Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

09 novembre 2009

Ruptures d'amitié

« Je sais des amitiés fortes, vraies quand elles étaient, qui ne sont plus. Le pourquoi du comment est difficile à cerner. Tout au plus, je crois, arrive-t-on parfois à émettre des hypothèses sur les raisons de la rupture. Et une première difficulté est là, quand l'amitié était, tout pouvait être entre dit. Quand on est en rupture, on ne peut plus tout se dire ... et donc on se réduit à supposer. La deuxième difficulté est d'avoir la lucidité de se poser les vraies questions et encore plus de se construire les vraies réponses sur la responsabilité de la rupture. Je ne parle pas ici de culpabilité, de faute ou de je ne sais quoi. Je parle de cette réponse à donner au pourquoi? Sans concession, ni hargne que ce soit vis-à-vis de soi, de l'autre ou des autres qui sont intervenus dans la relation brisée (c'est, à mon avis, souvent dans un subtile mélange d'une relation à deux avec interférence que se fonde la rupture). La troisième difficulté est de revivre sans cette amitié... et c'est parfois cette difficulté qui est la plus grande. On se sent amputé d'une part de soi-même, d'une part profonde de soi-même et notre image à nos propres yeux en est altérée pour toujours... Je crois, en tous cas ... »

Commentaire de fc, lu chez Coumarine - "La mauvaise rencontre"

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31 octobre 2009

Court-circuit

refletDepuis quelques jours je me sens vidé. Complètement à plat. La comparaison qui me vient est celle d'une batterie : j'ai l'impression que mon énergie vitale, accumulée et entretenue jour après jour, s'est déchargée en très peu de temps. Comme s'il y avait eu un court-circuit. Il en résulte une importante fatigue, qui me fait m'endormir très tôt en soirée.

J'ai rapidement trouvé une explication probable... mais j'en ai cherché d'autres [je pourrais me demander pourquoi j'en ai cherché d'autres...].

La dernière venue, la plus rationnelle, pourrait être le passage à l'heure d'hiver, le week-end dernier. Sauf que je ne suis habituellement pas dérangé par cet ajustement bi-annuel. Pas plus que par des décalages horaires importants lorsque je voyage. L'ampleur de ma fatigue actuelle me parait donc disproportionnée avec ce facteur.

Côté travail, bien que j'arpente avec mon équipe des chemins de montagne, il n'y a pas de quoi m'épuiser. D'autant moins que le magnifique spectacle des forêts colorées et des montagnes serait plutôt de nature à raviver mon énergie !

Il se pourrait bien, alors, que ce soit le fait de m'être... déchargé de ce traumatisme d'une confiance déchirée. J'en évalue mal l'importance, bien que j'en sache la charge émotionnelle. Dans quelle mesure ma vie relationnelle a t-elle été conditionnée par la "perte" de ce frère-ami ? Je crois que le refoulement du traumatisme le rend assez opaque à ma conscience. Je l'ai très longtemps minimisé, considérant que ce n'était qu'une pénible péripétie de ma pré-adolescence, cause partielle d'un repli solitaire précoce. Jusqu'à ce que l'importance de ce que j'ai ressenti comme une trahison ne se révèle lentement, par prises de conscience successives et en étapes très espacées, au cours de mes années d'introspection. C'est finalement au cours d'une séance de thérapie que, submergé par un flot d'émotion totalement insoupçonné, je me suis entendu dire ce que j'avais enfoui : une profonde tristesse face à la "disparition" de ce frère-ami. C'était il y a peut-être quatre ou cinq ans, alors que j'avais le besoin impérieux de comprendre pourquoi j'étais tellement profondément atteint en subissant la... disparition d'une grande amitié amoureuse.

Je sens bien que ces deux évènements sont étroitement liés. Je sais bien qu'il y a eu une répétition et que ce n'était pas la première fois. Je sais aussi que ces deux évènements bornent chacun une extrêmité d'un même série d'épisodes traumatiques : le premier l'a ouverte et le dernier la clôturera. À tout prix. J'ai fait le choix délibéré de ne plus jamais vivre le sentiment de trahison. Il est beaucoup trop mortifère pour être répété. C'est pour répondre à cette décision que j'ai entrepris, presque malgré moi, de changer radicalement ma façon de me lier. Je suis devenu "solitaire" dans l'âme. Ou autrement dit "affectivement autonome". Cela ne m'empêche nullement de me lier, y compris de façon proche, mais... autrement. Plus comme auparavant.

