Alter et ego (Carnet)

22 mars 2015

Des bénéfices secondaires de la victime

Avec "Aide-toi et le ciel t'aimera...", Edmée [dont j'admire envieusement le talent narratif et la fluidité scripturale] a rédigé un texte qui m'a "interpellé", comme on dit. Il y est question de ces individus qui, refusant d'être victimes des déconvenues que la vie a placée sur leur chemin, « se sont pris par la main ». Le sujet a résoné fort en moi, me poussant à laisser un commentaire :

« J’ai une sorte d’aversion pour ceux qui se voient en victime… parce qu’en eux je reconnais une part de moi, que je n’aime pas sentir se manifester. Oui, il m’arrive de penser, et même de dire, que « par la faute de l’autre » je suis dans une posture qui me déplaît. Or personne n’a le pouvoir de me contraindre à demeurer dans une situation qui ne me plaît pas ! Quand je prends conscience que par facilité j’accuse l’autre, ou m’en plains, je comprends enfin qu’il me revient de faire les efforts nécessaire pour bousculer la situation en place. »

Si je m'auto-cite sans vergogne c'est parce que le texte d'Edmée est à l'unisson de ma réflexion du moment [mais oui, je me suis remis à penser...] : en laissant perdurer une situation professionnelle qui m'est notoirement inconfortableest-ce que je ne me comporterais pas comme une "victime" ? Bah oui : à quoi ça sert de dire ou d'écrire que je suis épuisé par mon travail ? Bon, d'accord, dans l'immédiat ça me fait du bien de m'épancher; ça me soulage [temporairement], ça me permet de me plaindre d'une certaine injustice [posture caractéristique de la victime, réelle ou se considérant comme telle]. Mais après ? Je me méfie de cette propension que j'ai de me délivrer d'un poids sur une autre personne que celle qui devrait l'entendre.

Si j'en reste là ça ne sert pas à grand chose ! 

C'est là qu'une deuxième phase peut avantageusement se mettre en place : en exprimant ma difficulté, en la déposant en mots, je permets à ma conscience d'entendre moi-même ce que je ressens. La verbalisation permet la conscientisation. Un processus qui peut être long, comme j'ai pu le constater en retrouvant des billets qui avaient la même thématique : depuis 2012 j'écris à chaque printemps que je me sens débordé et que ça ne va pas pouvoir continuer ainsi. Sauf qu'ensuite, dès que la tension devient moins forte, je m'accomode de la situation. Ainsi je ne résoud rien. Ou pas suffisamment.

En me plaignant de ma charge de travail trop importante, sans aller jusqu'au bout de la démarche, je me comporte donc un peu comme une "victime" quasi-passive. En fait j'agis bel et bien... mais pas suffisamment pour que ça change vraiment [aurais-je un intérêt caché à ce que la situation perdure ?]. Je me satisfais de victoires partielles en espérant que ça suffira pour que le problème de fond disparaisse sans que j'engage trop de ma personne. Je lâche prise trop rapidement alors que je pourrais persévérer jusqu'à obtenir gain de cause, quitte à insister lourdement. Pourquoi ne le fais-je pas alors que non seulement ma santé est en jeu, mais aussi les valeurs pour lesquelles je me suis engagé dans ce travail ? Certes je n'ai pas le pouvoir immédiat de faire changer les choses et en ce sens je ne peux qu'accepter une relative impuissance. Faire preuve de patience. Mais j'ai aussi pour moi la persévérance et je peux en faire un usage plus massif : revenir inlassablement à la charge jusqu'à être entendu.

Reste donc à savoir pourquoi je ne m'engage pas davantage dans ce qui peut s'assimiler à une lutte. Et c'est là que ça devient intéressant... car si je ne le fais pas c'est que j'y trouve un avantage. Par exemple, celui de me dire débordé, que ce soit objectivement le cas ou pas : je peux toujours arguer que "c'est pas d'ma faute" si je ne peux pas tout faire. Mouais... faudrait voir à ne pas abuser de cet argument fallacieux. Pour reprendre un de mes récents textes, est-ce parce que je ne peux pas ou parce que je ne veux pas ?

