On s'est inquiété de mon mutisme. C'est souvent le cas lorsqu'un blogueur [masculin grammatical] ne publie pas durant un délai qui dépasse ses habitudes. Cela m'est déjà arrivé dans le passé et il est toujours venu une lectrice [féminin par réalité] pour me demander si tout allait bien.

Figurez-vous que de mon côté je me demandais, non pas si j'allais bien, mais quelles pouvaient être les raisons de mon silence. Aucun évènement saillant ne pouvant expliquer cette situation, j'en ai conclu qu'il s'agissait probablement d'une convergence de faits mineurs, parmi lesquels :

  • un travail fort prenant, qui m'occupe l'esprit toute la journée et absorbe forcément une énergie qui fait défaut le reste du temps
  • le retour des beaux jours, après un été qui en a singulièrement manqué, m'attirant au dehors.

Voilà pour les raisons compréhensibles par tout un chacun. Il y en d'autres, que peut-être seuls les "écrivants du net" comprendront :

  • la "fin" récente de quelques blogs-amis que je lisais depuis une dizaine d'années. Suite logique et inévitable d'une érosion lente et continue, la raréfaction des témoins des origines ravive une nouvelle fois le sens de ma propre continuation : jusqu'à quand ?
  • parallèlement une certaine "usure" de ma pratique de blogueur, quoique cette sensation fluctuante se soit déjà produite; avec là encore une question : que dire encore ? N'y a t'il pas risque de répétition, voire de rabougrissement ?
  • le sentiment un peu bizarre de faire partie d'une myriade de "parleurs de soi", racontant chacun les menus détails de son quotidien. Est-ce vraiment utile ? Qu'est-ce que cela apporte au sens du monde ?

Je ressens l'envie de parler d'autres choses que de futilités plus ou moins égocentrées, diffusées à un petit cercle d'entre-soi. Tout cela me semble - sans idée de jugement - un peu étriqué ; manquer d'amplitude et de souffle. Mais que puis-je apporter d'autre que ce qui me touche ? Que puis-je exprimer d'autre que ce qui m'anime et m'émeut à l'échelle réduite de mon petit monde ?

À une autre échelle le grand monde, à la fois immensément vaste et circonscrit aux dimensions de notre planète, me donnerait presque le vertige. Sans parler de la montée en puissance d'un obscurantisme religieux, fort peu réjouissant, notre monde m'inquiète quelque peu avec son dérèglement climatique en cours, aux perspectives apocalyptiques, ainsi que par la surexploitation suicidaire des ressources naturelles sur fond de logiques financières à courte vue. De sombres scénarios semblent se profiler. À côté de ça les préoccupations nombrilo-centrées de la sphère médiatico-hexagonales, dont les échos ne me parviennent plus que de loin en loin, sont d'une importance très, très, relative.

Alors, puisque mon pouvoir à faire changer les choses est infinitésimal, j'ai choisi de porter mon attention sur mon propre équilibre. Je fais en sorte de vivre bien, et j'y parviens. J'en veux pour preuve cet extrait d'une conversation, dans laquelle je suis entré par hasard parmi mes collègues :

P. [émotif] : on a tous besoin d'amour, besoin d'avoir un(e) autre près de soi.

X. [pragmatique] : C'est ça notre difficulté : on a toujours ce manque d'amour en nous

L. [le psychologue du groupe]: C'est normal, le manque fait intrinsèquement partie de la vie, donc il y a toujours souffrance.

Moi : Mouais... plus ou moins. Si le manque est bien le moteur du désir, il ne crée de la souffrance que lorsqu'il est besoin de ce qui ne dépend pas de soi. Je peux avoir envie sans souffrir de ne pas obtenir. Ne pas être en état de dépendance...

X. [se faisant complice] : Toi t'as tout compris. Ça se sent que tu es bien dans ta vie. Regardez-le, il vit seul, sans femme, et il est heureux ! Il a trouvé son équilibre avec sa vie tranquille, et personne qui l'emmerde...

Moi [sans préciser les approximations] : disons que je sais ce que je veux et ce dont je ne veux pas :)

P. [mystique] : Tu as trouvé la béatitude !?

Non, je n'ai certainement pas trouvé la béatitude, mais peut-être une forme de plénitude. J'y cueille ma sérénité. Voilà en effet des années que je me sens bien dans ma vie, heureux. Pas du tout dans le discours ambiant qui répète à l'envi que "les Français" sont moroses, inquiets, las, déprimés. Peut-être parce que je refuse d'écouter ce que je suis censé penser ? Objectivement je n'ai guère de raisons de me plaindre, si ce n'est pour des faits mineurs dans les interactions professionnelles avec ceux que je côtoie. Mais c'est le propre des relations vivantes et évolutives !

La vie que je me suis choisie me plaît et je profite, si ce n'est de chaque instant, au moins de la plénitude que m'offre mon âge. Ma vie est pleine, remplie, comblée. Je ne manque de rien [mais j'ai peu de besoins...], je ne cherche pas à vivre autrement, je n'ai pas de désirs inatteignables, je n'envie pas autrui. Que demander de mieux que ce que j'ai déjà ? Qu'est-ce qui pourrait bien me rendre triste de mon heureux sort ?

Alors c'est vrai : pour ne pas me laisser contaminer par l'anxiogène morosité médiatique, j'évite autant que possible d'être informé de l'actualité immédiate. Je ne veux pas savoir ce qui se passe. Je ne regarde pas, ni n'écoute, ce qui pourrait ternir ma joie de vivre et blesser ma sérénité. Je choisis ce que j'ai envie de comprendre. Je laisse le temps filtrer l'écume bouillonnante de l'actualité en laissant l'essentiel imprégner doucement le monde. Les grands enjeux planétaires sont finalement les seuls qui m'intéressent et ceux-là ne se jaugent pas à l'échelle du quotidien.

Mon quotidien n'est pas celui du grand monde, mais celui de mon petit monde : un travail qui me captive; un lieu de vie dans lequel je me ressource; des moments d'échange qui me ravissent; des enfants épanouis que j'aime. 

Alors avec tout ça... et bien il y a des moments où je n'ai rien à raconter ici. Mais... tout va bien :)

 

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Le bonheur, c'est simple comme la lune en plein jour : il suffit d'ouvrir les yeux