C'est pour moi un énorme changement, à l'oeuvre depuis plus de cinq ans. C'est en cela que je considère ces traumatismes comme des "chances" puisque mon évolution y est directement liée. Le premier en me poussant vers l'intériorité, le second en me libérant de la peur de l'abandon. Ou plus exactement en me permettant de trouver une stratégie pour faire avec cette peur... ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Je n'ai pas supprimé ma peur : j'évite simplement de me mettre en danger. Ma liberté à cet égard ne s'exerce qu'entre les limites que je me suis donné.

Voila pourquoi je ne suis plus devenu amoureux des femmes avec qui se sont nouées des relations d'intimité. Voila pourquoi je reste aussi farouchement "libre", refusant de prendre le risque d'une dépendance affective. Ce que je construis avec elles, entre confiance et affectif, se situe dans l'envie et le constat. Pas dans le besoin et l'attente. Et exclusivement au présent.

Quant à l'amitié... je dirais presque qu'elle doit passer par l'épreuve du feu : soit que la confiance n'ait jamais été endommagée, soit qu'après l'avoir été, à quelque degré que ce soit, il y ait eu reconnaissance du préjudice. Certaines des personnes que je considère comme amies aujourd'hui m'ont parfois involontairement blessé, dans le passé. Mais leur capacité à se remettre en question, en acceptant et reconnaîssant ma blessure affective, sans la minimiser, a restauré la confiance. Probablement plus solidement. Cela est toujours passé par un libre dialogue, cela va de soi...

Quel est le rapport avec l'épuisement évoqué en début de ce billet ? Aucun, directement. Mis à part le fait qu'évoquer ce qui s'est passé avec mon frère à ravivé une sensation d'impuissance à "réparer" une autre relation essentielle dans laquelle j'ai impulsé beaucoup, beaucoup, d'énergie... sans, jusqu'à ce jour, parvenir à ce que je souhaitais. Et je crois que, par le faux hasard des coïncidences, c'est la vraie raison de ma fatigue subite...

Il est important que j'en aie conscience afin que je cesse de m'exposer à ce genre de situation.

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25 octobre 2009

Une confiance déchirée

Les prises de conscience se font parfois par surprise. Ainsi en est-il de mes digressions autour de l'amour, qui me font flirter avec l'amitié tant désirée.

L'amitié et moi, c'est une longue histoire d'amour inaccompli, née d'une déchirure.

J'avais un ami. Un semblable différent, tellement proche que je le prenais pour un double. Un autre moi, un presque jumeau. C'était mon frère et j'avais six ans. Je crois que je l'ai considéré comme mon ami à cet âge là, alors que je le cotoyais depuis déjà cinq ans.

Nous avons grandi. Moi un peu plus vite que lui en maturité, lui un peu plus vite que moi en hauteur. Un jour, alors que j'entrais dans les prémices de l'adolescences, je lui ai confié un secret : mon intérêt nouveau pour les femmes. Pour les filles, plus exactement. Je me souviens lui avoir dit « je me sens devenir adolescent ». Le lieu exact de ces confidences est resté gravé dans ma mémoire, quelque part sur la route qui nous menait, à pied, vers l'arrêt du car.

Le soir même il rapportait, victorieux, son trophée dans la famille : mes confidences d'une virilité à peine naissante. Il étala vulgairement, devant tout le monde, mes précieux mots intimes. Mortifié je lui criai de cesser mais il continua, goguenard. J'avais terriblement honte. Il récidiva quelques jours plus tard, sachant très bien quelle avait été ma réaction, et cette fois je m'enfuis dans ma chambre. Vaincu, trahi. Oserais-je dire "castré" ?

