09 novembre 2009
Ruptures d'amitié
| « Je sais des amitiés fortes, vraies quand elles étaient, qui ne sont plus. Le pourquoi du comment est difficile à cerner. Tout au plus, je crois, arrive-t-on parfois à émettre des hypothèses sur les raisons de la rupture. Et une première difficulté est là, quand l'amitié était, tout pouvait être entre dit. Quand on est en rupture, on ne peut plus tout se dire ... et donc on se réduit à supposer. La deuxième difficulté est d'avoir la lucidité de se poser les vraies questions et encore plus de se construire les vraies réponses sur la responsabilité de la rupture. Je ne parle pas ici de culpabilité, de faute ou de je ne sais quoi. Je parle de cette réponse à donner au pourquoi? Sans concession, ni hargne que ce soit vis-à-vis de soi, de l'autre ou des autres qui sont intervenus dans la relation brisée (c'est, à mon avis, souvent dans un subtile mélange d'une relation à deux avec interférence que se fonde la rupture). La troisième difficulté est de revivre sans cette amitié... et c'est parfois cette difficulté qui est la plus grande. On se sent amputé d'une part de soi-même, d'une part profonde de soi-même et notre image à nos propres yeux en est altérée pour toujours... Je crois, en tous cas ... » Commentaire de fc, lu chez Coumarine - "La mauvaise rencontre" |
31 octobre 2009
Court-circuit
Depuis quelques jours je me sens vidé. Complètement à plat. La comparaison qui me vient est celle d'une batterie : j'ai l'impression que mon énergie vitale, accumulée et entretenue jour après jour, s'est déchargée en très peu de temps. Comme s'il y avait eu un court-circuit. Il en résulte une importante fatigue, qui me fait m'endormir très tôt en soirée.
J'ai rapidement trouvé une explication probable... mais j'en ai cherché d'autres [je pourrais me demander pourquoi j'en ai cherché d'autres...].
La dernière venue, la plus rationnelle, pourrait être le passage à l'heure d'hiver, le week-end dernier. Sauf que je ne suis habituellement pas dérangé par cet ajustement bi-annuel. Pas plus que par des décalages horaires importants lorsque je voyage. L'ampleur de ma fatigue actuelle me parait donc disproportionnée avec ce facteur.
Côté travail, bien que j'arpente avec mon équipe des chemins de montagne, il n'y a pas de quoi m'épuiser. D'autant moins que le magnifique spectacle des forêts colorées et des montagnes serait plutôt de nature à raviver mon énergie !
Il se pourrait bien, alors, que ce soit le fait de m'être... déchargé de ce traumatisme d'une confiance déchirée. J'en évalue mal l'importance, bien que j'en sache la charge émotionnelle. Dans quelle mesure ma vie relationnelle a t-elle été conditionnée par la "perte" de ce frère-ami ? Je crois que le refoulement du traumatisme le rend assez opaque à ma conscience. Je l'ai très longtemps minimisé, considérant que ce n'était qu'une pénible péripétie de ma pré-adolescence, cause partielle d'un repli solitaire précoce. Jusqu'à ce que l'importance de ce que j'ai ressenti comme une trahison ne se révèle lentement, par prises de conscience successives et en étapes très espacées, au cours de mes années d'introspection. C'est finalement au cours d'une séance de thérapie que, submergé par un flot d'émotion totalement insoupçonné, je me suis entendu dire ce que j'avais enfoui : une profonde tristesse face à la "disparition" de ce frère-ami. C'était il y a peut-être quatre ou cinq ans, alors que j'avais le besoin impérieux de comprendre pourquoi j'étais tellement profondément atteint en subissant la... disparition d'une grande amitié amoureuse.
Je sens bien que ces deux évènements sont étroitement liés. Je sais bien qu'il y a eu une répétition et que ce n'était pas la première fois. Je sais aussi que ces deux évènements bornent chacun une extrêmité d'un même série d'épisodes traumatiques : le premier l'a ouverte et le dernier la clôturera. À tout prix. J'ai fait le choix délibéré de ne plus jamais vivre le sentiment de trahison. Il est beaucoup trop mortifère pour être répété. C'est pour répondre à cette décision que j'ai entrepris, presque malgré moi, de changer radicalement ma façon de me lier. Je suis devenu "solitaire" dans l'âme. Ou autrement dit "affectivement autonome". Cela ne m'empêche nullement de me lier, y compris de façon proche, mais... autrement. Plus comme auparavant.
C'est pour moi un énorme changement, à l'oeuvre depuis plus de cinq ans. C'est en cela que je considère ces traumatismes comme des "chances" puisque mon évolution y est directement liée. Le premier en me poussant vers l'intériorité, le second en me libérant de la peur de l'abandon. Ou plus exactement en me permettant de trouver une stratégie pour faire avec cette peur... ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Je n'ai pas supprimé ma peur : j'évite simplement de me mettre en danger. Ma liberté à cet égard ne s'exerce qu'entre les limites que je me suis donné.
Voila pourquoi je ne suis plus devenu amoureux des femmes avec qui se sont nouées des relations d'intimité. Voila pourquoi je reste aussi farouchement "libre", refusant de prendre le risque d'une dépendance affective. Ce que je construis avec elles, entre confiance et affectif, se situe dans l'envie et le constat. Pas dans le besoin et l'attente. Et exclusivement au présent.