Détails sémantiques ? Certainement pas ! Ce qui les sépare c'est la question de la responsabilité personnelle : quelle est ma part de responsabilité dans la situation que je déplore ? En fait il s'agit de préciser en moi, sans concessions, des termes sémantiquement tangents : pouvoir et vouloir, adaptation et soumission, acceptation et renoncement, lâcher-prise et laisser-aller, patience et procrastination. Il suffit parfois de peu de choses pour basculer imperceptiblement de l'un vers l'autre. Dans le cas que j'évoque, est-ce que mes actions/inactions sont dues à l'acceptation de certaines réalités économiques... ou à ma peur d'oser marteler d'autres réalités, plus humaines ?

Qu'est-ce qui est le plus important pour moi ? qu'est-ce qui fera que je me sentirais "à ma place" et "en accord avec moi-même" ? Les questions contiennent déjà les réponses...

Je terminerai en citant la fin de mon commentaire chez Edmée : « Reprendre le pouvoir sur soi, sur les circonstances, c’est une fierté. Et c’est aussi une façon de s’aimer que de prendre soin de notre équilibre. »

Y'a plus qu'à !

 

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20 mars 2015

Eclipse bleue

Ce matin le ciel était très nuageux, ce qui était de mauvais augure pour jouir du spectacle annoncé de l'éclipse. Toute la région était sous ce régime gris et j'ai donc renoncé à me déplacer vers un lieu plus favorable. De toutes façons je savais qu'en dehors de la zone centrale des 100% d'occultation il importait peu d'en être plus ou moins proche. En la matière c'est tout ou rien, comme j'avais pu le constater en août 1999, ayant fait le déplacement jusqu'en Champagne pour bénéficier du fameux "soleil noir". Un instant magique, rare et merveilleux.

Cette fois les iles Féroë ou le Svalbard étaient trop lointains.

Finalement le ciel s'est vaguement éclairci et c'est à travers le brouillard que j'ai commencé à suivre l'occultation du disque solaire, en simultané avec les images de téléscopes en direct que proposait internet. Le paysage était nimbé de cette luminosité un peu bizarre. N'y tenant plus j'ai pris ma voiture pour rejoindre les hauteurs, espérant avoir une meilleure visibilité. Gagné ! Grâce à un bricolage fait sur place avec deux filtres polarisants croisés j'ai même pu prendre quelques photos à travers les nuages, finalement pas si mauvaises pour un amateur...

 

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 Un peu après le maximum, vers 10 h 45

 

NB : j'ai découvert un peu plus tard qu'il ne fallait pas se servir de filtres polarisants pour observer le soleil...

Ajout du 22 mars : une vidéo de l'éclipse vue depuis depuis un avion qui suit sa trajectoire à 13.000 m d'altitude, avec ombre portée sur la planète.

 

 

 

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Voir la montagne

Mes journées de travail sont intenses en ce moment. C'est trop, je le sens. Non parce que je ferais 70 heures par semaine mais parce que tout au long de la journée je suis éparpillé entre de multiples sollicitations qui s'ajoutent à une charge de travail déjà surabondante. Je me sens comme un marathonien qui serait perpétuellement interrompu dans sa course de fond. Cela dure depuis plusieurs semaines, comme chaque année à pareille époque. J'ai bien conscience que je m'y épuise mais, par ce qu'on appelle "conscience professionnelle", je continue sur ce rythme excessif et saccadé en comptant sur une prochaine accalmie. Rien n'est moins sûr : même l'accalmie prévue restera dense et chargée. Parce que c'est ainsi depuis que j'ai pris mon poste de responsable et que je "prends sur moi" afin que la machine que je dirige fonctionne bien, tant humainement qu'économiquement.

J'aime mon travail, je m'y consacre avec plaisir et persévérance. Je crois en ce que je fais et en l'utilité d'une forte implication. Mais ce faisant je prends des risques. Ceux, bien connus et clairement identifiés, du surmenage. Je flirte avec des limites que je ne suis pas certain de bien estimer. Est-ce que je n'en m'en approche pas trop près ?

Une nouvelle fois j'ai tiré quelques sonnettes d'alarme auprès de ma hiérarchie. Vaguement entendues, sans que rien ne bouge formellement. Il va falloir que j'aille plus loin.