J'ai perdu mon ami, mon frère, à cette occasion. Il avait trahi la confiance que je lui avais accordé sans assez de prudence. Sans doute n'a t-il pas mensuré la portée de son acte, ou bien au contraire avait-il eu besoin, pour quelque raison qui lui est propre, d'en passer par là. Dominer son frêre aîné, prendre une revanche ou je ne sais quoi. Il eut des comportements humiliants à mon égard, en public, à plusieurs reprises dans les années qui suivirent.

Près de quarante ans plus tard nous restons des étrangers l'un à l'autre, distants, alors que nos enfants et parents nous trouvent si semblables dans nos interrogations profondes. Peut-être mon frère pourrait-il être un ami... mais je n'ai plus confiance.

Ce frère perdu je le pleure, en silence, depuis que j'ai pris conscience du manque. C'est comme s'il était mort. Avec les ans est passée la haine que j'ai pu avoir à son égard de m'avoir non seulement "trahi", mais d'avoir simultanément brisé ce que je vivais comme une amitié. J'ai tenté, il y a une quinzaine d'années, de rétablir un contact qui passait par la reconnaissance mutuelle de quelques blessures d'enfance. Il ne se souvenait pas de ce dont je lui parlais, pour lui c'était de l'histoire ancienne... mais lui aussi avait des griefs à mon encontre, et des blessures tenaces. Quand j'ai tenté de lui demander pardon... il m'a rit au nez. Nous en sommes restés là.

Je sais qu'il demeure un lien, probablement fort, mais il ne se manifeste pas ouvertement. Le passé pèse lourd, bien au delà de nos vieux différends, et chacun semble avoir sa façon de le dépasser : en parler ou ne pas revenir dessus. Nos stratégies d'existence ont été radicalement différentes.

Cette blessure initiale aurait pu être réparée par d'autres amitiés solides, ultérieurement, mais ayant probablement tracé une ligne de faiblesse, celle-ci s'est réouverte avec une déconcertante facilité à plusieurs reprises. Mes amitiés profondes ont été d'autant plus rares que se cumulaient les pertes. De déconvenues en déceptions cela m'a mené vers un détachement affectif protecteur et, actuellement, à une extrême prudence dans l'établissement des liens de confiance.

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Terres de sable aux environs de Tadoussac, Québec

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Quelques mots sur l'amitié

« – En somme, l'amitié, c'est l'âge adulte de l'amour.
– C'est l'amour calme. L'amour se prend au sérieux, mais l'amitié ne plaisante pas. Tandis qu'en amour, un clou chasse l'autre, un ami perdu se perd tous les jours. Alors que les vieux amants se lassent, après avoir chéri des qualités empruntées, l'amitié élit arbitrairement, une fois pour toutes, la personne tout entière, et lui souffle dans les ailes. Plutôt le don de soi que l'annexion de l'autre : comme en toute bienveillance pure de l'intérêt qu'on y trouve, il y a plus d'amour dans l'amitié que dans l'amour lui-même .»

Extrait de Sens et vie : L'alter egal, par Raphael Enthoven

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24 octobre 2009

De la pureté de l'amour

Régulièrement je me sens tressaillir lorsque est fait un usage aussi large qu'imprécis de mots censés être compris par tous de la même façon. Or des mots fort importants sont subjectivés, teintés d'une coloration toute personnelle sans que celle-ci soit consciente. Un peu comme s'il allait de soit que tout le monde avait les mêmes représentation que celui ou celle qui s'exprime.

Quand il s'agit de mots tels que aimer, amour, amitié, fidélité, je sais qu'il me faut faire abstraction de mes conceptions personnelles pour tenter de les entendre selon le sens commun. Mais ça me dérange toujours. J'ai l'impression de me nier pour entrer dans une interprétation faussement consensuelle, sans relief et trop restrictive. Alors l'envie me vient parfois de préciser ma vision des choses, en sachant bien que souvent on tentera de me faire comprendre que ma vision est un peu particulière, voire carrément absurde, donc pas vraiment recevable.

Pourtant c'est important de s'entendre sur le sens des mots ! Surtout quand leur polysémie les rend vagues. Et moi, parce que je navigue souvent dans des entre-deux, je ressens d'autant plus le besoin que les choses soient claires. Le flou n'a d'intérêt que par les mises au point sur différents plans qu'il permet.

