J'ai lu avec intérêt les soucis de riche de Valclair, puis la suite sur l'argent qu'en a donné Samantdi, flambeau repris par Otir avec les émotions que procurent l'argent. Sur le thème du rapport à l'argent Kyrann en a marre et décrit un autre aspect : comment ça se passe au sein d'un couple. Ouais, j'ai connu ça, dans ma "vie d'avant"...

Le sujet m'intéressait mais l'opportunité de l'aborder s'est manifestée en consultant mon compte bancaire, hier soir : à découvert depuis le milieu du mois. Merde ! Découvert encore modeste puisqu'à ce jour il n'atteint pas encore les 100 euros autorisés, mais assez préoccupant pour ce qui est de tenir jusqu'à la prochaine paye. D'autant plus préoccupant que je n'ai aucune dépense superflue. Il me faut bien manger un peu (nourriture simple et pas chère, en promo si possible) et mettre de l'essence dans ma voiture (240.000 km au compteur) pour aller travailler. Aucune sortie ni loisir payant (se promener est encore gratuit...), aucun voyage (j'appelle "voyage" tout trajet supérieur à 100 km), pas d'achat de vêtements depuis... des années. Tout juste un petit resto à petit prix en de rares occasions.

Je pratique le covoiturage depuis quelques mois, d'abord pour des considérations environnementales, mais qui me permettent aussi de diviser par deux la fréquence de passage à la pompe. Je limite mes déplacements au maximum, utilise le train et les transports en commun pour tout déplacement un peu éloigné, pour les mêmes raisons. J'ai réduit ma vitesse moyenne sur route et conduis souplement, afin de limiter encore la consommation de carburant.

Rien n'y fait, malgré mon colossal salaire de 1160 euros, je ne gagne pas de quoi subvenir à mes besoins élémentaires. Je suppose que je fais partie de ces "travailleurs pauvres" dont parlent les médias, quoique j'ai en perspective la totale propriété de ma maison dans deux ans. D'ici là... il va me falloir faire très attention. Et encore, la chance à voulu que notre propriété conjugale soit située dans un secteur suffisamment prisé pour que la forte hausse des prix de l'immobilier permette un partage sans vendre la maison. En apparence tout semble donc "normal" : j'ai une voiture, une maison, je suis habillé correctement. Mais si le moindre imprévu survient, je n'ai aucune réserve ! Rien ! Hummm, un peu précaire, tout ça...

Mon budget étriqué est aussi grevé du prix de ma formation à l'accompagnement des couples et des relations familiales : 110 euros par mois. C'est cher et ça ne rapportera pas gros lorsque j'aurai terminé, dans deux ans.

Les professions du social payent mal, c'est un fait. Appréciation encore confirmée aujourd'hui durant une session de formation professionnelle (oui, je me forme beaucoup en ce moment...) à laquelle je participais. Parmi d'autres considérations peu encourageantes il apparaissait que faire un métier dans l'accompagnement social (l'insertion) demandait qu'on aime ce qu'on fait... mais c'est comme si aimer son métier était une telle gratification qu'il était superflu d'être rétribué à la hauteur de l'investissement personnel et des compétences humaines que cela demande. D'ailleurs, le peu de considération envers les personnes en grande difficulté face à l'emploi risque fort de s'aggraver encore avec le système politique en place. C'est alarmant de voir dans quelle direction vont les choses pour des personnes déjà en précarité. L'avenir s'annonce plutôt inquiétant... (faudrait que j'écrive un billet sur ce sujet).

Finalement, malgré mon statut enviable de salarié en CDI, je suis à peine mieux loti que les personnes que j'encadre (par le biais d'allocations diverses, certaines gagnent plus que leurs encadrants !). Comme eux, je n'ai pas la chance (ben oui !) d'être soumis à l'impôt sur le revenu (quoique j'ignore ce qu'il en sera pour la déclaration remplie lundi...)

Pourtant je suis issu d'une famille qui a été, comme Valclair, soumise à l'impôt sur la "fortune" (!) pour des questions de patrimoine immobilier. Il y avait donc une certaine aisance. Ma mère nous rappelait toujours que nous faisions partie des 1% les plus riches de la planète (chiffre calculé à la louche mais approximativement exact). J'ai bénéficié des nombreux avantages procurés par le statut de cadre supérieur de mon père, dont le seul salaire suffisait à faire vivre sans souci majeur six personnes, avec vacances à l'étranger une année sur deux, et même une semaine de ski en hiver. A l'époque j'avais un peu honte d'être "riche", comme si c'était une tare, et je n'aimais pas en parler avec ceux que je sentais moins favorisés. À part ça, l'argent, bien que loin d'être surabondant, n'a jamais vraiment été une préoccupation du temps de ma jeunesse. Il l'est devenu de façon croissante lorsque, à notre tour devenus parents, nous avons eu trois enfants il y a une vingtaine d'années. Mais même là j'ai entretenu avec l'argent un rapport singulier, me souvenant que ce n'était pas par ce biais là que passait l'affection qu'on avait pour quelqu'un. L'argent, forme d'affection détournée, ne m'a pas donné ce dont j'avais besoin étant enfant et je crois que j'en reste marqué à vie...

Je n'aime pas l'argent.

La vie s'est cependant chargée de me rappeler que c'est indispensable. Ayant finalement du subvenir seul  à mes besoins en fin d'été dernier, suite à ma crise existentielle de milieu de vie (assez liée à mon rapport insouciant à l'argent...), j'ai fait une demande de RMI... Par chance (et aussi parce que j'avais la capacité mentale de me bouger le cul), le processus est devenu inopérant quelques jours plus tard lorsque j'ai décroché le poste que j'occupe actuellement.

Je suis donc passé très près de la précarité...

Mais... en suis-je sorti ?