 

Cet après-midi j'ai soudainement senti que je ne parvenais plus à me concentrer pour une tâche simplissime et quasi automatique : suivre l'arborescence qui aurait dû me permettre d'ouvrir un fichier informatique rangé à sa place. C'était juste après avoir été happé par une énième sollicitation totalement disjointe de ce sur quoi je travaillais, m'ayant une fois de plus contraint à une gymnastique cérébrale insensée. Constatant que ma pensée, figée comme un ordinateur qui beugue, n'avait plus aucune efficacité à cet instant, j'ai ressenti l'impérieux appel du calme. Je suis immédiatement sorti du bureau pour me diriger tout droit vers la porte qui donne sur la rue, sur l'extérieur, sur le paysage et la montagne. Oui, je voulais voir la montagne. Simplement la regarder pour échapper à cet environnement de perpétuelle agitation neuronale. J'ai respiré l'air, j'ai regardé le sommet qui me faisait face, essayant de m'imaginer là-haut, entre neige et rochers. Je savais que, si j'avais pu y être, j'aurais regardé la vallée bourdonnante en pensant à cette folie de nos vies urbaines et laborieuses, trépidantes.

Je ne suis pas resté longtemps à regarder la montagne, ne laissant pas mon esprit s'y évader. Quelques dizaines de secondes seulement, avant de lui tourner le dos pour rentrer dans mon bureau et de nouveau jongler frénétiquement entre de multiples tâches devant mon ordinateur.

J'ai conscience que tout cela est un peu fou. Que ce n'est pas la vie que j'ai envie de mener. Que ce n'est pas "moi" cet homme qui court après le temps sans jamais le rattraper.

Celui en lequel je me reconnais et me retrouve c'est celui que je suis quand je prends le temps de travailler calmement, d'être disponible pour mes collègues, attentif et réceptif, organisé et méthodique, concentré et innovant. C'est aussi celui que je suis, hors de ma vie professionnelle, quand je flâne et que je rêvasse. Quand je me promène en toute tranquillité dans la nature. C'est l'homme calme et pondéré, insouciant et contemplatif. Tellement différent de celui que je suis dans l'activité trépidante de ma vie professionnelle. La plupart du temps je passe de l'un à l'autre sans aucune difficulté, coupant net mes pensées dès que je passe la porte du bureau. C'est un peu moins vrai en ce moment puisque l'épuisement professionnel déborde un peu sur ma vie personnelle.

C'est probablement une des raisons qui font que je n'écris plus en ce moment. Parce que je ne pense plus vraiment...

 

 

lune-rose

 

 

 

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05 mars 2015

Vouloir ce que l'on peut

« Quand on veut, on peut », disait la grand-mère de Célestine. Tout comme mon père lorsque, par exemple, je ne parvenais pas à comprendre d'absconses abstractions mathématiques. Face à l'implacable logique parternelle je me sentais être un incapable : il suffisait d'un peu de volonté ! Mais en fait... voulais-je vraiment comprendre ce qui à mes yeux n'avait aucun sens ?

« Ce n'est pas que tu ne peux pas, c'est que tu ne veux pas », m'a dit bien plus tard une amie alors que la question de renoncer à ma vie de couple était en suspens. La formule eût un effet de choc et je compris qu'elle avait raison : bien que je ne le voulusse point, je pouvais le faire. Et effectivement j'ai pu le faire, lorsque j'ai voulu me sentir libre. Il suffisait de changer les données du problème...

Sartre, lui, a écrit : « Être libre ce n'est pas pouvoir ce que l'on veut, mais vouloir ce que l'on peut ». J'aime cette idée du "vouloir ce que l'on peut" qui en appelle à la volonté, donc à la responsabilité de chacun quant aux moyens qu'il se donne pour atteindre son objectif. Mais qui n'oublie pas qu'on ne peut pas tout...

 

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Quant on veut, on peut !
(mais parfois c'est difficile...)

- Pin à crochets centenaire -

 

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03 mars 2015

Agaçant

Il n'aura pas échappé à mes lecteurs que je m'efforce d'avoir une expression correcte et, autant que possible, exempte de fautes d'orthographe [je ne saurais toutefois garantir qu'aucune n'échappe à ma sagacité]. De même j'essaye d'avoir des tournures de phrases fluides, dotées d'une ponctuation adaptée afin que cette dernière joue le rôle qui lui est dévolu. Quant à la grammaire, étant largement hermétique aux règles qui la régissent, il semble que l'école publique ait bien joué son rôle puisque la plupart d'entre elles me sont acquises. Je suppose qu'elles ont su se loger en quelque idoine localisation de mon réfractaire encéphale.