Je reviens donc régulièrement sur ce que signifie pour moi "aimer" et pourquoi je n'emploie ce terme que dans un sens très précis, refusant obstinément de le galvauder. Quand ce mot s'applique aussi bien à des objets, de l'alimentation, des actions, des attitudes, des lieux, des animaux, des personnes... et à l'état éphémère de la béatitude amoureuse, je m'y perds ! Tant de registres différents pour un même mot ! Alors peu à peu j'en suis venu à n'utiliser ce terme que dans un sens très pointu : celui de l'Amour "pur", ou absolu. Aimer l'autre entièrement, sans aucune condition, malgré tout ce qui en lui pourrait me déranger. Autrement dit l'Amour inconditionnel... celui-là même que je crois inatteignable à l'humain. En tout cas moi je ne suis pas capable de l'atteindre actuellement ! J'essaie cependant de m'en approcher. Je dirais presque de m'y élever... Pourtant je sens bien qu'il y a une part de cet amour dans mon rapport aux autres, en doses infiniment variables. Il y a aussi d'autres parts, parfois nettement moins nobles...

Je vois donc l'amour "pur" comme un constituant qui, mélangé à d'autres, donne ce qu'on appelle communément "aimer". Et c'est ce second sens qui me dérange, parce qu'il entretient une confusion. C'est comme si on utilisait le même mot pour désigner le vulgaire charbon et le diamant, carbone pur...

Alors quand on me dit « est-ce que tu m'aimes ? » ou « dis-moi que tu m'aimes », je suis bien embêté pour répondre. J'ai besoin de préciser... et parfois ça déçoit. Et si on insiste, je peux très bien me mettre en colère. Pourtant j'aime... mais pas de façon absolue.

Évidence ? Peut-être, mais je préfère quand c'est dit.

Même en l'utilisant dans le sens commun, est-ce qu'aimer est un mouvement vers l'extérieur... ou la satisfaction d'être comblé par cet extérieur ? Quand j'aime, est-ce que c'est un objet d'amour que j'aime... ou ce qu'il me renvoie de bienfaisant ? N'est-ce pas aussi moi que j'aime en aimant autrui, puisque cela me fait du bien de me sentir aimant et aimé ? Pas simple...

Et je ne parle même pas de l'illusion que constitue l'état amoureux !

Par contre l'amitié m'intéresse beaucoup, parce que fondamentalement elle est constituée avec les mêmes ingrédients que ce qu'on appelle communément "amour". Théoriquement sans le désir. Et la plupart du temps sans exclusivité. Je dirais même que l'amitié n'est généralement pas pervertie par les attentes que génère bien souvent "l'amour". En ce sens elle serait plus proche de l'Amour pur.

Je considère aussi, peut-être à tort (?) que ce qu'on appelle "amour" se transforme au fil du temps en une relation qui tient beaucoup plus du registre de l'amitié que de l'état amoureux. C'est en tout cas l'expérience que j'en ai. Je sais bien qu'il existerait, paraît-il, des couples qui restent "amoureux" après des décennies de vie de commune. Encore faudrait-il préciser ce qu'on entend par "amoureux" et si tout le monde s'accorde sur le sens de ce terme. Pour ma part je ne me souviens pas d'avoir rencontré un jour ce genre de couple. Par contre je connais une pléthore d'amis, souvent mariés, qui vivent en couple, partagent une sexualité (pour ce que j'en sais...) et appellent ça "amour". Quelle est la nature de leur désir réciproque ? Hum, je l'ignore puisque cela ne fait pas partie des sujets habituels de conversation. Cependant les quelques confidences que j'ai pu entendre ne faisaient que très rarement état d'un débordement de désir. Or qu'est l'amour sans le désir ?

Quant à l'amitié, selon l'expérience que j'en ai, c'est un lien qui s'installe doucement, prend sa place, se tisse et se renforce au fil du temps. Parfois il s'étiole ou se distend, mais sans les fracas d'une rupture. Mes amitiés je les constate : elles sont issues d'une confiance et d'un respect réciproques. Elles sont une présence fiable. Elles n'ont pas d'exigences, pas de conditions, pas d'interdictions ni d'obligations. Peu m'importe l'intensité de ces amitiés et la fréquence des contacts : ce sont des relations dans lesquelles je me sens libre. Accepté pour ce que je suis.

