Alter et ego (Carnet)

04 juin 2017

Un optimisme hésitant

J'avais commencé à écrire un billet plutôt optimiste sur l'ambiance écolophile du moment. N'étant pas vraiment satisfait de sa tonalité j'ai traîné pour le mettre en ligne, si bien qu'entretemps la décision de Donald Trump de faire sortir son pays des accords sur le climat est intervenue. 

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Difficile, désormais, d'en faire abstraction. Mon optimisme restauré a pris un coup dans l'aile. Bien que ce ne soit pas une surprise, le choix débile de Trump m'a stupéfait : comment peut-on vouloir faire passer des intérêts particuliers et à court terme avant la sauvegarde générale ? Je savais que ce président était particulièrement stupide mais je pensais que son entourage "sensé" saurait le ramener à la raison face à l'enjeu planétaire. Il n'en fut rien, hélas.

Triste constat.

 

Un point positif, toutefois, qu'il convient de souligner : le tollé international que cela a déclenché. C'est à cela que l'on sent que les mentalités ont évolué favorablement. Le changement climatique est très largement considéré comme un enjeu majeur au plus haut niveau des états. Même si, dans les faits, les évolutions ne se mettent en place que très (trop ?) lentement, la prise en compte est réelle. Du coup, les résistances au mouvement enclenché sont de plus en plus perçues comme anachroniques. C'est bon signe.

En France on se souvient qu'après le prometteur "Grenelle de l'environnement" qu'il avait initié en 2007, Nicolas Sarkozy avait fini par déclarer, quelques années plus tard, que « l'écologie, ça commence à bien faire ! ». La phrase se voulait assassine, sur un ton critique agacé, mais en la lisant au sens littéral elle était finalement plutôt prémonitoire.

Récemment on a vu, lors de l'élection présidentielle, que ces idées-là avaient désormais la cote. Pas suffisamment pour l'emporter, mais atteignant quand même un niveau d'adhésion record. Deux candidats mettaient l'écologie - au sens le plus large - au coeur de leur programme et, s'ils avaient eu l'intelligence de s'allier, auraient pu faire de cette priorité une réalité. Quoi qu'il en soit j'ai senti que, cette fois enfin, une prise de conscience massive influait de façon décisive sur le vote. Il y avait une mise en accord avec l'inquiétude diffuse et persistante autour de notre avenir humain commun. Je crois qu'on est passé tout près d'un point de basculement. Du coup il aura été frustrant de constater que non, ce ne serait encore pas pour cette fois...

Déçu, oui.

Toutefois, après quelques semaines, le nouveau paysage ne me paraît finalement pas aussi terne que je le craignais. Des signaux ont suscité mon intérêt : que pouvais-je espérer de mieux que la création d'un "Ministère de la transition écologique et solidaire" ? Vous rendez-vous compte ? Un Ministère de la TRANSITION ÉCOLOGIQUE ET SOLIDAIRE ! Un solide trépied de termes qui reprend le souhait de toute personne un tant soit peu désireuse de changer de paradigme. De plus il s'agit d'un ministère d'état, placé au sommet de la pyramide gouvernementale ! Enfin... pas tout à fait au sommet, quand même. Et c'est ce qui suscite immédiatement un scepticisme certain. Quel seront les possibilités d'action de ce ministère stratégique ? Quelles sont les réelles intentions écologiques du nouveau président ? Qu'aura t-il retenu du message transmis par un vote d'adhésion à d'autres idées que celles qu'il promouvait ? Il est encore bien trop tôt pour le savoir...

Cependant, ce que je retiens de cette période électorale, c'est que certaines forces apparemment immuables ont été sévèrement bousculées et que le paysage politique en a été transformé. Il s'est donc bien passé quelque chose. Il se passe quelque chose, qui dépasse évidemment l'enjeu électoral. À toutes les échelles. J'aimerais que ce soit le mouvement profond que, avec tant d'autres, j'appelle de mes voeux depuis des dizaines d'années. Je l'envisage car, à force de m'informer, et contrairement à ce que je croyais il y a quelques temps lorsque je déplorais que "rien ne bouge", je vois maintenant une multitude de signes. Je perçois, malgré l'inertie d'ensemble, un changement dans les mentalités. Je sais aussi qu'institutionnellement les pratiques évoluent et qu'un mouvement de fond est lancé, même si on n'en voit encore pas beaucoup les effets. Certes, c'est assurément trop lent... mais tout de même ça évolue favorablement. Initiatives individuelles, associatives, industrielles, locales, régionales, étatiques, internationales...

