Hier je suis parti en quête d'un fichier informatique que je n'avais plus utilisé depuis des années mais dont il aurait été regrettable que je perde les données. Ne le trouvant pas sur le superbe iMac que je me suis offert l'an dernier, j'ai rallumé mon ancien PC, acquis en 2004, pour une pêche plus fructueuse. Las ! il n'y était pas non plus ! Il m'a donc fallu aller farfouiller plus loin, dans le stock poussiéreux des disquettes de sauvegarde.

Des disquettes, vous vous rendez compte ? Bientôt plus aucun ordinateur ne permettra de les lire ! Il serait temps que je recopie leur contenu avant qu'il disparaisse...

Parcourant mes disquettes à la recherche du précieux fichier, j'ai retrouvé une multitude de documents plus ou moins oubliés. Pour ce qui est des dossiers professionnels, tous périmés, ils n'ont plus aucun intérêt. Mais d'autres fichiers peuvent éventuellement avoir une valeur d'archive. Je pense notamment aux écrits que je n'ai jamais publiés sur internet. J'ai ainsi redécouvert quelques textes "secrets" (et que j'avais oublié avoir écrit...), mais surtout nombre de correspondances plus ou moins suivies. Paradoxalement le monde virtuel peut laisser des traces matérielles bien plus durables que ne le sont les souvenirs du réel. Surtout quand l'habitude est là, depuis l'origine, de sauvegarder les échanges de courriers dès lors que leur contenu revêt une importance significative. Certaines de ces correspondances se sont étalées sur des mois, voire des années, et constituent par cela même un patrimoine... 

Cela me vaut le privilège d'être détenteur d'un nombre impressionnant de conversations écrites, de partages épistolaires, de confidences murmurées, de complicités temporaires, de thérapies sans ordonnance. Des pans entiers de vie se trouvent là, accessibles, consultables. Par moi seul. Des centaines de pages dormantes, tracées dans la richesse des partages passés, sédimentées, fossilisées. Mots d'un moment ayant permis une avancée vers l'interconnaissance ou longs échanges construisant au fil du temps un parcours, une aventure, un destin.

Qu'en faire ?

Je ne me poserais peut-être pas la question si je ne m'étais pas intéressé de longue date à la sauvegarde du patrimoine autobiographique, à travers l'action de l'APA. À l'origine je pensais au devenir du journal intime que je tenais depuis l'âge de quinze ans. Aujourd'hui je verrais davantage l'intérêt des correspondances : l'écriture de soi adressée à autrui. Elles sont comme des dialogues intemporellement vivants, où ce que l'on a donné un jour de soi continue d'interagir avec quiconque le lit. Il en diffuse toute la vitalité des échanges humains. Que de belles rencontres j'ai eu la chance de vivre ! Que d'humanité sensible j'ai découvert ! N'est-il pas dommage de n'en rien faire ?

Ces correspondances tiennent du secret partagé, évidemment. En même temps, elles portent une part d'universalité. À ce titre n'ont-elles pas une valeur propre, indépendante de leur aspect privé ? N'est-ce pas faire oeuvre utile que les conserver ? De les diffuser confidentiellement ? Combien d'années faut-il laisser s'écouler avant que l'intime perde son statut prépondérant ?

À  méditer...

 

 

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Un lieu propice à la méditation

(Jardin Zen d'Erik Borja - Drôme)

 

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