Quant à l'amitié... je dirais presque qu'elle doit passer par l'épreuve du feu : soit que la confiance n'ait jamais été endommagée, soit qu'après l'avoir été, à quelque degré que ce soit, il y ait eu reconnaissance du préjudice. Certaines des personnes que je considère comme amies aujourd'hui m'ont parfois involontairement blessé, dans le passé. Mais leur capacité à se remettre en question, en acceptant et reconnaîssant ma blessure affective, sans la minimiser, a restauré la confiance. Probablement plus solidement. Cela est toujours passé par un libre dialogue, cela va de soi...
Quel est le rapport avec l'épuisement évoqué en début de ce billet ? Aucun, directement. Mis à part le fait qu'évoquer ce qui s'est passé avec mon frère à ravivé une sensation d'impuissance à "réparer" une autre relation essentielle dans laquelle j'ai impulsé beaucoup, beaucoup, d'énergie... sans, jusqu'à ce jour, parvenir à ce que je souhaitais. Et je crois que, par le faux hasard des coïncidences, c'est la vraie raison de ma fatigue subite...
Il est important que j'en aie conscience afin que je cesse de m'exposer à ce genre de situation.
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24 octobre 2009
De la pureté de l'amour
Régulièrement je me sens tressaillir lorsque est fait un usage aussi large qu'imprécis de mots censés être compris par tous de la même façon. Or des mots fort importants sont subjectivés, teintés d'une coloration toute personnelle sans que celle-ci soit consciente. Un peu comme s'il allait de soit que tout le monde avait les mêmes représentation que celui ou celle qui s'exprime.
Quand il s'agit de mots tels que aimer, amour, amitié, fidélité, je sais qu'il me faut faire abstraction de mes conceptions personnelles pour tenter de les entendre selon le sens commun. Mais ça me dérange toujours. J'ai l'impression de me nier pour entrer dans une interprétation faussement consensuelle, sans relief et trop restrictive. Alors l'envie me vient parfois de préciser ma vision des choses, en sachant bien que souvent on tentera de me faire comprendre que ma vision est un peu particulière, voire carrément absurde, donc pas vraiment recevable.
Pourtant c'est important de s'entendre sur le sens des mots ! Surtout quand leur polysémie les rend vagues. Et moi, parce que je navigue souvent dans des entre-deux, je ressens d'autant plus le besoin que les choses soient claires. Le flou n'a d'intérêt que par les mises au point sur différents plans qu'il permet.
Je reviens donc régulièrement sur ce que signifie pour moi "aimer" et pourquoi je n'emploie ce terme que dans un sens très précis, refusant obstinément de le galvauder. Quand ce mot s'applique aussi bien à des objets, de l'alimentation, des actions, des attitudes, des lieux, des animaux, des personnes... et à l'état éphémère de la béatitude amoureuse, je m'y perds ! Tant de registres différents pour un même mot ! Alors peu à peu j'en suis venu à n'utiliser ce terme que dans un sens très pointu : celui de l'Amour "pur", ou absolu. Aimer l'autre entièrement, sans aucune condition, malgré tout ce qui en lui pourrait me déranger. Autrement dit l'Amour inconditionnel... celui-là même que je crois inatteignable à l'humain. En tout cas moi je ne suis pas capable de l'atteindre actuellement ! J'essaie cependant de m'en approcher. Je dirais presque de m'y élever... Pourtant je sens bien qu'il y a une part de cet amour dans mon rapport aux autres, en doses infiniment variables. Il y a aussi d'autres parts, parfois nettement moins nobles...
Je vois donc l'amour "pur" comme un constituant qui, mélangé à d'autres, donne ce qu'on appelle communément "aimer". Et c'est ce second sens qui me dérange, parce qu'il entretient une confusion. C'est comme si on utilisait le même mot pour désigner le vulgaire charbon et le diamant, carbone pur...
Alors quand on me dit « est-ce que tu m'aimes ? » ou « dis-moi que tu m'aimes », je suis bien embêté pour répondre. J'ai besoin de préciser... et parfois ça déçoit. Et si on insiste, je peux très bien me mettre en colère. Pourtant j'aime... mais pas de façon absolue.
Évidence ? Peut-être, mais je préfère quand c'est dit.
Même en l'utilisant dans le sens commun, est-ce qu'aimer est un mouvement vers l'extérieur... ou la satisfaction d'être comblé par cet extérieur ? Quand j'aime, est-ce que c'est un objet d'amour que j'aime... ou ce qu'il me renvoie de bienfaisant ? N'est-ce pas aussi moi que j'aime en aimant autrui, puisque cela me fait du bien de me sentir aimant et aimé ? Pas simple...
Et je ne parle même pas de l'illusion que constitue l'état amoureux !
Par contre l'amitié m'intéresse beaucoup, parce que fondamentalement elle est constituée avec les mêmes ingrédients que ce qu'on appelle communément "amour". Théoriquement sans le désir. Et la plupart du temps sans exclusivité. Je dirais même que l'amitié n'est généralement pas pervertie par les attentes que génère bien souvent "l'amour". En ce sens elle serait plus proche de l'Amour pur.
Je considère aussi, peut-être à tort (?) que ce qu'on appelle "amour" se transforme au fil du temps en une relation qui tient beaucoup plus du registre de l'amitié que de l'état amoureux. C'est en tout cas l'expérience que j'en ai. Je sais bien qu'il existerait, paraît-il, des couples qui restent "amoureux" après des décennies de vie de commune. Encore faudrait-il préciser ce qu'on entend par "amoureux" et si tout le monde s'accorde sur le sens de ce terme. Pour ma part je ne me souviens pas d'avoir rencontré un jour ce genre de couple. Par contre je connais une pléthore d'amis, souvent mariés, qui vivent en couple, partagent une sexualité (pour ce que j'en sais...) et appellent ça "amour". Quelle est la nature de leur désir réciproque ? Hum, je l'ignore puisque cela ne fait pas partie des sujets habituels de conversation. Cependant les quelques confidences que j'ai pu entendre ne faisaient que très rarement état d'un débordement de désir. Or qu'est l'amour sans le désir ?