Naïveté de ma part ? Peut-être... mais je crois que l'optimisme est meilleur moteur d'action que le pessimisme. Je veux cependant rester lucide : nous n'en sommes qu'au début. Tout reste à faire et le chantier est titanesque. Les pistes d'action, quant à elles, sont multidirectionnelles. Les délais sont courts, certes, mais nous sommes nombreux et il suffirait d'agir efficacement.

Il y a quelques jours j'assistais à une réunion de présentation d'une monnaie locale, qui se met en place à l'échelle d'une métropole élargie. C'est un système très organisé, mais entièrement sous initiative démocratique et citoyenne. Le principe est vertueux : favoriser l'économie locale, donc la production à courte distance (avec effets écologiques induits), en court-circuitant (en partie) le grand système financier spéculateur. Ça peut paraître dérisoire mais c'est aussi un levier de prise de conscience collective.

Un peu partout je vois se créer des jardins partagés, favorisant une certaine autosuffisance et créant du lien social. Le mot "permaculture" sort des cercles confidentiels d'initiés et commence à se propager. Non seulement comme méthode culturale, mais aussi comme mode de vie : culture de la permanence. L'écologie est de moins en moins vue comme un mode de vie fantaisiste pour quelques illuminés soucieux des petits oiseaux (quoique les critiques lourdingues continuent à fuser). Le principe de la Transition (écologique, énergétique, sociale...) essaime un peu partout dans le monde...

Peu à peu des normes environnementales de plus en plus restrictives se mettent en place, malgré les tentatives de ralentissement et blocage des lobbies et autres organisation professionnelles peu soucieuses du bien être général. C'est lent, ça résiste, mais ça bouge. Bien sûr il y a des marche-arrière, des décisions fondées selon des principes hors d'âge, une vision périmée du monde... et pas qu'aux États-Unis. Mais on peut espérer que ce genre de soubresauts aparaîtront de plus en plus comme anachroniques.

La semaine dernière, en réunion préparatoire au conseil municipal, j'ai réagi à des spéculations sur le développement du territoire intercommunal : les échanges ne tournaient qu'autour d'une vision périmée de l'avenir. Comme si tout allait continuer indéfiniment selon des logiques dépassées : déplacements domicile-travail, individualisme territorial, zones commerciales lointaines. J'ai rappelé à mes collègues élus que le changement climatique et la raréfaction des ressources allaient complètement bouleverser nos habitudes. Qu'il n'était plus temps de raisonner selon les principes de l'ancien monde, celui duquel nous sortons déjà. L'avenir, désormais, doit tenir compte du nécessaire recentrage sur le local, sur une reconquête des solidarités perdues. Personne n'a contesté... et l'échange vain s'est arrêté là. Imaginer le nouveau monde nous laisse sans voix.

 

 

  

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Micro-paysage d'une feuille de Gunnera manicata

 

 

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20 mai 2017

Être d'émotions

Je n'aime pas commencer un texte par "Je". Comme s'il s'agissait d'une impolitesse que de se mettre au devant de la scène, au centre du monde, ou de circonscrire le monde à soi. Je, Moi...

Et pourtant ce "je" n'est-il pas systématiquement présent, quand bien même il n'est nullement nommé ? La moindre tentative d'analyse ou d'explication du monde n'est-elle pas subjective, dès lors qu'elle sort de la sécheresse du descriptif factuel ? Dire ou écrire "je" a simplement la franchise d'exprimer d'où l'on parle : je pense, je crois, j'observe, je déduis, j'estime, je ressens... Avez-vous remarqué combien cette subjectivité est souvent mal assumée ? Presque niée ? Je pense là à ceux, simples quidams ou "personnes autorisées, qui expriment publiquement leurs opinions et intérprétations, sous forme de "vérités" universelles. En particulier les journalistes, éditorialistes, analystes et experts en tout genre, qui énoncent des situations telles qu'ils les perçoivent, sans la moindre trace d'un "je". Or l'affichage de cette subjectivité pourrait mettre en évidence les limites d'un raisonnement, sa coloration, son éventuelle faillibilité et le doute qui devrait en découler. En termes d'opinions, mélanger le factuel avec l'interprétation qui en est faite ne peut que semer la confusion et rendre inévitables les désaccords.

J'évoque cela en considérant que chacun devrait s'efforcer de tendre vers l'objectivité, donc ne pas dissimuler sa subjectivité. Mais ce n'est que mon point de vue et d'autres peuvent exister...

