Petite baisse d'énergie, ces derniers jours, suite à ce que j'ai relaté récemment de ma vie professionnelle. Ma façon de réagir face à des situations qui heurtent mes valeurs personnelles me pose question. L'épisode est d'importante toute relative, mais il est venu se greffer sur d'autres questionnements en cours, rajoutant ainsi une couche à ce qui me travaille dans plusieurs pans de ma vie simultanément.

Quelques jours plus tôt il y avait eu le malheur d'Haïti et mon « je m'en tape », visiblement assez mal compris [ce qui ne m'a pas vraiment surpris...]. Mon sentiment d'impuissance a été la cause de cette formule maladroite, je le concède, en me mettant face au malaise de ma conscience. En fait il s'agissait d'un dialogue intérieur assorti d'une autoprovocation. J'aurais du utiliser un « tu t'en tapes », bien plus en accord avec la contradiction interne qui m'agitait. Sauf que, agacé par un concert de "bon sentiments" qui me rappelaient trop l'hypocrisie d'une culture chrétienne, j'ai généralisé mon interpellation. Que les personnes que j'ai choqué veuillent bien m'en excuser.
Le déclencheur de ma réaction m'est apparue plus clairement au fil des jours : je n'ai pas pour habitude de suivre les informations imagées. Or il se trouve que j'ai récemment changé mon ordinateur de lieu et la télé, désormais à proximité, m'attire sournoisement. Je me laisse davantage tenter par la consommation facile de ce que diffuse la boite à image. Et là j'ai pris en pleine figure des images violentes auxquelles je ne suis pas accoutumé. J'en ai ressenti un malaise : voir et ne rien pouvoir faire. Voir ça tous ensemble et ne pas pouvoir faire grand chose d'autre qu'en parler m'a exaspéré. J'ai cependant suivi jour après jour les évènements, dans une contemplation à la fois compassionnelle et morbide. J'avais un désir de lucidité en affrontant une réalité que généralement j'évite. En même temps que je ressentais un désir de connaître l'évolution de cette tragédie, il y avait une dimension voyeuriste qui m'a dérangé. Je suis assez farouchement hostile à ce genre de spectacle, que je ressens comme ayant des composantes néfastes et probablement "destructrices" de quelque chose de fondamental dans l'humain. Personnellement je ne sors jamais indemne du spectacle de la douleur et de la détresse...

Alors... pourquoi regarder ? La question reste sans réponse...

Tout cela a fait irruption dans ma vie à un moment où j'étais déjà un peu affaibli, préoccupé par des réflexions personnelles, à l'œuvre depuis plusieurs mois, sur le versant relationnel de mon existence. Récemment j'ai vu se réactiver un sujet qui reste pour moi toujours à fleur de peau : la confiance en l'autre. Vaste domaine d'exploration, visiblement prédominant dans ma façon de me lier. Ce qui n'est pas sans interférer avec un accroissement de ma prise de conscience de la solitude dans laquelle je me suis installé. Et ça aussi, ça me travaille et me fait me poser des questions. Notamment parce que vivre en solo n'avait jamais été un objectif pour moi. Ni même une éventualité ! Le regard que je portais antérieurement sur la solitude amoureuse ne me la rendait pas particulièrement attirante et c'est donc à un renversement de perspective que je suis conduit depuis quelques années. Si en moi l'évolution se fait tout naturellement au fil des ans, je me sens devoir désormais faire face au regard des autres... qui ressemble à celui que j'avais antérieurement : on subit sa solitude plus qu'on ne la choisit. Tout cela m'amène à réfléchir en cascade sur bien des plans de ce qui constituait ma façon de penser et d'être.

Solitude réelle ou fausse solitude ? Les échanges internautiques mettent en évidence un décalage qui, par ailleurs, me préoccupe aussi : qu'est-ce qui est réel et ne l'est pas ? Que penser d'une vie sociale et relationnelle qui, pour une part notable, se déroule dans un monde largement déconnecté du réel ? Ouais... ça me travaille tout ça...

Sans oublier les déclinaisons infinies de mes réflexions consécutives à quelques pertes essentielles, en cours depuis plusieurs années...

Bref : j'ai beau me situer dans une démarche globale de sérénité, tout cela ne va pas de soi en permanence et il m'arrive d'avoir une petite baisse de régime. Une envie de repli. De toutes façons trouver un nouvel équilibre me pousse souvent vers un relatif isolement. Actuellement j'ai fréquemment besoin de me retrouver "seul" et il est probable que cela va durer un certain temps. Même si je sais le plaisir que je peux ressentir en compagnie, ainsi que les enrichissements et moments de bien-être que cela peut m'apporter.

D'ailleurs, comme pour me rappeler, la présence de ma fille ce week-end m'a changé les idées. M'ouvrant à d'autres champs de réflexion cela a été l'occasion de bons moments de partage, entre activités et discussions.
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IMGP7892

Effleurement sans confusion, proximité et indépendance.