Quant à l'amitié, selon l'expérience que j'en ai, c'est un lien qui s'installe doucement, prend sa place, se tisse et se renforce au fil du temps. Parfois il s'étiole ou se distend, mais sans les fracas d'une rupture. Mes amitiés je les constate : elles sont issues d'une confiance et d'un respect réciproques. Elles sont une présence fiable. Elles n'ont pas d'exigences, pas de conditions, pas d'interdictions ni d'obligations. Peu m'importe l'intensité de ces amitiés et la fréquence des contacts : ce sont des relations dans lesquelles je me sens libre. Accepté pour ce que je suis.
Voila pourquoi je préfère l'amitié à ce qu'on appelle "amour", encombré de beaucoup trop d'attentes. D'ailleurs il me plaît assez de croire que l'amitié puisse tendre vers de l'Amour authentique.
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22 octobre 2009
Verrouillé
Verrouillé, c'est le terme que j'ai employé spontanément pour parler de mon "ouverture" aux élans amoureux. J'ai tenté de préciser à celle qui m'écoutait que ce n'était pas forcément une fermeture définitive, qu'il restait toute possibilité de voir changer cet état de fait... Tssss, la psy n'a pas été dupe : « Vous avez dit "verrouillé"... ? ». Ouais, c'est vrai, je sens bien que quelque chose est encore verrouillé.
Ça ne m'inquiète pas outre mesure, ni ne me dérange. Je le prends tel quel, sans ressentir de manque dans mon existence : c'est ainsi pour le moment. D'un autre côté les quelques femmes avec qui s'est noué un rapport intime depuis les années qui ont suivi ma grande désillusion ont toutes manifesté, assez rapidement, leur besoin de me voir investir plus intensément le domaine des sentiments. À chaque fois j'ai tenté de préciser ma position, de décrire ce que j'appréciais dans la relation vécue, ce que j'avais envie de partager, tout en ne cachant rien de ce que je n'investissais plus : le champ amoureux. Généralement j'en suis venu à expliquer brièvement l'origine de ma fermeture et ma hantise de la dépendance affective. Systématiquement, passé un épisode de déception bien compréhensible, s'est ajusté l'investissement affectif de mes partenaires. Pour la plupart cela a abouti à la fin de l'approche séductive... mais, jusque là, sans rupture de la relation. Il y a eu transformation de la dynamique, avec recentrage vers une sorte d'essentiel : la rencontre de deux personnalités qui ont quelque chose à partager et s'éclairent mutuellement. Un peu comme si chaque relation, débarrassée d'attentes inassouvissables, finissait par trouver une voie de compromis satisfaisant. Prend alors place quelque chose de fondé sur l'authenticité de chacun, qui pourrait mener vers... l'amitié. Une confiance réciproque et un respect des désirs de l'autre, ajustés à ce que chacun peut offrir.
Ces amitiés restent particulières parce qu'étayées non seulement par un partage de pensées et d'affection, mais aussi par l'empreinte des corps. J'aime beaucoup cette dimension qui relie intimement en laissant une trace sensible dans les profondeurs de l'être. Il semble cependant que le passage d'un rapport de séduction à une relation d'amitié interdise souvent au désir de garder la place qu'il avait. Il faut du temps pour retrouver un nouvel équilibre relationnel. Je ne suis pas sûr que pour chacune de mes partenaires la dimension sensuelle, et a fortiori sexuelle, puisse se rétablir hors du désir initial, lui-même ayant été porté par leur sentiment amoureux. Il y a là, profondément ancrée dans notre culture, une nette dissociation qui semble exclure l'un de l'autre.
Je vois donc se réinstaller au sein de ces relations, au moins temporairement, une part d'incertitude quant à la distance à tenir. Comme une nouvelle phase d'approche après un nécessaire éloignement...
Qu'importe : à mes yeux l'amitié durable est plus précieuse que le fugace désir. S'il faut sacrifier l'un pour conserver l'autre je sais ce que je choisis.
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10 août 2009
Quand j'aime une fois j'aime pour toujours
Il y a une chanson du québecois Richard Desjardins qui dit « quand j'aime une fois j'aime pour toujours ». Si je me fie à ma vie amoureuse, somme toute bien plus restreinte que ce que ma pluralité relationnelle pourrait laisser penser, c'est ainsi que je fonctionne.
Pour toujours ? Ouille ! Ça fait peur, hein ?
Pas de panique : j'ai admis que cette façon d'aimer, on ne peut plus engagée, n'était pas commune à tous. L'époque semble être aux amours temporaires et aux relations successives, individualisme oblige. Mais... hum... est-ce de l'amour ?
Je ne vais pas jouer au vieux con rétrograde puisque je me suis adapté à cette façon de vivre les relations, qui a d'indéniables intérêts. Non pas que j'aurais opté pour les amours éjectables, mais parce que je nuance mes engagements affectifs. Connaissant ma difficulté à voir l'autre rebrousser un chemin commun sans une tristesse proportionnelle à la distance parcourue je suis devenu prudent. Je prends bien garde de ne plus m'engager à la légère dans d'irréversibles éternités...