L'écriture qui se veut correcte est donc pour moi un plaisir. D'ailleurs je m'adonne volontiers à la relecture des textes d'autrui en vue de publications aussi essentielles à la littérature que peut l'être le bulletin municipal de ma commune. Et c'est très volontiers que je propose reformulations ou clarification aux textes revêtant quelque importance chez mon entourage familial et professionnel.

À mes yeux une expression correcte est une forme de respect envers ceux qui pourraient me lire. J'attache donc une certaine importance à la qualité des textes que moi-même je suis amené à lire.

 

C'est pourquoi je n'ai que modérément apprécié d'être perçu comme le signataire d'un texte bâclé, aux phrases mal formulées, ponctué de fautes d'orthographe un peu trop nombreuses. J'ai été d'autant pus agaçé que ce texte a été diffusé à tous les clients de l'association pour laquelle je travaille, et notamment aux maires et élus d'une trentaine de communes.

Ce texte, une invitation faite en mon nom, a été signé par un "Chargé de développement" stagiaire [Bac +5, quand même...]. Répondant à ce qui lui avait été demandé, le jouvenceau a fait valider son texte par la personne qui lui avait assigné la mission : ma directrice. La correction grammaticale et elle, ça fait deux mais, comme elle n'a pas envie de passer du temps dans ce à quoi elle n'attache aucune importance, elle a "validé" la missive du stagiaire. Et moi, qui suis supposé être l'invitant... je n'ai même pas fait partie des destinataires du mail incriminé ! Je n'avais donc qu'une très vague idée de son contenu. Ce n'est qu'indirectement que j'en ai eu connaissance, étant moi-même élu d'une commune potentiellement cliente de mon activité professionnelle [je porte gaillardement une double casquette]. Un peu fâché de voir que je n'avais pas été intégré dans le processus de validation j'en ai fait part au stagiaire, qui s'est platement excusé de sa bévue, en même temps qu'à ma directrice... qui m'a répondu que sa validation suffisait et qu'il ne fallait pas perdre de temps à de multiples relectures.

Il aurait été vain que je surenchérisse...

Néanmoins j'ai goûté ma revanche un peu plus tard, quand un des maires destinataires, par ailleurs président d'une des collectivités publiques qui est notre plus gros client, s'est étonné de n'avoir pas été contacté par rapport à cette fonction supérieure. Descente de mails en cascade, depuis son directeur de cabinet, avec copie à mon grand directeur, alias Mr n+2 qui, pas du tout informé de ce courrier, me demanda des explications ainsi qu'au stagiaire, avec copie à Mme n+1. Il ne me restait plus qu'à répondre benoîtement que j'avais moi-même eu la surprise de voir diffuser le courrier sans avoir pu le valider. Retour de mail immédiat de grand directeur : tout courrier largement diffusé doit être validé à tous les niveaux, et notamment à celui du responsable que je suis. Et toc ! Je ne sais pas comment ma directrice aura apprécié ce recadrage indirect...

Ce n'est pas la qualité du texte qui a été remise en question, mais une qualité globale trop souvent négligée par ma chère directrice, toujours pingre en temps pour ce qui ne lui importe pas. Or la qualité est faite d'un ensemble de petites choses pour lesquelles il est nécessaire de consacrer un peu de temps...

 

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01 mars 2015

Un silence qui fait parler

Ceux qui ne viennent lire ce blog que lorsque je publie un nouveau texte n'auront rien su de l'échange soutenu qui a lieu depuis une quinzaine de jours autour d'un billet mythique intitulé "Le sens du silence". Ce texte, publié il y a un peu plus de neuf ans [!!], a été régulièrement ravivé par des commentateurs de passage aiguillés par Google ou consorts. À partir de mots-clés centrés sur le mutisme d'une personne aimée, la requête amène continuellement des visiteurs. J'espère que mon texte leur apporte quelques réponses.

