Alter et ego (Carnet)

Itinéraire d'une ouverture à soi et vers autrui

21 février 2008

Variation sur l'amour et ses suites

« Que devient l'amour envers ceux que l'on a aimés et qui ne sont plus là ? ». C'est la question à laquelle a tenté de répondre Alainx. Son développement dans "L'amour et après..." , fort intéressant, me trouble sur plusieurs points. Quoique globalement je sois assez d'accord avec son point de vue, d'importantes nuances font que j'ai finalement une approche légèrement différente. Je vais m'appuyer sur certains passages pour tenter de préciser ma pensée et en quoi elle se singularise peut-être de celle d'Alainx.

« Il est des amours qui meurent, et d'autres qui demeurent. Il est des amours que l'on n'oubliera jamais, et d'autres dont on a même oublié le nom. Il faut croire qu'ils n'étaient pas de même nature »
.

Si des amours meurent... alors il ne s'agissait pas d'Amour. Pas au sens auquel je l'entends. Mais il faut bien reconnaître que ce terme à des sens de nature fort différente. Si l'amour est un élan désintéressé vers l'autre, qu'est ce qui pourrait le faire mourir ? Il me semble que ne peut s'éteindre que "l'amour" intéressé, conditionnel, qui voit ses attentes déçues. Ce qui est décrit n'est donc pas l'Amour, mais l'attente de réciprocité d'un pseudo-amour. Ou autrement dit: l'amour de soi, vu dans le reflet de l'autre. Comme dans ces jeux de miroirs qui, face à face, se réfléchissent à l'infini.

Nous sommes tous porteurs des deux composantes : amour désintéréssé, et attente d'une réciprocité de cette offrande. Le premier est un élan spontané, le second en attend une récompense. Ce qui, en soi-même, est déjà source de confusion, c'est qu'on assimile aisément l'offrande d'amour à un don alors que, par essence, ce dernier n'attend aucun retour. L'énergie perpétuelle n'existant pas, il faut bien que le don d'amour soit compensé, nourri, par quelque chose en échange. Une gratification qui peut être fort variable, allant de l'exigence de retour de la part de l'objet d'investissement amoureux à des formes beaucoup plus élaborées d'élévation spirituelle. Là où le regard que l'on porte sur soi, ou que l'on imagine porté sur soi par autrui, ou par une instance supérieure, peut avoir un rôle auto-nourissant.

Je ne crois pas que l'amour existe sous la forme pure du don. C'est un idéal... vers lequel on peut vouloir tendre.

Alainx décrit l'amour perverti : «
Je vois bien dans ma vie les amours où je n'ai fait que me rechercher moi-même, où je suis allé à la quête d'une reconnaissance nécessaire, celle qui m'avait manqué et que je réclamais éperdument. ».
J'aurais un regard moins catégorique. Quand on aime, on ne fait pas "que" se chercher soi-même : on rencontre un être et on échange quelque chose. Même si c'est sur une base faussée cet échange est créateur. Il génére un nouvel état du Moi, il permet d'évoluer et de se rapprocher de ce qu'on cherche à être. À deux. Que des blessures poussent ultérieurement à un éloignement, voire à un rejet de l'autre, n'enlève rien à ce qui a été découvert dans le partage relationnel. Simplement, parce qu'on a souffert de ne pas être accueilli comme on l'aurait voulu, on peut préférer "oublier", ou haïr qui ne nous a pas comblé. Le pseudo-amour de l'autre (mais vrai besoin d'amour !) domine alors la part d'amour qui fût offerte dans un premier élan généreux. Et encore... La psychanalyse expliquerait que mêmes les élans généreux sont des pulsions d'origine libidinale...

« Pour faire sens, on noie tout cela dans un romantisme larmoyant, on en appelle à Lamartine, à Baudelaire, en griffonne des poèmes insipides que l'on croit lumineux. ». Qu'on les croie luminueux est déjà une lumière en soi, nécessaire au moment de l'acte créatif. La poésie n'est-elle pas souvent née de blessures amoureuses ? Tout le monde n'a pas le talent des grands, certes, mais le geste créateur, libérateur, qu'il soit écrit, chanté, parlé, peint, joué sur un instrument, investi dans une activité, est de même nature. Lumineux dans leur expression, ces élans ne sont pas méprisables.

Cette lumière est une des caractéristiques de l'élan amoureux. Élan de vie, énergie créatrice. Transformation. Chemin de lumière...

Alainx évoque longuement son « amour à bascule » qui, par la souffrance engendrée par l'absence de retour, déclencha en lui une révélation salutaire : il comprit qu'il y avait « une faille profonde en lui », qu'il qualifie de « béance ». « La rupture avec M.D. fit poindre l'aube de ma renaissance, pour ne pas dire de ma naissance affective d'adulte ». Je pense que toute relation est riche d'enseignements, mais certaines touchent beaucoup plus profondément et obligent à un remaniement intérieur. Alainx parle d'un « investissement à fond perdus », et je comprends bien le sens de ce constat. L'investissement sur une personne peut se révéler être une impasse. Toutefois, l'obligation d'en sortir peut mener vers une prise de conscience de l'erreur. L'investissement se trouve alors réinvestissable autrement, ailleurs. C'est là que je crois qu'il dépend du choix de chacun de "profiter" des enseignements qu'offrent les rencontres, quelle que soit la durée et l'intensité du partage. On peut effectivement "renaître", dans une certaine lumière sur soi.

« Il y a des amours mortes dont il est bon qu'elles soient défuntes. »

Voila sans doute la phrase qui m'a le plus interpellé. Probablement parce qu'y apparaît de façon flagrante la confusion des deux sens que j'accorde au mot amour. Qu'une attente d'amour de la part d'un objet d'amour soit éteinte, "morte", me semble tout à fait sain. Du moins si elle ne cherche pas à s'investir sur un autre amour... En revanche, selon ma conception des choses, l'Amour que je porte à quelqu'un ne peut pas mourir. Ou alors c'est que je n'aimais pas. Aimer n'a pas de fin. La polysémie du mot amour trouve là ses limites.

De façon plus ou moins explicite je ne cache pas dans mes écrits que je suis, depuis plusieurs années, dans un important travail d'évolution personnelle. Ceci consécutivement à une relation amoureuse particulièrement investie qui se révéla fort complexe à faire durer sous sa forme initiale. Je suis donc interpellé par ce paragraphe : « Il est une manière néfaste d'entretenir le rapport à sa propre histoire affective. À ses amours déchues. On s'use les yeux de l'amour possible d'aujourd'hui à se repasser en mémoire ces vieilles vidéos des souvenirs achevés. Bien souvent, ils nous referment et éteignent l'élan vital du coeur ». Contrairement à Alainx (je suppose qu'il le sait), je ressens les choses autrement. Certes on peut se laisser enfermer dans un ressassement stérile, et ce serait une stagnation que de tourner indéfiniment en boucle. Cependant, vouloir sortir au plus vite des souvenirs me semble présenter un risque potentiellement tout aussi inquiétant :
celui de la répétition des mêmes scénarios. Ce qui compte est de suivre le processus qui nous paraît intuitivement être le bon. C'est à dire quelque chose de différent pour chacun. Il n'y a pas de règles en la matière, pas de généralisation possible. Aucune méthode n'est bonne ou mauvaise, du moment qu'elle permet de trouver la paix de l'esprit. Et j'ajouterais "durablement", de façon à se prémunir, autant que faire se peut, de l'angoisse des répétitions. Pour ma part j'ai choisi de parcourir mes souvenirs pour trouver le sens de ce qui s'était passé. Non pas dans un processus d'enfermement, mais parce que j'avais besoin de rester un certain temps dans le bain se refroidissant. Non seulement parce que cela participe du travail des deuils (au pluriel), mais aussi parce que fuir la douleur n'aurait fait que la maintenir en moi sous une forme invisible. Elle se serait enkystée et aurait influé sur mon parcours de vie en le portant vers des aspects "négatifs" de méfiance envers les relations, et l'humain en général. J'ai senti qu'aller dans ces directions ne correspondait pas à ma nature.