Quand il s'agit de partager nos opinions et perceptions, bien souvent chacun de nous considère avoir une vision "juste" et objective du monde. Or le monde n'est-il pas totalement insaisissable ? Décrire c'est donc forcément réduire, omettre, transformer et interpréter. La seule vérité du monde est celle que chacun ressent en son for intérieur : ce que je vois, ce que je crois, ce que je ressens. Le "Je" est donc bien au centre.

C'est du moins ainsi que JE vois les choses...

 

Ce long préambule m'est venu alors que je voulais évoquer, pour ce qui me concerne, une sorte de carence en sensations. Ou en émotions. J'en ai pris conscience hier lorsque, écoutant la radio, je me suis surpris à fondre en larmes. Et c'était bon. Il était question de moments forts racontés en toute simplicité par ceux qui les avaient vécus. Totalement subjectifs et riches de cela, le "je" y était au centre et, par cela même, me touchait au coeur. Nulle intervention extérieure, nulle question : seulement un être qui exprime sa perception d'un évènement important. Je crois qu'ainsi chaque auditeur, comme moi, pouvait ressentir, ou pas, une connivence avec le narrateur. Entrer en résonance, en sympathie. Il y avait là toute la vérité de celui qui raconte. Elle m'a directement impacté, touchant ma propre sensibilté, mes propres émotions. Cette vérité subjective était sans filtre. Elle ne cherchait pas à convaincre, elle ne prétendait pas à l'universalité. Elle ne délivrait aucun savoir, seulement une expérience. C'était simple, modeste, humble. Il était pourtant question d'actes considérés comme "héroïques", sauf que ceux qui les avaient effectués ne se considéraient pas comme des héros.

Si le Je paraît parfois prétentieux et arrogant, il peut tout aussi bien être signe d'humilité. Ne parler que de soi. De sa place. De son être. Être soi, être d'émotions. Tout simplement.

La subjectivité assumée, quand elle s'allie à l'humilité, me touche profondément. Elle m'émeut, me bouleverse. Entendre l'autre se dire en vérité, en toute simplicité, me fait irrésistiblement penser à cette sorte de vulnérabilité qui accompagne la confiance. Quelque chose d'éminemment sensible. Je crois que rien ne me touche davantage...

 

 

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Coeur à coeur

 

 

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08 mai 2017

Et maintenant ?

Voilà, c'est fait. On a un tout beau président tout neuf. Confortablement élu pour éviter le pire. Il parle bien, il est jeune, il est intelligent, et même brillant. Il se montre à l'écoute [ou fait mine de l'être...], il prône la bienveillance...

Que du rassurant ! Nous voilà tranquilles...
Rendormez-vous braves gens : dorénavant tout sera comme avant !

Je sais pas pour vous, mais j'avoue avoir été rassuré de voir qu'on échappait, cette fois encore, au pire du pire. Ou du moins à une des dimensions du pire. Après l'élimination du rance Fillon, celle de l'amère Le Pen : ça fait du bien. D'une certaine façon j'étais donc soulagé que Macron soit élu, même si ce résultat était quasiment garanti. Mais maintenant on fait quoi ? Je fais quoi ?

Le problème écologique n'a pas changé d'un iota après cette élection. Le défi à relever est toujours là, colossal. Ma conscience, un temps distraite, revient à la réalité.

Avec ceci, par exemple : Élection présidentielle 2017 : le naufrage continue (& non, Mélenchon ne diffère pas vraiment des autres)

 

Outre l'article, je mets ici en exergue un commentaire qui le complète avec pertinence :

