Impossible de passer à travers : chaque début d'année les "Meilleurs vœux" sont omniprésents ! En famille, entre amis, sur les blogs... C'est une sorte d'automatisme, parfaite intégration d'un code de bienséance censé être bénéfique à tous. Au travail, lors de la reprise, il est d'usage de montrer le même zèle. Difficile de se soustraire à cette coutume : le moindre contact avec les collègues, clients et autres partenaires plus ou moins connus, oblige à prononcer la formule incantatoire adéquate ou, au minimum, à y répondre avec un semblant de conviction. C'est la règle de base de la politesse, elle même garante de relations cordiales...

Alors on va répéter, plusieurs jours durant, en se retournant la politesse : Meilleurs vœux ! Bonne annééée, bonne santéééé [et toute autre déclinaison envisageable].

D'où vient-il, cet élan soudain d'altruisme et de bienveillance envers son prochain ? En quoi le fait de changer d'année ouvrirait-il une nouvelle ère, qu'il faudrait consacrer par un rituel de pensée magique ? Evidemment personne n'y croit, à cette magie [si ?] et c'est donc en toute tartufferie qu'on balance sa formule... même si on y met du coeur ! Bien sûr que l'on souhaite à chacun une vie heureuse et pourquoi ne pas le dire en un jour particulier ? Un seul jour, pour montrer une attention, une pensée, exprimer une sensibilité... Oui, pourquoi pas ?

Je me sens néanmoins légèrement faux-cul quand je participe à cet échange de vœux... C'est comme si la sincérité des pensées était dévalorisée par l'obligation implicite de suivre la tradition.

Au fait, vous savez ce que c'est, un voeu ? Etymologiquement le Votum latin désigne une « promesse faite à une divinité pour obtenir sa faveur ou en remerciement d'une prière exaucée ». C'est donc loin d'être d'un altruisme totalement désintéressé. D'ailleurs le fait que mot "vote" ait la même origine porte à réfléchir... Mais le sens commun du voeu est plutôt celui du « désir de voir se réaliser quelque chose ». Autrement dit, un souhait (étymologiquement : une sous-promesse). On notera au passage que souhaiter les meilleurs vœux est une formule qui répéte le même terme, sans doute pour en doubler l'efficacité...

Mais les voeux, c'est comme la prière : si ça fonctionnait ça se saurait. Mon cartésianisme pur et dur me fait ranger tout ça dans le domaine des superstitions. Celles dont il est question ici ne peuvent pas faire de mal, me direz-vous, et c'est déjà bien ! Il est toujours agréable de savoir que quelqu'un pense à nous avec bienveillance et nous souhaite "le meilleur". C'est là tout son pouvoir, d'ailleurs. L'inconvénient c'est que la formalité des voeux étant devenue quasi-obligatoire, sous peine de passer pour un goujat, un grincheux ou un pisse-froid, cela en altère inévitablement la sincérité.

Quant à l'efficacité des voeux, je crains fort qu'elle soit moindre que celle du vote, dont tant de nos concitoyens se détournent pourtant. Allez comprendre...

L'an dernier, à pareille date, alors qu'un peu partout chacun se souhaitait avec effusion une "bonne année" sous toutes les déclinaisons imaginables, la maison de mes voisins se volatilisait en millions d'escarbilles incandescentes dans le ciel, les laissant démunis de tout. Trois jours après le changement d'année, ça relativisait forcément le pouvoir des souhaits les plus divers ! Je suis pourtant certain qu'eux aussi avaient eu droit, comme chacun, à leur quota de "Meilleurs vœux". Visiblement ça n'avait pas fonctionné... 

Alors j'ai eu envie, juste pour voir, de me faire une idée du nombre de personnes qui n'auront pas été protégées par les vœux du changement d'année. Ou autrement dit, pour qui les souhaits de bonne année n'auront pas tenu leurs promesses. Résultat sans appel: 56 millions de décès par an dans le monde.

 

Ah ben oui, ça rigole pas !

La santé ?
12,6 millions de nouveaux cancers par an dans le monde; 17 millions de morts d'accidents cardio-vasculaires; 1,2 millions de morts par accident de la route...

En contrepartie, bonne nouvelle (ou pas, c'est selon...) : 4 naissances à la seconde, ça donne 132 millions de nouveaux humains par an. Et, réjouissante nouvelle, à l'instant où j'écris, déjà 33 millions de rapports sexuels en France depuis le 1er janvier !

[Plein d'autres statistiques ici]

Bon ben... je ne vous promettrai rien que je ne puisse tenir, hein, mais j'émet aujourd'hui le désir que chacun de vous trouve les ressources nécessaires pour faire de sa vie, jour après jour, une belle trajectoire. Et que le bonheur que vous en ressentirez rayonne autour de vous. C'est ainsi que l'on peut agir pour un monde meilleur...

 

 

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Jardin exotique de Monaco - 31 décembre 2013