Il y a deux semaines on pouvait dénombrer un peu plus de 400 commentaires depuis le billet initial. C'était déjà considérable. Depuis, suite à une soudaine reprise d'activité, le cap des 600 commentaires a été dépassé ! À l'instant ou je publie nous en sommes à 682. Hallucinant, non ? En fait de "commentaires" il s'agit plutôt d'échanges assimilables à une conversation de type "forum", voire à un groupe de parole... Chaque intervenant y développe longuement son point de vue, soit en exprimant une incompréhension et la douleur qui l'accompagne, soit en tentant de comprendre le sens d'un silence inexpliqué, soit en témoignant des impasses auxquelles cette quête de sens peut conduire tout en proposant d'éventuelles pistes d'apaisement. Assurément le silence suscite la parole. Tout ce qui s'est échangé n'est pas d'égal intérêt mais, globalement, il se délivre là un beau partage de questionnements, d'expériences et de ressentis.

Je n'imaginais absolument pas, lorsque je l'ai rédigé, que mon texte toucherait aussi fort autant de personnes. Constatant cet intérêt manifeste, il y a quelques mois, l'idée d'en faire une synthèse m'est venue mais sans savoir sous quelle forme. Ce n'est qu'après le sursaut de la semaine dernière que j'ai voulu, par curiosité, me rendre compte de ce que cette somme d'échanges représentait. Mise sous format texte : 300 pages jusqu'à fin 2014. Bigre, l'épaisseur d'un livre ! Alors, faute d'idée géniale sur l'utilisation de cette matière brute, j'ai observé un peu plus en détail ce fil phénoménal.

Avant le rebond de ces derniers jours 45 personnes avaient apporté leur contribution. Au vu du nombre de commentaires c'est peu, quand on sait que nombre de personnes ne sont intervenues qu'une seule fois pour exprimer leur satisfaction d'avoir pu lire le texte et les échanges qui avaient suivi. Mais c'est sans compter les épisodes de partage assez denses, comme en novembre 2011 où pas moins de 137 commentaires (sans compter les miens) se sont échangés en quelques jours entre une dizaine de personnes. En 2014, nouvelle salve avec une soixantaine de commentaires croisés entre 7 personnes. Certaines d'entre elles, concernées par le sujet, interviennent depuis des années à chaque reprise d'un dialogue. Quant à moi, bien que je sois le plus grand contributeur, je reste souvent un peu en retrait et mes interventions ne représentent qu'un quart du total.

Mais ces chiffres, déjà conséquents, ont été atomisés par ce qui se produit en ce moment : plus de 250 échanges supplémentaires en une quinzaine de jours ! Avec toujours de quoi apprendre quant au rapport que chacun entretien face à... l'attachement (qu'on appelle communément "amour"). Car au delà du silence, qui en est la partie perceptible, c'est bien l'attachement qui est touché dans ce qu'il a de plus profond, de plus sensible, et je dirais presque de plus viscéral, primal, archaïque. En effet le silence durable de l'un renvoie l'autre à sa solitude.

 

N'ayant plus l'avidité de comprendre le sens d'un silence, comme à l'époque où j'ai écrit mon texte, je participe relativement peu à la discussion. Pour moi la cause est entendue : en matière de relations le silence exprime le repli. Certes il ne l'exprime pas en mots, puisqu'il s'y soustrait, mais d'une certaine façon il est très clair : « je ne te parle plus ». Peu importe que ce soit par volonté ou par incapacité, le résultat est le même : l'autre ne répond plus. La seule chose à comprendre c'est cela : « tu n'es plus la personne avec qui je peux/veux/sais communiquer ». Ce peut être violent à admettre et la tentation de "comprendre" sera inévitablement présente. Pourtant il sera vain de chercher à savoir si cela vient de comportements inappropriés de soi, de l'autre ou d'un dysfonctionnement de la relation : par essence le silence n'apportera aucune réponse directe. La frustration en sera grande et déclenchera probablement des émotions fortes et durables, laissant peut-être de profondes séquelles. Par contre, une fois que la douleur du rejet et son cortège émotionnel sont passés, le silence de l'aimé(e) offre l'opportunité de s'interroger sur le rapport que l'on entretenait avec cet autre qui nous importait : en quoi son silence me fait-il souffrir ? Qu'est-ce qui est touché en moi quand l'autre (me) fuit ? À quoi cet "abandon" me renvoie t-il ? Autant de questions qui renvoient à l'attachement, et même à ses origines. Les questions se succéderont, s'ouvrant en cascade dès qu'une hypothèse de réponse semblera apporter la paix que l'esprit recherche. Elles ne s'épuiseront qu'au fil du temps, ouvrant peu à peu un espace de sérénité intérieure. Jusqu'au jour où l'on finira par comprendre qu'il n'y a peut-être rien à comprendre. Seulement accepter qu'il est advenu ce qui, dans un contexte donné, entre deux personnes en quête d'elles-même, ne pouvait qu'advenir. L'alchimie d'une rencontre ne s'explique pas totalement, celle de la rupture pas davantage.