Je sais bien que d'autres plongent directement sans trop penser à l'avenir, préférant aimer dans l'intensité plutôt que dans la durée. Et pourquoi pas ? Mais dans ma représentation des sentiments je n'appelle pas ça amour. Je dirais plutôt passion, ou désir puisque cet "amour" à besoin de réciprocité pour grandir. C'est une des caractéristiques du désir. Amour passionné, amour désirant, désir amoureux, amour amoureux, peu importe, aussi bon que ce soit ce n'est pas pour moi de l'amour-tout-court. L'amour, dans la représentation que j'en ai, n'est pas à durée limitée.
Alors j'ai appris à aimer... avec modération. Pour ne pas avoir à souffrir d'avoir "trop" donné de moi en croyant construire une relation durable. En fait j'ajuste mon investissement affectif à ce que je perçois de l'autre. « Quelle horreur ! Mesurer l'amour ? » vont s'effrayer les passionné-e-s de tout poil. Mais je ne calcule pas, je ne me retiens pas d'aimer : je reste seulement en contact avec mes ressentis. Ils sont mes capteurs, et je les crois assez fiables. Je prends le temps de voir ce qui se construit. J'ai besoin de savoir comment l'autre investit le lien et si je ne risque pas de me retrouver un jour tout seul face à sa disparition. Comme je l'ai écrit dans un commentaire, je préfère constater ce qui est que m'engager sur ce qui pourrait être. Bon, ma prudence actuelle est telle qu'elle passe parfois pour de l'immobilisme ou de l'indifférence, mais pour le moment c'est comme ça.
Peut-être un jour en sera t-il autrement ?
D'ici là cet investissement modéré me permet d'aimer et de désirer au pluriel. Aimer... au sens où je l'entends, qui n'est pas forcément celui qu'on voudrait m'entendre dire. C'est pourquoi je préfère éviter toute ambiguïté à ce sujet. Il en sera probablement ainsi tant que je ne sens pas le désir de m'engager plus entièrement auprès d'une seule personne, si cela doit advenir un jour.
28 juin 2009
Avis de grand froid
On me trouve parfois froid, distant, indifférent. Ce ne sont pas des qualificatifs très élogieux. Je les accepte cependant car ils correspondent à une réalité de ce qui est perçu. Je me dis que cela renvoie certainement à quelque chose de sensible chez les personnes qui le ressentent ainsi.
Moi ça me renvoie à une difficulté à être chaleureux et démonstratif, spontané et expressif. Ça me renvoie aussi à ma propension a analyser, décortiquer, tenter de comprendre, et donc à me situer dans le registre cérébral. Oui, j’observe et j’expérimente. Y compris ce qui est d’ordre émotionnel et affectif. C’est peut-être une façon de me tenir à l'écart d’une hypersensibilité que je sens tellement présente en moi…
Mes émotions, elles auraient pu s’exprimer lorsque j’ai écrit ce fameux texte, « Harem », dans lequel je faisais part de la décision d’une amie (?) de mettre un terme à ce que nous construisions ensemble. Mais comme je n'avais pas souhaité être confronté à des émotions négatives fortes, il se trouve que j’avais mis en œuvre le système de protection qui m’en prémunit : observer froidement les faits, sans me laisser emporter dans des tourbillons émotionnels. C’est comme ça que je vis depuis quelques années et je trouve que c’est infiniment plus confortable que ce que j’aurais vécu si je n’avais pas quelque peu mûri. Il n’empêche que, même tues, mes émotions ne sont pas inexistantes. Elles sont simplement filtrées pour être présentables [oui, bon, le filtre est parfois un peu bouché...]. J’ai dit, plus tard, qu’en fait j’avais ressenti un mélange de tristesse, de frustration et de colère. Triste de voir se finir une relation qui me plaisait, frustré d’être mis devant le fait accompli, et en colère devant « l’abandon » d’une route commune, même si je sais que cela faisait partie des possibilités. Mais justement, en raisonnant et analysant je parviens à en rester aux faits : la fin d’un parcours commun. Une décision respectable de la part d’une personne attentive à ses ressentis. Rien à redire.
D’autant moins que je subodorais le retour de celle qui disait vouloir me quitter… Non parce que j’étais sûr de mon irrésistible magnétisme viril, mais parce que c’était la quatrième fois qu’elle me faisait le coup ! La dernière fois elle avait dit qu’elle ne reviendrait plus vers moi pour ne pas m’imposer sa versatilité. Elle est quand même revenue, le soir même, et je ne lui ai jamais fait grief de ses attitudes. Je reconnais que cette connaissance de son fonctionnement m’offrait une certaine aisance, de même que la savoir « accro » à notre relation. En fait cette relation s'est inscrite sous le signe de la rupture avant même de commencer, il y a un an et demi, et je savais donc à quoi m'en tenir en m'y engageant [ma curiosité me perdra...].
Alors quand, une semaine plus tard, une autre me fait le coup de la fin… ma patience atteint ses limites. D’une part parce qu’il ne s’agit pas de la même relation et que c’est ici une « première fois », d’autre part parce que… cela est survenu à un moment où j’étais moins solide, ébranlé et préoccupé par l’épisode précédent. Et enfin parce que… ben... y’en a marre de subir cela à chaque fois qu’il est ressenti un manque d’investissement relationnel de ma part ! Ras le bol des tourments existentiels, que je n’ai pas à rassurer !
Grâce à certains commentaires déplorant ma distance émotionnelle j’ai cette fois réagi en laissant venir mes émotions. Animal à sang froid, je peux rapidement monter en température si une situation m’échauffe. Mes émotions s’expriment alors de la façon la plus spontanée qui soit : la colère.