Vu de l'extérieur rester longtemps "pris" dans les suites d'une histoire relationnelle peut paraître statique. Et peut effectivement l'être. Mais un travail fait en profondeur peut y ressembler à s'y méprendre.

Personnellement je me sais actuellement fermé à un certain type d'élan vital du coeur : celui de l'amour amoureux. Précisément parce que j'ai besoin de cerner ce qui en moi tient de l'attente d'amour. Mon élan de vie est transformé, sublimé, et se reporte sur d'autres façons de rencontrer l'altérité. Il est aussi porté sur ma rencontre personnelle, parce que, quand même, la personne la plus importante pour moi... ben c'est moi ! Mais ce travail sur moi n'a qu'un but : me rendre plus ouvert, plus accueillant, plus acceptant envers l'autre. Autrement dit : j'apprends à aimer l'Autre. Non seulement pour mon confort personnel, mais aussi pour celui de ceux avec qui je suis en relation. Au delà, parce que je crois que tout s'influence, aimer l'autre c'est aussi agir pour un meilleur de l'humanité.

J'en arrive finalement à la même conclusion qu'Alainx : « on ne sera jamais véritablement humain, sans la permanence d'élans d'amour vers l'autre. »

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04 février 2008

Une amitié particulière

Assez régulièrement, un ou plusieurs de mes enfants viennent rendre visite à leur vieux père celibataire reviennent avec plaisir dans la maison familiale. Ils y retrouvent pour quelques heures la campagne qui leur manque en ville. Façon de renouer aussi avec cette maison, leur chambre, leurs racines. Je n'ai presque rien changé depuis que leur mère est partie. Sauf l'ordre et la propreté, qui ont subi quelques outrages. Mais il semble que mon appropriation désinvolte des lieux les amuse plutôt. En tout cas ils ne s'en formalisent pas.

Hier, exceptionnellement, c'est Charlotte qui a amené les deux plus jeunes. Heureux de la voir chez moi je lui ai proposé de rester un peu. Elle a accepté sans réticence. Actuellement notre entente est cordiale puisque nous n'abordons plus les sujet qui pourraient réveiller nos sensibilités respectives. Nous avons bavardé un moment autour d'un thé. Avec la présence des enfants je me sentais bien, d'humeur plutôt joviale et taquine... mais je me suis retenu.

Une fois Charlotte partie ma fille a continué à me parler de sa vie, mais j'étais un peu ailleurs. J'ai fini par lui dire que j'étais légèrement perturbé lorsque je voyais Charlotte, parce que je ne savais pas trop quelle attitude avoir. Je redoute tellement de sentir des réactions fermées que je me retiens de toute manifestation d'enthousiasme. Ma fille m'a dit qu'elle percevait l'attitude de Charlotte, qu'elle ne comprend pas bien. Je lui ai répondu qu'elle a besoin de marquer une distance, que je respecte. Mais, ce faisant, je réprime un désir de plus grande proximité affective, de crainte d'être repoussé. C'est alors que ma fille me rétorque, l'oeil taquin, reprenant certains des préceptes que je lui ai enseigné : « je croyais qu'il fallait affronter ses peurs ». Et de m'encourager à suivre mes impulsions.

Ouais... sauf qu'en affrontant mes peurs je ne les supprime pas nécessairement : je les repousse dans leur retranchements. En connnaissant mieux mes limites réelles, et non supposées, je sais jusqu'où je peux aller. Connaissant ma sensibilité au rejet, je m'en protège. En fait j'ai appris à modérer mes ardeurs à force de les voir refroidies. J'ai appris à taire l'expression de mes sentiments en n'en recevant pas le retour. J'ai appris à refouler ma tendance à me sentir proche en voyant Charlotte rester distante. J'ai appris à l'aimer autrement. Avec bienveillance, mais sans mots, ni gestes, ni regards exprimant ce que je peux ressentir. Ou alors à dose oméopathique. La plupart du temps je garde ça pour moi, parce que Charlotte préfère ne pas y être confrontée. Non qu'elle soit indifférente, mais parce qu'elle a besoin de cette distance pour « aller vers autre chose », comme elle dit. Elle me répète souvent que « nous ne sommes plus en couple », comme si elle craignait que je l'oublie. Peur que je veuille faire marche-arrière ? Revenir au "avant" ? Comme si le fait que je continue à me sentir proche créait pour elle une ambiguité dérangeante.

Je ne lui en ai pas encore parlé mais il faudra que je le fasse pour clarifier ce flou...

Voila qui me ramène à mon texte précédent, autour du non-dit. Nous ne sommes pas dans le cas ou l'un des deux imposerait son silence à l'autre, mais dans un accord : je respecte le silence sélectif dont elle a besoin. Avec, quand même, ce léger flou gênant dont je parle. Toutefois l'évitement volontaire permet de maintenir la distance qui lui convient. Il y a bien une chape d'inexprimable, mais j'en accepte le principe. Nous avons finalement trouvé un accord, un modus vivendi : le lien demeure, parce qu'il reste distant. Je tenais surtout au lien, elle tenait surtout à la distance, et nous sommes donc tous les deux satisfaits. D'ailleurs je sais qu'elle aussi tient au lien... Quant à moi, l'espacement de nos rencontres m'est devenu plutôt confortable.

Je me suis interrogé sur la nature de ce lien, dont les composantes étaient auparavant multiples et confondues. De ma part, la plus importante, celle qui demeure malgré la séparation, est l'amour que je porte à cette compagne de route. Oui, l'amour, encore ! De quel amour s'agit-il ? Il ne s'agit pas du besoin de me sentir aimé puisque je n'ai plus vraiment accès à cette dimension, sauf par l'observation fine de ses comportements. Ça me suffit, quoique j'apprécierai de retrouver la confiance qui nous unissait autrefois. Mais ce qui m'anime maintenant est une bienveillance envers celle que j'ai connu de tellement près, et avec qui j'ai fait tant de chemin. Parfois je l'observe à la dérobée, et j'ai l'impression de lire à travers son regard, son visage, ses expressions. Je capte dans ses mots, ses intonations, tout ce que je sais d'elle, de ses soucis existentiels, de ses angoisses, de ses attentes. Je la connais tellement. Elle s'est si souvent confiée à moi dans le passé...

J'aime la sentir heureuse, la voir vivre et sourire.