C'est sur ce chemin d'acceptation que les hasards de la vie m'ont conduit. Et aujourd'hui je peux dire que le silence m'a ouvert un nouvel espace de conscience...

 

 

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06 février 2015

Nous verrons bien...

Il faisait nuit. Il est monté, à pieds, par le chemin recouvert d'une épaisse couche de neige. Dans ce silence froid et absorbant je n'ai rien entendu, évidemment, et c'est à coup de boules de neige dans les vitrages qu'il a joyeusement manifesté son arrivée. De retour d'un court séjour au Liban mon fils passait me voir pour une soirée. Je l'attendais.

Il m'a dit être ravi de retrouver ces conditions hivernales qui lui rappellaient son enfance. Il est vrai que depuis plusieurs années il ne s'était pas trouvé là durant les épisodes neigeux.

Passé le court temps d'échange autour des contrastes météorologiques du moment, entre un vrai hiver alpin et celui, méditerraéen et ensoleillé, qui régnait sur Beyrouth, nous nous sommes installés autour du poële qui diffusait sa chaleur nécessaire. Conversation habituelle de remise à niveau par rapport à ce que chacun avait vécu depuis notre dernier temps partagé. Nous nous sommes attardés sur l'actualité libanaise, quelque peu secouée ces derniers jours tandis qu'il était là-bas. Le pays des cèdres à beau être relativement calme, le risque d'escalade avec le voisin israélien est dans tous les esprits dès que se produit la moindre anicroche sérieuse. Quant à la frontière avec la Syrie, elle est régulièrement zone de combats sporadiques.

Mon fils connaît bien mieux que moi le contexte complexe de ce secteur du proche-orient et nos conversations sont toujours passionnantes pour l'ignorant que je suis. Cette fois il m'expliqua plus en détail les rivalités et alliances qui se sont instaurées entre obédiences chiites et sunnites, qui ne suivent pas les distinctions que l'on serait enclin à faire entre groupes religieux. La notion de communauté d'intérêts étant parfois plus forte que l'appartenance religieuse, des musulmans peuvent ainsi lutter contre d'autres musulmans mais s'allier avec des chrétiens. Mon fils me raconta ce qui fait que le Hezbollah s'est allié avec Bachar El Hassad contre les rebelles syriens. Inévitablement son propos s'élargit à ce qui se passe actuellement en Irak, aux Kurdes qui luttent contre le sinistre groupe Etat Islamique, au rôle de la Turquie qui considère les Kurdes commes des terroristes, en passant par les soutiens de l'Iran chiite...  Des logiques aux intérêts entrecroisés, difficiles à appréhender pour l'européen que je suis.

J'aime beaucoup ces conversations au cours desquelles mon fils m'instruit. Je me transforme alors en élève avide d'en savoir davantage, apprenant bien mieux par son vécu que par une information généraliste désincarnée.

Plus tard, au cours du repas, nous avons abordé un autre de nos sujets de prédilection : l'avenir mondial. Mon fils a été très tôt un ardent defenseur de l'environnement, avec un comportement responsable vis à vis de son impact sur la planète. Ainsi il a commencé par refuser de prendre l'avion. Lorsqu'il est parti en Irlande pour faire ses études, il ne s'y est pas rendu en deux heures d'avion mais en deux jours de bus et de bateau ! Plus long et pas forcément moins cher. Mais il n'était pas question qu'il utilise un moyen de transport aussi nuisible au climat que l'avion ! Son entourage le taquinait, attendant le jour ou il "craquerait". Son comportement vertueux agaçait leur mauvaise conscience. Quand il a dû se rendre au Liban il a cherché à garder cette attitude vertueuse mais, le conflit Syrien empêchant le passage par voie terrestre, il a dû céder. Non sans tenter d'autres moyens de transport pour son retour : une fois en stop, une autre en moto.