« Le grand vainqueur de ces élections porte un nom : l’illusion. Il faut croire qu’elle est tenace. Nous nous y accrochons comme le naufragé se tient à l’ancre de son navire en perdition, et finit par être emporté avec elle dans le fond des abîmes.
Cette fois, ça va changer, une nouvelle tête à l’Elysée et vous allez voir, en attendant, place au spectacle, divertissement garanti, esclandres et suspenses assurés, le meilleur en boucle, en hologrammes autant de fois qu’il possible.
On pourrait en rire, d’ailleurs cela arrive, même si c’est un rire qui étrangle, parce que très vite, la catastrophe revient hanter la conscience, parce que ce qui se dit est d’une telle insignifiance face aux enjeux, que la sidération laisse sans voix – et, pour ma part, sans voix à donner à auncun(e) prétendant(e) au pouvoir d’Etat.
Dans ces débats tronqués, ce qui fait de nous des vivants sur une terre habitable, devient accessoire. La beauté, les êtres sensibles, le miracle qu’est la vie, plus rien n’a vraiment d’importance. Priorité à la relance, à la science et à la technique, aux innovations numériques, à l’industrialisation du monde, à sa marchandisation, à la croissance, à la conquête de nouveaux espaces : le ciel, la mer, la réalité et l’humanité augmentées…
Surtout, ne jamais parler de limites. Ne pas mettre en question notre mode de vie. Il n’est pas négociable. Mais pas d’inquiétude. Le grand défi écologique sera relevé, grâce à la transition, la planification, peu importe le nom qu’on lui donne. Il sera remporté grâce à ce qui, précisément, détruit le monde : l’imaginaire prométhéen, la fuite en avant technologique, industrielle, consumériste, technocratique…
A ce stade, ce n’est plus de la contradiction, mais de la schizophrénie. Le déni est en passe de devenir de la forclusion.
Non seulement, l’impuissance du politique est devenue massive, mais en plus, aux maux qui rongent nos sociétés, il en ajoute un autre : le leurre. Les élections ne sont rien d’autre qu’un jeu de dupes, un troc tacite : notre consentement contre une dose d’illusions.
En ce sens, le politique ne fait guère que suivre – tout en la précédant aussi, hélas – la grande masse que nous sommes, et qui n’a pas vraiment envie de prendre la mesure du désastre, et encore moins des changements qui nous incombent pour y faire face. Autant déléguer à d’autres le soin de faire – ou plutôt de ne pas faire – à notre place et, quand l’heure du désenchantement aura sonné, les remplacer par de nouveaux illusionnistes. Et comme il faut donner envie d’y croire, le spectacle de cirque nous sera offert, dissimulant bien mal les batailles d’égos, les calculs misérables, les enjeux futiles. Et, s’il le faut, nous faire peur, pour mieux nous faire adhérer et pour faire diversion.
Pendant ce temps, le saccage en règle peut continuer, les espèces peuvent s’éteindre une à une, les plus pauvres succomber la faim au ventre, le chaos climatique rendre inhabitable des régions entières, l’eau des rivières et de la mer mourir tout comme les terres agricoles.
Je sens venir la question : Et toi, tu proposes quoi ? Concrètement ? Quelles mesures, quels moyens, quelles échéances ?
Je n’ai pas de programme, même pas de groupies ni d’hologramme. Je n’ai qu’une modeste intuition. Ce qui nous incombe, c’est de reprendre possession de nos imaginaires, sans calculs, sans attente. La bataille à mener est avant tout celle des idées et de la langue. D’elle seule pourra venir un soulèvement des cœurs et des actes en conscience. Nous avons à conquérir quelque chose de beaucoup plus vaste que l’espace, les océans ou la technologie : l’autonomie de notre pensée, de nos savoirs et de nos vies. »

Frédéric Wolff [source]

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07 mai 2017

Meilleur choix

Après une semaine d'intense lecture, en vue de voter au mieux dans le complexe contexte qui me laissait perplexe, j'ai finalement choisi. Une décision mûrement réfléchie, dépouillée autant que possible d'influences parasites grâce au croisement d'éclairages divers, prise hier dans la journée. Elle est parfaitement assumée. Après avoir longtemps tergiversé, l'ultime déclic s'est finalement produit grâce à une vidéo de Médiapart. Je l'ai confirmé en soirée par des lectures et vidéos complémentaires.

Jamais un choix électoral ne m'aura autant préoccupé ! 
Mais ce matin j'ai voté sans la moindre hésitation.

Resté sur place une bonne partie de la matinée, en tant qu'élu, j'y retournerai ce soir pour le dépouillement. Nous verrons alors très vite se dessiner, par l'alignement des batonnets tracés, la tendance dans notre commune. Ils ne seront pas représentatifs : le vote y est habituellement sombre. Comme dans la plupart des communes rurales du secteur...

Pour l'heure, tout est calme.
Dehors les oiseaux chantent.

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06 mai 2017

La lâcheté de l'abstentionniste ?