Voila pourquoi je préfère l'amitié à ce qu'on appelle "amour", encombré de beaucoup trop d'attentes. D'ailleurs il me plaît assez de croire que l'amitié puisse tendre vers de l'Amour authentique.

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Averse sur le fjord du Saguenay - Québec

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22 octobre 2009

Verrouillé

Verrouillé, c'est le terme que j'ai employé spontanément pour parler de mon "ouverture" aux élans amoureux. J'ai tenté de préciser à celle qui m'écoutait que ce n'était pas forcément une fermeture définitive, qu'il restait toute possibilité de voir changer cet état de fait... Tssss, la psy n'a pas été dupe : « Vous avez dit "verrouillé"... ? ». Ouais, c'est vrai, je sens bien que quelque chose est encore verrouillé.

Ça ne m'inquiète pas outre mesure, ni ne me dérange. Je le prends tel quel, sans ressentir de manque dans mon existence : c'est ainsi pour le moment. D'un autre côté les quelques femmes avec qui s'est noué un rapport intime depuis les années qui ont suivi ma grande désillusion ont toutes manifesté, assez rapidement, leur besoin de me voir investir plus intensément le domaine des sentiments. À chaque fois j'ai tenté de préciser ma position, de décrire ce que j'appréciais dans la relation vécue, ce que j'avais envie de partager, tout en ne cachant rien de ce que je n'investissais plus : le champ amoureux. Généralement j'en suis venu à expliquer brièvement l'origine de ma fermeture et ma hantise de la dépendance affective. Systématiquement, passé un épisode de déception bien compréhensible, s'est ajusté l'investissement affectif de mes partenaires. Pour la plupart cela a abouti à la fin de l'approche séductive... mais, jusque là, sans rupture de la relation. Il y a eu transformation de la dynamique, avec recentrage vers une sorte d'essentiel : la rencontre de deux personnalités qui ont quelque chose à partager et s'éclairent mutuellement. Un peu comme si chaque relation, débarrassée d'attentes inassouvissables, finissait par trouver une voie de compromis satisfaisant. Prend alors place quelque chose de fondé sur l'authenticité de chacun, qui pourrait mener vers... l'amitié. Une confiance réciproque et un respect des désirs de l'autre, ajustés à ce que chacun peut offrir.

Ces amitiés restent particulières parce qu'étayées non seulement par un partage de pensées et d'affection, mais aussi par l'empreinte des corps. J'aime beaucoup cette dimension qui relie intimement en laissant une trace sensible dans les profondeurs de l'être. Il semble cependant que le passage d'un rapport de séduction à une relation d'amitié interdise souvent au désir de garder la place qu'il avait. Il faut du temps pour retrouver un nouvel équilibre relationnel. Je ne suis pas sûr que pour chacune de mes partenaires la dimension sensuelle, et a fortiori sexuelle, puisse se rétablir hors du désir initial, lui-même ayant été porté par leur sentiment amoureux. Il y a là, profondément ancrée dans notre culture, une nette dissociation qui semble exclure l'un de l'autre.

Je vois donc se réinstaller au sein de ces relations, au moins temporairement, une part d'incertitude quant à la distance à tenir. Comme une nouvelle phase d'approche après un nécessaire éloignement...

Qu'importe : à mes yeux l'amitié durable est plus précieuse que le fugace désir. S'il faut sacrifier l'un pour conserver l'autre je sais ce que je choisis.

IMGP5055b

Groupe de Belugas - Estuaire du Saguenay dans le Saint Laurent

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10 août 2009

Quand j'aime une fois j'aime pour toujours

Il y a une chanson du québecois Richard Desjardins qui dit « quand j'aime une fois j'aime pour toujours ». Si je me fie à ma vie amoureuse, somme toute bien plus restreinte que ce que ma pluralité relationnelle pourrait laisser penser, c'est ainsi que je fonctionne.