Aujourd'hui il me dit avoir renoncé : il a pris conscience du côté dérisoire de son engagement. Notamment en voyant combien la plupart des gens se foutent totalement de l'impact de leurs activités sur la planète. En parcourant divers pays il a pu voir combien la conscience écologique n'était absolument pas une priorité. N'est même pas une idée ayant commencé à germer. Elle n'existe tout simplement pas !

Nous avons longuement discuté sur ce monde et les perspectives que chacun de nous lui envisageons. Après avoir passé en revue l'accroissement démographique, la raréfaction des ressources naturelles, l'amenuisement des réseves de pétrole, la destruction des écosystèmes et la perte de biodiversité, le changement climatique annoncé et les réfugiés que cela entraînera... nous avons convenu que l'avenir ne paraît guère enthousiasmant. Notre différence de perception provient principalement de l'échéance envisagée. En effet, lui reporte à la seconde partie du 21eme siècle ce que je pressens comme beaucoup plus proche.

Une telle perspective, aussi sombre qu'incertaine, ne m'empêche pas, bien au contraire, de profiter pleinement de la chance qu'il m'est donné de vivre au sein de cette société qui, quoique imparfaite, me permet d'être en paix, libre, bien nourri et au chaud. Et je pense souvent à quel point mes contemporains et moi-même accordons de l'importance à des faits dérisoires en comparaison du chaos qui pourrait bien advenir de notre vivant.

Catastrophisme échevelé ou conscience lucide ?
Nous verrons bien...

 

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Vénérable chataîgnier, près de chez moi

01 février 2015

Arbres vénérables

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« Debout, face aux plus anciens et aux plus imposants monuments du vivant, tout me laisse croire que, à cette époque où nous cherchons à préserver l’environnement, les arbres vont de plus en plus s’affirmer par leur puissante symbolique. »

Beth Moon, photographe

 

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D'autres photos sur Kaizen (en français), via Bored Panda (en anglais, mais photos plus grandes), 

 

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30 janvier 2015

Traditions et (re)présentations

Coup de fil de mon fils (30 ans), qui prépare son mariage en septembre prochain : « est-ce que tu aurais envie d'inviter des amis à toi pour l'apéro du mariage ? ». Surpris, je lui avoue que cette idée ne m'avait même pas effleuré l'esprit ! Tout en le remerciant je lui explique que pour moi c'est leur mariage et que, puisque je n'en suis pas l'organisateur, mes amis n'ont aucune raison d'être présents. Ce n'est pas moi qui "marie mon fils". Je ne me sens plus du tout faire partie de cette coutume, en vigueur lors de mon propre mariage, qui voulait que chaque couple parental invitât ses amis. Une façon d'afficher un accomplissement ? Une réussite dans la normalité ? Bon, vu que les parents payaient le mariage, il aurait été malvenu de leur dire que leurs vieux potes ne nous intéressaient pas plus que ça...

Dans notre société, alors que le mariage est censé résulter d'un libre choix, je trouve un peu bizarre que des parents invitent leurs amis au mariage de leur enfant. Sauf si, bien sûr, lesdits amis sont presque assimilés à la famille et connus de tous. De la même façon je trouve surprenant que perdure cette tradition qui veut que le parent du sexe opposé "accompagne" son rejeton jusqu'à la personne qu'il ou elle a choisi. Avec mon épouse nous l'avions refusée... ce qui avait un peu peiné nos parents.

Donc, hormis le fait d'être présent en tant que père du marié, je considère être un invité comme les autres et viendrai seul.

