Coup de téléphone sur ma ligne professionnelle, hier au bureau, d'une journaliste du quotidien local. J'imagine qu'elle veut écrire un article sur l'activité de notre association d'insertion...

Contre toute attente, elle me demande des précisions sur... mon jardin [en fait il est un plus que cela et ici j'en parle sous les termes vagues de "petit paradis", ou "grand jardin"]. Autrement dit c'est une affaire "privée"... même s'il est question de son ouverture au public : elle voudrait en parler dans un article consacré aux lieux à visiter dans la région en automne. Après avoir répondu à ses questions je lui demande, intrigué, comment elle a pu filer ma trace. En effet je n'établis aucun lien entre le domaine professionnel et ce jardin. Par ailleurs je ne diffuse que très parcimonieusement des informations à son sujet, tenant à maintenir le lieu dans une certaine confidentialité. Pour le moment je n'y accueille qu'un public ciblé et en de rares circonstances.

La journaliste me raconte alors son cheminement qui, du site internet où elle avait trouvé l'adresse de mon jardin l'a menée vers mon téléphone privé. Mon répondeur n'étant pas très loquace elle a cherché un office du tourisme, inexistant, puis s'est adressée à la mairie. Là une secrétaire, qui connaît bien le conseiller municipal que je suis, lui a simplement communiqué mon numéro de téléphone professionnel...

Cette jonction établie entre ma "vie privée ouverte au public" et ma vie professionnelle, qui ne sont pas strictement étanches, m'a fait penser à ce qui se passe ici avec le blog. L'étanchéité n'y est pas non plus totale puisque j'aborde régulièrement des aspects plus ou moins "privés". Dès l'origine, j'ai eu une écriture centrée sur l'intime et je crois que c'est ce qui en faisait l'intérêt. J'aurais pu continuer à l'explorer de plus en plus profondément mais, comme d'un autre côté j'ai progressivement étendu la notion de "vie privée" à ce qui concernait aussi celle d'autrui, j'ai considérablement restreint mon champ d'expression.

Mes écrits, comme ceux de bien d'autres, ont vu s'éroder ce qui faisait leur intérêt : l'intériorité non apprettée, les contradictions et ambivalences, le dialogue du soi à soi. Bref : le chantier brut de l'être en construction. Ce moindre intérêt je le déplore. Certains d'entre vous m'en font d'ailleurs part de temps en temps.

A tel point que j'en viens à me demander si, par occultation d'une part de l'essentiel, je n'en suis pas venu à distordre le sens même de la démarche de conscientisation/partage. Les perceptions qui me sont renvoyées me semblent parfois tellement faussées que je ne peux que m'interroger sur ce que j'émets.

Je crois que des données essentielles résident dans ce que je dissimule...

Pourtant... je constate aussi, avec ravissement, qu'une part d'entre vous sait lire avec justesse entre les lignes, décrypter les silences, tout en respectant la discrétion qui sied aux affaires privées.

Je vous en remercie :)

 

IMGP4480

Premières notes de la symphonie des couleurs
(10 septembre)