Une lectrice de longue date m'a récemment demandé de donner de mes nouvelles, approuvée par un commentateur régulier de ce blog [ils se reconnaîtront]. Ce n'est pas la première fois qu'une telle demande m'est faite, notamment lorsque je ne publie pas pendant plusieurs semaines [ce qui n'était pas le cas cette fois-ci...]. À chaque fois je surpris, étonné, et touché de constater que j'intéresse suffisamment quelqu'un pour que de tels mots me soient adressés. Ben oui, je suis comme ça ! J'ai beau constater que je suis lu, il reste un doute perpétuel sur l'intérêt que je peux susciter. D'ailleurs je me demande si un jour je viendrai à bout de ce doute...

Dans un registre proche mon ex-épouse, il y a peu, me signifiait qu'elle aimerait bien avoir de mes nouvelles de temps en temps, me faisant part de ses interrogations sur l'intérêt que je lui portais. J'avoue que près d'un mois après je reste... comment dire... décontenancé par cette déclaration d'affection. Je n'y croyais plus. Non : je ne voulais plus y penser. Je reportais à plus tard, toujours plus tard, le moment d'aborder... je ne sais même pas quoi ! Je n'avais pas envie de prendre de risques, ayant trouvé un équilibre de vie qui me convient parfaitement. Je me disais "à quoi bon ?".

À quoi bon revenir sur des choses anciennes ? à quoi bon chercher à rétablir une "amitié" qui n'a plus la place d'exister ? Comme si la confiance ne pouvait plus revenir... tout en étant jamais vraiment partie. J'avais l'impression de ne plus avoir de place vivante dans son existence. J'étais un homme de son passé. Un vieil ami qui ne peut plus l'être.

Depuis un mois je sais donc que ce n'est pas le cas. Perplexité. D'un côté je suis heureux de savoir que le ressentiment semble s'être apaisé [et finalement n'est-ce pas tout ce que j'avais besoin de savoir ?]. Mais de l'autre je suis un peu inquiet : qui est-elle, maintenant, cette femme que j'ai si intimement connue ? Comment m'adresser à elle sans trop m'exposer ? J'ai beau me sentir solide... il y a en moi certaines sensibilités que je sens à fleur de peau. Je n'ai plus envie de me faire malmener. Je n'ai envie que d'échanges sereins, compréhensifs, ouverts, acceuillants, doux... Et je ne suis pas sûr que Charlotte ait fait le chemin nécessaire.

Mon système de protection reste fragile... et c'est probablement pour ça que j'évite de m'exposer aux relation affectives. C'est encore trop risqué. On aura beau me répéter que c'est dommage d'y être devenu hermétique, je sais que j'agis au mieux de mes intérêts. Il n'empêche que, comme je le disais en commençant ce billet, je reste sensible aux marques d'attention. J'accueille volontiers celles que je reçois. Le problème c'est que j'en donne peu en échange...

Ah ça me turlupine tout ça ! Parce que cette retenue ce n'est pas vraiment moi.

Alors quand je reçois des marques d'intérêt, ou des signes d'inquiétude quant à l'intérêt que je porte à l'autre [mes enfants, l'an dernier...], je me sens penaud de n'avoir pas été suffisamment présent. J'ai un peu honte de n'être pas plus démonstratif.

 

Que faire ? Je n'ai pas l'intention de rester "celui qui donne peu", voire de passer pour un indifférent ! Mais d'un autre côté j'ai été marqué par des situations inverses, bien plus gênantes à mes yeux : l'excès d'attachement, avec de pénibles attentes de réciprocité. J'ai vécu cela dans les deux postures, en tant que demandé et demandeur, et reste marqué au fer rouge par le reproche d'avoir été trop aimant, voire envahissant ! Ça calme...

Oh, je sais que n'est pas la même chose ! Sauf que dans tous les cas ça touche à l'affectif...

J'ai donc dérivé, sans le décider consciemment, vers le "pas assez" plutôt que de prendre le risque du "trop". Orientation visiblement insatisfaisante pour ceux qui m'apprécient ! Il semble donc que je doive continuer à approfondir cette question de la "place" que j'accorde aux autres dans ma vie, tout autant que celle que je m'accorde dans leur vie. Les deux dynamiques sont indissociables, à mes yeux. Et automatiquement cela me renvoie vers la place que JE m'accorde dans ma relation aux autres.

Pfff, c'est compliqué, pour moi, ces questions de place et d'importance que l'on peut avoir pour autrui. Ça me propulse systématiquement vers les origines : l'enfance. Je crois que quelque chose s'est bâti de travers à cette époque lointaine, quelque chose a manqué et j'en traîne les séquelles. Je le sais; j'en suis conscient, mais ça ne suffit pas. Malgré le travail fait en ce sens, tout n'est pas réparé.

Alors, qu'est-ce qui fait que je doute encore de ma valeur aux yeux des personnes qui m'apprécient ? Qu'est-ce qui empêche que je croie vraiment ce que je sais intellectuellement ? Et comment garder durablement l'empreinte du plaisir partagé ?