Colère de sentir que la pression que je ne n’étais pas parvenu à désamorcer menait à ce retrait, colère de lire des interprétations fantaisistes, colère de voir des sentiments prendre le dessus, colère de voir utilisées mes confidences antérieures comme autant de prétextes à des analyses scabreuses. Si je n’avais pas gardé le sang-froid que me permet ma lenteur réactive, et si je n’étais pas dans le respect des personnes, j’aurais volontiers entériné cette fin, immédiatement et irrévocablement. « Ah oui ? tu considères qu’on n’a plus rien à vivre ensemble ? Ok, alors on arrête-là ! ». Et basta ! [Hmmm, rien qu'en y pensant un frisson de jubilation me parcourt l'échine...]
Sauf que je ne suis pas comme ça… Trop… protecteur ? Trop dans l’empathie ? Trop dans le désir de conciliation ? [mais pourquoi j'apprends à écouter les gens, moi ?]. Alors je me suis contenté d’exprimer ma surprise et de saisir les ouvertures, au demeurant fort nombreuses, qui entouraient le désir exprimé d’en finir. À l’évidence le renoncement était loin d’être installé chez ma partenaire. J’ai proposé une rencontre rapide, évitant les explications par mail tellement désastreuses en situation de tension.
Face à elle je me suis montré ferme, calme et déterminé. Affectivement neutre [ça je sais faire...]. Je l'ai sentie un peu impressionnée. J'ai proposé de répondre aux demandes d’explications et me suis dit prêt à me positionner clairement comme il m’était demandé. Le résultat, après avoir rappelé mon désir de poursuivre, a relancé la dynamique. Mais je me demande s’il n’en restera pas une trace. Peut-être une conscience accrue de la fragilité de certaines relations ? Car, j'en suis presque certain, toutes ne dureront pas...
L’idée qui me vient, puisque je suis sensible aux menaces de fin, c’est que je pourrais considérer que leur simple énonciation signe la rupture. Ah tiens, oui, ça ferait réfléchir à deux fois avant de lancer un tel pavé et peut-être que ça me simplifierait les choses…
Mouais... sauf que je me sens trop solidaire pour agir ainsi : je sais bien qu'une menace de fin exprime un sentiment d'impuissance, de résignation, d'épuisement, de déception [rayer les mentions inutiles]. Reste à savoir si moi je me sens capable de tenir en de telles conditions.
Mais je laisse ces péripéties relationnelles pour observer ce qui m’importe le plus : cette découverte que la voie la plus simple et directe pour exprimer mes émotions est celle qui passe par le canal de la colère. Plutôt que de la refouler, ou de la transformer en tristesse contenue dans un mutisme lourdement écrasant, je crois avoir compris que j’avais tout intérêt à être attentif à cette possibilité d’expression. La colère comme langage émotionnel. Peut-être pas le meilleur, mais faute de mieux... peut-être un moyen d'en libérer de plus appropriés. Je sais que la colère est un moteur utile qui, généralement, les rares fois où je l’ai laissé agir, m’a réussi en libérant des tensions.
16 juin 2009
Projections
Mon dernier billet a suscité quelques commentaires acerbes. C'est le signe que le sujet ne laisse pas indifférent...
Tant mieux ! Je ne suis pas là pour être consensuel, et surtout pas pour ce qui concerne la grande diversité des relations affectives. Mon parcours de vie m'a fait traverser, comme beaucoup, quelques épreuves relationnelles dont j'ai tiré des enseignements. Je n'allais quand même pas reproduire ad vitam aeternam ce qui n'avait pas fonctionné ! Alors, parce que je considère que prendre soin de soi est la meilleure façon de se faire du bien d'être présent pour autrui, j'ai choisi de ne plus revivre ce par quoi je suis passé. J'ai donc "travaillé" sur ce qui m'avait blessé au plus profond, de façon à m'émanciper de certaines fragilités issues d'une enfance qui, loin d'avoir été horrible, m'a cependant laissé quelques lourdes séquelles. Ce "travail" représente des années d'analyse et de réflexion sur mes représentations, mes valeurs, mes limites, mes désirs. Avec comme résultat un désserrement, si ce n'est une libération, de nombre de mes carcans.
Cela me permet de vivre aujourd'hui assez sereinement mes relations affectives, en m'étant adapté à ce que je suis : je ne vais plus au delà de mes capacités.
Je pars du principe que vivre heureux, cela consiste déjà à ne pas se rendre malheureux. Ça paraît tout bête... mais n'est pas forcément mis en application. Connaissant ce qui a pu me rendre malheureux je ne vais plus dans ces zones-là. Du moins tant que je ne m'en sens pas capable, car tout cela évolue en continu.
Contrairement à ce que j'ai lu dans certains commentaires, directement issu de pensées projectives, mon souci de l'autre est constant. C'est d'ailleurs un des handicaps sur lesquels je continue à travailler : je pense trop à l'autre ! Pas forcément de façon adaptée, puisque n'étant pas doté du don de télépathie j'ai tendance à être dans des interprétations projectives. Très, trop attentif aux désirs exprimés ou supposés de l'autre, j'ai parfois bien des difficultés à discerner mon propre désir. Alors je travaille sur le détachement : ne pas céder à ma propension à vouloir "sauver" l'autre, à vouloir "aider" au point de m'y perdre.
J'ai trouvé un moyen de ne pas "coller" trop à l'autre : rester à distance. Ainsi je me protège et je protège l'autre de moi. Ça peut surprendre, mais c'est efficace. Un peu "froid" peut-être, inhabituel dans des relations affectives, mais absolument nécessaire pour que chacun agisse de façon adaptée et responsable.