Cher Mr X. [et autres pourfendeurs d'abstentionnistes]

Pour ceux qui s'intéressent à l'évolution de notre société, comme toi et moi, nous pouvons voir et lire en ce moment un foisonnement de prises de positions, plus ou moins originales, consensuelles, radicales, dans un climat de grande incertitude pré-élective. De telles périodes sont fort intéressantes parce qu'elles poussent chacun à affermir et exprimer des opinions qui, habituellement, restent dans le registre privé, si ce n'est intime. Dans un de mes récents billets je faisais part de mon étonnement face au peu d'échos de cette campagne hors-normes dans les blogs qu'habituellement je fréquente, sans savoir s'il s'agissait d'indifférence ou de pudeur [ou d'une crainte de fâcher ses lecteurs...]. Mais c'est parfois dans les alcôves plus discrets des fils de commentaires que le sujet apparaît, par petits touches ou traits appuyés. C'est ainsi que j'ai pu lire sur ton blog, cher lecteur, toi qui pourtant connaît parfaitement les doutes qui me traversent actuellement, ceci :

« Et puis il y a aussi les abstentionnistes et les votes blancs que je mets dans le même sac. Ceux qui ne veulent pas se mouiller, ceux qui attendent que les autres votent Macron pour eux, comme ça ils croient s'acheter une conscience par procuration. En réalité ils ont une conscience de petit épicier calculateur. Ceux-là vont peut-être déchanter dimanche soir… se disant : merde ! Si on avait su !… On ne se serait peut-être pas comportés comme des lâches calculateurs…
Ça ne plaît pas quand je je dis ça, en termes de comportement démocratique et électoral. Forcément. Reste que les antonymes de ce mot sont : cœur, courage, générosité, dignité et noblesse d'âme.
Où sont ces valeurs quand on retire son épingle du jeu, en laissant aux autres le soin de faire en sorte que Marine Le Pen soit battue.
Heureusement, des personnalités respectables et que j'admire appellent clairement à voter Macron. »

J'ai trouvé la charge sévère ! Etant moi-même encore hésitant sur l'issue de mon vote, j'avoue avoir été piqué au vif par tes accusations à la légitimité douteuse. Certes, c'est une prise de position directe et elle a le mérite d'être « authentique ». Mais cette proposition d'explication, par son ton péremptoire, m'a parue quelque peu indigente. Je crois que l'on peut avantageusement user de subtilité, même - et surtout - face à de tels enjeux de société. Évoquer une supposée lâcheté, l'opposer à ce qui serait « cœur, courage, générosité, dignité et noblesse d'âme », est à mes yeux un signe de désarroi ; d'une grande inquiétude qui t'a conduit à un égarement. Car enfin, où ce situent ces belles valeurs que tu vantes dans l'acte banal de glisser le nom d'un favori dans l'urne ? N'est-ce pas, précisément, l'acte le plus "facile", le plus évident, le plus simple. Fut-ce en se bouchant le nez et en mettant des gants, pour reprendre l'expression de je ne sais qui ! Quel « courage » faut-il pour aller dans le sens auquel la majorité encourage ?

J'ai déjà longuement écrit sur mes hésitations entre deux périls, l'un étant la cause et l'autre sa conséquence. Je n'en voudrais cautionner aucun. S'il devait être question de courage, alors j'évoquerai simplement celui qui consiste à peser aussi longtemps que nécessaire le "pour" et le "contre" de chacune des options. Je ne vois aucun courage dans l'acte d'ouvrir un immense parapluie protecteur, "au cas où". De la prudence, oui, mais pas la moindre trace de courage. Quel « courage » y a t'il à "faire barrage au FN" ? C'est un acte tout ce qu'il y a de plus sensé, mesuré, calculé [comme un  « petit épicier » ?]. Pépère... Ne prendre aucun risque !

Je respecte évidemment cette position puisque c'est peut-être celle, au final, que je prendrai. Si je le fais, alors je me rangerai du côté des calculateurs pragmatiques. Je ne me sentirai alors ni lâche ni courageux : j'aurai fait ce qui me semblait le plus juste, le plus utile, le plus nécessaire. Si, au contraire, je choisis d'exprimer mon vote en ne glissant aucun bulletin dans l'enveloppe, alors j'aurai aussi fait ce qui me semblait le plus juste, le plus utile, le plus nécessaire ! Mais dans ce dernier cas, oui, j'aurai eu davantage de courage parce que j'aurai pris un risque, fût-il considéré comme négligeable... avec toute l'incertitude qui peut exister depuis l'enseignement du vote Trump. Sans ce précédent, je n'aurai pas hésité aussi longtemps. J'aurais laissé ceux qui, spontanément, n'ont pas de réticences à soutenir le candidat de la continuité pour obtenir la majorité qui lui est largement promise. J'aurais laissé se joindre à eux ceux qui préfèrent garantir cette élection, quitte à plébisciter "n'importe qui". Je comprends leur légitime prudence : « n'importe qui sauf Le Pen ! ». Sauf qu'avec ce genre de choix "obligé" on peut effectivement soutenir n'importe qui et n'importe quelles idées. Mêmes les plus éloignées des nôtres. Soutenir la continuité, le libéralisme et ses dégats humains, la confiscation du pouvoir par une oligarchie, l'exploitation illimitée des ressources, l'inaction devant la menace climatique...