Parfois je me demande : si les autres ne venaient pas vers moi... qu'en serait-il de ma vie relationnelle ? Heureusement j'ai la chance de voir se renouveller au fil du temps les partages de qualité [ce qui, en soi, devrait me rassurer sur mes potentialités...]. Pourtant, bizarrement, je ne cherche pas plus à les faire durer... alors que j'en aurais envie ! Mais ai-je encore envie d'y croire ? Paradoxalement, c'est comme si je comptais sur mes valeurs personnelles pour attirer vers moi. Comme si mon doute narcissique ne pouvait être levé que par des marques d'attachement, des démonstrations d'intérêt, des signes de lien. Mais moi je n'en donne pas, ou peu, ou à fréquence très espacée. Sauf si l'autre exprime régulièrement [mais sans insistance...] son souhait que je me manifeste. Et encore...

Pourtant, ce n'est pas faute de penser à ces autres qui comptent pour moi ! Mais d'ici à l'exprimer... il y  a un pas que je ne franchis généralement pas. Je reporte à plus tard, toujours plus tard. Qu'est-ce qui me retient ? Aurais-je peur de quelque chose ? L'attachement ? oui, ça je le sais déjà...

Une autre idée s'esquisse : aurais-je peur de ne pas donner assez, et ainsi ne pas répondre au désir de l'autre ? Avec la crainte d'être vu comme frustrant, décevant... et rejeté pour ça. Oh je sais, ces réveils traumatiques sont idiots, mais ils s'invitent et je ne veux pas les ignorer. J'ai clairement peur de me trouver devant une demande que je ne saurais satisfaire et voir ainsi l'autre se détourner de moi... en me blessant gravement une fois de plus [vraiment, je n'ai plus envie de ça !]. En quelque sorte j'anticipe sur la perte à venir. C'est irrationnel : la plupart des gens que je connais ne sont pas en attente à mon égard et ne font qu'exprimer un désir relationnel sincère. C'est stupide, aussi, parce que même s'il y devait y avoir perte je me sais largement assez solide pour en relativiser la portée, maintenant. Je me dirais simplement que cette personne tenait moins à moi qu'à l'image qu'elle avait de moi. Par ailleurs je ne redoute pas la solitude, qui n'existe pas vraiment dans mon mode de vie. Alors quoi ? Quelle est ma vraie peur, finalement ? Peut-être est-ce de perdre ma liberté ? De voir se restreindre la place que JE m'accorde en solitaire afin de me sentir en état d'harmonie interne ? En même temps je me dis que mon besoin de solitude provient probablement de ma difficulté à me situer avec les autres. Comme une respiration, je me ressourcerais dans mes moments en solitaire parce que je ne trouve pas vraiment ma place avec autrui. Parce que je ne prends pas cette place...

Dans le monde numérique je me suis trouvé une place confortable : je peux être présent sans m'imposer et "disparaître" à volonté. Je dépose mes textes et chacun peut y venir librement. La possibilité d'interagir est là, mais sans aucune obligation. Même par simple politesse. Seule l'envie motive l'expression : celle d'un partage émotionnel, intellectuel, affinitaire. Ou amical... La plupart du temps il y a quelqu'un pour réagir à ce que je propose, ouvrant ainsi une possibilité de "dialogue" plus ou moins développé. Il en va de même sur les blogs des autres, lorsque je m'autorise à prendre une place dans les commentaires. Cette liberté réciproque me convient bien. Je trouve qu'ici les rapports sont finalement assez sains : on ne s'oblige à rien, on ne s'engage à rien. Et on le sait : ces liens là ne s'investissent pas de la même façon que ceux qui interagissent par les sens. Ces relations abstraites, parce qu'elles ne laissent pas d'empreintes sensorielles, ne pénètrent pas la mémoire de la même façon. Il y manque, c'est bien connu, le contact direct. A chaque fois que j'ai pu partager en réel avec des personnes connues sur des espaces numérique, c'est le réel qui m'est resté clairement en mémoire. Néanmoins ce réel n'a pu exister que parce que le virtuel l'avait précédé. Loin de moi, donc, l'idée d'en minorer l'importance.

Si j'introduis cette notion de monde numérique c'est parce que je me rends compte que j'y suis plus "présent" que dans le monde réel. Je veux dire que j'interviens fréquemment ici pour exprimer mes états d'âme ou mes réflexions, ce qui fait qu'ainsi je "donne des nouvelles" à la cantonnade. Je raconte à mes lecteurs, dans leur ensemble, ce que je pourrais raconter à chacune de mes relations. Probablement parce que je sais que "vous" serez là et que parmi vous il y aura forcément quelqu'un qui sera intéressé par ce que je dis. Simple question de probabilités. Donc je ne m'expose pas au sentiment d'être "de trop", ou de débiter des histoires sans intérêt...

Ici je n'envahis personne :)
Ouais... finalement c'est probablement celle-là ma vraie crainte : ne pas être à la bonne place [comme s'il y avait une "bonne" place...]. Mais j'y travaille...

 

 

Euh... alors ces nouvelles ?
Ben là il est tard, alors ce sera pour une autre fois :)