'éventuel atypisme de mon mode de pensée. À la fois surpris et rassuré par les résultats, j'ai laissé décanter avant d'aller plus loin. Six moins plus tard j'ai finalement pris rendez vous avec... une "coach", conseillée par celui qui m'avait fait passer les tests. Je ne l'ai fait que pour servir une cause utile : apprendre à défendre mes convictions quant au désastre écologique en cours. Je voulais trouver l'assurance qui me fait défaut dès qu'il s'agit de parler à un public potentiellement critique, voire hostile. Je me sais manquer rapidement de confiance en moi face à certaines personnalités, surtout si elles font preuve d'autorité ou que je leur en attribue une.

Après 6 séances de coaching, durant lesquelles j'ai pu exprimer mes attentes et mes doutes, puis mettre en lien tout ce (et ceux) qui m'importe(ent), je suis parvenu à un résultat éloquent, sous la forme graphique d'un "Arbre de vie" par moi dessiné. Beau et bon, plein de sens. Au terme d'une récapitulation gratifiante de tout ce qui m'était apparu, ont spontanément jailli de ma bouche ces mots improbables : « finalement, je crois que je suis une personne intéressante ». Cette simple phrase, jamais sortie auparavant, balayait avec force les traces de la proposition inverse, qui avait hantée mon adolescence et même le début de mon âge adulte. Étonné de mon audace, je crois que j'en fus ému. Il venait de s'accomplir une petite révolution.

Juste après, madame coach m'a demandé quelles actions j'allais maintenant pouvoir mettre en place pour servir mon objectif. Là, par contre, "quelque chose" s'est interposé. Un verrouillage. Une incapacité à penser. J'ai senti que, quoi que je puisse tenter d'imaginer, il demeure une défaillance dans la confiance que je peux avoir en moi face à des figures d'autorité. La coach a essayé diverses pistes pour contourner l'obstacle mais il n'y a rien eu à faire : quelque chose se montrait bloqué. Me bloquait. J'ai essayé d'analyser ce qui se passait et, en le décrivant, j'ai immédiatement fait le lien avec des zones de haute sensibilité que j'ai identifiées depuis fort longtemps sans pouvoir/vouloir les explorer plus loin. Le jaillissement émotionnel qui m'a submergé était sans équivoque : c'était "intouchable".

La coach a honnêtement reconnu son incapacité à m'accompagner plus loin, alors qu'il était prévu que nous nous revoyions encore une ou deux fois. Elle m'a alors proposé de tenter l'hypnose thérapeutique, pour aller au contact de cet "intouchable". N'y étant pas prêt j'ai laissé passer quelques mois, le temps d'en accepter l'idée. Le temps de m'assurer que ce pourrait effectivement m'être utile d'aller farfouiller dans ces zones tellement sensibles qu'elles me sont toujours restées inaccessibles.

Si je raconte cela ici, alors que j'évite désormais les épanchements intimes, c'est pour solliciter d'éventuels avis. Si toi qui me lis te sens inspiré·e pour partager ton expérience au sujet de l'hypnothérapie, je suis preneur.

 

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