C'est pourquoi, si je fais le choix du vote blanc, j'aurai opté pour « cœur, courage, générosité, dignité et noblesse d'âme ». Malgré les risques, j'aurai choisi de défendre des idées qui m'importent fort, puisque tant d'autres se chargent déjà de défendre d'autres idées qui m'importent, mais plus largement partagées. Plus "universelles". L'un n'exclut pas l'autre. On n'a pas tous besoin de défendre les mêmes idées, quand c'est au prix d'une abdication devant d'autres principes essentiels.

À chacun de se déterminer "en son âme et conscience", sans jeter l'anathème sur ceux qui font d'autres choix, éclairés par la diversité de nos idéaux, de nos valeurs, de nos principes et de nos connaissances.

Le courage, s'il devait y en avoir dans le fait de glisser une envelope dans une urne, il se jouait au premier tour, et on voit qu'il n'a pas été majoritaire.

 

 

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01 mai 2017

Ce qui me tient à coeur

La perplexité profonde dans laquelle je me trouve après le premier tour de l'élection présidentielle me pousse à une réflexion assidue. Les prises de position que l'on peut lire dans la presse numérique, les commentaires qui en sont faits, combinés avec les quelques échanges que j'ai pu avoir ici ou ailleurs, sur le net et en face à face, m'aident à préciser mes idées. Le refus de voter automatiquement "pour" le représentant zélé d'un système que je réprouve a suscité quelques étonnements chez mes interlocuteurs. Comme s'il allait de soi que la seule chose à faire, illico et sans la moindre hésitation, était de repousser avec force le FN. Ça me fait penser à de la pensée magique : vouloir faire disparaître le problème en rabaissant le score final de ce parti aux idées abjectes, sous prétexte que seuls les votes exprimés pèsent. Or chacun a la capacité de calculer le pourcentage réel d'adhésion au repli xénophobe, en tenant compte de l'abstention (22,23 %). En l'occurence cela ramène le FN à... 16%, soit 84% d'électeurs qui n'ont pas voté pour ces idées. Ça laisse de la marge...

Question : quel taux d'abstention et de votes blancs ou nuls faudrait-il pour que le nombre de votants FN dépasse celui du nombre de votants Macron ? Je ne suis pas spécialiste des probabilités, mais elles me semblent bien faible en faveur de le Pen...

Alors évidemment prendre le risque, même très improbable, de voir le FN l'emporter en se fiant à des prévisions, après qu'on ait vu la victoire inattendue de Trump, ça fait réfléchir. Surtout quand "on" nous fait flipper avec ça ! Extrêmement faible, la probabilité ne saurait être nulle, c'est certain. Mais si l'abstention était massive ? Est-on prêts à courir ce risque ? Afin de répondre aux injonctions pressantes de la médiacratie, jusqu'où suis-je prêt à renoncer à ce qui me tient à coeur ? Et, finalement, qu'est-ce qui me tient le plus à coeur ?

Je ne veux pas l'avènement du rejet de l'autre institutionnalisé, c'est certain. Mais d'un autre côté je ne veux plus cautionner l'exploitation des uns pour le profit des autres, c'est tout aussi certain. Djordje Kuzmanovic, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, dans un billet déployant l'éventail des possibilités, a eu cette formule qui, je trouve, résume parfaitement la situation : « on ne peut pas combattre un phénomène en renforçant ses causes. Quelle cohérence, quelle logique y a-t-il à sacrer Emmanuel Macron pour contrer Marine Le Pen quand c'est la politique qu'il défend qui provoque la montée du Front national ? ».

Je partage totalement cette idée. Elle explique pourquoi, cette fois-ci, j'ai pas mal de réticences à accepter de "faire barrage" au FN alors que je n'ai guère hésité à le faire en 2002. En quinze ans mes opinions se sont forgées et affermies. Avec une conscience accrue de la justice sociale, elles ont continué à migrer vers la gauche. Peut-être parce que je côtoie au quotidien quelques uns de ceux qui sont laissés au bord du chemin par cette société d'inégalités, mais aussi parce que le sort de l'humanité me préoccupe davantage que le mien. Je n'ai rien à gagner ni à perdre dans cette élection, mais vient un moment où la conscience ne permet plus de fermer les yeux, de suivre le système et poursuivre comme si de rien n'était.