Et pourtant... j'ai fait mes choix de vie, elle a fait les siens, et notre vie n'est plus compatible ensemble. Mes désirs amoureux se sont détournés d'elle, quels que soient les sentiments que j'ai encore à son égard. Que reste t-il, alors ? Bah... quelque chose qui se rapproche probablement d'une sorte d'amour parental. Je l'ai aidée à grandir, j'ai pris soin d'elle, je lui ai transmis une part de mes forces. Et réciproquement. Finalement il était devenu normal, et sain, que nous nous éloignions, comme deux "enfants" qui s'éloigneraient de leur "parent". Le moment était venu de grandir en nous séparant. D'ailleurs, il ne suffit que de peu de temps en commun pour que réapparaissent nos divergences.

Quelle qu'en soit la nature, je reste en lien affectif avec elle. Je découvre peu à peu ce lien si particulier qui, se transformant, demeure avec "l'ex". À la fois frustrant et agréable, confiant et distant, fort et espacé, il offre un contraste intéressant. Finalement c'est devenu un amour désintéressé. Il ressemble beaucoup à ce que je ressens pour nos enfants devenus grands. À la longue, lorsque tout aura été éclairci, qu'il n'y aura plus d'indicible, peut-être cela deviendra t-il une intimité d'esprit sans attentes ni ambiguïtés. Une amitié particulière...

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Changer de peau, séparation en douceur...

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24 janvier 2008

No sex tonight (suite)

Petit additif à mon billet d'hier...

Dire que « ça ne me manque pas », en parlant de l'absence de relation sexuelle, est un peu réducteur. En particulier ça n'implique pas que je sois indifférent à la chose, bien au contraire : c'est parce que j'apprécie tout particulièrement cette dimension de l'intimité partagée que je peux m'en passer. Et cela parce que je ne suis pas dans le besoin de sexualité, ni dans celui d'une relation amoureuse, et encore moins d'être en couple.

J'ai vécu ces situations sous diverses formes, tant dans la douceur de la longue durée (23 ans de mariage) que dans la combustion de l'ineffable désir. J'en connais donc quelques inoubliables bonheurs, ainsi que des désagréments du même ordre. Il semble que l'un n'aille pas sans l'autre...

Considèrant que l'amour, la sexualité, et le couple ne représentent pas une quelconque "normalité", l'asexualité, le célibat, l'absence de sentiment amoureux sont devenus à mes yeux tout aussi évidents.

Le partage amoureux, sexuel, et désirant est un des plus merveilleux moment qu'offre l'existence. J'avais envie de le vivre pleinement, librement, profondément, et j'ai donc choisi (non sans difficultés...) de m'émanciper d'un statut conjugal qui ne le permettait pas. Cependant les facéties de la vie sont telles que, bien qu'ayant suivi mes envies absolutistes, je n'ai plus aujourd'hui ces étreintes magnifiques de l'esprit, du coeur et du corps...

Et si ça ne me manque pas, c'est parce que je n'ai pas envie de les vivre de façon minimaliste. Que ce soit grand et beau, rayonnant, magique et flamboyant... ou que ce ne soit pas ! (j'exagère à peine). J'aime l'amour entier, vibratoire, transcendant... mais baiser au rabais, non merci, sans façon. Peut-être suis-je un esthète du partage intime, dont j'aime qu'il me transporte d'émotions ? Ce partage-là demande une savante alchimie relationnelle avec une partenaire ayant une approche compatible. Des conditions qui me semblent rarement réunies. Et comme je ne me satisfais pas du "faute de mieux" sans ressentir quelques états d'âme... j'en suis venu à préfèrer le rien.

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22 janvier 2008

No sex tonight

Samantdi, avec "l'art du cru" aborde inopinément un sujet qui ne me laisse pas indifférent.

« Il y a aussi les périodes où on ne fait plus l'amour.
Pour des raisons diverses et variées.
On se demande si l'envie reviendra un jour. »


Je ne fais plus l'amour. Ce n'est pas que je n'en ai pas envie, mais je n'ai pas de partenaire. Pas de relation dans ce genre de registre. Je n'en cherche pas, d'ailleurs. Je devrais même dire que je les évite. Et je ne m'inquiète pas de cette abstinence : le désir est toujours vivant. Il est seulement non assouvi.

Ça ne me manque pas.

Enfin... en y réfléchissant bien, disons que je n'y pense pas vraiment.
Ou quand j'y pense ce n'est pas possible.
C'est juste du désir comme ça, devant un corps qui me séduit. Autrement dit : femme-objet. Mouais, c'est moyen, je vous l'accorde.

Je ne cherche pas à assouvir ces désirs et me satisfais furtivement de caresses imaginaires, d'un simple regard. De loin. J'évite de m'apesantir de près sur une peau, une bouche, ou tout autre attribut féminin potentiellement déclencheur de gestes sauvagement inappropriés. Inutile d'y penser. Quant à baiser, ça ne m'intéresse pas. De toutes façons, faire des démarches hasardeuses en vue de cette hypothétique conclusion n'en vaut pas la peine.

Je deviens un authentique vieux garçon !

Bon... je dis ça... mais en fait c'est parce que j'ai mis tout ça de côté. Verrouillé, cadenassé, éteint, étouffé. Je préfère ne pas m'approcher de ce qui pourrait avoir le moindre lien avec du sentiment. Mon célibat me convient parfaitement et me semble infiniment préférable aux complications relationnelles.

Je ne suis pas encore remis de remous indicibles.
Quoique... quand je pense que toute ma vie (et pas seulement la mienne) a été chamboulée parce que je voulais simplement être libre de partager d'autres intimités qu'exclusivement celle de mon épouse, le résultat est assez cocasse !

Un jour, probablement, tout cela se réactivera.
Le moment venu.

De préférence avant que la sénilité n'aie fait trop de ravages...

bisou2

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03 juillet 2007

Le pari de l'amour

J'ai été interpellé au sujet de la phrase suivante : « Faire le pari de l'amour, parce que c'est l'élan de vie qui compte davantage que la personne avec qui on le partage, temporairement ou durablement ».

Ségolène l'a trouvée « un peu terriblement désabusée... qui ne relève à (ses) yeux ni de l'optimisme ni de l'amour ! Mais de la consommation amoureuse ».

Bigre ! Voila qui soulève bien des questions pour un homme comme moi, ayant pour ce genre de sujet un intérêt non dissimulé...

Faire le pari de l'amour, c'est dire « tope-là, on se lance ! ». C'est audacieux, c'est positif, et c'est un peu fou. Mais de quel amour s'agit-il ? D'un état instantané ou d'une construction dans la durée ? Et d'abord, éternelle question : c'est quoi l'amour ?

Que ceux qui ont une définition qui fait l'unanimité lèvent le doigt !

Quand je parle d'élan de vie, je pense à quelque chose qui est absolument positif. Pas du tout dans le désabusement, mais au contraire de l'ordre de la croyance (pour ne pas dire la foi...) en ce qui me relie à l'autre à ce moment-là. Un(e) autre en qui j'ai suffisamment confiance pour me lancer dans ce pari fou.

Cet autre est-il (elle, en ce qui me concerne...) interchangeable, comme le laissait entendre ma phrase ? Et bien... non... mais oui. Chaque personne est évidemment unique, et irremplaçable en tant que telle. Mais l'amour, en tant qu'élan vers l'autre, est tout à fait interchangeable. J'aime différemment chaque personne, mais le ressenti amoureux est globalement le même, me semble t-il. L'élan amoureux qui me transporte est à peu près équivalent quelle que soit la personne vers qui il est dirigé. L'amour est un ressenti intérieur, personnel, qui me porte à désirer vivre quelque chose de l'ordre du partage avec une personne que je reconnais. Le "quelque chose" en question pouvant être très variable selon les individus.

