Je suis tombé un jour, par je ne sais quel hasard, sur le blog de Virginie. Je ne connais pas Virginie mais je la trouve vraiment audacieuse. Pensez-donc : cette jeune fille a décidé de faire le tour du monde.
Pendant trois ans.
Seule.

Trois ans seule à parcourir la planète ! De quoi tordre le cou à tout ce qu'on peut entendre sur la dangerosité d'être une femme, déjà. Mais ce qui m'a le plus impressionné c'est d'oser partir à l'aventure ainsi. Choisir le nomadisme ET la solitude, je trouve ça très fort. Et visiblement, ça vaut le coup...

Virginie prend beaucoup de photos, qu'elle poste un peu en vrac sur son blog. Des photos "ordinaires", dans le sens qu'elles présentent le quotidien des populations qu'elle rencontre, mais souvent extraordinaires par la beauté des paysages, des villages, des habitants, des regards saisis. Il y a là quelque chose de très "authentique", terre à terre, loin de la modernité, et certaines photos sont magnifiques, dignes des reportages du magazine Géo.

Quand je vois les photos de Virginie, je me dis que le monde dans lequel je vis, très artificiel, est décidément bien particulier. Très superficiel, en fait. Déconnecté du réel, à force d'être en connection permanente avec le distant, l'ailleurs. Savoir ce qui se passe  maintenant hors de ce qui me concerne, ça m'apporte quoi ? J'essaie de me tenir à l'écart de l'actualité, qui est sans doute un des pire maux de la modernité, mais je n'y parviens pas toujours. Au final, qu'ai-je besoin de savoir de l'immédiat qui, sans les médias, me serait inconnu ? Peu de choses... 

Le savoir, la connaissance, sont utiles en structurant ma pensée, en l'éclairant, en lui donnant des éléments de comparaison. Mais "l'info en direct", à quoi ça me sert ? J'ai l'impression que le désir d'immédiateté, de nouveau, d'inconnu, tend vers la boulimie. Si je n'y prenais garde il me happerait en me détournant de quelque chose de plus "vrai". De plus vivant. De plus... essentiel.

 

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Essentielle, l'info ? Laquelle ? Et pour qui ?

 

Pourquoi je parle de ça ? Et bien figurez-vous que, en voulant suivre la campagne d'opposition à la pêche en eaux profondes, astucieusement mise en image par Pénélope Bagieu, je me suis trouvé sur une page Twitter [je ne savais même pas qu'on pouvait avoir accès à Twitter via internet, pour vous donner une idée de mon ignorance sur ce bazar...]. Là il y avait des liens de partout : vers les auteurs, vers des mots précédés d'un # qui m'ont semblé être l'équivalent d'un fil de discussion. J'ai cliqué sur quelques uns de ces liens et rapidement compris que ce monde de l'instantané court ouvrait à une infinité de ramifications et de papotages scotchés à l'actualité. Franchement j'ai trouvé cela effrayant ! Non pour le contenu, mais pour le principe : la mise à disposition instantanée de micro-infos. J'ai bien vu que ça pouvait ouvrir à de multiples sources d'information, plus approfondies, voire enrichissantes pour la pensée. En ce sens l'outil est intéressant [si toutefois les sujets abordés le sont...]. Mais ce totalitarisme de l'immédiat m'a fait peur. À coté de ça l'internet que je fréquente me parait presque archaïque ! 

Je ne sais pas trop où va ce monde du déferlement continu d'infos les plus diverses mais je me dis, en voyant le contraste avec les photos de Virginie, que nous perdons certainement quelque chose à être autant distraits par l'immédiat qui ne nous concerne pas.

 

 


« Nous ne pensons plus, nous ne faisons que digérer et régurgiter, avec plus ou moins de pertinence, ce que les initiés profèrent et que les ondes de toutes sortes portent jusqu'à nos oreilles. »

Gicerilla, "Touche pas à ma pute"

 

 

 

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 Madagascar

(Photos empruntées au blog de Virginie)