 

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Aujourd'hui

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28 avril 2017

Indécis, encore.

En parcourant les listes de blog que je lis occasionnellement, j'ai été assez surpris de voir que très peu consacraient le moindre billet à ce qui s'est passé lors du premier tour de l'élection présidentielle. NI avant, ni après. Comme si tout cela n'avait aucune influence sur le cours de nos vies...

Il y a quelques semaines c'est le peu de réaction aux réflexions que je proposais sur notre avenir planétaire commun qui m'étonnait.

Tout cela pourrait laisser croire à une grande indifférence face aux "questions de société". Je crois cependant qu'il n'en est rien et que ce mutisme correspond plutôt à de la perplexité : que penser, que dire, que croire, que proposer face aux impasses qui se présentent devant nous ? J'en veux pour preuve l'augmentation significative du nombre de visites sur ce blog depuis que j'aborde les problématiques environnementales. Peu de commentaires, mais beaucoup de visites. Je l'interprète comme un signe d'intérêt silencieux, et peut-être de curiosité, vis à vis des thèmes que j'ai abordés. À moins qu'il ne s'agisse que d'une coïncidence ?

J'ai clairement pris position, ici et ailleurs, écologiquement et maintenant politiquement. Je ne cherche plus à garder une discrétion de bon aloi sur les idées qui m'importent. Le sentiment d'urgence me galvanise. En même temps j'apprends à relativiser mon inquiétude, ayant compris qu'elle pouvait être contre-productive. La peur a des effets paralysants, au moment-même où l'action est nécessaire. Un "pessimisme" (réalisme) trop marqué peut aussi faire fuir. À éviter, donc.

Actuellement il est question du vote au second tour de l'élection présidentielle. Trois options sont possibles : l'un des deux candidats ou leur refus. Je lis un peu partout qu'il faut voter "contre" l'accession au pouvoir d'un parti xénophobe et cette idée se comprend aisément. D'un autre côté si ce vote "contre" doit être un vote "pour" le libéralisme qui l'a fait naître... je ne suis pas sûr que ce soit une tactique judicieuse. Reste donc le vote blanc ou nul (mais pas l'abstention !), qui exprime un rejet de deux courants d'idée dont on ne veut pas. Un tel message, bien que non pris en compte dans le résultat, présente l'avantage de signifier clairement son opposition. J'avoue que cette option me tente...
Pour autant ma position n'est pas encore fixée et dépendra probablement des sondages et du risque réel de voir le FN accéder au pouvoir.

Mais tout cela ne concerne "que" la politique franco-française, probablement sans grand effet sur le reste du monde, malgré la portée symbolique des choix de ce pays de cocagne, autrefois inspiré. Autant dire que ce n'est pas d'une importance capitale...

Non, ce qui demeure vraiment important c'est l'urgence climato-énergétique et ses conséquences planétaires, naturelles et humaines. C'est pourquoi je lis avec un grand intérêt le "Manuel de la Transition", de Rob Hopkins, qui aborde avec pragmatisme, lucidité et responsabilité le défi de l'adaptation à la  « descente énergétique ». De quoi prendre conscience de ce qui nous attend... tout en gardant un nécessaire optimisme ! Car j'ai eu besoin de reprendre contact avec cette source d'énergie profonde, un temps mise à mal lorsque j'ai pris la mesure de l'imminence de la "catastrophe" à laquelle nous allons être confrontés. Mais ça va mieux. J'ai retrouvé de la ressource.

Je reviendrai sans doute sur ce crucial sujet.

 

Pour aller plus loin :

  • « Voter contre Le Pen aujourdhui c'est faire gagner le Front National dans cinq ans », article dans Le Monde

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23 avril 2017

Status quo

Tellement habitué à ne jamais avoir vu élu-e le-la candidat-e qui avait ma préférence, je ne suis qu'à peine déçu du résultat de ce soir. Enfin si, je le suis [profondément], mais avec une grande résignation. Bien sûr j'aurais aimé qu'il en fut autrement, ouvrant au fol espoir que, peut-être [restons lucide...], cette fois quelque chose allait vraiment changer... mais non. Status quo.