Pour toujours ? Ouille ! Ça fait peur, hein ?
Pas de panique : j'ai admis que cette façon d'aimer, on ne peut plus engagée, n'était pas commune à tous. L'époque semble être aux amours temporaires et aux relations successives, individualisme oblige. Mais... hum... est-ce de l'amour ?

Je ne vais pas jouer au vieux con rétrograde puisque je me suis adapté à cette façon de vivre les relations, qui a d'indéniables intérêts. Non pas que j'aurais opté pour les amours éjectables, mais parce que je nuance mes engagements affectifs. Connaissant ma difficulté à voir l'autre rebrousser un chemin commun sans une tristesse proportionnelle à la distance parcourue je suis devenu prudent. Je prends bien garde de ne plus m'engager à la légère dans d'irréversibles éternités...

Je sais bien que d'autres plongent directement sans trop penser à l'avenir, préférant aimer dans l'intensité plutôt que dans la durée. Et pourquoi pas ? Mais dans ma représentation des sentiments je n'appelle pas ça amour. Je dirais plutôt passion, ou désir puisque cet "amour" à besoin de réciprocité pour grandir. C'est une des caractéristiques du désir. Amour passionné, amour désirant, désir amoureux, amour amoureux, peu importe, aussi bon que ce soit ce n'est pas pour moi de l'amour-tout-court. L'amour, dans la représentation que j'en ai, n'est pas à durée limitée.

Alors j'ai appris à aimer... avec modération. Pour ne pas avoir à souffrir d'avoir "trop" donné de moi en croyant construire une relation durable. En fait j'ajuste mon investissement affectif à ce que je perçois de l'autre. « Quelle horreur ! Mesurer l'amour ? » vont s'effrayer les passionné-e-s de tout poil. Mais je ne calcule pas, je ne me retiens pas d'aimer : je reste seulement en contact avec mes ressentis. Ils sont mes capteurs, et je les crois assez fiables. Je prends le temps de voir ce qui se construit. J'ai besoin de savoir comment l'autre investit le lien et si je ne risque pas de me retrouver un jour tout seul face à sa disparition. Comme je l'ai écrit dans un commentaire, je préfère constater ce qui est que m'engager sur ce qui pourrait être. Bon, ma prudence actuelle est telle qu'elle passe parfois pour de l'immobilisme ou de l'indifférence, mais pour le moment c'est comme ça.

Peut-être un jour en sera t-il autrement ?

D'ici là cet investissement modéré me permet d'aimer et de désirer au pluriel. Aimer... au sens où je l'entends, qui n'est pas forcément celui qu'on voudrait m'entendre dire. C'est pourquoi je préfère éviter toute ambiguïté à ce sujet. Il en sera probablement ainsi tant que je ne sens pas le désir de m'engager plus entièrement auprès d'une seule personne, si cela doit advenir un jour.

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20 juillet 2009

Pour changer un peu...

« Amour, amitié, sexualité, intimité, attachement, voilà un ensemble de notions qui prennent leurs racines au plus profond de chacun de nous, qui nous renvoient l’image de notre personnalité la plus intime.
J’ai été étonnée de découvrir, au fil de mes questionnements, que ces sujets prennent même directement leur source dans un domaine qui me préoccupe aussi beaucoup : l’éducation des enfants vers l’autonomie.

Des questions, donc, surtout.
Quelques réponses aussi, mes réponses.
Tout ceci reste ouvert et évoluera, je l’espère, avec la confrontation aux idées et réponses que ces pages feront peut-être naître.
Et qui sait, peut-être aussi que quelques-unes de ces réflexions et leur aboutissement feront écho en toi, lecteur, et t’aideront à avancer sur la route de la connaissance de toi-même, celle qui mène à l’épanouissement de soi et, par rebond, à celui des autres. »


Questions en A, sur Le blog de la Fée pourquoi pas

Des questions que (presque) tout le monde se pose, des réponses claires apportées par une écriture fluide, fraîche, pétillante, légère... Ça mérite d'être lu !

Prenez votre temps, il y en a quelques pages et on n'en décroche plus. Juste un regret : le découpage du texte en plusieurs billets.