Est-ce de la "consommation amoureuse", avec le sens minorant (compulsion, ou à jeter après usage...) que je crois percevoir dans le terme ?

Alors là... je ne saurais que répondre. Être dans un élan amoureux spontané peut-il être comparé à de la consommation ? J'avoue ne pas aimer ce terme, que je trouve péjoratif, ne concordant pas avec l'idée que je me fais de l'amour. Il me rappelle ce qui m'a très souvent été asséné lorsque je suis "tombé en amour" avec une autre femme que celle que j'aimais. Les histoires de beurre et argent du beurre, d'herbe plus verte à côté, je connais jusqu'à plus soif. Je ne me sentais pas concerné par ce genre de poncifs à courte vue.

Dans ce que relève Ségolène il est question de "consommation amoureuse" d'une façon plus générale, et notamment pour des personnes qui sont libres (i.e. pas en couple). Libres de vivre des amours, voire de les additionner. Est-ce une logique de consommation ? Peut-être, pour ceux ou celles qui ont un désir de renouvellement constant ou de diversité. Encore faudrait-il savoir ce qui est recherché, ou fui, dans ce genre de comportement. Mais n'est-ce pas aussi une façon de ressentir les émois amoureux sans forcément s'engager sur le long terme ? Faudrait-il se priver de toute "consommation amoureuse", et donc d'amour, sous prétexte qu'on ne désire pas s'engager sur la durée ? Et ce refus même de l'engagement n'est-il pas une façon de se protéger de désillusions ?

Ce serait effectivement le signe d'un désabusement... et il est fort probable que je fais partie des désabusés après ce que j'ai vécu. Est-ce une marque de pessimisme ? Je n'en suis pas certain... Je crois que répondre à un élan vital, quel qu'il soit, est toujours le pari fou qui consiste à croire que c'est possible. Y croire quand c'est là... mais sans se bercer d'illusions. Vivre l'amour au présent. Alors, désabusement ou réalisme ?

Il y a, bien sûr, des paramètres plus subtils. On peut par exemple se demander si le fait de prévoir d'emblée que l'amour puisse ne pas durer ne contribue pas à un renoncement anticipé, dès les premiers nuages. Peut-être que le pari est alors plus vite abandonné dès qu'on se rend compte que l'élan amoureux perd de son intensité. Inversement, vouloir absolument le faire durer pour cause d'engagement irréversible ne donne pas forcément des résultats portant vers un optimisme débridé...

Je suis encore perplexe lorsque je compare les deux façons d'aimer (présent ou durée), n'ayant probablement pas suffisamment expérimenté pour avoir un avis plus affirmé. J'ai, durant un quart de siècle, défendu mordicus l'idée de l'engagement (l'exact inverse de la "consommation"), jusqu'à ce que les hasards de la vie me mettent face au renouveau de l'élan de vie. Dilemme : rester dans l'engagement ou suivre un appel porteur de vie ? J'ai choisi de le suivre, donc d'entrer dans ce qu'on pourrait qualifier de "consommation amoureuse". Cela a insufflé à mon existence quelque chose qui ne s'était pas déclenché auparavant. Si j'avais renoncé à cette "consommation", où en serais-je actuellement ? Dans quel renoncement se serait noyé un élan vital naissant ?

J'ai choisi ce qui me semblait être le plus optimiste. J'ai choisi la vie. Le changement dans ce qu'il peut avoir de fertile, l'ouverture vers l'inconnu et la différence, la rencontre, l'aventure humaine. J'ai fait ce pari, et quoi qu'il puisse advenir c'était un pari gagnant.

Si désabusement il y a, maintenant, c'est par rapport à la difficulté de vivre pleinement l'amour dans la durée. Ou autrement dit : comment passer de l'état amoureux à l'amour qui dure ?

Désillusions aussi, probablement, par rapport à notre incapacité, pour la plupart d'entre nous, à vivre vraiment dans l'amour de l'autre. C'est à dire un amour qui soit vivant et vibrant, qui laisse libre, qui ne se sente pas propriétaire ni propriété, qui reste désirant et entreprenant, surprenant, épanouissant, accueillant. Qui souhaite le bonheur et l'épanouissement de l'autre sans s'oublier soi, qui ne se sacrifie pas pour l'autre, un amour qui fasse confiance. A soi, à l'autre, et à la vie. Un pari permanent.

C'est facile à énoncer, mais souvent beaucoup moins à vivre dans les actes. La théorie et la pratique. En tout cas moi je n'ai pas su le vivre comme je le désirais...

Finalement je crois que la façon d'aimer est un choix personnel, largement soumis à un fonctionnement inconscient, et que cela n'a pas à être jugé. Il n'y a pas de "bonne façon" d'aimer, chacun optant pour ce qui lui semble le mieux en fonction de son cheminement dans l'existence. L'amour est vivant, changeant, et pour cela largement indéfinissable.

Tiens, justement, à titre de question subsidiaire : c'est quoi, pour vous, l'amour ?

escapade12

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22 juin 2007

Ces arbres qu'on abat

Bon, je ne vais pas rester obnubilé par mes problèmes de dualité [mais j'y reviendrai, n'ayez crainte], il y a d'autres choses importantes qui se passent dans le monde. Des ruptures amoureuses, par exemple. Et ne me dites pas que ce n'est pas important, vous ne seriez pas crédible.

Figurez-vous que chez Google, à la requête "F. Simpère", mon blog apparaît sur la même page que celui de... Françoise Simpère. « Qui c'est celle-là ? », vont se demander certains d'entre vous... Elle est l'auteur de plusieurs ouvrages concernant les relations amoureuses, et notamment "Aimer plusieurs hommes". Cette femme vit ouvertement plusieurs relations, dans un esprit de "fidélités plurielles". Un concept qui ne va évidemment pas de soi et fait ouvrir à chaque fois un oeil soupçonneux et un demi-sourire goguenard, lorsque j'en parle. C'est un mode relationnel sur lequel je me suis beaucoup penché lorsque que j'ai aimé deux femmes simultanément, sans l'avoir vu venir. Je conseille vivement ce livre à tous ceux et celles qui se trouvent pris dans ce genre de problématique. Il remet en question nombre de nos idées reçues sur ce qu'est le couple, la fidélité, le lien conjugal (attention lecture subversive !). Je conseille aussi à tous ceux qui ne l'ont pas lu de ne pas se hasarder à lancer des anathèmes inconsidérément...

Sur son blog, que je viens donc de découvrir, elle évoque un autre thème qui m'est devenu cher, par la force des choses : la séparation amoureuse.

En voici quelques lignes : « On n’est pas « nul » parce qu’on n’est plus aimé, on n’est pas « salaud » parce qu’on n’aime plus. L’amour et le désamour ne s’expliquent pas. Ce n’est pas une raison pour estimer que tout est fini  parce que ce n’est plus comme avant. Toute relation évolue par cycles, avec des hauts et des bas. Rompre parce que ce n’est plus pareil, c’est comme abattre un arbre qui a perdu ses feuilles en hiver en oubliant que le printemps existe. ».