Fort bien, c'est la préférence majoritaire et je m'en accomoderai. Comme toujours. Quant à la réelle prise en compte des grands enjeux écologiques, elle attendra encore.

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Cristallisation

Il y avait, paraît-il, encore beaucoup d'indécis ces derniers jours quant à leur vote à la présidentielle. J'en ai fait partie jusqu'à hier soir, quand, après pas mal d'hésitations, ma décision s'est enfin "cristallisée".

Très tôt mon choix s'était porté sur les seuls candidats mettant l'écologie au centre de leurs préoccupations. Question de priorité planétaire, évidemment, mais aussi de cohérence personnelle. Neuf candidat(e)s étaient donc éliminé(e)s d'office - parfois aussi, soyons clair, pour des raisons n'ayant rien à voir avec leur approche écologique, quelle qu'elle ait pu être.

Il en restait donc deux dont les idées me séduisaient. L'un avait plutôt mon vote de coeur, en partie fondé sur une part irrationnelle et sensible : comment je "ressens" un candidat, en fonction de sa façon de s'exprimer, de son attitude générale, de sa gestuelle, son regard, ses sourires... Bref, de ce que je pense perçevoir de sa personnalité et de sa sincérité, voire de son humilité, qualité rare en politique. L'autre, qui avait aussi toute ma sympathie, était plutôt mon candidat "gagnant" du fait de son positionnement dans les sondages. Sans ces puissants influenceurs d'opinion la question ne se serait pas posée puisque le coeur l'aurait emporté.

Tant que je n'étais pas sommé de choisir j'ai observé l'un et l'autre, leurs prises de parole, leur façon d'être et de se présenter. Sur le fond je ne voyais pas de différence majeure, si ce n'est sur leur vision de l'Europe, peut-être. Sur la forme l'un me séduisait davantage que l'autre. Quoique...

Mais il y avait un bémol : celui qui aurait eu mon vote spontané appartient à un mouvement politique trop vaste à mon goût, usé, miné, torpillé, et comptant en son sein des personnalités qui me déplaisent fortement. Nul doute que ces derniers chercheront à revenir au pouvoir coûte que coûte, quand bien même ils auraient planté un couteau dans le dos du candidat qu'ils étaient censés soutenir. Je l'aimais bien, lui, en tant qu'homme, mais j'ai senti qu'il se retrouvait finalement bien seul. Et visiblement de plus en plus. Voter pour lui c'était faire comme je fais depuis des années en ce qui concerne l'écologie : voter perdant.

Face à lui, porté par un vaste mouvement populaire en amplification constante, un candidat en position nettement plus favorable. Le soutien massif dont il bénéficie lui confère indéniablement une "force". Par ailleurs ses talents d'orateur, sa culture, son sens du verbe, ne m'ont pas laissé insensible. Au service de ses idées, qui recoupent largement les miennes, c'est un atout précieux. Certes l'éloquence ne suffit pas... mais ça joue quand même un rôle.

Au final j'ai donc voté selon mes idées plutôt que mon coeur. Il m'était important d'ajouter mon infinitésimal grain de sable en faveur de convictions qu'avec beaucoup d'autres je défends. Dans quelques heures nous saurons, et une partie du monde avec nous [voir ci-dessous], si les français auront su se montrer à la hauteur.

 

  • Extrait d'une tribune du Collectif d'anciens membres de la campagne présidentielle de Bernie Sanders, dans Le Monde du 21 avril 

« (...) Nous vous appelons à examiner ce qui s’est passé aux Etats-Unis et à faire votre choix en fonction des faits et des programmes des candidats. Quel candidat prend réellement en compte l’urgence environnementale ?

Quel candidat propose un encadrement raisonné de la finance qui a mis en danger le système économique mondial il y a dix ans sans être réformé depuis ? Votre pays est le sixième pays le plus riche du monde, quel candidat propose de répartir de manière juste cette richesse afin que chacun puisse étudier, se soigner et s’épanouir ?

Ce dimanche 23 avril, le monde aura les yeux tournés vers vous. A deux jours de ce scrutin historique, nous vous passons le relais en faisant confiance à votre esprit critique bien français pour faire un choix audacieux, à la hauteur des enjeux que nous avons à affronter. »

 

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20 avril 2017

Et si on votait autrement ?

Pour les indécis comme pour ceux qui ont choisi, pour ceux qui hésitent entre le vote du coeur et le vote utile...

 

Et si on votait autrement ?

(ça peut faire du bien d'imaginer un autre système démocratique)

 

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