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27 juin 2009

Amour ou amitié ?

« Je me dis que nous n'avons plus rien à vivre ensemble ». Voila, au milieu de tout un tas d’affirmations et de projections, ce que m’a écrit une de mes amies il y a quelques jours. Cela parce que je lui répondais, suite à sa demande que je sentais pressante, que je n’avais « pas encore le désir de la revoir » (notre dernière rencontre ne datait que de quelques jours). Précisant que c’était surtout dû à un besoin de me retrouver seul après une semaine éprouvante et chargée. Réaction bizarre de la part d’une amie, hein ?

Maintenant si je dis qu’il s’agit d’une de mes amantes, je suis sûr que sa réaction paraît beaucoup plus compréhensible. Eh oui, il est admis que l’amour est exigeant…

Mais… est-ce qu’une amante est forcément amoureuse ? Si je présente les choses sous l’angle d’une relation de désir, ça donne quoi comme représentation ? Est-ce que le désir rend amoureux ? Dépendant ?

Quoi qu’il en soit je vois bien que le rythme de contact et de rencontres qui me conviendrait est trop espacé pour elle. Il engendre de la souffrance...

Tour à tour chacune de mes partenaires me renvoie, parfois sans beaucoup de ménagement, l'amertume ressentie face à ma façon de vivre la relation. Mon autonomie affective est apparemment perçue comme de l'indifférence et mes besoins de solitude comme un détachement excessif. Et cela alors même que les temps de présence sont généralement perçus comme très agréables ! Mais c’est comme s’il n’y en avait jamais assez…

J’ai d’abord essayé de prendre l'hostilité de ces attitudes inquiètes avec une certaine philosophie, façon de ne pas me laisser trop atteindre... Sauf que les réactions auxquelles j’ai eu récemment droit sur ce blog m’en ont dit long sur quelques représentations et projections ! À partir de là quelque chose à changé en moi (merci à vous !) et j’ai bien été obligé de reconnaître que ce n'était pas aussi anodin que mes écrits pouvaient le laisser penser. Mon détachement n’était que de façade. J’étais davantage touché que ce que je croyais, et assez profondément. Pas tant par les réactions de mes partenaires en détresse que par leur tentation de mettre fin à ce qui se construisait ensemble. Finalement je ressentais un mélange de tristesse, de frustration et d’une colère montante. Surtout quand ces annonces de fin se répètent à quelques jours d'intervalle ! Je n'avais pas eu le temps de retrouver mon équilibre que de nouveau j’étais bousculé par une attitude qui mettait à mal une confiance qui s'installait. Car pour moi c’est là que tout se joue : la confiance dans la relation.

Encore faut-il savoir de quelle relation il est question… amour ? désir ? amitié ? Un mélange des trois ? dans quelle proportion prédominante ? J'ai bien envie de bannir tout ce qui à trait au mot "amour" au profit du terme "amitié", qui a le mérite de ne pas entraîner vers des représentations aussi chargées…

Amour ou amitié : choisis ton camp camarade ! L’un est exclusif, possessif, entier, et soumis à des règles bien cadrées. La seconde est plurielle, libre, simple, et s’invente dans chaque relation. Je caricature un peu. Si peu…

Mais une relation entre homme et femme, quand attirance et désir sont là, est forcément perçue comme de nature amoureuse. Les commentaires le démontrent de façon assez flagrante. Hors de cela point de salut ! Malheureusement (?) je fais partie de ceux qui pensent qu’une autre voie existe... peut-être. Il se peut que je me leurre mais je crois encore en l’alliance possible de l’amitié et du désir. C'est-à-dire construire une relation de partage fondée sur un respect mutuel, mais qui n’interdit pas au désir sexuel de s’y vivre. Est-ce si compliqué à concevoir ? Intenable dans la durée ?

Mes amitiés avec des femmes sont simples et équilibrées tant qu’elles restent strictement dans ce registre. Elles se compliquent dès que le désir et le sentiments font son apparition. Me faudra t-il renoncer à vivre les deux au sein de la même relation ? Ou bien dois-je faire preuve de persévérance, de patience, et laisser chacune de mes rencontres évoluer à la mesure de leurs possibilités en tenant compte des miennes ?