J'aime beaucoup cette dernière métaphore, qui correspond exactement à mon mode de pensée concernant la fidélité à la relation. Décidément, les idées de cette femme me plaisent...

Pourtant dans l'idée généralement admise il faudrait savoir rompre, trancher, tourner la page, pour être de nouveau libre d'aimer... selon un mode exclusif. Il est certain qu'en restant dans cette conception de l'amour unique il est préférable de se libérer l'esprit si on veut partir en quête d'un nouvel amour. Mais si, comme je conçois désormais les relations, l'exclusivité sentimentale ET sexuelle n'est plus un préalable, pour quelle raison faudrait-il tirer un trait définitif sur ce qui ne fonctionne plus à un moment donné ? L'amour, la sexualité, la tendresse, peuvent être vécus en diverses combinaisons avec l'amitié et le partage intellectuel. Faudrait-il renoncer à tout si seul le désir s'estompe ?

Pour ma part je réponds progressivement à ces questions en passant par l'expérience vécue : les limites sont celles que peut supporter chaque partenaire. Tout le reste est largement conditionné par des conventions sociétales et constructions mentales. A chacun de voir s'il souhaite tenter de s'en émanciper...


Nota: sur ce sujet, qui peut éveiller quelques réactions, je mettrai en ligne les éventuels commentaires que je recevrai.

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29 avril 2007

Sur la ligne de crête

Il y a deux jours, tournant dans mon lit, j'étais dans une vague insomnie : « Il faut absolument que je réduise ma consommation d'internet ! J'y passe trop de temps, je m'y perds. Qu'est-ce que je cherche ?  Qu'est-ce que j'attends ? ».

Hum... en fait je sais très bien ce que je cherche...

Je suis dans une dynamique contradictoire : d'une part prendre de la distance avec internet, m'éloigner de cette tentatrice invention du diable, retrouver une liberté, ne m'obliger à rien, ne me sentir redevable de rien... et d'autre part une tendance à vouloir approfondir et multiplier les contacts. D'une certaine façon, je vais vers ce dont je m'éloigne. Cherchez la logique...

En même temps je n'ai pas toujours un suivi correct des correspondances écrites, parce que je cherche davantage les échanges directs. Sauf que je suis géographiquement éloigné alors qu'internet met le monde sous mes yeux tout en restant très pratique pour avoir des contacts sans trop me mouiller... Pfff... je me disperse et j'en deviens négligent. En fait je suis bien dans la contradiction susmentionnée : rester à distance, libre dans les liens, ne m'obliger à rien, etc...

Bref, c'est comme si je cherchais à être en relation sans me lier...

J'ai l'impression de "tester" la résistance de certaines relations naissantes [disons... un certain type de relations...]. J'observe ce qui se passe selon que je bouge ou reste immobile. Un peu comme un animal sauvage qui aurait envie d'être apprivoisé, mais redouterait de se faire capturer. Envie de caresses, mais pas de laisse. J'approche... et peux aussi bien me figer dès qu'on manifeste une attention. Mais je reste en observation, pas loin...

Je souris tout seul en écrivant cela, parce que c'est exactement le genre d'attitude qui a pu m'inquiéter autrefois. Hum... aurais-je quelque peu changé ?

Il va sans dire que j'évoque là exclusivement des relations féminines et ce qui peut en découler dans mes fantasmes...
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Cela m'amène à élargir mon propos vers le texte de Valclair, qui évoque les amitiés amoureuses. Sujet qui m'a beaucoup préoccupé jadis, lorsque j'expérimentais cette formule aussi simple à décrire que compliquée à vivre.

Valclair différencie ce qu'il appelle "amitié sexuelle" et "amitié amoureuse", selon le degré d'implication sentimentale et affective. Il évoque aussi ce point d'équilibre digne d'un funambule qui consisterait à rester juste en deça de l'accomplissement amoureux... sans y céder totalement. En quelque sorte un état limite, sans basculement de l'autre côté.

Je me permets de recycler le commentaire que j'ai laissé chez lui :
« Tu décris un équilibre subtil entre différents éléments d'attraction : affinités intellectuelles, amitié, tendresse, désir, sexualité, sentiments...
Il me semble
[j'aurais dû écrire "j'affirme"] qu'il faut avoir une solide conscience de soi de la part de chacun des partenaires de ce genre de rencontre pour que cet équilibre convienne aux deux. Si ce que tu appelles amitié sexuelle me semble relativement "simple" à mettre en place, du moment qu'elle est « parfaitement délimitée », en revanche l'amitié amoureuse pourrait être bien plus complexe. Parce que le domaine des sentiments n'est, par nature, pas vraiment délimité. Cela peut toucher à quelque chose de très sensible en soi ou en l'autre, précisément à cause de ce « pincement de l'absence » et surtout de ce point de basculement qui peut faire demeurer dans la suspension de l'inaccompli... ou s'orienter vers un accomplissement et tout ce qui peut en découler. ». 

Plus loin, Traou écrit : « Pour ma part, je pencherais pour l'hypothèse d'un état amoureux ou qui y ressemble, parce qu'il est inaccompli... J'ai le souvenir personnel d'une très belle amitié amoureuse et précieuse qui s'est dissoute dans l'accomplissement. Nous étions fait pour rester en équilibre, pas pour basculer de l'autre côté. ».

[Je ne cacherai pas que cela a une troublante résonnance avec mon propre parcours...]

Qu'est-ce donc que cet "acomplissement amoureux" dont il est question ? Pour ma part je le vois comme cette forme d'abandon dans un "nous", forme d'aliénation douce et volontaire (souvent cohabitante) dans laquelle finit par s'anéantir le désir, ou au contraire se dynamisent des différences qui mèneront à une déchirure douloureuse. Vision binaire et très probablement simplificatrice, j'en conviens. D'où la tentation, pour se préserver de ces écueils, d'être au plus près de l'accomplissement sans basculer de l'autre côté. Rester sur la ligne de crête ou se rejoignent désir et liberté. Savante alchimie, pierre philosophale recherchée par tant d'amoureux d'une vie qui palpite.

Je suis intimement persuadé que marcher sur cette ligne de crête est une excellente manière de se sentir vivant durablement pour ceux pour qui ont l'exigence d'avoir une vie en vibration permanente. Pour autant... je me demande si cette situation est aisément tenable. Les tentatives ont été nombreuses et les échecs presque autant, je suppose. Sauf dans le cas de relations plurielles, lorsqu'une vie de couple traditionnelle est agrémentée d'une ou plusieurs relations parallèles. Il semble que ce soit encore la formule la plus agréable à vivre, quoique la clandestinité pose d'autres problèmes...

Dans les autres cas, je crois que les conditions exigées entre les deux partenaires de cette "amitié amoureuse" sont d'avoir une parfaite harmonie. C'est à dire qu'aucun des deux ne soit frustré par cet état permanent d'équilibre fait de temps de partage et de séparations. Alternance de joies et de pincements du manque. Présence et absence. Absolue non-possession. Je crois qu'il faut avoir une solide construction psychologique de chacun pour accepter sereinement cette fluctuance et cette liberté de l'autre. Car c'est bien sûr la condition sine qua non de cet équilibre : chacun est libre. Aucune régularité, pas de vie de couple rassurante, pas de retour automatique chaque soir. Seul le désir réciproque suscite les rencontres. La base est bien l'amitié, pour laquelle il ne viendrait à l'idée de personne d'attendre quelque chose de l'autre.