Je n'ai pas à me justifier devant mes lecteurs, mais je vais cependant le faire. Non parce que je me sentirais fautif de quelque chose, mais parce que je suis un peu las de lire ces connotation péjoratives dès qu'il est question d'amours pluriels, de relations intimes non-amoureuses et autres façons d'aimer qui ne rentrent pas dans une norme consensuelle et "bien-pensante". Quelle restrictive sacralisation de l'amour !
Mais oui, j'aime les personnes avec qui je suis en relation. J'aime de façon encore plus impliquée les femmes avec qui je partage une intimité de pensée, de sentiments, de désir. Je les aime lorsque nous progressons ensemble à la découverte de ce qui nous relie, nous attire l'un vers l'autre, ou éventuellement nous écarte. Je les aime parce que je les respecte et respecte leurs choix, et d'autant plus qu'elles respectent les miens.
Et puis je m'attache à elles, même si j'ai fait le nécessaire pour ne plus être affectivement dépendant, cette forme immature d'un amour mal orienté. Je suis sensible à ce qu'elles vivent et ressentent, avec ou sans moi. Leur cheminement personnel m'intéresse.
Pour autant, je ne suis pas "amoureux". Mais être amoureux est à mes yeux une sorte de débordement émotionnel et affectif, une résurgence de désirs inassouvis directement issus des premières années de vie, une déconnection temporaire de la réalité quand ce n'est pas un aveuglement d'illusions. Plus l'élévation sera importante et soudaine et plus dure sera la chute. Car chute il y aura.
Non, l'amour inconditionnel n'existe pas ! Ce que nos mères n'on pas pu donner au nourrisson exigeant que nous étions, personne ne nous le donnera jamais. Nos désirs resteront tempérés par la frustration, le manque, l'absence. Quand on a accepté ça... on peut commencer à aimer autrement.
Mais bon, je ne vais pas encore disserter sur ce qui, à mes yeux, distingue l'amour de l'état amoureux. Je crois m'être forgé au cours de ces années de recherche et d'observation certaines convictions personnelles qui me sont désormais de précieux atouts. Je préfère aimer peu, mais vraiment, que beaucoup mais avec la fragilité d'une bulle de savon.
Et pour tout dire, je ne comprends pas bien pourquoi m'est souvent renvoyée l'image de quelqu'un qui se priverait de quelque chose d'essentiel en ne recherchant pas l'état amoureux ! Je l'ai connu, c'était délicieux. Et s'il revient, je ne le refuserai pas. Mais pour l'heure je me contente d'aimer...
Au lieu de se focaliser sur les apparences, à savoir que je sois "froid" et devenu plutôt hermétique à l'état amoureux, il me semble plus intéressant de chercher à comprendre ce qui fait que moi, ou qui que ce soit d'autre, puisse en arriver à avoir mis en place un tel système de protection. Ce travail je le fais en grande partie seul, à l'écart de toute source de jugement.
* * *
Après ce micro-évènement dérisoire je me dis qu'écrire de façon impliquée m'est de plus en plus difficile. Non que je sois vraiment perturbé par les commentaires, quelle qu'en soit la teneur, mais parce que je me heurte régulièrement à des incompréhensions qui finissent par être pesantes. En m'efforçant de répondre au mieux, le plus précisément possible, de montrer que les points de vue sont multiples, je me demande si je n'entretiens pas le fossé qui sépare ce que je voudrais exprimer de ce qui en est compris. Il restera toujours une part d'inexprimé, donc quelque chose de faussé et critiquable.
Quand je parle de ma vie, j'oublie que je touche à votre vie. Elles ne sont pas le même monde, ne se juxtaposent pas. Nos vérités sont distinctes. Dès lors cela peut aboutir à des confrontations de points de vue, souvent fertiles, parfois stériles.
Peut-être devrais-je m'exprimer de façon plus allusive, moins impliquée ? Ne plus nommer les personnes dont je parle, ne plus dire que c'est de ma vie dont il est question. Rester dans le vague et la généralisation. Prendre vraiment la position de l'observateur distancié de son sujet... M'éloigner de l'intime personnel pour mieux aller dans un intime désincarné.
Et pourtant, je trouve que le témoignage personnel à une saveur toute particulière, imprégné de vécu, d'imperfections, d'ambivalences et de contradictions.
Mais je reconnais que me voir renvoyer l'image d'un homme sans scrupules et sans coeur est parfois lourd à porter...
14 juin 2009
Harem
Ma collègue Artémis m'a invité chez elle, aujourd'hui. Oh, pas que moi ! Elle a invité tous les collègues de travail. Et son compagnon aussi sera là. Autant dire que notre proximité sera toute relative. Les conjoints de mes collègues sont invités. L'un d'entre eux, Fred, m'a demandé si je viendrais accompagné, provoquant l'exclamation hilare d'un troisième : « il va venir avec son harem ! ».
La légende du harem dure depuis que Fred m'a vu accompagné de sept femmes... lors d'un colloque où j'étais présent sous deux étiquettes : en tant que professionnel de l'insertion et en tant que futur écoutant relationnel. J'avais choisi d'être avec mes collègues de formation plutôt qu'avec lui. Depuis il ne manque pas une occasion de faire allusion à mon supposé harem.
Cela dit Fred n'a pas vraiment tort puisque je ne suis plus l'homme d'une seule femme. Mais ça, afin d'éviter tout malentendu, je n'en fais pas étalage...