Jusque-là je tiens le cap et m’adapte, considérant que le jeu en vaut la chandelle. Mes partenaires font de même, malgré le fait qu’elles se cognent à leurs propres limites. Je dois cependant me préparer à me retirer de ces relations si je devais être trop atteint par ce que je perçois comme un manque de confiance qui, à la longue, m'use. Sans jugement de ma part, mais parce que la confiance est indispensable dans les relations pour que je les vive pleinement.

Quitte à laisser du temps pour que se mette en place, si les coïncidences et synchronicités le permettent, une éventuelle suite…

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14 juin 2009

Harem

Ma collègue Artémis m'a invité chez elle, aujourd'hui. Oh, pas que moi ! Elle a invité tous les collègues de travail. Et son compagnon aussi sera là. Autant dire que notre proximité sera toute relative. Les conjoints de mes collègues sont invités. L'un d'entre eux, Fred, m'a demandé si je viendrais accompagné, provoquant l'exclamation hilare d'un troisième : « il va venir avec son harem ! ».

La légende du harem dure depuis que Fred m'a vu accompagné de sept femmes... lors d'un colloque où j'étais présent sous deux étiquettes : en tant que professionnel de l'insertion et en tant que futur écoutant relationnel. J'avais choisi d'être avec mes collègues de formation plutôt qu'avec lui. Depuis il ne manque pas une occasion de faire allusion à mon supposé harem.

Cela dit Fred n'a pas vraiment tort puisque je ne suis plus l'homme d'une seule femme. Mais ça, afin d'éviter tout malentendu, je n'en fais pas étalage...

Les remarques du joyeux drille ne sont certainement pas anodines pour Artémis. Nous avons un discret regard complice lors des saillies de notre hilare collègue : « s'il savait ! ». Du coup Fred passe un peu pour un con...

Artémis est une de celles avec qui je vis une relation d'intimité et, quoique étant elle même en couple, accepte mal que je ne lui réserve pas une exclusivité. Pour ma part je vais la cotoyer aujourd'hui avec son compagnon et, a priori, ça ne me pose aucun problème. Je vis tout cela très simplement, saisissant les possibilités du moment.

Pour la petite histoire Artémis m'avait expressément demandé, très sérieusement et droit dans les yeux, que je l'informe des moments où je serais "absent" pour elle. À la fois pour ne pas se sentir "de trop" en me sachant "ailleurs", mais aussi pour savoir comment elle réagirait, entre mental et tripes, face à cette réalité de ma libraimance. J'ai longuement hésité devant cette exigence de transparence, qui me pose un certain nombre d'interrogations autour du contrôle des pensées de l'autre mais, devant sa détermination, j'ai bien voulu accéder à sa demande. Après tout je préfère vivre dans la sincérité et les choix responsables ont toute ma faveur.

Le verdict ne s'est pas fait attendre : il y a deux jours, dès que je l'ai informée d'une prochaine "absence" elle m'a dit que c'était fini entre nous. Qu'elle ne se sentait pas capable de vivre ainsi. Ce risque avait été prévu et, tout comme elle, je savais à quoi m'attendre.

Nous sommes donc euh... officieusement redevenus strictement collègues. Après tout nous fonctionnons ainsi devant tout le monde et cette façade ne sera pas difficile à conserver. Pour le reste... nous verrons bien. Je prends tout cela avec philosophie, quoique je ressente des affects contrastés. J'avais construit ce lien en anticipant sa fin et me sens tout à fait capable de vivre assez sereinement les flux et reflux sentimentaux. Tout cela est très vivant, riche de sensations et découvertes.

J'ajouterai qu'Artémis est en pleine ambivalence entre son refus d'accepter ma non-exclusivité et l'intensité de ses sentiments, ce qui signifie que les choses n'en resteront probablement pas là...

Vous comprendrez aisément en lisant cela que mon silence en écriture n'indique pas que ma vie est devenue morne. En comparaison le plus palpitant des romans me semblerait d'un ennuyeux !

Posté par Coeur de Pierre à 10:30 - Amour et sentiments - Commentaires [41] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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