Mais l'amitié est synonyme de totale indépendance, alors que l'amour est interdépendance. Rester sur le fil du rasoir imprécisément flou qui sépare ces deux sentiments, pourtant si proches, relève de la gageure. Un sacré défi ! D'autant plus délicat à tenir que chacun évolue dans son être et ses désirs...

A mes yeux, ce qui sépare amour et amitié, outre la sexualité (et c'est déjà énorme), c'est le désir de l'autre. En amitié amoureuse, il ne s'agit pas seulement du désir sexuel (on serait alors dans le registre de l'amitié sexuelle), mais bien le désir de vivre quelque chose ensemble dans une dimension très particulière, qui est celle du rapprochement intime.

Mais alors, qu'est-ce qui fait que deux amis intimes, qui désirent pourtant que leur amitié perdure, ne sont pas "amoureux" ? C'est probablement parce que la question d'un accomplissement amoureux ne se pose pas...

Accomplissement amoureux... Je me souviens que les rares fois où nous avions évoqué avec ma partenaire l'éventualité de ce basculement cela éveillait en moi une incroyable intensité émotionnelle, du fait même que c'était quasiment impossible... mais pas inimaginable. Je me souviens de ces instants sans mots, que je ressentais comme exceptionnellement forts. Il y avait bien cette suspension éminemment fragile, hésitation muette qui était pour moi prodigieuse source d'inventivité.

Las... c'est peut-être dans l'intensité de ce feu suspendu dans le vide que s'est consumé l'insaisissable.


Tout bien réfléchi, je ne sais pas si je pourrais définir ce que signifie pour moi "être amoureux" lorsqu'il s'agit d'une amitié. Je crois que c'est au couple ainsi formé de trouver un équilibre satisfaisant les deux partenaires, ce qui n'est certainement pas le plus simple...

Je suis certain que d'avoir insuffisamment verbalisé ce flou a généré en moi beaucoup d'interrogations torturantes lorsque je le vivais au présent. Émotionnellement je ne savais pas de quel côté me situer. Mon inconscient avait tendance à être beaucoup plus tranchant que mon désir d'ouverture, purement intellectuel. Mal aguerri sur ces questions, manquant d'expérience en la matière autant que de confiance en moi, n'ayant pas encore vraiment défini mes besoins et désirs, j'ai eu de grandes difficultés à suivre la voie pour laquelle j'avais opté.

Cependant ce vécu, loin de me ramener sagement vers un désir de relation classique et plus rassurante, me pousse à approcher l'alchimie délicate, le défi de l'entre-deux. J'ai goûté à la liberté que je cherchais et ne veux surtout pas la perdre. J'ai eu la révélation du désir et je ne veux pas y renoncer. En même temps l'isolement sentimental, quoique présentant un évident confort de simplicité, me prive de ces émotions vibrantes que procure le rapprochement intime de cet autre que moi. Femme, différente, séduisante par cette part d'inconnu. Et puis soyons honnête... cette solitude me prive de contacts charnels qui sont parmi les plus agréables plaisirs de l'existence [la frustration hormonale printanière me guette...].

Ma préférence actuelle irait vers l'amitié sexuelle, l'affinité non amoureuse sans trop d'implication, quoique je ne suis pas persuadé d'y trouver réelle satisfaction dans la dimension sensuelle... Saurais-je dissocier le corps et l'esprit ? N'ai-je pas trop d'exigences ? Mouais... si je redoute de m'approcher de tout ça,  je crois que c'est surtout parce que je sens confusément que je risque d'y perdre ma liberté récemment conquise. Ou de devoir la défendre. Ou que je me protège de tout risque d'attachement. Pour le moment ces craintes surpassent mon désir de rencontres. Bref : je n'en ai pas encore vraiment envie...

Je vais au contact, mais prudemment. J'observe le résultat de mes timides tentatives d'animal sauvage. Je veille.

En voulant absolument préserver ma liberté je n'ai sans doute pas choisi une voie très ouverte, mais je n'en vois pas d'autre qui me convienne pour le moment. Je préfère encore rien que quelque chose d'insatisfaisant. Et puis finalement je me sens plutôt bien en compagnie de moi...

Mouais... c'est pas pour autant que c'est une bonne chose... Et si c'était la peur d'oser expérimenter ?

Et si cette putain d'écriture n'était qu'un palliatif de l'action ? Est-ce que ça me fait avancer, d'écrire, ou ça m'en donne l'illusion ?

Et si je me coupais d'internet ?

Et si j'arrêtais de me poser des questions ?

Posté par Coeur de Pierre à 00:47 - Amour et sentiments - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 mars 2007

L'atténuation du désir

Voila quelques temps que je n'ai pas évoqué mon sujet de prédilection : l'interminable saga des relations humaines.

J'y reviens, après avoir lu il y a quelques jours une réflexion sur "Les mots de Pati". Il y était question de la difficulté à exprimer le désir au sein du couple. Pati faisait part de ses réflexions autour du désir sexuel mais la réflexion peut fort bien être élargie au désir en tant que pulsion affective: cet élan qui nous porte vers un être qui nous attire. Élan qui passe inévitablement par une forme de communication si on souhaite le partager.

Bien qu'on se satisfasse, généralement, de ressentir des désirs individuels, l'intensité est encore plus forte lorsqu'on peut "partager" un désir en commun. En fait de partage, on devrait plutôt parler de multiplication, car à l'addition des désirs s'ajoute une nouvelle dimension : les avoir ensemble [vous avez suivi le calcul ?]. Il y a dynamisation des plaisirs et gain d'énergie. Ensemble on ose davantage, on se sent dépositaire d'une force plus grande. Les désirs "partagés" cherchent à se réaliser dans la jouissance commune de plaisirs qui étaient, à la base, individuels. Plaisir de la rencontre, plaisir de l'échange et du contact, plaisir de réaliser quelque chose en commun, plaisir de partager les mêmes plaisirs. Il peut se jouer quelque chose de très intense dans ce partage d'aspirations communes.

Le couple aimant, par sa dimension intime et sexuelle, en est évidemment un des lieux privilégiés. D'une manière plus générale, sont dopés par le partage des désirs et plaisirs tous les liens affectifs : famille, enfants, amis, ou groupe de personnes partageant un plaisir commun...


Ce qui m'intéresse, question de conjoncture personnelle, c'est l'autre face du désir : son atténuation. Ce moment singulier d'inflexion qui se produit lorsque les désirs se partagent moins, parce qu'ils évoluent en chacun et deviennent divergents. Le désir initial commun, par lequel se rejoignaient deux personnes ou davantage, n'est plus équivalent. Il demeure fort pour l'un, et assouvi pour l'autre. Dès lors le plaisir commun, né de la dimension du partage, s'émousse. Le supplément de plaisir s'estompe. L'énergie dégagée par la dynamisation s'étiole.

C'est ce qui survient inévitablement dans le couple amoureux qui dure, mais aussi dans des liens d'amitié. Il y a évolution, et nécessaire réajustement. Une relation vivante nécessite, autant qu'elle dure, cette adaptation aux changements. Cela passe évidemment par la communication, cet indispensable liant relationnel. Faute de quoi ce qui n'est pas formulé directement et clairement sera pris en charge par l'obscur langage des inconscients. Avec tous les risques de mésinterprétation que l'on sait...