Les remarques du joyeux drille ne sont certainement pas anodines pour Artémis. Nous avons un discret regard complice lors des saillies de notre hilare collègue : « s'il savait ! ». Du coup Fred passe un peu pour un con...
Artémis est une de celles avec qui je vis une relation d'intimité et, quoique étant elle même en couple, accepte mal que je ne lui réserve pas une exclusivité. Pour ma part je vais la cotoyer aujourd'hui avec son compagnon et, a priori, ça ne me pose aucun problème. Je vis tout cela très simplement, saisissant les possibilités du moment.
Pour la petite histoire Artémis m'avait expressément demandé, très sérieusement et droit dans les yeux, que je l'informe des moments où je serais "absent" pour elle. À la fois pour ne pas se sentir "de trop" en me sachant "ailleurs", mais aussi pour savoir comment elle réagirait, entre mental et tripes, face à cette réalité de ma libraimance. J'ai longuement hésité devant cette exigence de transparence, qui me pose un certain nombre d'interrogations autour du contrôle des pensées de l'autre mais, devant sa détermination, j'ai bien voulu accéder à sa demande. Après tout je préfère vivre dans la sincérité et les choix responsables ont toute ma faveur.
Le verdict ne s'est pas fait attendre : il y a deux jours, dès que je l'ai informée d'une prochaine "absence" elle m'a dit que c'était fini entre nous. Qu'elle ne se sentait pas capable de vivre ainsi. Ce risque avait été prévu et, tout comme elle, je savais à quoi m'attendre.
Nous sommes donc euh... officieusement redevenus strictement collègues. Après tout nous fonctionnons ainsi devant tout le monde et cette façade ne sera pas difficile à conserver. Pour le reste... nous verrons bien. Je prends tout cela avec philosophie, quoique je ressente des affects contrastés. J'avais construit ce lien en anticipant sa fin et me sens tout à fait capable de vivre assez sereinement les flux et reflux sentimentaux. Tout cela est très vivant, riche de sensations et découvertes.
J'ajouterai qu'Artémis est en pleine ambivalence entre son refus d'accepter ma non-exclusivité et l'intensité de ses sentiments, ce qui signifie que les choses n'en resteront probablement pas là...
Vous comprendrez aisément en lisant cela que mon silence en écriture n'indique pas que ma vie est devenue morne. En comparaison le plus palpitant des romans me semblerait d'un ennuyeux !
10 juin 2009
Je l'aimais
Un homme se lance dans le récit d'une période qui, des années plus tôt, a profondément bouleversé sa vie. Marié, il a vécu une rencontre amoureuse intense avec une femme libre vivant à l'autre bout du monde. Relation épisodique, alternance d'absences et de retrouvailles selon leurs possibilités. Pour toutes sortes de bonnes et mauvaises raisons, il ne s'est jamais résolu à abandonner sa femme, à oser changer de vie en allant vraiment vers celle qu'il aimait et qui l'aimait. Alors elle l'a quitté, s'est effacée, a disparu. Sans qu'il ne sache vraiment pourquoi. Sans qu'il l'ignore totalement.
Hein ? quoi ? une ressemblance ? Euh... ceux qui ont cru lire ma propre histoire n'ont effectivement pas tout à fait tort... et pourtant ils se gourrent ! Car ce récit est la trame d'un roman d'Anna Gavalda : « Je l'aimais ». Le narrateur, un homme d'âge mûr, raconte cette aventure à une femme qui, effondrée, vient d'apprendre que son mari la quittait pour une autre. Ce dernier, fils du narrateur, a osé, lui, aller au bout de son désir... Le narrateur considère que ce choix à sauvé le jeune couple du naufrage dans des faux-semblants dont lui-même goûte l'amertume depuis longtemps. La jeune femme délaissée saura t-elle entendre ce point de vue ?
Que se passe t-il quand un autre amour survient ? Comment choisir, entre appel de la vie et considérations de fidélité ? Comment laisser un autre aimé ? Que ressent celui qui est quitté ? À travers plusieurs personnages le roman utilise habilement leurs diverses postures et montre toute la complexité de certains choix existentiels majeurs. Je mentirais si je disais que ce genre de problématiques n'éveille plus aucun écho en moi...
Ce roman je l'ai lu il y a quelques années, par un drôle de hasard (?!), dans l'avion qui me menait vers... une femme libre qui vivait au bout du monde. J'étais marié et avais audacieusement décidé de vivre en suivant mon désir. Ce n'était pas rien de faire ce choix et d'en accepter les conséquences ! Par anticipation j'avais donc lu ce qui pouvait advenir si je ne faisais pas des choix suffisamment clairs, engagés et rapides : perdre l'objet du désir. Je sentais confusément la fragilité de ce bouleversement amoureux...
Advint de qui devait advenir.
La demaine dernière je suis allé voir l'adaptation de « Je l'aimais » au cinéma. Le film était à l'affiche depuis déjà quelques semaines et je craignais de l'en voir disparaître. Divers aléas m'avaient fait reporter plusieurs fois ma ferme décision d'y aller. Je voulais le voir seul, de préférence, sachant que je ressentirais quelque chose d'impartageable parce qu'imprégné d'un vécu personnel. Le hasard en fit autrement : dans la file d'attente je me suis trouvé à côté d'une collègue de travail, qui m'annonça qu'une autre collègue était déjà dans la salle. Je suis donc entré, accompagné de cette femme... et j'ai vu un visage connu qui me souriait, puis un autre : un couple dont la femme est une élue, comme moi, de notre commune ! Mais à peine avais-je eu le temps de les reconnaître que de l'autre côté de l'homme j'aperçevais... Charlotte, ma femme ! [ Oui, je sais, on dit "ex-femme", mais je m'en fous]. Après lui avoir dit un rapide bonjour je suis allé m'installer à côté de mes collègues, c'est à dire juste derrière elle !