Il en aurait été autrement si j'avais eu une compagne "officielle", évidemment. D'ailleurs mon fils hasarda, un peu hésitant « je pensais que, peut-être, Artémis... ». Sauf qu'Artémis et lui ne se connaissent pas et que, si la question d'une rencontre s'est déjà posée, elle ne s'est jamais concrétisée. Dans mon esprit le fait de partager avec elle, de temps en temps, soirées ou week-end ne nécessite pas qu'elle soit "présentée" au cercle de mes proches. Si cela doit se faire ce sera au hasard des circonstances. Le mariage de mon fils pourrait en être une, bien sûr, mais il y aurait une trop haute portée symbolique dans un évènement familial de cette envergure. Mon ex-femme sera certainement accompagnée de son conjoint de fait, ce qui me semble juste, mais moi je me considère toujours comme vivant "libre" et en solo. C'est mon statut. Il n'est donc pas question que mon entente avec Artémis, éminemment instable et temporaire bien qu'elle dure depuis plusieurs années, puisse être considérée comme une relation "officielle" par la nébuleuse familiale, à qui il aurait fallu "présenter" cette personne à mes côtés... Et la présenter sous quel vocable ? Une/mon amie/amante/copine ? Six possibilités et autant de représentations pour les interlocuteurs [sans qu'aucune des combinaisons de mots ne fasse consensus entre Artémis et moi]. Bref, ce serait trop compliqué ! Mes enfants savent à peu près ce qu'il en est, et c'est très bien ainsi, mais je n'ai pas envie que le cercle élargi se livre à des élucubrations sur mon retour dans la normalité du couple. Naon, je ne suis pas "en couple" ; Non, je n'ai pas "refait ma vie" ! Non, je ne me reconnais plus dans le modèle traditionnel de mon entourage amicalo-familial !

Si tout de suite je me suis interrogé sur les motivations obscures de mon net refus, émis avant même d'en parler avec la potentielle intéressée, il m'a fallu un peu plus de temps pour réaliser que, si la vie avait pris un autre chemin, j'aurais certainement invité sans hésiter une autre amie...

Et là, finalement, je me dis que la décision de présenter l'ami(e) à la famille, ou pas, en dit long quant à l'avenir vers lequel on se projette.

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25 janvier 2015

Extraction

J'ai eu besoin d'approfondir mes connaissances sur l'Islam, ces derniers temps. Grand ignorant de cette religion, j'ai eu envie d'y voir un peu plus clair. J'ai tenté d'en comprendre les fondements et les principes pour trouver le sens que peuvent avoir certains comportements extrêmes. Si je peux comprendre le principe d'une religion, aidé en cela par le souvenir de mon éducation religieuse catholique, il m'est en revanche devenu impossible d'y adhérer de quelque manière que ce soit. Pour la simple raison qu'il me faudrait d'abord accepter que puisse exister une entité "divine", omnipotente et omnisciente. Or ma conscience est devenue totatement rétive à ce postulat de base. Dès lors toute religion me paraît être, par essence, fondamentalement aberrante. Je reconnais cependant qu'elles peuvent donner une ligne de conduite qui peut présenter des aspects hautement bénéfiques à tous. Mais y'a t-il besoin de faire appel au concept de "dieu" pour régir la vie des humains ? Je fais partie de ceux qui considèrent qu'une telle attitude est signe d'immaturité. Certes, vu le degré d'irresponsabilité globale d'une part croissante de l'humanité, il reste du chemin à faire vers la maturité. Toutefois je ne crois pas que ce soit en se fiant à des entités irréelles qu'on trouvera la voie... à supposer qu'il en existe une atteignable.

Quoi qu'il en soit je respecte les croyances de chacun en tant qu'axe constitutif de leur vision du monde, nécessaire à un équilibre personnel, voire collectif. Du moins tant que ces croyances-là ne cherchent pas à être imposées comme étant la seule vérité, la seule voie, ni n'imposent aux autres un "respect" des interdits ou obligations desdites croyances. C'est bien là tout le problème des fondamentalistes et intégristes de tout poil, quelle que soit leur religion. Leur laisser prendre une once de pouvoir c'est perdre en liberté, donc en responsabilité. C'est régresser.

La question religieuse, quoiqu'elle m'intéresse sociologiquement pour ce que des hommes en font, me met rapidement face aux limites indépassables de mon athéisme. Je finis rapidement par trouver que la coexistence de toutes ces croyances est, en pratique, terriblement compliquée. Sur ce plan l'athéisme ne résoud rien, d'ailleurs.

Face à ces questionnements autour de la complexité des rapports humains, j'ai repensé au calme exaltant que je trouve dans les déserts humains que constituent les grands espaces sauvages. Ou plus simplement, plus accessible, dans le rapport à la nature et aux éléments. Avec une envie de m'y réfugier...

 

IMGP7969-001

Un peu de mon espace de nature

 

Posté par Couleur Pierre à 12:34 - - Commentaires [71] - Permalien [#]
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