La difficulté d'exprimer ses désirs, et d'autant plus qu'ils sont une part très intime de soi, s'exacerbe tout particulièrement lorsque des divergences, ou la crainte de celles-ci, apparaissent. Tant que le désir était commun, évident, rayonnant... tout allait bien. Le message était clair. Mais dès qu'il faut oser aller un peu plus loin que cette évidence, ou au contraire signifier qu'on désire aller moins loin que l'autre dans le partage intime, ça se complique sérieusement.

En amour on aime faire plaisir à l'autre. Le plaisir de l'autre procure un plaisir personnel réjouissant qui peut se suffire à lui-même. Mais que se passe t-il lorsque le désir de l'autre me déplaît ? Ou que je ne ressens pas un plaisir suffisant à lui faire plaisir ? Comment le dire à l'autre, qui va découvrir que son plaisir n'est pas autant, ou plus du tout, partagé ? Il risque fort d'en être déçu. Frustré de voir que ce qui fonctionnait auparavant en commun n'existe plus. Il risque de réagir, ce qui peut entraîner des complications... que personne ne désire (du moins consciemment...).

D'où la tentation de ne rien en dire. De faire comme si rien n'avait changé. De compter sur le temps pour qu'une solution miraculeuse apparaisse: que le désir de l'autre s'atténue aussi, ou qu'il comprenne qu'il n'est plus partagé. Autre solution de fuite: donner des explications incomplètes, partielles, ou faussées. Ou faire porter sur l'autre les raisons de ce désir moindre. Malheureusement ces méthodes, couramment employées, sont d'excellents agents de dégradation relationnelle.

Plus encore que celle du désir, je crois que l'expression du non-désir est primordiale. Un désir qui n'est pas exprimé, c'est seulement du partage qui ne se réalise pas. Mais un non-désir qui ne se dit pas, c'est la désagrégation du lien de confiance. Il y a, quoique pas vraiment volontaire, une "tromperie". Un poison diffus qui peut réveiller interrogations sourdes, culpabilisation inconsciente, et dévalorisation de soi : « qu'ai-je fait pour être moins attirant ? ». L'inquiétude s'immisce imperceptiblement. Si dire le non-désir peut-être douloureux à entendre, le taire est une redoutable bombe à retardement. La chute de cette illusion sera doublement violente : d'abord de ne pas avoir su, et ensuite d'avoir surabondamment offert de soi.

Or en amour on se situe dans le domaine du partage intime, des fragilités dévoilées en confiance. Domaine éminemment sensible, constitutif de l'estime de soi.

On devrait avoir le courage de dire le non-désir. Clairement, franchement, pour que l'autre puisse se positionner face à cette évolution. Toujours rester en contact avec nos ressentis et ceux de l'autre, dans ce partage sensible qui fait l'authenticité et la cohésion d'une relation. Ce peut être difficile a énoncer et à entendre, source de déstabilisation, mais au moins on se trouve à égalité de connaissance de la situation. On joue franc-jeu et on reste dans un lien de confiance. Dans mon expérience relationnelle je sais qu'en nommant très franchement ce non-désir, avec les vrais mots pour le dire, j'ai "libéré" de l'ambiguité celles qui avaient besoin de cette vérité. Dans le sens contraire je n'ai été libéré de l'incertitude que lorsque des mots clairs ont formulé explicitement le non-désir relationnel. Oser ces mots, qui pourtant peuvent faire très mal, permet une délivrance... et le maintien de la confiance.


Au contraire, en voulant "protéger" l'autre de la déception, ou maintenir la relation sous perfusion, on le laisse s'enfoncer dans un malaise d'incompréhension. Car le choix des mots, l'intonation de la voix, les gestes, le corps tout entier, trahissent le désir amoindri. Le langage non-verbal est tellement éloquent... Ce langage-là se sent "de l'intérieur" et lorsqu'il est en décalage avec ce qui est exprimé en mots cela crée une grande confusion interne. Le coeur et le cerveau ne captent pas la même chose. Il y a disharmonie intérieure, génèrant un trouble important. Ce trouble, ce flou, ces ambiguités envahissent peu à peu le lien de confiance et menacent la relation. C'est le piège du non-dit. La seule façon d'évacuer cette pression parasite est une verbalisation franche. Poser cartes sur table la problématique. C'est une évidence, et pourtant...

Je préfère entendre clairement un non-désir que de le percevoir sans qu'il ne soit dit, sans savoir sur quoi il porte, ni quelle est son étendue.

On devrait toujours rester au plus près de la verbalisation. Ne pas laisser des décalages prendre place. Être en décalage c'est laisser une fissure s'insinuer dans la relation et la fragiliser. Au contraire nommer le non-désir, si toutefois on accepte de l'entendre en soi sans en redouter les effets, rétablit la confiance. Dire franchement « je ne désire plus partager cela avec toi » permet au partenaire de comprendre ce qui se passe et de réagir en fonction. Encore faut-il sentir ce moindre désir en soi, que l'inconscient peut habilement dissimuler sous des raisons-écran. Encore faut-il avoir la volonté de ne pas laisser s'installer cette faille, que l'inconscient peut secrètement accentuer.

Si la mal-communication s'installe, viendra un jour ou la relation toute entière, devenue trop compliquée, ne sera plus désirée.


Hélas... tout ceci reste largement du domaine théorique. Dans la réalité diverses peurs et projections contrarient les meilleures intentions de départ. On oublie trop facilement que les modes de pensée et d'expression de l'autre ne sont pas les mêmes que les nôtres. Ce décodage, travail constant, est la seule voie qui permet de ne pas perdre de vue les manoeuvres troubles de l'inconscient. Car bien sûr, en matière relationnelle, rien n'est le fruit du hasard. Tout est en germe dès la construction du lien. La compréhension de l'autre, et de sa différence malgré les ressemblances, est sans fin. Mais n'est-ce pas justement cette part inatteignable qui est attirante ?

N'est-ce pas le moteur même du désir ?

Posté par Coeur de Pierre à 19:51 - Amour et sentiments - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 décembre 2006

Amour enfui

Un tout petit rêve ce matin, au réveil. Quelques secondes tout au plus.

J'étais dans un café, ou quelque chose comme ça. Assis devant une petite table, face à face avec une femme que j'aime encore. Une femme qui m'a aimé. Sans visage.

Elle me dit qu'un jour, l'an dernier, elle avait retrouvé pour moi une étincelle d'amour, parce que je l'avais fait rire. Je ressens le souffle passé de cette onde de douceur qui ne m'a plus parcouru depuis si longtemps. Se sentir aimé dans le regard de l'autre...

J'ai retenu mon geste de poser ma main sur la sienne. Elle l'aurait retirée et l'instant magique aurait été brisé.

Il y a tellement de temps que je ne me suis plus senti aimé, désiré, par une femme que j'aime.

Posté par Coeur de Pierre à 08:55 - Amour et sentiments - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 novembre 2006

Apprendre à accepter

Après avoir habilement contourné le sujet tabou, je vais tenter d'approfondir un peu sans trop toucher à l'intouchable...
[comprenne qui pourra...]