J'ai donc vu le film dans le dos de ma femme, avec sa présence entre l'image et moi. Question solitude, ce n'est pas vraiment ce que j'avais prévu...
J'ignore quel regard Charlotte a porté sur le film puisqu'à la sortie nous nous sommes assez prestement quittés, sans aborder le thème qui a été à l'origine de notre séparation. J'ai été assez surpris de la voir, pensant qu'elle continuait à éviter ce genre de sujet qui a pu être douloureux pour elle auparavant...
Quant à moi, entre effet cathartique et un certain masochisme, je ne sais pas trop ce qui m'a poussé à revivre, par procuration, un épisode contrasté de bonheur contrarié dont je connaissais la douloureuse fin. Peut-être était-ce une façon de savoir où j'en étais de tout ça ?
17 mai 2009
Relations et effets du temps
S'il y a bien quelque chose qui n'est pas multipliable c'est le temps. On peut multiplier les amitiés et relations, mais pour le temps il n'y a rien à faire : il n'est pas étirable. Le temps c'est la limite à la diversification relationnelle. Il ne peut qu'être partagé, comme on le ferait pour des parts de gâteau. Plus il y a de convives, plus les parts sont petites.
Quand il s'agit d'amitiés établies il y a une certaine souplesse et la fréquence de distribution des parts de gateau importe peu, du moment que la qualité est là. Mais quand il s'agit de relations disons... plus intimes, le besoin de temps de rencontre est presque une exigence. Il y a un désir de proximité qui se traduit en fréquence de contacts. Du moins pour la plupart des gens, semble t-il. Moi y compris, autrefois. Je sais quelle frustration on est capable de s'infliger à rester dans cette attente.
Mais j'ai changé. Maintenant je ne vois plus l'intimité être forcément corrélée avec une fréquence des rencontres. Il me semble que je peux très bien établir une relation d'intimité en laissant du temps au temps. Ce qui m'importe est la qualité d'une relation et la confiance qui y règne, pas son intensité, encore moins sa fugacité. Je n'ai plus l'inquiétude de voir une relation s'étioler faute de fréquence de contacts.
Il se peut que je me trompe, hein ! Je n'affirme rien. Je me borne à constater.
J'ai bien conscience que si une relation est vue comme une construction commune il est important que chacun y apporte sa pierre. Par ailleurs je me doute qu'une lenteur constructive peut mener l'autre à construire autre chose ailleurs, s'il est dans ce désir. Et comme le temps n'est pas multipliable...
Par contre, je me demande si une relation doit être "entretenue" comme on entretiendrait une construction. Est-ce qu'elle se dégrade irrémédiablement si on ne s'y retrouve pas très souvent ? J'ai l'impression que c'est un peu la crainte qu'il y a : « si tu ne donnes pas assez la relation risque de s'éteindre ». Moi j'entends cela comme : « j'ai besoin de sentir que tu contribues à cette construction autant que je le fais ».
Alors je me vois poussé à tenter de rassurer celles de mes partenaires qui sont inquiètes en leur confirmant que je suis toujours là, même si, pour diverses raisons, je me manifeste peu. Comme je vis dans l'ici et maintenant, j'ai tendance à donner à la relation quand elle se vit dans cette dimension : au présent et en présence. L'absence ne m'inspire guère.
Ça inquiète. Peut-être que ça déçoit.
Quand une femme me demande si elle a une place dans ma vie, j'entends qu'elle voudrait en avoir une plus importante. De la place il y en a, mais du temps...
Tout ça commence à m'interpeller. Les relations plurielles peuvent-elles se vivre sur un mode similaire aux relations uniques ? Je ne crois pas... En tout cas je ne vois pas comment je pourrais faire, sauf à m'y épuiser en tentant d'être présent partout à la fois. Ça ne m'intéresse pas. Je ne vais pas courir dans ma vie pour donner autant qu'il est attendu. Ça me désole un peu de générer de la frustration, mais j'ai fait mes choix de vie et ne les cache pas. Il semble que ça plaise... et que ça déplaise à la fois !
On me trouve parfois distant, indifférent, froid, dur. Mais curieusement ces impressions n'apparaissent que dans l'absence. Et uniquement quand il est estimé que je ne donne pas assez. Par contre, dans la réalité des rencontres en face à face, ou lorsqu'une autre forme contact est possible, il semble que je sois perçu comme plutôt doux, attentif, présent, chaleureux... même si une certaine retenue me caractérise.
J'en conclus sans surprise que, l'absence réactivant des inquiétudes, l'image que l'on me renvoie est une projection. Quand je donne au présent et en présence l'image est favorable, enthousiaste, aimante. Quand je ne donne pas autant qu'attendu c'est une image désagréable qui m'est attribuée. Parfois des tentatives de rejet en découlent. Rien de bien nouveau en fait : l'objet d'amour reste toujours un objet de haine potentiel. Mais comme je n'ai plus vraiment besoin de me sentir aimé à n'importe quel prix... je ne me soumets pas à ce qui pourrait rapidement devenir une forme de pression.
La répétition des scénarios m'est fort utile en me permettant de prendre position et de tenir. J'apprends à écouter mes désirs. Désirs de relation... mais aussi de liberté !
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Il faut beaucoup de temps...
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... sans que personne ne s'en occupe...
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... pour que disparaisse ce qui a été construit