Parce mes belles théories sur l'amour (cf. texte précédent) semblent sans doute plus proches du prêche pétri de bons sentiments que de la réalité vécue. Très intellectualisé, tout ça ne correspond pas à ce que je ressens en permanence mais seulement aux moments de sérénité et de prise de distance. Cette zenitude affichée manque de tripes... Trop détaché pour être 100% vrai. Eh, je ne suis qu'un homme, pas un maître spirituel tibétain !

Je cesse donc ma lévitation et reprends contact avec la terre : entre ce que je pense avec le recul du détachement et ce que je suis sous l'emprise des émotions, est-ce bien le même homme ? « Suis-je ce que j'ai conscience d'être ? », dirait le philosophe. Moi j'en arrive à ne plus vraiment savoir qui je suis et de quoi je suis fait. Je prends parfois tellement de distance que ce que j'écris en devient désincarné. Ce décalage m'apparaît lorsque je dis en confidences ce que je ressens vraiment. J'entends alors l'humain sensible et ses émotions retenues. C'est un peu comme si j'avais un dédoublement de pensée. L'esprit et l'homme.

Par exemple, lorsqu'on me demande de mes nouvelles (voui, on se préoccupe du moral du célibataire nouveau en ce moment), je réponds souvent que je vais très bien. Et c'est vrai. Je le sens ainsi. Je suis souriant, détendu, plutôt jovial et plein de cette sagesse de celui qui positive ses expériences (hop, un petit coup de lévitation). J'aime la vie en mouvement que j'ai. Pourtant, si les confidences sont poussées un peu plus loin, j'en viens à évoquer ma peine, l'incompréhension qui me vrille encore, et un certain sentiment d'échec. C'est à la fois au coeur et loin de moi. Émotions mises à distance, pour vivre bien. Et si j'observe, dissèque, analyse, décris... c'est pour ne pas me laisser aller à ressentir. Parce que ça servirait à quoi, maintenant ? Ce qui est fait est derrière moi. C'est comme ça et il n'y a qu'à accepter.

Fatalisme ? Que nenni ! J'apprends à accepter ce qui est. A dire oui à tout ce qui échappe à ma capacité d'action. C'est ça le "lâcher-prise", et c'est la meilleure stratégie que j'ai trouvée pour restaurer la paix de l'esprit. J'ai compris qu'il était vain de me battre indéfiniment contre ce qui ne dépend pas de moi, et me révolter de l'insuccès de ces tentatives. Je ne peux lutter que pour quelque chose sur lequel je peux agir. Pour moi, en fait. Je vis mieux en acceptant la réalité crue de ce qui m'est extérieur. Et je l'accepte en... théorisant. Un peu d'écriture laborieusement nébuleuse et beaucoup de réflexion flottante pour décortiquer et tenter de comprendre. Donner un sens à ce auquel je n'en vois pas. Car toute action humaine à un sens... Il suffit de le trouver et la simplification commence. Ensuite la simplicité induit la paix de l'esprit.

Le résultat de ce que je montre de moi est donc un peu faussé par cette façade de cérébralité, mais finalement j'y trouve mon compte. Sous la surface apaisée les émotions ne jaillissent que rarement, retenues par le sentiment d'assurance venu des grandes profondeurs, tempéré par celui de plénitude d'inspiration spirituelle. Ça ne gargouille de doutes qu'entre les deux. Turbulences dans le mouvement de va-et-vient entre la surface et le fond, le socle et l'esprit, le coeur et la raison. Borborygmes contenus, baillonnés, c'est ainsi que j'avance dans ma tête, avec maintenant un bon moral et des pensées apaisées. Que demander de mieux ?

« Wow... quelle affaire ! Ça paraît bien sérieux tout ça ! »
Mais oui, ça l'est !
Par contre j'ai maintenant hâte de m'en mettre à distance, de passer à autre chose en "oubliant" toute cette soupe mal digérée.

« Mal digérée ? mais de quoi parle t-il puisque sa séparation s'est bien passée ? »
Aaaah, mais c'est qu'il ne s'agit pas que de ça ! Attendez, j'y viens...

Où en étais-je ? Ah oui : j'apprends à accepter.

Leçon 1 : lorsque mon épouse a voulu me quitter, j'ai vaillamment résisté... puis j'ai fini par comprendre que la meilleure façon de maintenir un lien de qualité était d'accepter son choix. Il était contraire au mien, mais j'avais choisi une voie qu'elle ne pouvait supporter en son for intérieur. A la longue j'ai donc fini par accepter l'idée que nous nous quittions d'un commun accord. J'ai lâché du lest et elle a fait de même. Nous avons trouvé un point de convergence en prenant le temps nécessaire. Séparation réussie.

Leçon 2 : simultanément... mon amie n., avec qui j'avais construit une relation de très grande complicité a opté pour une telle prise de distance que, pour moi, c'est comme si j'étais tombé sur la "case compte double" au scrabble de la vie : deux séparations en même temps ! Le jackpot ! Et ma vie qui explose. J'ai tenté de m'opposer autant que j'ai pu, et comme j'ai pu, à cet éloignement... mais il m'a bel et bien fallu renoncer à ce que je désirais. Y compris à en parler pour comprendre ce recul. Accepter cela m'a demandé beaucoup de temps mais, là encore, c'était la meilleure solution, celle qui me menait vers la paix intérieure. Je ne voulais pas conserver une amertume éternelle, ni une défiance généralisée à l'égard des relations d'intimité, ni ternir ce qui avait existé. Quelle que soit l'issue je voulais m'en sortir avec un ressenti positif et une capacité à faire confiance accrue. Rester ouvert à la vie, debout, fort de cette expérience bouleversante et contrastée. Alleluyah !

C'est ainsi que j'ai intégré que je devais aimer autrement. Que je devais aimer autrui dans ses choix, quels qu'ils soient. Dans son évolution, quelle qu'elle soit. Dans sa prise de distance, aussi loin qu'elle aille. Même si cela doit me priver de ce qui m'est essentiel, même si cela va à l'opposé de mes convictions les plus viscérales. Accepter de perdre autant qu'il le faut pour ne pas tout perdre. Et si maintenant je l'énonce calmement et avec conviction ce n'est que parce l'insupportabilité de la situation m'a obligé à faire un travail intérieur pour en sortir vivant. Ça a été très long, pas du tout évident, et les rechutes ont été innombrables. J'en ai vraiment bavé pour apprendre à surmonter mes sentiments, taire ma peine, étouffer ma révolte, et restreindre mes élans. Prendre de la distance, faire semblant d'oublier, apprendre à vivre "sans". Et aimer quand même... parce que je suis fait ainsi.

Maintenant j'apprécie le degré de détachement auquel je suis parvenu, même s'il n'est encore ni complet ni permanent. Je continue à y travailler, pas à pas. Chaque jour de paix est une victoire sur moi-même. J'ai considérablement mûri durant ces dernières années. J'en suis satisfait, et même fier !
Ouais...sachons apprécier les enseignements des expériences douloureuses.


Pourtant ma sérénité est encore sensible. Il a suffit de quelques justes mots pour réveiller ce qui sommeillait. L'occasion d'aller un peu plus loin...

Le temps de comprendre que le sourire que j'arbore n'est pas incompatible avec des percées de tristesse.

Accepter aussi ce ressenti d'échec : je n'ai pas su faire...

Mais... le pouvais-je ?

Posté par Coeur de Pierre à 00:46 - Amour et sentiments - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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